Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

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dimanche 19 avril 2026

Symptoms de José Ramón Larraz (1974) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Nous sommes en 1974 et le réalisateur et scénariste espagnol José Ramón Larraz a beau tenter de nous leurrer, le subterfuge ne fonctionne pas. Qu'il s'agisse d'un plagiat ou plus simplement d'un remake tardif de l'excellent Répulsion de Roman Polanski réalisé près de dix ans auparavant, ça n'est pas parce que l'un se déroule dans un manoir situé dans une forêt et aux abords d'un lac et que le second situe son action dans un appartement placé au cœur de Londres qu'Helen n'a aucune chance de rappeler aux bons souvenirs des cinéphiles la Carole Ledoux du classique du cinéaste franco-polonais. Avec son visage ovale si particulier, ses yeux enfoncés dans leurs orbites, l'actrice britannique Angela Pleasence rappelle à chaque instant qu'elle fut la fille du légendaire Donald Pleasence. Décédée le 10 avril dernier, la jeune femme donne à voir dans ce très curieux long-métrage lorgnant entre drame et épouvante l'une des plus saisissantes incarnations de la folie sur grand écran. En toute discrétion, se déplaçant aussi silencieusement qu'une chatte découvrant son tout nouveau territoire, Angela Pleasence interprète dans Symptoms, un personnage trouble dont on sait d'emblée qu'elle est sujette à des désordres d'ordre psychiatrique. Ce que viendra d'ailleurs confirmer la suite du récit même si pour l'instant, aucune précision ne vient étayer la moindre hypothèse quant à leur origine ! Tout commence alors qu'un couple s'enlace en pleine forêt. Puis, subitement, dans un cadre qui n'est pas tant éloigné géographiquement ou temporellement de cette première séquence, l'on aperçoit le corps d'une femme à la surface d'un lac... Helen vit seule, dans ce manoir trop grand pour elle. Mais alors qu'un certain Brady (Peter Vaughan) semble ''veiller'' sur elle, la jeune femme accueille son amie Anne (Lorna Heilbron) qu'elle supplie alors de rester à ses côtés quelques temps malgré le petit ami relativement impatient de cette dernière qui lui demande de revenir chez eux. Anne accepte finalement de rester quelques jours de plus auprès d'Helen mais un soir, alors que la nuit sans Lune éclaire difficilement l'intérieur du manoir, trop curieuse, l'amie en question monte au grenier et y trouve une malle qu'elle décide d'ouvrir... Bien évidemment, avant que tout ne chamboule et que cette touchante histoire d'amitié ne bascule dans l'horreur, José Ramón Larraz cherche à donner une définition aux peurs qui engendrent chez son héroïne, la folie.


De celles qui poussent à vivre recluses chez elles de jeunes femmes. Ici un manoir. Là-bas, un appartement londonien. Les repères de deux bêtes, cachées l'une comme l'autre dans leurs propres solitudes, cultivant ainsi leurs obsessions jusqu'à ce que des interventions extérieures ne déclenchent un tourbillon de violence. Tout ou presque dans Symptoms réveille donc le souvenir de Répulsion, premier volet de la remarquable Trilogie de l'appartement de Roman Polanski. Deux jeunes femmes frêles, timides, peu communicatives. Jusque dans ces robes de chambres qu'elles portent le plus souvent. Ce lapin d'un côté ou ce beurre rance de l'autre, qu'elles laissent respectivement traîner comme les témoins du temps qui passe. Ou celui de ces névroses qui entretiennent la paranoïa. Ces rêves éveillés, hallucinés, formés dans un cas comme dans l'autre autour de cadrages inhabituels témoignant du désordre qui se déroule dans leur tête. De l'envahissement fantasmé d'étrangers chez Carol ou des bruits inquiétants qui viennent du grenier chez Helen et qui lui rappelle sans cesse son amie Cora... La jeune femme qui justement au début était celle que Brady enlaçait... avant que l'on ne devine que le corps qui ''baignait' ensuite à la surface du lac était bien celui de cette amie disparue. Et puis, il y a l'arme employée. Une lame de rasoir et une lourde sculpture pour l'une et la lame d'un couteau pour la seconde. Bref, le long-métrage de José Ramón Larraz rappelle bien dans toutes ses entournures le chef-d’œuvre de Roman Polanski. Sur un rythme très lent, voire lancinant, Symptoms décrit la longue et inévitable dérive psychologique de son héroïne chez qui des médecins sans doute très officiellement compétents avaient pu malgré tout déceler la guérison. Fiévreuse, blafarde, cheveu en bataille et le regard dans le vide, Angela Pleasence incarne la folie avec une intensité parfois glaçante. Le cinéaste espagnol et le directeur de la photographie Trevor Wrenn sublimant en outre les décors dans un jeu d'ombres et de lumières réellement angoissant. Une œuvre rare qu'il devient urgent de redécouvrir. Surtout aujourd'hui, en hommage à une actrice qui probablement sera demeurée dans l'ombre de son père même si Symptoms révélait déjà à l'époque son immense potentiel d'interprète...

