Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

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samedi 10 octobre 2026

Fanged Up de Christian James (2017) - ★★★★★☆☆☆☆☆



La Grande-Bretagne s'est lancée depuis un certain nombre d'années dans la production d'une large sélection de long-métrage horrifi-comiques dont les zombies font très majoritairement les frais. Les pauvres. Il y a deux ans, le cinéaste britannique Christian James réalisait son troisième film après Freak Out en 2003 et Stalled en 2013. Deux œuvres qui déjà, mêlaient horreur et comédie. Pour son dernier film à l'heure actuelle, Christian James ne convoque non pas une horde de zombies mais des vampires et ce, dans un cadre hors du commun puisqu'il s'agit d'une prison dans laquelle sont enfermés de petits délinquants ayant comme particularité de ne pas avoir de famille (pratique lorsque l'on veut faire disparaître un individu que personne ne recherchera) et de partager le même groupe sanguin. C'est là qu'est envoyé Jimmy Ragsdale qui après avoir semé la pagaille dans une boite de nuit se retrouve donc traité comme n'importe quel criminel alors qu'il n'a en réalité pas vraiment commis d'acte répréhensible (le bonhomme tentait de draguer l'épouse du patron d'une boite de nuit quand ce dernier tentait de se débarrasser de ce très embarrassant employé aux cuisines). C'est là également qu'il fait la connaissance de son compagnon de cellule, l'imposant Victor Stanczyk (l'impressionnant Stu Bennett), condamné pour avoir tué son propre frère, et brute épaisse qui contre toute-attente, va prendre soin du nouveau venu surnommé ''bite molle'' (ce qui donne un aperçu assez clair du contenu de ce descendant direct d’œuvres aussi diverses que le Evil Dead de Sam Raimi, Une Nuit en Enfer de Robert Rodriguez ou encore Braindead de Peter Jackson.

Si la promesse de nous en donner pour notre argent en matière de gags et de sang est tenue, le film n'est cependant pas totalement réussi. Du moins, lors de certains passages. Concernant le premier tiers, Fanged Up assure haut la main en matière d'humour. Les répliques fusent, le film étant à ce moment promis à un statut de film culte. Malheureusement, le soufflet retombe dès le second acte durant lequel le héros (ou pourrions-nous plutôt dire, le Zéro) est déjà installé dans ses quartiers. Un centre pénitencier d'un genre quel que peu différent puisque l'intégralité des gardiens, ainsi que n'importe quel autre membre du personnel, directeur compris, sont tous des vampires assoiffés de sang. Ce qui peut expliquer le fait que chaque détenu possède un groupe sanguin identique aux autres (on suppose alors que ce dernier est d'une qualité supérieure aux autres, et même si l'impasse est faite sur les raison de ce choix, en réalité, on s'en fout un peu). Tout ce qu'attend en réalité le public, c'est de voir dégénérer la situation. Ce qui arrive bien évidemment lors du dernier tiers...

… lors duquel notre héros, d'une exceptionnelle poltronnerie, tente de fuir la prison en compagnie d'un petit groupe de survivants parmi lesquels se trouve donc son nouvel ami Victor, mais également la séduisante Katie Makepeace (Danielle Harold), médecin de la prison venue à l'origine enquêter sur la disparition de son prédécesseur. Si Fanged Up ne se départit jamais de son humour, cette fois-ci les choses sérieuses commencent. Un festival de scènes gore très sanglantes (en réalité, des seaux de faux sang balancés au visage des interprètes), certaines se révélant d'ailleurs particulièrement originales (on pense notamment au prisonnier coincé à l'intérieur d'une plaie béante située au beau milieu de la cage thoracique d'un vampire). Les interprètes s'amusent beaucoup, le spectateur, à certains endroits, beaucoup moins. Les couleurs sombres rendent certaines séquences illisibles et gâchent un peu le tableau, mais on sent un vrai amour du cinéaste pour le cinéma d'horreur artisanal. Un petit film sympathique mais pas transcendant...

