Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

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mercredi 5 août 2026

Le grand méchant loup de Nicolas et Bruno (2013) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

En abandonnant temporairement leur univers, Nicolas et Bruno ( Nicolas Charlet et Bruno Lavaine) n'en n'ont pas pour autant mis de côté certains des choix artistiques qui sont leur marque de fabrique. Ici, pas d'esthétique volontairement ringarde puisée dans les temps anciens. Ceux des années soixante-dix, généralement représentées chez eux à travers l'usage de codes couleurs, vestimentaires ou comportementaux largement dépassés de nos jours. Et pourtant, les deux hommes n'en sont pas moins demeurés capables de produire une œuvre tout à fait originale en cette année 2013 où sort donc leur second long-métrage intitulé Le grand méchant loup, cinq ans après La personne aux deux personnes et treize avant leur dernier, Alter ego sorti quant à lui en 2026... Ils reprennent ici le très célèbre conte des Trois Petits Cochons, cent quarante-ans après qu'ils ne soient apparus pour la première fois en 1842 dans le recueil de comptines, de chansons et de poèmes traditionnels britanniques publié cette année là par l'historien, collectionneur et éditeur anglais James Orchard Halliwell. Un conte dans lequel l'on retrouvait déjà le personnage du loup dont les origines remontent elles à bien plus loin dans le temps puisque l'une des premières traces le présentant daterait de l'époque d’Ésope qui l'aurait évoqué pour la première fois dans ses Fables et remonterait donc à l'Antiquité grecque. Pour autant, Nicolas et Bruno n'en reprennent qu'une partie de la structure narrative telle que la présenta notamment Burt Gillett avec Three Little Pigs produit par la société de production américaine Walt Disney Productions en 1933. Dans le cas du Grand méchant loup, le duo remplace les trois petits cochons par trois frères incarnés par Benoît Poelvoorde, Fred Testot et Kad Merad. Tandis que leur mère (interprétée à l'écran par l'actrice Marie-Christine Barrault) est alitée dans une chambre d'hôpital, Philippe (Benoît Poelvoorde), Henro (Fred Testot) et Louis (Kad Merad) en reviennent à se poser des questions sur leur existence. Eux qui depuis toujours ont su rester fidèles à leurs épouses respectives Nathalie (Valérie Donzelli), Patricia (Léa Drucker) et Victoire (Zabou Breitman) vont-ils se laisser tenter par ces nouvelles aventures féminines qui frappent désormais à la porte de ces trois hommes qui maintenant doutent sur le sens réel de leur existence ? Nicolas et Bruno usent et abusent de métaphores et d'allégories pour décrire la situation de ces trois frères qui vont être approchés par le ''Loup'' du fameux conte...


Ou plutôt DES Loups. Et même mieux : des LOUVES puisque chacun son tour, Philippe, Henri et Louis vont être respectivement approchés par Natacha (Charlotte Le Bon), une jeune actrice attirée par l'idée de s'introduire de nuit dans le château de Versailles où travaille justement le cadet des trois frères. Pourtant marié et père de deux enfants, Philippe se laisse séduire par la jeune femme de vingt-sept ans dont il va rapidement tomber amoureux. Et si vivre une double relation n'est pour l'instant pas vraiment un problème pour lui, tout va se gâter le jour où Natacha va se présenter devant la porte de sa demeure. Lorsque son épouse Nathalie découvre que Philippe voit une autre femme, elle le chasse de chez eux et ce dernier part se réfugier chez son frère Henri. Après une première partie du récit principalement consacrée au personnage interprété par Benoît Poelvoorde, Fred Testot prend donc la relève. Le second acte lui réservant la même surprise que pour son frère avant que les deux hommes ne se retrouvent finalement hébergés par le plus âgé des trois, Louis. Ici, ça n'est plus la demeure elle-même qui est détruite par le loup mais la cellule familiale par l'entremise de femmes belles et attirantes. Et si Henri se laisse séduire par une voisine lointaine qu'il reluque aux jumelles, Éléonore (Cristiana Reali) n'en mènera pas large lorsque cette ancienne connaissance de Louis tentera de conquérir le cœur et le lit de celui-ci, alors très amoureux de sa femme Victoire. Bien que la réappropriation d'un mythe enfantin pour le transformer en comédie romantique métaphorique peut laisser songeur, Nicolas et Bruno tapent juste et offrent une savoureuse étude de mœurs non dénuées d'un certain sens de l'humour qui là encore tape exactement là où on l'attendait. Grâce non seulement à la mise en scène et l'écriture des deux cinéastes mais aussi et surtout à un panel de savoureux interprètes parmi lesquels se trouve également perché dans les très hautes sphères de l'absurde, le toujours excellent Denis Podalydès ! Preuve que Nicolas Charlet et Bruno Lavaine sont capables de s'extraire de leur univers personnel et d'offrir la réplique à des interprètes qui sortent de leur cercle habituel. Bref, un régal...

