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lundi 13 avril 2026

L'occhio nel Labirinto (L’œil du labyrinthe) de Mario Caiano (1972) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Tout commence par la poursuite et l'assassinat d'un homme dans un long et vaste espace désaffecté qui curieusement résonne de nos jours avec le mythe des Backrooms également connus sous le nom d'espaces liminaux. Le docteur Luca Berti (l'acteur allemand Horst Frank) tombe à terre, ensanglanté, après avoir reçu plusieurs coups de couteaux de la part d'un inconnu. Mais heureusement, tout ceci n'était qu'un rêve. Celui que vient de faire Julie (la britannico-italienne Rosemary Dexter). À moins qu'il ne s'agisse d'une prémonition ? Désirant en avoir le cœur net, la jeune femme décide de retrouver celui qui jusqu'à maintenant était son médecin et son amant et qui demeure introuvable. D'après les dire d'un patient de l’hôpital psychiatrique où il travaille, Luca serait parti dans un petit village. C'est là que Julie décide de démarrer ses recherches... L'occhio nel Labirinto (L’œil du labyrinthe) de Mario Caiano est un bien curieux long-métrage que l'on serait tentés de ranger dans la catégorie des Gialli même si au fond, seule la séquence d'ouverture laisse à penser que son auteur a véritablement voulu empiéter sur un genre auquel avaient déjà donné ses premières lettres de noblesses des cinéastes tels que Mario Bava, Lucio Fulci, Sergio Martino et bien évidemment Dario Argento. Pourtant, à bien y regarder, le script assez flou de Mario Caiano et des scénaristes Horst Hächler et Antonio Saguera est parfois plus proche du Whodunit que de celui dont les origines remontent aux années 1920 lorsque furent mis à disposition des lecteurs des romans publiés par la maison d’édition Arnoldo Mondadori Editore. Des ouvrages aux couvertures jaunes sorties sous le nom I libri gialli (d’où l'appellation Giallo) qui pour la plupart étaient des traductions de romans policiers anglo-saxons. Œuvre originale mais non dénuée de tout un tas de problèmes qui la confinent au statut de petite production aussi curieuse qu'ennuyeuse, L'occhio nel Labirinto n'est tout d'abord pas très évident à suivre. Avec son cortège de personnages qui nous sont imposés très rapidement et parmi lesquels nous retiendrons surtout ceux incarnés par Adolfo Celi (L'Homme de Rio de Philippe de Broca en 1964, Opération Tonnerre de Terence Young en 1965), dans le rôle de Frank, l'ancien propriétaire d'un immeuble transformé depuis en orphelinat, par Alida Valli, dans celui de Gerda, une richissime propriétaire d'une vaste demeure.


Ou même par l'autrichienne Sybil Danning qui plus tard deviendra surtout ''célèbre'' pour avoir notamment joué le rôle de la James Bond Girl dans Octopussy de John Glen ou dans Sheena, reine de la jungle de John Guillermin et qui dans L'occhio nel Labirinto incarne une jeune photographe prénommée Toni. Le long-métrage joue ici sur la confusion d'un groupe d'individus qui le plus clair du temps passe son temps à bronzez au soleil. Une pratique qui à l'écran n'apporte bien entendu pas son comptant de séquences passionnantes tandis que la jeune et jolie Julie persiste à vouloir connaître la vérité au sujet de la disparition de son amant. Sur une musique très persistante signée du compositeur Roberto Nicolosi, une photographie de Giovanni Ciarlo et un montage de Jolanda Benvenuti, L'occhio nel Labirinto est donc similaire à un Whodunit transalpin dont le scénario s'amuse à laisser planer le doute quant à la disparition du psychiatre tout en cultivant l'idée selon laquelle, l'un des protagonistes du récit constitué d'une poignée de personnages pourrait être l'assassin qui dans le rêve de la jeune femme poignarda son amant ! Et plutôt que de faciliter la tâche de celle-ci dans sa recherche de la vérité, Mario Caiano et ses scénaristes la compliquent en donnant à chacun de bonnes raisons d'avoir eu envie de l'assassiner... Bon, c'est bien beau tout ça mais sachons être honnêtes et reconnaissons que L'occhio nel Labirinto n'est franchement pas passionnant. Et même souvent ennuyeux. Car derrière son très énigmatique titre qui laisse, au pire ou au mieux, envisager une œuvre nébuleuse et intrigante, l'on se retrouve devant un sujet à défaut d'être passionnant, du moins traité de manière trop superficielle pour véritablement happer l'attention du spectateur. Un long-métrage hybride entre Giallo et Whodunit et où les révélations ne donnent jamais les effets de surprises escomptés. Bref, inutile de perdre son temps devant ce film sans trop d'intérêts et mieux vaut se replonger dans les classiques des deux genres qu'il tente pourtant d'explorer, mais avec maladresse...

 

jeudi 25 décembre 2025

Wake Up Dead Man: A Knives Out Mystery de Rian Johnson (2025) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Après deux premiers volets signés en 2019 et 2022 (Knives Out et Glass Onion: A Knives Out Mystery), le scénariste et réalisateur américain Rian Johnson revient trois ans plus tard avec les nouvelles aventures du détective privé Benoit Blanc. Alors que le premier eut les honneurs d'une sortie en salle, le second échoua directement sur la plateforme Netflix à l'échelle internationale. Un sort que connaît également depuis le 12 décembre dernier Wake Up Dead Man: A Knives Out Mystery. En parallèle à d'autres films à énigmes repris ces dernières années par le cinéaste britannique Kenneth Branagh (Murder on the Orient Express, Death on the Nile et A Haunting in Venice) et qui reposaient tous sur des écrits de la romancière Agatha Christie, le script des trois volets de la franchise Knives Out reposent tous sur l'imaginaire de Rian Johnson même si s'agissant du dernier en date, il semblerait que le réalisateur ait été plus ou moins inspiré par divers ouvrages policiers dont la nouvelle The Hollow Man écrite par l'américain John Dickson Carr en 1935. Dans le rôle principal du détective privé Benoit Blanc l'on retrouve à nouveau l'acteur britannico-américain Daniel Craig qui cette fois-ci va devoir mener une enquête sans doute parmi les plus ardues de sa carrière. Proche des deux-heures trente, Wake Up Dead Man: A Knives Out Mystery démarre par une très longue scène d'exposition qui permettra aux spectateurs de découvrir l'essentiel des personnages évoluant dans cette nouvelle aventure ainsi que le cadre exclusif où se situera l'action. L'intrigue se déroulant dans la paroisse Notre-Dame de la Force Perpétuelle à Chimney Rock (un petit village de l’État de New York), le long-métrage a en réalité été tourné bien loin de là. Et notamment entre l'Essex et le Hertfordshire. L'église gothique Holy Innocents Church ayant servi de décors extérieurs, les intérieurs furent tournés dans les studios Leavesden de la Warner Bros. Des cadres magnifiques qui donc furent parfois reconstitués et d'autres extérieurs comme la zone boisée d'Epping Forest, le domaine historique de Woodhall Manor ou encore Butler’s Retreat situé à Chingford pour les quelques séquences tournées dans un village et dans ses alentours ! C'est donc dans ce contexte qu'intervient tout d'abord le père Jud Duplenticy (Josh O'Connor). Un ancien boxeur qui après avoir physiquement malmené un diacre est nommé vicaire avant d'être prié de se rendre à Chimney Rock où il fera la connaissance de Monseigneur Jefferson Wicks (Josh Brolin). Assistant l'homme d'église dans ses différentes tâches, Jud constate combien certains paroissiens lui sont éminemment fidèles. Pourtant, ceux-ci sont en petit nombre. En effet, lorsqu'un nouveau venu apparaît lors d'un sermon, Wicks se montre si virulent à son égard que celui-ci quitte en général la paroisse pour ne jamais y remettre les pieds...