vendredi 9 octobre 2026

La ville des silences de Jean Marbœuf (1979) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Voilà un bien curieux polar à la française, typique du cinéma hexagonal de la fin des années soixante-dix et du début des années quatre-vingt. Réalisé et écrit par Jean Marbœuf, cinéaste que les amateurs de cinéma d'horreur connaissent pour avoir fait parler de lui en 1986 avec la comédie (G)horrifique intitulée Grand Guignol, l'homme signe en 1979 avec La ville des silences une œuvre aussi étrange que puisse l'être son titre. L'action se situe dans la ville imaginaire de Creuzeville. Une petite bourgade de province tenue par la famille d'industriels Mahu dont le patriarche vient tout juste de rendre l'âme après s'être pris une balle en pleine tête. Notons le cynisme avec lequel Jean Marboeuf tourne cette séquence. Tandis qu'une balle traverse une vitre pour terminer sa course à l'intérieur du crâne du vieil homme, un travelling arrière montre six secrétaires-dactylographes tapant si fort sur leur machine à écrire qu'elles couvrent le bruit de l'impact. Cette scène, aussi tragique qu'amusante révèle en un seul plan le ton du film dans sa globalité. Car si La ville des silences est effectivement un polar, son auteur traite le sujet non sans ironie mêlée d'un certain degré d'insolence. Pour autant, et aussi légère que puisse être l'enquête menée par le détective privé homosexuel et végétarien Paul Briand (Jean-Pierre Cassel), le sujet du film est grave. Dans un contexte qui le rapproche du cinéma de Claude Chabrol, avec ce petit village provincial et cette bourgeoisie dominante que le cinéaste n'avait de cesse que de démonter, Jean Marboeuf décrit une bourgade sous la coupe d'une famille contrôlant la mairie, l'industrie ou encore le journal local. Lorsque le PDG meurt, ses subalternes s'inquiètent. D'autant plus que l'un après l'autre, ils reçoivent tous des lettres de menaces anonymes. Enquêtant sur l'affaire, Paul Briand se frotte aux habitants de Creuzeville. Du chômeur (Jean-Marc Thibault) au plus haut responsable de l'entreprise, Nathan Fairjacque (Michel Galabru) en passant par le très poltron François Lestin (Michel Duchaussoy). Sans oublier quelques personnalités féminines, comme l'épouse de Fairjacque, Muriel (Claire Maurier), la compagne de François Lestin (interprétée par Evelyne Buyle), Julie (Amélie Prévost) ou encore la prostituée (Maitena Galli)...



Difficile de prendre le récit au premier degré malgré les cadavres qui s'empilent. Pourtant, Jean Marboeud traite de sujets aussi sérieux que le contrôle de la justice, de l'économie et de la police par le PDG de l'entreprise locale. On pourrait également rapprocher le film du style si particulier de Jean-Pierre Mocky qui durant ses heures de gloire dispensa lui-même quelques brûlots contre la bourgeoisie, le Gouvernement et d'autres types d'autorités ! Le directeur de la photographie Ken Legargeant imprime à la pellicule des teintes fades en dénaturant les couleurs d'origine d'un village déjà pas très encourageant d'un point de vue architectural. Et comme le précise la voix-off au début de l'histoire, lorsque à Creuzeville, rien ne va, il se met à pleuvoir. Et la pluie, il va y en avoir beaucoup dans ce village terne et triste et dont les notables sont tous plus ou moins corrompus et d'une lâcheté crasse ! Il suffit d'ailleurs de voir l'attitude totalement détachée vis à vis des meurtres de la seule autorité officielle en la personne du commissaire qu'incarne Pierre Doris pour s'en convaincre. Si la bande-son apporte énormément au statut de bizarrerie du long-métrage, c'est bien grâce à la partition du compositeur allemand Karl-Heinz Schäfer réputé pour ses composition atypiques. Aux côtés de Jean-Pierre Doering il signe ici effectivement une musique étrange, décalée et parfois minimaliste au point de ne tenir que sur une seule note durant les moments de tension. Du côté des anecdotes, il en est une qui s'avère assez savoureuse. En effet, lors du montage du film réalisé par Anne-France Lebrun et auquel assista le producteur, ce dernier désapprouva le choix de l'assassin et la noirceur du dénouement. Il refusa alors l'accès à la salle de montage au réalisateur afin de monter le film selon ses propres choix. Voulant conserver le long-métrage tel qu'il l'avait conçu, Jean Marboeuf escalada le toit du bâtiment parisien qui renfermait les studios de montage afin de dérober les bandes et ainsi monter La ville des silences tel qu'il l'avait imaginé...

