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vendredi 27 février 2026

C'était mieux demain de Vinciane Millereau (2025) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Voyage dans le temps, boucles et paradoxes temporels ont pris une place importante dans la science-fiction actuelle. Presque autant que les dystopies et autres catastrophismes préfigurant ce que deviendra peut-être l'humanité dans quelques dizaines d'années. Mais alors que certains auteurs nous offrent une vision de l'avenir plus effrayante que véritablement attrayante, imaginer pouvoir voyager dans le passé ou dans le futur est un concept qui demeure encore difficile à concevoir en tant que science parfaitement maîtrisée par celles et ceux qui y travaillent et y croient dur comme fer ! Ce qui n'empêche pas écrivains, scénaristes et réalisateurs de mettre parfois toutes leurs billes dans un projet qui reste bien entendu de l'ordre de la fiction mais qui, espérons-le, deviendra un jour réalité... En attendant, et à défaut de pouvoir aller tutoyer leurs plus anciens ancêtres ou découvrir ce qui attend l'humanité dans un siècle ou deux, les amateurs de science-fiction peuvent se reposer sur le travail d'artistes qui s'emploient à les faire rêver. Les tentatives hexagonales étant dans ce registre là, relativement rares, on ne boudera pas le premier long-métrage de l'actrice, réalisatrice et scénariste française Vinciane Millereau qui avant C'était mieux demain n'a signé qu'un court-métrage intitulé Barbie Girls en 2009. Consacrant le plus clair de son temps à l'interprétation de rôles au cinéma et à la télévision, Vinciane Millereau adapte son propre scénario. Celui qu'elle a écrit aux côtés de Julien Lambroschini. Et pourtant, ceux qui connaissent Nuestro Tiempos du cinéaste mexicain Chava Cartas ont sans doute pensé durant un court instant que C'était mieux demain avait de fortes chances d'être l'adaptation du script qu'écrivirent Juan Carlos Garzón et Angélica Gudiño peu de temps auparavant. Plus étonnant encore, alors que Nuestro Tiempos a vu le jour sur Netflix le 11 juin 2025, son ''concurrent'' français est sorti en salle quatre mois plus tard seulement. À croire que.... non... hein... On ne va pas parler de plagiat mais plutôt d'un curieux hasard... Bref, C'était mieux demain met en scène Elza Zylberstein et Didier Bourdon dans les rôles de Hélène et Michel Dupuis. Un couple de quinqua/sexagénaires de la fin des années cinquante, parents de deux enfants dont Jeanne (Mathilde Le Borgne) qui attend un enfant ! Dans un monde dominé par le patriarcat, Michel est seul à travailler tandis que Hélène s'occupe des nombreuses tâches ménagères. Vivant sur le seul salaire de son mari, elle est contrainte de vivre avec son temps...


Comme de laver le linge à la main... jusqu'au jour où elle gagne une machine à laver. Lorsque Michel découvre dans la cave familiale l'appareil que vient d'acquérir son épouse, plutôt que d'adouber l'idée que l'arrivée dans leur foyer d'une machine lavant le linge à sa place lui permettra de réduire sa charge de travail, celui-ci décide de la revendre à bon prix. Un désaccord éclate alors au sein du couple et tandis qu'ils se disputent autour de la nouvelle machine à laver, Hélène et Michel s'électrocutent au contact de l'eau et de l'électricité. Toujours en vie, ils découvrent à leur réveil que bien des choses ont changé autour d'eux. Et pour cause : les voici désormais projetés dans le futur, en 2025. Michel découvre qu'il est désormais homme d’intérieur tandis que Hélène est devenue la responsable du service dont était chargé l'ancien directeur de son mari ! Si le voyage dans le temps se déroule ici de manière relativement absurde, ce qui apparaît tout aussi étonnant se situe au niveau des personnages. Car plutôt que de se retrouver face à deux enfants qui théoriquement devraient avoir vieilli d'une soixantaine d'années au minimum et à des voisins qui ne sont plus les mêmes puisque probablement morts depuis des années, voilà que les personnages, et donc ainsi que les interprètes présents au tout début du récit situant son action dans les années 50 sont exactement les mêmes près de six décennies plus tard. Comme si le temps n'avait eu de prise sur personne. Comme si l'ensemble des protagonistes, plutôt que de vieillir normalement avaient été projetés eux-mêmes dans un futur parallèle dont ils n'auraient pas conscience en dehors du couple formé par Hélène et Michel ! Passée cette originalité qui distingue C'était mieux demain de la plupart des œuvres soutenant la thèse du voyage dans le temps, la comédie de Vinciane Millereau est beaucoup moins lourde que nous pouvions le craindre. Et ce, malgré une approche humoristique du sujet. Confrontant ainsi ce couple à un futur où les technologies et les mœurs ont évolué dans des proportions qu'ils étaient loin d'imaginer. Surtout, le film est également l'occasion de confronter les personnages au racisme ordinaire, au patriarcat et donc à la place des femmes dans la société ayant cours au siècle dernier face à cette évolution qu'aura du mal à digérer Michel... Sympa !

