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jeudi 27 juillet 2017

Les Oreilles entre les Dents de Patrick Schulmann (1987) - ★★★★★★★☆☆☆


Mort à l'âge de cinquante-trois ans seulement, le cinéaste français Patrick Schulmann n'aura eu le temps que de réaliser neuf longs-métrages, souvent atypiques. Du plus connu d'entre eux (Et la tendresse ? Bordel ! et sa suite Zig Zag Story) au dernier, réalisé en 1998, Comme une Bête, en passant par l'excellent P.RO.F.S et Les Oreilles entre les Dents. Ce dernier, Patrick Schulmann le tourne en 1987. Il y mélange comédie et policier et retrouve certains interprètes de ses œuvres passées, offrant à certains d'étranges pseudonymes. Jean-Luc Bideau y est Jean-Paul Blido, un criminologue enquêtant sur une série de crimes dont les victimes sont toutes retrouvée mortes les oreilles entre les dents. Fabrice Luchini est sourd (mais pas muet) et se nomme Luc Fabri. A leurs côtés, on retrouve Philippe Khorsand en mythomane épris de reconnaissance commettant un crime en tout point similaire aux autres afin d'être arrêté et rendu célèbre dans les médias. Laurent Gamelon (le professeur de sport dans P.RO.F.S) est un journaliste qui auprès de la jolie Léa Stagnari (Jeanne Marine) mène sa propre enquête afin de confondre le coupable du premier meurtre. Du premier seulement puisque on le découvre très vite, les meurtres suivant vont être commis par des tueurs différents. L'une des victimes, un inspecteur des impôts est tué par un couple dont il avait la charge de vérifier les comptes. Une autre meurt accidentellement alors qu'elle fuit deux agents d'entretien de la municipalité qui pour ne pas être inquiétés, transforment l'accident en meurtre perpétré par celui dont tout le monde parle en ville. D'autres crimes sont commis en ville sans que personne ne parvienne à mettre un nom sur le coupable.

Ou plutôt DES noms puisque l'originalité de ces Oreilles entre les Dents demeure dans le fait qu'il n'existe non pas un meurtrier mais plusieurs. Le coupable que recherchent Max le journaliste et Léa n'est en fait l'auteur que d'un seul meurtre, les autres étant l’ouvre d'opportunistes se servant du prétexte selon lequel il y aurait un tueur en série qui sévit pour se débarrasser d'individus gênants. D'où de nombreux quiproquos et d'innombrables situations ubuesques dont seul Patrick Schulmann avait le secret. Le film concentre alors sont intérêt autour du personnage interprété par Jean-Luc Bideau. Si le métier de profiler semble officiellement exister depuis les années quarante, à l'époque de la sortie de Les Oreilles entre les Dents le terme n'avait jamais été évoqué dans le cinéma français alors même que dès la décennie précédente, le métier de ces enquêteurs s'enfonçant dans la psyché des grands tueurs en série avait été admirablement évoqué dans le glacial Manhunter de Michael Mann. Mais ici, rien de bien sérieux. Aidé de deux enquêteurs criminologues, Jean-Paul Blido tente de dresser un portrait (à géométrie variable) de celui qui terrorise la population et fait parler de lui dans les différents médias. Et comme chaque meurtre est perpétré par un individu différent, forcément, le portrait change également. Ce qui nous vaut des scènes totalement burlesques et une identification du tueur parfois surréaliste.


Les Oreilles entre les Dents est une excellente parodie de film noir que l'on rapprochera sensiblement du Téléphone sonne toujours deux Fois avec Les Inconnus. Un long-métrage sortant des sentiers battus, à l'humour parfois très noir et aux dialogues incisifs. Une œuvre qui ne dépareille absolument pas dans la filmographie d'un cinéaste qui a su créer un univers qui lui était personnel. Un auteur à part entière, grand cinéphile de son vivant, et dont on ne cesse de regretter la disparition...