Les rapports entre Wicks et Jud vont rapidement devenir conflictuels. Le tout nouveau venu va même tenter de se rapprocher des fidèles en organisant une réunion non-officielle. Parmi eux, l'on reconnaîtra notamment l'actrice Glenn Close dans le rôle de Martha Delacroix, Jeremy Renner dans celui du Docteur Nat Sharp ou encore Kerry Washington dans la peau de l'avocate Vera Draven... L'intrigue prend alors une tournure pas tout à fait inattendue puisque le concept du Whodunit étant ce qu'il est, Wicks va mourir lors de l'un de ses sermons. Tandis que le père Jud ainsi qu'une poignée de fidèles paroissiens assistent au dit sermon, Wicks pénètre une alcôve, disparaissant ainsi de la vue de toutes et tous. Mais un bruit sourd suivi d'un second, métallique, interloque Jud qui se précipite et découvre avant tout le monde le cadavre ensanglanté de Wicks... Débarque alors à l'écran Benoit Blanc, accompagné de la commissaire Geraldine Scott (Mila Kunis) aux côtés de laquelle il va donc enquêter sur la mort de Monseigneur Jefferson Wicks. Alors que les deux précédents volets étaient de très bonne tenue, Wake Up Dead Man: A Knives Out Mystery augmente encore d'un cran la qualité de la franchise. Si ce tout dernier modèle de Whodunit bénéficie d'un excellent casting, il est aussi et surtout enrichi par un formidable script, bourré d'inventivité et de retournements de situations. Un sujet somme toute banal comme le prétendront sans doute certains mais qui cache parfois un message politique et religieux. De ce dernier l'on retiendra effectivement la force de certaines interventions de la part du détective privé qui au delà d'un athéisme supposé et d'un esprit fondamentalement rationnel (ce qui est, faut-il le dire, un atout dans sa profession) véhicule un message plutôt sain en matière de foi, de spiritualité et de quête de sens... Soit, tout le contraire de ce que véhiculent les fidèles de Monseigneur Jefferson Wicks, qui parfois et tout comme lui-même, semble nous dire que certains fonctionnements de l’Église ne sont au fond rien de plus, rien de moins que ceux d'une Secte. En dehors de ces considérations qui risquent d'en révolter certains, Rian Johnson signe une œuvre touffue, profonde et étonnamment émouvante si l'on considère que le cinéaste s'amuse à sans cesse se jouer du sérieux de la situation pour injecter un humour souvent aussi féroce qu'efficace. Bref, Wake Up Dead Man: A Knives Out Mystery est une merveille et l'on est déjà impatient de découvrir les futures aventures de Benoit Blanc dont la date de sortie est prévue pour 2027...

 

lundi 20 octobre 2025

Tutti Defunti... Tranne i Morti de Pupi Avati (1977) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Avant de consacrer une partie de sa future carrière à la comédie (romantique ou non) et au drame, le cinéaste italien Pupi Avati a posé certains jalons du cinéma horrifique transalpin en signant l'une des œuvres les plus cultes du genre avec La Casa dalle Finestre che Ridono fort justement traduit chez nous sous le titre La maison aux fenêtres qui rient. J'en profite d'ailleurs pour évoquer une petite anecdote qui date maintenant de plus de trente ans. Ayant mes habitudes dans la minuscule boutique Movies 2000 située si mes souvenirs sont bons au 49 Rue Catherine de la Rochefoucauld dans le neuvième arrondissement de Paris, je fis une acquisition inattendue. Spécialisée dans le cinéma et véritable mine où l'on pouvait dénicher des livres, des magazines et autres cassettes vidéos au format VHS, la boutique finira malheureusement par voir ses portes définitivement se refermer en 2008. C'est là-bas que votre serviteur mis un jour la main sur La porte de l'enfer. Une cassette qui trône d'ailleurs toujours dans ma modeste vidéothèque et qui derrière ce titre cachait en réalité le fameux long-métrage du réalisateur italien... Imaginez quelle put être ma surprise en découvrant qu'en lieu et place d'un long-métrage dont je n'avais jamais entendu parler se trouvait en réalité le chef-d’œuvre de Pupi Avati... Passons maintenant au film dont il est question dans cet article. Mettre la main sur l'un des nombreux que mit en scène le calabrais n'étant pas forcément chose aisée, mieux vaut se préparer psychologiquement à atteindre l'orgasme cinéphilique à la simple idée de découvrir l'une de ses œuvres parmi les moins connues. Un euphémisme si l'on tient compte du fait que parmi sa soixantaine de réalisations, peu sont demeurées véritablement célèbres. Car en dehors de La maison aux fenêtres qui rient en 1976 ou de Zeder en 1983, seuls les vrais fans seront véritablement capables d'en citer un ou deux de plus sans jeter au préalable un regard sur Wikipedia ou le généralement très complet, IMDB !


