Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

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vendredi 26 juin 2026

Maigret et le mort amoureux de Pascal Bonitzer (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Créé au tout début des années trente par l'écrivain français Georges Simenon, le commissaire Maigret est apparu dans nombre de longs-métrages cinématographiques, à commencer par La Nuit du carrefour de Jean Renoir en 1932. En près de quatre-vingt dix ans, le personnage apparaîtra dans une vingtaines de films, en majorité d'origine française même si quelques productions internationales virent le jour entre la fin des années quarante et les années soixante avec la production franco-américaine L'homme de la Tour Eiffel de Burgess Meredith en 1949, franco-germano-italo-autrichienne Maigret fait mouche d'Alfred Weidenmann en 1966 ou franco-italienne Maigret à Pigalle de Mario Landi l'année suivante. Lister ensuite tout ce qui fut produit et réalisé pour la télévision s'avère déjà beaucoup plus problématique. Si dans notre pays le personnage est d'abord connu à travers les incarnations de Jean Richard dans Les enquêtes du Commissaire Maigret entre 1967 et 1990 et de Bruno Cremer dans Maigret à partir de 1991 et jusqu'en 2005, l'Angleterre, les États-Unis, l'Italie, le Canada et plus étonnant encore, le Japon, les Pays-Bas et l'Union Soviétique se sont emparés à leur tour du personnage.... Concernant ses divers interprètes, si l'on s'en tient aux acteurs français, le choix de certains d'entre eux respecta le portrait physique du commissaire tel que décrit dans les différents ouvrages de Georges Simenon. Un homme relativement impressionnant, d'une stature imposante, de grande taille et aux épaules larges. Une silhouette que l'on retrouvera notamment chez Bruno Cremer, Jean Gabin ou encore chez Gérard Depardieu.... mais déjà beaucoup moins chez l'acteur originaire de Newcastle Rowan Atkinson qui entre 2016 et 2017 endossa le costume du flic français dans une série britannique créée par Stewart Harcourt ! Une physionomie plus ''chétive'' qu'à l'accoutumée et à laquelle semble se rapprocher celle du tout nouvel interprète du personnage. En effet est sorti en février dernier sur les écrans de cinéma la toute dernière adaptation du Commissaire Maigret qui cette fois-ci est incarné par l'acteur Denis Podalydès. Acteur, scénariste, écrivain et sociétaire de la Comédie-Française, il campe désormais un commissaire beaucoup moins impressionnant physiquement dans Maigret et le mort amoureux. Auteur de quelques longs-métrages étalés sur plusieurs décennies dont l'excellent Rien sur Robert en 1999, le réalisateur et scénariste Pascal Bonitzer s'inspire pour ce tout nouveau film du roman Maigret et les Vieillards qu'éditèrent les Presses de la Cité en 1960...


Un titre qui vaut pour les diverses rencontres du commissaire avec des personnes âgées ! Alors que Jules Maigret y évoluait dans le courant des années soixante, sa toute nouvelle adaptation (la quatrième après les téléfilms Voices From The Past de de Gerard Glaister en 1962, Maigret et l'Ambassadeur de Stéphane Bertin en 1980 et Maigret et la Princesse de Laurent Heynemann en 2003) s'inscrit dans un contexte beaucoup plus contemporain puisque malgré des habitudes parfois vieillottes de la part de notre héros, la présence de téléphones portables signifie bien que l'action se déroule dans le présent. L'un des principaux atouts de Maigret et le mort amoureux est l'excellence des interprètes. De la domestique Jacqueline Larrieu (Anne Alvaro) dont l'employeur vient de mourir, à la Princesse Isabelle de Vuynes (Dominique Reymond) dont l'époux est lui-même décédé trois jours plus tôt, en passant par le commissaire Janvier (Manuel Guillot), l'épouse de Maigret (Irène Jacob), l'antiquaire Mazeron (Micha Lescot), son épouse Charlotte (Julia Faure) ou encore le Procureur (Olivier Rabourdin), l'on a droit à un casting cinq étoiles. Et puisque Denis Podalydès ne peut évidemment pas compter sur son physique, sa verve à l'écran annihile à peu près tout ce qui faisait jusqu'à maintenant certaines des spécificités du personnage. Si la mise en scène et la présence sur grand écran de Maigret et le mort amoureux peut paraître parfois aussi anachronique que celle du Maigret que réalisa Patrice Leconte en 2022 avec Gérard Depardieu, les dialogues valent bien ceux des meilleures comédies françaises même s'il est bien évident que le thème ici ne prête jamais vraiment à rire ou même simplement sourire. Avec son rythme lent propre aux adaptations télévisuelles du personnage de Georges Simenon l'on pourrait se demander quel put valoir l'intérêt de découvrir cette nouvelle itération sur grand écran en février dernier. La réponse tient en deux mots : dialogues et interprétation...

