Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

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mercredi 14 octobre 2026

Tout va super de Patrick Cassar (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Découvert sur grand écran dans Docteur ? de Tristan Séguéla en 2019, l'acteur Hakim Jemili est apparu cette année dans pas moins de cinq longs-métrages dont le thriller Mata de Rachel Lang et Bagarre de Julien Hollande. Après avoir fait un passage à l'Alpe d'Huez où il a été présenté en sélection officielle et en compétition lors de la 29e édition qui s'est déroulée entre le 19 et le 25 janvier, Tout va super de Patrick Cassar, auteur de la comédie Premières vacances et de la comédie romantique et de science-fiction Un mariage sans fin, s'inscrit dans un registre beaucoup plus dramatique même si le réalisateur et scénariste français ne délaisse pas le ton humoristique de ses précédentes œuvres. Et pourtant, ce sujet qui ne prête pas à rire portant en partie sur l'accompagnement d'une femme en fin de vie pouvait laisser envisager un récit morose et larmoyant. Mais en optant pour une histoire au contraire éminemment joyeuse, Patrick Cassar offre à ses interprètes des rôles aussi drôles que touchants. Et ainsi au public, un spectacle qui ne se départi pas d'un certain sens de l'humour parfois plus ou moins noir plutôt remarquable. Hakim Jemili incarne ainsi le rôle d'Elie Jemoul, jeune homme poli, parfois maladroit et attachant dont la mère Sylvaine vient d'apprendre qu'elle est en rémission d'un cancer. Assurée d'avoir peu de chance que la maladie ne reprenne du terrain, c'est pourtant lors d'une nouvelle consultation plusieurs semaines plus tard qu'elle et son fils apprennent qu'elle a rechuté ! Entre-temps, Elie a fait la connaissance d'Anaïs (Marie Colomb), jeune barmaid dans une boite de nuit avec laquelle il va débuter une relation amoureuse. Lorsque le jeune homme apprend que sa mère est de nouveau atteinte par le cancer, celui-ci préfère rassurer Anaïs en lui assurant que ''Tout va super''... Bien que Patrick Cassar et le scénariste, acteur et metteur en scène Rudy Milstein abordent ici à l'écriture des sujets graves et délicats à aborder, ceux de la maladie et de la mort, les deux hommes le font à travers une sensibilité que témoignent les interprétations des trois principaux personnages. Sylvaine étant incarnée par la toujours épatante Noémie Lvovsky, Tout va super joue au yoyo avec nos émotions...


L'équilibre entre comédie et drame est rondement mené même si, étrangement, l'on passe beaucoup plus de temps à rire qu'à véritablement ''pleurer''. L'actrice est formidable, interprétant une Sylvaine rompue aux protocoles médicaux mais qui se sait condamnée et en a donc assez de subir des séances de chimiothérapie. Survient alors Anaïs, qui sous sa propre impulsion conseille à Elie d'emmener sa mère dans son pays d'origine, le Liban, afin qu'elle y retrouve un amour de jeunesse... Une histoire simple, que l'on rencontre parfois, en France, au détour d’œuvres dramatiques qui elles non plus ne se départissent pas d'un sens de l'humour noir parfois ravageur. Le cynisme est pourtant ici relativement discret même si l'on a droit à quelques personnages pittoresques. Et en premier lieu, l'aide à domicile Fabien qu'interprète lui-même le co-scénariste du film, Rudy Milstein. Un personnage improbable qui sur les conseils d'un cancérologue avisant Elie que sa mère aura besoin d'un soutien extérieur dans les semaines à venir s'installe chez les Jemoul. L'occasion d'assister au jeu totalement ubuesque de l'acteur, parfait dans le rôle de l'aide à domicile qui débute, tenant des propos souvent mal avisés par rapport à sa patiente mais qui génèrent en revanche pas mal de rires. Dans le rôle de la cancérologue qui suit Sylvaine l'on retrouve l'actrice Camille Chamoux. De passage pour une courte séquence là encore très amusante, Alexandra Roth interprète le rôle de Corinne, chauffeur UBER très sympathique et fan absolue de toute ce qui touche à l'Asie ! En optant pour un ton plus généralement porté sur la comédie que sur le côté dramatique de la situation, Patrick Cassar parvient à faire passer la pilule et le message en douceur. Notons la bande-musicale hétéroclite composée en partie par Alexandre de la Baume et accompagnée par quelques morceaux électroniques, telles les chansons In Your Fantasy de Diakar ou Let her Go d'Isaac Delusion. Bref, une comédie dramatique rafraîchissante, lumineuse, drôle et touchante...