mardi 28 mars 2017

Rendez-Moi Ma Peau de Patrick Schulmann (1980) - ★★★★★★★☆☆☆



Depuis 2013, je l'attends avec ferveur, cette suite tant attendue du P.R.O.F.S du cinéaste français Patrick Schulmann. Avec ferveur mais également avec inquiétude. Car l''auteur de cette œuvre aussi culte mais beaucoup moins ringarde que Les Sous-Doués Passent le Bac ne sera pas celui qui offrira aux fans du premier cette séquelle tant espérée. Car Patrick Schulmann est mort en 2002, à l'âge de cinquante-trois ans. Et d'ailleurs, si Les Profs réalisé par Pierre-François Martin-Laval en 2013 n’apparaît pas totalement comme une suite officielle au film interprété par Patrick Bruel, Fabrice Luchini, Laurent Gamelon et Christophe Bourseiller, il est clair qu'il a servi de source d'inspiration. Un hommage « navrant » à l'esprit de liberté qui soufflait sur l’œuvre originelle. Mais Patrick Schulmann n'a pas été l'auteur unique de ce seul long-métrage mais a signé quelques fameuses pellicules, telles Et La Tendresse ! Bordel ! Et sa suite Zig Zag Story.
Beaucoup moins connu mais tout aussi étonnant, Rendez-Moi Ma Peau est d'une confondante absurdité. De celles qui intriguent et cultivent l'intérêt. Il fallait forcément s'appeler Patrick Schulmann pour oser proposer tel challenge à ses interprètes. Bee Michelin et Erik Colin interprètent respectivement les personnages de Marie et Jean-Pierre. Deux individus qui ne se connaissent pas, ne se sont jamais rencontrés, du moins jusqu'à ce jour fatidique où ils vont, chacun à bord de sa voiture, provoquer un très léger accident de la route et croiser celle de Zora (l'actrice Chantal Neuwirth), sorcière qui étant aujourd'hui de très mauvaise humeur va leur jeter un sort : désormais, Marie vit dans le corps de Jean-Pierre, et vice-versa. Ils n'ont pas le temps de réaliser que Zora est déjà partie laissant ses deux victimes à la croisée des chemins. Ils vont se lancer dans une course-poursuite afin de retrouver la sorcière qui elle-même tente de mettre la main sur Krishmoon, grand maître dans l'art de la magie. Et pour cela, ils vont faire appel au détective Hector Shoms ainsi qu'à son assistant...

Raconter par le menu détail le déroulement de l'intrigue de Rendez-Moi Ma Peau est quasiment impossible. Il s'y déroule en effet tellement d'événements incongrus que l'expérience ne peut que se résumer dans les grandes lignes. Patrick Schulmann est d'une imagination débordante lorsqu'il s'agit de mettre en scène ses interprètes dans des situations aussi rocambolesques que les deux victimes de la sorcière face à leur conjoints respectifs. Si d'un point de vue humoristique il apparaît que le film connaît des baisses de régimes fulgurante à certains moments, il arrive cependant que l'on rigole sans retenu à diverses occasions. Pour des raisons parfois futiles. Mais l'essentiel est là. On passe un très agréable moment en compagnie d'un casting qui fait impeccablement son devoir. On y retrouve les acteurs
Jean-Luc Bideau, Jean Rougerie, et le toujours irrésistible Michel Peyrelon lors d'une scène très amusante.
Rendez-Moi Ma Peau est également l'occasion pour son auteur de développer les rapports que pourraient avoir des individus mis face à cette étrange aventure. Des couples reformés et dont les rapports vont se révéler bien différents les uns des autres selon qu'il s'agisse de Marie ou de Jean-Pierre. La conscience prenant forcément le pas sur l'apparence, Marie, dans le corps de Jean-Pierre, va bien évidemment choisir de retrouver son époux, Marc, qui évitera toute forme d'attouchement devant l'apparence masculine de son épouse. Tandis qu'à contrario, Jean-Pierre, retournant voir sa compagne Lucy, cette dernière va éduquer son époux, sous apparence masculine, à sa sexualité féminine. Totalement atypique mais bien dans la continuité de l'oeuvre de son auteur, Rendez-Moi Ma Peau est une bonne surprise...