 

samedi 18 avril 2026

Organ de Kei Fujiwara (1996) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Sept ans après avoir été l'une des interprètes du cinéaste Shinya Tsukamoto dans le film culte Tetsuo, l'actrice et réalisatrice Kei Fujiwara se place cette fois-ci derrière la caméra pour pondre sa première réalisation en 1996. Organ est une œuvre organique, qui avec Tetsuo partage quelques similitudes, l'hybridation mécanico-organique en moins. De ces deux « matières » qui jusqu'en 1989 apparaissaient incompatibles, la cinéaste japonaise n'en conserve que la seconde. Car si Organ porte un nom qui lui sied à ravir, c'est parce que le film est tout entier un réservoir à viande particulièrement craspec. Dans des quartiers insalubres, les anti-héros du film barbotent dans un mélange assez écœurant de sang et de matières en décomposition.
Le récit de Organ est confus. C'est vrai, difficile de comprendre le spectacle que l'on a sous les yeux. Dès les premiers instants, on a du mal à cerner le parti-pris des personnages. Qui est flic, qui au contraire est un criminel ? Ici, le but étant pour le « héros » (terme à prendre avec des pincettes puisqu'aucun des personnages n'en est vraiment un) de retrouver son ancien collègue qu'il abandonna lors d'une enquête pour sauver sa propre existence. Organ est très gore. A partir du moment où l'on accepte le principe même du montage anarchique, inutile de chercher la moindre cohérence.

Kei Fujiwara filme à l'instinct, sans même se rendre compte des invraisemblances qui émaillent son œuvre. Le montage est nerveux mais échappe à toute logique. Comme certaines situations d'ailleurs, qui rendent totalement caduque toute recherche de point d'accroche. La post-synchronisation est catastrophique et certains bruitages accentuent le dégoût ressenti lors de scènes graphiquement très éprouvantes. Le pire dans Organ n'est pas l'hémoglobine qui coule à flot mais toutes ces substances que le corps sécrète. On a presque le sentiment de sentir les odeurs épouvantables qui se dégagent des organismes en mutation.
La monstruosité telle que l'individu se la représente généralement face aux actes barbares est ici extrapolée par la vision d'organismes qui se dégradent lentement mais sûrement vers des états qui n'ont pratiquement plus rien d'humain. Kei Fujiwara fait preuve d'une grande imagination en matière d'horreur. Le sang disparaît au profit de matières plus inquiétantes lorsque l'organisme n'est plus en mesure de combattre l'infection.

Au delà du spectacle tordu que nous propose la cinéaste viennent s'apposer des images riches de symbole qui faudra sans doute étudier un peu pour en comprendre le sens. Comme cette jeune femme accouchée dans la douleur par un immense cocon-vagin. Organ est une recherche permanente dans le domaine de l'expérimentation. Mais alors que Shinya Tsukamoto parvenait à créer une certaine cohérence dans le récit de Tetsuo, Kei Fujiwara laisse ses interprètes avancer en roue libre avec plus ou moins de bonheur.
Organ fera sans doute date dans le cinéma underground japonais. Du moins pour ceux qui sont friands de ce genre de performance, car les autres, les non-initiés, risquent de rejeter l'objet en bloc ! Vous êtes prévenus...