 

jeudi 25 juin 2026

Les doigts du Diable (Demonoid) d'Alfredo Zacarías (1981) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Voyage en 1981 à l'époque bénie du cinéma d'horreur où les idées les plus folles faisaient leur chemin dans l'esprit des scénaristes et réalisateurs au beau milieu de longs-métrages au caractère beaucoup plus transgressif. Ici, pas de tueurs en série plus ou moins inspirés par d'authentiques faits-divers se défoulant sur de jeunes et très souvent stupides adolescents mais une main ! Celle d'une jeune femme qui voilà trois-cent ans fut sacrifiée par des satanistes au nom du Diable ! Enfermée alors dans un coffret après avoir été coupée, sa main gauche est découverte de nos jours par Mark et Jennifer Baines alors qu'ils explorent une ancienne mine. Là, le couple découvre un temple, puis l'objet en question. De retour dans leur chambre d'hôtel, Jennifer s'endort dans leur chambre tandis que Mark s'enivre. Curieux de découvrir ce que renferme le coffret, il l'ouvre pour constater qu'à l'intérieur ne subsiste qu'un tas de poussière... Rejoignant son épouse, il s'endort à son tour. Dans le salon, la poussière semble prendre vie, s'amalgame puis prend la forme d'une main. Celle-ci se déplace, mue par une vie propre et s'en va attaquer le couple dans sa chambre. Tandis que Mark semble avoir pris le dessus, celui-ci part s'enfermer dans la salle de bain avec la main. À son retour, celle-ci a disparu. Ou plutôt, elle semble avoir pris la place de celle de Mark dont le comportement se met alors à changer... Sorti sur son territoire d'origine sous le titre Demonoid, le vingtième long-métrage du prolifique réalisateur, scénariste et producteur mexicain Alfredo Zacarías vit le jour chez nous au début des années quatre-vingt sous le titre Les doigts du Diable. Pourquoi les doigts et non pas la main ? Sans doute parce que par le plus grand des hasards vit le jour la même année le film The Hand d'Oliver Stone qui en France sortit au cinéma sous le titre La main du cauchemar ! Mais sans doute plus sûrement parce qu'en 1943, le réalisateur français Maurice Tourneur réalisa le film fantastique La main du Diable... Tout ne s'est donc peut-être joué que sur la peur de confondre un film avec un autre... L'actrice américaine Samantha Eggar fait partie de ces interprètes féminines qui jouèrent à peu près tout mais aussi dans un certain nombre de film d'horreur. Interprète principale de The Brood (Chromosome 3) de David Cronenberg en 1979 et présente aux génériques de The Uncanny de Denis Héroux, Curtains de Richard Ciupka en 1983 ou de l'excellent The Collector de William Wyler bien avant cela, elle est donc ici l'héroïne de cette petite production dont le budget ne permis pas à son auteur de faire des miracles...


Car sans être un mauvais film, Demonoid montre rapidement ses limites en terme d'horreur puisque le récit n'est qu'une succession de séquences lors desquelles la Main du récit possède celles et ceux qui entrent à son contact. Étrangement, le long-métrage d'Alfredo Zacarías évoque une œuvre qui rapidement deviendra un petit classique d'action et de science-fiction en remportant notamment sept ans plus tard le grand prix du Festival international du film fantastique d'Avoriaz. On parle là bien évidemment de The Hidden de Jack Sholder. Un film d'apparence simpliste mais qui est rapidement devenu culte pour les amateurs du genre. L'un et l'autre des longs-métrages cultivent effectivement une relation relativement ténue lorsque l'on explore les scripts respectifs. Certains détails sautent aux yeux. Car si The Hidden mettra donc en scène quelques années plus tard une entité extraterrestre voyageant de corps en corps, dans Demonoid une main allait quant à elle prendre la place de celle de différents protagonistes. L'un des points communs entre les deux films se situe ensuite dans le changement de comportement des victimes et dans la course-poursuite permanente des différents héros. Ici, le personnage interprété par Samantha Eggar est épaulé par le Père Cunninghan qu'incarne de son côté l'acteur Stuart Whitman. Lui aussi tourna dans un certain nombre de films d'horreur durant sa carrière, parmi lesquels nous noterons Les Rongeurs de l'Apocalypse (Night of the Lepus) de William F. Claxton en 1972, Le Crocodile de la mort (Eaten Alive) de Tobe Hooper en 1976 ou bien Ruby de Curtis Harrington l'année suivante. Pas exceptionnel mais pas réellement mauvais non plus, Demonoid reste malgré tout dans la tranche inférieure de ce que pouvait proposer le cinéma d'horreur et fantastique américain de l'époque. Quelques passages sanglants mais des moyens financiers tels qu'ils n'ont pas permis au réalisateur d'aller plus en avant au cœur de ce thème pourtant fascinant de la main maudite...

 