 

mardi 4 août 2026

Alter Ego de Nicolas et Bruno (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Nicolas et Bruno est un duo formé autour des réalisateurs, scénaristes, photographes et acteurs français Nicolas Charlet et Bruno Lavaine dont les premières collaborations datent des années quatre-vingt dix. Leur première œuvre cinématographique en tant qu'auteurs principaux date quant à elle de 2002 et s'intitule Restauratec. Un court-métrage auquel y succèdent plusieurs autres avant que les deux hommes n'intègrent Canal+ toujours en tant que réalisateurs, scénaristes, monteurs et doubleurs du programme humoristique Message à caractère informatif. Durant trois ans, ils développent un concept similaire au film culte de Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette qui en 1993 réalisèrent donc ensemble La classe américaine dans lequel il compilèrent des extraits de films produits par la Warner Bros tout en y proposant de nouveaux dialogues sur un ton humoristique, créant ainsi un tout nouveau récit... Ce n'est qu'en 2008 que Nicolas Charlet et Bruno Lavaine tournent ensemble leur tout premier long-métrage, la comédie La personne aux deux personnes. Une œuvre totalement originale, loufoque et au final très amusante qui reprend certains codes kitschissimes de leurs aventures télévisuelles puisque s'y télescopent un chanteur has-been (Alain Chabat dans le rôle de Gilles Gabriel) et un employé de la COGIP, entreprise fictive imaginée par les deux hommes au temps de Message à caractère informatif, de plusieurs autres émissions disséminées entre 2002 et 2018, mais également de leur nouveau long-métrage sorti en début d'année 2026 sous le titre Alter Ego. Pour celles et ceux qui apprécient l'univers des deux cinéastes, aucun soucis à se faire puisque Nicolas Charlet et Bruno Lavaine y prolongent leur vision toute personnelle du cinéma et de la comédie en particulier. Dix-huit ans après La personne aux deux personnes et treize après Le grand méchant loup dans lequel les deux cinéastes s'écartèrent exceptionnellement de leur ''mythologie'' puisqu'ils y réinterprétèrent sous forme de remake le film du québécois Patrick Huard, Les 3 P'tits cochons, lui-même étant une adaptation du conte populaire Les trois petits cochons que retranscrivit pour la toute première fois sous forme littéraire le britannique James Orchard Halliwell-Phillipps en 1843.


Retour en 2026 avec l'univers des deux français puisque les personnage masculins et centraux du récit tous deux interprétés par un seul et même acteur en la personne de Laurent Lafitte travaillent dans l'entreprise devenue désormais l'une des marques de fabrique du duo de réalisateurs et scénaristes : La COGIP. À deux années prêt de fêter son trentième anniversaire, cette entreprise fictive a forcément évolué, à travers des responsables et des subalternes qui ont changé au fil de ses différentes représentations télévisuelles et cinématographiques. Désormais, à la tête de la COGIP l'on retrouve l'actrice Zabou Breitman dans le rôle de Nicole Lecovec, la patronne d'Alex Floutard et bientôt celle d'Axel Chambon qu'incarne donc ''doublement'' Laurent Lafitte. Une directrice bienveillante malgré les piètres résultats obtenus par le premier des deux ''sosies'' et par le collègue de bureau du premier, Denis Moulard qu'incarne l'humoriste et comédien français Marc Fraize. Et allez savoir pour quelle raison, mais l'actrice y est affublée d'une... moustache ! Sans autre forme d'explication autre que l'intention de faire rire, voilà le type de détails dont aiment agrémenter dans sa globalité, leur œuvre, les deux cinéastes. Auteurs de leur propre script, Nicolas et Bruno imaginent l'emménagement d'un couple juste à côté de la demeure habitée par Alex et son épouse Nathalie (Blanche Gardin). Sauf que pour celui-ci, la présence dans son champ de vision d'Axel ainsi qu'au sein même de l'entreprise qui bientôt emploiera ce dernier va causer de graves problèmes chez Alex.


Bien que personne dans son entourage n'ait remarqué la troublante ressemblance qui existe entre lui et son nouveau voisin, Alex accepte mal la présence d'Axel. Un homme avec qui il ne partage absolument rien. L'homme devient rapidement populaire auprès du voisinage ou de la directrice de la COGIP et de ses nouveaux collègues. Et tandis qu'Alex s'enfonce peu à peu dans un état dépressif, Axel, lui, montre son indéfectible confiance en lui. Les deux cinéastes développent ici le concept du double avec une certaine maîtrise en opposant deux hommes physiquement proches mais qui intellectuellement, professionnellement et même dans le cadre intime sont totalement différents l'un de l'autre. Calvitie, taciturnité, défiance, jalousie et voire même paranoïa d'un côté et charisme, extraversion, assurance et réussite sociale et professionnelle de l'autre. De quoi créer une aversion chez Alex qui va doucement mais assurément se laisser glisser sur la pente de la folie. Si Nicolas et Bruno s'amusent avec ce ''duo'' parfaitement antinomique, ce qui pour un long, très long moment ressemblera à une comédie bien dans l'esprit des deux hommes se transformera peu à peu en une comédie noire, très noire même, un peu à la manière des œuvres signées de Jean-Christophe Meurisse, Oranges Sanguines et Les pistolets en plastique... Plutôt drôle dans un premier temps mais ensuite savoureusement sinistre dans son dernier acte, Alter Ego est de ces comédies trop rares dont l'arrivée subite dans le paysage français est une vraie bouffée d'air malgré leur ponctuelle noirceur. À voir...

