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jeudi 6 octobre 2022

Emily the criminal de John Patton Ford (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Emily the criminal... Derrière ce titre passe-partout et à vrai dire, un peu naze se cache le genre de long-métrage qu’apprécient tout particulièrement les amateurs de films indépendants. Il s'agit du premier grand pas effectué par le réalisateur John Patton Ford qui jusque là n'avait tourné qu'un court-métrage nommé Patrol en 2010. Principalement incarné par les américains Aubrey Plaza et Theo Rossi, la première a notamment tourné dans la sitcom Parks and Recreation ou le film d'horreur Child's Play : La Poupée du mal de Lars Klevberg tandis que le second a participé aux tournages de Cloverfield de Matt Reeves, Army of the Dead de Zack Snyder et la série Sons of Anarchy de 2008 à 2014. Réunis ensemble dans l'oeuvre de John Patton Ford, ils campent un duo qui bientôt va se former à la suite d'une opération à but lucratif. Une arnaque à la carte bleue qui va plonger l'héroïne Emily au coeur d'un trafic mené par une organisation d'origine iranienne. C'est là qu'elle fera la connaissance de Youcef, l'un des dirigeants du réseau avec son frère Khalil. Le principe est simple: à l'aide de fausses cartes bleues, les candidats potentiels auxquels est proposé de participer au trafic se voient contraints d'acheter des écrans plats avant de les remettre à leurs commenditaires. Une fois l'opération exécutée, ils empochent deux cent dollars. Youcef voit alors en Emily, une valeur sûre et lui propose de passer à l'étape suivante. Le début d'une aventure pleine de danger qui va cependant rapprocher la jeune américaine et l'immigré d'origine iranienne...


Pour son premier long-métrage, John Patton Ford réussi à produire une oeuvre forte mais cependant dénuée du clinquant typique du cinéma d'action américain. Ici, le réalisateur opte pour un contexte réaliste, filmant son héroïne au plus près, caméra à l'épaule et sans les apparats habituels. Pas d'effets sonore ou de bande musicale grandiloquents. Juste les sons habtiuels d'une cité regorgeant de monde, de lumière et de dangers. Plutôt que de dresser le portrait de dangereux criminels, armes à la main, Emily the criminal met en scène une jeune femme financièrement aux abois. Quarante-mille dollars à rembourser et un boulot de livreuse qui ne rapporte malheureusement pas grand chose. Prête à tout pour rembourser ses dettes, celle qui déjà par le passé à eu maille avec la justice pour coups et blessures est plus solide qu'elle n'en a l'air. Tout aussi fragile que puisse paraître l'actrice Aubrey Plaza, la jeune femme est crédible dans le rôle d'Emily. Les mains tremblantes mais le regard plein de volonté et de courage, on la découvre déambulant dans un univers qui paraît n'être pas fait pour elle mais dont la succession des événements prouvera le contraire. Theo Rossi campe un Youcef charismatique qui s'attache rapidement à notre héroïne, prenant le risque de se compromettre aux yeux de son propre frère Khalil (l'acteur Jonathan Avigdori)...


Surtout, le film dont l'intrigue repose sur un scénario écrit de la main même du réalisateur crédibilise le propos à travers les galères de son héroïne, justifiant ainsi chacun de ses actes. L'attractivité de l'argent ''facilement'' gagné étant également à prendre en compte. Le film décrit de manière fascinante le milieu social dans lequel vit la jeune femme et le poids d'une administration qui ne tolère que dans toutes petites proportions les chemins de travers entrepris par de potentiels candidats à l'emploi. C'est ainsi que s'ouvrent les hostilités et que l'on découvre une Aubrey Plaza qui ne s'apprête pas physiquement et ajoute une touche de réalisme à son personnage. Si la plongée dans la criminalité se fait parfois rude (Emily pissant le sang du nez après le vol d'une voiture de luxe), nous ne sommes pas ici devant un spectacle gore ni outrageusement violent. Sans voyeurisme ni jugement, le film de John Patton Ford n'est ni moralisateur ni une apologie du crime. Juste le portrait d'une jeune femme qui veut s'en sortir et se laisse aller à l'ivresse de l'argent, quitte à le gagner de façon dangereuse et malhônnete! Au final, l'on tient là une excellente expérience, dans laquelle l'on s'angoisse tout de même parfois pour la frêle jeune femme. Une complète réussite...