Sur un ton sardonique, voici comment je vois parfois les choses : ''Ouais, je sais... la chance qui est la mienne... d'avoir autour de moi... des personnes dont la passion principale est l'archéologie cinéphilique...''. Ce qui, à vrai dire, me permet de me ''taper l'incruste'' sans y avoir été forcément convié d'ailleurs, lors de projections privilégiées... D'où cet article consacré à Tutti Defunti... Tranne i Morti que Pupi Avati réalisa en 1977. Soit un an après le morbide et dérangeant La maison aux fenêtres qui rient. Et si les deux longs-métrages n'entretiennent pas vraiment de relations, on sent chez leur auteur, cette même envie de laisser au spectateur une sourde impression de malaise. Ici, ça n'est pas tant l'intrigue que certains interprètes qui auraient pu marquer les esprits. Mais après avoir pu apprécier un an auparavant La maison aux fenêtres qui rient (dont le titre à lui seul est absolument remarquable), rien ne pouvait davantage traumatiser les esprits que ces mentalités viciées qui s'inscrivirent au cœur de son récit... Terminé ce que d'aucun jugèrent comme un exemple de Giallo malgré tout très particulier. Pupi Avati passe désormais à autre chose avec Tutti Defunti... Tranne i Morti. Quoique. À bien y regarder, ce qui s'apparente au Whodunit Made in Italy peut tout aussi bien s'inscrire dans cette mouvance notamment sublimée par le maître incontesté du genre, Dario Argento ! Deux courants rejoints bien évidemment par le Slasher dont les codes ne diffèrent que dans de très petites proportions. Ici, dix membres d'une même famille sont regroupés dans la luxueuse demeure du patriarche qui vient tout juste de décéder. S'ajoute à leur présence, celle de Dante (l'acteur Carlo Delle Piane), petit employé d'un éditeur chargé de vendre deux exemplaires d'un ouvrage consacré à certaines légendes entourant cette famille originaire d'Émilie-Romagne. Malheureusement, lors de son séjour, celui-ci ainsi que les membres de la famille parmi lesquels l'on notera la présence de la superbe Francesca Marciano dans le rôle d'Iliana vont être les témoins d'une série de meurtres dont ils seront eux-mêmes les victimes...


Arrive alors Martini (Gianni Cavina), détective qui débarque comme un cheveu dans la soupe et qui s'autoproclame ''chargé de l'enquête'' ! Tutti Defunti... Tranne i Morti, c'est d'abord et avant toute autre chose, une galerie de portraits comme les affectionne Pupi Avati. Bien que la présence des très séduisantes Francesca Marciano et de la française Greta Vaillant (dans le rôle de Hilde) soit particulièrement appréciable, le réalisateur insiste sur les ''difformités'' de plus ou moins grande importance. Ainsi, dans le rôle de Donald, un pervers obsédé par la masturbation suivant un traitement à base de chocs électriques, l'on retrouve l'acteur Pietro Bona, dont l’œil droit est absent. Bien qu'étant d'un physique normal, Giulio Pizzirani s'était pourtant montré plutôt incommodant lorsqu'il avait incarné le rôle d'Antonio Mazza dans La maison aux fenêtres qui rient. L'on retrouve ainsi son regard si particulier. Enfin, atteint de nanisme, Bob Tonelli interprète de son côté le rôle d'Ariano, l'un des frères de la fratrie. Pupi Avati s'amuse d'ailleurs de la petitesse du personnage pour le faire railler à plusieurs reprises par l'entremise de ses personnages. Bien que Tutti Defunti... Tranne i Morti appartienne effectivement à la catégorie du Whodunit, son auteur le fait par la voie du second degré. Et même, de la parodie la plus décomplexée. En cela, on peut regretter le choix de Pupi Avati tant son film abuse de l'humour le plus bouffon et pas forcément le plus drôle. Sans jamais relâcher la pression d'ailleurs, là où justement l'on aurait sans doute aimé qu'il fasse preuve d'un peu plus de sérieux selon les conditions dans lesquelles se retrouvent les personnages. Il n'en demeure pas moins que Tutti Defunti... Tranne i Morti bénéficie d'une très belle photographie qui renvoie directement à l'époque du tournage et de magnifiques décors dus aux séquences dirigées à Casalecchio di Reno, Émilie-Romagne ainsi qu'à Bologne. Notons enfin que le titre, d'une stupidité sans nom, délivre instantanément le nom du coupable. Une réflexion de quelques secondes permettra en effet aux plus réceptifs de comprendre le sens de cette phrase. Ajoutant à cela la preuve confirmant le fait que le concept final adopté dans le premier volet de la franchise Saw près d'un demi-siècle plus tard ne fut pas vraiment novateur...


 

mardi 23 septembre 2025

The Thursday Murder Club de Chris Columbus (2025) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Depuis que le producteur, réalisateur et scénariste britannique Kenneth Branagh a remis au goût du jour la mode du Whodunit en proposant de nouvelles transpositions à l'écran des plus grands classiques de la romancière Agatha Christie (Murder on the Orient Express en 2017, Death on the Nile en 2022 et A Haunting in Venice en 2023), d'autres se sont attaqués au genre . Et même en France puisque à travers une toute autre approche Rémi Bezançon a réalisé l'excellent Le Mystère Henri Pick en 2019 tandis que trois ans plus tard, Nicolas Pleskof a signé un Murder Party de mémoire relativement triste... Le dernier Whodunit à avoir vu le jour non pas sur grand écran mais directement sur la plateforme de streaming Netflix est une production Amblin Entertainment. Une société créée en 1980 par Kathleen Kennedy, Frank Marshall mais aussi et surtout par Steven Spielberg sous la bannière de laquelle le cinéaste à produit la majeure partie de ses films. Une entreprise américaine qui produit pourtant ici une œuvre d'origine britannique. Un retour aux sources et aux fondamentaux tellement proche du concept originel que comme on le constatera assez rapidement, The Thursday Murder Club a beau avoir vu le jour sur nos écrans de télévision il y a moins d'un mois le 28 août, celui-ci n'en demeure pas moins une vision quelque peu passéiste du genre. Tant et si bien que l'on a moins l'impression d'être devant un long-métrage qui aurait mérité sa place dans les salles de cinéma que d'être devant une œuvre qui aurait pu être directement exposée chez nous sur France 3 où fut notamment accueillie la série Midsomer Murders plus connue sous le titre Inspecteur Barnaby. Diffusé dans l'hexagone sous le titre Le Murder Club du jeudi, le long-métrage de Chris Columbus n'est pas celle d'un novice puisque parmi sa vingtaine de réalisations, on lui doit notamment Maman, j'ai raté l'avion ! en 1990 et sa suite sortie en 1992, Madame Doubtfire en 1993, L'homme bicentenaire en 1999 ou encore les deux premiers volets de la franchise Harry Potter (L'école des sorciers en 2001 ainsi que La chambre des secrets l'année suivante). Bref, du cinéma populaire parfois très enfantin et qui par conséquent ne sera pas forcément du goût de tout le monde...