 

mardi 13 octobre 2026

Anecdotes : The Thing de John Carpenter

 


 

Abordons cette fois-ci le mythique The Thing de John Carpenter sorti le 25 juin 1982 aux États-Unis et le 3 novembre de la même année sur le territoire français. Adaptation très largement supérieure à celle de Christian Nyby intitulée The Thing from Another Planet et sortie en 1951, The Thing s'inspire donc du roman Who Goes There? de l'écrivain américain John W. Campbell. Illusion parfaite, le film situe son action en Antarctique alors qu'il fut tourné en partie au Canada, en Colombie-Britannique, pour les extérieurs tandis que les séquences se déroulant à l'intérieur de la station de recherche américaine ont été réalisées en studio, à Los Angeles. Une vision si crédible du froid qui règne au sein du récit qu'il est difficile d'imaginer qu'à l'extérieur du studio les températures atteignaient en réalité les trente-cinq degrés et plus... Avant d'être l'unes des œuvres de science-fiction et d'épouvante les plus remarquables de l'histoire du cinéma, The Thing est avant tout un film emprunt d'une paranoïa permanente accentuée par les décors on ne peut plus étouffants de la station de recherche scientifique et des décors enneigés. Un aspect volontairement renforcé par John Carpenter qui pour rendre le contexte encore plus anxiogène pour ses interprètes avait pour habitude de régulièrement projeter le Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper durant les pauses en Colombie-Britannique...


Durant la séquence d'ouverture nous découvrons un chien tentant d'échapper à deux norvégiens en hélicoptère qui pour une raison demeurant pour l'instant inexplicable, tentent de le tuer. Il faut savoir qu'à l'origine, John Carpenter devait faire un caméo en interprétant le rôle du pilote de l’hélicoptère. Mais les conditions extrêmes et surtout le fait que le cinéaste n'ait jamais piloté un tel engin l'ont poussé à plus de raison et ainsi faire appel à un vrai pilote-cascadeur. S'agissant du chien, un malamute de l'Alaska, croisement entre un loup et un malamute prénommé Jed, l'on s'est longtemps demandé comment il pu agir de manière aussi crédible lors de son apparition durant la première partie du long-métrage. Il faut savoir que son attitude, relativement déroutante, était chez lui, tout à fait naturelle. Au point qu'il généra un certain malaise sur le plateau de tournage. N'aboyant jamais, il exécutait en outre très précisément les ordres qui lui étaient donnés... Tandis que le seul le nom du célèbre compositeur italien Ennio Morricone apparaît au générique, John Carpenter a pourtant participé à l'élaboration de la bande musicale de The Thing. Assisté d'Alan Howarth, le réalisateur constata lors du montage final qu'il manquait quelques séquences musicales concernant certains passages dramatiques. On peut malgré tout découvrir lors du générique de fin que John Carpenter est crédité en tant que coordinateur musical. Ce n'est que bien plus tard, lorsque sortira en 2020 sur support vinyl l'ep Lost Cues: The Thing que le cinéaste connaîtra la reconnaissance pour son travail sur la bande musicale...


S'agissant des effets-spéciaux, l'on peut encore aujourd'hui et malgré l'avancée des technologies actuelles, louer le travail absolument remarquable du maquilleur prosthétique Rob Bottin. Un travail tellement conséquent que le pauvre homme, épuisé par la montagne de maquillages qu'il effectua, termina à l'hôpital pour surmenage ! Autre star du maquillage à l'époque, Stan Winston pris le relais afin de terminer la création de l'indescriptible créature qui prend forme lors de la séquence du chenil. L'une des scènes les plus mémorables se situe sans aucun doute lorsque le Dr Cooper (interprété par Richard Dysart) se retrouve les deux avant-bras arrachés par une monstrueuse mâchoire ventrale alors qu'il tente un massage cardiaque à l'aide d'un défibrillateur sur l'un de ses coéquipiers. Pour tourner la séquence, l'équipe de maquilleurs a fait appel à un acteur du nom de Joe Doucette, lui-même réellement amputé des deux avant-bras. L'un des détails les moins ragoûtants concernant les différentes formes que prend la créature concerne sans doute cette matière visqueuse qui la recouvre et dégouline devant les yeux ébahis (et dégoûtés) des spectateurs. Son concepteur, toujours Rob Bottin, la conçoit alors à partir d'un mélange de gel capillaire, de confiture de fraise et d'alginate de sodium. Autre aspect notable de cette créature, son cri. Là encore, son concepteur Alan Howarth crée un mix totalement invraisemblable mélangeant feulements de pumas, couinements de cochons, cris d'oiseaux ralentis, auxquels il ajoute le son de sa propre voix retravaillée en studio...


S'il est une anecdote qui fait partie de la mythologie entourant The Thing, c'est bien celle concernant le regard des personnages. À l'aide d'un projecteur ''Eye-Light'', le chef opérateur Dean Cundey avait pour objectif de cibler les yeux des acteurs dont les personnages demeuraient encore humains. Matérialisant ainsi la vie humaine dans leur regard tandis que les répliques produites par la créature étaient censées avoir le regard ''mort''. Une révélation qui théoriquement pourrait spoiler l'intrigue dans sa globalité si l'on observe chaque personnage durant le récit, mais ça n'est rien en regard d'une anecdote sans doute encore plus folle. En effet, lorsque les norvégiens atterrissent sur la base américaine au tout début du long-métrage, tandis que l'un d'eux tente de mettre une balle dans la tête du chien, le spectateur peut l'entendre prononcer cette phrase : ''Se til helvete og kom dere vekk. Det er ikke en bikkje, det er en slags ting! Det imiterer en bikkje, det er ikke realt! Gå vekk, din idioter!''. Ce qui, en bon français, peut se traduire ainsi : ''Allez vous faire foutre et dégagez d'ici. Ce n'est pas un chien, c'est une sorte de chose ! Ça imite un chien, ce n'est pas réel ! Dégagez, bande d'idiots ! ''. Imaginez donc la tête des spectateurs norvégiens lorsque ceux-ci découvrirent avant les personnages américains que le chien n'était pas ce qu'il semblait être mais un monstre ! Un Spoiler avec un grand S !!!

