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mercredi 15 juillet 2026

La Isla de la Muerte de Mel Welles (1967) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Les distributeurs français ont parfois de drôles d'idées. Comme celle, par exemple, d'avoir traduit La Isla de la Muerte du réalisateur, scénariste et acteur américain Mel Welles par Le baron vampire. À ne pas confondre bien évidemment avec Baron vampire (Gli Orrori del Castello di Norimberga) que réalisera cinq ans plus tard l'italien Mario Bava. Un titre français d'autant plus absurde qu'il aiguille le spectateur dans une mauvaise direction en le poussant à croire que les personnages du récit seraient confrontés à un suceur de sang aux dents longues alors que La Isla de la Muerte est en réalité beaucoup plus proche du roman de Herbert George Wells L'Île du docteur Moreau (The Island of Dr. Moreau) dans lequel un naufragé du nom d'Edward Prendick échouait sur une île et y découvrait la présence d'un savant fou (le Docteur Moreau du titre), un homme de science totalement obsédé à l'idée de transformer des animaux en êtres humains... Ici, le concept est à peu près le même à la seule différence où le Baron von Weser qu'incarne à l'écran l'acteur américain Cameron Mitchell est fasciné à l'idée de créer des espèces végétales mutantes. Un peu à la manière d'un whodunit qui dégénérerait pour se transformer au final en un film horrifico-fantastique, l'intrigue débute sur le continent où un homme harangue la foule en promettant la visite d'une île paradisiaque remplie d'une flore luxuriante. Six personnes prennent place à l'arrière de son véhicule et font donc route en voiture, puis à bord d'un ferry. À leur arrivée, ils sont les témoins d'un drame lorsque à bord d'une seconde voiture le chauffeur écrase accidentellement l'un des employés du propriétaire des lieux. L'homme meurt sur le coup mais le Baron von Weser les console en leur expliquant que la victime était atteinte de troubles mentaux. Une fois rassurés, les six convives pénètrent l'immense demeure de leur hôte... L'invraisemblable traduction française du titre s'explique de deux façons. La première étant que la région a été désertée par des villageois superstitieux convaincus que des vampires vivent sur l'île...


Quant à la seconde, nous ne la découvrirons que bien plus tard, après que l'on se soit par erreur forgé l'idée selon laquelle des ''descendants'' de Dracula sont responsables des quelques morts qui surviendront durant le récit ! Bien que le scénario de Mel Welles, d'Ernst Ritter von Theumer et de Stephen Schmidt se résume à ce que ce type de cinéma d'épouvante nous habitue généralement, le réalisateur dresse une galerie de personnages pas inintéressante. Outre l'énigmatique Baron et son serviteur Baldi (l'acteur Mike Brendel) qui fait figure d'ersatz du Igor de l'univers de Frankenstein, nos six touristes forment un groupe on ne peut plus hétéroclite et pour certains, relativement excentriques. Dans cette dernière catégorie nous citerons Cora Robinson (l'allemande Kai Fischer), femme adultère, alcoolique et un brin nymphomane qui se jette sur tout ce qui bouge au grand dam de son vieil époux, James (le suédois Rolf von Nauckhoff). Toujours dans la même catégorie, citons ensuite Myrtle Callahan (l'espagnole Matilde Muñoz Sampedro), une sexagénaire superstitieuse qui s'affole à la moindre occasion et qui n'aura de cesse que de trouver dans l'un des autres convives, le suspect idéal : le Professeur Julius Demerist (l'allemand Hermann Nehlsen). Botaniste de profession qui a toujours l'air d'avoir un balais profondément enfoncé entre les fesses, il se passionne pour les activités du Baron jusqu'à lui proposer de travailler à ses côtés. Cette étonnante galerie de personnages est complétée par un très joli couple. D'un côté, l'architecte David Moss (l'espagnol George Martin), jeune ''élégant'' particulièrement prévenant. Surtout s'agissant de la magnifique Beth Christiansen qu'interprète quant à elle la superbe actrice originaire de Grenade, Elisa Montés. Sympathique petit film d'horreur, La Isla de la Muerte ne trompe son monde pas très longtemps. Et même si certains meurtres sont exécutés hors champ histoire de cultiver le plus longtemps le mystère quant à leur auteur, il est assez facile d'imaginer que le tueur n'est peut-être pas celui qu'évoque le titre français. Notons qu'à l'internationale le long-métrage fut affublé de divers titres, tels l'assez peu gouleyant Bloodsuckers, mais également Slaughter of the Vampires ou Island of the Doomed...