mercredi 24 juin 2026

Saccharine de Natalie Erika James (2026) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Pourquoi s'embêter à suivre des régimes contraignants qui parfois ne donnent pas les résultats escomptés ou alors, de manière temporaire ? Il semblerait que la réalisatrice et scénariste australo-américaine Natalie Erika James ait trouvé la recette miracle ! Tellement ''évidente'' que l'on devrait se taper la tête contre les murs ou s'envoyer des gifles en se posant cette question : ''Mais pourquoi personne n'y a pensé plus tôt ?''. Réglant la question comme l'avait fait en son temps Richard Fleischer avec le film d'anticipation Soylent Green mais pour des raisons bien différentes, il semblerait donc qu'il y ait moyen d'exploiter, contre la vieillesse en 1973 et toujours sous le même thème de l'anthropophagie, le corps de nos chers disparus afin de permettre à celles et ceux qui souffrent d'obésité plus ou moins morbide de retrouver la ligne en un temps record... Sous ses faux airs de film d'horreur à tendance Body Horror, ce genre dont s'est emparée depuis quelques années la gente féminine, Saccharine cache une œuvre d'une profondeur étonnante, aux ramifications multiples et qui ne s'arrête pas à la seule évocation d'une jeune femme en pleine crise d'anorexie/boulimie mais exploite l'image qu'elle peut avoir d'elle-même. La réalisatrice allant même jusqu'à chercher dans les tréfonds de son esprit et dans son passé ce qui chez Hana la pousse à vouloir modifier son apparence. Le long-métrage de Natalie Erika James, que l'on connaissait déjà pour avoir tourné Relic en 2020 et Appartement 7A quatre ans plus tard, démarre de façon plutôt conventionnelle. L'actrice Midori Francis incarne une jeune femme pas très bien dans sa peau, dont la mère est une maniaque du ménage et dont le père, pour l'instant, ne donne aucun signe de vie. Tourné principalement à Melbourne en Australie, Saccharine, c'est pour commencer, un titre très énigmatique. En effet, quel rapport peut avoir l'édulcorant artificiel au pouvoir sucrant de trois à quatre-cent supérieur à celui du sucre avec cette gélule miracle que l'ancienne meilleure amie de notre héroïne va proposer à cette dernière d'essayer ? Aucun, à priori. D'autant plus que son contenu n'a en réalité aucune valeur nutritive ou énergétique. Ensuite, Hana vit dans un contexte familial très particulier, dont on devine rapidement les contours. Globalement, Saccharine traite du culte de la beauté. Outre quelques passages montrant notre étudiante en médecine s'entraîner aux côtés d'autres élèves sur le cadavre d'une femme obèse dans un laboratoire de dissection, Hana suit un protocole visant à la maintenir en forme...


L'occasion pour évoquer son attirance pour la magnifique Alanya qu'interprète à l'écran l'actrice Madeleine Madden. Faire de l'héroïne une étudiante en médecine n'a rien d'innocent. En effet, mis à sa disposition, le laboratoire de recherche de la faculté de médecine où Hana suit les cours va lui permettre d'analyser le contenu de la fameuse gélule. Saccharine intégrant ainsi par la suite un discours sur l'auto-médication et ses dangers. Le film traite en outre de l'image que nous renvoie le miroir et qui chez les personnes atteintes d'obésité, d'anorexie ou de boulimie est déformée. D'où, là encore, l'utilisation de surfaces convexes qui réfléchissent l'un des éléments les plus mystérieux du long-métrage en la personne de Grace (Octavia Barron Martin), un cadavre obèse surnommé ''Big Bertha'' par les étudiants et qui régulièrement va venir hanter Hana lors de séquences de boulimie. Saccharine mêle ainsi des éléments fantastiques au mal-être profond de notre héroïne, qui après avoir volé une partie du cadavre pour la transformer en cendres et ainsi l'ingérer comme ''régime minceur'', va se retrouver coincée dans un état d'accoutumance proche des dépendances liées aux drogues dures... Si Natalie Erika James ne s'était pas évertuée à parsemer son œuvre ça et là d'éléments cryptiques, Saccharine apparaîtrait comme un petit film d'horreur assez peu novateur, construit autour d'une thématique généralement ancrée dans le genre Body Horror. Mais l'australienne se disperse, comme happée par la volonté de faire ingurgiter au spectateur autant de données que son héroïne dévore de nourriture. Dans l'ensemble, le long-métrage est relativement limpide. Si ce n'est la dernière partie qui louvoie entre séquences explicatives et délire visuel... Du gore concentré en fin de récit, si l'on ne tient évidemment pas compte des quelques passages dans la salle de dissection et agrémenté d'une bande musicale signée Hannah Peel rendant le tout parfois dérangeant. Un curieux film d'horreur, entre exaltation métaphysique sur l'identité, le regard que l'on a sur notre propre apparence et sur celle que l'on renvoie, l'accoutumance, l'auto-médication, le long-métrage débordant même sur le sujet de l'anthropophagie... Bref, un sympathique film, élargissant parfois à outrance le programme mais dans l'ensemble, une assez bonne surprise...

 

mardi 23 juin 2026

Le Fils de Saul (Saul Fia) de László Nemes (2015) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