 

jeudi 8 octobre 2026

Ronde de nuit de Jean-Claude Missiaen (1983) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Cher au cinéma outre-atlantique, le Buddy Movie est un genre auquel s'essaie régulièrement le cinéma hexagonal. Un courant que l'on rattache en général à la comédie et au film policier et qui chez nous a parfois donné naissance à quelques classiques. On pense notamment aux trois duos que formèrent Gérard Depardieu et Pierre Richard dans La chèvre (1981), Les compères (1983) et Les fugitifs (1986) tous trois réalisés par Francis Veber, au long-métrage que réalisa Patrice Leconte en 1985 intitulé Les spécialistes dans lequel partageaient la vedette Bernard Giraudeau et Gérard Lanvin et bien d'autres films dont Ronde de nuit de Jean-Claude Missiaen. Troisième long-métrage après le sympathique Vigilante Tir Groupé déjà incarné par Gérard Lanvin en 1982 et avant La baston en 1985, l'homme met en scène un très inattendu tandem puisque le film regroupe Gérard Lanvin (encore lui) et... Eddy Mitchell. Ancien chanteur du groupe Les chaussettes noires avant de quitter les autres membres pour se consacrer à une carrière solo, interprète de plus de soixante films, téléfilms et épisodes de séries télévisées dont un improbable, nanardesque mais cultissime Frankenstein 90 signé d'Alain Jessua en 1984, Eddy Mitchell est également connu pour sa grande cinéphilie puisqu'il anima entre 1982 et 1998 l'émission La dernière séance sur FR3 puis France 3. Une émission consacrée au cinéma et majoritairement au œuvres dites ''classiques'' du cinéma américain. Incarnant à l'écran l'ironique et flegmatique inspecteur Léo Gorce, le personnages est lui-même un grand amateur de cinéma américain, tendance ''polars'' du milieu du vingtième siècle dont il se sert des références pour s'adresser aux autre protagonistes. Un goût que partage d'ailleurs Jean-Claude Missiaen qui s'affère donc ici à signer un néo-polar comme bon nombre d'autres cinéastes français le firent à la même période. On pense là encore à l'excellent Subway que réalisa Luc Besson en 1985, à La balance de Bob Swan en 1982, à Rue Barbare de Gilles Béha en 1984 ou encore à Tchao Pantin de Claude Berri en 1983...


Aux côtés d'Eddy Mitchell l'on retrouve donc Gérard Lanvin dans le rôle de l'inspecteur Gu Arenas. Un flic beaucoup plus instinctif et impulsif. Les deux acteurs composent donc ce fameux duo au tempérament opposé. Des caractères bien trempés mais insuffisamment distincts l'un de l'autre pour faire de Ronde de nuit un véritable Buddy Movie à l'américaine. Bien que le film ait connu une sortie en salle le 11 janvier 1984, le long-métrage de Jean-Claude Missiaen a davantage l'apparat du téléfilm que du véritable polar moite auquel on pouvait s'attendre. Alors qu'Eddy Mitchell et Gérard Lanvin n'ont rien ou presque à prouver quant à leur talent d'interprètes, la mise en scène mollassonne, les cadrages et le découpage de Ronde de nuit déçoivent et ne le hissent jamais à la hauteur de ses homologues américains. Jean-Claude Missiaen a beau vouloir apporter une touche esthétique façon ''Paris by Night'', l'entreprise ne fonctionne malheureusement pas. Tout comme l'enquête des deux inspecteurs, écrites avec flemme et sans le moindre engouement. Nous sommes loin, très loin des labyrinthiques et ingénieuses investigations du cinéma outre-atlantique et Ronde de nuit ne repose que sur un enfilage de séquences dont la plupart n'ont aucun intérêt. Jean-Claude Missiaen esthétise les meurtres commis par Mara (Lisette Malidor), femme fatale et panthère noire qui ne vaut pas tripette face à Rita Hayworth dans Gilda ou Marilyn Monroe dans Niagara et sans doute encore moins que Sharon Stone dans le très vénéneux Basic Instinct qu'allai signer neuf ans plus tard le cinéaste néerlandais Paul Verhoeven. C'est d'autant plus dommage que le film peut compter la présence de Raymon Pellegrin dans le rôle du bandit Sissia Carpelli, de Françoise Arnoul dans celui de la journaliste Diane Castelain ou encore de Pierre Londiche dans le rôle du promoteur véreux Raoul Favreau... Bref, un film relativement ennuyeux, mineur et donc parfaitement dispensable...

