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jeudi 30 avril 2026

L'Uomo più Velenoso del Cobra (Plus vénéneux que le cobra) de Bitto Albertini (1971) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Traduction quelque peu erronée de L'Uomo più Velenoso del Cobra, Plus vénéneux que le cobra du réalisateur, scénariste et directeur de la photographie italien Bitto Albertini se voudrait certainement calife à la place du calife avec son titre très proche d'un genre dont s'est fait le maître transalpin Dario Argento mais en réalité, le film n'a pas grand chose à voir avec le Giallo ! Car si L'Uomo più Velenoso del Cobra est effectivement parsemé de meurtres et si les raisons pour lesquelles les victimes tombent les unes après les autres ne sont pas clairement évoquées dès le départ, certaines spécificités propres au genre sont ici éludées. Pas de traumatisme lié à l'enfance, de sexualité ou d'aliénation. Mais plus encore, le visage du tueur est ici visible dès la perpétration du premier assassinat ! Et donc, pas de mains gantées de noir cachant l'identité du meurtrier... Dans le cas de L'Uomo più Velenoso del Cobra, le réalisateur s'intéresse à Tony Garden (l'acteur George Ardisson), homme retranché en Europe qui après l'annonce de la mort de son frère revient aux États-Unis bien que certaines personnes n'aient pas très envie d'apprendre son retour après qu'elles aient été foncièrement agacézs par son comportement passé. Avec un prénom qui sans doute ne lui a pas apporté autant de problèmes dans son pays d'origine qu'il n'en aurait probablement eu dans les cours d'école françaises, Bitto Albertini, aussi peu connu soit-il sur notre territoire fut tout de même à l'origine des deux premiers volets de la série de longs-métrages intitulés Black Emmanuelle que reprirent notamment à leur compte et coup sur coup Joe D'Amato dans les années soixante-dix puis Bruno Mattei et Claudio Fragasso la décennie suivante. Auteur en outre de l'improbable trilogie Les Trois Fantastiques Supermen, l'homme signa également parmi une filmographie constituée de plus de vingt longs-métrages, Giochi Erotici Nella Terza Galassia, fausse suite de Starcrash : Le Choc des étoiles de Luigi Cozzi intitulée chez nous StarCrash 2 : Les Évadés de la galaxie III ! Le synopsis de L'Uomo più Velenoso del Cobra écrit par Ernesto Gastaldi, Eduardo Manzanos Brochero et Luciano Martino ne vous rappelle-t-il pas celui de Full Contact de Sheldon Lettich dans lequel Jean-Claude Vandamme incarna dix-neuf ans plus tard le rôle de Léon Gautier qui après avoir fuit la Légion Étrangère revenait aux États-Unis pour retrouver l'épouse et la fille de son frère jumeau, lequel fut la victime d'un meurtre ?


Partant d'un postulat de base similaire, les deux films prennent cependant des voies bien différentes puisque Full Contact reste tout d'abord et avant tout un film d'action essentiellement tourné vers les combats au corps à corps. Également interprété par Erika Blanc, actrice qui fut la première à incarner l'iconique Emmanuelle du roman éponyme d'Emmanuelle Arsan avec Io, Emmanuelle tandis que le personnage deviendra réellement célèbre au cinéma après avoir été interprété en 1971 par le mannequin néerlandais Sylvia Kristel dans le film de Just Jaeckin Emmanuelle, celle-ci joue ici le rôle de Leslie Garden, la belle-sœur du héros. Ensemble, ils vont essayer de trouver l'assassin de Johnny, le frère de Tony. Plusieurs pistes s'imposent alors à eux. Dont celle d'un certain Louis Mortimer (Luciano Pigozzi) qui sera pourtant tué dans d'horribles circonstances par le même assassin. Quittant ensuite l'Amérique pour rejoindre le continent africain, le ''couple'' suit alors la piste d'un certain George MacGreves (Alberto de Mendoza), une ancienne relation qui vit désormais au Kenya... Avec son contexte dans lequel les deux frères avaient à une époque l'habitude de traîner dans les cercles mafieux, on pense rapidement que la messe est dite. Et si la résolution de l'énigme a pour effet de nous réserver une surprise relativement surprenante et que le titre semble promettre l'une de ces histoires bien tordues propres au Giallo, L'Uomo più Velenoso del Cobra démontre surtout que son auteur n'est absolument pas à la hauteur des enjeux. Et que dire de l'acteur George Ardisson ? Son interprétation hautement fadasse n'arrange rien. Bitto Albertini a eu beau diriger la photographie de plus de soixante projets cinématographiques, il semble ici avoir négligé l'un des aspects artistiques et techniques les plus fondamentaux. Le film est laid, mal cadré et tout comme le prouve la séquence du safari, tout ou presque sonne faux. Bref, un ratage quasi complet d'où n'émerge donc qu'une révélation finale inattendue...