 

jeudi 8 novembre 2018

Supersonic Man de Juan Piquer Simon (1979) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



Wouaw !!! Un film prônant des valeurs pacifistes fondamentales. Comme c'est beau, comme c'est malin, comme c'est brillant... comme idée, sur le papier... Parce que sur grand écran, aidé par des moyens financiers revus drastiquement à la baisse, ça peut faire très mal aux yeux, voire causer des traumatismes irréversibles aux muscles zygomatiques essentiels au rire. Mais rire, très chers compatriotes, ça peut vous sauver une vie. Ou du moins, dans le cas présent, une journée. Ou plus simplement, une paire d'heures. Surtout lorsque dehors les températures sont revues à la baisse, qu'il pleut, et que le soleil, contrairement à vous, prend son congé à partir d'octobre. « Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi la gauche » a l'air de communiquer aux spectateurs le cinéaste espagnol Juan Piquer Simon, nous ayant déjà infligé quelques nanars d'anthologie. Vous en reprendrez bien un peu, de cette filmographie aussi indispensable pour l'amateur de films Z qu'une paire de poumons l'est si l'on veut respirer dans de bonnes conditions. Masochiste que celui qui se lance dans la projection d'un Supersonic Man dont le titre à lui seul suffirait à faire fuir n'importe quel individu saint d'esprit. A moins que justement soit recherché l'appétissant contenu de ce film de super-héros bancal ridiculisant sans doute involontairement l'univers DC et l'un de ses plus fiers représentants : Superman.
Je parlais donc de valeurs... celles qui mènent Kronos sur notre planète afin de traquer le mal pour que la paix revienne sur Terre. Face à lui, l'abominable Dr Gulk, dont le projet ultime est de dominer le monde.

« Puisse la grande force de la galaxie m'accompagner... »

Malgré la forte impression que le film de Juan Piquer Simon laisse traîner derrière lui, Supersonic Man n'est pas d'origine turc mais bien un film espagnol. Trois ans après s'être inspiré du roman Voyage au Centre de la terre de Jules Verne pour son insipide Continent Fantastique, l'espagnol s'intéresse donc de très près au phénomène des super-héros un an après l'immense succès de Superman du cinéaste américain Richard Donner en 1978. La comparaison entre ce dernier et Supersonic Man s'arrêtant là, ce nanar de haute volée constitue sans doute, à l'image des 7 Gladiateurs de Bruno Mattei pour le péplum, l'un des pires représentants du genre super-héros. Une œuvre éminemment plus proche de Supermen Dönyuör du turc Kunt Tulgar que du personnage incarné alors par l'acteur Christopher Reeves. On peut même élargir le point de comparaison aux « Super Sentai » japonais qui couraient durant notre enfance sur nos petits écrans de télévision, tels Spectreman, X-Or, ou encore Bioman.

Croisement entre Superman, Batman et même Flash Gordon pour l'écusson qu'il porte sur la poitrine, l'homme Supersonic est un individu bien installé sur notre planète qui lors de la prononciation de la phrase « Puisse la grande force de la galaxie m'accompagner... », se transforme en un super-héros volant tel une enclume drapée d'une cape et d'un costume rouge et bleu sur fond vert. Autant dire que le ridicule est au rendez-vous. Certaines séquences aux dialogues aussi insipides que le meilleur des soap opera font ressembler l’œuvre de Juan Piquer Simon à des Feux de l'Amour sous perfusion de science-fiction ringarde. Incarné par Richard Yesteran, notre héros est opposé à un Dr Gulik interprété par Cameron Mitchel (Le Dernier des Vikings, Le Silence qui tue, Space Mutiny, etc...) dont on se demande toujours ce qu'il est venu foutre dans une production aussi navrante. A noter la présence d'un ersatz du célèbre Robby le robot de Planète Interdite dans une version cubique relativement grotesque. Supersonic Man est kitsch, ringard (et devait déjà l'être à l'époque) et d'un intérêt parfois discutable. Encore une œuvre à ne pas mettre entre n'importe quelles mains. Aficionados de séries Z, bonjour!