 

samedi 11 octobre 2025

La Cloche a Sonné de Burnot Herbulot 2004) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



Pour quelques milliers d'euros, Simon Arcos propose à tous celles et ceux qui en éprouvent le besoin, un stage de plusieurs jours afin de régler leurs problèmes. C'est ainsi donc que sont réunis Jean et son épouse Nathalie, Léa, Yolaine, Antoine et Hervé. Malgré son expérience dans le domaine, et aidé de sa compagne ancienne héroïnomane Vera, Simon aura bien du mal à maîtriser le séjour de ses nouveaux patients. Entre une Léa un brin nymphomane et en quête d'amitié, et un Jean totalement réfractaire à l'idée de suivre les curieux enseignements de leur hôte, ces quelques jours vont être l'occasion pour chacun de se révéler à eux-mêmes ainsi qu'aux autres. Du moins était-ce sans doute l'intention du cinéaste Bruno Herbulot qui signait en 2005, son second véritable long-métrage cinématographique. Jusqu'àlors assistant-réalisateur sur quelques longs-métrages plutôt réussis dans les années quatre-vingt (La Smala de Jean-Loup Hubert, Rive Droite, Rive Gauche de Philippe Labro, La Cloche a Sonné, L'Effrontée de Claude Miller), le voilà en roue libre en cette année 2004 avec La Cloche a Sonné. Une œuvre résultant d'un scénario écrit à quatre mains par Maud Baignères et Jérôme Boivin qui n'est autre que le réalisateur de l'excellent Baxter en 1989.

Le sentiment de s'être très largement fait flouer par Bruno Herbulot pourra être ressenti par le cinéphile qui verra dans La Cloche a Sonné, un étrange rapport avec une œuvre datant de 1981, signée par Philippe de Broca, scénarisé par Gérard Lauzier, et principalement interprétée par Patrick Dewaere et Anny Duperey. En effet, le scénario de Bruno Herbulot semble s’inspirer de Psy, dans lequel, déjà, un homme et sa femme s'improvisaient psychothérapeutes, et conviaient dans leur maison de campagne, des individus de tous bords à se débarrasser définitivement de leurs angoisses. Un long-métrage qui n'avait déjà en son temps rien de particulièrement remarquable si ce n'était l'interprétation de son principal acteur. La Cloche a Sonné est le parent pauvre d'une thématique finalement à peine survolée. L’œuvre de Bruno Herbulot pèche par un manque évidemment de maturité au niveau de l'écriture. Ce qui fait également défaut au film, c'est la caractérisation de ses personnages. Le cinéaste ne va jamais jusqu'au bout même s'il tend parfois à exagérer le trait de certains des patients conviés au stage.

Le film est surtout l'occasion de mettre en avant son manque de richesse au niveau des situations proposées. Bien que dès l'introduction elle a tendance à ouvrir l'appétit, le spectateur se retrouvera finalement devant une œuvre relativement creuse et peu divertissante. On ne sait si je cinéaste cherche à provoquer le rire et si son film oscille volontairement entre humour raté et situations à l'austérité mal venue. Convier l'orateur Fabrice Luchini et lui offrir finalement des dialogues loin d'être à la hauteur de son talent était inutile. François Cluzet est peut-être celui qui s'en sort le mieux. Son personnage refusant le concept se révèle parfois aussi amusant qu'agaçant. Quelques micros séquences auraient pu redorer le blason d'une œuvre échouant lamentablement à faire rire, mais l'austérité dominante désamorce chaque tentative. Le spectateur n'aura donc d'autre choix que de quitter la projection, ou la subir, un sourire gêné au coin des lèvres, jusqu'à ce que le mot fin vienne le libérer d'une contrainte à laquelle il n'était pas préparé...

mardi 9 septembre 2025

Natacha (presque) hôtesse de l'air de Noémie Saglio (2025) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Et dire que j'ai bien failli passer à côté... Oh, pas à cause de son horrible affiche qui semble être un copier/coller de toutes celles qui se rapportent aux comédies françaises actuelles mais parce que, la pauvre, j'ai cru que l'actrice qui y trône au centre était... Judith Godrèche. Oui, celle qui en mal de reconnaissance et dont la carrière est au point mort s'est affichée dans la presse, les médias et les réseaux sociaux afin de révéler le viol dont elle aurait victime de la part de Jacques Doillon avant de se prendre un retour de bâton sous forme de plainte pour diffamation de la part du cinéaste français. Adios donc à cette pauvre Judith et à son rire de faux-cul et Benvenuto à la charmante Camille Lou dont la carrière au cinéma n'a malheureusement pas été marquée pour l'instant par de grandes œuvres. Habituée des comédies, on l'a notamment découverte dans Pourris gâtés de Nicolas Cuche en 2021, l'infâme Notre tout petit petit mariage de Frédéric Quiring en 2023 ou dans Chasse gardée d'Antonin Fourlon et Frédéric Forestier la même année et dont la suite est prévue pour le 10 décembre prochain. Mis en scène par la réalisatrice et scénariste française Noémie Saglio à laquelle on doit notamment Connasse, princesse des cœurs en 2015 ou Parents d'élèves en 2020, Natacha (presque) hôtesse de l'air est la toute première adaptation sur grand écran de la bande dessinée Natacha du dessinateur belge François Walthéry et du scénariste lui aussi d'origine belge, Gos (de son vrai nom Roland Goossens). Contrairement à la bande dessinée dans laquelle l'héroïne est hôtesse de l'air, le film met en scène une Natacha qui rêve depuis sa plus tendre enfance de voyager à travers le monde et trouve à travers le métier d'hôtesse la possibilité de le concrétiser. Sauf qu'ici, la jeune et charmante femme rate à trois reprises le concours. Notons d'ailleurs que le concours en question n'existe pas du tout et que pour atteindre leur objectifs, les candidates au poste n'ont en réalité d'autre contrainte que celle d'avoir au minimum le Bac ou un diplôme de niveau Bac +2.