On se souvient encore très bien de La zone d'intérêt (The Zone of Interest) de Jonathan Glazer, véritable électrochoc britannico-américano-polonais qui en 2023 marqua très fortement les esprits en décrivant le quotidien de l'officier allemand SS Rudolf Höss et de sa famille qui en 1943 vivaient dans la zone d'intérêt du Camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Un quotidien d'apparence très normal si ce n'est qu'il révélait en arrière-plan une réalité monstrueuse. L'extermination systématique et majoritaire des juifs d'Europe et d'autres détenus parmi lesquels des prisonniers de guerre soviétiques, des opposants politiques, des homosexuels et autres ''indésirables''... Le long-métrage était marqué par le bruit de fond permanent des fours crématoires ou par les hurlements des prisonniers menés à la mort. Des séquences ne fonctionnant pourtant qu'à travers l'usage de la suggestion. Plus frontal s'avère Le Fils de Saul (Saul Fia) du réalisateur hongrois originaire de Budapest László Nemes qui avec son premier long-métrage signe en 2015 une œuvre nettement moins équivoque en plongeant directement le héros du récit dans le camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz. Se déroulant sur une période de deux jours, le long-métrage nous conte donc la vie du prisonnier juif hongrois Saul Ausländer. ''Bénéficiant'' d'un statut de ''privilégié'' (d'où l'importance, ici, des guillemets) puisque évitant les chambres à gaz et donc la mort en ayant incorporé un Sonderkommando, une unité de travail majoritairement constituée de prisonniers juifs contraints de participer au mécanisme de Solution Finale visant à exterminer le peuple juif... Saul Ausländer qu'interprète l'acteur et poète hongrois Géza Röhrig se présente donc comme un homme robuste et en bonne santé qui fut sélectionné lors de son arrivée au camp d'Auschwitz. ''Chance'' que n'eurent pas des centaines de milliers d'hommes et de femmes qui furent gazés dès leur arrivée. Le fils de Saul démarre d'ailleurs au Krematorium. Cette zone à part du camp où les membres du Sonderkommando vivent à l'écart des autres prisonniers pour ne pas éveiller de soupçons quant aux ''activités'' qui s'y déroulent. Dès lors, László Nemes plonge le spectateur dans le quotidien épouvantable de ces hommes bénéficiant du privilège de pouvoir vivre encore un certain temps.Un sursis, certes, mais il faut voir dans quelles circonstances. Conditionnés par leur bourreaux, ils mènent eux-mêmes les prisonniers jusqu'aux vestiaires où ces derniers sont contraints de se déshabiller avant d'être retranchés dans les douches de sinistre réputation. Sans prendre de pincettes tout en laissant travailler l'imaginaire du spectateur, le cinéaste hongrois suggère l'horreur qui est en train de se dérouler derrière les lourdes portes en métal qui séparent les vestiaires où patientent les membres du Sonderkommando des douche à proprement parler où son envoyés par le toit des granulés de Zyklon B...


Au contact de l'air, ce puissant pesticide libère alors un gaz extrêmement toxique qui tue toutes celles et ceux qui entrent à son contact. Bien évidemment, László Nemes nous évite la vision de ces hommes et de ces femmes entièrement nus agonisant mais ces dizaines, ces centaines de hurlements qui en arrière-plan accompagnent l'image des membres du Sonderkommando qui attendent que tout soit fini est aussi difficile à supporter que le bruit obsédant accompagnant de la première minute à la dernière le récit de La zone d'intérêt huit ans plus tard. Filmant majoritairement son acteur principal de dos, le réalisateur resserre en permanence le cadre, enfermant le spectateur comme témoin direct des horreurs qui se déroulent dans ce camp de la mort. Mais le récit porte un espoir, si ténu soit-il : parmi les corps inertes des dernières victimes à avoir été gazées se trouve un jeune garçon que Saul croit être son fils. Encore en vie, le jeune enfant respire difficilement. Malheureusement, après qu'un officier nazi l'ait étouffé en constatant qu'il n'avait aucune chance de survivre, Saul n'a alors plus qu'une idée en tête : éviter au corps de son fils d'être envoyé à la crémation et lui offrir un enterrement digne. Et pour cela, l'homme va devoir trouver parmi les prisonniers, un rabbin afin d'effectuer un enterrement rituel... En réalité, une véritable course contre la montre, la caméra enfermant de plus en plus le personnage et par contraction les spectateurs dans un cadre visuel mortifère. Horreur absolue des conditions de vie des membres du Sonderkommando. Chargés d'envoyer les prisonniers à la mort, de les dépouiller de leurs biens, de déplacer ensuite leur cadavre jusqu'au crématorium, avec, toujours cette idée du jour qui viendra où ils seront remplacés et eux-mêmes exécutés. Véritable cauchemar parfois insoutenable, Le fils de Saul reste l'un des témoignages visuels parmi les plus saisissants et les plus inconfortables concernant le sort des prisonniers du camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Refusant ainsi au spectateur d'échapper à la vérité en lui exposant de manière frontale et plus ou moins directe les horreurs commises durant la Seconde Guerre Mondiale. Une question de survie pour son héros mais un véritable chemin de croix émotionnel pour le spectateur confronté enfin à la réalité. Un choc !


 