 

lundi 3 août 2026

Les Parfait(s) : Arnaques en famille de Ludovic Bernard (2026) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Avant de mettre en scène ses propres films, le réalisateur et scénariste français Ludovic Bernard a débuté sa carrière en tant qu'assistant-réalisateur sur près d'une quarantaine de longs-métrages parmi lesquels La haine et Assassin(s) de Mathieu Kassovitz, Ne le dis à personne et Les petits mouchoirs de Guillaume Canet, Brice de Nice de James Huth ou The Lady, Malavida et Lucy de Luc Besson. Sans oublier Taken 2 et (l'infâme) Taken 3 d'Olivier Megaton ! Sa carrière en solo démarre donc en 2017 avec la comédie L'ascension et se poursuit ensuite dans une même veine puisqu'il réalise en 2020 et 2023 10 jours sans maman et 10 jours encore sans maman ainsi que Ici et là-bas il y a deux ans. Bref, pas de quoi se sentir fébrile en patientant deux ans jusqu'à l'arrivée dans les salles de son dernier projet. Une comédie intitulée Les Parfait(s) : Arnaques en famille tournant autour d'une famille constituée de cinq membres. Du grand-père, jusqu'aux petits-enfants, en passant par les parents, les Toussaint pratiquent l'escroquerie en fonction de leurs compétences personnelles. Enfin, presque tous puisque pour l'instant, la jeune Léa (Nawelle Evad) nous est présentée comme une étudiante bien sous tous rapports. Un personnage comme la comédie nous en sert régulièrement. Le pendant féminin de Théo Fernandez, le benjamin de la famille Tuche issu de la franchise éponyme créée au début des années 2010 par le metteur en scène et scénariste Philippe Mechelen. Une fille parfaitement éduquée dont le frère, la mère, le père et le grand-père s'adonnent aux arnaques. Pourtant, leurs affaires battent actuellement de l'aile puisqu'ils doivent plusieurs centaines de milliers d'euros au malfrat Dragan Mitrovic (l'acteur croate Luka Peroš). Las de patienter que les Toussaint remboursent leurs dettes, l'homme les menace de les livrer à des ouzbèkes. Ils ont ainsi trois jours pour le payer. Se sachant incapables de réunir l'argent, Magalie (Audrey Fleurot), Sam (Ramzy Bédia), les enfants Léa et Hugo (Raphaël Lamaassab) et le grand-père André (Bernard Farcy) quittent la France pour se réfugier en Écosse en prenant l'identité des membres de la famille Toussaint dont le père est censé occuper un poste important au sein de l'entreprise d'un fabriquant de Whisky qu'ils comptent bien arnaquer afin d'éponger leurs dettes...


Il est toujours très amusant de parcourir et de comparer les critiques une fois quittée la salle. Le grand écart qu'opèrent entre eux le plus élogieux et le plus désapprobateur étant souvent étonnant. Voire même parfois amusant ! Il demeure cependant un fait que n'importe quel cinéphile ou cinéphage ne pourra contredire : Les Parfait(s) : Arnaques en famille n'a probablement aucune chance de devenir la comédie de l'année. À moins qu'aucune concurrence ne vienne ternir les ''efforts'' des scénaristes Laurent Turner, William Reymond et de Ludovic Bernard qui, oui, s'y sont mis à trois pour nous pondre un script mêlant comédie et action, drainant ça et là de tous petits éléments propres au thriller à travers le personnage de Dragan Mitrovic et de ses hommes de main. Audrey Fleurot campe une mère intelligente, tête pensante de la famille aux côtés d'un mari, Sam, et d'un fils, Hugo, véritables petits génies de l'informatique pour lesquels le piratage n'a presque aucun secret. Si le script joue en théorie tout d'abord autour de la barrière de la langue (française, anglaise et japonaise), les trois scénaristes abandonnent très rapidement l'idée de s'en amuser pour passer très (trop?) rapidement au concept suivant. L'ellipse est au cœur même du scénario. Et là où la présence de trois auteurs aurait dû permettre au récit de s'enrichir des idées des uns et des autres, le film de Ludovic Bernard ne fait souvent que les survoler en éludant le très sérieux problème d'inspiration dont sont finalement atteints le réalisateur et ses scénaristes. Le script facilite systématiquement les contraintes liées aux imprévus. À chaque problème, sa solution. Et entre les deux, aucun développement. Les seuls qui interviennent véritablement au cœur du récit sont ces insupportables séquences de flash-back explicatives qui donnent sans cesse l'impression de traiter le spectateur comme un idiot, alors soudainement devenu trop bête pour comprendre le sens d'une scène ou d'une autre ! Fort heureusement, toute l'équipe est là pour éveiller chez lui quelques plaisirs coupables et régressifs malgré la facture généralement banale de l'ensemble. L'acteur américano-britannique Alan Cumming incarne ainsi le boss de l'entreprise de production de whisky, Sean Mac Callaghan. Le film se termine par une longue séquence se déroulant lors d'une signature de contrat qui fait presque regretter que tout le film n'ait pas été de la même teneur. Alors, Les Parfait(s) : Arnaques en famille, comédie de l'été ? Certainement pas. Mais à la décharge de cette petite comédie familiale, assurons à ses futurs spectateurs le plaisir de découvrir des très belle images de l’Écosse et de profiter de la présence dans la salle d'une climatisation qui leur fera au moins oublier durant un peu plus de quatre-vingt dix minutes, les fortes chaleurs de l'été...