 

dimanche 30 avril 2023

La plus longue nuit du Diable de Jean Brismée (1971) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Durant sa carrière d'auteur de films documentaires, d’œuvres fantastiques, de téléfilms et de séries télévisées, seul La plus longue nuit du Diable de Jean Brismée semble avoir eu les honneurs d'une sortie en salle dans son pays, la Belgique, ainsi qu'en France ou en Italie. Œuvre mystico-horrifique où une succube charme puis élimine un groupe de vacanciers des siècles après qu'une famille d'origine allemande ait passé un pacte avec le Diable, on rapprochera le travail du belge de celui d'un auteur bien de chez nous connu sous le nom de Jean Rollin, spécialiste Z du fantastique français des années 70/80 connu pour sa passion pour les vampires et autres succubes. Concernant La plus longue nuit du Diable, lorsqu'en 1945, l'un des descendants de la famille en question choisit de rompre l'accord signé avec le Malin en tuant de ses propres mains la fille que lui a donné son épouse morte en couche, il met donc fin à cette longue ''tradition'' qui voulait jusqu'à maintenant que chaque fille aînée de chaque génération soit offerte en sacrifice au Diable. Le récit se déroule donc dans le château des Von Rumberg durant la seconde moitié du vingt et unième siècle, désormais propriété d'un Baron, ancien nazi durant la Seconde guerre mondiale. Ce que personne ne sait, c'est que sa propre fille, celle qu'il avait choisit de sacrifier afin de mettre un terme à la malédiction, est toujours en vie. Succube de Satan, elle va, le temps d'une poignée d'heures, tuer les vacanciers venus se réfugier pour la nuit au château. Composée par le musicien italien Alessandro Alessandroni (lequel est devenu célèbre en ''sifflant'' sur les partitions des célèbres westerns spaghetti de son compatriote Sergio Leone), la bande musicale baroque de La plus longue nuit du Diable offre au long-métrage de Jean Brismée une curieuse atmosphère mixant épouvante et mysticisme dans le cadre d'un château possédant davantage de longs couloirs que de cachet personnel. Rien à voir, donc,avec le sublime gothique du cinéma britannique des années cinquante ou soixante mais une volonté de sexualiser le propos à travers quelques séquences pourtant relativement timides en terme d’effeuillage. En effet, si l'on pressent que l'actrice italienne Erika Blanc (laquelle incarne la succube Lisa Müller) s'apprête souvent à baisser la garde lorsque d'un doigt discret elle défait le nœud de son corset, elle stoppe pourtant la progression avant que l’œil averti du spectateur ou du personnage qui lui fait face ne fourre son nez de plus près dans son intimité...


Il se dégage du long-métrage, également connu sous les titres Au service du Diable et La nuit des pétrifiés, une ambiance moite, charnelle et quasiment érotique malgré l'avarice dont font preuve dans ce dernier cas la mise en scène et les interprètes. L'un des points faibles du récit demeure dans l’exiguïté du scénario de Jean Brismée et de Pierre-Claude Garnier dont l'héroïne est bizarrement incarnée par l'antagoniste du récit. Erika Blanc interprète en effet une jeune, belle et plantureuse succube qui attire dans ses filets ses prochaines victimes en jouant de ses charmes. Notons également que si le film est bien d'origine belge, il s'agit d'une œuvre coproduite en compagnie de l'Italie et que le casting est constitué d'interprètes de divers horizons. C'est ainsi que l'on retrouve notamment les acteurs belges Christian Maillet et Jean Servais qui tourna beaucoup chez nous, le français Lucien Raimbourg ou encore Daniel Emilfork, acteur d'origine franco-chilienne qui interprète ici le rôle de Satan. Le déroulement est des plus classique. Surtout lorsque les convives sont installés au château et que la danse de mort commence à faire des victimes un peu partout. Un homme meurt empoisonné alors qu'il prenait un repas tardif dans la grande salle à manger, un autre est décapité tandis que sa maîtresse se retrouve enfermée et poignardée à l'intérieur d'un sarcophage. Une autre, encore, est retrouvée sans vie alors qu'elle vient d'être mordue par un serpent. La plus longue nuit du Diable, c'est un peu comme un Whodunit sans scénario (ou presque), sans mystère à résoudre et dont l'identité du coupable est très rapidement établie. Rien que de très commun en réalité, avec ses meurtres peu sanglants (à part la décapitation dont l'effet est visible à mille lieues à la ronde) et une Erika Blanc tantôt charmante, tantôt glaçante. C'est d'ailleurs sur elle que repose le principal intérêt du film. Une curiosité et une alternative au cinéma fantastico-franchouillard de notre Jean Rollin national...

