lundi 20 mars 2017

Les Têtes de l'Emploi de Alexandre Charlot et Franck Magnier (2016) - ★★★★★★★☆☆☆



A Sablé, petite commune de France, Stéphane, Cathy et Thierry travaillent pour une agence pour l'emploi. Chacun à sa fonction, sa méthode, pour aider les chômeurs à retrouver du travail. Cathy, la pauvre, se fait systématiquement insulter. Cette mère qui élève seules ses trois enfants ne se départi jamais de son stoïcisme et encaisse les injures sans jamais désespérer de trouver l'homme qui lui conviendra. Thierry, lui, est l'optimiste du trio. Il est conseiller d'orientation et fait preuve d'un enthousiasme à toutes épreuves. Quant à Stéphane, son truc à lui, c'est la radiation. Pratiquement tous les demandeurs d'emploi qui s'assoient dans son bureau finissent radiés de l'agence.
Et un chômeur radié, c'est un chômeur de moins. D'après les statistiques annuelles, l'agence de Sablé a obtenu cette année les meilleurs résultats. Il ne subsiste effectivement pratiquement plus de chômeurs et c'est pourquoi la direction a décidé de fermer l'agence et de la fusionner avec une autre, située elle à plus de quarante kilomètres. Malheureusement, contrairement à leurs attentes, Cathy, Stéphane et Thierry son licenciés et donc, sans emploi. Pour pallier à leur nouvelle situation, ils décident de le lancer dans un étonnant projet : créer du chômage...

Les cinéastes Alexandre Charlot et Franck Magnier n'en sont pas à leur premier coup d'essai puisqu'ensemble il ont déjà tourné deux fois par le passé. Le sympathique Imogène McCarthery en 2009 ainsi que le navrant Boule & Bill en 2013. ils reviennent donc en 2016 avec leur troisième comédie. C'est la seconde fois qu'ils font appel à Franck Dubosc pour tenir l'un des principaux rôles et la troisième fois qu'ils offrent un rôle à l'acteur Nicolas Vaude qui pour Les Têtes de l'Emploi incarne lamine, le pédant adjoint de direction chargé de fermer l'agence pour l'emploi.
Contrairement à ce que laisse présager le premier quart-d'heure, il faut se donner le courage d'aller plus loin dans le récit pour comprendre que Les Têtes de l'Emploi n'est pas le nanar qu'il paraît être. Bien au contraire, à mesure que l'intrigue déroule le fil de son scénario, on se rend compte à quel point on a failli passer à côté de quelque chose d'énorme.

Pourtant, tout semble aller de travers. Franck Dubosc en personnage austère, semble ne pouvoir incarner que le personnage qu'il s'est créé sur scène. François-Xavier Demaison semble lui se perdre dans une œuvre dont aucun gag ne fait mouche. Il n'y a guère que la charmante Elsa Zylberstein pour nous retenir de fuir devant ce navrant spectacle. Mais comprenez que ceci ne concerne que le premier quart-d'heure. Car dès lors que cette longue introduction, ce passage obligé prend fin, tout s'emballe. Le jeu de Franck Dubosc qui jusque là semblait tristement manquer de naturel n'en devient que plus drôle par la suite. En fait, avec leur nouveau long-métrage, Alexandre Charlot et Franck Magnier nous pondent une petite merveille de comédie corrosive. Et pour ce faire, ils n'y vont pas avec le dos de la cuillère lorsqu'il s'agit d'en rajouter dans la caricature du français moyen à la recherche d'un emploi. C'est parfois presque dérangeant mais tellement jouissif que l'on ne peut qu'en sourire.
Quelques gags sont convenus, mais dans l'ambiance générale que dégage Les Têtes de l'Emploi, on n'en fait pas cas. Outre les trois principaux interprètes, les deux cinéastes dressent une galerie de portraits totalement barrés. Nicolas Vaude, donc, éminemment précieux, Patrick Bouchitey en père de Stéphane, véritable parasite comptant sur son fils pour lui verser illégalement des indemnités de chômage, Christophe Vandevelde en chômeur-psychopathe, Ricky Tribord (la scène de la boite vocale est irrésistible), et enfin Philippe Croizon en manutentionnaire (je conseille à tous ceux qui ne connaissent pas cet homme de lire sa bio afin de bien saisir l'humour lié à son personnage), et qui joue ici pour la première fois dans un long-métrage de fiction.
Contrairement aux premières impressions, le film ne s'enlise pas dans cette forme d’œuvre dépressive qu'il tend à être durant le premier quart-d'heure. Et même si certaines évocations rapprochent parfois davantage Les Têtes de l'Emploi de la comédie dramatique plus que da la comédie pure, c'est tout de même cette dernière qui l'emporte. Une belle et inattendue réussite de la part du duo formé par Alexandre Charlot et Franck Magnier, par le trio de têtes formé par Franck Dubosc, Elsa Zylberstein et François-Xavier Demaison, ainsi que par les savoureux seconds rôles.

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