lundi 22 juin 2026

La prison du viol (Jackson County Jail) de Michael Miller (1976) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Avec son titre français fort racoleur, La prison du viol (traduction réductrice et quelque peu déformée de Jackson County Jail) pourrait passer pour un énième film d'exploitation de type W.I.P et pourtant, ce long-métrage signé de Michael Miller dont le plus ''célèbre'' fait d'arme reste l'étonnant Silent Rage (Horreur dans la ville) avec Chuck Norris et qu'il réalisa en 1982 mérite toute l'attention du cinéphage et même parfois du cinéphile qui sommeille, je l'espère, en chacun de nous... D'abord parce qu'il nous présente un duo de personnages principaux relativement intéressant. D'un côté, Dinah Hunter, cadre publicitaire originaire de Los Angeles qui après avoir essuyé un refus de diffusion de sa dernière création et des propos excessivement misogynes de la part d'un de ses clients venu assister à la projection de sa nouvelle publicité va connaître les vingt-quatre heures les plus intenses de son existence. De l'autre, Coley Blake. Un voleur vivant en marge de la société et dont les activités criminelles semblent être une véritable profession de foi ! Si la rencontre entre cette séduisante citadine et ce charismatique individu originaire d'un monde déjà nettement plus rural paraît improbable, celle-ci va pourtant sceller cette ''union'' certes de courte durée mais d'une intensité réelle. Au terme d'un récit qui ne perd pas de temps en palabres inutiles ni en considérations théoriques produisant un clash entre civilisation et existence arriérée, on se demande qui de l'actrice Yvette Mimieux ou de son personnage de Dinah Hunter le réalisateur déteste le plus... Car comment expliquer cet acharnement avec lequel Michael Miller multiplie les malheurs de son héroïne. Autant en 1984, Brian De Palma jouera de cette même persécution avec le personnage de Jake Scully dans le chef-d’œuvre Body Double en licenciant le protagoniste de son emploi de comédien avant que celui-ci ne découvre que sa petite amie le trompe avec un autre pour au final le faire tomber dans un piège, autant toucher à un personnage féminin, et en l'occurrence la sublime Yvette Mimieux, est déjà beaucoup plus dérangeant. Car en l'espace de quelques heures, Dinah va démissionner de son emploi, découvrir que l'homme avec lequel elle vit depuis deux ans invite chez eux de très jeunes femmes, se faire voler sa voiture par un jeune couple qu'elle avait pourtant eu la gentillesse de prendre à son bord (dont un Robert Carradine jeune et donc fort méconnaissable), se faire agresser par un barman auquel elle demandait de l'aide et enfin se retrouver en prison pour l'agression mensongère du dit propriétaire du bar...


Et comme si cela ne suffisait pas, Dinah sera violée par l'un des adjoints du shérif avant qu'elle ne se défende et ne le tue à l'aide d'un tabouret... Lorsque l'on remonte rétrospectivement le fil des événements, l'on pense ironiquement que la jeune femme aurait finalement mieux fait de fermer sa gueule lorsque ce gros plein de soupe critiqua son travail publicitaire quelques heures auparavant... Au-delà de cette authentique tragédie qui confinerait presque à la parodie si tout n'était pas que pur malaise, le véritable intérêt de La prison du viol reste bien évidemment la rencontre entre Dinah et Coley qui de son côté est interprété par l'excellent Tommy Lee Jones. Et putain ce qu'il pouvait être beau lorsqu'il avait trente ans, son âge lors du tournage du film ! Un rebelle bien charpenté, barbe de trois jours, cheveux mi-longs, caractère trempé du mâle que l'on supposerait un brin macho mais qui derrière ses manières un peu rustres cache peut-être en réalité, un héros incompris. Incompris, oui, de la société mais aussi des autorités policières qui aimeraient l'ajouter à leur tableau de chasse. Et c'est bien cette relation entre deux êtres que tout différencie qui rend le film parfois si touchant. Et ce, derrière un script d'une noirceur parfois stupéfiante. D'un pessimisme outré jusque dans son dernier plan, La prison du viol n'est pas juste un road-movie criminel, une cavale infernale ou une hypothétique histoire d'amour tuée dans l’œuf ! Car outre la description d'une ruralité qui aligne consciencieusement les portraits de culs-terreux, le long-métrage de Michael Miller sert de base à une relation courte et intense entre deux individus de milieux différents qui par la force des choses sont poussés par un même ''désir'' d'évasion. On ne saura jamais en conclusion quel sort attendra Dinah et c'est sans doute mieux ainsi. À ranger aux côtés de Bonnie et Clyde d'Arthur Penn, de La Balade sauvage de Terrence Malick ou de Thelma et Louise de Ridley Scott...


dimanche 21 juin 2026

Red Rabbit lodge de Kevin Khachan (2026) - ★☆☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Avant toute chose, petit jeu : Le premier ou la première qui parvient à me citer un film de 2026 plus mauvais encore que celui dont nous allons parler dans cet article aura toute ma sympathie. Un ''cadeau'' qui n'a, il est vrai, pas grande valeur mais par les temps qui courent, c'est toujours mieux que rien... Avant de me dans l'écriture de cet article consacré à Red Rabbit Lodge du réalisateur, scénariste, producteur et directeur de la photographie américain Kevin Khachan, j'ai eu la curiosité d'aller jeter un œil à sa biographie. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que le bonhomme est comparé à Dario Argento, l'un des maîtres incontestés du Giallo. Mais le meilleur restait à venir puisque selon IMDB, Kevin Khachan serait carrément un ''cinéaste de renommée internationale connu pour sa narration innovante et sa mise en scène qui repousse les limites...''. Okay ! J'veux bien. Mais de quelles limites parle-t-on ? Celles de l'indigence ? Celles de l'amateurisme ? La célèbre base de données en ligne consacrée au cinéma mondial ne s'arrête pas là. Il faut le voir pour le croire ! En effet, IMDB continue ainsi en évoquant un film ''largement acclamé'', ''mettant (par la suite) en valeur son talent pour la création de récits captivants''... Et c'est ainsi que je découvre alors que le site est ouvert à toute modification de la part de n'importe quel utilisateur ayant un compte IMDB ! Bref, je commence à comprendre une chose, que je ne peux évidemment pas prouver, mais il est fort probable que Kevin Khachan lui-même ait écrit sa propre bio sur la page qui lui est consacrée. Car alors, comment expliquer de tels propos lorsque l'on découvre pour la première fois son œuvre. À commencer justement par ce Red Rabbit Lodge qui restera sans doute cette année comme l'un des plus mauvais films tous genres confondus. Un long-métrage que l'on rangera sans doute dans le top cent des plus mauvaises productions de l'histoire du cinéma d'horreur. S'attaquant à un genre dont il ne connaît que les codes préliminaires. Un tueur masqué, tuant à l'arme blanche et dont l'identification ne devrait logiquement aboutir qu'en fin de récit. Anecdote plus ou moins amusante : le film tourne autour d'une poignée de jolies jeunes femmes lors d'une soirée masquée dans une grande demeure filmée en contre-plongée façon Psychose d'Alfred Hitchcock.