vendredi 17 avril 2026

Ugolin de Marcel Pagnol (1952) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Jean de Florette et Manon des sources de Claude Berri resteront sans doute à jamais comme deux des plus admirables adaptations cinématographiques issues de l'univers de l'écrivain et réalisateur français Marcel Pagnol. Il est même probable que l'on se souvienne davantage de ce diptyque datant de 1986 et principalement incarné par Gérard Depardieu, Yves Montand, Daniel Auteuil et Emmanuelle Béart que de l'ouvrage publié vingt-quatre ans auparavant sous le titre L'eau des collines, lui-même inspiré du long-métrage fleuve réalisé dix ans auparavant par Marcel Pagnol sous le titre Manon des sources. Une œuvre de près de quatre heures découpée à l'époque en deux parties (Manon des sources et Ugolin) et qui faisait ''l'impasse'' sur l'épisode consacré au personnage de Jean Cadoret, dit ''Jean de Florette'', pour se consacrer sur la seconde partie. Celle-là même qui mettra donc en scène plus de vingt ans plus tard et sous la houlette de Claude Berri, la vengeance de Manon, sa fille, qui après avoir compris que son père est mort d'épuisement alors que Ugolin et le Papet s'étaient débrouillés pour boucher la seule source d'eau qui aurait permis à Jean de cultiver ses terres et ainsi faire vivre sa famille, a décidé à son tour de boucher celle qui approvisionne depuis plus de cinquante ans le village des Bastides Blanches. Tandis que Manon des sources - Première partie se concluait juste avant que n'intervienne l'ingénieur du génie rural du département venu au mieux, résoudre le manque d'eau et, au pire, expliquer avec des mots très savants aux habitants pourquoi celle-ci manque et quelles sont les chances pour eux de la voir ressurgir un jour, la seconde partie, intitulée Ugolin se concentre sur les moments-clés qui feront en outre trente-quatre ans plus tard de la version de Claude Berri, une œuvre d'une puissance émotionnelle rare. N'ayant découvert Ugolin que sur le tard, soit près de deux ans et demi après Manon des sources - Première partie, j'avais oublié à quel point l'incarnation de Jacqueline Pagnol, l'épouse de l'écrivain et réalisateur, était problématique...


Si le ton théâtral sied majoritairement bien aux personnages de cette version de 1952 et si même Ugolin s'avère beaucoup plus sombre et donc bien moins drôle (malgré quelques séquences humoristiques d'anthologie que l'on doit aux admirables dialogues de Marcel Pagnol) que la première partie, celle-ci confirme rétrospectivement tout le bien que l'on peut objectivement penser s'agissant de l'interprétation d'Emmanuelle Béart qui en 1986 parviendra sans mal à éclipser celle ce Jacqueline Pagnol. Si pourtant l'on se régale toujours autant devant certaines séquences iconiques telles que les explications alambiquées de l'ingénieur du génie rural face à des administrés qui n'y bitent pas grand chose ou lors du très long serment prononcé par le curé (l'acteur Henri Vilbert), il est clair que Ugolin n'est pas toujours à la hauteur de la première partie. Et pourtant, toujours en verve, la plupart des acteurs donnent une véritable leçon d'interprétation. Rellys (lequel incarne le rôle-titre) n'ayant rien à envier à Daniel Auteuil qui trois décennies plus tard prendra sa place. Comparé à la version de Claude Berri dont il est acquis qu'il s'agit d'un chef-d’œuvre au même titre que sa première partie Jean de Florette, Ugolin est traité ici avec parfois tant de frivolité qu'une bonne partie de l'aspect dramatique s'envole malheureusement. Sentiment donc renforcé par l'interprétation d'une Jacqueline Pagnol qui semble totalement aux fraises lors des séquences où elle revient sur le drame qui toucha sa famille. Notons que de nombreuses différences existent entre les versions de 1952 et 1986. Ici, la petite famille Caderet possède un fils plus âgé que Manon. Lequel mourra d'ailleurs selon sa sœur dans de dramatiques circonstances peu de temps avant leur père. Claude Berri ayant plus tard fait le choix de supprimer certains passages du roman, le cinéaste aura cependant su privilégier le drame à la comédie et surtout sublimer l'acte final, lorsque une vieille femme annonce à César (Le Papet) que Manon est sa petite-fille. Et que donc, Jean Cadoret était son fils ! Ugolin n'en demeure pas moins un grand film. Ou plutôt, une seconde partie d'un tout s'étirant sur près de deux-cent quarante minutes non dénuée de quelques défauts en comparaison de la première. La faute donc à une Jacqueline Pagnol qui manque de crédibilité. Une ''erreur de casting'' qui par contre est contrebalancée par des partenaires de très haute volée et des dialogues aux petits oignons...

 

