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lundi 5 août 2024

Beyond the Door (Le démon aux tripes) d'Ovidio G. Assonitis et Roberto D'Ettorre Piazzoli (1974) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Avec un titre pareil et des photos d'illustration qui laissaient présager un pur plagiat de L'exorciste sorti seulement un an auparavant, il était facile de supposer que Le démon aux tripes des réalisateurs italiens Ovidio G. Assonitis et Roberto D'Ettorre Piazzoli avait de grandes chances d'être un nanar. Le premier usant ici du pseudonyme d'Oliver Hellman ayant sévit par la suite dans le domaine de l'horreur au rabais en mettant en scène Tentacules en 1977 ou en co-réalisant aux côtés de James Cameron et de Miller Drake Piranha 2 : Les Tueurs volants en 1982 signe donc avec son compatriote le genre de film d'horreur capable de combler de joie les amateurs de nanars. De part sa mise en scène, son interprétation et chez nous, son doublage. Sorti dans son pays d'origine sous le titre Chi sei? et à l'internationale sous celui de Beyond the Door, le film connaîtra deux fausses suites. La première, intitulée Beyond the Door II cachera en réalité Schock que l'illustre Mario Bava réalisera en 1977 tandis que la seconde, réalisée par Jeff Kwitny en 1989 et distribuée sous le titre Beyond the Door III sera également connue sous les titres Amok Train et Death Train. Concernant l’œuvre d'Ovidio G. Assonitis et Roberto D'Ettorre Piazzoli, celle-ci met en scène en introduction le personnage de Dimitri (l'acteur britannique Richard Johnson qui apparu notamment dans Émilie, l'enfant des ténèbres de Massimo Dallamano en 1975 ou L'enfer des Zombies de Lucio Fulci quatre ans plus tard), un homme qui pour avoir empêché le fils du Diable de venir au monde est condamné à mourir. Mais ce dernier décide de lui laisser une dernière chance en lui proposant de l'aider quant à la venue prochaine de sa progéniture que porte en elle Jessica Barrett (Juliet Mills), épouse de Robert (Grabriele Lavia) et mère de deux enfants prénommés Gail (Barbara Fiorini) et Ken (David Colin Jr.). D'étranges événements vont très rapidement se produire au sein de cette famille somme toute très classique mais qui n'attendait certainement pas la venue d'un troisième enfant. Le gynécologue de Jessica (Nino Segurini dans le rôle du docteur George Staton) découvre tout d'abord que la grossesse de sa patiente évolue de manière beaucoup trop rapide. Ensuite, la jeune femme est régulièrement prise de douleurs abdominales atroces et vomit de grandes quantités de sang. Mais le pire arrive ensuite lorsque des symptômes d'ordre ''surnaturels'' viennent littéralement pourrir l'existence des Barret. En effet, il devient clair que le bébé que porte Jessica n'est pas normal et qu'il est l’œuvre du Diable. Lequel menace d'une voix sépulcrale tous ceux qui tenteraient de l'éliminer.


C'est là qu'intervient à nouveau Dimitri que réclame avec acharnement une Jessica alitée... Malgré un synopsis intéressant qui renvoie donc autant au chef-d’œuvre de William Friedkin qu'au Rosemary's Baby de Roman Polanski, l'on peut affirmer sans sourciller que Le démon aux tripes demeure très objectivement une purge du cinéma horrifique transalpin. Un film extrêmement bavard qui ne brille malheureusement pas par la qualité de ses dialogues, souvent insipides... dans le meilleur des cas puisque l'étrange comportement de la toute jeune Gail Barrett alors âgée de dix ans seulement laisse supposer durant un long moment que la victime du Malin puisse être cette gamine insolente débitant une grossièreté toutes les deux phrases. Au point où cela devient franchement crispant, le spectateur rêvant alors d'une séquence bien Creepy lors de laquelle les réalisateurs et leur scénariste Antonio Troiso auraient mieux fait d'imaginer cette petite peste se faire opérer des cordes vocales ou amputer de la langue histoire de lui clouer le bec. Mais non, rien de tout cela. Le spectateur devra continuer de subir cette sale blondinette dont on rêverait d'arracher les cheveux jusqu'à la racine ou jeter par la fenêtre. La victime du Diable est donc la mère, Jessica, qui à cette occasion lévite, vomit une sorte de soupe verdâtre à base d'.... épinards (?) ou opère une rotation à 180 de la tête. Cette dernière séquence est d'ailleurs l'une des rares qui soit un tant soit peu réussie. Comme le sera un peu plus tard celle où l’œil droit de la mère de famille regarde dans toutes les directions indépendamment du gauche ! Pour le reste, Le démon aux tripes est vraiment très mauvais. Long, trop long, ennuyeux, le doublage en français est un sommet dans la catégorie nanars ! On imagine avec un certain amusement les doubleurs qui devant l'écran projetant le film furent contraints de gémir afin de reproduire la voix caverneuse du Diable ou celle d'une Jessica sous emprise. L'occasion de rire à gorge déployée devant des séquences qui n'ont d'effroyable que l'incapacité des deux réalisateurs à générer le moindre sentiment de peur. Bref, Le démon aux tripes est surtout une curiosité à ranger aux côtés des nombreux Mockbusters qui firent suite au succès de L'exorciste ou de La malédiction de Richard Donner...