Ne parvenant pas à rembourser le prêt immobilier qu'elle a contracté, Victoria propose de louer certaines chambres à de jeunes fmmes. Déguisées qui en Marilyn, qui en danseuse étoile, qui en soubrette ou qui en nonne, à un moment, cette dernière est mise en scène par Kevin Khachan lors d'une séquence durant laquelle le réalisateur semble vouloir rendre hommage à Abel Ferrara et à son mythique L'ange de la vengeance ! Pathétique ! Le film s'ouvre sur une séquence se produisant vingt ans avant les événements qui vont ensuite servir de matière au récit. Une jeune femme se caresse devant un film pornographique avant d'être rejointe par celui qu'elle croit être son petit ami mais qui en réalité se révèle être un tueur en série affublé d'un masque ridicule. S'ensuit un générique qui fait effectivement référence aux Gialli de Dario Argento et d'autres cinéastes italiens et puis... plus rien... ou presque. Le long-métrage, qui pourtant n'excède pas les quatre-vingt six minutes est d'une platitude abyssale. Mise en scène inexistante. Dialogues au rabais. Interprétation ca-ta-stro-phi-que, montage à la serpe, photographie de Soap Opera, scénario.................. hein ? Quoi ? Quel scénario ? Y'en a pas ! Sur près de quatre-vingt dix minutes, on a droit à plus d'une heure et quelque de ventres mous. Red Rabbit Lodge est aussi passionnant à regarder qu'une vidéo tournée lors d'une soirée entre potes par un cameraman en herbe. Les ''acteurs'', c'est comme cela que l'on ose les appeler, font mine de danser lorsque la caméra tourne, ou de crier lorsque le tueur se décide enfin à venir interrompre d'interminables lignes de dialogues qui n'ont probablement pas été écrites avant le début du tournage mais plutôt improvisées par ces quelques jolies poupées dont la silhouette est le seul attrait du film ! Vous vouliez du sang. Faites demi-tour ! En effet, les quelques gouttes qui surgissent à l'écran ne satisferont sans doute pas votre appétit en matière d'hémoglobine. C'est d'un chiant, les amis, vous n'imaginez même pas... Et puis, cette musique, atroce, signée d'un certain Daniel Stone et qui pourtant semble avoir été générée par Intelligence Artificielle. Bref, Red Rabbit Lodge est une.... MERDE ! Pas un film, une MERDE !!!

 

samedi 20 juin 2026

Savage Water de Paul W. Kener (1979)



Je l'écrivais il y a de cela, dans deux jours (ne cherchez pas le sens de cette phrase), certains films gagnent à être traduits, puis doublés en français. Savage Water fait partie de ces improbables bobines qui ne peuvent laisser indifférent. Certainement pas grâce à son scénario, sa mise en scène ou son interprétation. Il faudra faire avec mais : le premier est inexistant. Ou du moins s'est-il perdu en chemin, ou même peut-être noyé dans ces Eaux Sauvages que la jaquette de l'une des éditions DVD promet d'être l'expérience la plus intense depuis Délivrance (The most intense river experience since « Deliverance »). Ne vous faites pas d'illusion. Même si l'expérience mérite d'être vécue ne serait-ce qu'une seule fois dans votre existence (juste pour que vous vous fassiez une idée de ce qui peut résulter d'un doublage amateur fait avec une conscience professionnelle frisant le zéro absolu), comparer le classique de John Boorman et cette excroissance syphilitique est évidemment une blague de potache.

La mise en scène est à l'avenant du scénario. Un peu comme si le réalisateur avait confié sa caméra à Mère Nature en prétextant avoir oublié un rendez-vous chez le dentiste. Autant dire qu'il devait avoir les dents en très mauvais état pour que son film donne l'impression de n'avoir jamais été dirigé. Quant à l'interprétation, que voulez-vous que je vous dise... ? Je vous fais le pari, qu'en cherchant même très loin dans vos mémoires le pire film que vous avez vu, vous lui mettrez un quinze sur vingt après avoir vu Eaux Sauvages. Quoique, je n'ai personnellement pas eu besoin de chercher longtemps pour en trouver un de plus éprouvant à regarder. Ceux qui me connaissent TRES BIEN savent que Raiders of theLiving-Dead demeure en la matière, mon film de chevet.

Putain, un slasher me direz-vous. Un que je n'aurais pas encore dans ma collection ? Oui, enfin, bon. Disons que jusqu'au procès final expédié de manière aussi rapide que... pas grand chose en fait, l’œuvre tente de maintenir un suspens aussi tendu qu'un arc dont la corde aurait pété ! Sérieusement, lorsque l'on lance le film, on a très vite l'impression que le type qui a loué le film avant vous a logé le mauvais DVD dans le boîtier avant de le ramener dans son vidéoclub.

