Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

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lundi 6 avril 2026

Último Deseo de León Klimovsky (1976) - ★★★★★★★☆☆☆


Après avoir émigré en Espagne dans le courant des années 1950, le réalisateur, scénariste et producteur argentin Léon Klimovsky se lance dans la mise en scène de plus de soixante-dix longs-métrages parmi lesquels, de nombreux westerns et films d'exploitation dont plusieurs films d'horreur. Il signera d'ailleurs en 1971 La Noche de Walpurgis avec l'emblématique interprète du cinéma d'horreur ibérique Paul Naschy. Une œuvre qui pour beaucoup de spécialistes semble avoir été à l'origine de l'intensification des productions de ce type en Espagne... Quant à Último Deseo que Léon Klimovsky réalisa cinq ans plus tard, aussi peu connu qu'il puisse demeurer dans nos contrées, il ne faudrait surtout pas prendre à la légère l'intérêt que tout bon cinéphile se doit de lui porter tant celui-ci brasse des concepts dont il reprend certains axes tout en ayant été sans doute le précurseur de schémas mis en pratique des années après sa sortie en salle. Si le film évoque bien entendu le I Am Legend du romancier américain Richard Matheson, source intarissable dont l'on retrouve des traces bien au delà de ses seules adaptations cinématographiques (The Last Man on Earth d'Ubaldo Ragona et Sidney Salkow en 1964, The Omega Man de Boris Sagal en 1971 ou I am a Legend de Francis Lawrence en 2007), Último Deseo peut tout aussi bien faire penser au cinéma du réalisateur hispano-mexicain Luis Buñuel qui en 1962 signa L'Ange exterminateur et dix ans plus tard Le Charme discret de la bourgeoisie. Tandis que le long-métrage de Léon Klimovsky écrit par Vicente Aranda, Joaquim Jordà et Gabriel Burgos convie un groupe hétéroclite de personnages à se réunir dans le luxueux manoir de leur richissime hôte afin de participer à une orgie sexuelle sans tabous (le film témoigne ainsi de la période post-franquiste lorsque le pays, alors dans sa transition démocratique, est bouleversé par l'évolution des mœurs, du monde des arts, etc...), une catastrophe survient à l'extérieur. L'un des convives, le professeur Fulton, incarné à l'image par Alberto de Mendoza, suppose qu'une explosion nucléaire a eu lieu dans la région. Témoignent de cette hypothèse deux femmes qui eurent le malheur de regarder dans la mauvaise direction et qui depuis sont aveugles... Prévoyant de se retrancher dans la cave, seul lieu sûr afin de parer à l'arrivée prochaine des radiations, Fulton et les autres décident tout d'abord de partir en ville afin de récolter le maximum de vivres car ils vont bientôt être contraints de rester enfermés durant des semaines. Arrivés au village, ils constatent bientôt que tous les habitants eux aussi ont perdu la vue. Mais alors que l'un des convives à la petite fête organisée par la châtelaine perd la tête et tue une dizaine de villageois, ces derniers décident de ne pas en rester là.


Alors que tout le monde est désormais retranché dans le manoir, la colère gronde. Au dehors, les villageois vont tenter de faire payer aux hôtes le massacre dont l'un d'eux (Tomás Picó dans le rôle de Victor) s'est rendu coupable et de reprendre possession des biens que ceux-ci ont volé quelques heures auparavant... Le coup de la cave et de l'explosion nucléaire ne vous rappellent-ils rien ? Et oui, en effet, tout ceci fleure bon le plagiat si résiduel soit-il du roman de l'écrivain français Robert Merle Malevil qui fut édité quatre ans avant la sortie en salle de Último Deseo. Un ouvrage qui connaîtra d'ailleurs une adaptation officielle en 1981 puisque le réalisateur et scénariste français Christian de Chalonge s'appropriera le récit pour mettre en scène le film de science-fiction post-apocalyptique, Malevil... Tandis que l'on aurait pu espérer que Léon Klimovsky fasse preuve d'un peu plus de transgression au vu de la caractérisation des personnages et du sujet qui les regroupe avant que tout ne soit remis en question dès l'explosion atomique, Último Deseo s'observera comme une critique plus ou moins féroce de la société, avec son homme d'affaire immoral, ses prostituées, ses deux médecins qui sous couvert d'être de parfaits notables ne s'avèrent pas moins intéressés à l'idée de se vautrer dans la débauche (Image chargée en symbolisme, l'un d'eux finira d'ailleurs nu, à quatre pattes et grognant comme un porc), etc... Curieusement, si Último Deseo peut effectivement faire penser à I Am Legend ou à Malevil, le film empreinte également à La nuit des morts-vivants de George Romero lorsque les aveugles du villages viennent assiéger le manoir. À contrario, le réalisateur américain semble avoir à son tour repris sa part du butin en 1985 lorsqu'il réalisa le troisième volet de sa saga zombièsque, Le Jour des morts-vivants. Comment en effet ne pas comparer le fait que dans un cas comme dans l'autre, les deux longs-métrages situent leur action ''sous terre'' (ou au moins en partie). Mieux, le personnage de Borne qu'interprète l'espagnol Paul Naschy n'évoque-t-il pas l'odieux Capitaine Henry Rhodes incarné par Joseph Pilato dans Le jour des morts-vivants ? Jusqu'à même reprendre la séquence durant laquelle Borne meurt ? Tellement flagrant. Mais en dehors de ces considérations, Último Deseo est plutôt un bon film même si l'on regrettera que Léon Klimovsky n'ose pas se lancer dans une forme d’irrévérence outrancière. Trop poli, trop lisse malgré une fin nihiliste, le film échappe malheureusement au statut de culte ou de chef-d’œuvre...


