Au
départ fut Red Dragon
de
Thomas Harris. Premier volet d'une tétralogie complétée en 1988
par The Silence of
the Lambs,
en 1999 par Hannibal
et enfin en 2006 par Hannibal
Rising.
Chacun de ces ouvrages ayant eu les honneurs d'une adaptation sur
grand écran. Le premier d'entre eux, logiquement, s'inspire en 1986
du roman séminal, même si le réalisateur et scénariste Michael
Mann se voit imposé le titre Manhunter
pour des raisons assez farfelues provenant du producteur Dino De
Laurentiis qui un an plus tôt avait produit Year
of the Dragon
de Michael Cimino. Lequel ne rencontra pas le succès en salle
puisque après avoir été budgété à hauteur de vingt-deux
millions de dollars, il n'en rapporta que dix-huit sur le territoire
américain. Exit donc Red
Dragon.
Le choix d'un nouveau titre s'impose donc aux yeux du producteur,
tentant ainsi vainement de briser la malédiction puisque Manhunter
ne rencontrera pas davantage le succès car pour un financement
estimé à quinze millions de dollars, il n'en rapportera qu'un peu
moins de neuf ! Pourtant, si l'on se réfère à l'avis général
qui sous-entend très objectivement que le long-métrage de Michael
Mann est un véritable chef-d’œuvre, il est sans doute fort à
parier que le choix du producteur d'en changer le titre et ainsi de
faire perdre conscience au public qu'il s'agissait bien d'une
adaptation du roman Red
Dragon
de Thomas Harris est sans doute la raison principale de son échec au
cinéma. Heureusement, le temps donnera raison à Michael Mann et à
sa mise en scène glaciale faisant de Manhunter
une œuvre à l'identité propre et à l'incarnation parfois
inoubliable... Des qualités propres à Jonathan Demme qui quinze ans
plus tard permet au personnage de Clarice Starling de faire sa toute
première apparition au cinéma sous les traits de la magnifique et
talentueuse Jodie Foster après être née sous la plume de Thomas
Harris en 1988 dans le roman
The Silence of the Lambs.
Sorti chez nous sous le titre Le silence des
agneaux,
l'adaptation du roman devient presque instantanément un classique du
genre. Un chef-d’œuvre aux multiples qualités qui remportera une
flopée de récompenses à travers le monde. Et surtout, la
découverte d'un binôme, de deux personnages fascinants (d'un côté,
la stagiaire du FBI Clarice Starling et de l'autre, le tueur en série
cannibale Hannibal Lecter) littéralement incarnés par Jodie Foster
donc, mais aussi par Anthony Hopkins. Sans oublier la magistrale
interprétation des acteurs secondaires parmi lesquels, bien
évidemment, l'on ne peut oublier la présence de Ted Levine dans le
rôle de James ''Buffalo Bill'' Gumb ou celle de Scott Glenn dans
celui de Jack Crawford, le supérieur de Clarice........
Larvé
par les pressions découlant du succès du long-métrage de Jonathan
Demme, Thomas Harris finit par accepter d'écrire Hannibal
en 1999 alors qu'il n'est même pas certain qu'à l'origine le
romancier fut véritablement attiré à l'idée de poursuivre par
écrit l'histoire de Clarice Starling et de Hannibal Lecter. Ceux qui
parcoururent les pages de ce nouvel opus seront sans doute en mesure
de répondre à certaines interrogations quant à l'intérêt ou non
d'un tel exercice de réactualisation, mais s'agissant de son
adaptation sur grand écran sous le titre Hannibal,
il est un fait que le long-métrage de Ridley Scott ne parvient
jamais à égaler, et donc encore moins à surpasser, le chef-d’œuvre
de Jonathan Demme. Convoquant des raisons d'ordre purement calendaire
qui prévoyaient que Jodie Foster devait réaliser son troisième
long-métrage Flora Plum
(projet qui tomba finalement à l'eau), l'actrice refuse de jouer
dans cette préquelle de The Silence of the Lambs
pour
des raisons que l'on jugera objectivement comme étant relativement
clairvoyantes. Car tout comme Jonathan Demme qui refuse lui aussi
d'apparaître au générique de la future adaptation de Hannibal,
Jodie Foster déteste le roman de Thomas Harris. Du moins émet-elle
des réserves quand à la tournure que prend le récit, s'agissant de
la personnalité de Clarice Starling qui entretient désormais très
clairement une relation à distance, certes, mais très ambiguë avec
le Docteur Hannibal Lecter ! Et c'est vrai. Difficile d'admettre
que la Clarice Starling déterminée, certes, mais aussi sensible et
fragile soit devenue une femme au tempérament beaucoup plus affirmé
même si chronologiquement, les dix années qui ont passé expliquent
qu'elle ait forgé une carapace autour d'elle. S'agissant du Docteur
Lecter, celui-ci est toujours incarné par le talentueux Anthony
Hopkins mais s'avère au fond, nettement moins fascinant qu'il ne le
fut par le passé. Un problème sans doute relatif à sa présence
beaucoup plus importante que dans The Silence of
the Lambs.
Un
personnage qui se caractérisait à l'époque par sa grande
intelligence et par une violence intériorisée qui malheureusement
est un peu trop exposée à l'écran dans cette préquelle qui offre
une part beaucoup plus importante aux scènes sanglantes alors que
dans le précédent opus, celles-ci savaient se faire suffisamment
discrètes pour avoir un réel impact lorsque subitement, elles
surgissaient à l'écran. Le roman, et donc son adaptation, multiplie
les interventions extérieures. À l'image de Mason Verger ancienne
et seule victime à avoir survécu à Hannibal Lecter. Incarné en
outre par un Gary Oldman méconnaissable puisque dissimulé sous un
maquillage fort impressionnant. Ou à celle de l'inspecteur Rinaldo
Pazzi (Giancarlo Giannini), lequel enquête de son côté sur le
célèbre tueur en série dans une Florence curieusement
photographiée par un John Mathieson qui sembla croire que Ridley
Scott tourna là un gigantesque clip vidéo de plus de cent-vingt
minutes. De plus, Hans Zimmer a beau être souvent glorifié comme
étant l'un des plus grands compositeurs de musiques de films de son
époque, ses compositions sont très largement en deçà de celles,
magnifiques et bouleversantes de Howard Shore qui pour The
Silence of the Lambs
signa une partition très chargée d'un point de vue émotionnel.
Mais bon, pour être tout à fait honnête, si j'évoque un dernier
''détail'' en fin d'article, c'est parce qu'il est propre à ce que
je ressens et manque donc peut-être d'objectivité. Car oui, pour
moi, le principal problème avec Hannibal,
ça n'est pas tant que le film se traîne en longueur ou que le
charme n'agit plus que la présence à l'image de l'actrice Julianne
Moore dans le rôle de Clarice Starling. Avoir remplacé Jodie Foster
par cette actrice pourtant talentueuse m'a fait le même effet que
Muriel Robin remplaçant Valérie Lemercier dans Les
Couloirs du temps : Les Visiteurs 2.
Ridley Scott ayant ainsi définitivement rompu le charme... Bref,
plus qu'une préquelle, le réalisateur américain semble avoir signé
un tout autre film, qui n'entre absolument pas dans la mythologie du
Docteur Hannibal Lecter ou qui, en tout cas, préfère s'extraire de
son contexte esthétique et artistique d'origine pour en faire une
œuvre personnelle.....
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