En 1965, Roman Polanski
réalisait Répulsion.
Un long-métrage britannique dans lequel le cinéaste franco-polonais
mettait en scène l'actrice française Catherine Deneuve dans le rôle
de Carol, jeune femme introvertie, psychotique et ayant déployé une
peur viscérale envers les hommes. Si dans ce classique du septième
art les raisons invoquant son aversion pour la gente masculine
étaient peu explicites, les démons intérieurs qui dans Clash
de Raphaël Delpard allaient faire de Catherine Alric l'héroïne
d'un récit très étrange dans lequel la jeune femme allait être
tourmentée par la présence d'un inconnu sont déjà beaucoup plus
simples à comprendre. Incarnant Martine, une jeune femme confiante
qui sur demande de son ami Be Schmuller (l'acteur Bernard Fresson)
accepte de passer la frontière avec une mallette remplie d'argent
jusqu'à un lieu très précis. Une usine désaffectée où elle
patientera jusqu'à ce que l'homme en question la rejoigne. Seule,
Martine angoisse. D'autant plus que ce nouvel environnement déploie
chez la jeune femme de profonds tourments directement liés à son
propre passé. Marquée par une enfance traumatique, elle va
affronter ses démons intérieurs à travers la présence d'un
étrange personnage interprété par Pierre Clémenti et supporter
des visions cauchemardesques qui tiennent autant de souvenirs de sa
petite enfance que des tentatives apparentes du nouveau venu de s'en
prendre à elle... Les plus anciens se souviennent sans doute très
bien du mythique Festival
international du film fantastique d'Avoriaz
qui en France et entre 1973 et 1993 présenta durant vingt ans
diverses sélections de films d'horreur, d'épouvante, de
science-fiction et fantastiques. Festival où émergèrent de futurs
classiques parmi lesquels certains furent présentés en 1984.
L'année même où y sera sélectionné Clash.
Un privilège qui pour Raphaël Delpard et pour son antépénultième
long-métrage de fiction se transformera en véritable chemin de
croix face à une impitoyable concurrence et des critiques amères
face à cette petite production hexagonale sortant très largement
des carcans auxquels la presse et le public étaient habitués. Ayant
abandonné la fiction peu de temps après pour se consacrer au
documentaire historique, Raphaël Delpard signe ainsi une œuvre
étrange, que d'aucun pourra considérer d'ennuyeuse, voire de très
prétentieuse. Du ''cinéma d'auteur'' pourtant mis en scène par un
cinéaste qui jusque là s'était adonné à la pornographie avec
Perversions
en 1976 et Lycéennes perverses
en 1979, tous deux réalisés sous le pseudonyme Peter Rafael ainsi
qu'à la comédie franchouillarde avec Ça va pas
la tête en
1978 et surtout Les bidasses aux grandes
manœuvres en
1981...
Mais
Raphaël Delpard, on le connaît surtout pour La
nuit de la mort!
qu'il réalisa en 1980. Un film d'horreur parfois considéré de
culte même s'il est plus simple de le ranger dans la catégorie des
nanars bien de chez nous ! Avant de changer radicalement de
registre, le voici donc en 1984 près à affronter une rude
concurrence au festival d'Avoriaz. Face à lui, de grands noms de
l'horreur et du fantastique : John Carpenter, Dick Mass (qui à
ce moment très précis reste encore un inconnu chez nous), David
Cronenberg ou bien Paul Verhoeven. Avec dans leur valise, rien moins
que quelques classiques du genre, tels et respectivement, Christine,
L'ascenseur,
Dead Zone
ainsi que Le quatrième homme...
Bref, on l'aura compris, Clash
y fait figure de véritable ovni et ça n'est que beaucoup plus tard
qu'il faudra rendre à César, ou plutôt, à Delpard, ce qui est à
Delpard... Car autant, effectivement, Clash
peut se révéler ennuyeux, obscure et donc totalement
incompréhensible, autant le film possède certains charmes. Car
au-delà de la théâtrale incarnation de Pierre Clémenti dont la
seule présence au générique témoigne d'un show à venir des plus
étranges, Raphaël Delpard fait preuve d'une générosité qui
dépasse de très loin le seul statut d'éventuel film d'auteur
''onaniste'' que revêt Clash.
Une œuvre passionnée, passionnante si l'on reste accroché à ce
wagon bourré jusqu'à la gueule d'idées toutes plus farfelues les
unes que les autres, mais qui eut la mauvaise idée de sortir au
mauvais moment. Face à des distributeurs frileux se demandant sans
doute ce que pouvait vouloir signifier cet OFNI qui avait peut de
chance d'attirer les foules dans les salles (ce qui fut le cas),
Clash
n'est alors visible que dans de rares salles de cinéma, omettant en
outre d'être projeté dans la capitale, et n'attire que quelques
spectateurs plutôt curieux à l'idée de découvrir ce qui pouvait
se cacher derrière le titre et la présence d'interprètes
généralement peu dévolus à ce genre de cinéma. On ne reprochera
pas à ceux qui l'ont immédiatement détesté d'être depuis restés
campés sur leur position. Sans doute le film de Raphaël Delpard
mérite-t-il une double projection pour être véritablement
apprécié. Et encore, ça n'est pas certain. Mais aussi bizarre que
cela puisse paraître, le spectacle n'est pas aussi indigeste qu'on
pourrait le croire. Et puis, voir Catherine Alric entièrement nue
sous la douche ou recouverte de sang après avoir été attaquée par
un Pierre Clémenti tout droit sorti de chez un ''Lucio
Fulci low-cost''
ne nous étant pas offert tous les jours, pourquoi se priver... ?

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