 

lundi 12 octobre 2026

Anecdotes : Vendredi 13 de Sean S. Cunningham

 


 

Bien que Vendredi 13 de Sean S. Cunningham ne soit pas le premier slasher à avoir vu le jour sur grand écran, l'année 1980 fut marquée par la sortie de l'une des pierres angulaires du genre. Pourtant, il faut remonter jusqu'en 1979, soit un an auparavant pour retrouver certains propos de son auteur qui bien avant que le casting ait été constitué, que l'équipe technique ait été réunie et que les fonds aient été récoltés, eut le culot d'acheter une pleine page publicitaire dans le magazine Variety du 04 juillet pour y affirmer que le film était le plus terrifiant jamais réalisé alors que le tournage n'avait pas débuté ! À l'origine, le script conçu par le scénariste Victor Miller évoquait non pas Jason comme futur tueur mais Josh. Il modifia par la suite le prénom choisit lors de l'écriture du script intitulé A Long Night at Camp Blood et le transforma en Jason. Estimant au final que Josh était un prénom bien trop amical, il lui préféra celui de Jason qui en outre était celui d'un camarade d'école qui avait pris l'habitude de le harceler ! Actrice de télévision et de théâtre, Betsy Palmer n'était absolument pas habituée des films d'horreur mais afin de pouvoir s'offrir une voiture, elle accepta de tourner dans ce petit film d'horreur en incarnant le rôle de Pamela Voorhees qui, comme tout le monde le sait dorénavant, est la véritable meurtrière de ce premier opus et non pas son fils qui pour l'instant ''fait de l'apnée' dans les profondeurs du lac de Crystal Lake ! Une voiture à dix-mille dollars que le tournage couvrit dans son intégralité puisque Betsy Palmer se vit offrir un cachet de mille dollars par jour et ce, pendant dix jours...


Une fois l'équipe technique et le casting réunis sur le plateau, tout ce petit monde avait pour habitude de manger dans une cantine commune où trônait un four à pizzas. Le célèbre maquilleur Tom Savini et son assistant utilisèrent le four en question afin d'y faire cuir les prothèses en latex constituées de fausses têtes et de différentes blessures. Parmi les effets prosthétiques, l'on trouve notamment le visage asymétrique de Jason qui n'était pas prévu dans le scénario mais que Tom Savini proposa afin d'accentuer le choc lors du grand final lorsque l'enfant (incarné par Ari Lehman) surgit des eaux. Le Camp de Crystal Lake où l'action du film se situe existe bel et bien. Vendredi 13 a effectivement été tourné dans un authentique camp de vacances même si celui-ci porte en réalité le nom de Camp No-Be-Bo-Sco. Toujours en activité, l'équipe de tournage dû cependant patienter jusqu'à la fin des vacances de l'été 1979 et le départ des enfants pour pouvoir entreprendre de tourner le film. C'est après avoir découvert Halloween de John Carpenter que Sean S. Cunningham décide opportunément de tourner son propre slasher. L'ambition principale du réalisateur américain étant de gagner de l'argent, il demande au scénariste Victor Miller de reproduire le schéma de Halloween à l'identique tout en imaginant des meurtres plus nombreux et surtout, nettement plus sanglants...


Si à l'époque la pratique ne choquait sans doute pas autant que de nos jours, il faut savoir que contrairement à la grande majorité des scènes de meurtres, la mort du serpent dans Vendredi 13 ne fut pas simulée puisque la couleuvre en question fut achetée à un propriétaire de serpents local avant que Tom Savini ne la tue lui-même devant le refus de l'acteur qui était supposé le faire. L'une des séquences les plus terrifiantes du long-métrage reste sans doute ce final inattendu, lorsque Jason surgit des eaux calmes du lac pour se saisir de l'unique survivante du massacre. Une fois de plus, l'idée provient non pas du réalisateur ou du scénariste mais bien de Tom Savini qui après avoir découvert Carrie au bal du Diable de Brian De Palma voulait reproduire ce même type de scène (que l'on retrouvera d'ailleurs dans le glauquissime Maniac). Victor Miller témoigna par la suite de son rejet de ce qu'était devenue la saga. Lui qui s'était attaché à ce que son scénario se concentre autour de la tragédie d'une mère dont le fils s'était noyé par négligence des moniteurs et qui décidait de venger sa mort. Pour lui, Jason devait demeurer une simple victime et non pas le tueur en série immortel qu'il devint par la suite...