Concernant le film de Noémie Saglio, celui-ci est, davantage qu'une comédie, une comédie d'aventures. En effet, alors que par un subterfuge Natacha s'apprête à monter à bord d'un avion réservé à l'attention du Ministre des Affaires culturelles André Molrat (référence évidente à l'ancien écrivain, résistant et homme politique français André Malraux incarné à l'image par l'inépuisable Didier Bourdon), lequel est chargé de veiller sur le transport de la Joconde peinte par Léonard de Vinci entre 1503 et 1506, le célèbre tableau est volé par des malfrats qui prennent en outre en otage Natacha et le steward Walter (Vincent Dedienne). Tandis qu'ils sont jetés hors du véhicule conduit par leurs kidnappeurs en rase campagne, Natacha et Walter se lancent à leur poursuite jusqu'à un petit aérodrome où la jeune femme parvient à reprendre la main sur la Joconde dans le but précis de le rendre au Ministre. Du moins jusqu'à ce qu'elle se rende compte que l'homme est peut-être lui-même au centre du vol du tableau... Dans cette comédie d'aventures bourrées de rebondissements, d'action et de dialogues tantôt drôles, tantôt poussifs, le spectateur aura l'agréable plaisir de découvrir qu'il n'aura pas eu le temps de s'ennuyer. Et ce, grâce au rythme sportif appliqué à l'héroïne interprétée par une Camille Lou craquante, impliquée et non dénuée d'une énergie folle. Accompagnée par un Vincent Dedienne/Walter peu courageux (et c'est peu de le dire), pas très malin et par une galerie de personnages secondaires plutôt sympathique, l'on fait la connaissance des parents de l'héroïne, Madeleine et Roger Malo tout deux respectivement interprétés par Anne Charnier et Philippe Vieux. Et plus tard, de Colette (Elsa Zylberstein), une peintre-faussaire. Le film nous plonge tout d'abord littéralement dans les années 60 grâce à la bande musicale d'Erwann Chandon, des costumes d'isabelle Matthieu ou des décors de Gladys Garot et Stanislas Reydellet pour ensuite téléporter ses héros un quart de siècle plus tard. Noémie Saglio et le scénariste Laurent Turner en profitent pour revenir sur le statut des femmes à l'époque tout en usant de certains anachronismes plutôt amusants et qui trouveront un sens des années, voire des décennies plus tard. Comme l'intervention de l'humoriste et acteur français Baptiste Lecaplain, lequel incarne le personnage de Bernard Fouard-Michel, ou BFM, un complotiste qui vit sur un rafiot et qui évoque notamment la future pilule contraceptive ou les voitures électriques ! Sans être une grande comédie, Natacha (presque) hôtesse de l'air reste un très bon divertissement qui ne souffre d'aucune faiblesse concernant le rythme. Quant aux dialogues, si tous ne font pas forcément mouche l'on se surprend à minima à sourire devant certaines réflexions, ce qui en soit n'est déjà pas si mal face à la sécheresse que représente actuellement la comédie française ! Bref, le long-métrage de Noémie Saglio s'avère être un sympathique divertissement...

 

dimanche 27 août 2023

Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée d'Olivier Van Hoofstadt (2023) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Dikkenek ? Culte ! Go Fast ? Ouais, sans plus. Pas trop ma came ces histoires tournant autour des trafics de drogue vu qu'au sommet de la rue qui donne sur l'entrée de mon immeuble, un petit commerce sert de couverture à un réseau ! Lucky ? Il me semble l'avoir vu et apprécié mais je n'en ai gardé presque aucun souvenir. 2023, le réalisateur belge Olivier Van Hoofstadt (dont le patronyme est sans doute plus simple à prononcer qu'à écrire de mémoire) revient sur grand écran avec Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée. D'aucun affirmera qu'il ne s'agit sans doute pas là de la meilleure comédies qui ait vu le jour en ces huit premiers mois de l'année mais tout de même, l'application avec laquelle certains se sont amusés à le critiquer sous le pire des angles confine à l'acharnement. Une chose est claire. Le dernier long-métrage du belge n'arrive sans doute pas à la hauteur de Dikkenek. Mais bon, si nous n'étions qu'une poignée de spectateurs à avoir pénétré la salle numéro quatre du CGR de Narbonne en cette matinée du 9 août 2023, je n'ai pas eu à tendre l'oreille bien longtemps pour entendre les rires qui allaient régulièrement fuser lors de ce récit entièrement situé à bord d'un train de la SNTF. Moins d'une dizaine de pèlerins en marge d'une société qui depuis le confinement croit sans doute encore que le Covid tue quotidiennement par centaines ceux qui risquent leur nez dehors. Car comment expliquer que les salles ne parviennent pas à se remplir ? Même lorsque tout comme dans le cas de Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée, le film vient tout juste de sortir en salle ? Et puis... pas de Dany Boon ou de Christian Clavier au générique...