vendredi 3 juin 2016

Blaxploitation: Slaughter de Jack Starrett (1972)



Alors qu'un couple de personnes âgées meure dans l'explosion de leur voiture, leur fils Slaughter, un ancien béret vert revient au pays afin de venger la mort de ses parents. Il apprend que ceux qui ont commandité leur assassinat font partie d'une organisation mafieuse installée à Cleveland. Slaughter s'y rend afin de traquer ces derniers et se rend responsable de l'un d'eux. Arrêté puis accusé de meurtre, il est finalement relâché par un responsable du département de la trésorerie contre quoi, Slaughter n'a d'autre choix que d'accepter de se rendre en Amérique du Sud afin d'y capturer l'homme qui a tué ses parents.

Là-bas, il fait la connaissance de Harry, ainsi que de Kim, deux agents travaillant déjà pour le Département, la seconde étant infiltrée parmi les hommes du chef de la mafia locale, Mario Felice. Proche de Dominic Hoffo, l'homme qui tua les parents de Slaughter, Kim est sommée par Mario Felice d'approcher Slaughter. Entre elle et se dernier, le charme agit presque immédiatement, la mafia étant loin de se douter qu'ils se connaissaient déjà et qu'ils travaillent tous les deux pour le Département...

Film de Blaxploitation littéralement habité par son interprète principal Jim Brown (qui fit une carrière professionnelle dans le football américain avant de se lancer dans le cinéma en 1964), Slaughter est un excellent long-métrage signé Jack Starrett. Si le nom de ce dernier n'est pas forcément célèbre, sa trogne, pourtant, tout le monde la connaît. Du moins, ceux qui connaissent l'excellent Rambo de Ted Kotcheff (Wake in Fright) sortit en 1983. Il s'agit en effet du flic que l'on voit malmener le héros campé par Sylvester Stallone une fois enfermé en prison durant la première partie.
Si son nom n'est pas non plus forcément connu, on connaît également le visage de Stella Stevens que l'on a pu voir dans autant de séries télévisées (Flamingo Road) que dans des longs-métrages (L'Aventure du Poséidon). Cameron Mitchell lui non plus n'est pas un inconnu. Il a joué dans des films de guerre, des films d'aventure, des westerns, des comédies, des films catastrophes, et même parfois de petites productions horrifiques fort sympathiques (TerreurExtraterrestre).

Slaughter est, comme cela fut souvent le cas pour les Blaxploitation, un film à petit budget. Ecrit par Don Williams et Mark Hanna (à ne pas confondre avec William Hanna qui produisit aux côté de Joseph Barbera de célèbres séries d'animation dont Scooby-Doo n'est pas la moins connue) et produit par Monroe Sachson, le film a été tourné à Mexico. La censure mexicaine ayant exigé que le nom de la ville où ont lieu les événements du film, la cité y est donc imaginaire. Slaughter mélange action, fusillades, érotisme soft (les formes généreuses de Stella Stevens y étant largement exploitées), soif de vengeance, et même humour puisque le film se permet parfois de petites pointes d'humour plutôt bienvenues.