 

samedi 13 avril 2024

L'Isola degli Uomini Pesce (Le Continent des hommes poissons) de Sergio Martino (1978) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Auteur de nombreux longs-métrages dont plusieurs gialli et films d'horreur, le réalisateur italien Sergio Martino est au même titre que Dario Argento, Michele Soavi, Mario Bava, Luigi Cozzi, Lucio Fulci, Bruno Mattei ou encore Umberto Lenzi l'un des cinéastes transalpins les plus reconnus par les amateurs de cinéma fantastique ou d'épouvante des années 60, 70 et 80. L'Isola degli Uomini Pesce sorti chez nous sous le titre Le Continent des hommes poissons fait partie de ces œuvres dont le titre est devenu peu ou prou légendaire mais dont le contenu n'est pas toujours à la hauteur de sa réputation. Mais qu'il s'agisse de La montagna del dio cannibale ou de Assassinio al Cimitero Etrusco, tout ce qui touche de loin ou de près au cinéma de Sergio Martino mérite un moment d'attention... qui devra cependant perdurer au delà d'une première moitié de récit que l'on pourrait évoquer de terriblement ennuyeuse. En effet, durant trente ou quarante bonnes minutes, l'intrigue s'appesantit sur ses personnages en ne laissant que peu d'alternatives au sujet qui plus tard préoccupera notamment le docteur Claude de Ross (l'acteur Claudio Cassinelli) qui au départ du récit était en route pour le bagne de Cayenne lorsque le navire qui les transportait lui et un certain nombre de futurs bagnards fit naufrage sur la côte d'une petite île dirigée de main de fer par l'immonde Edmond Rackham. Ce dernier, incarné par l'acteur britannique Richard Johnson tente de maintenir en vie le professeur Ernest Marvin (Joseph Cotten). Ancien biologiste radié de l'ordre des médecins pour avoir osé se lancer dans des expériences visant à pratiquer d'étranges mutations entre hommes et animaux, ce dernier évoque très sensiblement le roman de l'écrivain britannique H. G. Wells qui en 1895 écrivit l'essai The Limits of Individual Plasticity avant de prolonger sa théorie sur l'expérimentation animale en publiant l'année suivante l'une de ses œuvres les plus célèbres, The Island of Dr. Moreau ! Roman de science-fiction ayant connu nombre d'adaptations au cinéma, à la télévision et même en littérature, l'ouvrage pénètre littéralement les esprits des spectateurs lorsque sont décrites, assez grossièrement d'ailleurs, les expériences menées par le professeur Ernest Marvin.