 

dimanche 2 août 2026

Police Flash 80 de Jean-Baptiste Saurel (2026) ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Second long-métrage du réalisateur, scénariste, acteur et directeur de la photographie Jean-Baptiste Saurel après Zénithal en 2024, Police Flash 80 plonge sa petite équipe d'inspecteurs de police en plein cœur des années quatre-vingt au moment même où l'un de ses membres, Johnny Lansky, est retrouvé mort, assassiné. Son ami et collègue Yvon Kastendeuch (François Damiens) est alors placé par le commissaire.... Jean-Louis (Philippe Rebbot) à la tête d'une toute nouvelle unité nommée Police Flash 80. Secondé par la très compétente Guilaine Reblot-Bernard (Audrey Lamy), le fils d'immigrés maghrébins Marfoud Alaoui (Brahim Bouhlel) et de Roberto Torticelli (Xavier Lacaille), il est chargé de faire toute la lumière sur un réseau de trafic d'héroïne qui s'étend localement et dont certains responsables furent coupables de la mort de son ancien coéquipier... Ajoutons à ce petit casting fort sympathique la présence de l'acteur, réalisateur, scénariste et humoriste Thomas Ngijol qui dans le rôle de Luc Le Timal incarne un animateur de Maison des jeunes et de la culture (MJC) et collabore régulièrement avec la police. Concernant le quatuor principal, celui-ci est constitué de membres plutôt hétéroclites. À la tête de l'unité, Yvon agît souvent de manière impulsive et irréfléchie. Heureusement, les méthodes de ce flic qui pourtant a de la bouteille sont tempérées par Guilaine. Méthodique et mesurée, la jeune femme entre souvent en conflit avec son supérieur. Marfoud, lui, bien que très proche de sa mère qui le couve excessivement est un adepte des nouvelles technologies qu'il maîtrise parfaitement. Quant à Roberto, il est parfois celui qui prend le plus de risques en s'infiltrant directement au cœur des réseaux criminels en s'affublant de toute une panoplie de déguisements... Alors que le scénario de Thomas Ngijol, Giulio Callegari et Yohan Zaoui se prête en théorie plus facilement au genre policier ou thriller, Jean-Baptiste Saurel choisit le ton nettement plus léger de la comédie. Le plus délicat demeurant ici de retranscrire une époque désormais révolue qui passe en outre dans le cas présent par une sélection de musiques forcément typées années quatre-vingt...


Signée Alexis Rault, la bande-son vintage est en outre accompagnée de quelques classiques de la variété française de l'époque, tels les groupes et artistes solo Les Avions (Nuit Sauvage), Axel Bauer (Cargo), Guesch Patti (Étienne), Bandolero (Paris Latino) ou encore Philippe Lavil et Jocelyne Beroard (Kolé Séré)... Ensuite, le look des personnages. Blousons de cuir pour Yvon, Lunettes vintage pour Guilaine, moustache en chevron pour Marfoud ou coupe-mulet pour Roberto. Ici, le ton est parodique et donc forcément caricatural. Ça n'est jamais très fin mais ne donne jamais non plus dans le ringard outrancier. Audrey Lamy donne une véritable impulsion au récit, déployant une énergie qui se communique véritablement autour d'elle. L'occasion pour le réalisateur de traiter sur un ton léger de sujets tels que le choc des générations, le sexisme, la criminalité ou la corruption sur fond de satire sociale dont certains éléments renvoient à notre époque et semblent donc être parfois touchés d'anachronisme ! Coté reconstitution, le plus gros effort est donc accompli autour du look des personnages et de l'environnement professionnel dans lequel ils évoluent. Ce qui prête parfois à sourire comme lorsque par exemple, Marfoud est épaté par la présence dans des locaux d'une imprimante de dernière génération capable d'imprimer cinq feuilles par minutes ! Autres occasions de rire, les conflits permanents entre Yvon et Guilaine dont les désaccords sont récurrents ou lorsque Roberto s'affuble de déguisements invraisemblables afin de se fondre au sein de certaines populations. Bref, sans être LA comédie de l'année, Police Flash 80 fait le taf. On passe un très agréable moment au sein de cette section bigarrée et confrontée à un Thomas Ngijol savoureux...