Ce qui aurait été compréhensible au vu des piètres qualités des œuvres qu'ils interprètent depuis un certain nombre d'années. Soit dit en passant, s'il m'arrive de noircir des pages entières en me faisant le pourfendeur de l'un et de l'autre, je continue à aller les voir au format 1.85 : 1 ou quatre mètres de diagonale dans les salles obscures. Même lorsque le second se présenta au générique de l'infâme Mystère à Saint-Tropez de Nicolas Benamou, je continuais d'espérer retrouver l'ancien du Splendid au temps de sa... hum ? Splendeur ! Revenons-en au long-métrage du belge au nom quasiment imprononçable ! Hors contexte, Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée exprime en un sens toute ''l'objectivité'' de certains sites spécialisés dans le cinéma concernant l'avis de certains critiques. C'est ainsi donc que Les Cinémas Aixois ajoutent à la page consacrée au film, quatre critiques positives. Quatre, oui. Pas une, pas deux ni trois mais la totalité. Quant aux négatives ? Elles ne semblent pas avoir droit de citer pour ce seul exemple. De quoi attirer le chaland qui vit à Aix en Provence et qui a la stricte habitude de ne se déplacer que dans les cinémas de sa ville. Le film serait-il donc dénué du moindre défaut ? Zappons d'emblée l'aspect foutraque du long-métrage qui n'étonnera pas les fans de Dikkenek. Le film est fou, part dans toutes les directions même les plus improbables mais réserve une succession de péripéties toutes située à bord d'un train de grande ligne. Artus y incarne le contrôleur de train Sébastien désirant être muté dans le sud de la France. Mais avant cela, il va devoir effectuer un dernier voyage dans sa région sous le contrôle de l'inspectrice Madeleine qu'interprète de son côté l'actrice Elsa Zylberstein. Durant le voyage, Sébastien va rencontrer une foule de problèmes.


À commencer bien évidemment par la présence de Madeleine, femme rigide, sans cesse agitée comme si elle avait le feu au C#L (d'ailleurs, à ce sujet... enfin, vous verrez). Chaque wagon sera l'occasion pour Sébastien de prouver qu'il mérite sa mutation dans le sud. Une place que briguait son collègue Simon (Benjamin Tranié) mais que ce dernier a malheureusement pour lui (et pour les voyageurs du train), laissé échapper. Entre un wagon rempli de fans de Johnny Hallyday déficients mentaux, un second bourré d'adolescents issus de quartiers dits ''difficiles'' ou un troisième réservé aux familles, Sébastien va avoir du pain sur la planche. Alors qu'à l'extérieur, le train a pour mission d'emporter ses voyageurs d'une gare à l'autre, à l'intérieur, Sébastien, Madeleine et le jeune Adel (fils du PDG de la SNTF interprété par Maël Rouin Berrandou auquel le père a choisi de le coller aux basques du contrôleur) vont se frotter à diverses situations apparemment incontrôlable avec, en prisme, le détournement du train par Simon ! Bon, je ne vais pas vous la faire à l'envers en vous faisant croire que le film d'Olivier Van Hoofstadt transpire l'intelligence ou la profondeur mais tout comme l'engin dans lequel se situe l'action, l'intrigue file à toute allure. Le contenu n'est peut-être pas plus mûr qu'un ''Michael Youn'' ou qu'un ''Philippe Lacheau'' mais le réalisateur belge a assez de tripes pour aller au fond des choses sans tenir compte des nouvelles ''règles'' imposées par le dogme de la bien-pensance, même lorsqu'il s'agit d'évoquer les jeunes de banlieue ou le terrorisme (ce dernier se répétant à l'envi). Tout le monde en prend pour son grade et ça, ben c'est carrément jouissif. Au générique, nous retrouvons l'indémodable Pascal Duquesne dans le rôle du chef de gare Patrick, Sarah Suco dans celui de Ghislaine, la monitrice des handicapés mentaux mais surtout, l'acteur et dramaturge français Nicolas Lumbreras. Le véritable héros du récit, c'est lui. À pisser de rire, je vous le dis. Bien sûr, le film n'est pas parfait. Il y a même quelques passages relativement lourds (le wagon familial) ou trop longs (la séquence des singes). Mais d'autres rattrapent largement ces déficiences. On pense notamment à la scènes avec les déficients mentaux (pas la peine de pleurnicher avec des arguments du type ''c'est honteux de se foutre des handicapés'' puisque Olivier Van Hoofstadt ne semble absolument pas viser cet objectif), celle avec les jeunes des cités et l'excellent passage de la tirade ou encore une partie (la seconde) de l'invraisemblable séquence située dans le wagon-restaurant. Bref, c'est lourd, c'est choquant (surtout pour ceux qui y dénicheront vraisemblablement des détails révoltants), bête et parfois méchant, mais bons, le résultat est là : même si les critiques semblent majoritairement corrosives, le film a beaucoup fait rire les spectateurs, dont votre serviteur et sa compagne. Le contrat est donc parfaitement rempli...