Les hommes-poissons du film demeurant donc comme l'un des fruits de ses recherches même si certaines affirmations semblent aller en totale contradiction avec plusieurs propos tenus notamment par Edmond Rackham, individu avare, peu scrupuleux et ne possédant pas une once de morale lorsqu'il s'agit de faire du profit ! L'idée principale de Sergio Martino n'étant pas de se contenter de reprendre le concept de l'écrivain britannique, le réalisateur et ses scénaristes Sergio Donati, Cesare Frugoni et Luciano Martino intègrent un sujet qui a fait et continue de faire fantasmer et parler de lui. Un sujet inépuisable malgré son grand âge puisque sa première évocation semble remonter à l'époque de Platon lors de l'écriture des dialogues Timée et Critias plus de quatre-cent ans avant Jésus Christ. On parle là de l'Atlantide, une île qui se situerait au delà des montagnes délimitées par le détroit de Gibraltar et qui aurait été engloutie lors d'un cataclysme provoqué par Zeus. Si Sergio Martino se désintéresse du récit propre à sa construction dans l'antiquité, il permet au principal antagoniste de L'Isola degli Uomini Pesce de justifier ''l'incarcération'' du professeur Ernest Marvin qu'il utilise à des fins strictement pécuniaires. Ayant localisé le site situé sous les fondations de son île, l'homme utilise une substance créée par le professeur afin de garder le contrôle sur des créatures amphibiennes auxquelles il ordonne de récupérer les trésors enfouis sous l'océan dans ce qu'il juge être justement l'Atlantide. Richard Johnson incarne un individu véritablement affreux, amoral, détenant un certain pouvoir et maintenant de force auprès de lui, la propre fille du professeur, Amanda Marvin. Incarnée par Barbara Bach, la jeune femme nourrit les créatures à l'aide de l'étrange substance, laquelle peut être comparée à une drogue. Si dans un premier temps le film de Sergio Martino s'avère on ne peut plus inintéressant, au fil de l'aventure, l'attention du spectateur finit par se focaliser autour de Claude de Ross, de la jeune femme et de leur... ''geôlier'' ! L'Isola degli Uomini Pesce gagne alors en intensité même si d'un point de vue strictement technique, on est loin du blockbuster et très proche du cinéma Z. Mais ce qui empêche le film de tomber dans de basses besognes est la générosité du cinéaste à multiplier les actes de bravoure. Et même si ses créatures font plus généralement pouffer de rire par leur esthétique foireuse que par réellement faire peur, on quitte l'aventure avec la conviction d'avoir passé un très agréable moment de cinéma bis...

 

samedi 24 avril 2021

Il fiume del grande caimano de Sergio Martino (1979) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Der Fluss der mörder Krocodile, Kœmpekrokodillen, Ultra gator, Caiman, Alligator, The great alligator, Le grand alligator, faites votre choix parmi tous ces titres mais retenez une chose : Tous ont en commun un seul et même long-métrage : Il fiume del grande caimano du réalisateur italien Sergio Martino. L'auteur de de gialli cultes (Lo Strano vizio della Signora Wardh, Il tuo vizio è una stanza chiusa e solo io ne ho la chiave, Torso) et de quelques bobines plus ou moins légendaires et empiétant dans des genres aussi divers que le film d'aventures cannibales (La montagna del dio cannibale), le western (Mannaja), la comédie (Zucchero, miele e peperoncino) ou la science-fiction post-apocalyptique (2019 - Dopo la caduta di New York). Il fiume del grande caimano, lui, est un film d'horreur dont le genre est régulièrement prisé depuis les années soixante-dix. De fait, il met en scène un immense crocodile dont la particularité est d'être un dieu invoqué par une tribu africaine, les kumas, qui dans le contexte présent sont peut-être imaginaires puisque rien ne vient confirmer le fait qu'ils puissent avoir un lien quelconque avec les habitant du canton de Kuma situé au Togo, dans la préfecture du Kloto... Un détail me direz-vous puisque l'essentiel est ailleurs...


Principalement interprété par l'ex James Bond Girl Barbara Bach (L'Espion qui m'aimait de Lewis Gilbert, 1977), Mel Ferrer (l'un des clients de l'hôtel sordide du morbide Eating Alive de Tobe Hooper où déjà sévissait un énorme crocodile en 1977) et Claudio Cassinelli (le giallo La polizia chiede aiuto de Massimo Dallamano, 1974), Il fiume del grande caimano est également l'occasion de retrouver la toute jeune Silvia Collatina dont le regard très particulier aura laissé des souvenirs émus aux fans de Lucio Fulci et de son Quella villa accanto al cimitero (La Maison près du cimetière, 1981). Mais pour l'heure, direction l'Afrique et ses autochtones. Alors que Mel Ferrer qui dans la peau de Joshua est heureux de pouvoir accueillir les premiers clients de son tout nouvel hôtel, Barbara Bach et Claudio Cassinelli forment à l'écran un couple particulièrement séduisant. Silhouette de mannequin pour l'une, look de baroudeur pour l'autre. Mais alors que le film a débuté depuis plus d'une demi-heure, il ne fait pour le moment, pas la moindre vague. C'est même, faut-il l'avouer, assez ennuyeux puisque l'on se fiche en général de ces nombreuses et inconséquentes séquences lors desquelles des touristes semblent faire la promotion de la région. Costumes et musiques traditionnels tentent de nous intégrer dans cet univers exotique où il ne se passe pour l'instant pas grand chose de passionnant...