jeudi 16 avril 2026

Transmutation (Demonwarp) d'Emmett Alston (1988) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Amateurs de scénarii perchés, bienvenue à vous. Acteur prolifique durant plus de quatre décennies, George Kennedy est surtout resté célèbre en incarnant le rôle du Capitaine Ed Hocken dans la trilogie The Nacked Gun sortie chez nous sous le titre Y a-t-il un flic... (pour sauver la reine en 1988, le président en 1991 et Hollywood en 1994) mais également celui de Joe Patroni dans les cinq volets de la saga Airport entre 1970 et 1979 ! Étant passé en outre par à peu près tous les genres, on a pu notamment le découvrir dans un certain nombre de films d'horreur, d'épouvante et de fantastique parmi lesquels, Le Bateau de la mort d'Alvin Rakoff, Creepshow 2 de Michael Gornick, M.N.I. mutants non identifiés de Thierry Notz ou bien le nanar culte Le Clandestin de Greydon Clark, lequel donna également naissance à l'excellente petite production de science-fiction horrifique Terreur Extraterrestre en 1980. S'agissant de Transmutation d'Emmett Alston (auteur en outre de American Ninja en 1985 ou de Force of the Ninja en 1993), le long-métrage se rapproche d'ailleurs qualitativement de ce dernier et moins des deux précédents tant ce film qui mêle à peu près tout ce que l'on est en droit d'attendre en terme d'horreur et de fantastique. Voire même de science-fiction. Un peu comme si l'on avait demandé à Christophe Izard, l'inventeur de la recette du Gloubi-boulga, d'écrire un scénario à partir de toutes les idées les plus folles qu'il aurait eu en tête à ce moment là ! Tout commence par la chute de ce qui semble être une météorite en pleine campagne.Un ''bolide'' qui ressemble d'ailleurs davantage à un gros œuf qu'à un caillou venu des tréfonds de l'univers. S'ensuit l'attaque dans une vieille bicoque d'un homme d'âge mûr (George Kennedy dans le rôle de Bill Crafton) et de sa fille Julie (Jill Marin), laquelle est assassinée par une grosse bête poilue aux allures de Bigfoot tandis que son paternel s'évanouit avant d'avoir pu venir à son secours ! Quelques jours passent et débarquent alors cinq jeunes adultes du type de ceux que l'on voit généralement se faire zigouiller dans les slashers. Ils vont s'installer chez le père de l'un d'entre eux. Le propriétaire de la demeure, celle-là même que Bill Crafton avait loué avant d'être attaqué par l'infâme créature, n'a plus donné signe de vie depuis quelques temps. C'est donc non seulement dans l'intention de passer quelques jours en bonne compagnie (Michelle Bauer et Shannon Kennedy Sullivan, la propre fille de George Kennedy, incarnant respectivement les deux seules femmes du groupe, Betsy et Tara) mais aussi pour l'un des garçons, l'occasion d'investiguer sur la disparition de son père que le groupe se réunit en ces lieux malgré la peu flatteuse réputation que connaît la région...


Faux slasher mais vrai nanar, le tueur n'y est pas un alter ego des célèbres Jason Voorhees et Michael Myers mais bien ce qui semble être un grand singe. Lequel va de nouveau débarquer dans la maison de Clem (le propriétaire incarné par Joe Praml) pour s'en prendre au groupe et faire deux victimes parmi les garçons (et tant qu'à faire, les plus cons des trois). Tentant de survivre aux assauts répétés de la bête, les deux filles ainsi que Jack (David Michael O'Neill), le fils du propriétaire (vous suivez?), vont rapidement quitter la maison pour s'enfoncer dans la campagne environnante et faire plusieurs rencontres jusqu'à découvrir une grotte dans laquelle s'est retranchée le... ''primate''... ! Si Transmutation (connu sur le territoire américain sous le titre Demonwarp) démarre assez bien, le reste du long-métrage est d'une toute autre teneur. Répétitif à souhait mais doté de quelques effets gore prosthétiques plus ou moins aboutis, le film est souvent très lent et donc relativement ennuyeux. Du moins, jusqu'à son dernier acte. Celui-là même qui situe son action à l'intérieur de la grotte. Là, Emmet Alston et les scénaristes Jim Bertges et Bruce Akiyama s'en donnent à cœur joie. Sur la base d'une histoire créée par John Carl Buechler (oui, oui, on parle bien là du réalisateur de Troll en 1986, de Cellar Dweller en 1987, de Vendredi 13, chapitre VII : Un nouveau défi en 1988 ou de Ghoulies III en 1991), Transmutation part totalement en vrille. À commencer par cette ''comète'' qui comme nous le découvrons alors est en réalité un vaisseau spatial venu s'écraser à la surface de notre planète. Tandis que l'on découvre rapidement que le ''singe'' qui attaquait jusque là toute personne croisant sa route n'est en réalité que le père de Jack génétiquement retourné à l'état sauvage, un groupe de... ''zombies'' contrôlés par une force maléfique (en fait, l'extraterrestre échoué à bord du dit vaisseau) répare l'engin pour un départ prévu prochainement. Bon, on ne va pas détailler ce qui suit lors de cette dernière partie totalement barge et nanardesque mais elle vaut à elle seule son pesant d'or. Pas étonnant alors que Transmutation soit considéré par certain comme un authentique film culte malgré ses nombreux défauts. À voir pour se faire une idée très précise du bousin... !