On ne reviendra pas sur la présence de Kevin Bacon au générique où sur le sens précis de l'écho que l'on entend régulièrement que créa le compositeur Harry Manfredini mais plutôt sur quelques menus détails relativement étonnants. Comme celui concernant le chanteur Lou Reed. Possédant une ferme pas très loin du Camp No-Be-Bo-Sco, il lui arriva de s'inviter le soir sur le lieu du tournage pour y donner de petits concerts privés et gratuits à toute l'équipe du film. Concernant la séquence finale, encore elle, malgré l'apparente douceur de l'air puisque l'intrigue est supposée se dérouler en plein été, son tournage fut compliqué pour Adrienne King qui interprétait l'unique survivant Alice et pour Ari Lehman qui donc incarnait Jason adolescent. En effet, le tournage de la séquence ayant eu lieu en automne et l'eau se révélant glaciale, l'un et l'autre échappèrent de peu à l'hypothermie. Enfin, la fiction rejoignant la réalité, à l'issue du tournage Adrienne King fut victime de harcélement de la part d'un fan dérangé qui la traqua jusque chez elle. Profondément marquée par cet événement, elle s'écarta des plateaux de tournage durant près de trente ans, marquant son retour en 2010 dans le film d'horreur et de science-fiction Psychic Experiment de Mel House. Notons qu'elle est réapparue cette année dans la série Crystal Lake dans laquelle elle reprend son rôle d'Alice...

 

dimanche 11 octobre 2026

Tchao Pantin de Claude Berri (1983) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Au beau milieu d'une carrière remarquable de producteur et de réalisateur, Claude Berri signa en 1983 le polar Tchao Pantin. Une œuvre sombre, désespérée et désenchantée qui ne brille donc évidemment pas par un quelconque parti-pris lumineux et optimiste. Le long-métrage met en scène l'humoriste et acteur Coluche qui jusque là avait surtout interprété des personnages plutôt drôles dans des comédies pas toujours très fines mais qui en cette année 1983 allait rencontrer la consécration en remportant lors de la cérémonie des César, celui du meilleur acteur. Un rôle difficile, compliqué à mettre en œuvre pour un artiste surtout connu pour ses sketches humoristiques sur scène et ses personnages comiques sur grand écran. Et en même temps, Claude Berry aura sans doute retenu de l'artiste comique la satire sur fond de politique et d'injustices sociales qu'il mit en œuvre durant sa carrière. Coluche incarne Lambert, ancien flic reconverti en employé de station-essence solitaire, taciturne et alcoolique qui depuis la mort de son fils boit. Beaucoup. Trop, même. Un soir, alors qu'il est à son poste, arrive le jeune Youssef Bensoussan qu'interprète Richard Anconina qui pour ce rôle obtiendra le César du Meilleur second rôle masculin (ainsi que celui de meilleur espoir masculin). Petit trafiquant de drogue sans envergure, voleur de mobylettes, l'arrivée de ce jeune beur dans l'existence du pompiste va avoir l'effet d'un électrochoc. Tandis que ce dernier a perdu son fils, Youssef semble être en quête d'une figure paternelle. Entre les deux hommes s'installe une véritable relation d'amitié, quasi fusionnelle, même si l'un et l'autre s'écharpent sur des questions purement morales. Youssef travaille pour le compte de Rachid (Mahmoud Zemmouri), le propriétaire d'un bar qui sert de couverture à un trafic de drogue. Mais un jour, alors que Youssef fouille la planque où il cache habituellement sa réserve de drogue, celle-ci a été dérobée. Bien que Lambert lui propose de l'aider à rembourser sa dette envers Rachid, le jeune garçon est assassiné par deux hommes en moto... Tchao Pantin, que l'on pourrait facilement comparer à d'autres œuvres tout aussi sombres que Les fauves de Jean-Louis Daniel, Poussière d'ange d'Édouard Niermans ou Série noire d'Alain Corneau ne met pas en scène que ce seul duo puisque apparaissent à l'image Agnès Soral dont la carrière se résumait majoritairement jusque là à quelques rôles à la télévision et qui ici incarne la jeune punkette Lola. Tout d'abord attirée par la moto empruntée à Rachid que conduit sans autorisation Youssef, la jeune femme aura un rôle beaucoup plus intéréssant durant la suite des événements...