Les apparences sont trompeuses, la marchandise frauduleuse et le contenu frelaté. Soit l'on évalue Il fiume del grande caimano (qui traduit en français signifie La rivière du grand caïman) comme pouvant être un pur film d'horreur et d'agression animale dans le plus pur style des Dents de la Mer de Steven Spielberg et la déception est grande, soit l'on prend le long-métrage de Sergio Martino pour ce qu'il est en réalité, soit un film d'aventures, et là encore, on peut, et l'on se doit même, d'être dépités. Barbara Bach a beau être sexy et Claudio Cassinelli hyper charismatique, cette carte postale trop longue sur la durée s'avère souvent remarquablement insipide. Dommage car certains interprètes semblent particulièrement inspirés. À l'image du britannique Richard Johnson qui s'offre un vrai rôle de composition avec le personnage du père Jameson, un vieux fou vivant dans une caverne. Des inserts de stock-shots animaliers tentent puérilement de renforcer le contexte exotique d'un récit qui ne sait pas vraiment sur quel pied danser. D'une durée de quatre-vingt dix minutes environ, Il fiume del grande caimano aurait mérité d'être ''nettoyé'' des innombrables séquences mettant en scène des touristes dansant sur une bande-son de très mauvaise qualité. Le caïman du titre ne sert que de prétexte à confronter des indigènes à des êtres civilisés (l'homme blanc en particulier) venus s'installer sur leur territoire. Se réveille alors le Dieu Kruna qui sous la forme d'un crocodile en ''carton-pâte'' n'effraiera pas grand monde...

 

mardi 18 septembre 2018

La Maison du Diable de Robert Wise (1963) - ★★★★★★★★★☆



Entre les murs d'un immense manoir réputé pour être hanté, quatre personnes se réunissent afin de démontrer l'existence réelle ou non de phénomènes surnaturels. Conviés par l'anthropologue (et non anthropologiste comme le précise de manière erronée la version française) John Markway, le propriétaire de la demeure, Luke Sanderson (le sceptique du groupe), Theodora, l'extralucide, et Eleanor Lance, une jeune femme fragile fuyant sa condition, se retrouvent donc ainsi enfermés pour un séjour qui s'avérera particulièrement effrayant puisque dès la première nuit, d''étranges événements vont se produire au Castel. Neil (Eleonor) et Theo (Theodora) vont passer la nuit dans la même chambre, effrayées par des bruits étranges qui se répéteront durant tout le séjour. Murmures, rires et cris d'enfants, coups frappés contre certains murs de l'édifice... les deux jeunes femmes vont être les témoins de la présence d'une force obscure et terrifiante. Le professeur Markway tente d'établir la réalité des événements tandis que Luke Sanderson reste froid aux témoignages apportés par les deux jeunes femmes. Devant l'effroi de Neil, le professeur lui conseille de quitter les lieux. Mais la jeune femme refuse, convaincue qu'elle doit rester au manoir...

La Maison du Diable (à ne pas confondre avec Amityville, la Maison du Diable réalisé en 1979 par le cinéaste Stuart Rosenberg) de Robert Wise est un authentique chef-d’œuvre. L'un des plus grands films d'épouvante situant son action dans un immense manoir réputé hanté. Tourné à la fin de l'année 1962, c'est l'impressionnant manoir de Ettington Hall à Aldermlinster en Angleterre qui sert de décor à l'un des films de maisons hantées les plus inquiétants. Malgré son âge, et l'idée saugrenue d'en faire un remake (plutôt navrant) trente-six ans plus tard (Hantise de Jan de Bont), The Hanting (titre original) n'a pas perdu de sa force et conserve tout ce qui faisait déjà à l'époque, le sel de son histoire. Car plutôt que de résumer son œuvre à un groupe explorant les dédales labyrinthiques d'une demeure comptant sans doute plus d'une centaine de pièces, Robert Wise a l'idée ingénieuse de caractériser au maximum son personnage principal merveilleusement incarné par l'actrice américaine originaire du Michigan, Julie Harris (À l'est d'Éden d'Elia Kazan, Le Voyage des Damnés de Stuart Rosenberg, ou encore La Part des Ténèbres de George A. Romero). Une jeune femme que l'on découvrira assez rapidement fragile, apte à capter les phénomènes paranormaux se manifestant dans le manoir. On y apprend notamment que la jeune femme a perdu onze années de son existence à veiller sa mère malade. Fuyant sa sœur (qui l'abrite mais la sermonne en permanence en l’accusant de la mort de leur mère), et son existence, au volant du véhicule de cette dernière, Neil rappelle à ce moment très précis l'héroïne du chef-d’œuvre Psychose du britannique Alfred Hitchcock qui elle-même fuyait, mais pour d'autres raisons.

