Quatre longs-métrages en tant que réalisateur au compteur, pas un
de plus. Nathalie après l'amour
en 1970, Les tueurs fous
en 1972, Tarzoon : la honte de la jungle
en 1975 et Mama Dracula
en 1980... Boris Szulzinger aura donc passé le plus clair de son
tant à produire des films que de mettre en scène des histoires
aussi curieuses que celle qui concerne justement Les
tueurs fous.
Reposant néanmoins sur un authentique fait-divers qui défraya la
chronique judiciaire française au tout début des années
soixante-dix, le long-métrage raconte la folle expédition
meurtrière de deux jeunes individus. Installés chez un journaliste
interprété par Georges Aminel, les bruxellois Roland et Dominique
vivent de rapines et semblent fascinés par les armes à feu.
Lorsqu'ils découvrent chez leur hôte plusieurs fusils, les deux
hommes, incarnés à l'écran par Roland Mahauden et Dominique Rollin
s'en emparent pour aller s'entraîner au tir dans une décharge. Une
fois leur entraînement terminé, ils remontent à bord de la voiture
qu'ils ont récemment volée et patientent jusqu'à ce qu'une
première cible vivante débarque dans leur champ de vision. Un homme
déboule alors en motocyclette et les deux hommes le suivent de très
près. Zigzaguant sur une route située en bordure d'une forêt, l'un
d'eux se penche à l'extérieur du véhicule et commence à tirer sur
le pauvre homme qui finit par s'effondrer au sol. Transportant
ensuite le cadavre plus profondément dans les bois, ils se prennent
en photo à ses côtés avant de téléphoner au journaliste, de lui
donner rendez-vous dans un bar et ainsi lui confier les clichés
qu'ils viennent tout juste de prendre... Aussi absurde qui puisse
paraître le comportement de Dominique et Roland, cette attitude
semble montrer un désordre psychologique relativement important chez
nos deux protagonistes. Deux esprits libres de toute contrainte, qui
volent des voitures au grand jour, pillent des cadavres à l'image de
cette femme d'âge avancé qu'ils assassinent sans raison apparente
et se moquent ouvertement de leurs victimes. Souvent comparé à
Orange Mécanique
de Stanley Kubrick dont il ne partage évidemment pas les qualités
mais plutôt le thème de l'ultra violence, Les
tueurs fous,
également connu sous son premier titre En pleine
gueule
est donc basé sur la série de meurtres que commis un an en arrière
Alain
Grenouille...
Un
criminel qui aux côtés d'un adolescent âgé de seulement seize ans
prénommé Robert s'attaqua à plusieurs personnes. Entre le 28 et le
31 juillet de l'année 1971, les deux criminels tuèrent un ouvrier
d'une usine
Simca-Chrysler
et un employé de station-service de dix-huit ans et blessèrent un
mécanicien, un garde-forestier ainsi que femme d'une cinquantaine
d'années... Contrairement à Alain Grenouille qui apporta une
explication s'agissant des meurtres qu'il commis avec son jeune
complice, expliquant ainsi qu'il voulait selon ses propres termes
''se
venger de cette vacherie de société'',
le scénario de Boris Szulzinger, Pierre Bartier et Michel Gast
laisse les spectateurs dans le flou. Dans un esprit Queer
assez peu courant pour l'époque, le réalisateur définit ses deux
assassins à travers une orientation sexuelle qui semble sortir des
normes pour être ici définis comme un couple homosexuel. Le
journaliste qui les accueille étant lui-même attiré par l'un des
deux hommes. Témoignant de leur peu d'appétence pour les femmes,
ils se refuseront à l'une d'entre elles qui une fois au lit essuiera
un double refus d'avoir un rapport avec elle ! Si de nos jours
rien ne semble pouvoir faire reculer la communauté LGBTQ+
s'agissant de son exposition à l'image, la présence ici de deux
homosexuels étant en outre motivés à l'idée de disséminer autour
d'eux un maximum de cadavres peut sembler parfois incommodante. De
plus, une fois mis en parallèle avec les meurtres isolés commis sur
notre territoire et depuis quelques années par des ''assassins en
herbe'', Les tueurs
fous
peut s'envisager comme une œuvre visionnaire, où le meurtre est
accompli de manière froide et distanciée. Ici, le polaroid
remplaçant en outre le téléphone portable tandis que les locaux du
journalisme précèdent les futurs réseaux sociaux. Si la société
enfante objectivement des monstres froids, immoraux et indifférents
aux actes dont ils sont les auteurs, Les
tueurs fous
témoigne de l'impuissance de l'état à régler ce type de
problèmes. Plus de cinquante ans après, rien n'a malheureusement
changé et tout semble même avoir empiré...









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