 

mercredi 7 octobre 2026

Anecdotes : Angst de Gerald Kargl

 


 

Ceux qui connaissent Angst de l'autrichien Gerald Kargl savent combien ce film est l'un des plus traumatisants de l'histoire du cinéma d'horreur. Et pas simplement parce qu'il s'inscrit dans un genre qui adapte parfois sur grand écran des faits divers authentiques mais aussi et surtout parce que le style visuel et narratif participent de cette immersion dans la tête du tueur incarné à l'écran par l'acteur Erwin Leder dont l'un des plus grands faits d'armes fut d'apparaître dans l'excellent Das Boot du réalisateur allemand Wolfgang Petersen en 1981. Angst semble avoir tant et si bien fasciné le réalisateur franco-argentin Gaspar Noé que celui-ci en fait régulièrement la promotion, allant même jusqu'à s'inspirer des vertigineux plans de la séquence d'ouverture pour celle de son propre long-métrage, le tout aussi dérangeant Irréversible en 2002. Des mouvements de caméra que l'on doit au chef opérateur polonais Zbigniew Rybczyński, lequel conçut des dispositifs mécaniques encore jamais vus à l'écran et notamment, un harnais fixé autour d' Erwin Leder permettant ainsi à la caméra de suivre et de tourner autour de son personnage... D'une violence inouïe amplifiée par la position de la caméra plus que par l'apport de plans gores qui finalement s'avèrent rarissimes puisque seul le meurtre de la ''fille'' (Silvia Rabenreither) s'avère vraiment sanglant, on se souvient de l'étouffante et pénible séquence de noyade de son frère dans une baignoire. Pourtant, si Angst reste effectivement une œuvre visuellement éprouvante, elle n'a rien de véritablement comparable aux actes de barbarie du tueur en série autrichien Werner Kniesek qui après avoir passé huit ans en prison fut libéré avant de se rendre dans la villa de la famille Altreiter, rue Fuchsenkellergasse à St. Pölten où il séquestra, tortura et assassina ses trois membres, la mère, le fils handicapé ainsi que sa sœur. Si les meurtres sont visibles à l'image, s'agissant des actes de torture, Gerald Kargl considéra que de les filmer aurait rendu le film beaucoup trop dur et décida de les atténuer...


Bien que la seule séquence authentiquement ''gore'' du long-métrage soit située vers la fin du récit, Angst accumule les perspectives, la caméra devenant vertigineuse lorsqu'elle se place au dessus des protagonistes ou véritablement dérangeante lorsqu'elle tourne autour du tueur. Ne compensant jamais les horreurs par des plans ou une ambiance plus légère, la bande musicale signée du compositeur Klaus Schulze ajoute en outre un surcroit de froideur persistante dont le cinéaste américain Michael Mann se souviendra de l'impact en recyclant quelques années plus tard en 1986, le glaçant Freeze pour son film Manhunter. Traduit chez nous sous le titre Schizophrenia, Angst (qui signifie Peur) sonne comme une information erronée puisque s'agissant du vrai tueur Werner Kniesek, lors de son procès les psychiatres le considérèrent comme tout à fait sain d'esprit bien qu'étant atteint de troubles dissociatifs... Un détail qui pour la pleine compréhension du film n'a en réalité pas grande importance puisque le spectateur se fera rapidement à l'idée que oui, le tueur est psychologiquement atteint de troubles psychiatriques. Et qu'il s'agisse de schizophrénie ou non, cela n'a pas vraiment d'importance...


Côté humour, la question semble devoir malgré tout se poser, surtout en raison de la présence d'un petit teckel qui durant les meurtres assiste aux actes de barbarie du tueur tout en cherchant à jouer à la balle ou avec le dentier de sa maîtresse. Accompagnant celui-ci comme s'il s'agissait de son maître. Lequel l'épargnera, mieux vaut le préciser pour les amoureux des animaux de compagnie ! Ici, le tueur agit de manière relativement chaotique et s'éloigne donc drastiquement de l'image qu'en font généralement les scénaristes et réalisateurs américains qui lui préfèrent des assassins méthodiques. K, le tueur, est vu sous l'angle du meurtrier qui n'a pas au préalable chapeauté le moindre plan. Et lorsque arrive le moment de passer à l'acte, celui-ci agit de façon souvent maladroite et désorganisée, ce qui rend le personnage pathétique. Un choix curieux de la part de Gerald Kargl qui par contre, lors du tournage, préféra utiliser du sang de porc afin d'augmenter le réalisme. Un choix qui eut de fortes répercussions sur les acteurs qui affichent à l'écran un air de dégout bien réel ! Un malaise que l'on ressentait déjà bien plus tôt lorsque le cinéaste filmait son tueur dans un bar, dévorant en gros plan une saucisse bien juteuse devant deux jeune clientes apparemment écœurées par ce répugnant spectacle...