Quant à Philippe Léotard (La balance, La petite sirène), il interprète le rôle de l'inspecteur Bauer. Un flic qui prend connaissance du passé professionnel de Lambert et fera preuve d'empathie vis à vis du pompiste même s'il devine que celui-ci n'est pas étranger à la série de meurtres qui vont suivre le décès de Youssef. Mis en lumière par le réalisateur et le directeur de la photographie Bruno Nuytten et en musique par Charlélie Couture, Tchao Pantin est de ces œuvres particulièrement moroses qu'il faut s'interdire de découvrir un jour de mélancolie. Sombre, âpre et plutôt bien incarné par Coluche, Richard Anconina, Agnès Soral et Philippe Léotard, le film de Claude Berri s'inscrit dans un Paris désargenté à travers les quartiers de Barbès, de Belleville ou de la Chapelle ''sublimés'' par des teintes maussades produites par le travail de Bruno Nuytten qui d'ailleurs obtiendra le César de la Meilleure photographie pour son travail. Le film décrit assez bien les contextes de solitude et de misère sociale qui planent au dessus des personnages et autour de décors parfois en friches dans lesquels tous les personnages évoluent. Adaptation cinématographique du roman homonyme d'Alain Page scénarisée par Claude Berri lui-même, Tchao Pantin évoque également le deuil et la rédemption. Celui de Lambert qui depuis la mort de son fils l'expie en buvant et en vivant seul (son rejet initial des autres et d'ailleurs très démonstratif). C'est la troisième fois que Claude Berri engage Coluche sur un plateau de tournage si l'on ne tient pas compte de son apparition en tant que figurant non-crédité au générique dans Sex-shop en 1972. Il lui offrit ainsi le tout petit rôle de Marquand au tout début des années soixante-dix dans Le pistonné en 1970 avant de le retrouver sur celui de la comédie Le maître d'école une décénie plus tard. Avec Tchao pantin, le cinéaste lui offre l'un de ses rares rôles dramatiques au cinéma, deux ans avant son interprétation d'Oscar Pilli, officier erratique et megalomane de l'armée italienne durant la Seconde guerre mondiale. Notons enfin qu'en dehors des prix obtenus par Richard Anconina et Bruno Nuytten, Gérard Lamps et Jean Labussière recevront celui du Meilleur son. Quant à Coluche, il obtiendra donc celui du Meilleur acteur face à Gérard Depardieu (Les compères de Francis Veber), Yves Montand (Garçon ! de Claude Sautet), Alain Souchon (L'été meurtrier de Jean Becker) et Michel Serrault (Mortelle randonnée de Claude Miller)...

 

samedi 10 octobre 2026

Fanged Up de Christian James (2017) - ★★★★★☆☆☆☆☆



La Grande-Bretagne s'est lancée depuis un certain nombre d'années dans la production d'une large sélection de long-métrage horrifi-comiques dont les zombies font très majoritairement les frais. Les pauvres. Il y a deux ans, le cinéaste britannique Christian James réalisait son troisième film après Freak Out en 2003 et Stalled en 2013. Deux œuvres qui déjà, mêlaient horreur et comédie. Pour son dernier film à l'heure actuelle, Christian James ne convoque non pas une horde de zombies mais des vampires et ce, dans un cadre hors du commun puisqu'il s'agit d'une prison dans laquelle sont enfermés de petits délinquants ayant comme particularité de ne pas avoir de famille (pratique lorsque l'on veut faire disparaître un individu que personne ne recherchera) et de partager le même groupe sanguin. C'est là qu'est envoyé Jimmy Ragsdale qui après avoir semé la pagaille dans une boite de nuit se retrouve donc traité comme n'importe quel criminel alors qu'il n'a en réalité pas vraiment commis d'acte répréhensible (le bonhomme tentait de draguer l'épouse du patron d'une boite de nuit quand ce dernier tentait de se débarrasser de ce très embarrassant employé aux cuisines). C'est là également qu'il fait la connaissance de son compagnon de cellule, l'imposant Victor Stanczyk (l'impressionnant Stu Bennett), condamné pour avoir tué son propre frère, et brute épaisse qui contre toute-attente, va prendre soin du nouveau venu surnommé ''bite molle'' (ce qui donne un aperçu assez clair du contenu de ce descendant direct d’œuvres aussi diverses que le Evil Dead de Sam Raimi, Une Nuit en Enfer de Robert Rodriguez ou encore Braindead de Peter Jackson.

Si la promesse de nous en donner pour notre argent en matière de gags et de sang est tenue, le film n'est cependant pas totalement réussi. Du moins, lors de certains passages. Concernant le premier tiers, Fanged Up assure haut la main en matière d'humour. Les répliques fusent, le film étant à ce moment promis à un statut de film culte. Malheureusement, le soufflet retombe dès le second acte durant lequel le héros (ou pourrions-nous plutôt dire, le Zéro) est déjà installé dans ses quartiers. Un centre pénitencier d'un genre quel que peu différent puisque l'intégralité des gardiens, ainsi que n'importe quel autre membre du personnel, directeur compris, sont tous des vampires assoiffés de sang. Ce qui peut expliquer le fait que chaque détenu possède un groupe sanguin identique aux autres (on suppose alors que ce dernier est d'une qualité supérieure aux autres, et même si l'impasse est faite sur les raison de ce choix, en réalité, on s'en fout un peu). Tout ce qu'attend en réalité le public, c'est de voir dégénérer la situation. Ce qui arrive bien évidemment lors du dernier tiers...