Aaaahhh, les vidéoclubs... ces dizaines de jaquettes promettant des heures d'hémoglobine, ces rayons planqués un peu plus loin, honteux d'arborer des films aux titres aussi évocateurs que La Bonne Sœur aux Gros Nichons (mon premier porno), Caligula (mon premier péplum... porno lui aussi), ou le très éducatif Le Sexe qui Parle (le genre de film qui, s'il devait un jour arriver à la femme d'être victime du même mal que son héroïne, résoudrait bien des problèmes d'adultère)...

Eaux Sauvages ressemble dans sa première grosse partie (en fait, une heure sur les quatre-vingt dix minutes que dure le film) à une vidéo de vacances. Il ne s'y passe rien. C'est plat, inintéressant, vide de tout ce que l'on pourrait exiger d'un film au titre aussi évocateur. Une dizaine de personnages environs font un peu de rafting, discutent, mangent, apprennent à mettre un gilet de sauvetage et à placer des cordages sur les canoës. Certaines scènes valent pourtant le détour. Deux notamment m'ont très fortement marquées. D'abord, il y a cette scène située à l'intérieur d'un cockpit d'avion. Sans même avoir à tendre l'oreille, on s'aperçoit que le bruit du moteur est celui produit par un hélicoptère. Un HELICOPTERE !!! D'un autre côté, c'est plutôt amusant. Un peu comme cette seconde scène durant laquelle on découvre un couple d'allemand. Leur accent est si caricatural qu'il nous renvoie à l'époque ou Michel Leeb imitait les noirs ou les asiatiques. En plus, comme le spectateur est forcément un con, le couple germanique termine ses phrases par un « ja » ou un « jawohl » indentifiant définitivement s'il en était besoin leurs origines.

Mais ce qui demeure le plus fameux dans ce film, c'est effectivement son doublage. Si ce (trop) long-métrage ne devait déjà pas peser bien lourd dans sa langue natale, ceux qui l'on doublé on effectué un travail d'une rigueur exceptionnelle... non, j'déconne ! En fait, c'est navrant. Et en meêm temps, c'est ce qui fait le charme de cet OFNI dont on ne cessera jamais de vanter des défaut qui en font ses qualités de nanar.
Ah ! Et puis je voulais préciser une chose : il y a bien eu un cinéaste derrière tout ça. Son nom : Paul W. Kener.

vendredi 19 juin 2026

Backrooms de Kane Parsons (2026) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Pour bien comprendre ce qu'est une Backroom et surtout l'usage qui en est fait depuis maintenant sept ans lorsque en 2019 apparut sur le forum anonyme anglophone 4chan un fil de discussion (ou thread) d'un genre très particulier, il faut donc remonter aux origines. Et comprendre que tout est parti d'un concept finalement assez simple. Avant que n'intervienne le youtubeur et vidéaste américain Kane Parsons, des internautes conçoivent et ajoutent alors par couches successives, des niveaux ancrés dans des espaces liminaux. Des lieux que l'on peut décrire comme étant des secteurs généralement vides, immenses, à l'architecture parfois bancale, voire même improbable, dont certains paraissent avoir été inspirés par l'Escalier de Penrose que le généticien britannique Lionel Penrose conçu en 1958 avant que l'artiste graphique néerlandais Maurits Cornelis Escher n'en reprenne le principe deux ans plus tard avec sa célèbre lithographie Klimmen en Dalen (Montée et descente) dans laquelle celui-ci imaginait un objet impossible contredisant les lois physiques ! Mais pour mieux comprendre le concept, plutôt que de réduire le principe à quelques mots, le plus simple reste finalement d'aller découvrir si ce n'est déjà fait, les trois vidéos réalisées par l'excellent youtubeur français Feldup, lequel les a donc consacrées au sujet des Backrooms... Nous sommes ensuite en 2022. C'est à dire à une date qui n'est au fond pas très éloignée dans le temps. Âgé de dix-sept ans seulement, Kane Parsons imagine mettre en images ce que des internautes avaient tout d'abord conçu sous forme de graphiques. The Backrooms (Found Footage) est alors, et sans mauvais jeu de mots, la porte d'entrée idéal pour pénétrer cet univers. Une vidéo courte puisque ne durant que neuf minutes mais durant laquelle l'on assiste à ce qui semble être tout d'abord un reportage ou au tournage d'un petit film d'amateur dans la rue lorsque le cameraman fait une chute et se retrouve propulsé dans l'une de ces fameuses Backroom. Kane Parsons envisage alors les lieux comme un dédale constitué de salles immenses, de couloirs sans fin, d'architectures invraisemblables, de puits sans fonds, de pièces qui ne donnent nulle part ou d'escaliers qui n'aboutissent à rien. Un lieu qui se voudrait être paisible à raison d'une unité de ton homogène mais qui pourtant délivre une authentique anxiété chez le spectateur.