dimanche 5 avril 2026

Shadows of Blood de Sydney Ling (1988) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Icône du cinéma fantastique et d'épouvante espagnol, l'acteur, réalisateur, scénariste et ancien catcheur Paul Naschy a longtemps incarné le personnage de Waldemar Daninsky, un noble d'origine polonaise qui une nuit fut mordu par le lycanthrope Imre Wolfstein. Interprétant le personnage à plus de dix reprises entre 1968 et 2004, il est donc notamment apparu dans le rôle du loup-garou dans Les vampires du docteur Dracula d'Enrique Lopez Eguiluz, Dracula contre Frankenstein de Tulio Demichelli, Docteur Jekyll et le loup-garou de Leon Klimovsky ou encore La tombe du loup-garou de Fred Olen Ray. De son vrai nom Jacinto Molina Álvarez, sa carrière fut émaillée de nombreux seconds rôles et si même le cinéma fantastique ibérique a connu un certain déclin dans les années 80 et 90, Paul Naschy a connu un impressionnant regain d'intérêt auprès des amateurs de cinéma d'horreur dans le courant des années 2000... Si pour certains l'espagnol est donc devenu un acteur culte du cinéma fantastique ibérique, l'on ne conseillera pas à celles et ceux qui voudraient faire connaissance avec son cinéma de commencer avec le Shadows of Blood que signera en 1988 le réalisateur et scénariste Sydney Ling dont la carrière se résume à très peu de choses puisque après cet Objet Filmique Non Identifié que l'on rangera dans la catégorie des séries Z, il patienta douze ans avant de réaliser son second et dernier long-métrage intitulé Grandmother Martha. Un documentaire de plus de vingt-quatre heures suivant les traces d'une certaine Martha Stelloo... L'on ne reprochera pas au cinéaste néerlandais de n'avoir depuis, plus donné de nouvelles tant la projection de Shadows of Blood s'avère pénible sur la durée. Et pourtant, contrairement à la stupéfiante durée du documentaire qu'il consacra à Martha Stello, sa seule fiction ne dépasse pas les soixante-dix minutes. Du menu fretin qui paraît pourtant durer une éternité tant le film ressemble à un vade-mecum de tout ce qu'il ne faut surtout pas faire lorsque l'on se lance dans un projet cinématographique. Une purge, oui ! Une vraie ! De celles qui renvoient l’œuvre d'un auteur dans la grande benne du cinéma dans sa forme la plus laide. Car ici, rien ne va en dehors d'un script pourtant alléchant. Celui entourant deux tueurs en série qui ensemble se sont évadés de l’hôpital psychiatrique qui jusqu'à maintenant avait mis la population à l'abri de leurs exactions. On pourrait bien évidemment penser au cultissime Henry, portrait d'un serial killer de John McNaughton, sorti deux ans auparavant mais ce serait faire injure au cinéaste américain tant Shadows of Blood forme une série de contrepoints relativement homogènes s'agissant de leur grande médiocrité...


Ici, le film de Sydney Ling vogue entre meurtres multiples exécutés à la main, au couteau ou bien même à la perceuse et enquête policière effectuée avec tant de vigueur par des inspecteurs de police et un agent d'Interpol que l'on a souvent l'impression qu'en bons fonctionnaires, ceux-ci attendent la fin de la journée pour rentrer chez eux ! Paul Naschy apparaît à l'écran en binôme aux côtés de Barry Fleming dont la carrière se résume en comparaison avec l'espagnol à peu de chose puisque en dehors de Shadows of Blood, il n'est apparu que dans un seul épisode de la série Legacy en 1999 ainsi que dans le film fantastique The Still Unknown de Joshua David Johnston en 2006. L'on suit donc les pénibles pérégrinations de deux tueurs sadique qui après s'être échappés vont se séparer pour commettre chacun de leur côté un maximum de meurtres en espérant que l'un et l'autre seront les plus productifs et inventifs des deux. Seul élément véritablement marquant du long-métrage : le visage de Paul Naschy. Une vraie gueule de satyre au rire démoniaque probablement enregistré en post-production. Pour le reste, le film est une véritable infamie. Une douleur insupportable pour les oreilles. Une torture pour les yeux. Il suffirait de lister toutes les catégories techniques, de la mise en scène à la photographie en passant par la bande musicale signée par Sydney Ling lui-même pour les ranger dans la colonne des tourments que connut sans doute le tournage et la post-production alors même que, chose amusante, les meurtres perpétrés par nos deux tueurs en série semblent laisser de marbre les passants, témoins de ce curieux jeu auquel s'adonnent les deux acteurs. Trois notes de piano et de synthé, un montage et un mixage sonore aux fraises que l'on comparera au style si particulier du réalisateur, scénariste et directeur de la photographie vietnamien James Nguyen (la franchise Birdemic) et surtout, un jeu d'acteur lénifiant de la part de la totalité des interprètes venus toucher un cachet sans doute rachitique ! Mais à la vérité, une authentique curiosité, tellement foireuse à tous les étages que l'on pourrait éventuellement apprécier la chose sous l'effet de psychotropes ! Bref, vous êtes prévenus...