 

mercredi 5 octobre 2022

C'est Magnifique de Clovis Cornillac (2022) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

 

J'imagine que je ne suis pas un cas isolé. Que dans l'entourage de n'importe quel fan de cinéma, il est des amis ou de simples connaissances qui ponctuellement lui conseillent de découvrir tel ou tel film. Une conversation qui se termine toujours inlassablement par la même phrase : ''Ça a l'air sympa. Faudrait que je le vois...''. Ou : ''Promis, je me le mets de côté pour le week-end prochain'...'. Mais combien de fois tenons-nous vraiment nos promesses ? Ça n'est évidemment pas de la mauvaise volonté ni de la mauvaise foi mais encore faut-il avoir le temps de jongler entre ceux qui attendent depuis des lustres et ceux que l'on nous recommande. Et puis, il y a ces longs-métrages qui servent à remplir des trous. Ceux que l'on n'a pas spécialement envie de voir mais dont le propos s'agite si bien devant notre nez que l'on finit par se laisser tenter. À première vue, C'est magnifique a tout pour ressembler à un ersatz du Fabuleux destin d'Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet. Cette beauté angélique et surannée des décors (pour celles et ceux qui connaissent, ça ressemble tout d'abord à du Belle et Sebastien revu à la sauce apiculture!) et cette naïveté qui n'existe que dans les contes les plus fantaisistes. Je ne m'en étais pas aperçu à l'époque, en 2017, mais Belle et Sébastien 3 : Le Dernier Chapitre que ma chère et tendre, ma belle-fille Clémentine et moi avions vu sur grand écran par ERREUR (humpf, j'ai quand même des doutes, n'est-ce pas Clem... ?) était déjà l’œuvre de Clovis Cornillac. N'étant pas un fan de l'acteur ni de ce film relativement mièvre, C'est magnifique aurait pu directement passer à la trappe sans passer par la case ''projection'' ! L'interprétation de celui qui s'y offre d'ailleurs le rôle principal est comment dire... Mince, je ne parviens pas à trouver les mots justes... Pitoyable ? Invraisemblable ? Clovis Cornillac y est terriblement et tout simplement... mauvais ! À moins qu'il ne s'agisse de sa propre direction d'acteur qui elle aussi est aux fraises. Ou plutôt, aux hibiscus... dont son personnage, un quarantenaire qui vit auprès de ses parents dans les montagnes, cultive la fleur. Oui mais voilà. Maman et papa Feuillebois décèdent dans un stupide accident (un arbre tombe sur le toit de leur cabane). Héritier d'une somme d'argent importante, Pierre quitte le milieu rural et arrive en ville sans avoir jamais connu autre chose que la montagne et ses parents. Un chèque de quarante-mille euros en poche et un vieil appartement comme acquisition, Pierre a tout à apprendre de la vie. Lui qui découvre en outre qu'il fut adopté. Totalement égaré dans un monde qui lui est tout à fait étranger, il va heureusement pour lui faire la connaissance d'Anna Lorenzi. Une ancienne alcoolique à laquelle a été retirée la garde de sa fille Lize (Manon Lemoine). Une jeune femme prête à tous pour récupérer la garde de la gamine...