Abordant son nouveau projet sous un angle un tout petit peu plus ''mature'', Chris Columbus signe donc un long-métrage proche de l'univers de la célèbre romancière britannique bien qu'en réalité, The Thursday Murder Club soit en fait l'adaptation du premier des quatre volumes que constitue actuellement la série de romans éponymes écrits par l'écrivain anglais Richard Osman. Production Amblin Entertainment oblige, le casting est constitué de grands interprètes, à l'image de l'actrice britannico-américaine Helen Mirren, de la britannique Celia Imrie, du britannico-indien Ben Kingsley, de l'américain Pierce Brosnan ou de l'écossais David Tennant qui après avoir notamment brillé dans l'excellente série Broadchurch en incarnant l'inspecteur Alec Hardy entre 2013 et 2017 interprète ici le rôle de Ian Ventham, l'un des deux propriétaire de la maison de retraite Coopers Chase qu'il a décidé de radicalement ''transformer'' avec ou sans l'assentiment des pensionnaires. Décidant en outre de faire raser le cimetière mitoyen ! Elizabeth Best, Ron Ritchie, Ibrahim Arif et la nouvelle venue en la personne de l'ancienne infirmière Joyce Meadowcroft vont tout mettre en œuvre pour empêcher que cela n'arrive. Membres exclusifs du Murder Club du jeudi, ils vont en outre enquêter sur le meurtre du copropriétaire de la maison de retraite, John Grey (l'acteur Paul Freeman). Un assassinat qui arrange les affaires de Ian Ventham puisque la victime qui détenait la moitié des parts dans l'affaire ne semblait pas prête à accepter le projet... Sans être mauvais, The Thursday Murder Club est en fait assez anodin dans le genre Whodunit. Rien d'exceptionnel si ce n'est un humour omniprésent et des décors magnifiques situés dans le comté de Buckinghamshire et dans celui de Hertfordshire. Notons la présence de Naomie Ackie dans le rôle de l'inspectrice Donna De Freitas, celle de Daniel Mays dans celui de son supérieur hiérarchique Chris Hudson ou encore celle de Jonathan Pryce dans le rôle de Stephen Best, l'époux d'Elizabeth. The Thursday Murder Club demeure un bon divertissement, qui part certes un peu dans tous les sens et fait plutôt figure de long téléfilm policier que de véritable long-métrage voué à une hypothétique sortie en salle... Sachant qu'il s''agit de l'adaptation du premier volet de la saga de romans de Richard Osman, il n'est pas interdit de penser qu'une suite pourrait prochainement voir le jour. Attendons tout d'abord de voir si ce premier film attire suffisamment de téléspectateurs...

 

samedi 5 avril 2025

Un Cadavre au Dessert de Robert Moore (1976)



Un vieil homme excentrique invite les cinq plus grands détectives du monde à un dîner un peu particulier. En effet, Lionel Twain convie Dick et Doras Charleston ainsi que leur terrier. L'inspecteur Sidney Wang et son fils adoptif Willie. Milo Perrier et son assistant Marcel Cassette. Sam Diamond et sa secrétaire Tess Skeffington. Ainsi que Jessica Marbles et sa fidèle infirmière, Mlle Withers. Toutes et tous sont conviés dans une lugubre demeure. Mais très vite les choses se compliquent. Un pont branlant qui menace de s'effondrer au passage des invités et des statues qui tombent sur la tête des invités sous le porche de la porte d'entrée. Un sonnette qui « hurle », un majordome aveugle et une cuisinière sourde et muette. De dizaines de tableaux et de trophées accrochés aux murs. Des yeux vides qui permettent à l'hôte de ces lieux d'épier ses invités.

Lionel Twain a une très étrange proposition à faire à ses invités. Il les invité en effet à participer à un dîner durant lequel un crime sera commis au vu et au su de tous. Celui qui résoudra ce meurtre se verra empocher la somme d'un million de dollars. Les invités n'ont de toute façon pas le choix puisque fenêtres et portes sont fermées et protégées par de solides grilles métalliques...

Réalisé par Robert Moore en 1976, Un Cadavre au Dessert est une comédie policière jubilatoire. Un suspens en forme d'hommage à Agatha Christie qui ne ménage pas les spectateurs en terme de gags puisque les répliques ne cessent de fuser pour notre plus grand bonheur. Truman Capote, Alec Guinness, James Coco, Peter Falk, Eileen Brennan, Elsa Lanchester, David Niven, Maggie Smith et Peter Sellers pour ne citer qu'eux. Un casting flamboyant pour une intrigue passionnante située dans un manoir inquiétant. Des effets réussis (pluie, brouillard), des décors gothiques du plus bel effet et des dialogues extraordinairement bien écrits. Un Cadavre au Dessert se doit d'être vu en version originale évidemment. Mais que les réfractaires ne se fassent pas de soucis. La traduction est parfaite et la finesse de certains jeux de mots est conservée. Macabre et drôle, le film n'est pas avare en répliques cinglantes. Les actrices et acteurs sont tous géniaux. On prend plaisir à les retrouver, et notamment Peter Falk qui interprète cette fois-ci un inspecteur beaucoup plus vindicatif dans ses propos que dans l'excellente série qui l'a rendu célèbre.