 

samedi 1 août 2026

Clean, Shaven de Lodge Kerrigan (1994) - ★★★★★★★★★☆



Peter Winter s'enfuit de l'hôpital psychiatrique dans lequel il a été incarcéré pour troubles graves de la personnalité. En fuyant cet endroit, son unique but est de retrouver sa fille qui à été confiée aux soins de son ex femme. Il est évident que cet homme est loin d'être guéri des obsessions qui le taraudent. Alors qu'il prends possession d'un véhicule, très vite il est persuadé d'être traqué par une entité dont on aura beaucoup de mal tout au long du film à se faire une idée de sa provenance. Il se sent menacé par des voix que son imagination seule crée dans son esprit et qui le mènent à s'automutiler de manière extrêmement violente. Alors qu'il prends une douche dans un motel glauque sous une chaleur implacable, il est convaincu que l'on a implanté dans son crâne un émetteur qui permet de le suivre pas à pas. Il décide alors de l'ôter à l'aide d'une paire de ciseaux. Plus tard, alors qu'il roule à vive allure et qu'il croit être poursuivi par un autre véhicule qui ne fait en réalité que suivre le même chemin que lui, il arrache l'un de ses ongles, convaincu qu'un objet y a été introduit.

Peter retourne voir sa mère afin qu'elle lui dévoile où se cache son ex femme et sa fille. C'est ainsi que l'on comprend en partie les raisons pour lesquelles il est si mal dans sa peau. Leurs rapports sont plus que difficiles et expliquent probablement les difficultés qu'il a à gérer sa propre existence. Immature, il agit comme l'enfant incapable de se suffire à lui-même.
En parallèle à l'histoire de cet homme malade, on fait la connaissance d'un autre homme, inspecteur du FBI, et lancé dans la traque d'un tueur en série qui ne s'en prends qu'aux jeunes filles. Son comportement ambigu laisse à penser qu' il est profiler et que pour mener à bien son enquête il se doit de se mettre dans la peau de celui qu'il traque.
On suit donc la lente évolution de ces deux personnages qui poursuivent chacun de leur coté un but qui finira par les lier l'un à l'autre. Peter doit faire très souvent face aux répétitives crises de paranoïa dont il est victime alors que l'inspecteur, lui, vit difficilement l'échec permanent dont il est victime lorsque de nouveaux cadavres se mettent en travers de son chemin. Il va se convaincre que Peter est le responsables de la série de meurtres que connaît la région...

Le film de Lodge kerrigan à cela d'effrayant qu'il opte pour une mise en scène simple voire simpliste prenant le choix d'une atmosphère pesante et ne prenant parti ni pour le flic traquant le tueur, ni pour le fuyard dont la volonté de retrouver sa fille frise le pathétique. Un homme que l'on sait déjà incapable d'assumer son rôle de père et qui pourtant ira jusqu'au bout de son désir de la retrouver. De bout en bout l'on reste incapables de dire s'il est celui dont la région s'effraie des méfaits perpétrés alentours, ou s'il est victime d'une simple coïncidence. Peter Green qui interprète le rôle de cet homme malade est simplement stupéfiant de réalisme. Il vit son personnage de manière remarquable a tel point qu'il arrive malgré l'aspect difficile du rôle qu'il interprète, à toucher les spectateurs là ou ça fait mal. Dans son traitement, le film fait parfois penser à "Henry, portrait d'un tueur en série" même si l'histoire est radicalement différente.

Visuellement le film est très impressionnant malgré ses économies de moyen et cela grâce au savoir faire du cinéaste mais surtout grâce à Peter Green qui dans sa souffrance permanente et d'un simple regard halluciné emporte tout sur son passage...

Un monument glaçant...

vendredi 31 juillet 2026

Cycle Les Charlots: Le retour des Charlots de Jean Sarrus (1992) ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Pris en flagrant délit d'adultère avec sa maîtresse Riquita (Frédérique Lazarini) par sa femme Amalia (Jezabelle Amato), Antionio Pereira (Luis Rego) simule l'amnésie. Désemparée, elle fait appel aux anciens camarades de son époux afin de l'aider à retrouver la mémoire. Jean (Jean Sarrus), Phil (Gérard Filippelli) et Richard (Richard Bonnot) voyagent ainsi jusqu'au Portugal et s'installent dans un hôtel de Lisbonne. Afin d'aider Antonio, ils décident de lui faire revivre divers situations du passé. C'est ainsi qu'ils font appel à l'adjudant Caussade qu'ils ont côtoyé durant leur service militaire. Notons que désormais le personnage est interprété par l'acteur et humoriste français Guy Montagné en lieu et place de Franck-Olivier Bonnet qui dans Le Retour des bidasses en folie de Michel Vocoret en 1983 interprétait le rôle de l'adjudant Cossade et non pas Caussade dont l'orthographe a donc depuis été curieusement modifiée ! Notons ensuite qu'outre le retour de Luis Rego au sein du groupe Les Charlots, la formation musicale et cinématographique ne compte désormais plus que Jean Sarrus et Gérard Filippelli puisque Jean-Guy Fechner est passé à autre chose depuis presque vingt ans tandis que Gérard Rinaldi s'est lui-même tourné vers d'autres projets cinématographiques ET télévisuels. Remplacé par le chanteur, musicien et acteur Richard Bonnot dont la carrière au cinéma se résume à deux films (celui-ci ainsi que La Cible de Pierre Courrège en 1997), ce dernier arrive difficilement à faire oublier le ''séducteur'' et la ''tête pensante'' du groupe... Le retour des Charlots est le dernier long-métrage à avoir mis en scène Les Charlots. Et même ainsi reconstitué, le groupe n'est malheureusement pas parvenu à rehausser le niveau d'une filmographie qui peu à peu est devenue de plus en plus navrante. Une chute qui a véritablement débutée neuf ans auparavant avec Le retour des bidasses en folies en 1983 et qui s'est poursuivie un an plus tard avec Charlots Connections. Le long-métrage est surtout l'occasion pour Jean Sarrus de se placer devant mais aussi derrière la caméra. Réalisateur et scénariste du Retour des Charlots, il n'aura pourtant pas permis à la troupe de finir en beauté et même si Le retour des Charlots n'est pas aussi pathétique que Le retour des bidasses en folies, cette comédie franchouillarde qui demeure pour le coup, magnifiquement anachronique, vise en plein dans le mille dans la catégorie des nanars à la française...