samedi 16 avril 2016

P.R.O.F.S de Patrick Schulmann (1985) - ★★★★★★★★☆☆



Professeur de littérature et de lettres modernes, Frédéric Game intègre un nouvel établissement scolaire après avoir rencontré des problèmes au lycée Baudelaire. Durant l'accueil des professeurs par la directrice et Bonnet, le censeur, ce jeune professeur aux méthodes originales fait la connaissance de Michel, professeur d'arts plastiques, de Gérard, professeur d'éducation physique et sportive, et de Francis, documentaliste et responsable, aux côtés de la déléguée syndicale Josiane, du centre de documentation et d'information. Dès cette première journée, Frédéric se fait remarquer en arrivant en retard. Puis se sont ses élèves qu'il tente d'élever au dessus de leur habituelle façon d'étudier.

Frédéric, Michel, Gérard et Francis vont très vite monter un tripot au sein du CDI contre l'avis de Josiane. Se mettant à dos la plupart des plus vieux enseignants et de la hiérarchie, ils vont fomenter des stratagèmes afin de vider l’établissement de ses professeurs les plus récalcitrants, du moins ceux qui pointent les travers de ces quatre révolutionnaires de l'enseignement...

P.R.O.F.S fait partie de ces comédies cultes des années quatre-vingt que l'on ne se lasse jamais de revoir. Signé Patrick Schulmann dont la mort prématurée en 2002 à l'âge de 53 ans a remis en question le projet d'une suite pourtant prévue de longue date, le film est l'exemple type de long-métrage parfaitement jouissif qui contentera avant tout les réfractaires à toute forme d'ordre. Bourré de scènes cultes, P.R.O.F.S est surtout l’œuvre d'une bande de copains qui s'en donnent à cœur joie en inversant les rôles professeurs/élèves, ces derniers se révélant finalement beaucoup moins amusant que ceux censés leur servir d'exemple. Patrick Bruel, le professeur à la gueule d'ange, Laurent Gamelon, l'éducateur physique et sportif un peu bourru, Fabrice Luchini en professeur d'arts plastiques intellectuel et Christophe Bourseiller en documentaliste amorphe et peu enclin à faire son métier.

L'éducation a été souvent malmenée sur notre territoire. Sans avoir envie d'aborder la frange dramatique du sujet et en se basant uniquement sur les œuvres humoristiques, on ne peut pas dire que l'éducation ait toujours beaucoup inspiré leurs créateurs. On se souviendra pourtant des Sous-Doués de Claude Zidi, du Maître d’École de Claude Berri avec Coluche, des Diplômés du Dernier Rang de Christian Gion déjà avec Patrick Bruel, mais aussi dernièrement de la renaissance du genre à travers les plutôt mauvais Profs 1 et 2 apparemment très inspirés par les films de Claude Zidi et de Patrick Schulmann.

Face à nos quatre principaux interprètes, le cinéaste convoque Guy Montagné, Jean-René Gossart, Etienne Draber ou encore Charlotte Julian. Des personnages détestables, représentation parfaite de cette société qui marche droit et refuse la moindre aspérité. Plus qu'une comédie, P.R.O.F.S est une critique cynique de notre société dont le cadre scolaire sert d'exemple.

On ne compte plus les scènes d'anthologie : Le professeur de philosophie Charles Max (!!!) tondu et rasé afin de ressembler au dictateur Hitler, Gérard se rasant la moitié du crâne et donnant son cours de plongée entièrement nu devant le regard effaré de ses élèves et d'un inspecteur, Francis redéfinissant, la prof de physique projetée au plafond de sa classe durant une expérience chimique ou encore Michel redéfinissant le principe du Land-art en décorant la cours de récréation à l'aide de centaines de couches-culotte. Et que dire de Frédéric qui sèche les cours comme le ferait un élève, ou Francis qui décide de ne plus venir au lycée, sans raison particulière, mais comme il le précise au téléphone, parce qu'il se trouve trop gros !!!

P.R.O.F.S est donc définitivement une comédie culte, aux nombreuses répliques savoureuses et nantie de certaines situations fort pittoresques. Un régal !


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