Lloyd Kaufman débute sa
carrière de cinéaste en 1969 alors qu'il en est encore à sa
deuxième année à l'université de Yale. Le futur co-fondateur avec
Michael Herz de la fameuse société de production et de distribution
indépendante américaine Troma Entertainment
débute à la réalisation, l'écriture et la production avec la
comédie The Girl Who Returned.
Enchaînant deux ans plus tard en 1971 avec The
Battle of Love's Return,
l'homme signe une œuvre satirique, humoristique et surréaliste qui
d'une certaine manière convoque le cinéma burlesque de la première
moitié du vingtième siècle, voguant ainsi entre séquences
réalistes en noir et blanc lors desquelles sous son véritable
patronyme il interviewe divers intervenants et plans en couleurs
durant lesquels il est filmé dans la peau du personnage principal
prénommé Abacrombie. Un jeune homme qui n'a pas vraiment de chance
dans la vie puisque à chaque fois qu'il trouve du travail, il est
invariablement mis à la porte. En outre, Abacrombie est très
amoureux d'une jeune serveuse qui travaille dans un bar mais qu'il
n'ose toujours pas aborder... Pour son second long-métrage, Lloyd
Kaufman critique tour à tour l'armée, l'église et une vision toute
personnelle des rapports avec ses concitoyens. Qu'il s'agisse
d'entreprendre d'aider une dame d'un certain âge à traverser un
passage piéton ou de déclarer aussi maladroitement que possible son
amour pour une jeune femme totalement différente à son égard,
notre héros trimballe sa bonhomie dans une ville qui lui est
étrangement hostile. Parcourant la nature humaine à travers de faux
portraits, tels ceux d'un homme d'affaire, d'un poète sous influence
de psychotropes, d'une vieille dame, d'une jeune femme très pieuse,
d'un psychiatre, d'un propriétaire de librairie de charme ou encore
d'un prédicateur, le cinéaste intercale ces séances d'interviews
de scènes burlesques confrontant son personnage à des situations
souvent absurdes. C'est ainsi qu'en aidant une vieille dame à
traverser la rue, celle-ci se met à hurler, attirant une foule
bigarrée comme Lloyd Kaufman aimera plus tard en ponctuer ses
prochains films sous le sceau de la Troma
Entertainment.
Une déconvenue amorçant le triste sort d'un homme déambulant sur
le chemin devant le mener jusqu'à son lieu de travail, sans cesse
harangué par une foule toujours plus hostile à son égard.
Cherchant même du secours auprès d'un psychiatre (celui-là même
que le réalisateur interviewa juste avant), Abacrombie est mis
devant le fait accompli : viré là encore du cabinet du
spécialiste, le jeune homme ne peut qu'accepter l'évidence...
Personne
ne l'aime. Comme s'il dégageait une aura négative et comme si le
malheur, chaque fois, devait se pencher sur lui. Embauché pour
marquer les nombreux câbles d'un pont avant que des employés ne
viennent les peindre, une gamine s'amuse à les arracher durant le
temps qu'est imparti à Abacrombie pour prouver à son nouvel
employeur qu'il est capable d'effectuer les tâches qui lui
incombent. Fauché mais non dénué d'un certain charme, The
Battle of Love's Return
séduit par son apparente naïveté même si déjà Lloyd Kaufman
confronte l'un de ses premiers personnages à la dure réalité de
l'existence. Il faut savoir qu'en outre ce second film du cinéaste
fut pour un certain Oliver Stone, futur réalisateur de Wall
Street,
de The Doors,
de JFK
ou de Natural Born Killer,
l'occasion d'apparaître pour la toute première fois de sa carrière
devant une caméra puisque aussi discrète soit sa participation aux
aventures d'Abacrombie, il y incarne le tout petit rôle de Cliff !
Et s'il y a de fortes chances pour que l'on ne s'aperçoive pas de sa
présence à l'image, il en est une dont nous n'oublierons par la
participation. Car en effet, dans le rôle de la ''Fille de rêve''
sur laquelle a jeté son dévolu le héros du récit, l'on retrouve
l'actrice américaine aux yeux de chats, Lynn Lowry. Et pour celles
et ceux qui n'ont pas connaissance de son nom, les amateurs de
fantastique et d'épouvante se souviendront d'elle pour avoir été
surtout présente sur les plateaux de tournage de The
Crazies
de George Romero en 1973 et de Shivers
de David Cronenberg en 1975. Dans The Battle of
Love's Return,
elle incarne cette jeune femme inaccessible pour notre héros,
présente à diverses occasions et dans différentes situations
(serveuse dans un bar, secrétaire de bureau, membre d'un groupe de
hippies...). Autant The Battle of Love's Return
est une comédie sociale satirique plutôt amusante, autant la fin
tragique de son personnage central laisse un goût amer sans doute
recherché par un Lloyd Kaufman encore très timide en matière de
provocation. Notons en outre que le propre père du réalisateur
avoua que sa scène préférée est celle où son ''fils'' est tué
après être parti sur le front...

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