 

samedi 4 avril 2026

Mammuth de Benoît Delépine et Gustave Kervern (2010) - ★★★★★★★★☆☆



Mammuth, c'est l'histoire de Serge Pilardosse, ancien employé modèle dans un abattoir, qui vient tout juste de prendre sa retraite (ses collègues de travail lui ayant généreusement offert un puzzle de deux-milles pièces pour son départ), et auquel il manque malheureusement un certain nombre de documents pouvant lui permettre de toucher sa retraite. Poussé par son épouse Catherine à chevaucher de nouveau sa Munch Mammuth, une superbe moto qu'il a rangé au garage depuis un grave accident qui a coûté la vie à son ancienne compagne, le voilà repartit sur les routes.

Durant sa quête de documents administratifs, Serge retrouve d'anciens employeurs et constate avec stupeur qu'une partie des entreprises qui l'ont employé n'existent plus ou ont oublié de le déclarer. Ancien fossoyeur, videur dans une boite de nuit, forain, ou encore vendangeur, Serge constate que le monde autour de lui a bien changé. En chemin, il retrouve celle qu'il a aimé jadis et qui depuis est morte, ainsi que sa nièce Solange, une fille un peu perdue, artiste, et qui attend le retour de son père parti depuis plusieurs semaines...

Mammuth est le quatrième long-métrage, et pas forcément le plus évident de la filmographie des réalisateurs et scénaristes Benoît Delépine et Gustave Kervern qui en compte sept à ce jour. Autour de l'immense Gérard Depardieu qui campe ici le rôle de Serge Pilardosse, on retrouve avec beaucoup de plaisir l'actrice Yolande Moreau que le duo de cinéastes employa déjà dans l'excellent Louise-Michèle sorti deux ans auparavant en 2008. Autour de leurs deux personnages gravitent ceux interprétés par l'actrice, plasticienne et poétesse Miss Ming (en nièce totalement borderline), Bouli Lanners (en patron-recruteur auquel une secrétaire-fantôme prodigue une fellation), Albert Delpy (Père de l'actrice Julie Delpy), qui en compagnie de Depardieu se masturbent mutuellement, Benoît Poelvoorde, sillonnant les plages armé d'un détecteur de métaux Siné, en ancien patron viticulteur, Le génial Philippe Nahon en directeur d'hospice apparemment aussi sénile que ses patients. On a même droit à l'étonnante présence d'Isabelle Adjani dans le rôle de l'amour perdu.

Dire que Mammuth est atypique serait encore très loin de la vérité. En fait, l’œuvre du duo est un OVNI. Ou plutôt, comme on à communément l'habitude de nommer ce genre de films, un OFNI. On retrouve une fois encore la poésie qui émaille l’œuvre de Benoît Delépine et Gustave Kervern. Une fois encore, il s'agit d'un road-movie au centre duquel les héros sont des petites gens, issus de milieux sociaux inférieurs. De la poésie, oui, mais quelques moments savoureusement trashs auxquels nous ont habitués les deux réalisateurs depuis l'émission télévisée Groland. Gérard Depardieu y est égal à lui-même : se fichant des apparences, il ne se refuse pas une petite promenade au guidon d'une pétrolette, vêtu comme un hippie, le cheveu long et surtout, gras et emmêlé.

Mammuth est une comédie douce, amère, et même tendre au milieu. Un homme à la recherche non seulement de documents administratifs, mais aussi et surtout de son passé. On y découvre les ravages du temps sur lequel le monde n'a aucune emprise. La totalité des curieuses et, il faut le dire, angoissantes créations entourant la demeure du personnage du père de Solange sont l’œuvre de l'actrice Miss Ming elle-même. Celle-là même qui interprète la nièce de Serge. L'image granuleuse baigne l'oeuvre d'une nostalgie renvoyant directement aux années soixante-dix, l'époque justement où le personnage central passait d'un métier à l'autre en l'espace de quelques mois seulement. Une esthétique particulière qui tranche singulièrement avec le noir et blanc de leurs deux premiers longs-métrages. La musique est signée Gaëtan Roussel. Le budget alloué à Mammuth fut de deux-millions d'euros et demi et en rapporta un peu plus de trois millions trois-cent mille...