Enfin, il faut savoir que Angst signa la ruine de son auteur. En effet, Gerald Kargl finança lui-même le long-métrage en allant même jusqu'à hypothéquer sa propre demeure (chose que fit également le co-producteur Josef Reitinger avec celle de ses parents). Si le cinéaste réussit ainsi à réunir suffisamment d'argent, le film rencontra malheureusement tant de soucis avec la censure de part le monde qu'il ne rapporta pas d'argent au réalisateur autrichien. En Europe, le film fut totalement interdit dans plusieurs pays dont celui d'origine. Aux États-Unis, il écopa d'un classement X qui le condamna au même sort que les films pornographiques. Sans argent, Gerald Kargl se retrouva surendetté et n'aura plus jamais eu le droit de tourner le moindre long-métrage dans son pays. Condamné à rembourser des sommes folles, il aura passé le reste de sa carrière à réaliser des spots publicitaires. Mais derrière ce drame se cache malgré tout l'un des films les plus étranges, les plus dérangeants et les plus remarquables que nous ait offert le cinéma d'horreur et d'épouvante...

 

mardi 6 octobre 2026

El Cuerpo de Oriol Paulo (2012) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Moins drôles qu'instructives sont ces petites vidéos qui circulent sur le net et notamment sur Facebook et qui en une poignée de minutes vous aiguillent sur des longs-métrages que vous n'auriez éventuellement pas encore vus. Intéressantes mais aussi parfois agaçantes. Surtout lorsque vous découvrez que rares sont celles qui demeurent encore inédites. À croire que vous bouffez de la ''pellicule'' au kilomètre et à une cadence telle qu'il ne vous reste plus grand chose à vous mettre sous la dent à part la lie du genre, et ici, en l'occurrence, du thriller. Oriol Paulo ? Kézako ? Rien moins que l'un de ces réalisateurs et scénaristes espagnols aussi fascinants qu’insuffisamment connus qu'il faut suivre de près et ne surtout pas lâcher de vue. Le genre de cinéaste que l'on se prend à révérer en l'espace d'un seul film. S'agissant de mon expérience personnelle, nous remonterons jusqu'en 2019 lorsque je découvrais l'excellent thriller de science-fiction Durante la Tormenta qu'il réalisa cette année là. Toujours méfiant mais avisant tout de même les conseils de celles et ceux qui affirment détenir la perle rare, ce n'est bizarrement qu'aujourd'hui que je m'intéresse à nouveau à Oriol Paulo. Comme si son nom et cette œuvre précieuse découverte voilà sept ans s'étaient effacés de ma mémoire. Et ça n'est donc pas un long-métrage que j'ai choisi de découvrir histoire de lui rendre l'hommage qui lui revient mais deux. À commencer par El Cuerpo qui précède donc Durante la Tormenta de six ans...


Un premier jet cinématographique après plusieurs courts-métrages et un téléfilm permettant donc au bonhomme de s'exercer dans l'art difficile du thriller policier labyrinthique et du twist ''coup de poing''. Vous savez, le genre de révélation qui stoppe net vos battements de cœur ou au contraire les accélère lorsque après plus d'une heure trente l'auteur se décide enfin à vous révéler la cruelle vérité. Tout commence ici par la fuite d'un gardien de morgue se poursuivant dans une forêt lorsqu'à son arrivée sur le bord d'une route, celui-ci est renversé par une voiture. Plongé dans le coma, il est transporté inconscient à l'hôpital. Dans ce même établissement repose à la morgue le cadavre de la femme d'affaires Mayka Villaverde Freire (Belén Rueda) que son époux Alejandro Ulloa Marcos (Hugo Silva) a retrouvée morte un peu plus tôt dans la journée. Tandis qu'une autopsie est prochainement prévue, le corps disparaît ! C'est là qu'intervient alors l'inspecteur Jaime Peña (José Coronado), chargé lui et son équipe de dénouer cette bien curieuse affaire de disparition de cadavre. Voilà. Vous n'en saurez pas davantage. À vous désormais de tenter de décortiquer en tant réel (celui des enquêteurs et de l'époux de la victime) ce qui se trame autour de cette disparition qui prend des allures de machination diabolique...