C'est magnifique, c'est un peu comme une préparation culinaire que l'on placerait dans un four et qui mettrait presque une heure avant de ressembler à quelque chose de gourmand. Le principal soucis de ce long-métrage que l'acteur/réalisateur a également écrit en compagnie de Lilou Fogli, Tristan Schulmann est le personnage central lui-même. C'est bien simple, on n'y croit pas une seule seconde. Et pourtant, ça n'est pas faute d'avoir essayé de retrouver mon âme d'enfant, mais rien n'y fait. Clovis Cornillac n'est absolument pas crédible dans le rôle de ce quarantenaire à qui il reste encore tout à apprendre ! Oh, des idées, C'est magnifique en fourmille. Et pas que des mauvaises. Mais le fait est que la seule présence de l'acteur dans la peau de cet homme infiniment plus naïf que le plus innocent des hommes grille toutes les cartouches de cette comédie pourtant sincère. C'est alors que le miracle a lieu. Mais encore faut-il avoir le courage de tenir pendant une heure. Soixante minutes ou presque lors desquelles la crédulité du personnage de Pierre Feuillebois ne prend pas. Ce qui sauve le film, et même, le transforme en petit miracle de poésie, c'est la présence à l'image de l'actrice Alice Pol dont on pourrait pourtant s'agacer de la cadence avec laquelle la jeune femme multiplie les rôles au cinéma depuis quelques années. Elle, mais surtout son personnage. Anna Lorenzi, qu'elle interprète parfois avec une déconcertante gravité pour cette actrice habituée aux rôles en général, plutôt légers. C'est magnifique qui jusque là aurait mérité d'être renommé en ''C'est pathétique'' se mue en conte déjà nettement plus maîtrisé. Voilà que dans sa dernière demi-heure, le film mérite enfin de porter son titre (contrairement au Brillantissime de Michèle Laroque qui de la première à la dernière seconde aura su demeurer insignifiant). On est enfin touché en plein cœur par le personnage d'Anna, confrontée aux problèmes administratifs, à certaines autorités (Véronique Kapoyan dans le rôle de Mme Sennac est délicieusement exaspérante), mais aussi, l'on prend conscience de la grande humanité de certains personnages secondaires à l'origine étouffés par le jeu invraisemblable de Clovis Cornillac. On pense notamment à Gilles Privat dans le rôle du travesti Doria. Et d'autres, auxquels l'on n'aimerait certainement pas se frotter (Laurent Bateau dans le rôle de l'immonde commissaire Marc Rocher). Clovis Cornillac offre à la grande actrice Myriam Boyer le rôle de Félicie Fontaine, la mère supposée du héros. Et puis, de manière inattendue, l'univers prend corps et sens et réussi nous enchanter... C'est magnifique, c'est donc une heure à n'y croire pas un seul instant et une dernière demi-heure absolument remarquable. Dans la balance, malheureusement, celle-ci ne fait presque pas le poids et ce qui aurait pu devenir un grand classique de la comédie poétique française est entaché par deux premiers tiers quasiment imbuvables. Quel dommage...

mardi 4 octobre 2022

Jumeaux mais pas trop d'Olivier Ducray (2022) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Que ne ferions-nous pas pour assouvir les désirs de celle que l'on aime ? Pleurer devant cette carte bleue qui n'en peut plus qu'on la déshabille des quelques deniers qu'il reste sur son compte en banque lorsque vient l'instant fatidique de la glisser dans la fente dédiée au règlement de deux places de cinéma ? Mais ce jour-là, ce fut fête. Places gratuites généreusement offertes par ma douce Princesse à laquelle j'octroyais pour une fois le droit d'outrepasser mes exigences de gentleman/ringard/macho. Le genre qui ne souffre pas qu'une femme paie les places de cinéma ou règle la note d'un restaurant, d'un hôtel ou d'un quelconque lieu de villégiature. Et ça tombe bien, car à force d'aller voir sur grand écran des comédies françaises par pur jouissance d'en faire des critiques assassines ou plus rarement, d'en vanter les mérites, c'est avec le c