 

vendredi 28 février 2020

Plan de Table de Christelle Raynal (2011) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Après avoir attendu cinq ans qu'Eric la demande en mariage, Marie a perdu patience et a finalement accepté d'épouser Paul. Aujourd'hui ces derniers se sont dit oui mais il est pourtant clair qu'Eric et Marie s'aiment encore. Alors qu'ils ont partagé ensemble un dernier câlin dans la salle de réception consacrée à la noce à venir, les anciens amants renversent les cartons des invités. L'organisation du plan de table étant chamboulée, ne reste plus qu'à Paul de tout remettre en place. La nouvelle disposition des cartons aura de lourdes conséquences, plus ou moins heureuses sur la soirée et les jours à venir.. Unique long-métrage réalisé par la française Christelle Raynal en 2012, Plan de Table bénéficie d'un concept original qui entre les mains d'un réalisateur sans doute plus expérimenté dans le domaine de la comédie aurait normalement dû obtenir un capital sympathie beaucoup plus important que l'indifférence et le rejet dont à ''bénéficié'' ce film pourtant interprété par bon nombre de vedettes du cinéma français...

Sans le moindre élément de science-fiction, le long-métrage rapproche son concept du thème des paradoxes temporels avec cette réorganisation du plan de table qui va avoir des répercussions directes sur les rapports entre les invités. Chargé de remettre en place les cartons avant leur arrivée, Eric (l'acteur Lannick Gautry) provoque sans le vouloir, des rencontres, des affinités, mais également de cruelles désillusions. Le concept étant relativement fantasque, Christelle Raynal laisse tout loisir à son personnage d'imaginer différents stratagèmes pouvant lui permettre au final de ''récupérer'' celle qu'il aime et pourquoi pas, d'améliorer l'existence des autres. Le récit tourne autour d'une dizaine de personnages. Outre Marie (Louise Monot), Eric et Paul (Tom Raynal), on retrouve la sœur aînée de la mariée, Marjorie (Audrey Lamy). Trop confiante, elle est souvent déçue par l'amour mais ne désespère pas de trouver l'homme de sa vie. Catherine (Elsa Zylberstein) et Pierre (Franck Dubosc) forment un couple en apparence harmonieux. Mais elle, toujours impeccable, est une ''hyper-ventilée soupçonneuse'' de son époux. Lui, chirurgien, la trompe avec de nombreuses femmes...

Plus loin, on découvre le couple formé par Arnaud (Mathias Mlekuz) et Edith (Shirley Bousquet). Lui est directeur d'une galerie d'art (où travaille d'ailleurs comme attachée de presse Catherine) et elle, rêve d'avoir un enfant. Problème : Arnaud est stérile. Et puis, il y a David (Arié Elmaleh), le photographe ambitieux et envahissant. Tout ce petit monde va se côtoyer au grès des différentes réorganisations des cartons qui vont donner lieu à des situations débouchant sur des conséquences parfois désastreuses. La principale et peut-être même, seule réussite du film consiste dans cette réappropriation du récit, l'histoire se répétant à plusieurs reprises mais sous des angles bien différents, de nouveaux couples se formant alors autour des invités cités plus haut. Le concept est sympathique, et aurait même pu être génial, et pourtant, Plan de Table finit par très rapidement montrer ses limites. Si dans un premier temps on s'amuse des diverses péripéties qui se télescopent sur un rythme bienveillant empêchant la monotonie, cette dernière finit malheureusement par s’inviter dans une mécanique insuffisamment huilée.

Christelle Raynal a beau s'amuser et ses interprètes cabotiner, si dans un premier temps la sauce prend relativement bien et si l'on apprécie le chemin que prennent les différentes configurations, le scénario de Francis Nief s’essouffle à mi-parcours. Sans jamais être véritablement pesant à regarder, c'est tout de même dans une certaine indifférence que l'on suit les aventures de cette dizaines de personnage au potentiel de sympathie pourtant évident. Plan de Table se traîne et la réalisatrice semble avoir tout le malheur du monde à terminer son œuvre. Reste des interprètes qui y mettent une certaine conviction. Ce qui n'empêchera malheureusement pas le film de tomber dans l'oubli...