On reconnaît à peine Peter Sellers, ici grimé en japonais qui omet les pronoms. Le film comprend des scènes d'anthologie comme celle qui nous convie à assister à un « dialogue » entre le majordome aveugle et la cuisinière sourde et muette. La fin du film se termine par une succession de six « twists » finaux qui succède à une série d'aveux de la part des convives, rappelant ainsi la plupart des œuvres cinématographiques inspirées par l’œuvre d'Agatha Christie. Un Cadavre au Dessert est donc une magistrale comédie macabre qu'il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie...


jeudi 9 janvier 2025

Cinque Bambole per la Luna d'Agosto de Mario Bava (1970) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Alors que dans le précédent article j'évoquais le superbe Lisa e il Diavolo de Mario Bava, nous remontons cette fois-ci en arrière de trois années afin de consacrer celui-ci à Cinque Bambole per la Luna d'Agosto tout bêtement traduit chez nous sous le titre L'île de l'épouvante alors que sa signification est ''Cinq poupées pour la lune d'août''. Le terme ''poupées'' n'étant de nos jours plus vraiment d'usage, au risque de voir les néo-hystérico-féministes se planter devant les éventuelles salles de cinéma qui auraient décidé de projeter à nouveau ce vieux long-métrage qui accuse presque les cinquante-cinq ans d'âge ! Parmi les nombreuses œuvres cinématographiques signées du réalisateur et scénariste italien, celle-ci a la particularité de partager le public en deux. D'un côté, il y a ceux qui parviennent à lui trouver des qualités même si de manière générale les pros et les anti s'unissent pour admettre tous ensemble que Cinque Bambole per la Luna d'Agosto est relativement ennuyeux. Mais encore, si cette remarque pouvait être la seule à justifier le mécontentement d'une partie du public, on n'irait pas plus loin que cette seule critique et n'importe quel article pourrait se boucler en seulement quelques lignes. Sauf que le film, en plus d'être d'un ennui parfois sidérant, propose une intrigue étonnamment vide. Surtout que d'après certaines âmes bien renseignées, Cinque Bambole per la Luna d'Agosto serait une adaptation libre du roman de la britannique Agatha Christie, Les dix petits nègres ! En effet, bien que reposant sur un scénario de Mario Di Nardo, lequel aura cette même année l'occasion de collaborer à nouveau avec Mario Bava sur son western Spaghetti Roy Colt e Winchester Jack, le long-métrage semblerait s'inspirer du célèbre ouvrage adapté maintes fois au théâtre et sur grand écran. Tout comme dans le roman d'Agatha Christie, huit personnes sont conviées à venir s'installer pour quelques jours sur une île appartenant à un certain George Stark (l'acteur romain Teodoro Corrà) et son épouse Jill (Edith Meloni). Des hommes tous accompagnés de leur épouse ou compagne respective. Et parmi eux, Gerry Farrell (l'autrichien William Berger) et sa femme Trudy (l'italo-allemande Ira Von Fürstenberg). Lui est l'inventeur d'une toute nouvelle résine synthétique que les hommes rassemblés durant le séjour vont tenter de convaincre de leur vendre la formule.


Chacun y allant d'un chèque rempli à hauteur de un million de dollars. Mais alors que Gerry refuse de se plier à la demande des autres invités, l'un après l'autre, les convives vont disparaître, assassinés par on ne sait qui. Les soupçons se portent ensuite sur chaque survivant. L'intrigue de Cinque Bambole per la Luna d'Agosto repose donc sur un concept bien connu des amateurs de la romancière britannique. En effet, le long-métrage mixe trois genres pour un résultat frôlant la catastrophe industrielle ! Du roman d'Agatha Christie Les dix petits nègres, le script de Mario Di Nardo et la mise en scène de Mario Bava reprennent le concept de Whodunit dans lequel se pose la question quant à l'identité du tueur. Ajoutant à ce principe celui du Giallo dont Mario Bava fut l'un des premiers à donner vie sur grand écran avec La ragazza che Sapeva Troppo et I tre Volti della Paura tous deux réalisés en 1963. Dans le cas de Cinque Bambole per la Luna d'Agosto, les meurtres sont timidement mis en scène puisque exécutés hors champ de la caméra. Question hémoglobine, le spectateur risque donc d'être très déçu. Le film du réalisateur italien s'inscrit également dans une sorte de proto-Slasher, sous genre à part entière de l'épouvante et de l'horreur dont les origines sont encore sujets à discussion mais qui trouve ici l'un de ses plus vieux et séminaux représentants. Ce qui n'empêche cependant pas Cinque Bambole per la Luna d'Agosto de figurer parmi les plus mauvais films de son auteur et, s'il s'avère effectivement que l’œuvre est bien un Whodunit/Giallo/Slasher, qu'il s'agit en outre de l'un des pires représentants de ces trois catégories. Le plaisir de retrouver la superbe Edwige Fenech est gâché par une sous exploitation de l'actrice. À l'image de toutes celles et ceux qui apparaissent à l'écran et pour lesquels aucun effort de caractérisation n'a été fourni. Durant une bonne grosse moitié de l'intrigue, voire même lors des deux premiers tiers, le film se traîne en n'étant constitué majoritairement que de séquences molles et parfaitement inintéressantes. Poussif et doté de meurtres mal accordés malgré la puissance du thème évoqué, on s'emmerde très rapidement. Jamais nous ne sommes gratifiés par de quelconques meurtres sanglants ou par la délicieuse plastique de ces héroïnes que l'on aurait aimé voir s'effeuiller, histoire de justifier cette assommante perte de temps, dotée de surcroît d'affreux décors et d'une musique signée Piero Umiliani parfaitement indigeste...

 

lundi 16 octobre 2023

Invitación a un Asesinato de José Manuel Cravioto (2023) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Dans la grande famille des Whodunit, il est bon de séparer le bon grain de l'ivraie pour ne pas être immédiatement révulsé par les pires représentants du genre. Il y a les classiques qui majoritairement se situent dans une tranche chronologique allant de 1974 avec Le crime de l'Orient Express de Sidney Lumet à 1982 avec Meurtre au soleil de Guy Hamilton. Lesquels furent précédés et suivis de dizaines d'autres longs-métrages dont la majorité demeure anecdotique. Depuis quelques années, la mode des Whodunit semble être revenue sur le devant de la scène puisque entre remakes et récits inédits, les films du genre pullulent désormais au cinéma et sur les sites de streaming légaux. En 2017, l'acteur, réalisateur et scénariste britannique Kenneth Branagh réalisa sa propre version du crime de l'Orient Express puis celle de Mort sur le Nil en 2022 avant de revenir cette année avec la toute nouvelle adaptation du roman d'Agatha Christie La fête du potiron sous le titre Mystère à Venise. Le genre semble ne pas devoir s’essouffler puisque le Mexique lui aussi s'y est notamment intéressé cette année 2023 avec Invitación a un Asesinato de José Manuel Cravioto. Le dernier long-métrage du réalisateur mexicain semble vouloir défier les pays anglo-saxons sur leur ''territoire'' avec ce qui s'avère être un pur produit sorti de l'imagination de deux scénaristes en mal d'inspiration. En effet, Javier Durán PérezAnton et Goenechea ont conçu un script dont l'objet semble être effectivement de côtoyer les grands noms du Whodunit. Et pourtant, malgré les quatre mains qui se sont attelées à l'écriture du scénario, malgré les nombreux exemples qui auraient pu servir à ces trois là de source plus ou moins importante d'inspiration, leur adaptation d'un ouvrage écrit par Carmen Posadas n'est pas à la mesure de ce que les fans du genre étaient en droit de s'attendre. En contrepartie, Invitación a un Asesinato révèle inconsciemment toute l'importance que revêt la caractérisation des différents protagonistes d'une œuvre de ce type. Preuve que sans un minimum d'effort de la part du réalisateur dans ce domaine, le film perd très rapidement tout ou partie de son intérêt.