mercredi 17 novembre 2021

Le Froid Baiser de la mort (Il terzo occhio) de Mino Guerrini (1966) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

À treize ans d'intervalles, deux œuvres aux réalisateur et aux titres différents vinrent au monde tout en entretenant cependant une étrange relation quant au contexte dans lequel baignent leurs personnages respectifs. En 1979, Joe d'Amato signait avec Buio Omega (sorti sur notre territoire sous le titre Blue Holocaust), l'un des films les plus glauques et dérangeants qui soient. Interdit à l'époque de sa sortie aux moins de dix-huit ans dans notre pays, il a conservé malgré les décennies son caractère éminemment putride. Une œuvre qui, si elle semble originale est en fait le reflet morbide d'un long-métrage qui lui est donc antérieur de treize ans. En effet, alors que nous sommes au beau milieu des années soixante, le réalisateur italien Mino Guerrini abordait déjà les étranges thématiques qui treize ans plus tard allaient faire de Buio Omega, le film culte que l'on connaît. Filmé en noir et blanc et principalement interprété par l'acteur Franco ''Django'' Nero, Le Froid Baiser de la mort (Il terzo occhio) semble en tout point avoir effectivement inspiré la décennie suivante l’œuvre de Joe d'Amato tant on y trouve déjà la plupart des éléments constituant ce véritable cauchemar sur pellicule dont le réalisateur accoucha en 1979. Il est donc déjà question ici de mort, de nécrophilie, de gémellité, d'acide sulfurique, d'emprise, d'amour, de passion et de folie. Tout comme ses personnages qui déjà incarnent qui le fils d'une riche famille, qui une gouvernante secrètement éprise de l'homme en question. Le mimétisme auquel s'est adonné Joe d'Amato treize ans plus tard est si bien poussé que Kieran Canter y incarnera lui aussi bien après Franco Nero, le rôle d'un taxidermiste. Dans le film de Mino Guerrini, un empailleur d'animaux dont la passion va très vite se répercuter sur le corps de celle qu'il devait épouser mais qui meurt dans un curieux accident de voiture...


Rapportant son cadavre jusque dans sa fastueuse demeure où est morte sa mère (l'actrice Olga Solbelli), Mino Alberti (Franco Nero, donc) attire chez lui une strip-teaseuse de cabaret, puis plus tard une prostituée, avant de coucher avec elles, sa fiancée défunte Laura (Erika Blanc) allongée dans le même lit, et recouverte d'un drap. On s'en doute, à la découverte du corps embaumé, les amantes de passages hurlent et ne reste plus alors à Mino qu'à les étrangler afin de les faire taire puis de compter sur le soutient de la gouvernante Marta (l’envoûtante Gioia Pascal) pour se débarrasser des cadavres. Presque un copier/coller semblable au futur Buio Omega, jusque dans la méthode employée pour faire disparaître les cadavres. Mais nous ne sommes pas encore à la fin des années soixante-dix lors desquelles les bandes horrifiques poisseuses pullulaient. En terme d'horreur, Le Froid Baiser de la mort est aussi sobre que le Psychose d'Alfred Hitchcock. Le sang apparaît forcément moins impressionnant que dans l’œuvre de Joe d'Amato. Quant à Gioia Pascal, l'actrice a beau arborer un joli minois et son personnage un caractère ambigu, face à Franca Stoppi qui dans Buio Holocaust interprétait de manière viscérale une Iris glaçante, la jeune interprète ne pèse pas lourd dans la balance. Franco Nero interprète un jeune homme séduisant mais sensiblement immature. Une fois libérée des entraves maternelles et après avoir perdu celle qu'il aimait (deux morts survenant le même jour), Mino perd la tête. Tout comme d'une certaine manière Marta qui ne prend pas en compte les dangers de vivre auprès d'un individu totalement obsédé par Laura...