 

mercredi 15 avril 2026

The Gates de Stephen Hall (2023) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Le retour parmi les vivants de dangereux criminels ayant été condamnés et exécutés à la chaise électrique n'est pas nouveau dans l'impitoyable univers du cinéma puisque deux films d'horreur au moins ont évoqué ce sujet dans les années quatre-vingt. Et ce, coup sur coup, avec Prison de Renny Harlin en 1988 et Shocker de Wes Craven l'année suivante. L'on pourrait également citer le cinquième épisode de la troisième saison de la série de science-fiction culte X-Files intitulé The List (La liste) et dans lequel Mulder et Scully enquêtaient voilà plus de trente ans sur une série de meurtres commis par l'ancien détenu Napoleon ''Neech'' Manley, exécuté lui aussi à la chaise électrique après avoir promis de revenir d'entre les morts afin de se venger de cinq individus qui le malmenèrent en prison... Habitué des films d'horreur, après avoir réalisé toute une série de courts-métrages ainsi qu'un long en 2018 sous le titre Night Shift, le réalisateur et scénariste américain Stephen Hall est réapparu en 2023 avec The Gates. Un film que l'on pourrait dire ''d'époque'' puisque interprété en costumes et intégrant sa poignée de personnages à la fin du dix-neuvième siècle. Aux alentours des années 1890, le tueur en série William Colcott est arrêté, jugé, enfermé puis condamné à la chaise électrique. Une expérience qui n'a pas vraiment l'air de le ''froisser'' puisqu'il semble au contraire plutôt serein... Et pour cause, celui-ci va revenir hanter la prison en prenant notamment possession de l'épouse du directeur de la prison et en poussant tout d'abord deux prisonniers condamnés à mort au suicide... Sobrement traduit chez nous sous le titre Les portes, le dernier long-métrage de Stephen Hall mêle avec un certain brio film historique, épouvante, horreur et fantastique sous-tendant l'idée selon laquelle deux de ses personnages seraient à l'origine d'une machine capable d'enregistrer les voix de fantômes captées à travers des ondes si minces que celles-ci ne sont pas perceptibles par l'oreille humaine. The Gates évoquant d'ailleurs très rapidement le Phénomène de Voix Électroniques (ou PVE) cher aux nombreux chasseurs de fantômes qui pullulent depuis un certain nombre d'années sur les réseaux sociaux et dont Guss DX (pseudonyme sous lequel se cache Guillaume Durieux) est l'un des plus fameux représentants hexagonaux...


D'un constat simple qui veut qu'une paire d'enquêteurs paranormaux, un médium, plusieurs gardiens de prison, le directeur ainsi qu'un prêtre acceptent de s'enfermer afin d'empêcher une entité maléfique de s'échapper des murs de l'établissement, Stephen Hall transforme un simple film d'épouvante en huis-clos fantastico-horrifique dans lequel s'opposent tout d'abord des points de vue divergents. Car l'arrivée au centre de l'intrigue d'Emma Wicks et de son oncle Frederick Ladbroke signe les soubressauts de nouvelles techniques d'investigation face à une méthode de médiumnité beaucoup plus classique employée par un certain Lucian Abberton (l'acteur Michael Yare). Tandis qu'Emma est incarnée par l'actrice Elena Delia, le rôle de son oncle a été confié à l'acteur John Rhys-Davies, célèbre pour avoir notamment interprété le rôle de Sallah dans la saga Indiana Jones de Steven Spielberg, celui du Nain Gimli dans la franchise Le seigneur des anneaux ou encore le professeur Maximilien Arturo dans la série de science-fiction Sliders... Mixant les films cités au départ de cette critique avec des œuvres aussi diverses que L'exorciste de William Friedkin et la cohorte de film d'horreur très inspirés par ce classique de l'épouvante, The Gates rejoint donc la très longues liste des œuvres convoquant la présence d'un esprit maléfique dans un récit plutôt linéaire et minimaliste. Le cadre et le rythme accentuant le sentiment de sobriété qui se dégage de la mise en scène, de l'interprétation et des effets visuels et spéciaux même si ces derniers accentuent l'aspect horrifique des événements durant la dernière partie de l'aventure. Évoqué sous le prisme d'une entité invisible mais bien présente, l'esprit démoniaque de William Colcott réapparaît sous les traits d'une femme qui va s'en prendre aux protagonistes. Une apparition qui malheureusement frise le ridicule à défaut d'être capable de véhiculer le moindre sentiment d'effroi chez le spectateur. Malgré une reconstitution historique qui se cantonne aux quatre murs de la prison et des costumes qui font illusion, The Gates se regarde comme une petite gourmandise sans prétentions particulières. Une petite production horrifique dont on devine ou l'on imagine que le budget ne fut pas mirobolant. Bref, sympa, sans plus...