Bien que se rapprochant au départ du concept de l'excellent Glass Onion: A Knives Out Mystery de Rian Johnson sorti l'année dernière, l'idée de convier une poignée d'amis afin de les réunir lors d'une soirée lors de laquelle va avoir lieu un meurtre est au fond peu crédible. À moins qu'il ne s'agisse d'une volonté plus ou moins clair de se suicider par procuration, il faut qu'Olivia (l'actrice Maribel Verdú) soit vraiment stupide pour qu'elle se livre ainsi à celles et ceux qui pourraient dans un futur très proche vouloir attenter à son existence ! Trop empressé à voir débuter l'enquête d'un lieutenant un peu gauche ''supporté'' et même, ''épaulé'' par la sœur de la victime, Agatha (un hommage à...?), José Manuel Cravioto pose relativement mal les bases du Whodunit et l'on se perd ainsi dans les circonvolutions d'un scénario alambiqué non pas grâce à l'ingéniosité d'un script écrit aux petits oignons mais parce que le réalisateur n'offre pas aux spectateurs le temps nécessaire pour s'accoutumer à chacun des protagonistes ainsi qu'à leur personnalité. Et que dire d'Agatha, créatrice de podcasts criminels populaires qui s'improvise ici en pseudo Miss Marple. Si le bon Whodunit est celui qui ne permet jamais au spectateur d'interférer avec les théories avancées par l'enquêteur quel qu'il soit, ici, on remet sans cesse en doute les éléments apportés par Agatha. Le film n'excédant que de très peu les quatre-vingt dix minutes et l'héroïne/détective choisissant de réunir l'ensemble des invités après seulement trois quart-d'heure, il devient difficile soit-même d'analyser le moindre élément de preuve. Principe qui en général participe de l'intérêt de ce genre de production. Il n'y a rien ou presque dans Invitación a un Asesinato qui retienne véritablement l'attention. Au point qu'il est possible de se laisser divertir par l'intervention d'un élément extérieur au long-métrage. Preuve que le film ne passionne guère et ne nous retient ni par le jeu d'acteurs, ni par la réalisation et sans doute moins encore par l'environnement dans lequel ces derniers évoluent. Avec le dernier film de José Manuel Cravioto, le Whodunit tombe malheureusement en disgrâce. Disponible sur Netflix...

 

dimanche 15 octobre 2023

Glass Onion-A Knives Out Mystery de Rian Johnson (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Traduisible chez nous sous le terme Qui l'a fait ?, le Whodunit est un concept qui à l'origine semble être né en Angleterre à travers de nombreux ouvrages littéraires dont ceux d'Agatha Christie demeurent comme les plus célèbres d'entre tous. Reposant sur une structure se répétant à l'infini, tout commence avec un cadavre dont il va falloir identifier le meurtrier. Une sorte de cluedo dans lequel sont conviés un certains nombre de protagonistes parmi lesquels, un policier de réputation internationale auquel, on le sait d'emblée, aucune énigme ne peut résister. Le Whodunit réunira systématiquement certains critères propres au genre. Tout d'abord, un cadre qui imposera qu'aucun des personnages ne puisse s'en échapper avant la résolution de l'énigme. Dans le cas de Glass Onion-A Knives Out Mystery, il s'agit d'une île privée située en Grèce. Ensuite, des personnages bigarrés, mais qui dans le cas de cette séquelle à l'excellent Knives Out-À couteaux tirés que réalisa déjà lui-même Rian Johnson, se connaissent tous pour avoir formé un club de Perturbateurs. La particularité de cette suite concerne tout d'abord l'enjeu du récit puisque le richissime propriétaire des lieux, l'un des grands pontes des nouvelles technologies Miles Bron qu'interprète Edward Norton, vient de convier ses amis à participer à un jeu consistant à élucider l'assassinat dont il va bientôt être la victime. À dire vrai, le concept n'est pas tout à fait neuf puisqu'en 1976, Robert Moore réalisa l'excellent Un cadavre au dessert (Murder by Death) dans lequel le milliardaire Lionel Twain (l'acteur Truman Capote) conviait dans sa luxueuse demeure les plus grands détectives du monde afin de résoudre un meurtre qui allait être perpétré parmi les convives quelques heures plus tard dans la soirée !


Les fondations du meurtre reposent en général sur l'attitude des invités, sur les rapports qu'ils entretiennent avec la future victime et sur diverses justifications invoquées par le scénario qui laissent supposer que tous ont une bonne raison d'avoir commis le meurtre. Et c'est encore le cas ici même si l'on arguera que les motivations sont parfois trop légères pour justifier un assassinat. Glass Onion-A Knives Out Mystery convie cinq principaux personnages, auxquels l'on ajoutera donc leur hôte ainsi que le détective privé Benoît Blanc qui comme on le sait déjà, était parvenu à résoudre l'énigme à l'issue du récit de Knives Out-À couteaux tirés, lequel est dans le cas présent invité par erreur, tout ce petit monde étant accompagné d'assistants ou de proches pour un total d'une dizaine de protagonistes. Ce qui apparaît tout d'abord comme une évidence est le plaisir avec lequel Rian Jackson a réalisé cette séquelle. Auteur du scénario, le réalisateur met en scène un Whodunit généreux, divertissant, drôle (Daniel Craig, dans le rôle de Benoît Blanc, est impayable), doté de décors incroyables, œuvre du décorateur Rick Heinrichs, qui donne au long-métrage l'allure d'un Whodunit de science-fiction situé dans un futur proche. Une hybridation des genres étonnante qui pourtant n'oublie jamais d'aller à l'essentiel. Parce qu'avant tout, ce qu'est venu chercher le spectateur est une enquête crédible reposant sur des notions solides du thriller et du film policier. Tout ceci n'empêchant pas l'humour, Glass Onion-A Knives Out Mystery est de ce point de vue là porté par un Daniel Craig qui cabotine à fond.


