Auteur de dix
longs-métrages live et d'animation dont quatre entièrement
consacrés au phénomène des infectés, le réalisateur sud-coréen
Yeon Sang-ho est donc revenu cette année avec Gunche
(Colony)...
Dix ans après Seoul
Yeok
(Seoul
Station)
et Busanhaeng
(Dernier
train pour Busan)
et six années après Bando
(Peninsula),
voici donc le retour des créatures parmi les plus virulentes du
cinéma d'horreur. Cependant, il ne faut pas considérer Gunche
comme le quatrième volet d'une éventuelle tétralogie mais
davantage comme une œuvre à part dans la filmographie de son auteur
même si une fois encore, Yeon Sang-ho s'approprie des créatures
existant depuis des décennies puisque George Romero et David
Cronenberg furent les premiers à évoquer leur existence à travers
The
Crazies
en 1973 et Shivers
deux ans plus tard. Attendu de pied ferme par celles et ceux qui
vouent une véritable passion pour Dernier
train pour Busan
depuis sa sortie sur les écrans en 2016, d'autres virent
probablement et avec nettement plus de méfiance l'arrivée du
long-métrage dans les salles françaises le 27 Mai dernier. En
effet, après les deux premiers volets de sa franchise, entre un
Seoul
Station
entièrement tourné en animation et un Dernier
train pour Busan
tourné avec de vrais interprètes dans des décors réels, Peninsula
s'avéra une véritable douche froide malgré sa prometteuse
bande-annonce. Autant dire que Colony
est pour Yeon Sang-ho sa dernière chance de remettre les pendules à
l'heure s'agissant du thème des infectés. À défaut de quoi, le
sud-coréen sera définitivement contraint de changer de braquet pour
ne plus s'intéresser qu'à des sujets qui sortent de l'ordinaire.
Comme pour son prochain projet intitulé Lost
Paradise
qui en est à sa phase de post-production et qui s'intéresse cette
fois-ci au fils d'une femme disparue depuis neuf confronté à de
sombres secrets inscrits dans un monde où la frontière entre réel
et virtuel reste floue. Concernant Colony,
après avoir ''balancé'' des hordes d'infectés dans une station de
métro, puis dans un train et enfin carrément dans toute la
péninsule coréenne, cette fois-ci Yeon Sang-ho retourne à des
considérations moins ambitieuses que lors de sa précédente
approche du genre puisque l'intrigue se déroule désormais dans un
immeuble de plusieurs dizaines d'étages notamment constitué d'un
immense centre commercial mais aussi d'une société et d'un
laboratoire de biotechnologie. C'est donc bien là que se déroule
l'action qui tout d'abord n'est pas sans rappeler le Dawn
of the Dead
(Zombie)
de George Romero ou dans une moindre mesure le [•REC]
de
Paco Plaza et Jaume Balagueró. Du premier, Colony
emprunte le centre commercial et du second, il reprend l'action
située sur plusieurs étages...
Mais
alors que l'un et l'autre sont devenus deux classiques d'un genre qui
évolua de manière fort étonnante (les zombies du premier devenant
ainsi les infectés du second), il n'est pas certain que Colony
demeure comme l'une des dates importantes d'un genre qui a connu
tellement de visions personnelles et de détournements (entre
classiques, nanars et parodies plus ou moins bien senties) que l'on a
finit par prendre le sujet dans le sens d'un ''Running
Gag''.
Un terme qui sied d'ailleurs formidablement bien au dernier
long-métrage du cinéaste sud-coréen car au risque de blesser
celles et ceux qui tiennent déjà à assurer leur entourage ainsi
qu'eux-mêmes qu'ils ont selon eux assisté à la projection d'un
nouveau monument du genre, Colony
n'a que peu d'intérêt en dehors d'une seule bonne, très bonne idée
conçue par le cinéaste et son scénariste Choi Kyu-sok lors de
l'écriture du script : faire évoluer ses créatures au fil du
récit. En invoquant en outre la sociologie des fourmis. Désormais
capables de communiquer à travers un réseau de pensée unique et
grâce à une substance organique et visqueuse qui s'étend de plus
en plus, l'idée semble effectivement géniale mais repose sur un ou
plusieurs concepts déjà existants : à titre d'exemples et
concernant exclusivement l'évolution des créatures, l'on évoquera
une fois de plus George Romero qui à travers Day
of the Dead en
1986 et Land
of the Dead en
2005 avait fait évoluer ses zombies vers plus ''d'humanité''... Et
c'est sans compter sur d'autres exemples encore plus probants parmi
lesquels Warm
Bodies de
Jonathan
Levine ou la série In
the Flesh
de Dominic Mitchell dans laquelle les zombies étaient réinsérés
socialement... S'agissant du concept de colonie, c'est à un autre
type de fiction qu'il faut se référer. Et quel plus bel exemple que
de citer le Collectif Borgs de l'univers Star
Trek
dans lequel ces créatures mi-organiques, mi-cybernétiques
assimilent d'autres espèces tout en étant eux-mêmes régis par une
conscience collective... ? Malgré les apparences, Colony
innove
donc assez peu. D'une durée excédant de peu les deux heures, le
film est inutilement long. Beaucoup d'action catapultant une poignée
de protagonistes mal caractérisés pour un remue-ménage qui épuise
autant les spectateurs que les héros eux-mêmes. Au final, le
dernier long-métrage de Yeon Sang-ho se regarde avec plaisir tout
en étant souvent d'une déconcertante banalité. Et c'est un
admirateur avec à son compteur plus d'une centaine d’œuvres du
genre découvertes à ce jour qui vous le dit !
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