Les distributeurs
français ont parfois de drôles d'idées. Comme celle, par exemple,
d'avoir traduit La Isla de la Muerte
du réalisateur, scénariste et acteur américain Mel Welles par Le
baron vampire.
À ne pas confondre bien évidemment avec Baron
vampire
(Gli Orrori del Castello di Norimberga)
que réalisera cinq ans plus tard l'italien Mario Bava. Un titre
français d'autant plus absurde qu'il aiguille le spectateur dans une
mauvaise direction en le poussant à croire que les personnages du
récit seraient confrontés à un suceur de sang aux dents longues
alors que La Isla de la Muerte
est en réalité beaucoup plus proche du roman de Herbert George
Wells L'Île du
docteur Moreau
(The Island of Dr.
Moreau)
dans lequel un naufragé du nom d'Edward Prendick échouait sur une
île et y découvrait la présence d'un savant fou (le Docteur Moreau
du titre), un homme de science totalement obsédé à l'idée de
transformer des animaux en êtres humains... Ici, le concept est à
peu près le même à la seule différence où le Baron von Weser
qu'incarne à l'écran l'acteur américain Cameron Mitchell est
fasciné à l'idée de créer des espèces végétales mutantes. Un
peu à la manière d'un whodunit
qui dégénérerait pour se transformer au final en un film
horrifico-fantastique, l'intrigue débute sur le continent où un
homme harangue la foule en promettant la visite d'une île
paradisiaque remplie d'une flore luxuriante. Six personnes prennent
place à l'arrière de son véhicule et font donc route en voiture,
puis à bord d'un ferry. À leur arrivée, ils sont les témoins d'un
drame lorsque à bord d'une seconde voiture le chauffeur écrase
accidentellement l'un des employés du propriétaire des lieux.
L'homme meurt sur le coup mais le Baron von Weser les console en leur
expliquant que la victime était atteinte de troubles mentaux. Une
fois rassurés, les six convives pénètrent l'immense demeure de
leur hôte... L'invraisemblable traduction française du titre
s'explique de deux façons. La première étant que la région a été
désertée par des villageois superstitieux convaincus que des
vampires vivent sur l'île...
Quant
à la seconde, nous ne la découvrirons que bien plus tard, après
que l'on se soit par erreur forgé l'idée selon laquelle des
''descendants'' de Dracula sont responsables des quelques morts qui
surviendront durant le récit ! Bien que le scénario de Mel
Welles, d'Ernst Ritter von Theumer et de Stephen Schmidt se résume à
ce que ce type de cinéma d'épouvante nous habitue généralement,
le réalisateur dresse une galerie de personnages pas inintéressante.
Outre l'énigmatique Baron et son serviteur Baldi (l'acteur Mike
Brendel) qui fait figure d'ersatz du Igor de l'univers de
Frankenstein, nos six touristes forment un groupe on ne peut plus
hétéroclite et pour certains, relativement excentriques. Dans cette
dernière catégorie nous citerons Cora Robinson (l'allemande Kai
Fischer), femme adultère, alcoolique et un brin nymphomane qui se
jette sur tout ce qui bouge au grand dam de son vieil époux, James
(le suédois Rolf von Nauckhoff). Toujours dans la même catégorie,
citons ensuite Myrtle Callahan (l'espagnole Matilde Muñoz Sampedro),
une sexagénaire superstitieuse qui s'affole à la moindre occasion
et qui n'aura de cesse que de trouver dans l'un des autres convives,
le suspect idéal : le Professeur Julius Demerist (l'allemand
Hermann Nehlsen). Botaniste de profession qui a toujours l'air
d'avoir un balais profondément enfoncé entre les fesses, il se
passionne pour les activités du Baron jusqu'à lui proposer de
travailler à ses côtés. Cette étonnante galerie de personnages
est complétée par un très joli couple. D'un côté, l'architecte
David Moss (l'espagnol George Martin), jeune ''élégant''
particulièrement prévenant. Surtout s'agissant de la magnifique
Beth Christiansen qu'interprète quant à elle la superbe actrice
originaire de Grenade, Elisa Montés. Sympathique petit film
d'horreur, La Isla de la Muerte
ne trompe son monde pas très longtemps. Et même si certains
meurtres sont exécutés hors champ histoire de cultiver le plus
longtemps le mystère quant à leur auteur, il est assez facile
d'imaginer que le tueur n'est peut-être pas celui qu'évoque le
titre français. Notons qu'à l'internationale le long-métrage fut
affublé de divers titres, tels l'assez peu gouleyant Bloodsuckers,
mais également Slaughter of the Vampires
ou Island of the Doomed...
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