 

mardi 14 avril 2026

Delirio Caldo de Renato Polselli (1972) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Connu chez nous sous le titre Au-delà du désir mais aussi sous celui beaucoup plus délirant et opportuniste de Sexe en délire, Delirio Caldo du réalisateur, scénariste et producteur italien Renato Polselli revêt davantage les atours du Giallo que du drame ou de la comédie érotiques que laissent transparaître ses deux ''traductions'' françaises. Et pourtant, de nudité il est bien question ici, dans cette œuvre étrange, parfois étouffante, souvent fiévreuse et assurément morbide. Partant d'un postulat que partagent énormément de Gialli puisque le script de Renato Polselli tourne autour d'une série de meurtres que la police a bien du mal à résoudre. Et ce, alors même que l'inspecteur Edwards (Raul Lovecchio sous le pseudonyme de Raoul) peut compter sur l'aide et le soutien du psychologue Herbet Lyutak qu'interprète l'acteur américano-hongrois Mickey Hargitay. Le film s'ouvrant pratiquement sur le meurtre de la septième victime annoncée d'un tueur en série qui sévit maintenant depuis un an, Renato Polselli filme l'acteur principal dans une situation qui ne laisse aucun doute quant à la responsabilité de son personnage. Notons que l'assassinat en question est tourné dans des conditions relativement singulières puisque après avoir proposé à une jeune femme de l'amener en voiture jusqu'à un rendez-vous, la véritable personnalité psychotique du docteur Herbet Lyutak s'exprime lors d'une séquence de poursuite qui les amènera lui et sa victime jusqu'au lit d'une rivière où la jeune femme sera alors assassinée par étranglement et par noyade. Une séquence étonnement longue, dérangeante, où le regard halluciné de Mickey Hargitay fonctionne à plein régime et sème le trouble chez le spectateur. Si Delirio Caldo convie ce dernier à suivre les exactions d'un homme sexuellement frustré qui à défaut de pouvoir satisfaire sa femme toujours vierge se rabat sur des inconnues qu'il tue afin de prémunir celle-ci de toute pulsion meurtrière, le script est aussi et surtout construit non pas seulement autour de ce seul personnage masculin mais aussi et surtout autour du couple que l'acteur forme aux côtés de l'actrice italienne Rita Calderoni qui incarne donc à l'écran l'épouse de Herbet Lyutak, Marzia. Une femme profondément amoureuse, incapable de vivre sans l'homme qu'elle aime. À tel point que des révélations finales viendront enfin expliquer certains détails qui durant le récit apparaîtront comme étant totalement incohérents...


Lorsque Valéry Giscard d'Estaing est élu Président de la République Française le 27 mai 1974, c'est le signe en France d'un relâchement des contrôles moraux plutôt stricts que connaît jusque là notre pays, lequel passe ainsi par davantage de libéralisme, ce qui a pour conséquence sur les plans d'ordre sexuels et culturels et s'agissant à proprement parler de Delirio Caldo (comme pour d'autres avant et après lui), l'avantage de pouvoir enfin sortir dans les salles de cinéma hexagonales après avoir été totalement interdit et classé X pour pornographie (le film sortant en outre sur support VHS sous le titre explicite et pourtant très proche de l'original, Délire ardent !). plus que n'importe quel Giallo, le film du cinéaste italien est une véritable plongée dans la psyché d'un couple sexuellement frustré mais tellement amoureux que l'usage de pratiques déviantes finit par cultiver leur passion commune. D'un côté l'on a donc un homme refusant presque tout contact avec sa femme de peur de la tuer et de l'autre, une épouse capable d'accepter qu'il l'étrangle lorsque les pulsions semblent irrépressibles. En mêlant sexe et violence dans un contexte où la frontière entre réalité, rêves et fantasmes devient de plus en plus mince, Renato Polselli signe une œuvre moite, inconfortable, où le sexe pourtant en abondance agit comme un inhibiteur de libido. Derrière la bande originale somme toute classique de Gianfranco Reverberi est libéré un flot intarissable de gémissements féminins sensuels et organiques qui agissent comme autant de curseurs sur la folie des uns et des autres. Celle-là même qu'exprime cette cacophonie terminale ouvrant de vertigineuses perspectives dont la solution, un peu floue il est vrai, viendra enfin apporter une solution à l'énigme entourant l'identité du tueur réel... Bref, Delirio Caldo reste une œuvre à part, moins sulfureuse que ne laissent présager sans ancienne interdiction en salle ainsi que celle aux moins de dix-huit ans. Un long-métrage que d'aucun pourrait juger de ''malade'' mais qui pourtant sonne comme un mirage essentiel du cinéma européen du début des années soixante-dix, avec son cortèges de qualités mais aussi de défauts...