samedi 24 mars 2018

Tout le Monde Debout de Franck Dubosc (2018) - ★★★★★★★☆☆




C'est sans appréhension ni aucun enthousiasme particuliers que nous nous sommes rendus au MEGA CGR de Narbonne afin d'y découvrir le premier long-métrage de Frank Dubosc. Juste l'envie de retourner dans une salle obscure, à la séance de onze heures, sans les portables qui brillent dans le noir et sans avoir à supporter des spectateurs bavards, loin d'être attentifs au spectacle qui se déroule devant leurs yeux. C'est dans une ambiance de fin du monde (quatre spectateurs, pas un de plus) qu'Anna et moi avons jeté notre dévolu sur Tout le Monde Debout. Première réalisation sur grand écran de l'humoriste et acteur Franck Dubosc. Et comme le bonhomme n'a apparemment pas l'intention de faire les choses à moitié, on le retrouve au générique à l'écriture du scénario et des dialogues. Autant dire que capitaine du navire, c'est lui. D'autant plus (pourquoi faire petit lorsque l'on voit grand), l'auteur s'est également mis en scène aux côtés de la toujours lumineuse Alexandra Lamy.
Le récit tournant autour du handicap, on aurait pu supposer trouver ça et là des critiques acerbes de journaleux soucieux de donner dans la morale à deux balles et pourtant, chose exceptionnelle, la presse semble unanime. A part quelques critiques raclant de vieux fonds de tiroirs en argumentant que le premier long-métrage de Franck Dubosc manque d'âme, de mordant ou de personnalité.

Tout le contraire de ce que le spectateur éprouvera finalement au sortir d'une comédie de presque deux heures qui nous aura paru n'en durer qu'une seule. Et oui, car malgré un premier quart d'heure épuisant de légèreté qui nous laissait présager un film fonçant tout droit (et aussi sûrement que Brillantissime) dans le mur, on en ressort avec la certitude que Monsieur Dubosc méritait qu'on lui accorde deux heures de notre temps pour aller voir son bébé. Humour et tendresse sont les maîtres-mots d'une comédie qui n'abandonne rien au misérabilisme ambiant. Le handicap (fictif) de Jocelyn allié à celui (bien réel) de Florence sert de fil conducteur à une histoire liant deux interprètes (et donc deux personnages) de manière fort homogène tandis que l'on percevait jusqu'à maintenant Franck Dubosc comme l'interprète idéal et exclusif du beauf. Et même si son rôle de mythomane (dans le sens pathologique du terme) renvoie forcément aux puérils séducteurs qu'il a l'habitude d'incarner, l'arrivée d'Alexandra Lamy à l'écran change la donne. Le petit monde satellisant autour du personnage de Jocelyn (la géniale Elza Zylberstein et le toujours épatant Gérard Darmon en première ligne) s'en trouve ainsi métamorphoser, et ce qui devait apparaître comme l'une des ces myriades de comédies inconsistantes se généralisant de plus en plus au fil des années, se révèle en réalité posséder d'énormes qualités. Dans la mise en scène pour commencer, mais surtout dans l'écriture de Franck Dubosc, lequel ne s'engage pas avec facilité sur la route déjà tracée par d'autres cinéastes spécialisés dans la comédie.

Tout le Monde Debout révèle un auteur bien plus important que celui qui participa à l'écriture de la trilogie Camping ou de Disco. Son premier long ne prétend jamais refaire le monde mais procure un enchaînement de sensations dont on ne pouvait présager de l'ampleur au moment d'entrer dans la salle. On rit beaucoup, oui, mais l'on s'émeut aussi énormément. La sensibilité de l'écriture se ressent ensuite dans le jeu des interprètes. Entre un Gérard Darmon en proctologue homosexuel meilleur ami et conseiller du héros incarné par Franck Dubosc, et une Elza Zylberstein en secrétaire d'abord à côté de la plaque, mais s'adaptant ensuite à la situation tout en révélant finalement une vraie personnalité, l'acteur-réalisateur semble s'être attaché à ce que chaque personnage bénéficie d'une écriture pointue. D'où l'importante caractérisation d'individus se révélant donc forcément attachants.
Le contexte de la comédie romantique très en vogue, Franck Dubosc intègre au phénomène sa tuche personnelle. Si certains clichés relatifs au genre sont par définition inévitables, l'une des forces de Tout le Monde Debout est de nous emmener parfois là où on ne l'attend pas forcément. Pour un premier long-métrage, l'acteur-réalisateur s'offre le culot de réaliser l'une des meilleures comédies françaises de ce début d'année 2018. Un prodige. Et surtout, un Franck Dubosc dont il devient nécessaire de réévaluer le talent. Le plus dur dans cette histoire est de se dire que désormais, il va falloir attendre jusqu'au prochain, en espérant qu'il se remettre très vite à l'écriture, et surtout à la réalisation...

