Voyage dans le temps,
boucles et paradoxes temporels ont pris une place importante dans la
science-fiction actuelle. Presque autant que les dystopies et autres
catastrophismes préfigurant ce que deviendra peut-être l'humanité
dans quelques dizaines d'années. Mais alors que certains auteurs
nous offrent une vision de l'avenir plus effrayante que véritablement
attrayante, imaginer pouvoir voyager dans le passé ou dans le futur
est un concept qui demeure encore difficile à concevoir en tant que
science parfaitement maîtrisée par celles et ceux qui y travaillent
et y croient dur comme fer ! Ce qui n'empêche pas écrivains,
scénaristes et réalisateurs de mettre parfois toutes leurs billes
dans un projet qui reste bien entendu de l'ordre de la fiction mais
qui, espérons-le, deviendra un jour réalité... En attendant, et à
défaut de pouvoir aller tutoyer leurs plus anciens ancêtres ou
découvrir ce qui attend l'humanité dans un siècle ou deux, les
amateurs de science-fiction peuvent se reposer sur le travail
d'artistes qui s'emploient à les faire rêver. Les tentatives
hexagonales étant dans ce registre là, relativement rares, on ne
boudera pas le premier long-métrage de l'actrice, réalisatrice et
scénariste française Vinciane Millereau qui avant C'était
mieux demain
n'a signé qu'un court-métrage intitulé Barbie
Girls
en 2009. Consacrant le plus clair de son temps à l'interprétation
de rôles au cinéma et à la télévision, Vinciane Millereau adapte
son propre scénario. Celui qu'elle a écrit aux côtés de Julien
Lambroschini. Et pourtant, ceux qui connaissent Nuestro
Tiempos du
cinéaste mexicain Chava Cartas ont sans doute pensé durant un court
instant que C'était mieux demain
avait de fortes chances d'être l'adaptation du script qu'écrivirent
Juan Carlos Garzón et Angélica Gudiño peu de temps auparavant.
Plus étonnant encore, alors que Nuestro Tiempos
a
vu le jour sur Netflix
le 11 juin 2025, son ''concurrent'' français est sorti en salle
quatre mois plus tard seulement. À croire que.... non... hein... On
ne va pas parler de plagiat mais plutôt d'un curieux hasard... Bref,
C'était mieux demain
met
en scène Elza Zylberstein et Didier Bourdon dans les rôles de
Hélène et Michel Dupuis. Un couple de quinqua/sexagénaires de la
fin des années cinquante, parents de deux enfants dont Jeanne
(Mathilde Le Borgne) qui attend un enfant ! Dans un monde dominé
par le patriarcat, Michel est seul à travailler tandis que Hélène
s'occupe des nombreuses tâches ménagères. Vivant sur le seul
salaire de son mari, elle est contrainte de vivre avec son temps...
Comme
de laver le linge à la main... jusqu'au jour où elle gagne une
machine à laver. Lorsque Michel découvre dans la cave familiale
l'appareil que vient d'acquérir son épouse, plutôt que d'adouber
l'idée que l'arrivée dans leur foyer d'une machine lavant le linge
à sa place lui permettra de réduire sa charge de travail, celui-ci
décide de la revendre à bon prix. Un désaccord éclate alors au
sein du couple et tandis qu'ils se disputent autour de la nouvelle
machine à laver, Hélène et Michel s'électrocutent au contact de
l'eau et de l'électricité. Toujours en vie, ils découvrent à leur
réveil que bien des choses ont changé autour d'eux. Et pour cause :
les voici désormais projetés dans le futur, en 2025. Michel
découvre qu'il est désormais homme d’intérieur tandis que Hélène
est devenue la responsable du service dont était chargé l'ancien
directeur de son mari ! Si le voyage dans le temps se déroule
ici de manière relativement absurde, ce qui apparaît tout aussi
étonnant se situe au niveau des personnages. Car plutôt que de se
retrouver face à deux enfants qui théoriquement devraient avoir
vieilli d'une soixantaine d'années au minimum et à des voisins qui
ne sont plus les mêmes puisque probablement morts depuis des années,
voilà que les personnages, et donc ainsi que les interprètes
présents au tout début du récit situant son action dans les années
50 sont exactement les mêmes près de six décennies plus tard.
Comme si le temps n'avait eu de prise sur personne. Comme si
l'ensemble des protagonistes, plutôt que de vieillir normalement
avaient été projetés eux-mêmes dans un futur parallèle dont ils
n'auraient pas conscience en dehors du couple formé par Hélène et
Michel ! Passée cette originalité qui distingue C'était
mieux demain de
la plupart des œuvres soutenant la thèse du voyage dans le temps,
la comédie de Vinciane Millereau est beaucoup moins lourde que nous
pouvions le craindre. Et ce, malgré une approche humoristique du
sujet. Confrontant ainsi ce couple à un futur où les technologies
et les mœurs ont évolué dans des proportions qu'ils étaient loin
d'imaginer. Surtout, le film est également l'occasion de confronter
les personnages au racisme ordinaire, au patriarcat et donc à la
place des femmes dans la société ayant cours au siècle dernier
face à cette évolution qu'aura du mal à digérer Michel... Sympa !



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