 

lundi 13 avril 2026

L'occhio nel Labirinto (L’œil du labyrinthe) de Mario Caiano (1972) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Tout commence par la poursuite et l'assassinat d'un homme dans un long et vaste espace désaffecté qui curieusement résonne de nos jours avec le mythe des Backrooms également connus sous le nom d'espaces liminaux. Le docteur Luca Berti (l'acteur allemand Horst Frank) tombe à terre, ensanglanté, après avoir reçu plusieurs coups de couteaux de la part d'un inconnu. Mais heureusement, tout ceci n'était qu'un rêve. Celui que vient de faire Julie (la britannico-italienne Rosemary Dexter). À moins qu'il ne s'agisse d'une prémonition ? Désirant en avoir le cœur net, la jeune femme décide de retrouver celui qui jusqu'à maintenant était son médecin et son amant et qui demeure introuvable. D'après les dire d'un patient de l’hôpital psychiatrique où il travaille, Luca serait parti dans un petit village. C'est là que Julie décide de démarrer ses recherches... L'occhio nel Labirinto (L’œil du labyrinthe) de Mario Caiano est un bien curieux long-métrage que l'on serait tentés de ranger dans la catégorie des Gialli même si au fond, seule la séquence d'ouverture laisse à penser que son auteur a véritablement voulu empiéter sur un genre auquel avaient déjà donné ses premières lettres de noblesses des cinéastes tels que Mario Bava, Lucio Fulci, Sergio Martino et bien évidemment Dario Argento. Pourtant, à bien y regarder, le script assez flou de Mario Caiano et des scénaristes Horst Hächler et Antonio Saguera est parfois plus proche du Whodunit que de celui dont les origines remontent aux années 1920 lorsque furent mis à disposition des lecteurs des romans publiés par la maison d’édition Arnoldo Mondadori Editore. Des ouvrages aux couvertures jaunes sorties sous le nom I libri gialli (d’où l'appellation Giallo) qui pour la plupart étaient des traductions de romans policiers anglo-saxons. Œuvre originale mais non dénuée de tout un tas de problèmes qui la confinent au statut de petite production aussi curieuse qu'ennuyeuse, L'occhio nel Labirinto n'est tout d'abord pas très évident à suivre. Avec son cortège de personnages qui nous sont imposés très rapidement et parmi lesquels nous retiendrons surtout ceux incarnés par Adolfo Celi (L'Homme de Rio de Philippe de Broca en 1964, Opération Tonnerre de Terence Young en 1965), dans le rôle de Frank, l'ancien propriétaire d'un immeuble transformé depuis en orphelinat, par Alida Valli, dans celui de Gerda, une richissime propriétaire d'une vaste demeure.


Ou même par l'autrichienne Sybil Danning qui plus tard deviendra surtout ''célèbre'' pour avoir notamment joué le rôle de la James Bond Girl dans Octopussy de John Glen ou dans Sheena, reine de la jungle de John Guillermin et qui dans L'occhio nel Labirinto incarne une jeune photographe prénommée Toni. Le long-métrage joue ici sur la confusion d'un groupe d'individus qui le plus clair du temps passe son temps à bronzez au soleil. Une pratique qui à l'écran n'apporte bien entendu pas son comptant de séquences passionnantes tandis que la jeune et jolie Julie persiste à vouloir connaître la vérité au sujet de la disparition de son amant. Sur une musique très persistante signée du compositeur Roberto Nicolosi, une photographie de Giovanni Ciarlo et un montage de Jolanda Benvenuti, L'occhio nel Labirinto est donc similaire à un Whodunit transalpin dont le scénario s'amuse à laisser planer le doute quant à la disparition du psychiatre tout en cultivant l'idée selon laquelle, l'un des protagonistes du récit constitué d'une poignée de personnages pourrait être l'assassin qui dans le rêve de la jeune femme poignarda son amant ! Et plutôt que de faciliter la tâche de celle-ci dans sa recherche de la vérité, Mario Caiano et ses scénaristes la compliquent en donnant à chacun de bonnes raisons d'avoir eu envie de l'assassiner... Bon, c'est bien beau tout ça mais sachons être honnêtes et reconnaissons que L'occhio nel Labirinto n'est franchement pas passionnant. Et même souvent ennuyeux. Car derrière son très énigmatique titre qui laisse, au pire ou au mieux, envisager une œuvre nébuleuse et intrigante, l'on se retrouve devant un sujet à défaut d'être passionnant, du moins traité de manière trop superficielle pour véritablement happer l'attention du spectateur. Un long-métrage hybride entre Giallo et Whodunit et où les révélations ne donnent jamais les effets de surprises escomptés. Bref, inutile de perdre son temps devant ce film sans trop d'intérêts et mieux vaut se replonger dans les classiques des deux genres qu'il tente pourtant d'explorer, mais avec maladresse...