Le manoir de Ettington Hall est le lieu idéal pour tourner un long-métrage sur ce sujet. Des gargouilles effrayantes par dizaines, des pièces immenses aux plafonds gigantesques permettant au cinéaste des cadrage spectaculaires. Le noir et blanc renforce la lumière dont les ombres projetées contre les différents éléments du décor s’intègrent parfaitement au sentiment d'angoisse qui se dégage des lieux.L'ambiance sonore demeurant au moins aussi importante que le visuel, Robert Wise ne ménage pas ses effets, surtout lorsque la nuit tombe et que des coups sourds viennent pleuvoir contre les murs du manoir et vriller les tympans de ses héroïnes. Un simple mur se transforme en visage démoniaque. Des sculptures apparemment anodines semblent parfois prendre vie. Et même si cela n'est pas toujours très clairement établi, il arrive que le spectateur lui-même ressente d'étranges sensations. Plus que l'éventuelle existence de fantômes, c'est surtout la lente dégradation mentale de l'héroïne qui marque les esprits, devenant peu à peu l'objet de forces obscures. Rien n'est pourtant moins certain que cela lorsque Neil marmonne intérieurement et inlassablement son désir de demeurer au manoir. A tel point que l'on se demande si tout n'est finalement pas que folie extraite de son esprit malade. Si ce n'étaient ces coups frappés contre les murs chaque nuit...

Face à Neil, Robert Wise lui oppose le personnage de Theo, incarnée par Claire Bloom. L'extralucide un brin sadique. Puis Luke Sanderson Russ Tamblyn), le propriétaire sceptique, qui durant une très grande partie du film semble totalement détaché des événements, préférant le bon mot à la recherche de la vérité. Enfin, le professeur Markway (Richard Johnson), l'anthropologue, l'organisateur de cet événement, lequel temporise et rassure la jeune et naïve Neil. On n'oubliera pas non plus Valentina Dyall et Rosalie Crutchley, qui à eux deux campent les Dudley, le sinistre couple de valets. Bien que l'impressionnante demeure nous fasse croire à un gros travail de préparation en terme de décors et d'effets, La Maison du Diable fait preuve en réalité d'une grande sobriété. Robert Wise préfère mettre ses billes et son talents dans la mise en scène et dans l'interprétation de ses actrices et acteurs. A aucun moment le moindre ectoplasme ne fait son apparition. Tout juste apercevrons-nous les effets de leur présence (porte se refermant toutes seules, et surtout, l'une d'entre elles se gondolant sous la force de l'esprit que se cache derrière elle). Perclus de scènes marquantes (le visage diabolique se dessinant sur l'un des murs de la chambre de Neil) et par le jeu exceptionnel de ses interprètes, l'oeuvre de Robert Wise est un classique. A voir, et à revoir...

lundi 21 mai 2012

La Tétralogie Des Portes De L'Enfer : ... Zombie due (L'Enfer Des Zombies) de Lucio Fulci (1979)


 
Un petit bateau de croisière est découvert dans le port de New-York. A l'intérieur, il ne semble pas y avoir âme qui vive et pourtant, un homme à l'allure curieuse et décharnée s'en prend aux deux gardes côtes venus inspecter l'intérieur du bateau. Plus tard, Annes Bowles, la fille du propriétaire demande aux policiers présents ce qu'il a pu advenir de son père mais ses questions restent sans réponses. Décidée à mener sa propre enquête, elle fait équipe avec le journaliste Peter West et se rend aux Antilles, sur la petite île de Matu en compagnie de Brian Hull et Susan Barrett. Ils y font la connaissance du docteur David Menard qui mène des recherches afin d'endiguer l'étrange mal qui frappe les morts récents et le ramène à la vie.