vendredi 3 avril 2026

La Criatura d'Eloy de la Iglesia (1977) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Six ans après avoir traité du voyeurisme avec El Techo de Cristal et cinq après avoir indirectement évoqué le cannibalisme sous couvert d'une spirale meurtrière avec La Semana del Asesino, le réalisateur et scénariste espagnol Eloy de la Iglesia se pencha en 1977 sur un sujet tout aussi dérangeant à travers l'évolution délétère d'un couple qui depuis plusieurs années cherche à avoir un enfant. Cristina (l'actrice et chanteuse espagnole Ana Belén) et Marcos (Juan Diego) ont beau consulter des spécialistes depuis des années, rien n'y fait. Jusqu'au jour où ''miraculeusement'', la jeune femme est enfin enceinte. Mais alors que le couple s'arrête à une station-essence afin de faire le plein, en s'approchant d'un chien Cristina est agressée par l'animal. Choquée, celle-ci fait une fausse couche et les espoirs du couple sont alors réduits à néant. Sur les conseils de leur ami, le professeur Celanova (Ramón Repáraz), Marcos emmène son épouse passer quelques jours à la mer. Là-bas, ils sont régulièrement suivis par un chien ressemblant étonnamment à celui qui attaqua la jeune femme. Mais plutôt que de se montrer apeurée, Cristina demande à Marcos de faire monter l'animal à l'arrière de leur voiture le jour où ils décident de rentrer chez eux... Plutôt que de s'attaquer frontalement au sujet extrêmement délicat d'une déviance d'ordre sexuel liant ''intimement'' l'héroïne et la ''créature'' du titre, Eloy de la Iglesia cherche davantage à décrire le lent délitement du couple à travers ce troisième ''protagoniste'' représenté par cet animal qui peu à peu va prendre une place prépondérante et s'intercaler entre l'homme et sa femme. Détaillant au fil du récit deux individus dont l'union se révèle, au fond, progressivement dysfonctionnelle, et ce dans une Espagne Post-Franco (le cinéaste engageant le personnage de Marcos dans une voie politique), Eloy de la Iglesia emploie de manière intelligente quelques procédés dont il a l'habitude. Et notamment celui de l'ellipse. Permettant ainsi au scénario d'Enrique Barreiro de voir le jour sous un prisme beaucoup moins gratuit que le thème ne le voudrait même si le jeu que jouera Cristina avec Marcos montrera des signes de perversité appuyés par les incessants sourires narquois de la jeune femme... Rien ne va plus entre les deux époux. Ici, le chien prend de plus en plus de place tandis que celle de Marcos s'amenuise peu à peu. Un grand nombre de séquences prêtent ainsi à l'animal une importance de plus en plus considérable au sein du foyer.


Eloy de la Iglesia a beau apporter de l'eau au moulin de Cristina lorsque celle-ci se confie à Bruno (le chien auquel elle choisi donc de donner le prénom que le couple avait prévu de donner à l'enfant qui devait naître quelques semaines plus tôt) sur l'ambition de Marcos, qui selon elle, ne l'a épousée que par intérêt, le réalisateur semble pourtant plus proche moralement de ce dernier puisque rien ne vient véritablement étayer les propos de la jeune femme tandis que lui se dévoile sous les oripeaux du fervent chrétien, consultant régulièrement un prêtre incarné par Manuel Pereiro et surtout comme un homme très amoureux, fidèle, et ce même si un soir d'ivresse il se laisse attirer entre les bras de sa très insistante partenaire qui à ses côtés anime une très populaire émission de télévision... Œuvre parfois touchante, La Criatura aurait pu n'être qu'un drame classique sur la fin du couple entre un homme et son épouse minés par leur incapacité à devenir parents mais Eloy de la Iglesia offre en outre une vision terriblement ambiguë des relations entre la jeune femme et son chien. Un second ''couple'' se forme ainsi entre eux, que pas même une femelle offerte par Marcos ne viendra séparer. Le réalisateur espagnol confond alors volontairement les rapports Homme/Femme avec ceux que devraient entretenir cette dernière avec son animal de compagnie. Et c'est bien ici l'usage justement de l'ellipse qui cultive l'idée que la relation qu'entretient Cristina avec Bruno a dépassé de loin le cadre de la normalité. Jusqu'à cette conclusion que le cinéaste espagnol laisse au spectateur tout le loisir d'examiner et d'admettre. Une manière fort pertinente d'évoquer l'amour interdit entre une femme et son chien sans voir les foudres de la censure s'abattre sur l’œuvre d'un cinéaste décidément anticonformiste...

 