 

dimanche 12 avril 2026

Freeway (Le tueur de l'autoroute) de Francis Delia (1988) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Après un Poppers sans intérêt aucun perverti par un langage visuel des plus rédhibitoire, allons donc nous ressourcer du côté des ''Pycho Killer Films'' avec Freeway (Le tueur de l'autoroute) de Francis Delia. Un nom qui s'il ne signifie probablement pas grand chose pour bon nombre d'entre nous s'avère pourtant fort évocateur puisqu'il n'est rien moins que celui partagé par le compositeur attitré du réalisateur et scénariste Abel Ferrara, Joe Delia. Parmi la quantité de longs-métrages dont il a assuré la composition des bandes musicales, ce dernier a en effet notamment travaillé sur les géniaux Ms .45, The King of New York, Bad Lieutenant et The Addiction. Quittant ainsi régulièrement sa ''zone de confort'' comme à l'occasion de cette petite production horrifico-policière qui aurait tout aussi bien pu être l'adaptation cinématographique d'un authentique fait-divers bien que le script de Francis Delia et Darrel Fetty s'inspire en réalité du roman éponyme de la productrice, scénariste et romancière Deanne Barkley qui chez nous vit le jour sous le titre Libres Sévices chez Gallimard en 1979... Un type rôdant la nuit, à bord de sa voiture, soliloquant et assassinant généralement ses victimes à l'aide d'un flingue, cela aurait pu nous rappeler quelques bribes du glauquissime Maniac de William Lustig ou du tout aussi malaisant Henry, Portrait of a Serial Killer de John McNaughton, mais il n'en est rien. Loin d'être aussi dérangeant et bien que doté d'un script qui n'est pas moins linéaire que ses cultissimes concurrents, Freeway a tout de même quelques soucis à se faire s'agissant des réactions du public à son sujet car quoi que le regard de Billy Drago reconnaissable entre tous puisse bercer l'imaginaire du spectateur en invoquant de profonds troubles psychiatriques chez son personnage, le peu d'intensité de l'incarnation entre en totale contradiction avec la torpeur que nous pourrions éprouver devant ces gros plans cachant mal l'identité de l'assassin...


Si des dizaines, des centaines voire des milliers d’œuvres télévisuelles et cinématographiques comparables à ce petit long-métrage dénué d'ambitions réelles n'arrangent en rien sa situation, c'est surtout que Freeway ne nous emporte jamais au-delà de la confortable place de ''téléfilm du dimanche après-midi'' qu'il semble revendiquer. Principalement incarné par Darlanne Fluegel dans le rôle de Sarah Harper et James Russo dans celui de Frank Quinn, l'un et l'autre de ces deux personnages ont connu un drame. Ancien flic, Frank est rentré un jour chez lui pour trouver les corps de sa femme et de sa fille étendus sur le sol. Quant à l'infirmière Sarah, l'arrivée au service des urgences de la nouvelle victime du Tueur de l'autoroute lui rappelle une fois de plus que l'homme qu'elle aimait fut l'un des premiers à mourir sous les balles de cet insaisissable meurtrier... L'approche artistique post-moderne (pour l'époque) de Francis Delia épouse une forme qu'adopta (PAR LE PLUS GRAND DES HASARDS, N'EST-CE PAS?) Abel Ferrara durant une grande partie de sa carrière. Mais le frère du compositeur qui signe ici une bande musicale très classique n'étant pas le plus remarquable des artistes à mettre en scène cet état de déchéance civilisationnelle représentée par une police inactive et par la présence presque viscérale de la violence, Freeway conforte l'idée selon laquelle le mimétisme ne fonctionne ici pas du tout. Le génie en moins, la mise en scène et la direction d'acteurs s'en ressentent et le long-métrage de Francis Delia est loin d'évoquer les grandes figures de la criminalité cinématographiques imprimées à l'époque sur pellicule. C'est mou sans être totalement indigeste. Long sans être interminable. Joué sans être totalement ''incarné''. De la photographie de Frank Byers en passant par les décors d'Archie D'Amico et D.A. Metrov et jusqu'au montage de Philip Sgriccia, Freeway souffre à vrai dire d'une flemme généralisée qui ne lui permet jamais de s'extraire du carcan où d’innombrables objets filmiques du genre se sont malheureusement tous engouffrés. En résulte une œuvre insignifiante dont nous aimerions pourtant pouvoir sauver quelques artefacts. Mais en vain...

 

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