Avant de devenir le roi du gore transalpin, l'immense Lucio Fuci donnait dans la comédie, le polar et le western ultra-violant et le film historique. C'est d'ailleurs dans ce dernier registre que l'homme montre ses prédispositions pour les scène sanglantes avec l'excellent "Liens d'Amour Et De Sang" tourné en 1969. Il faudra attendre 1978 et "La Longue Nuit De L'Exorcisme" pour voir Fulci changer radicalement de style. Des aspirations qui donneront naissance à l'une de ses œuvres les plus connues et les plus marquantes. Le bien nommé "L'Enfer Des Zombies" arrive sur les écrans un an plus tard et déjà, c'est le choc. Parfois titré "Zombis 2", et surfant sur la vague du film éponyme de George Romero, l'approche de Fulci est nettement différente. 
 

Contrairement au classique de Romero, l'action ne se situe pas dans un immense centre commercial mais sur une petite ile des Antilles aux proies avec un mal qui touche les morts. Enquêtant sur la disparition du père de l'une d'elles, quatre personnes vont se retrouver pris au piège sur Matu, l'ile en question. Ce qui saute aux yeux de prime abord, c'est l'ambiance sordide que dégagent les décors. Le petit hôpital de campagne ne désemplit pas et la majeure partie des lits est occupé par des corps en décomposition recouverts d'un drap. On entend les mouches voler et les draps sont maculés de taches suspectes. Les quelques malades encore en vie son attachés afin de prévenir tout risque de mort et donc, de retour à la vie. La bande-son à base de tam-tam plonge l'action dans une ambiance vaguement mystique et anxiogène. Lucio Fulci ne badine pas avec le gore. Si l'on voyait pointer une bonne dose d'humour dans le film de Romero, ici c'est du sérieux. Les maquillages finalement sommaires donnent aux morts-vivants l'aspect décomposé que désirait le cinéaste. Si ceux de Romero étaient bleuâtres, ceux de "L'Enfer Des Zombies" annoncent une évolution dans dans leur état de décrépitude. Beaucoup moins sanglant que "Dawn Of The Dead" mais ô combien plus glauque, l’œuvre porte assez bien son nom. L'Enfer est bien sur Terre, situé sur une petite ile des Antilles, lieu entouré par les eaux et donc fermé à tout espoir de salut.
Un autre point éloigne les deux œuvres. C'est l'absence quasiment systématique de regard dans le visage des zombies de Fulci. Énucléés, terreux et nettement décomposés, ils diffèrent de ceux de Romero qui gardaient encore un visage humain malgré leur comportement. Tout aussi anthropophages, ils donnent lieu à des festins sanguinaires absolument répugnants. Deux années après le cultissime "Shockwaves" de Ken Wiederhorn, Fulci ose lui aussi nous montrer des zombis aquatiques. 
 

Concernant la prolifération des morts-vivants, s'agit-il d'une maladie, ou bien des conséquences d'un rite vaudou? Rappelons-le, le zombi est un homme rendu apparemment mort par l'action puissante d'une poudre projetée par un sorcier, le plaçant ainsi dans une posture de mort clinique. Débarrassé de toutes facultés, la victime est diagnostiquée comme étant morte et est ainsi enterrée. Le soir, le dit sorcier s'approche de la tombe et exhume celui qu'il advient désormais de nommer zombi afin d'en faire son esclave. Errant parmi les tombes du cimetière, le zombi n'est rien de plus qu'un homme dépossédé de toute aptitude de réflexion et n'est plus en capacité d'agir selon son grès. Celui qui nous est présenté par Lucio Fulci ne ressemble en rien à cette définition du zombi, le sien passant d'une mort réelle à un ersatz d'existence.


"L'Enfer Des Zombies" aurait pu clore la trilogie des portes de l'enfer mais Lucio Fulci a choisi de la commencer par la fin, faisant ainsi de ses suites "Frayeurs" et "L'Au-Dela", deux préquelles. De manière tout à fait honorable, son film ose empiéter sur le terrain de George Romero tout en y apportant sa touche personnelle. Bien que bancal sous certains aspects, son film demeure encore aujourd'hui comme l'un des grands représentants du genre...


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