… lors duquel notre héros, d'une exceptionnelle poltronnerie, tente de fuir la prison en compagnie d'un petit groupe de survivants parmi lesquels se trouve donc son nouvel ami Victor, mais également la séduisante Katie Makepeace (Danielle Harold), médecin de la prison venue à l'origine enquêter sur la disparition de son prédécesseur. Si Fanged Up ne se départit jamais de son humour, cette fois-ci les choses sérieuses commencent. Un festival de scènes gore très sanglantes (en réalité, des seaux de faux sang balancés au visage des interprètes), certaines se révélant d'ailleurs particulièrement originales (on pense notamment au prisonnier coincé à l'intérieur d'une plaie béante située au beau milieu de la cage thoracique d'un vampire). Les interprètes s'amusent beaucoup, le spectateur, à certains endroits, beaucoup moins. Les couleurs sombres rendent certaines séquences illisibles et gâchent un peu le tableau, mais on sent un vrai amour du cinéaste pour le cinéma d'horreur artisanal. Un petit film sympathique mais pas transcendant...

vendredi 9 octobre 2026

La ville des silences de Jean Marbœuf (1979) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Voilà un bien curieux polar à la française, typique du cinéma hexagonal de la fin des années soixante-dix et du début des années quatre-vingt. Réalisé et écrit par Jean Marbœuf, cinéaste que les amateurs de cinéma d'horreur connaissent pour avoir fait parler de lui en 1986 avec la comédie (G)horrifique intitulée Grand Guignol, l'homme signe en 1979 avec La ville des silences une œuvre aussi étrange que puisse l'être son titre. L'action se situe dans la ville imaginaire de Creuzeville. Une petite bourgade de province tenue par la famille d'industriels Mahu dont le patriarche vient tout juste de rendre l'âme après s'être pris une balle en pleine tête. Notons le cynisme avec lequel Jean Marboeuf tourne cette séquence. Tandis qu'une balle traverse une vitre pour terminer sa course à l'intérieur du crâne du vieil homme, un travelling arrière montre six secrétaires-dactylographes tapant si fort sur leur machine à écrire qu'elles couvrent le bruit de l'impact. Cette scène, aussi tragique qu'amusante révèle en un seul plan le ton du film dans sa globalité. Car si La ville des silences est effectivement un polar, son auteur traite le sujet non sans ironie mêlée d'un certain degré d'insolence. Pour autant, et aussi légère que puisse être l'enquête menée par le détective privé homosexuel et végétarien Paul Briand (Jean-Pierre Cassel), le sujet du film est grave. Dans un contexte qui le rapproche du cinéma de Claude Chabrol, avec ce petit village provincial et cette bourgeoisie dominante que le cinéaste n'avait de cesse que de démonter, Jean Marboeuf décrit une bourgade sous la coupe d'une famille contrôlant la mairie, l'industrie ou encore le journal local. Lorsque le PDG meurt, ses subalternes s'inquiètent. D'autant plus que l'un après l'autre, ils reçoivent tous des lettres de menaces anonymes. Enquêtant sur l'affaire, Paul Briand se frotte aux habitants de Creuzeville. Du chômeur (Jean-Marc Thibault) au plus haut responsable de l'entreprise, Nathan Fairjacque (Michel Galabru) en passant par le très poltron François Lestin (Michel Duchaussoy). Sans oublier quelques personnalités féminines, comme l'épouse de Fairjacque, Muriel (Claire Maurier), la compagne de François Lestin (interprétée par Evelyne Buyle), Julie (Amélie Prévost) ou encore la prostituée (Maitena Galli)...



Difficile de prendre le récit au premier degré malgré les cadavres qui s'empilent. Pourtant, Jean Marboeud traite de sujets aussi sérieux que le contrôle de la justice, de l'économie et de la police par le PDG de l'entreprise locale. On pourrait également rapprocher le film du style si particulier de Jean-Pierre Mocky qui durant ses heures de gloire dispensa lui-même quelques brûlots contre la bourgeoisie, le Gouvernement et d'autres types d'autorités ! Le directeur de la photographie Ken Legargeant imprime à la pellicule des teintes fades en dénaturant les couleurs d'origine d'un village déjà pas très encourageant d'un point de vue architectural. Et comme le précise la voix-off au début de l'histoire, lorsque à Creuzeville, rien ne va, il se met à pleuvoir. Et la pluie, il va y en avoir beaucoup dans ce village terne et triste et dont les notables sont tous plus ou moins corrompus et d'une lâcheté crasse ! Il suffit d'ailleurs de voir l'attitude totalement détachée vis à vis des meurtres de la seule autorité officielle en la personne du commissaire qu'incarne Pierre Doris pour s'en convaincre. Si la bande-son apporte énormément au statut de bizarrerie du long-métrage, c'est bien grâce à la partition du compositeur allemand Karl-Heinz Schäfer réputé pour ses composition atypiques. Aux côtés de Jean-Pierre Doering il signe ici effectivement une musique étrange, décalée et parfois minimaliste au point de ne tenir que sur une seule note durant les moments de tension. Du côté des anecdotes, il en est une qui s'avère assez savoureuse. En effet, lors du montage du film réalisé par Anne-France Lebrun et auquel assista le producteur, ce dernier désapprouva le choix de l'assassin et la noirceur du dénouement. Il refusa alors l'accès à la salle de montage au réalisateur afin de monter le film selon ses propres choix. Voulant conserver le long-métrage tel qu'il l'avait conçu, Jean Marboeuf escalada le toit du bâtiment parisien qui renfermait les studios de montage afin de dérober les bandes et ainsi monter La ville des silences tel qu'il l'avait imaginé...

