Lorsqu'Emmanuelle Seigner et Roman Polanski se rencontrent, elle a
dix-huit ans et lui, cinquante et un. Poussé par son compagnon de
l'époque, Stéphane Ferrara, à faire connaissance avec le futur
auteur de Frantic,
Lune de fiel
et La
neuvième porte
dans lesquels elle apparaîtra, la jeune actrice française et le
réalisateur franco-polonais se marient l'année de sortie de leur
première collaboration au cinéma, en 1988. Depuis, ces deux là ne
se sont plus quittés et ont donc tourné ensemble en 2013 et
pourtant la quatrième fois, La
vénus à la fourrure,
adapté de la pièce de théâtre du dramaturge américain David
Ives. Une œuvre qui dans le contexte de son adaptation sur grand
écran prend un sens parfaitement ironique si l'on prend compte des
problèmes que rencontra Roman Polanski alors accusé de plusieurs
actes de violence sexuelle ! En effet, aux côtés de son
épouse, le cinéaste jette dans les bras de son interprète féminine
l'acteur Mathieu Amalric. Fasciné depuis toujours par le réalisateur
d'un nombre incalculable de chefs-d’œuvre, il était impossible de
passer à côté d'une rencontre qui allait donc en cette année 2013
aboutir à une œuvre parmi les plus remarquables de leur auteur.
Reposant en outre sur le roman Venus
im Pelz
de l'écrivain, historien et journaliste autrichien Leopold von
Sacher-Masoch, La
vénus à la fourrure
est non seulement la rencontre d'un grand cinéaste mais aussi celle
de deux interprètes accomplis auxquels ce dernier offre la
possibilité d'exprimer tout leur talent sur la scène d'un théâtre
fictif. Un duo magnifié par la mise en scène de Roman Polanski et
dont la ressemblance entre l'auteur et son interprète masculin
semble ne pas chercher à cacher certains des maux qui ont émaillé
sa vie personnelle et entaché son métier de cinéaste. Uniquement
incarné par ses deux seuls acteurs, La
vénus à la fourrure
est un modèle de construction narrative, où le préambule ne sert
qu'à dissimuler les véritables enjeux du récit. C'est ainsi
qu'alors que la journée s'achève par une fin d'après-midi pluvieux
durant laquelle les candidates au rôle du personnage de Wanda ont
toutes échouée à être retenues par le metteur en scène Thomas
Novacek que déboule in extremis Vanda Jourdain. Jeune femme sexy,
sensuelle, au charme vertigineux (vénéneux?), d'une beauté sauvage
incomparable mais aussi légère et dont la culture générale semble
s'être arrêtée très tôt durant ses études, elle insiste pour
que Thomas accepte de l'auditionner avant de partir rejoindre sa
compagne...
Rejetant
tout d'abord cette option, le metteur en scène ne tarde cependant
pas à tomber sous le charme de cette jeune femme trempée jusqu'aux
os et au maquillage dégoulinant qui assure connaître et pouvoir
incarner le rôle principal de la pièce. Ce n'est qu'en l'entendant
jouer que Thomas est bluffé par la performance de la jeune femme et
qu'il décide de lui accorder le temps nécessaire pour juger de ses
talents de comédienne. Ce qui ne devait durer qu'une poignée de
minutes se transformera en une longue soirée durant laquelle, le
maître sera déstabilisé par le talent, certes, mais aussi par les
formes généreuses de la candidate venue se présenter pour le rôle.
La ressemblance entre Roman Polanski et Mathieu Amalric ne semble pas
être le fruit du hasard car c'est bien l'auteur du Bal
des vampires,
du Locataire,
du Pianiste
mais aussi plus sûrement celui des œuvres sulfureuses qu'il signa
entre-temps et auxquelles participa son épouse que l'on devine
derrière les traits de son époustouflant acteur. Ce dernier et
Emmanuelle Seigner composant ainsi un admirable tandem dans un récit
où les positions de pouvoir et de soumission vont diamétralement
être inversées. De cette jeune femme candide voire même un peu
niaise qui débarqua quelques heures plus tôt, Roman Polanski
transforme Vanda en une créature dominatrice dont on soupçonne que
sa tardive apparition n'est là encore, pas tout à fait le fruit du
hasard. Le personnage d'Emmanuelle Seigner mue en une sorte de
maîtresse S-M vêtue de cuir et de bottines noires face à un
Mathieu Amalric rendu à l'état de petit garçon énamouré prêt à
tous les sacrifices pour obtenir un seul baiser de celle entre les
mailles du filet de laquelle il est tombé. Entre le regard
hypnotisant et sexualisé d'Emmanuelle Seigner et le regard ahuri de
Mathieu Amalric dont le personnage attend qu'on lui tende un bonbon
après avoir été bien sage, Roman Polanski a su saisir le moindre
instant de complicité entre ses deux acteurs. Moins sobre qu'elle
n'y paraît, l'unique caméra employée par le cinéaste se place
très exactement là où il faut. Et malgré un décor unique, fait
de fauteuils rouges plongés dans la pénombre, de carton-pâte
baigné d'une lumière artificielle, l'expérience est totale !
Bref, La
vénus à la fourrure
est une expérience exceptionnelle qui malgré certaines contraintes
subjugue par l'incroyable talent de ses deux interprètes. À
consommer sans modération...
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