L'amnésie dont est atteint l'un des protagonistes n'est qu'un prétexte pour le réalisateur/acteur/scénariste et ses partenaires d'aligner les gags bas du front. C'est d'autant plus dommage que Jean Sarrus tente d'émouvoir son auditoire en invoquant un certain esprit de camaraderie au centre du thème des retrouvailles. Ce qu'il tente à travers des séquences d'une confondante crétinerie. Lorsque habillés comme des bébés, comme des rugbymen ou encore comme des bidasses Jean, Phil et Richard débarquent en trombe accompagnés de l'adjudant Caussade, on tombe des nues devant tant de bêtise immature. D'autant plus qu'il faut faire un effort surhumain pour ne serait-ce qu'esquisser le moindre sourire. Il est loin le temps des Fous du stade ou du Grand Bazar et notre trio a beau en faire des tonnes, à gesticuler dans tous les sens et à livrer des répliques qui ne valent même pas les blagues Carambar, tout, absolument tout tombe à plat. Au mieux (ou au pire), Le retour des Charlots témoigne d'une époque où l'on pouvait se moquer librement d'une femme en surpoids (la très ''fellinienne'' Jezabelle Amato en prenant régulièrement pour son grade) et où l'on pouvait lourdement draguer les clientes d'un hôtel sans voir surgir les pseudos ligues féministes 2.0. Tout ici est tellement mauvais que la fibre nostalgique ne fonctionne jamais. Est-ce l'époque, mais curieusement, la comédie de Jean Sarrus repose sur les mêmes mécaniques que par le passé sans pour autant éveiller chez le spectateur le moindre plaisir. Tourné au Portugal, à Lisbonne, Le retour des Charlots est l'un des derniers témoignages de ce que l'on appelle communément la Comédie Franchouillarde. De l'aveu même de son réalisateur, scénariste et interprète, le film est un ratage complet. Anecdote amusante pour les cinéphages mais sans doute moins pour l'équipe de tournage lorsque le film fut présenté aux distributeurs, le remplaçant de Gérard Rinaldi, Richard Bonnot, fut le seul spectateur à venir se présenter lors de la projection. Notons enfin la présence dans le rôle d'un chef de bande de l'américain Jango Edwards dont les plus anciens téléspectateurs de Canal+ se souviennent pour ses diverses apparitions burlesques sur la quatrième chaîne française...


 

jeudi 30 juillet 2026

Les K d'or de Jérémy Ferrari (2026) ★★★★★★★☆☆☆

 


 

 

De son vrai nom Jérémy Larzillière,Jérémy Ferrari s'est fait connaître du grand public grâce à l'émission de Laurent Ruquier On n'demande qu'à en rire diffusée entre septembre 2010 et juillet 2014. Il aura sur se démarquer des autres humoristes grâce à sa causticité et un certaine prédisposition pour l'humour noir qu'il exerce à l'époque en traitant de sujets divers, tels l’extrémisme religieux, le handicap, le racisme ou la misogynie. Dès 2002, il enchaîne les spectacles sur scène seul ou à plusieurs, participe à un certain nombre d'émissions télévisées, écrit même pour d'autres humoristes, joue dans plusieurs téléfilms et séries télévisées et réalise son tout premier long-métrage en 2026 avec Les K d'or ! Film qu'il écrit en collaboration avec Saïd Belktibia (Ghettotube en 2015, 365 jours au Mali en 2021) et Clément Peny (Les bracelets rouges en 2020, Les survivants et Maestro en 2022). Après une bande-annonce plutôt moyenne qui décrit relativement mal le potentiel du film, Les K d'or sort en salle le 11 mars 2026. Après avoir réalisé le thriller Roqya dans lequel il confia l'un des principaux rôles à Jérémy Ferrari, Saïd Belktibia émet en compagnie de l'humoriste l'idée d'une comédie mettant en scène un protagoniste dont la mère assure que son père est l'ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. Tandis que Saïd Belktibia avait au départ conçu l'idée de le mettre lui-même en scène, il propose finalement à Jérémy Ferrari de le réaliser à sa place. Envisageant de faire interpréter à l'humoriste Guillaume Bats l'un des trois principaux personnages, sa mort prématurée force son ami Jérémy Ferrari à revoir le script tout en incluant toujours un protagoniste affublé d'un handicap. Le rôle de Ryan sera finalement proposé à Eric Judor, la moitié du duo qu'il incarna avec Ramzy Bédia au temps de leur collaboration. Quant au personnage féminin de Zoulika, il est confié à l'actrice et humoriste Laura Felpin. Celle-ci incarne une jeune femme imprévisible et spontanée, ancienne radicalisée et qui vient tout juste de sortir d'un centre de réinsertion civique. Le concept de Les K d'or est simple : tandis que Noé (Jérémy Ferrari) compte bien retrouver l'or caché de celui que sa mère affirme être Mouammar Kadhafi, il entre en contact avec Zoulika qui d'après elle connaît un contact en Libye capable de le mettre en relation avec un certain Barberousse (Fred Testot)...