 

jeudi 8 octobre 2026

Ronde de nuit de Jean-Claude Missiaen (1983) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Cher au cinéma outre-atlantique, le Buddy Movie est un genre auquel s'essaie régulièrement le cinéma hexagonal. Un courant que l'on rattache en général à la comédie et au film policier et qui chez nous a parfois donné naissance à quelques classiques. On pense notamment aux trois duos que formèrent Gérard Depardieu et Pierre Richard dans La chèvre (1981), Les compères (1983) et Les fugitifs (1986) tous trois réalisés par Francis Veber, au long-métrage que réalisa Patrice Leconte en 1985 intitulé Les spécialistes dans lequel partageaient la vedette Bernard Giraudeau et Gérard Lanvin et bien d'autres films dont Ronde de nuit de Jean-Claude Missiaen. Troisième long-métrage après le sympathique Vigilante Tir Groupé déjà incarné par Gérard Lanvin en 1982 et avant La baston en 1985, l'homme met en scène un très inattendu tandem puisque le film regroupe Gérard Lanvin (encore lui) et... Eddy Mitchell. Ancien chanteur du groupe Les chaussettes noires avant de quitter les autres membres pour se consacrer à une carrière solo, interprète de plus de soixante films, téléfilms et épisodes de séries télévisées dont un improbable, nanardesque mais cultissime Frankenstein 90 signé d'Alain Jessua en 1984, Eddy Mitchell est également connu pour sa grande cinéphilie puisqu'il anima entre 1982 et 1998 l'émission La dernière séance sur FR3 puis France 3. Une émission consacrée au cinéma et majoritairement au œuvres dites ''classiques'' du cinéma américain. Incarnant à l'écran l'ironique et flegmatique inspecteur Léo Gorce, le personnages est lui-même un grand amateur de cinéma américain, tendance ''polars'' du milieu du vingtième siècle dont il se sert des références pour s'adresser aux autre protagonistes. Un goût que partage d'ailleurs Jean-Claude Missiaen qui s'affère donc ici à signer un néo-polar comme bon nombre d'autres cinéastes français le firent à la même période. On pense là encore à l'excellent Subway que réalisa Luc Besson en 1985, à La balance de Bob Swan en 1982, à Rue Barbare de Gilles Béha en 1984 ou encore à Tchao Pantin de Claude Berri en 1983...


Aux côtés d'Eddy Mitchell l'on retrouve donc Gérard Lanvin dans le rôle de l'inspecteur Gu Arenas. Un flic beaucoup plus instinctif et impulsif. Les deux acteurs composent donc ce fameux duo au tempérament opposé. Des caractères bien trempés mais insuffisamment distincts l'un de l'autre pour faire de Ronde de nuit un véritable Buddy Movie à l'américaine. Bien que le film ait connu une sortie en salle le 11 janvier 1984, le long-métrage de Jean-Claude Missiaen a davantage l'apparat du téléfilm que du véritable polar moite auquel on pouvait s'attendre. Alors qu'Eddy Mitchell et Gérard Lanvin n'ont rien ou presque à prouver quant à leur talent d'interprètes, la mise en scène mollassonne, les cadrages et le découpage de Ronde de nuit déçoivent et ne le hissent jamais à la hauteur de ses homologues américains. Jean-Claude Missiaen a beau vouloir apporter une touche esthétique façon ''Paris by Night'', l'entreprise ne fonctionne malheureusement pas. Tout comme l'enquête des deux inspecteurs, écrites avec flemme et sans le moindre engouement. Nous sommes loin, très loin des labyrinthiques et ingénieuses investigations du cinéma outre-atlantique et Ronde de nuit ne repose que sur un enfilage de séquences dont la plupart n'ont aucun intérêt. Jean-Claude Missiaen esthétise les meurtres commis par Mara (Lisette Malidor), femme fatale et panthère noire qui ne vaut pas tripette face à Rita Hayworth dans Gilda ou Marilyn Monroe dans Niagara et sans doute encore moins que Sharon Stone dans le très vénéneux Basic Instinct qu'allai signer neuf ans plus tard le cinéaste néerlandais Paul Verhoeven. C'est d'autant plus dommage que le film peut compter la présence de Raymon Pellegrin dans le rôle du bandit Sissia Carpelli, de Françoise Arnoul dans celui de la journaliste Diane Castelain ou encore de Pierre Londiche dans le rôle du promoteur véreux Raoul Favreau... Bref, un film relativement ennuyeux, mineur et donc parfaitement dispensable...

 

mercredi 7 octobre 2026

Anecdotes : Angst de Gerald Kargl

 


 