lundi 10 juillet 2017

Un Sac de Billes de Christian Duguay (2017) - ★★★★★★★★☆☆



Un Sac de Billes, c'est avant tout un roman écrit à quatre mains, principalement par Joseph Joffo, lequel se fit aidé par l'écrivain Claude Klotz, plus connu sous le nom de Patrick Cauvin, son pseudonyme. L'ouvrage, depuis sa sortie en 1973 est devenu un classique de la littérature française. Connu à travers le monde, il a été adapté dans dix-huit langues et a connu une première adaptation cinématographique deux ans après sa parution sous la houlette du cinéaste Jacques Doillon. Plus étonnant, le dessinateur Vincent Bailly et le scénariste Kris en ont proposé une adaptation en bande dessinée en trois parties respectivement publiées en 2011, 2012 et 2014. Trois ans après la sortie du dernier volume, le cinéaste québécois Christian Duguay propose une relecture du roman que son auteur à jugé de fidèle. 
Une adaptation que le public semble avoir majoritairement apprécié contrairement à une partie de la presse qui s'est empressée de juger que Un Sac de Billes était « desservi par une réalisation laborieuse et convenue »« déjà vu et ennuyeux »« inutile et prévisible », ou encore possédant « moins de sensibilité » que la version proposée par Jacques Doillon quarante-deux ans auparavant. Quant à exprimer le fait que « le film ressemble trop souvent à une compilation de clichés du septième art », avis proféré par un journaliste de La Croix, un quotidien français (lequel manifeste son appartenance à la chrétienté et au christianisme), fondé par la congrégation des assomptionnistes, on imagine alors fort aisément ses membres et partisans répandre de manière régulière et métronomique de tels propos dans ses pages puisque le cinéma possède cette faculté (comme toute forme d'art) de digérer et de mimer ses propres sources d'inspiration.
Des critiques pas toujours constructives et justifiées assez naïvement par des individus qui n'ont rien trouver de mieux à moudre que quelques inefficaces diatribes qui tomberont assez facilement la face chaque fois que le public aura l'opportunité de découvrir cette œuvre magistralement mise en scène par Christian Duguay. Je vous avouerai qu'au premier abord, je n'avais pas très envie de voir ce film. Je n'étais pourtant pas tombé dans les mêmes travers que ceux qui pensaient découvrir un énième long-métrage centrant son intrigue sur la « question juive » durant la Seconde Guerre Mondiale. Je n'avais simplement jamais lu le roman et n'avais pas envie de replonger durant cette période de mon enfance o avoir lu les grands classiques de la littérature français « signifiait » une certaine forme de normalité.

Du casting, je n'avais entendu parler que de Patrick Bruel. Cet artiste dont j'ai toujours cherché à ignorer la carrière musicale mais qui m'a toujours ravi au cinéma. Puis en cherchant un peu, je découvris les présences d'Elsa Zylberstein, de Bernard Campan de Christian Clavier et d'Etienne Chicot. Je m'inquiétais davantage de celle de l'humoriste Kev Adams. Si jusqu'à maintenant j'avais toujours estimé qu'il était incapable de jouer autre chose que son propre rôle, j'ai très vite changé d'avis. Dans celui de Ferdinand, Christian Duguay lui offre enfin un rôle à la mesure du talent que le jeune homme semblait cacher jusqu'à maintenant. Mais plus que ce casting hétéroclite, le film repose presque entièrement sur les épaules du duo formé par les jeunes acteurs Dorian Le Clech et Batyste Fleurial Palmieri qui campent respectivement les rôles de Joseph et Maurice Joffo. Presque puisqu'au delà de leur extraordinaire interprétation, le cinéaste québécois est parvenu à recréer un climat et une ambiance vraiment particuliers grâce aux talents conjugués de Jimena Esteve, responsable des décors, et de ceux de Christophe Graillot et Thibault Gabherr, tout deux responsables de la photographie.

Étrange carrière que celle de Christian Duguay qui a débuté au cinéma avec deux suites inutiles du classique de David Cronenberg Scanners, avant de donner dans l'action, l'espionnage et la science-fiction. Ensuite, il poursuit avec un biopic consacré au cheval de sauts d'obstacles Jappeloup de Luze et réalise deux ans plus tard en 2015, Belle et Sébastien, l'Aventure Continue, suite de l'adaptation cinématographique de la série éponyme écrite et réalisée par Cécile Aubry dans les années 60. Un Sac de Billes est actuellement son dernier long-métrage.



Ici, pas de camp de concentration et une présence allemande que l'on sent menaçante mais assez peu représentée en dehors d'une terrible scène d'interrogatoire. Un Sac de Billes est surtout le témoignage d'un enfant vu à travers son regard (et donc celui de son auteur, Joseph Joffo), parcourant une partie du territoire français occupé avec ce que cela sous-entend à l'époque de danger. Résistance, collaboration, déportation vue de loin par Joseph et son frère Maurice. Leurs parents sont admirablement interprétés par le couple Bruel-Zylberstein qui, avec une grande sensibilité campent un Roman et une Anna Joffo contraints de se séparer durant un temps de leurs enfants pour leur sécurité. L’œuvre s'étend de l'année 1941 durant l'Occupation allemande, jusqu'à la libération progressive du pays, et notamment de Paris, événement mettant un terme au difficile « voyage » entreprit par Joseph et Maurice. Le cadre est époustouflant de beauté. Le tournage s'effectue entre Nice, Avignon, La Brigue et Marseille et le travaille sur la reconstitution de celle époque est bluffante. Un Sac de Billes est magnifiquement mis en lumière et les cadrages souvent judicieux (entre plans serrés, larges et contre-plongées) donnent au film de Christian Duguay un visuel parfois féerique. Quant à l'interprétation, elle est magnifique. Qu'il s'agisse des acteurs et actrices confirmés comme des nouvelles têtes, à l'image, donc, du jeune Dorian Le Clech que l'on espère retrouver bientôt au cinéma. Un drame parfois drôle, mais toujours tendre et émouvant retraçant les pas d'un enfant de dix ans au cœur d'un conflit qui a marqué la France entière...

