Évoquer le réalisateur
et scénariste japonais Kôji Shiraishi, c'est s'intéresser à un
cinéaste vraiment à part, qui a majoritairement consacré sa
carrière à une manière très particulière de tourner ses films.
Auteur d'une centaine de courts et de longs-métrages, de séries
télévisées et même d'un unique téléfilm en 2004 (Suiyô
Puremia: Sekai Saikyô J Horâ SP Nihon no Kowai Yoru),
il est en effet devenu l'un des spécialistes du Found Footage. Ce
type de production tournée caméra à l'épaule et censée révéler
le contenu de pseudos documents vidéos relatant d'authentiques
événements dramatiques... Oubliez tout ce que vous connaissez sur
le sujet. Qu'il s'agisse de l'ancêtre Cannibal
Holocaust
ou de The Blair Witch Project
de Daniel Myrick et Eduardo Sánchez que beaucoup considèrent encore
aujourd'hui comme le meilleur d'entre tous. En effet, effacez donc de
votre mémoire cette idée préconçue que c'est aux États-Unis que
le meilleur Found Footage du monde fut tourné car c'est vers un
ailleurs, très éloigné de là, du côté du Pays du Soleil Levant
qu'il faut tourner son regard. Car si même vous faites partie des
indécrottables passionnés du genre qui ne connaissent
malheureusement pas encore Noroi,
il est encore temps de réparer cette erreur et de découvrir enfin
LE chef-d’œuvre du genre, si tant est que l'on puisse nommer ainsi
certains représentants de ce courant du cinéma d'horreur... Dans ce
long-métrage fantastico-horrifique, Kôji Shiraishi s'intéressait
en 2004 à la disparition d'un journaliste spécialisé dans le
paranormal alors qu'il enquêtait jusque là sur un très ancien
démon japonais du nom de Kagutaba. S'il est donc réalisateur et
scénariste de ses propres projets, le cinéaste originaire de
Fukuoka situé sur l'île de Kyūshū est aussi parfois aux manettes
du montage, de la photographie, des effets-spéciaux et endosse même
parfois l'un des rôles comme ici, avec Okaruto,
dans lequel il incarne un réalisateur de documentaires intéressé
par le cas particulièrement extraordinaire d'un certain Shonei Eno .
Un individu incarné par l'acteur Shôhei Uno (le concept repoussant
les limites du réalisme en présentant les principaux protagonistes
sous des patronymes très proches de ceux de leurs interprètes
respectifs) et qui trois ans après avoir été au centre d'un
fait-divers très étrange fait aujourd'hui l'objet de toutes les
attentions de la part d'un réalisateur qui est donc joué par le
réalisateur lui-même ainsi que de celle d'Akira Wakatsuki (Akira
Takatsuki), un producteur ouvert à l'idée d'aider financièrement
Shôhei contre sa participation à un projet visant à prendre sur le
fait, la présence quotidienne d'événements extraordinaires que lui
seul semble être en mesure de voir. Sans argent et désormais sans
abris, les deux hommes lui offrent l'opportunité de dormir durant
une semaine dans leur bureau et de gagner de l'argent chaque fois
qu'il aura la possibilité de filmer l'un des phénomènes en
question. Portant dans le dos les stigmates de son agression au
couteau survenue trois ans plus tôt et perpétrée par un
déséquilibré qui s'est ensuite jeté d'une falaise, Shonei
accepte. Alors qu'il vient de trouver un nouvel emploi, le voilà qui
chaque jour fait suivre une petite caméra confiée par le
réalisateur...
Si
au départ, aucun fait étrange ou presque ne se manifeste, très
vite les choses s'accélèrent et le spectateur est pris comme témoin
d'une série d'événements très curieux qui vont les plonger lui et
le personnage principal dans un univers très lovecraftien... Un
monde qui jusque là était de l'ordre de l'indicible mais que Kôji
Shiraishi va donc traiter à sa façon si particulière et même
unique à vrai dire. Ce sens du cadre qui lui permet d'intégrer des
éléments auquel l’œil peu exercé peut parfois échapper. Un
objet survolant la scène de crime, trois ans plus tôt et qui au
mieux et au départ, paraissait n'être que le survol d'un oiseau et
qui au pire, était passé devant nos yeux sans que nous en ayons eu
conscience... Là encore, le cinéaste japonais s'amuse avec le
concept de Found Footage pour élaborer ce que l'on appelle un
documenteur. L'objectif étant une nouvelle fois de créer l'illusion
d'être devant d'authentiques événements alors que l'on sait
pertinemment que tout est faux. Et pourtant, cela fonctionne. Et même
si croire au défilé d'images qui se déroulent devant nous devient
compliqué, la lente progression du récit qui s'aligne presque sur
deux heures fascine par ce jeu de construction, entre enquête
paranormale et surgissement de phénomènes surnaturels. Citant ainsi
la présence d'ovnis et d'objets vaporeux parfois comparables à des
orbes. Détail amusant, parmi les interprètes l'on aperçoit durant
un cours moment le réalisateur Kiyoshi Kurosawa dans son propre
rôle. Illustre cinéaste japonais qui nous gratifie régulièrement
d'excellents films, tels Kyua en
1997, Kuriipii
en 2016 ou encore Kuraudo l'année
dernière... Bénéficiant de moyens qui malheureusement ne sont pas
à la hauteur de ses ambitions, Kôji Shiraishi signe pourtant une
œuvre passionnante même si l'on reste tout de même très loin de
son immense Noroi.
Sans doute trop long, le film aurait mérité d'être recentré
autour de certaines séquences tandis que d'autres auraient méritées
d'être jetées aux oubliettes. Il n'empêche que malgré des
effets-spéciaux faits avec des bouts de ficelles et le savoir-faire
d'un artisan sans le sou, Okaruto
reste malgré tout au sommet du panier du genre Found Footage. Le
japonais prenant visiblement un immense plaisir à développer
continuellement ses ''obsessions'' pour des formes de ''vie'' très
particulières...
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