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lundi 11 mai 2026

Okaruto de Kôji Shiraishi (2009) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Évoquer le réalisateur et scénariste japonais Kôji Shiraishi, c'est s'intéresser à un cinéaste vraiment à part, qui a majoritairement consacré sa carrière à une manière très particulière de tourner ses films. Auteur d'une centaine de courts et de longs-métrages, de séries télévisées et même d'un unique téléfilm en 2004 (Suiyô Puremia: Sekai Saikyô J Horâ SP Nihon no Kowai Yoru), il est en effet devenu l'un des spécialistes du Found Footage. Ce type de production tournée caméra à l'épaule et censée révéler le contenu de pseudos documents vidéos relatant d'authentiques événements dramatiques... Oubliez tout ce que vous connaissez sur le sujet. Qu'il s'agisse de l'ancêtre Cannibal Holocaust ou de The Blair Witch Project de Daniel Myrick et Eduardo Sánchez que beaucoup considèrent encore aujourd'hui comme le meilleur d'entre tous. En effet, effacez donc de votre mémoire cette idée préconçue que c'est aux États-Unis que le meilleur Found Footage du monde fut tourné car c'est vers un ailleurs, très éloigné de là, du côté du Pays du Soleil Levant qu'il faut tourner son regard. Car si même vous faites partie des indécrottables passionnés du genre qui ne connaissent malheureusement pas encore Noroi, il est encore temps de réparer cette erreur et de découvrir enfin LE chef-d’œuvre du genre, si tant est que l'on puisse nommer ainsi certains représentants de ce courant du cinéma d'horreur... Dans ce long-métrage fantastico-horrifique, Kôji Shiraishi s'intéressait en 2004 à la disparition d'un journaliste spécialisé dans le paranormal alors qu'il enquêtait jusque là sur un très ancien démon japonais du nom de Kagutaba. S'il est donc réalisateur et scénariste de ses propres projets, le cinéaste originaire de Fukuoka situé sur l'île de Kyūshū est aussi parfois aux manettes du montage, de la photographie, des effets-spéciaux et endosse même parfois l'un des rôles comme ici, avec Okaruto, dans lequel il incarne un réalisateur de documentaires intéressé par le cas particulièrement extraordinaire d'un certain Shonei Eno . Un individu incarné par l'acteur Shôhei Uno (le concept repoussant les limites du réalisme en présentant les principaux protagonistes sous des patronymes très proches de ceux de leurs interprètes respectifs) et qui trois ans après avoir été au centre d'un fait-divers très étrange fait aujourd'hui l'objet de toutes les attentions de la part d'un réalisateur qui est donc joué par le réalisateur lui-même ainsi que de celle d'Akira Wakatsuki (Akira Takatsuki), un producteur ouvert à l'idée d'aider financièrement Shôhei contre sa participation à un projet visant à prendre sur le fait, la présence quotidienne d'événements extraordinaires que lui seul semble être en mesure de voir. Sans argent et désormais sans abris, les deux hommes lui offrent l'opportunité de dormir durant une semaine dans leur bureau et de gagner de l'argent chaque fois qu'il aura la possibilité de filmer l'un des phénomènes en question. Portant dans le dos les stigmates de son agression au couteau survenue trois ans plus tôt et perpétrée par un déséquilibré qui s'est ensuite jeté d'une falaise, Shonei accepte. Alors qu'il vient de trouver un nouvel emploi, le voilà qui chaque jour fait suivre une petite caméra confiée par le réalisateur...


Si au départ, aucun fait étrange ou presque ne se manifeste, très vite les choses s'accélèrent et le spectateur est pris comme témoin d'une série d'événements très curieux qui vont les plonger lui et le personnage principal dans un univers très lovecraftien... Un monde qui jusque là était de l'ordre de l'indicible mais que Kôji Shiraishi va donc traiter à sa façon si particulière et même unique à vrai dire. Ce sens du cadre qui lui permet d'intégrer des éléments auquel l’œil peu exercé peut parfois échapper. Un objet survolant la scène de crime, trois ans plus tôt et qui au mieux et au départ, paraissait n'être que le survol d'un oiseau et qui au pire, était passé devant nos yeux sans que nous en ayons eu conscience... Là encore, le cinéaste japonais s'amuse avec le concept de Found Footage pour élaborer ce que l'on appelle un documenteur. L'objectif étant une nouvelle fois de créer l'illusion d'être devant d'authentiques événements alors que l'on sait pertinemment que tout est faux. Et pourtant, cela fonctionne. Et même si croire au défilé d'images qui se déroulent devant nous devient compliqué, la lente progression du récit qui s'aligne presque sur deux heures fascine par ce jeu de construction, entre enquête paranormale et surgissement de phénomènes surnaturels. Citant ainsi la présence d'ovnis et d'objets vaporeux parfois comparables à des orbes. Détail amusant, parmi les interprètes l'on aperçoit durant un cours moment le réalisateur Kiyoshi Kurosawa dans son propre rôle. Illustre cinéaste japonais qui nous gratifie régulièrement d'excellents films, tels Kyua en 1997, Kuriipii en 2016 ou encore Kuraudo l'année dernière... Bénéficiant de moyens qui malheureusement ne sont pas à la hauteur de ses ambitions, Kôji Shiraishi signe pourtant une œuvre passionnante même si l'on reste tout de même très loin de son immense Noroi. Sans doute trop long, le film aurait mérité d'être recentré autour de certaines séquences tandis que d'autres auraient méritées d'être jetées aux oubliettes. Il n'empêche que malgré des effets-spéciaux faits avec des bouts de ficelles et le savoir-faire d'un artisan sans le sou, Okaruto reste malgré tout au sommet du panier du genre Found Footage. Le japonais prenant visiblement un immense plaisir à développer continuellement ses ''obsessions'' pour des formes de ''vie'' très particulières...

 

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