jeudi 2 avril 2026

El Techo de Cristal d'Eloy de la Iglesia (1971) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Réalisateur et scénariste d'origine espagnole, Eloy de la Iglesia est connu pour avoir mis en scène des œuvres à caractère naturaliste, entrant dans une certaine réalité sociale dépeignant souvent des protagonistes marginaux. Parmi ses faits d'armes, les amateurs de films d'horreur plus que de thrillers auront probablement surtout retenu son sordide La Semana del Asesino en 1972 dans lequel un employé d'abattoir commettait des meurtres avant de se débarrasser des cadavres dans l'usine où il travaillait. Résumé ainsi vulgairement, tout comme certaines versions du long-métrage virent le jour sous l'impulsion de distributeurs opportunistes qui choisirent de l'éditer sous le titre de Cannibal Man, ce film est devenu culte de part son sujet plus qu'ambigu et de part son ambiance extrêmement poisseuse... Poursuivant ainsi sa carrière dans une idée assez précise de l'horreur sociale, Eloy de la Iglesia avait précédemment tourné un El Techo de Cristal dont la structure aurait pu éventuellement servir de base ou de brouillon à son futur film culte si ce n'est que l'horreur n'y était distillée que dans l'idée selon laquelle la voisine de l'héroïne incarnée à l'écran par l'actrice espagnole Carmen Sevilla était témoin de ce qu'elle supposait être l'assassinat d'un homme par sa propre épouse interprétée cette fois-ci par l'américaine Patty Shepard. Mais déjà l'on sent poindre cette fascination immodérée du cinéaste ibérique pour les ''déviances'' d'ordre sexuel et qui de nos jours sont pour beaucoup entrées dans une certaine forme de normalité. Débutant par un travelling lent décrivant le cadre visuel dans lequel vont être plongés les protagonistes, la caméra nous emmène jusque dans l'intimité de Marta qu'incarne donc Carmen Sevilla. Une jeune femme épanouie qui supporte par contre assez mal que son époux, Carlos, interprété par Fernando Cebrián, soit régulièrement en déplacement pour son métier d'agent de commerce. Un soir, alors qu'elle n'a pour seule compagnie que son chat blanc Fedra (de Phèdre, ce personnage de la mythologie grecque qui fut l'épouse de Thésée et qui tomba amoureuse de son beau-fils Hippolyte), la jeune femme entend des pas qu'elle traduit inconsciemment par ceux d'un homme : Victor, l'époux de Julia. Un personnage que l'on ne rencontrera d'ailleurs pas un seul instant puisque Eloy de la Iglesia conservera jusqu'au dernier moment le mystère entourant sa disparition. Car un élément va venir troubler les dires de Julia selon laquelle son mari est parti prendre un bus la veille au soir tandis que son retour n'est prévu que dans plusieurs jours...


Mais alors que son amie Marta n'a aucune raison de douter de sa sincérité, elle croise un jour le chauffeur de bus qui a l'habitude d'effectuer le trajet qu'aurait dû prendre Victor selon Julia. Témoignant auprès d'elle que ce jour-là, l'homme n'est pas monté dans son bus, Marta va commencer à cultiver quelques doutes au sujet de sa voisine et amie Julia... Dans ce récit d'une suspicion qui n'est évidemment pas sans rappeler Fenêtre sur cour d'Alfred Hitchcock, lequel inspirera d'ailleurs bien des années après Brian De Palma pour son chef-d’œuvre Body Double, Eloy de la Iglesia développe tout un panel de personnages secondaires baignant dans une ambiance parfois fiévreuse. Ou toute apparence ou presque est trompeuse. Du livreur de marchandises et du voisin tout deux obsédés par la gente féminine, à la jeune fermière (Emma Cohen dans le rôle de Rosa) qui durant l'absence de son père aime à se retrouver auprès de Ricardo (Dean Selmier), le propriétaire de l'immeuble où vivent Marta et Julia. Un sculpteur de talent, visiblement très respectueux des femmes puisque dans El Techo de Cristal, il sera le seul représentant de sexe masculin à ne pas avoir spécialement de vues sur l'une ou l'autre des héroïnes... Jouant un jeu pervers avec les personnages et les non-dits, Eloy de la Iglesia développe une toile d'araignée plus tentaculaire qu'elle n'en a l'air mais ceci, sur un rythme parfois très ennuyeux et sur la base d'un script qui peine souvent à se renouveler. S'il cultive un certain mystère entourant ce personnage qui dans l'ombre prend en photos Marta ou au sujet de la disparition et de la mort ou non de Victor, le film n'est donc pas dénué d'un certain nombre de défauts. Et pourtant, tout comme pour La Semana del Asesino l'année suivante, il se peut que El Techo de Cristal exerce une certaine fascination. Entre obédience à la sexualité malsaine (comment peut-on effectivement s'embrasser, s'enlacer alors que dans la salle en question, l'atelier de Ricardo, le script évoque la présence supposée d'un cadavre à travers l'odeur de la mort ?), thriller diabolique, voyeurisme et ambiance moite, El Techo de Cristal ravira sans doute avant tout celles et ceux qui découvrirent voilà plusieurs décennies le mythique La Semana del Asesino...

 

mercredi 1 avril 2026

Angst : Zero de Gerald Kargl & le remake de The Breakfast Club !

 


 

