L'instituteur John Grant
enseigne à Tiboonda, petit coin paumé d'Australie. Aujourd'hui est
le dernier jour d'école pour sa quinzaine d'élèves. Après avoir
dit au revoir au propriétaire du petit hôtel minable où il loue
une chambre à l'année, John part prendre un train qui doit
l'emmener jusqu'à la ville de Yabba, première étape d'un voyage
vers la ville de Sydney où John doit retrouver sa compagne.
L'instituteur doit y
passer une nuit avant de reprendre le train dès le lendemain matin.
Profitant de la soirée, il part visiter les lieux et notamment le
bar où tous les habitués semblent s'y être donné rendez-vous. Là
il y fait connaissance de Jock Crawford, le shérif de la ville. Les
deux hommes sympathisent et partagent un grand nombre de bières.
Avant d'aller se coucher, John désire manger un morceau. Le shérif
emmène alors son nouvel ami dans un restaurant dans lequel des paris
sont donnés sur un jeu typique de la ville. John est tenté, joue,
et gagne. Trop envieux de finir avec son métier d'instituteur, il
remet en jeu les quatre-cent dollar qu'il a jusqu'à maintenant
remporté mais perd l'intégralité de la somme. Il y fait la
connaissance du docteur Tydon qui se définit comme « bohème
de nature et alcoolique »...
Douze années avant son
Rambo, le cinéaste Ted Kotcheff signe cette œuvre très
particulière qui connut des sorties diverses avant de totalement
disparaître pendant des années. Ce n'est qu'en 2002 que des
négatifs sont découvert à Pittsburgh et que le film est de nouveau
projeté à Cannes trente-huit ans après sa première présentation
au fameux festival du cinéma. L'un des éléments centraux de
l’œuvre de Ted Kotcheff et cette implacable canicule qui colle à
la peau des personnages. Une atmosphère pesante et étouffante qui
rappelle celle d'un futur chef-d’œuvre signé trois ans plus tard
par l'immense Sam Peckinpah, Apportez-moi la Tête d'Alfredo
Garcia. Wake In Fright est un drame, mais aussi un survival un
peu particulier puisque l'on n'y voit pas un homme se confronter à
la barbarie d'autochtones dégénérés mais plutôt à la sympathie
d'indigènes qui ont fait de l'alcool, et notamment la bière, leur
meilleure compagne.
Qualifiée de ville
paradisiaque par le chauffeur de taxi qui va emmener John en ville,
Yabba recèle un pouvoir d'attraction qui n'a rien à voir ici avec
la moindre influence séductrice, mais plutôt à voir avec un piège
à souris duquel il devient alors difficile de s'extraire.
Le personnage apparemment
lisse de l'instituteur se mue alors en buveur invétéré, incapable
de se défaire de ces hommes passionnés par la chasse aux
kangourous. Le film nous « offre » d'ailleurs une
scène particulièrement difficile à supporter lors de laquelle John
et ses compagnons chassent de nuit l'animal emblématique du pays.
D'ailleurs, cette trop longue séance qui ressemble davantage à un
massacre qu'à une banale partie de chasse nous montre sans ambages
des kangourous se faire tuer « pour de vrai »
devant la caméra transformée un instant en œil voyeur ! Une
scène que le cinéaste justifie en expliquant durant le générique
de fin que les pauvres bêtes ont été tuées durant un véritable
partie de chasse orchestrée par de vrais chasseurs.
En dehors de cette séance
éprouvante qui montre bien la sauvagerie latente de ces autochtones,
le film montre avec éclat la déchéance d'un homme bien sous tous
rapports qui à leur contact va se retrouvé déconnecté de la
réalité et va plonger dans les affres de l'alcool et de la
déchéance. Wake In Fright est un petit bijou qui sous
l'apparence d'un petit film d'aventures sans prétentions cache un
vrai cauchemar sur pellicule. Le dépaysement est total et la carte
postale bien jaunie. L'immense Donald Pleasance et l'acteur Gary Bond
explosent dans cette œuvre suffocante qui ne laisse pas le
spectateur indemne. C'est peut-être d'ailleurs le choc culturel qui
donne le frisson ici. Le cinéaste fait de ses personnages des êtres
primaires qui ne vivent que par et pour la boisson. Et même si le
film ne convoque qu'en de très rares occasions une certaine
violence, il demeure tout de même dans l’œuvre de Kotcheff la
curieuse impression que tout peut basculer dans l'horreur en un
instant. une très belle réussite...










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