Saga (la finlandaise Seidi Haarla) et Jon (l'anglais
Rupert Grint) s'aiment et décident de fonder ensemble une famille.
Pour cela, ils choisissent tout d'abord de s'installer dans
l'ancienne demeure familiale de la jeune femme qui depuis des années
d'abandon a subit énormément de dégâts. Une fois installé, le
couple décide un jour de partir en forêt et y fait l'amour. Un lieu
étrange où certains arbres paraissent presque ''humains''. Tandis
que la jeune femme tombe enceinte, Jon s'occupe de la demeure et la
rénove afin d'accueillir leur futur enfant. Si l'accouchement de
Saga s'avère difficile, le bébé nait à peu près normalement en
dehors d'une impressionnante hypertrichose qui fait douter ses
parents sur son état physique général. Cependant, les spécialistes
sont catégoriques et se veulent très rassurants : pour son âge,
Kuura (interprété par divers bébés selon l'évolution de son âge)
est en parfaite santé et demeure même doté d'une force
inhabituelle. Tandis que la famille de Saga et de Jon se présentent
chacun à leur tour auprès des jeunes parents, la toute jeune mère
éprouve au fil du temps de grandes difficultés à élever son
enfant. Alors que la jeune mère donne le sein à Kuura, celui-ci la
mord régulièrement et parait être davantage attiré par le sang de
Saga que par le lait maternel. Au fil des semaines et des mois, le
climat et surtout, les rapports entre les deux époux se dégrade.
Tandis que Saga tente de convaincre son entourage et plus précisément
Jon que Kuura n'est pas un enfant comme les autres, tout le monde
finit par s'accorder pour dire que le problème vient d'elle et non
pas de son bébé. En outre, d'étranges phénomènes se produisent à
l'intérieur et autour de la propriété. Comme si la forêt était
mue par une vie propre, veillant sur le bien-être de Kuura...
Les
exemples de longs-métrages mettant en scène des mères qui
enfantent des bébés plus ou moins monstrueux ne sont pas rares au
cinéma. Il existe même certaines œuvres qui à travers le temps
sont devenues d'authentiques classiques de l'épouvante. On pense
bien évidemment tout d'abord au bébé de Rosemary's
Baby
tourné par Roman Polanski à la fin des années soixante, au Monstre
est vivant
de Larry Cohen, au film culte de David Lynch Eraserhead
en 1977, à Chromosome 3
de David Cronenberg en 1979 ou aux plus récents Grace
de Paul Solet en 2009 et Egō
que
tourna justement la finlandaise Hanna Bergholm voilà quatre ans plus
tôt. Entre autres corps de métiers du cinéma, celle-ci a notamment
signé la mise en scène et le script de ses deux longs-métrages
dont l'écriture fut assurée en collaboration avec la scénariste
Ilja Rautsi... Sans être directement cités,
divers éléments du folklore finlandais semblent avoir été puisés
par les deux femmes qui probablement se sont sans doute d'abord
inspirées des Metsänväki
qui selon certaines légendes formeraient le ''Peuple
de la forêt''.
Des esprits invisibles qui peuvent tantôt apparaître bienveillants,
tantôt malveillants. Il existerait d'ailleurs une frontière entre
le monde des humains et celui des esprits relaté dans l'épopée
nationale de la Finlande connu sous le nom de Kalevala.
Un ouvrage qui a inspiré divers arts comme le cinéma, donc, mais
aussi la peinture, la musique et la littérature finlandaises...
S'agissant
de Yön
Lapsi
(ou Nightborn
à l'internationale), cet emprunt mythologique est surtout l'occasion
pour la cinéaste de planter l'angoissant décor d'une femme face à
ses nouvelles responsabilités de mère. Difficulté d'élever son
enfant, rejet, répulsion, effondrement psychologique et
répercussions physiques post-natales sont au cœur du sujet. Il
n'est pas rare que le Folk-Horror
s'inscrive ici sur un même plan que le Body-Horror
même si l'essentiel du sujet tourne autour d'une horreur plus
psychologique que viscérale. Le film tourne surtout autour de la
mère qu'incarne donc la finlandaise Seidi Haarla. Décrivant la
lente descente aux enfers d'une mère qui ne sait plus comment agir
avec son bébé. Et si Yön
Lapsi traite
bien de l'abandon, ça n'est pas simplement celui dont éprouve le
besoin Saga mais bien celui dont elle se trouve être elle-même la
première victime. Influant ainsi sur les crispations des spectateurs
qui voient bien ce qui se trame derrière ce récit au doux relent de
film d'horreur dont on croit poindre en premier lieu une histoire de
loup-garou liée à l'hypertrichose dont est atteint le bébé. Pris
à témoin, le public ne peut qu'adhérer au point de vue d'une mère
sans défenses qui apprend cependant les codes qui permettent de
gérer les crises de l'enfant. L'actrice Seidi Haarla est impeccable
dans le rôle de Saga. Entre impuissance, rage et crises d'hystérie,
elle incarne à merveille cette jeune mère que tout le monde
abandonne, et parfois même jusqu'à sa propre chair... Surprenant !




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