Je sais pertinemment que cet article va en faire rugir certains de haine quand d'autres vont probablement mouiller de plaisir leur fond de culotte mais oui, cette année va sortir sur les écrans, la suite de........... Schizophrenia de Gerald Kargl avec Erwin Leder ! Mieux. Non seulement le réalisateur de l'œuvre originale est lui-même repassé derrière la caméra, mais il a en outre retrouvé l'acteur principal de ce véritable choc qui dans sa version originale est connu sous le titre Angst. Et comme je n'aime pas faire les choses à moitié et que depuis des mois je suis à la recherche de la moindre information à son sujet afin de les compiler et de vous les livrer une fois débarrassées de tout détail superflu, voici donc ce qu'il faut savoir s'agissant de ce qui risque de sortir chez nous sous le titre Angst : Zéro. Pour commencer, sachez que le film ne sera très certainement pas visible sur grand écran avant la fin de l'année puisqu'il est prévu pour une première projection lors de L'étrange festival de Paris prévu en septembre prochain. Tandis que dans le film de 1983, Erwin Leder incarnait un tueur en série qui après avoir passé de nombreuses années en prison à la suite du meurtre totalement gratuit d'une vieille dame recouvrait la liberté tout en n'étant pas débarrassé de ses sombres pensées. S'invitant dans une demeure abritant une mère de famille, sa fille et son fils handicapé mental et physique, l'homme les tua tour à tour avant de placer leurs cadavres à l'arrière d'une voiture pour ensuite partir en ville où la police allait découvrir les corps... Cut ! Le film prenait fin devant l'effroi de plusieurs témoins... Aujourd'hui, quarante-trois ans plus tard, ceux qui furent traumatisés devant ce film d'horreur culte relatant l'histoire d'un tueur schizophrène évoquant ses pulsions dévastatrices à travers un monologue intérieur se demandent peut-être encore ce qu'il a pu advenir de lui. C'est la question à laquelle Gerald Kargl et Erwin Leder vont semble-t-il tenter de répondre cette année avec cette suite inattendue et particulièrement tardive. Alors qu'en 1983, le directeur de la photographie et cameraman polonais Zbigniew Rybczyński employait une technique inédite par l'usage d'une Louma survolant littéralement le cadre et les personnages, la caméra effectuant même parfois de vertigineux travelling circulaires grâce à un axe directement fixé autour d'Erwin Leder, en 2026, Angst : Zéro semble avoir repoussé les limites entre le personnage du tueur et le spectateur. Comme semblent en témoigner certaines images encore difficilement visibles sur la toile, Gerald Kargl et son interprète se sont imposés un cahier des charges très particulier.

Palliant ainsi aux années qui ont passé et qui font aujourd'hui d'Erwin Leder un homme d'âge avancé puisqu'il cumule les soixante-quatorze années, le cinéaste et l'acteur se sont mis d'accord pour qu'il n'apparaisse à l'écran que dans de très rares occasions... Bien qu'il s'agisse d'une suite, l'idée de Angst : Zéro est de reprendre à peu près tout ce que le spectateur pouvait imaginer s'agissant des années qui avaient précédé la sortie de prison du tueur en 1983. Car comme l'on s'en doute, celui-ci s'est retrouvé à nouveau enfermé en prison après la découverte des trois cadavres à l'arrière du véhicule. Une courte vidéo le montre d'ailleurs dans sa cellule, assis sur son lit, ''cogitant'' intérieurement comme à son habitude. Une séquelle qui pourrait s'apparenter alors davantage à un remake si Gerald Kargl n'avait pas eu l'idée d'effectuer un travelling avant vers le personnage jusqu'à pénétrer le crâne du détenu et ainsi prendre place directement au cœur de ses pensées. On l'aura compris, Angst : Zéro transforme avec ce procédé, le spectateur en témoin direct des faits qui se produiront par la suite à travers une technique ''à la troisième personne''. Un peu à la manière du remake de Maniac signé du français Franck Khalfoun en 2013. ici, le procédé vise à invisibiliser le tueur pour mieux laisser parler une certaine forme de fonction mentale autonome. Le récit prend alors une forme relativement inédite puisque la frontière qui sépare le personnage du spectateur n'existe plus. Autant dire que le film semble riche de promesses. Et même si l'on n'en sait pas davantage sur le déroulement de l'histoire, il est possible que l'expérience soit au moins aussi intense que celle du Angst de 1983. Du moins, espérons-le...

Coté remake, en voilà un qui cette fois-ci mettra sans doute tout le monde d'accord : celui du film culte de John Hughes, The Breakfast Club. Oui, oui... Quel malheur lorsqu'on y pense. Car si un film ne mérite absolument pas d'être réadapté sur grand écran en ce sens où son approche des rapports humains constitués autour d'un petit groupe d'étudiants collés un samedi et n'ayant aucun rapport entre eux était parfaite, c'est bien celui-ci. On en sait peu à son sujet pour l'instant puisque en dehors des interprètes parmi lesquels l'on retrouvera notamment Timothée Chalamet qui récemment a brillé dans l'excellent Marty Suprême de Joshua Safdie et une affiche qui renvoie forcément à celle de l'œuvre originale, l'on ne peut que demeurer dans l'expectative quant à l'évolution du scénario de John Hugues qui du fait de son décès le 6 août 2009 n'aura donc pas participé à l'écriture de ce nouveau projet qui paraît-il remonte tout de même au début des années 2000 ! L'on peut juste supposer que le remake reprendra le script de 1985 dans ses grandes lignes même si l'idée d'y voir fleurir tout ce qui touche aux nouvelles technologies et au comportement des adolescents et des jeunes adultes d'aujourd'hui nous fait déjà grincer des dents... Le pari est insensé. Complètement fou. Voire même suicidaire... On en reparle dès que je mets la main sur de nouvelles infos à son sujet... Sur ce, je vous souhaite une très belle journée du 1er avril...