Mais avant de rencontrer l'homme en question, il va s'agir pour Noé et ses deux comparses de passer la douane mauritanienne avec une très forte somme d'argent. D'où la présence au sein du petit groupe de Ryan, jeune influenceur malvoyant auquel il va confier la garde de Tribord, un ''chien d'aveugle'' à trois pattes au dos duquel est fixé un harnais renfermant la somme de cinquante-mille euros ! De plus, Ryan a organisé cette année là un Marathon des Sables se déroulant justement au Sahel. De quoi faciliter le voyage sur place du trio... Considérant le ton habituel de Jérémy Ferrari en matière d'humour, fans et détracteurs continueront de s'écharper devant cette comédie qui reste tout à fait dans l'esprit provocateur de l'humoriste. Certains trouvant sans doute qu'il va encore une fois toujours trop loin tandis que les autres continueront de penser qu'il demeure actuellement l'un des rares à oser s'attaquer dans notre pays à des sujets qui frisent le politiquement incorrect. Alors, s'il est vrai que le premier long-métrage de Jérémy Ferrari n'est pas toujours très fin, Les K d'or est une véritable bouffée d'air frais dans un monde qui de plus en plus enferme la parole pour ne plus laisser s'exprimer que la bien-pensance. Sous ses allures de comédie parfois un peu beauf, l'humoriste, acteur, scénariste et réalisateur crie tout haut ce que certains n'osent même plus ne serait-ce que méditer intérieurement de peur qu'on ne lise dans leur pensées. Jérémy atomise le handicap (à travers Ryan mais également Virginie, la femme sans bras interprétée par Céline Groussard). Les réseaux sociaux (véhicule à mensonges pour influenceurs en mal de reconnaissance). Le terrorisme, la société dans sa globalité ou encore la cupidité... Notons enfin que Jérémy Ferrari a lui-même opté pour le collectif Hip-Hop Chinese Man originaire d'Aix-en-Provence qui pour la toute première fois participait ici à la conception d'une bande originale. En écoutant leur discographie, l'humoriste y a retrouvé tout ce qui lui semblait transpirer l'univers de son film. Matteo Di Stefano ainsi que le compositeur Matteo Locasciulli ont ainsi produit une très intéressante bande-son entre rap et musique orientale...

mercredi 29 juillet 2026

Oliver Twist de Roman Polanski (2005) - ★★★★★★★★★☆

 


 

On aura beau dire, trouver de quoi critiquer l'homme, mais Roman Polanski reste un immense artiste. Et si le répéter, le ressasser, le marteler peut d'évidence en choquer certains, qu'importe puisque le bonheur est là, s'étalant sur de grandes toiles blanches, dans des salles plongées dans le noir, exposé devant des yeux toujours plus ébahis par le spectacle qui leur est proposé. Pourtant, j'avoue avoir longtemps hésité à regarder Oliver Twist en raison d'une écriture qui n'appartient pas directement au cinéaste. En effet, son dix-huitième long-métrage est une adaptation du roman éponyme de l'écrivain britannique Charles Dickens dont il ne s'est même pas chargé de l'écriture du scénario puisque celle-ci a été confiée au dramaturge et scénariste sud-africain Ronald Harwood. Sa présence au sein d'une longue filmographie survenant chronologiquement juste après l'immense chef-d’œuvre Le pianiste ne semble pas être le fruit du hasard mais entre plutôt dans une certaine logique de désacralisation d'un passé trouble cette fois-ci traité à travers non plus des faits ayant réellement eu lieu durant la première moitié du vingtième siècle mais à travers une fiction écrite voilà près de cent-quatre-vingt ans... Oliver Twist, ici incarné à l'écran par Barney Clark, est peut-être ainsi le jeune Roman qui dans sa Pologne natale vécu la Seconde Guerre Mondiale, survécu au ghetto de Cracovie et dû vivre séparé de ses parents, dans la précarité, témoin très jeune de la violence des rues... Car Oliver Twist, c'est justement l'histoire que nous racontent et le roman, et cette énième adaptation cinématographique. Se retrouvant au départ dans un orphelinat aux règles strictes, le jeune Oliver est ensuite engagé dans une entreprise de pompes funèbres dont il va rapidement fuir la violence en prenant à pieds des chemins de campagnes menant jusqu'à la capitale londonienne. Arrivé à bout de souffle, affamé et les chaussures trouées, il est rapidement repéré par le jeune Artful Dodger (Harry Eden) dit ''le Rusé'' qui l'introduit chez Fagin (Ben Kingsley). Un vieil homme aussi usé que les vêtements qu'il porte sur le dos mais surtout, un grand manipulateur entouré de jeunes voleurs qu'il a lui-même formé pour son propre profit. C'est donc dans cette même intention qu'il prend sous son aile Oliver. Prenant soin de lui, le nourrissant, Fagin a de grands projets pour ce gamin d'à peine dix ans. Mais alors qu'un jour Oliver suit Artful et un autre de ses nouveaux ''amis'' afin de voler des passants dans la rue, il se retrouve accusé de vol par un client de librairie avant d'être emmené au tribunal afin d'y être jugé...