Un détective qui comme ses ancêtres ne se prend pas vraiment au sérieux et en rajoute même avec, parfois, un brin d’excès. C'est à se demander de temps en temps si Rian Johnson n'est pas méprisant envers celui qui est ici censé représenter l'autorité ! Et pourtant, alors que le doute subsiste, patatras ! L'illusion disparaît et le caractère redoutablement professionnel et aiguisé de Benoit Blanc se fait jour. Mieux, ATTENTION SPOIL, le fameux détective résoudra le meurtre avant que les cinquante premières minutes ne se soient écoulées FIN DU SPOIL. Sachant que le film dure plus de cent-quarante minutes, forcément, il y a un hic que le scénario résoudra à son tour de manière magistrale. Sans se détourner de l'objectif principal, revenons encore une fois sur l'humour. Ici, l'on n''est absolument pas dans la caricature et pourtant, s'il fallait décrire l'attitude de chaque personnage, leur caractérisation et les nombreuses situations qui prêtent à rire, on se rendrait rapidement compte que ces cinquante premières minutes contiennent pratiquement autant de scènes humoristiques qu'il y a de plans. Du montage de Bob Ducsay jusqu'à la photographie de Steve Yedlin en passant par l'interprétation, l'écriture et la mise en scène, Glass Onion-A Knives Out Mystery est un pur joyau. Ce qui en revanche risque de faire tiquer certains spectateurs se manifeste au sein même du script et de la réalisation qui, aussi aventureux soient-ils, dénaturent et déconstruisent le concept même de Whodunit. Le récit semble échapper aux personnages, tous plus ou moins caractérisés d'ailleurs (le scientifique Lionel Toussaint incarné par Leslie Odom Jr y est tout simplement superficiel, voire... ''fantomatique'') tandis que le récit part dans un délire assez inattendu jusqu'à un final apocalyptique en forme de feu d'artifices qui trahirait presque certaines faiblesses d'écriture. Mais ne boudons pas notre plaisir car l'aventure demeure passionnante. Notons qu'actuellement le troisième volet de la franchise pour l'instant sobrement intitulé Knives Out 3 est en cours de développement et devrait voir le jour en 2025...

 

lundi 9 mai 2022

Knives Out (A couteaux tirés) de Rian Johnson (2019) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Lorsque l'on évoque le Whodunit au cinéma, on pense tout d'abord à sa variante littéraire et notamment à la romancière britannique Agatha Christie même si cette dernière n'est pas la seule à avoir écrit tout un ensemble d'ouvrages reposant sur des énigmes policières. Si les plus célèbres détectives du Whodunit demeurent Hercule Poirot et Miss Jane Marple, d'autres ont su retenir l'attention des amateurs d'enquêtes policières où l'humour est omniprésent mais où s'emberlificotent toute une série d'indices et de suspects qui laissent au spectateur l'occasion de d'incriminer tel ou tel personnage avant que l'enquêteur ne lui révèle en toute fin d'intrigue le véritable nom du tueur. Sur grand écran, le genre remonte à des décennies et là encore, ce sont les adaptations d'Agatha Christie dont on nous continuons de nous souvenir non seulement pour leur diabolique mise en scène, leur passionnante intrigue mais aussi leur impressionnant florilège d'interprètes. Le Crime de l'Orient-Express de Sidney Lumet en 1974. Mort sur le Nil de John Guillermin en 1978. Le miroir se brisa en 1980 et Meurtre au soleil deux ans plus tard, tous deux réalisés par Guy Hamilton. Mais si Agatha fut une source d'inspiration intarissable, d'autres n'ont pas eu besoin de ses talents pour produire d'authentiques perles du Whodunit. Un seul exemple ? Un cadavre au dessert réalisé par Robert Moore en 1976 et scénarisé par Neil Simon. Si le film n'entretient que de très loin une parenté avec l'univers de la romancière britannique, deux personnages feront cependant références aux deux plus célèbres détectives qu'elle créa de sa plume. Si tout un tas de longs-métrages ont repris depuis les codes du Whodunit avec plus ou moins de bonheur, les classiques du genre ont depuis refait leur apparition sur grand écran grâce (ou à cause) au réalisateur et acteur britannique Kenneth Branagh. En effet, le célèbre détective Hercule Poirot à célébré son retour sur grand écran à travers les remakes du Crime de l'Orient-Express en 2017 et Mort sur le Nil en 2022. La France elle aussi s'est essayée au genre par l'entremise de la comédie pure avec Mystère à Saint-tropez de Nicolas Benamou, lequel possède deux... ''privilèges''. Celui d'être tout d'abord la pire comédie à avoir vu le jour l'année dernière et ensuite, celui d'être probablement le pire Whodunit de l'histoire du cinéma. Une réputation typiquement française que semble avoir pourtant racheté cette année le réalisateur Nicolas Pleskof grâce à son Murder Party interprété par une intéressante galerie d'acteurs parmi lesquels Eddy Mitchell, Miou-Miou, Alice Pol ou encore Pascale Arbillot, Gustave Kervern et Zabou Breitman...