 

mardi 31 mars 2026

Heretics de Jose Prendes (2024) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Je m'souviens de ce moment culte et halluciné où l'animateur et critique gastronomique Jean-Pierre Coffe jeta en pleine émission La grande famille une saucisse de Toulouse industrielle en arguant que c'était de la merde. Et bien, si j'avais eu entre les mains le DVD ou le Blu-ray de Heretics plutôt que sa version dématérialisée, je crois bien que l'un ou l'autre aurait fait un vol plané de plusieurs mètres avant d’atterrir trois étages plus bas après avoir été jeté avec autant de hargne et de vigueur que le bout de charcuterie en question ! Parce que, hein, j'en ai vu des merdes. Mais des comme celle-ci, JAMAIS. Ou si rarement. Une merde, oui. Et même si ma compagne fronce les sourcils en me rappelant chaque fois qu'il est interdit d'employer ce terme, j'affirme qu'aucun autre ne peut le remplacer. Pire que l'explosion de l’usine de pesticides de l’Union Carbide, à Bhopal, en Inde. Pire que l'explosion du réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine. Pire que cet autre accident nucléaire de niveau 7 survenu après un tremblement de terre à Fukushima, au Japon. Ou pire encore que l’effondrement de l’atelier de confection Rana Plaza à Dacca, au Bangladesh. Oui, Heretics, l'antépénultième long-métrage de Jose Prendes qui jusqu'à maintenant et en vingt-cinq ans de carrière a commis une quinzaine de longs-métrages dont plusieurs films d'horreur, est bien une catastrophe qui dépasse toutes celles commises par l'Homme durant l'évolution industrielle mondiale ! Bon, j'exagère peut-être un peu puisque aux dernières nouvelles, Heretics n'a semble-t-il causé la mort de personne. L'on est par contre en droit de penser que le film aurait dû logiquement mettre un terme à la carrière de son auteur ainsi qu'à celle de ses interprètes parmi lesquels une grande majorité reste inconnue sur notre territoire tandis que la trogne de l'infatigable Eric Roberts s'y dévoile derrière le personnage de John, un prêtre qui depuis la mort de son épouse vit désormais seul avec sa fille Eva (Neely Dayan). Une sainte nitouche qui pourtant sera la seule des héroïnes féminines du long-métrage à dévoiler autant à l'écran sa plantureuse poitrine ! John accepte qu'Eva invite chez eux pour la soirée un groupe d'amis. Après toute une série d'interminables séquences réunissant de jeunes hommes et femmes lors de conversations dont l'ampleur intellectuelle sera du niveau de certains échanges entre influenceuses spécialisées dans la vente de produits de beauté sur Internet, l'un d'entre eux évoque l'idée d'aller faire un tour du côté de la maison des Simmons. Supposée être hantée, Eva hésite. Mais l'avis général l'emportant, la jeune femme accepte finalement de suivre ses amis sans se douter que la visite de cette demeure supposée hantée va se transformer en cauchemar... pour les protagonistes, certes, mais également pour nous, pauvres témoins de la mort d'un genre qui fit florès mais auquel Jose Prendes donne ici le coup de grâce en signant probablement l'un des pires films d'horreur de l'histoire du genre...


Et je ne prends aucun pincette en écrivant cela puisque si l'on additionne tout ce qui ne va pas, l'on constate que parmi les colonnes qualités et défauts, la première reste désespérément vide ! Il faut dire que le réalisateur, scénariste, producteur, acteur et directeur de la photographie vénézuélien a fait fort ! Au risque de me répéter comme j'ai tendance à le faire lorsque j'évoque un bousin de cette ampleur, tout dans Heretics est digne d'être jeté à la poubelle. Mise en scène, scénario, cadrage, photographie, bande-musicale (mon dieu ce faux air du groupe Era qui tourne en boucle), interprétation, décors, effets-spéciaux et visuels ou montage, rien ne va. Si la première partie est d'un ennui et d'une vacuité abyssaux, ça n'est presque rien en comparaison de ce qui va suivre. Comme dans tout bon ou mauvais Found Footage, la caméra de Jose Prendes est prise d'irrépressibles tremblements. Là, encore, ça peut se comprendre. Mais lorsque le cinéaste se montre incapable de tenir sa caméra à hauteur de visage, là, on s'indigne. D'ailleurs, à propos de caméra ou de tout autre objet consistant à filmer ce qui entoure les protagonistes, si le concept de Found Footage a toujours privilégié des personnages continuant à filmer ce qui les entoure au mépris du danger, ici, la chose est évidemment invraisemblable. Ce qui, au fond, produit sans doute un effet indésirable et qui pourtant ''sauve'' le film de son passage à la poubelle : les rires ! Car il n'est pas rare en effet d'éprouver ce sentiment de joie rencontré par le passé lors du visionnage de certains grands classiques du Nanar. Car si Heretics est effectivement une bonne grosse daube comme le septième art est rarement capable de nous en proposer de ce niveau là, beaucoup d'événements s'avèrent si invraisemblables qu'il est pratiquement impossible de retenir certains sourires devant des situations que le réalisateur refuse pourtant probablement de voir autrement que sous le prisme du premier degré. Je ne vais pas dévoiler le contenu du maigre scénario pour laisser libre court à l'imagination de celles et ceux qui voudraient malgré tout le découvrir mais sachez que vous vous apprêtez à voit une œuvre hybride. Entre infâme petite production horrifique cumulant tant de tares qu'il mérite sa place dans le top 3 des pires films des années 2010 et comédie involontaire à force de faire tourner ses personnages en rond alors qu'il aurait si simple pour eux de quitter les lieux... Un conseil : regardez le film en version française. Histoire d'en ajouter une couche avec ses doublages dégueulasses et sa post-synchronisation foireuse... !

