Que peut-on obtenir avec
trois-mille euros de budget et un script tenant sur une simple
feuille A4 ? Réponse : Aquarium.
Après deux courts-métrages réalisés en 2002, le réalisateur,
producteur et scénariste français Frédéric Grousset s'attaquait
en 2004 à un type spécifique de projet cinématographique sous
forme de huis-clos concentrant six personnages (trois femmes et trois
hommes) confinés entre les quatre murs d'une pièce hermétiquement
close. Un principe pas vraiment novateur en cette année 2004 puisque
sept ans plus tôt, Cube de
Vincenzo Natali reposait déjà sur le même principe même si les
protagonistes avaient le choix de passer d'une pièce à une autre en
bravant un certain nombre de pièges. À dire vrai, le long-métrage
de Frédéric Grousset se rapproche davantage de Saw
de James Wan sorti la même année aux États-Unis et un an plus tard
en France. D'étonnantes similitudes qui pourraient faire croire que
l'un des deux aurait éventuellement pu s'inspirer du second mais
n'empiétons pas sur ce genre de terrain pour nous concentrer sur
l'objectif premier consistant à évoquer les qualités et les
défauts d'Aquarium.
Ouais, parce que si l'on devait finalement faire la comparaison entre
Saw
et celui-ci, le film de Frédéric Grousset ne fait évidemment pas
le poids. En même temps, James Wan bénéficia d'un budget d'un
million et deux-cent mille dollars quand le français ne disposa que
d'une somme quatre-cent fois inférieure. Expliquant en des termes
propres à une idéologie dystopique la fonction de cette ''boite''
où des personnalités diverses et variées qui ne se connaissent ni
d'Eve ni d'Adam se retrouvent enfermées, le long-métrage de
Frédéric Grousset implique des protagonistes qui à l'extérieur
n'auraient probablement pas eu de raisons de se côtoyer. L'intérêt
étant d'ailleurs ici de faire interagir des hommes et de femmes de
milieux sociaux et de caractères différents. Ici, l'ombre d'une
certaine télé-réalité plane en outre au dessus des personnages,
dont les moindres mouvements sont scrutés à l'aide d'une caméra
positionnée en hauteur. La seule différence avec une émission du
type Loft Story
étant
qu'ici ne demeure aucun recoin permettant d'échapper à l’œil de
la caméra...
Une
voix raisonne ponctuellement, édictant des règles strictes
auxquelles nos six prisonniers sont contraints de se tenir. À défaut
de quoi, c'est la mort assurée. Pas le temps de faire connaissance
avec les personnages outre que leur prénom et leur profession. Mais
qu'ont-ils pu bien faire à l'extérieur pour devoir se retrouver
enfermés dans cette pièce nue qui au fil du temps ressemble de plus
en plus à une tombe à mesure que les jeux (car il s'agit tout
d'abord de cela) déclinent tout un tas de perversités ?
Aquarium
oppose deux types d'attitudes. Tandis que la voix (et donc celui qui
se cache derrière) semble vouloir tester chaque prisonnier pour en
tirer le meilleur (ou le pire) et ainsi donc n'en conserver qu'un
seul à la fin, les six victimes de ce sinistre ''cirque'' vont
devoir collaborer même si l'on devine rapidement que l'espoir de
survie est pour la majorité d'entre eux, totalement illusoire...
Coté casting, peu ou pas d'acteurs connus puisque Karen Bruere n'a
ensuite tourné que dans un épisode de la série Candice
Renoir
dix ans plus tard, Abel Divol est apparu dans un épisode de Plus
belle la vie
en 2011 et Caïn
l'année suivante, Capucine Mandeau ayant notamment figuré au
casting de RRRrrrr !!! d'Alain
Chabat, tandis que le reste du casting constitué de Julien Masdoua,
Michel Robin et Sophie Talon n'a également tourné que dans une
poignée de séries ou téléfilms en dehors du premier dont la
carrière est au contraire étoffée d'une cinquantaine de projets
parmi lesquels il a lui-même réalisé le téléfilm
24 minutes chrono
en 2005. D'une manière générale, le concept étant ce qu'il est,
toute la force d'un tel projet repose sur l'écriture et
l'interprétation. S'agissant du jeu des actrices et acteurs, ça va
même si l'on oscille parfois du côté de l'amateurisme. Du côté
de l'écriture, Frédéric Grousset et le scénariste, réalisateur
et producteur Jean Mach font assez vite le tour de la question même
si le dernier acte réserve une surprise relativement inattendue.
Bref, un tout petit film tourné avec amour et passion. Pas de quoi
se relever la nuit mais tout de même touchant dans son engagement...