Ceux qui connaissent Angst de l'autrichien Gerald Kargl savent combien ce film est l'un des plus traumatisants de l'histoire du cinéma d'horreur. Et pas simplement parce qu'il s'inscrit dans un genre qui adapte parfois sur grand écran des faits divers authentiques mais aussi et surtout parce que le style visuel et narratif participent de cette immersion dans la tête du tueur incarné à l'écran par l'acteur Erwin Leder dont l'un des plus grands faits d'armes fut d'apparaître dans l'excellent Das Boot du réalisateur allemand Wolfgang Petersen en 1981. Angst semble avoir tant et si bien fasciné le réalisateur franco-argentin Gaspar Noé que celui-ci en fait régulièrement la promotion, allant même jusqu'à s'inspirer des vertigineux plans de la séquence d'ouverture pour celle de son propre long-métrage, le tout aussi dérangeant Irréversible en 2002. Des mouvements de caméra que l'on doit au chef opérateur polonais Zbigniew Rybczyński, lequel conçut des dispositifs mécaniques encore jamais vus à l'écran et notamment, un harnais fixé autour d' Erwin Leder permettant ainsi à la caméra de suivre et de tourner autour de son personnage... D'une violence inouïe amplifiée par la position de la caméra plus que par l'apport de plans gores qui finalement s'avèrent rarissimes puisque seul le meurtre de la ''fille'' (Silvia Rabenreither) s'avère vraiment sanglant, on se souvient de l'étouffante et pénible séquence de noyade de son frère dans une baignoire. Pourtant, si Angst reste effectivement une œuvre visuellement éprouvante, elle n'a rien de véritablement comparable aux actes de barbarie du tueur en série autrichien Werner Kniesek qui après avoir passé huit ans en prison fut libéré avant de se rendre dans la villa de la famille Altreiter, rue Fuchsenkellergasse à St. Pölten où il séquestra, tortura et assassina ses trois membres, la mère, le fils handicapé ainsi que sa sœur. Si les meurtres sont visibles à l'image, s'agissant des actes de torture, Gerald Kargl considéra que de les filmer aurait rendu le film beaucoup trop dur et décida de les atténuer...


Bien que la seule séquence authentiquement ''gore'' du long-métrage soit située vers la fin du récit, Angst accumule les perspectives, la caméra devenant vertigineuse lorsqu'elle se place au dessus des protagonistes ou véritablement dérangeante lorsqu'elle tourne autour du tueur. Ne compensant jamais les horreurs par des plans ou une ambiance plus légère, la bande musicale signée du compositeur Klaus Schulze ajoute en outre un surcroit de froideur persistante dont le cinéaste américain Michael Mann se souviendra de l'impact en recyclant quelques années plus tard en 1986, le glaçant Freeze pour son film Manhunter. Traduit chez nous sous le titre Schizophrenia, Angst (qui signifie Peur) sonne comme une information erronée puisque s'agissant du vrai tueur Werner Kniesek, lors de son procès les psychiatres le considérèrent comme tout à fait sain d'esprit bien qu'étant atteint de troubles dissociatifs... Un détail qui pour la pleine compréhension du film n'a en réalité pas grande importance puisque le spectateur se fera rapidement à l'idée que oui, le tueur est psychologiquement atteint de troubles psychiatriques. Et qu'il s'agisse de schizophrénie ou non, cela n'a pas vraiment d'importance...


Côté humour, la question semble devoir malgré tout se poser, surtout en raison de la présence d'un petit teckel qui durant les meurtres assiste aux actes de barbarie du tueur tout en cherchant à jouer à la balle ou avec le dentier de sa maîtresse. Accompagnant celui-ci comme s'il s'agissait de son maître. Lequel l'épargnera, mieux vaut le préciser pour les amoureux des animaux de compagnie ! Ici, le tueur agit de manière relativement chaotique et s'éloigne donc drastiquement de l'image qu'en font généralement les scénaristes et réalisateurs américains qui lui préfèrent des assassins méthodiques. K, le tueur, est vu sous l'angle du meurtrier qui n'a pas au préalable chapeauté le moindre plan. Et lorsque arrive le moment de passer à l'acte, celui-ci agit de façon souvent maladroite et désorganisée, ce qui rend le personnage pathétique. Un choix curieux de la part de Gerald Kargl qui par contre, lors du tournage, préféra utiliser du sang de porc afin d'augmenter le réalisme. Un choix qui eut de fortes répercussions sur les acteurs qui affichent à l'écran un air de dégout bien réel ! Un malaise que l'on ressentait déjà bien plus tôt lorsque le cinéaste filmait son tueur dans un bar, dévorant en gros plan une saucisse bien juteuse devant deux jeune clientes apparemment écœurées par ce répugnant spectacle...


Enfin, il faut savoir que Angst signa la ruine de son auteur. En effet, Gerald Kargl finança lui-même le long-métrage en allant même jusqu'à hypothéquer sa propre demeure (chose que fit également le co-producteur Josef Reitinger avec celle de ses parents). Si le cinéaste réussit ainsi à réunir suffisamment d'argent, le film rencontra malheureusement tant de soucis avec la censure de part le monde qu'il ne rapporta pas d'argent au réalisateur autrichien. En Europe, le film fut totalement interdit dans plusieurs pays dont celui d'origine. Aux États-Unis, il écopa d'un classement X qui le condamna au même sort que les films pornographiques. Sans argent, Gerald Kargl se retrouva surendetté et n'aura plus jamais eu le droit de tourner le moindre long-métrage dans son pays. Condamné à rembourser des sommes folles, il aura passé le reste de sa carrière à réaliser des spots publicitaires. Mais derrière ce drame se cache malgré tout l'un des films les plus étranges, les plus dérangeants et les plus remarquables que nous ait offert le cinéma d'horreur et d'épouvante...

 

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