Abandonné par son épouse
Martine (Fanny Citottençon), Simon Blount boit. Beaucoup. Trop,
même. Le visage blafard et les yeux rougis par l'alcool et le manque
de sommeil, cet inspecteur de police qui travaille pour le compte du
commissaire Florimont (Michel Aumont) est en pleine dérive et l'a
d'ailleurs tout récemment prouvé lors d'un déjeuner au restaurant
lors duquel il a harcelé Martine de questions jusqu'à ce qu'elle
lui avoue avoir un nouvel homme dans sa vie. ''Pétant''
littéralement un câble, Simon a frappé la jeune femme devant tous
les autres clients avant que certains d'entre eux n'interviennent
pour les séparer. Martine promettant alors qu'il ne la verrait
plus ! Bien qu'étant souvent pris de boisson, Simon exécute
parfaitement son travail et c'est pour cela qu'il se lance dans une
enquête concernant la mort d'un certain Igor Malevitch (Henri
Marteau)..... Comme une manière d'indiquer au public que tout ce
qu'il va découvrir à présent sera certes majoritairement sombre et
désespéré mais que le personnage central aura droit à une fin
plutôt optimiste, Poussière d'ange
d'Édouard Niermans démarre donc de façon plutôt classique, avec
ce flic, père de famille et époux qui sur le quai d'une gare arbore
un look dont on rend grâce au scénario du réalisateur et de
Jacques Audiard et Alain Le Henry qu'il change pour opérer une
transition abrupte entre le type bien propre sur lui et l'alcoolique attifé d'une longue gabardine marchant d'un pas brinquebalant et
trainant la semelle au sol... Poussière d'ange
a beau décrire un protagoniste rongé par la jalousie et l'absence
de sa femme, c'est après s'être vu confier une affaire de vol dans
un grand magasin qu'il va faire la connaissance de Violetta. Et une
Fanny en chassant une autre, tandis que le personnage incarné par
Fanny Cottençon disparaît de l'écran et du récit, celui
interprété par Fanny Bastien va prendre de plus en plus de place
dans l'existence de l'inspecteur. Sans que jamais le spectateur ne
puisse découvrir à l'évidence que Simon éprouve plus que de
l'amitié pour cette jeune femme paumée qui tâte sans cesse son
pouls pour s'assurer qu'il bat toujours, l'homme porte tant d'intérêt
pour Violetta qu'il décide d'arrêter de boire. Poussière
d'ange
est donc tout d'abord l'histoire d'une rencontre entre deux êtres
malmenés par la vie. Violetta, orpheline, est issue d'un foyer où
elle rencontra Gabriel Spielmacher (Luc Lavandier), un jeune homme
très instable avec lequel elle partage toujours son existence.....
Un
homme soupçonné d'avoir assassiné Igor Malevitch. Oui, l'amant de
Martine. Car le film, sous ses allures de drame et de polar dont les
approches semblent non pas devoir se télescoper mais se reléguer au fil du récit, nous conte une histoire moins alambiquée qu'il n'y
paraît et qui au contraire joue finement sur plusieurs tableaux pour
ne constituer qu'un seul et unique sujet. En effet, au fil de
l'intrigue l'on découvre que tout est lié..... ou presque. De la
mort d'Igor Malevitch, notoirement connu par la police des mœurs
pour avoir été un proxénète jusqu'à Violetta dont la mère fut
assassinée par deux malfrats en passant par l'attitude de plus en
plus suspecte du commissaire Florimont qui apprend notamment à Simon
Blount qu'il va devoir être très prochainement muté. Bien que la
carrière de Fanny Bastien soit relativement clairsemée, il faut
probablement avoir vécu dans les années quatre-vingt pour se
souvenir de cette jolie et angélique actrice française qui dans
Poussière d'ange
incarne une Violetta physiquement maladive, toujours fagotée des
mêmes vêtements et mythomane à ses heures... Le long-métrage
d'Édouard Niermans échappe au statut d'œuvre anecdotique en nous
offrant une histoire belle, tragique, touchante mais aussi très
noire et où le bout du tunnel semble si loin que l'on ne s'attend
certainement pas à une fin heureuse pour tout le monde. Polar
dramatique, Poussière d'ange
témoigne d'un homme qui sous l'influence involontaire d'une jeune
paumée va reprendre les rênes de son existence. Le film traite
également du sujet de la vengeance. Toutes les pièces du puzzle
s'imbriquant alors à la perfection. Outre celles des autres
acteurs, c'est bien l'interprétation de Bernard Giraudeau qui
retient toute notre attention. Et si jeu n'atteint pas tout à fait
l'intensité de celui de Nicolas Cage dans Living
Las Vegas
de Mike Figgis ou celui de Daniel Auteuil dans MR
73
d'Olivier Marchal, on reste malgré tout subjugué et hypnotisé par
ce personnage, alcoolique au dernier degré et qui remonte petit à
petit la pente pour venir au secours d'une jeune et jolie paumée...
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