Mais l'une des grosses surprises pour les amateurs du genre fut l'arrivée en salle fin 2019 de l'excellent Knives Out de Rian Johnson (auteur entre autres de l'excellent film de science-fiction Looper en 2012). Sorti chez nous le 27 novembre de cette année là, le film est non seulement un superbe hommage au genre Whodunit mais également l'un des meilleurs représentants de sa catégorie. Hercule Poirot et Miss Marple sont ici remplacés par Benoît Blanc, un détective privé engagé on ne sait par qui afin d'enquêter sur le suicide supposé d'un richissime romancier qui se serait lui-même tranché la gorge. Le film réunit une très intéressante brochette d'interprètes parmi lesquels Daniel Craig qui interprète le détective, Christopher Plummer dans le rôle de la victime Harlan Thrombey, Jamie Lee Curtis dans celui de sa fille Linda Drysdale, Don Johnson dans celui de son époux, Michael Shannon dans la peau du frère Walter ou encore Ana de Armas qui incarne Marta Cabrera, l'infirmière de l'écrivain et principal personnage de l'intrigue. Tourné dans le Massachusetts et essentiellement dans une authentique demeure de style néo-gothique située près de Boston, les décors sont l’œuvre du chef-décorateur David Crank qui œuvra notamment sur les tournages de Hannibal de Ridley Scott en 2001 et de The Tree of Life de Terrence Malik dix ans plus tard. Le caractère faussement léger du détective Benoît Blanc fait évidemment directement référence à ceux d'Agatha Christie mais démontrera en toute fin de métrage sa propension à dénouer le nœud de l'affaire. Une conclusion absolument magistrale qui ne démérite en rien face aux classiques du genre. L'une des originalités du long-métrage demeure dans le fait qu'une partie de la vérité nous est révélée presque d'emblée. Mais c'est sans compter sur l'ingéniosité de l'écriture et de la mise en scène qui nous offrent au final une machination particulièrement diabolique. Volontairement surjoué par une partie du casting (Daniel Craig et Jamie Lee Curtis en font notamment des tonnes), Knives Out est une œuvre brillante, ponctuée d'innombrables dialogues écrits aux petits oignons, entre joutes verbales et guerres intestines au cœur d'une famille dont les rancœurs s'exaltent à mesure que les esprits s'échauffent et que soit révélée la vérité. Notons que la diffusion prochaine d'une séquelle est prévue cette année sur la plateforme Netflix, avec, toujours dans le rôle du détective Benoît Blanc l'acteur Daniel Craig et que Rian Johnson a déjà prévu un troisième volet pour l'année 2025...

 

mercredi 15 décembre 2021

The Ghastly Ones d'Andy Milligan (1968) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Andy Milligan fut entre la fin des années soixante et la décennie suivante un grand pourvoyeur en matière de petits films d'horreur aux titres évocateurs. Torture Dungeon, Bloodthirsty Butchers, Blood ou encore Carnage. Ainsi que d'un certain nombres d’œuvres dramatiques aux titres qui laissent songeurs et trompent sur la marchandise tandis que l'on s'attendrait à voir évoluer leur personnages dans le monde de la pornographie ou du moins, dans celui de l'érotisme : Depraved!, The Promiscuous Sex ou The Degenerates. Quant à The Ghastly Ones, lui, Andy Milligan le réalise en 1968, à la fin de la décennie qui vit la naissance du gore, ces films d'horreur outrancièrement sanglants que réalisa avant tout le monde un certain Herschell Gordon Lewis. Sans jamais aller aussi loin dans l'hémoglobine tout en amenant des séquences de meurtres plus ''réalistes'', le long-métrage d'Andy Milligan est typique de ces œuvres obscures et fauchées qui gagnent à être découvertes ne serait-ce que pour leur ambiance quelque peu morbide. La promiscuité entre trois couples apparemment aisés (le film se situe à une époque pas vraiment déterminée mais les interprètes portent des costumes qui les ramènent au moins à la première moitié du vingtième siècle) et des domestiques on ne peut plus étranges (deux femmes à l'allure inquiétante accompagnées par un dément) forment un tout qui aurait pu ou dû être anxiogène mais la maîtrise assez peu délicate de son sujet force le réalisateur à assommer le spectateur à grands coups de lignes de dialogues interminables...


Entre slasher, Giallo et Whodunit du pauvre, The Ghastly Ones tente de noyer le poisson dès le départ avec son double meurtre perpétré par l'espèce de dégénéré à l'improbable mâchoire de carnassier. Un débile joyeusement atteint qui tue un homme et son épouse à grands coups de couteau. S'ensuivent une éventration et une main coupée. De quoi motiver le spectateur à demeurer devant son écran dans l'attente d'une succession de meurtres plus barbares les uns que les autres. Débarquent alors à l'écran les trois sœurs Victoria, Elizabeth et Veronica (Anne Linden, Carol Vogel et Eileen Haves) et leurs époux respectifs (interprétés par Fib La Blaque, Richard Romanus et Don Williams). Les trois femmes sont convoquées par un certain Dobbs (sous l'épais maquillage duquel se cache l'acteur Neil Flanagan), un très vieil avocat qui leur indique que tous devront s'installer pour les trois prochains jours dans la demeure de leurs parents décédés avant de pouvoir prendre acte du testament qu'ils ont confié à l'avocat avant leur mort. Avec ses gros sabots, Andy Milligan laisse supposer que les meurtres qui vont logiquement être perpétrés par la suite pourraient être l’œuvre de la sœur aînée pour laquelle éliminer ses deux cadettes pourrait être un bon moyen de récupérer à elle seule l'héritage. Comme dès l'introduction le réalisateur envisageait déjà de faire du dément de service, celui qui plus tard allait tuer plusieurs des membres des trois couples...


Mais en planquant son (ou sa) criminel sous une capuche sombre, Andy Milligan précise au spectateur qu'il va lui falloir deviner lui-même qui se cache en dessous. Le réalisateur et son scénariste Hal Sherwood n'ayant pas le talent d'Agatha Christie pour l'écriture ni celui d'Alfred Hitchcock pour le suspens (sans citer les maîtres des futurs slashers ou du giallo), les fondations de The Ghastly Ones tiennent moins sur la découverte de l'identité du tueur que sur les quelques rares meurtres qui sont exécutés devant la caméra. Sans avoir le talent d'un Tom Savini pour la boucherie réaliste, le spécialiste des effets-spéciaux Jerry Rome inflige à ses ''victimes'' des blessures profondes parfaitement visibles à l'écran. Une maigre consolation face à des lignes de dialogues beaucoup trop importantes. Le film est effectivement extrêmement bavard. Du remplissage qui dessert totalement l’œuvre du réalisateur, d'autant plus qu'il est parcouru d'une galerie de personnages très étranges (Veronica Radburn, Maggie Rogers et Hal Borske dans les rôles respectifs de Martha, Hattie et Colin). Si Andy Milligan semble parfois vouloir faire les choses en grand, les costumes qui sont de sa propre création laissent à désirer. On a un peu de mal à adhérer à cette fausse bourgeoisie qui transpire des robes affreuses que portent les trois sœurs tandis qu'elles vivent en réalité dans des appartements on ne peut plus insignifiants. De plus, si certains propos laissent entendre que The Ghastly Ones va plonger ses personnages dans un monde de luxure à leur arrivée dans la dite demeure, inutile d'espérer y voir des couples se fourvoyer dans le sexe et la dépravation. Le film n'en est cependant pas moins une curiosité. Ennuyeux, mais qui pourra apparaître comme dérangeant, la pellicule n'ayant pas résisté aux outrages du temps et insistant donc sur l'aspect crapoteux de l'ouvrage...

 

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