lundi 20 mars 2017

Les Têtes de l'Emploi de Alexandre Charlot et Franck Magnier (2016) - ★★★★★★★☆☆☆



A Sablé, petite commune de France, Stéphane, Cathy et Thierry travaillent pour une agence pour l'emploi. Chacun à sa fonction, sa méthode, pour aider les chômeurs à retrouver du travail. Cathy, la pauvre, se fait systématiquement insulter. Cette mère qui élève seules ses trois enfants ne se départi jamais de son stoïcisme et encaisse les injures sans jamais désespérer de trouver l'homme qui lui conviendra. Thierry, lui, est l'optimiste du trio. Il est conseiller d'orientation et fait preuve d'un enthousiasme à toutes épreuves. Quant à Stéphane, son truc à lui, c'est la radiation. Pratiquement tous les demandeurs d'emploi qui s'assoient dans son bureau finissent radiés de l'agence.
Et un chômeur radié, c'est un chômeur de moins. D'après les statistiques annuelles, l'agence de Sablé a obtenu cette année les meilleurs résultats. Il ne subsiste effectivement pratiquement plus de chômeurs et c'est pourquoi la direction a décidé de fermer l'agence et de la fusionner avec une autre, située elle à plus de quarante kilomètres. Malheureusement, contrairement à leurs attentes, Cathy, Stéphane et Thierry son licenciés et donc, sans emploi. Pour pallier à leur nouvelle situation, ils décident de le lancer dans un étonnant projet : créer du chômage...

Les cinéastes Alexandre Charlot et Franck Magnier n'en sont pas à leur premier coup d'essai puisqu'ensemble il ont déjà tourné deux fois par le passé. Le sympathique Imogène McCarthery en 2009 ainsi que le navrant Boule & Bill en 2013. ils reviennent donc en 2016 avec leur troisième comédie. C'est la seconde fois qu'ils font appel à Franck Dubosc pour tenir l'un des principaux rôles et la troisième fois qu'ils offrent un rôle à l'acteur Nicolas Vaude qui pour Les Têtes de l'Emploi incarne lamine, le pédant adjoint de direction chargé de fermer l'agence pour l'emploi.
Contrairement à ce que laisse présager le premier quart-d'heure, il faut se donner le courage d'aller plus loin dans le récit pour comprendre que Les Têtes de l'Emploi n'est pas le nanar qu'il paraît être. Bien au contraire, à mesure que l'intrigue déroule le fil de son scénario, on se rend compte à quel point on a failli passer à côté de quelque chose d'énorme.

Pourtant, tout semble aller de travers. Franck Dubosc en personnage austère, semble ne pouvoir incarner que le personnage qu'il s'est créé sur scène. François-Xavier Demaison semble lui se perdre dans une œuvre dont aucun gag ne fait mouche. Il n'y a guère que la charmante Elsa Zylberstein pour nous retenir de fuir devant ce navrant spectacle. Mais comprenez que ceci ne concerne que le premier quart-d'heure. Car dès lors que cette longue introduction, ce passage obligé prend fin, tout s'emballe. Le jeu de Franck Dubosc qui jusque là semblait tristement manquer de naturel n'en devient que plus drôle par la suite. En fait, avec leur nouveau long-métrage, Alexandre Charlot et Franck Magnier nous pondent une petite merveille de comédie corrosive. Et pour ce faire, ils n'y vont pas avec le dos de la cuillère lorsqu'il s'agit d'en rajouter dans la caricature du français moyen à la recherche d'un emploi. C'est parfois presque dérangeant mais tellement jouissif que l'on ne peut qu'en sourire.
Quelques gags sont convenus, mais dans l'ambiance générale que dégage Les Têtes de l'Emploi, on n'en fait pas cas. Outre les trois principaux interprètes, les deux cinéastes dressent une galerie de portraits totalement barrés. Nicolas Vaude, donc, éminemment précieux, Patrick Bouchitey en père de Stéphane, véritable parasite comptant sur son fils pour lui verser illégalement des indemnités de chômage, Christophe Vandevelde en chômeur-psychopathe, Ricky Tribord (la scène de la boite vocale est irrésistible), et enfin Philippe Croizon en manutentionnaire (je conseille à tous ceux qui ne connaissent pas cet homme de lire sa bio afin de bien saisir l'humour lié à son personnage), et qui joue ici pour la première fois dans un long-métrage de fiction.
Contrairement aux premières impressions, le film ne s'enlise pas dans cette forme d’œuvre dépressive qu'il tend à être durant le premier quart-d'heure. Et même si certaines évocations rapprochent parfois davantage Les Têtes de l'Emploi de la comédie dramatique plus que da la comédie pure, c'est tout de même cette dernière qui l'emporte. Une belle et inattendue réussite de la part du duo formé par Alexandre Charlot et Franck Magnier, par le trio de têtes formé par Franck Dubosc, Elsa Zylberstein et François-Xavier Demaison, ainsi que par les savoureux seconds rôles.
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