Avec Slaughter, l'acteur Jim Brown crée l'un de ces héros de la Blaxploitation comme le firent à leur tour Richard Roudtree avec Shaft, Fred Williamson avec Hammer, ou encore Ron O'Neal avec Super Fly. Une mention spéciale pour l'acteur Rip Torn qui campe ici un vrai rôle de cinglé comme on les aime...


vendredi 12 février 2016

Sei Donne Per l'Assassino de Mario Bava (1963)



Isabelle, mannequin, est assassinée aux abords d'une forêt alors qu'elle rentre chez elle. La jeune femme travaillait pour la Comtesse Como, directrice de l'atelier de haute couture Christian et propriétaire du château qui abrite les locaux. Plus jolie et plus adulé des mannequins, elle n'avait pourtant pas la sympathie de toutes ses collègues. A part Nicole, elle n'avait pas vraiment d'amis et pourtant, lorsque tous apprennent sa mort, c'est la stupeur dans l'atelier. Alors que l'heure d'un important défilé approche, Nicole est la seule à bien vouloir porter la robe que devait présenter Isabelle. Marco, un assistant, remarque qu'il y manque une broche. Nicole sachant où elle se trouve, elle ouvre une petite boite ayant appartenu à Isabelle et fait une découverte étonnante. L'intérieur renferme un petit carnet rouge dans lequel la morte notait toutes sortes de choses, à commencer par les cancans du milieu et les dettes que contractaient certains envers elle.

Nicole promet de donner le carnet à la police, alors la Comtesse Como accepte de lui confier l'important objet. Mais alors que le mannequin est en train de défiler, quelqu'un en profite pour fouiller son sac et lui dérober le carnet. Un peu trop curieuse, Peggy, autre mannequin du groupe rentre chez elle après la représentation mais se fait agresser par le même mystèrieux personnage que celui qui a tué la veille la pauvre Isabelle. Le visage caché derrière un bas épais, l'individu semble très intéressé par le contenu du petit livre rouge d'Isabelle...

Mario Bava est l'homme qui fit emerger dans les années soixante un nouveau genre cinématographique. Le Giallo (littéralement, jaune en italien). Un courant qui naquit avec La Fille qui en Savait Trop et que le cinéaste développa dans un certain nombre d’œuvres. Un genre que sublima par la suite Dario Argento, le point culminant de sa carrière étant très certainement atteint avec Les Frissons de l'Angoisse. Réalisé en 1963, Six Femmes Pour l'Assassin traîne derrière lui une excellente réputation. Au risque de prendre une volée d'injures, il serait bon d'affirmer tout de même, et ce malgré ce qu'à pu apporter l’œuvre dans un genre qui connut son heure de gloire dans les années soixante-soixante-dix, que le film a relativement mal vieilli. Non pas que l'image soit mise en cause, mais l'intrigue, elle, avouons-le fait pâle figure à coté de ce que pondront quelques autres cinéastes habitués à tourner des giallos à la pelle (au hasard Sergio Martino).

On appréciera l'enquête menée par l'inspecteur Silvestri (Thmas Reiner), soupçonneux juste ce qu'il faut. Les quelques personnages ambigus (le marquis Richard Morelli (Franco Ressel), le toxicomane, ainsi que l'adipeux Cesar Lazzarini (Luciano Pigozzi)). De plus certains personnages ne manquent pas d'un certain charme, comme la Comtesse Come, interprétée par la très belle Eva Bartok.

On retrouve dans Six Femmes Pour l'Assassin ce surenchérissement de couleurs à travers les éclairages et qui trouvera son apothéose dans La Baie Sanglante. Des images, il faut l'avouer, parfois sublimes, quelques plans d'un sadisme sans doute inouïs pour l'époque et de vraies « gueules » du cinéma, à commencer par Cameron Mitchell qui dans ce film paraît si jeune alors qu'il avait déjà presque vingt ans de carrière derrière lui. Le film se pose comme un mélange de giallo et de passages lui donnant tous les aspects du huis-clos façon, Agatha Christie. Au risque de contrecarrer les propos de ceux qui déifient le cinéma de Mario Bava, n'ayons pas peur de dire que Six Femmes Pour l'Assassin a beaucoup vieilli et que beaucoup d'autres cinéastes ont réussi depuis à faire bien mieux. A voir par curiosité et pour se faire une idée précise de ce à quoi ressemblait l'un des tous premiers films du genre...
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