Sans compter que lors de cette première et involontaire escapade du cameraman, il semblerait que celui-ci ne soit pas tout à fait seul... À peine un an plus tard, la société indépendante américaine de production et distribution cinématographique A24 envisage de produire aux côtés d'autres maisons de production, une version cinéma de ce qui est devenu depuis la diffusion de The Backrooms (Found Footage) une web-série. Offrant à Kane Parsons l'opportunité de réaliser lui-même le long-métrage sur la base d'un script écrit par le créateur et showrunner de la série DMZ avant que le scénario ne soit finalement remanié par le scénariste Will Soodik auquel l'on doit notamment l'écriture d'épisodes pour les séries Homeland et Ash vs Evil Dead. Bien que l'idée puisse s'avérer excitante, on sait combien adapter un court-métrage ayant fait sensation sur Internet au point de devenir véritablement viral est particulièrement risqué. L'un des meilleurs exemples demeurant probablement l'excellent Lights Out de David Sandberg qui après avoir attiré puis effrayé des millions d'internautes s'est vu adapté sur grand écran avec pour conséquence principale de forcer sur des éléments qui à l'origine n'appartenaient directement au concept de ce court-métrage de deux minutes trente environ. Trop long et finalement peu inspiré, l'on continue toujours de redécouvrir la version d'origine tout en éludant sa beaucoup trop ''élastique'' transposition sur grand écran... Maintenant qu'est sorti sur nos écrans le tant attendu Backrooms dans une version revisitée et au scénario ''étendu'', qu'en penser ? Le film de Kane Parsons vaut-il vraiment le coup que l'on se déplace dans les salles de cinéma ? A-t-il réellement des chances d'avoir le même impact que le court de neuf minutes partagé quatre ans auparavant sur les réseaux sociaux ? Le conseillera-t-on davantage à celles et ceux qui ne connaissent pas le projet d'origine ou au contraire aux fans qui connaissent sous toutes ses coutures la web-série ? Pas évident en réalité de répondre à ces questions tant différentes données entrent en interaction. Il se peut que les néophytes connaissent quelques troubles de l'audition et de la vision, sans même parler des risques de tachycardie que pourraient engendrer chez eux certaines séquences prétendument effrayantes, plongeant ainsi les spectateurs dans une certaine forme de torpeur face à un univers qu'ils n'avaient jusque là jamais appréhendé.


Pour ceux qui connaissent déjà l’œuvre séminale, cela devient déjà nettement plus compliqué. Ne serait-ce que pour le public français, nourri à la web-série et au formidable travail de recherche de Feldup, Backrooms peut être observé comme le parfait exemple de projet inutile. Convoquant certainement l'engouement des fans tout en leur proposant un spectacle sans doute un peu trop ''bigarré'' pour retenir son attention jusqu'au terme du récit... En soit, Backrooms n'est pas un mauvais film. Mais alors que le court-métrage d'origine demeure encore aujourd'hui comme une expérience anxiogène parmi les plus efficaces, il n'est pas certains que l'on se souvienne très longtemps de son adaptation sur grand écran. Contraint de nourrir son intrigue afin d'éviter toute redondance, le réalisateur et son scénariste ajoutent à l'exploration des espaces liminaux des séquences supplémentaires qui font surtout figure de remplissage. Justifiant sans doute pour ses auteurs la durée ''excessive'' du long-métrage, le film se concentre parfois sur des dialogues entre Clark (Chiwetel) et sa thérapeute Mary (Renate Reinsve). Les deux héros de ce récit lors duquel on apprend que le premier supporte mal d'être séparé de son ex épouse tandis que la psychologue tente de lui faire remonter la pente. Ancien alcoolique qui a arrêté de boire depuis peu, Clark découvre dans le sous-sol de son magasin que l'un des murs donne sur une autre ''dimension''. Un vaste complexe à la géométrie variable, empli de bric et de broc. Un décor proche de ce que l'on connaît déjà des backroom. Aidé par deux amis (Lukita Maxwell et Finn Bennett dans les rôles de Kat et Bobby), Clark tente d'approfondir ses recherches s'agissant d'un lieu qu'il explore maintenant depuis plusieurs jours. Mais lorsque le patient de Mary finit par ne plus donner de ses nouvelles, la jeune femme décide de se lancer à sa recherche malgré des propos qui lors de leur dernière rencontre lui ont semblé incohérents... C'est avec un certain plaisir que l'on retrouve donc l'univers des backrooms, ici parfaitement retranscrits. Mais est-ce par habitude, l'effet escompté relève désormais plus du subterfuge que d'un réel génie qui s'efface derrière une succession de séquences extérieures au contexte parfois inintéressant et qui ruinent donc en partie l'immersion. Ces retours réguliers dans le monde réel rompt avec ces espaces inquiétants, d'autant plus que l'on se fout à peu près de tout ce qu'impliquent les échanges entre Mary et Clark. Malgré tout, Kane Parsons est parvenu à retranscrire durant des séquences immersives parfois angoissantes l'univers dont il fut lui-même à l'origine. Image parasitée, décors jaunes dans la majorité des cas et musique produite par le compositeur canadien Edo Van Breemen viennent appuyer un concept qui au fond fonctionne mal à l'état de fiction qu'en tant que creepypasta qui à l'époque pouvait, au pire, être traité comme une légende urbaine intégrée dans la conscience collective comme un phénomène réel. Les spectateurs étant désormais écartelés entre l'idée de découvrir un simple film d'horreur et celle d'être plongés dans les méandres d'un univers qui, pourquoi pas, serait réellement accessible...

 

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