 

lundi 30 mars 2026

We Bury the Dead de Zak Hilditch (2024) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

En 2010, la série télévisée américaine The Walking Dead a non seulement réussi à remettre au goût du jour le phénomène du zombie mais aussi à le rendre populaire auprès d'un public divers et varié. De ''presque'' sept à soixante dix-sept ans, les téléspectateurs se ruèrent alors en masse devant leur poste de télévision pour suivre les aventures de Rick Grimes, de sa famille, de ses amis mais aussi d'antagonistes de haute volée alors même que sur grand écran et depuis huit ans déjà, 28 days Laters de Danny Boyle et ses infectés avaient volé la vedette à ces créatures malodorantes et rampant à la vitesse d'hommes et de femmes très sévèrement pris de boissons après une soirée trop bien arrosée... Trop de zombies tuant le concept, on a vu des hordes de créatures dans autant de bons et de médiocres longs-métrages au point que le mythe a fini par s'essouffler et par ne passionner plus qu'un tout petit groupe d’irréductibles quand d'autres se sont probablement tournés vers d'autres horizons comme le Body Horror... Et pourtant, malgré un désintérêt presque aussi logique que le dégoût que peut produire la consommation quotidienne et sur des années du même plat, il est possible parfois de tomber sur une perle plus ou moins rare qui détonne face à la concurrence. We Bury the Dead est le dernier long-métrage du réalisateur et scénariste australien Zak Hilditch qui en 2017 s'est fait connaître à l'échelle mondiale pour avoir adapté pour la plateforme de streaming Netflix le court roman de Stephen King 1922 et qui en 2024 a donc choisi de mettre en scène une petite poignée de personnages dans un énième film de zombies même si le terme s'avère en réalité plutôt réducteur puisque le film diffère de la concurrence tout en réunissant pas mal d'éléments propres au genre. Au titre desquels, un monde dévasté ici réduit à l'échelle de la Tasmanie, cet état australien sur les côtes duquel les États-Unis ont testé une arme expérimentale qui a décimé plus de cinq-cent milles habitants ; Soit, la totalité des autochtones dont l'époux de l'héroïne, en place depuis un certain temps et qui comme les autres n'a pu échapper à la catastrophe. Bien qu'une partie de l'île soit toujours en quarantaine et surveillée par l'armée en raison d'un immense feu qui n'a pas encore été tout à fait éteint, Ava Newman (l'actrice britannique Daisy Ridley) conserve toujours l'espoir de retrouver son époux vivant. Mais situé aux dernières nouvelles dans une région qui connaît une restriction, la jeune femme débarque en Tasmanie afin de participer à la recherche et à la récupération des cadavres dans l'espoir de pouvoir peut-être échapper à la vigilance des militaires pour rejoindre celui qu'elle aime...


Aidée par Clay (l'australien Brenton Thwaites), la jeune femme va alors prendre la route à l'arrière d'une moto pilotée par celui qui jusqu'à maintenant lui servait de binôme lors de l'ingrate tâche consistant extraire les morts de chez eux. Rattaché au film de zombies, We Bury the Dead développe de manière beaucoup moins radicale que certains concurrents ce concept qui met généralement en place un univers sombre et hostile dans un futur plus ou moins proche et dystopique et où la loi du plus fort et du plus immoral concourt avec les créatures qui se sont relevées pour des questions de territoire et de survie (les secondes agissant de manière mécanique et sans réelle conscience de faire le mal). L'idée d'un monde où les ressources se sont raréfiées, où les morts ont en grande partie pris la place des vivants et où des individus très mal intentionnés usent de tous les moyens pour obtenir ce qu'ils veulent est ici réduite à sa plus simple expression. En dehors d'un soldat ayant perdu quelque peu la tête et envisagé de remplacer sa femme défunte par notre héroïne ou d'un groupe d'individus tuant tout ce qui traîne (au sens littéraire) sur leur chemin, le long-métrage de Zak Hilditch s'avère particulièrement sobre. Ici, l'espoir d'assister à des séquences gore lors desquelles des morts-vivants dévoreront celles et ceux qui oseront passer à proximité s'amenuise au fil d'un récit dont on comprendra que ce qui intéresse tout d'abord le réalisateur et scénariste est le refus du deuil. Car évidemment, plutôt que de se contenter d'une fin optimiste durant laquelle Ava retrouverait un Mitch (Matt Whelan) bien vivant, Zak Hilditch préfère décrire l'histoire de la jeune femme à travers un road trip bien moins hostile que dans certains autres films du genre même si dans le cas de We Bury the Dead, les dangers existent bel et bien. Ce qui force ici le respect est la sobriété et la grande intelligence avec laquelle le cinéaste australien traite son sujet. On est notamment touchés par cette jeune héroïne dont certaines séquences reviennent sur sa vie de couple. Bref, sans être LE film de zombies que tout le monde attendait certainement, We Bury the Dead s'avère être une très bonne surprise, et ce même si le film ne se distingue pas visuellement de la majorité des œuvres du genre tournées sur le continent américain alors même que celui-ci a été réalisé en Australie-Occidentale, à Albany...

 

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