Tout d'abord objet de
curiosité dans les années quatre-vingt pour n'avoir pas eu la
chance de le découvrir ailleurs qu'à travers les quelques
photographies disséminées à l'époque dans les quelques revues
françaises spécialisées dans le fantastique et l'horreur, La
forteresse noire
s'est ensuite très rapidement transformé en objet de fantasme. Des
décennies à spéculer sur son contenu, à me remémorer
l'impressionnante stature de Radu Molasar, créature infernale
condamnée à errer à jamais dans les limbes d'une citadelle
gigantesque et à espérer découvrir un jour l’œuvre de celui qui
allait seulement trois ans plus tard jeter un pavé dans la mare du
néo-noir avec le chef-d’œuvre Manhunter.
Un long-métrage tellement glaçant qu'à une période de canicule
telle qu'on la connaît ces jours-ci, cette première adaptation
cinématographique du Dragon
Rouge
de Thomas Harris est peut-être LA solution contre les trop fores
chaleurs... Il en a coulé de l'eau sous les ponts, depuis 1983,
année de sortie sur les écrans de cinéma de La
forteresse noire.
Film qui malgré une aura très particulière ne rencontrera pas le
succès. Ni dans son pays d'origine qui ne permettra pas aux
producteurs de rentrer dans leurs frais, ni chez nous, en France où
le film n'attirera même pas trois-cent mille spectateurs dans les
salles obscures. En 2026, le second long-métrage de Michael Mann
après Le solitaire (The
Thief)
en 1981 fait figure d'anomalie. Non seulement s'agissant de la
carrière de son auteur qui ne touchera plus jamais au fantastique
mais plus encore concernant le genre lui-même. En effet,
La forteresse noire
est un film à part, qui convoque une partie sombre de l'histoire
mondiale notamment à travers son époque puisque l'action se déroule
en Avril 1941...
Mais
aussi parce qu'il met en scène une troupe de soldats allemands de
l'armée nazie s'accaparant un petit village roumain situé dans le
col de Dinu. Un lieu tout à fait imaginaire dont on retrouve les
premières descriptions dans le roman The
Keep
(sorti chez nous sous le titre Le
donjon),
ouvrage qui sert donc de source d'inspiration pour son adaptation
cinématographique. Mais si le nom donné à la région où est
censée se dérouler l'action est fictif, La
forteresse noire
a cependant été tourné dans des lieux réels et visuellement
stupéfiants. Comme la ville minière de Blaenau Ffestiniog située
au Pays de Galles. Quant à la forteresse en question, Michael Mann a
choisi de filmer celle de Craig y Ddinas Castle. Une forteresse en
ruines elle-même située au Pays de Galles. Quant aux
impressionnants intérieurs, ils sont dus au directeur artistique
britannique John Fox et furent construits dans les Shepperton
Studios,
à Shepperton,
dans le comté du Surrey,
au sud-ouest de Londres... Le film raconte donc tout d'abord
l'installation d'un groupe de soldats allemands commandés par le
capitaine Klaus Woermann (l'acteur allemand Jürgen Prochnow) dans un
petit village roumain. Dès son arrivée et lors de la visite de
l'immense forteresse qui trône en face du village, le Père Fonescu
(Robert Prosky) prévient l'officier allemand des dangers que
recouvre l'infiltration des lieux. Ornés de plus de cent croix, les
intérieurs de l'édifice semblent être effectivement en prise avec
des phénomènes qui sortent de l'ordinaire et qui bientôt vont se
traduire par la mort de deux soldats qui ont eut la mauvaise idée de
retirer de l'un des murs l'une des croix en question. Tandis que le
Docteur Theodore Cuza (Ian McKellen) et sa fille Eva (Alberta Watson)
sont dépêchés du camp de Dachau afin de déchiffrer un curieux
message gravé sur l'un des murs intérieurs de la forteresse, arrive
au village le major Kaempffer (Gabriel Byrne)...
Un
officier nazi de la pire espèce qui compte bien résoudre et stopper
la série de morts qui pour l'instant a fait plusieurs victimes dans
les rangs de l'armée allemande... Dans un récit qui mêle contexte
historique, légendes roumaines, folklore des Carpartes et mythologie
juive, Michael Mann signe une œuvre glaçante, sombre, pessimiste,
dans des décors souvent impressionnants. C'est ainsi que la séquence
d'ouverture renvoie à certaines œuvres du cinéaste allemand Werner
Herzog. L'on pense bien évidemment à celle du chef-d’œuvre
Aguirre, la colère de Dieu,
filmée sur les pentes du Huayna Picchu dans les Andes péruviennes.
D'emblée, La forteresse noire nous
promet une expérience hors du commun. Visuellement impressionnante.
Agrémentée en outre par la photographie d'Alex Thomson ou par la
bande musicale envoûtante du groupe de musique électronique
allemand, Tangerine Dream. Lequel fut déjà auteur de la partition
de The Thief
trois ans auparavant... Tourné dans des conditions difficiles
puisque l'un des décors pris feu et n'étant pas tout à fait la
vision qu'avait Michael Mann de son film puisque la production imposa
de larges coupes au montage, La forteresse noire
a
en outre très mal vieilli et passerait presque aujourd'hui pour un
nanar aux effets-spéciaux cruellement datés. Il n'empêche qu'il
s'en dégage une atmosphère unique que l'on ne retrouvera sans doute
jamais plus. En l'état, le second film de Michael Mann n'a
aujourd'hui d'intérêt que pour les archéologues du cinéma
fantastique. Les autres risquent d'être fort déçus par une œuvre
dont seules les photographies imprimées dans de vieux mensuels
spécialisés ou les posters placardés à l'époque dans nos
chambres du temps de notre adolescence restent iconiques...
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