Survient alors Daniela, la jumelle de celle-ci et naît alors une ambiguïté que l'on mettra sur le compte de l'anachronisme puisque la jeune femme débarque au château dans l'idée de retrouver le corps de sa sœur à l'aide de deux hommes-grenouilles (Laura a en effet officiellement disparu dans les profondeurs d'un lac) ! Sauf que plus tard l'on apprend que la jeune femme a disparu voilà un an déjà. Ambiance pesante, voire malsaine pour Le Froid Baiser de la mort même si l'on n'atteint jamais vraiment les divers points culminants en la matière du plus que dérangeant Buio Omega de Joe d'Amato. Le sang coule peu et les corps sont dissous en toute discrétion puisque à l'abri du regard des spectateurs. Une curiosité à découvrir, assez rare pour l'époque il faut le dire, et à ranger aux côtés des films cités plus haut ou du plus méconnu Gran Bollito réalisé par l'italien Mauro Bolognini en 1977 et notamment interprété par l'actrice américaine Shelley Winters (La concierge du locataire de Roman Polanski)...

 

jeudi 18 mai 2017

Così dolce... così perversa d'Umberto Lenzi (1969) - ★★★★★★☆☆☆☆


Après avoir réalisé la même année Orgasmo, premier giallo érotique d'une trilogie sans lien apparent mais à laquelle Così dolce... così perversa apporte une certaine continuité, voici donc le retour du cinéaste italien Umberto Lenzi au giallo. Comme l’œuvre précédente, cette dernière ne risque pas de faire de l'ombre aux classiques du film policier italiens rendus célèbres par les romans dont ils s'inspiraient et dont les couvertures s'ornaient d'une couleur jaune significative qui donne son nom au genre. Nous retrouvons l'actrice Carroll Baker, plus séduisante que jamais, en fausse victime et nouvelle locataire d'un appartement se situant juste au dessus de celui d'un couple bourgeois qui contrairement aux apparences ne s'aiment plus. Si Douces, si Perverses, s'il ne nous trompe pas tout à fait sur la marchandise n'est pas non plus totalement représentatif du contenu de ce giallo versant dans la pure machination crapuleuse puisqu'ici, il s'agit encore de mettre la main sur le magot d'un riche industriel.
Et ce dernier, c'est l'acteur Jean-Louis Trintignant qui l'incarne. Sans vouloir faire preuve de chauvinisme envers le fait que l'acteur soit français, sa seule présence, reconnaissons-le, sauve Così dolce... così perversa du naufrage le plus complet. Toutes les attentes des spectateurs sont malheureusement vaines. Le déroulement de l'intrigue se révèle beaucoup moins ténu qu'on l'aurait aimé. Sans vouloir rentrer dans les détails et ainsi éviter de spoiler, on ne peut malgré tout pas faire l'impasse sur le relatif fil rouge qui accompagne les spectateurs après la mort du personnage de Jean Reynaud (non, non, rien à voir avec notre illustre acteur français), l'époux déçu, amant de la belle blonde Nicole Perrier, et victime d'une manigance terrible fomentée par non pas une femme, mais deux, et d'un homme également. Parce que lorsqu'il s'agit de tuer le riche homme d'affaire, c'est à agente masculine que l'on s'adresse.

Dès lors, Umberto Lenzi nous pousse à imaginer de nombreuses pistes aussi diverses que tronquées. Toujours en nous prenant par la main comme si nous, pauvres spectateurs insensibles aux détails les plus infimes, étions incapables de cerner les intentions de ses interprètes et donc, de ses personnages. Pourtant, dans cette façon d'agir se cache quelques minuscules idées qui auraient pu faire leur petit bonhomme de chemin si le scénario n'aidait pas à outrance les spectateurs à suivre une intrigue qui de toute manière demeure au fond, simpliste. L'un des soucis majeurs et que l'on rencontre couramment chez Lenzi, c'est la maigreur du scénario. Ce qui pousse le cinéaste à remplir les vides avec... du néant. Pour autant, il possède tout le talent qu'il faut pour rendre ses histoires, même les plus ineptes, suffisamment intrigantes pour que l'on n'aie pas envie de jeter l'éponge avant la fin. Carroll Baker est toujours aussi délicieuse et nous ferait presque regretter de ne pas la voir nue plus souvent. Elle incarne la douceur du titre tandis que l'actrice brune Erika Blanc (Danielle, l'épouse de Jean) préfigure la perversité. Du moins dans un premier temps puisque comme dans tout bon (ou mauvais) giallo, mieux vaut éviter de se faire une idée toute faite avant le générique de fin.
Œuvre italo-française réalisée en 1969, le film a été tourné à Paris, ville dont Umberto Lenzi, malheureusement, n'aura pas su profiter de la magnificence. Così dolce... così perversa demeure une semi déception. Ni un chef-d’œuvre, ni un navet. Plutôt un long-métrage à l'attention des fans du cinéaste plus que des véritables amateurs de gialli qui ici, risquent de rester sur leur faim...
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