Heureusement pour lui, le propriétaire de la librairie, M. Brownlow (Edward Hardwicke) affirme qu'il est innocent et décide de prendre l'enfant sous son aile en l'accueillant chez lui. Malheureusement pour Oliver, on ne quitte pas Fagin et son groupe de voleurs aussi facilement. Et bien que le garçon puisse compter sur le soutien de la jolie Nancy (Leanne Rowe), le compagnon de cette dernière, William Sykes (Jamie Foreman) a d'autres projets pour le jeune orphelin qu'il pense être capable de balancer le réseau à la police... Si l'on devait compter les chefs-d’œuvre réalisés par Roman Polanski depuis ses débuts de carrière qui ont commencé en 1955, les doigts de deux mains ne suffiraient probablement pas. Oliver Twist vient ainsi rejoindre la longue liste des œuvres du cinéaste franco-polonais à côté desquelles il ne faut surtout pas passer. Depuis un temps très récent, le directeur de la photographie polonais Pawel Edelman est devenu un fidèle collaborateur de Roman Polanski. En fait, depuis Le pianiste. Une fidélité qui depuis n'a jamais été démentie puisqu'il a récemment travaillé sur The Palace, le dernier long-métrage à ce jour du cinéaste. Et plus que jamais, Oliver Twist témoigne de la précision chirurgicale avec laquelle Roman Polanski pense son œuvre. Le directeur de la photographie mais aussi le chef décorateur et directeur artistique polonais Allan Starski insufflant ainsi au long-métrage une poésie visuelle qui n'a objectivement que très peu d'équivalent dans le monde du cinéma. D'une beauté à couper le souffle, chaque plan rejoint ce que votre serviteur a pour habitude de comparer à des tableaux subitement pris d'une vie qui leur est propre. De l'orphelinat en passant par la campagne et jusqu'aux ruelles sombres et crasseuses des quartiers pauvres de Londres, le film est d'une beauté absolument sidérante. Écrasé par le poids d'un savoir-faire artistique hors normes, le scénario de Ronald Harwood fait figure de parent pauvre au sein d'un grand œuvre qui permet malgré tout à Roman Polanski d'y exprimer une fois de plus certaines de ses obsessions...


D'ailleurs, contrairement à ce que pourrait laisser supposer la présence au sein du récit d'un héros âgé de seulement dix ans, Oliver Twist n'est pas un conte pour enfants mais plutôt une critique virulente de la société victorienne dénonçant notamment l'exploitation et la maltraitance des enfants, la pauvreté et les injustices. Tout ceci dans un contexte où la criminalité explose, entre simple violence verbales, vols et assassinats. Plus curieux est la place prise par le jeune héros au sein du récit. Celui dont le nom orne l'affiche ne semble pourtant pas être directement acteur de sa propre existence mais fait davantage figure d'observateur de la société. Souvent installé en arrière-plan du récit, sa place n'est donc pas celle qu'on lui prêterait tant la présence à l'écran de certains personnages tels que Fagin, William Sykes ou même Artful Dodger lui volent régulièrement la vedette. Se déroulant dans les années 1830, le film traite des sujets les plus sombres dans une Angleterre victorienne balbutiante. Les couleurs chatoyantes de la campagne anglaise laissant rapidement la place à une ville de Londres sombre, désespérée, crasseuse, vérolée par la violence et qui semble peu à peu préparer la vague de meurtres abominables qui endeuilleront quelques décennies plus tard le sordide quartier de Whitechapel comme en témoignent certains plans nocturnes et embrumés absolument magnifiques. Notons enfin l'extraordinaire incarnation des personnages et en premier lieu, celui de Fagin, interprété à l'écran par un Ben Kingsley tout à fait méconnaissable et dont l’ambiguïté tiraille en permanence le spectateur qui ne sait plus où donner de la tête entre empathie et animosité. Si Barney Clark est craquant, souvent placé en arrière-plan des autres interprètes il ne fait plus figure alors que de lointain symbole d'une Angleterre décrépite quand Jamies Foreman impose une présence à l'image tout à fait saisissante. Au final, Oliver Twist est un très grand film. Un prodige visuel sans cesse renouvelé, interprété par des actrices et acteurs grimés selon des standards caricaturaux de l'époque. Bref, du grand cinéma, sombre mais populaire. À voir ou revoir absolument...

 

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