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lundi 1 juin 2026

Hannibal de Ridley Scott (2001) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Au départ fut Red Dragon de Thomas Harris. Premier volet d'une tétralogie complétée en 1988 par The Silence of the Lambs, en 1999 par Hannibal et enfin en 2006 par Hannibal Rising. Chacun de ces ouvrages ayant eu les honneurs d'une adaptation sur grand écran. Le premier d'entre eux, logiquement, s'inspire en 1986 du roman séminal, même si le réalisateur et scénariste Michael Mann se voit imposé le titre Manhunter pour des raisons assez farfelues provenant du producteur Dino De Laurentiis qui un an plus tôt avait produit Year of the Dragon de Michael Cimino. Lequel ne rencontra pas le succès en salle puisque après avoir été budgété à hauteur de vingt-deux millions de dollars, il n'en rapporta que dix-huit sur le territoire américain. Exit donc Red Dragon. Le choix d'un nouveau titre s'impose donc aux yeux du producteur, tentant ainsi vainement de briser la malédiction puisque Manhunter ne rencontrera pas davantage le succès car pour un financement estimé à quinze millions de dollars, il n'en rapportera qu'un peu moins de neuf ! Pourtant, si l'on se réfère à l'avis général qui sous-entend très objectivement que le long-métrage de Michael Mann est un véritable chef-d’œuvre, il est sans doute fort à parier que le choix du producteur d'en changer le titre et ainsi de faire perdre conscience au public qu'il s'agissait bien d'une adaptation du roman Red Dragon de Thomas Harris est sans doute la raison principale de son échec au cinéma. Heureusement, le temps donnera raison à Michael Mann et à sa mise en scène glaciale faisant de Manhunter une œuvre à l'identité propre et à l'incarnation parfois inoubliable... Des qualités propres à Jonathan Demme qui quinze ans plus tard permet au personnage de Clarice Starling de faire sa toute première apparition au cinéma sous les traits de la magnifique et talentueuse Jodie Foster après être née sous la plume de Thomas Harris en 1988 dans le roman The Silence of the Lambs. Sorti chez nous sous le titre Le silence des agneaux, l'adaptation du roman devient presque instantanément un classique du genre. Un chef-d’œuvre aux multiples qualités qui remportera une flopée de récompenses à travers le monde. Et surtout, la découverte d'un binôme, de deux personnages fascinants (d'un côté, la stagiaire du FBI Clarice Starling et de l'autre, le tueur en série cannibale Hannibal Lecter) littéralement incarnés par Jodie Foster donc, mais aussi par Anthony Hopkins. Sans oublier la magistrale interprétation des acteurs secondaires parmi lesquels, bien évidemment, l'on ne peut oublier la présence de Ted Levine dans le rôle de James ''Buffalo Bill'' Gumb ou celle de Scott Glenn dans celui de Jack Crawford, le supérieur de Clarice........


Larvé par les pressions découlant du succès du long-métrage de Jonathan Demme, Thomas Harris finit par accepter d'écrire Hannibal en 1999 alors qu'il n'est même pas certain qu'à l'origine le romancier fut véritablement attiré à l'idée de poursuivre par écrit l'histoire de Clarice Starling et de Hannibal Lecter. Ceux qui parcoururent les pages de ce nouvel opus seront sans doute en mesure de répondre à certaines interrogations quant à l'intérêt ou non d'un tel exercice de réactualisation, mais s'agissant de son adaptation sur grand écran sous le titre Hannibal, il est un fait que le long-métrage de Ridley Scott ne parvient jamais à égaler, et donc encore moins à surpasser, le chef-d’œuvre de Jonathan Demme. Convoquant des raisons d'ordre purement calendaire qui prévoyaient que Jodie Foster devait réaliser son troisième long-métrage Flora Plum (projet qui tomba finalement à l'eau), l'actrice refuse de jouer dans cette préquelle de The Silence of the Lambs pour des raisons que l'on jugera objectivement comme étant relativement clairvoyantes. Car tout comme Jonathan Demme qui refuse lui aussi d'apparaître au générique de la future adaptation de Hannibal, Jodie Foster déteste le roman de Thomas Harris. Du moins émet-elle des réserves quand à la tournure que prend le récit, s'agissant de la personnalité de Clarice Starling qui entretient désormais très clairement une relation à distance, certes, mais très ambiguë avec le Docteur Hannibal Lecter ! Et c'est vrai. Difficile d'admettre que la Clarice Starling déterminée, certes, mais aussi sensible et fragile soit devenue une femme au tempérament beaucoup plus affirmé même si chronologiquement, les dix années qui ont passé expliquent qu'elle ait forgé une carapace autour d'elle. S'agissant du Docteur Lecter, celui-ci est toujours incarné par le talentueux Anthony Hopkins mais s'avère au fond, nettement moins fascinant qu'il ne le fut par le passé. Un problème sans doute relatif à sa présence beaucoup plus importante que dans The Silence of the Lambs.


Un personnage qui se caractérisait à l'époque par sa grande intelligence et par une violence intériorisée qui malheureusement est un peu trop exposée à l'écran dans cette préquelle qui offre une part beaucoup plus importante aux scènes sanglantes alors que dans le précédent opus, celles-ci savaient se faire suffisamment discrètes pour avoir un réel impact lorsque subitement, elles surgissaient à l'écran. Le roman, et donc son adaptation, multiplie les interventions extérieures. À l'image de Mason Verger ancienne et seule victime à avoir survécu à Hannibal Lecter. Incarné en outre par un Gary Oldman méconnaissable puisque dissimulé sous un maquillage fort impressionnant. Ou à celle de l'inspecteur Rinaldo Pazzi (Giancarlo Giannini), lequel enquête de son côté sur le célèbre tueur en série dans une Florence curieusement photographiée par un John Mathieson qui sembla croire que Ridley Scott tourna là un gigantesque clip vidéo de plus de cent-vingt minutes. De plus, Hans Zimmer a beau être souvent glorifié comme étant l'un des plus grands compositeurs de musiques de films de son époque, ses compositions sont très largement en deçà de celles, magnifiques et bouleversantes de Howard Shore qui pour The Silence of the Lambs signa une partition très chargée d'un point de vue émotionnel. Mais bon, pour être tout à fait honnête, si j'évoque un dernier ''détail'' en fin d'article, c'est parce qu'il est propre à ce que je ressens et manque donc peut-être d'objectivité. Car oui, pour moi, le principal problème avec Hannibal, ça n'est pas tant que le film se traîne en longueur ou que le charme n'agit plus que la présence à l'image de l'actrice Julianne Moore dans le rôle de Clarice Starling. Avoir remplacé Jodie Foster par cette actrice pourtant talentueuse m'a fait le même effet que Muriel Robin remplaçant Valérie Lemercier dans Les Couloirs du temps : Les Visiteurs 2. Ridley Scott ayant ainsi définitivement rompu le charme... Bref, plus qu'une préquelle, le réalisateur américain semble avoir signé un tout autre film, qui n'entre absolument pas dans la mythologie du Docteur Hannibal Lecter ou qui, en tout cas, préfère s'extraire de son contexte esthétique et artistique d'origine pour en faire une œuvre personnelle.....

 

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