Si Newborn,
le dernier long-métrage du réalisateur afro-américain Nate Parker
ne fait pas véritablement partie du courant Blaxploitation,
celui-ci partage divers points communs avec ce genre
cinématographique né dans les années soixante-dix sur le
territoire des États-Unis. La plupart des protagonistes sont
eux-mêmes issus de la communauté noire américaine (à l'exception
de David Oyelowo) et même si le sujet ne traite pas toujours
directement des préoccupations du mouvement initié en 1971 par
Melvin Van Peebles avec Sweet Sweetback's
Baadasssss Song
et Gordon Parks avec Shaft,
certaines séquences semblent pourtant vouloir s'y rattacher. L'un
des héros, Chris Newborn (le britannique David Oyelowo), s'apprête
à épouser sa compagne Tara Benton (Olivia Washington), alors
enceinte, lorsque son frère Keith (Jimmie Fails) débarque chez eux,
blessé, après avoir causé accidentellement la mort d'une personne.
Possédant déjà un casier judiciaire qui risque de l'envoyer en
prison pour longtemps, son frère aîné Chris décide de se faire
passer pour le responsable et part donc prendre sa place en prison.
Lors du procès, le juge est clément et le condamne à deux ans de
prison. Mais alors que sa peine arrive à son terme, Chris est accusé
du meurtre d'un codétenu et se retrouve condamné à sept années
d'isolement. À sa sortie de prison, il retrouve Tara ainsi que leur
fils Jake (Aiden Stoxx) alors âgé de neuf ans. Afin de se
reconstruire, le couple et leur enfant prennent la décision de
partir s'isoler dans un hôtel temporairement fermé où ils sont
accueillis par le gestionnaire du complexe, un certain Hersh
qu'incarne à l'écran Barry Pepper (Il faut
sauver le soldat Ryan
de Steven Spielberg, La ligne verte
de Frank Darabont ou encore les second et troisième volet de la
franchise Le labyrinthe)...
Si tout ou presque laisse tout d'abord penser que l'on va avoir droit
à un ersatz du Shining
de Stanley Kubrick, le long-métrage de Nate Parker ne partage en
réalité avec ce classique de l'épouvante que le contexte
géographique et l'environnement dans lequel vont évoluer nos
protagonistes. Car plus qu'un simple film d'horreur (ce que Newborn
n'est absolument pas malgré l'intégration de quelques séquences
plus ou moins horrifiques), l’œuvre du cinéaste américain
cherche d'abord à faire l'évaluation d'un traumatisme lié à
l'isolement d'un homme dans une cellule de prison durant de longues
années...
Newborn
évoque de manière fort juste la corruption des autorités (ici,
deux gardiens de prison coupables d'un homicide), l'emprisonnement
d'un homme totalement innocent des faits qui lui furent reprochés,
l'éloignement de la famille ou encore le sacrifice. Surtout, le film
de Nate Parker montre avec une force sans égale la manière dont se
déconstruit la personnalité d'un individu qui une fois dehors a
perdu tous ses repères. Jusqu'à avoir de grandes difficultés à
renouer avec sa compagne. Newborn
traite également des rapports d'un père à son fils qu'il n'a pas
eu la chance de voir grandir. Et au milieu de toutes ces difficultés
à réintégrer un monde dont il a été écarté durant neuf années,
l'intrigue exploite deux idées qui s'entremêlent avec un certain
brio. D'un côté, la paranoïa et de l'autre le complot. L'un comme
l'autre devenant des éventualités incertaines puisque longtemps
avant de comprendre ce qui se trame autour de nos héros, Nate Parker
cultive l’ambiguïté. Le spectateur se demande alors si Chris est
fou ou si ce qu'il s'imagine se tramer autour de lui est réel. Et
dans un cas comme dans l'autre, le réalisateur et scénariste sème
divers témoignages visuels ou comportementaux qui ne cessent de
provoquer le doute, entre les sinistres visions de Chris dont
certaines sont absolument troublantes (les tombes) et le comportement
parfois très étrange du gestionnaire du complexe hôtelier Hersh...
Nate Parker exploite en outre avec une très grande finesse les
rapports humains et l'intimité de Chris et de Tara. Voire même
celle de Jake qui malgré son mutisme est parfaitement interprété
par le jeune Aiden Stoxx. On pourra tout juste regretter une toute
dernière partie beaucoup plus convenue mais dont le déroulement
reste ici inévitable mais Newborn
fait partie de ces œuvres dont on n'attend pas forcément grand
chose et qui au final se révèlent des réussites. Ou comment lier
traumatisme, ambiance paranoïaque, psychologie oppressante, amour
profond et compassionnel, mise à l'épreuve, patience, culpabilité
et détermination. Bref, une excellente surprise...
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