Sachez tout de même que pour le cinéaste espagnol rien n'est moins important que de connaître le fin fond de l'histoire s'agissant la mort de Mayka Villaverde Freire et plus fondamental que de plonger le spectateur dans le flou le plus total concernant la suite d'événements qui se produisent autour de la disparition du cadavre. En effet, Oriol Paulo ne fait pas longtemps mystère de la culpabilité du personnage de l'époux Alejandro Ulloa Marcos et de sa maîtresse et complice Carla Miller (Aura Garrido). Tout juste s'amuse-t-il à construire son récit autour de l'histoire somme toute banale du couple adultère qui pour vivre librement son amour et par extension, profiter de la fortune de la défunte, a fomenté une diabolique conspiration. Bref, de quoi se demander où juste le cinéaste veut en venir... Là où El Cuerpo semble parfois redoutable est ce ce jeu pervers entre l'illusion que se fait tout d'abord Alejandro de maîtriser la situation et le piège dans lequel il va sombrer. Mais j'en dis trop. Sympathique mais pas inoubliable, le premier long-métrage fait l'erreur d'insister sur l'hypothétique survie de Mayka. Et à trop vouloir insister sur ce point, l'on finit par comprendre que l'épouse est bien morte et que l'évocation d'un éventuel état de catalepsie ne sert qu'à noyer l'un des nombreux poissons qui parsèment le récit. Vient alors la révélation finale qui, si elle peut surprendre (est c'est forcément le but recherché par Oriol Paulo), ne laisse cependant et malheureusement pas le spectateur sur le carreau. Il manque de ces petits éléments disséminés ça et là qui habituellement permettent au cerveau du spectateur de fomenter peu à peu certaines hypothèses mais qui dans le cas de El Cuerpo sont réunis en fin de parcours et tombent un peu comme un cheveu dans la soupe. Bref, le film est sympa mais loin d'être aussi remarquable que certains aimeraient nous le faire croire...

 

lundi 5 octobre 2026

Her Private Hell de Nicolas Winding Refn (2026) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Le dernier long-métrage de Nicolas Winding Refn mériterait un entracte. Oui, oui, une coupure, au beau milieu de la projection. Histoire d'aller faire un tour dans les chiottes du cinéma en espérant qu'il n'y a pas la queue et que la plomberie ne défaille pas. Entrer dans ce lieu où les grands consommateurs de bière se croisent et ce recroisent des dizaines de fois. Pénétrer cet enfer où parfois, muqueuses nasales et effluves malodorantes fusionnent dans un atroce dédale olfactif qui vous ferait perdre ce sens si précieux. Ouvrir le robinet, se saisir des miraculeuses vitamines que vous avez eu la riche idée d'emporter avec vous et les gober une à une, jusqu'à ce que la dose soit suffisante pour supporter un retour à la réalité telle que semble désormais la concevoir le cinéaste danois depuis quelques longs-métrages... L'Astrologie aurait-elle un rapport direct avec le fait que cette année 2026 ait marqué le retour du français Bertrand Mandico et de Nicolas Winding Refn sur le plan cinématographique ? Que le premier ait touché au sublime en caressant à rebrousse-poil le cinéma Z en signant une œuvre magistrale intitulée Les garçons sauvages en 2017 avant de se laisser bercer par l'envie de s'y plonger (et les spectateurs avec lui) corps et âme par la suite et que le second se soit retrouvé bloqué dans une esthétique ''néonisée''' depuis son formidable Drive en 2011 n'en fait pas des frères siamois du septième art. En passant de l'état brut de sa géniale trilogie Pusher ou du méconnu Bleeder à un cinéma arty s'observant lui-même le nombril à travers un miroir reflétant son ego, le danois ne se serait-il pas perdu dans les limbes de l'onanisme en ajoutant aux Only God Forgive (2013), The Neon Demon (2016), Too Old to Die Young (2019) et Copenhagen Cowboy (2023) un surcroit de sophistication narrative propre à ceux qui abandonnent le cinéma pour se fourvoyer dans un soit-disant art qui ne se partage avec personne d'autre que soit ? En effet, l'on peut se demander quelles sont les frontières que Nicolas Winding Refn est prêt à franchir pour se satisfaire lui-même sans penser un seul instant à ceux qui le suivent depuis ses débuts et qui au fil des décennies l'ont porté aux nues d'une carrière jusque là quasiment exemplaire... Her Private Hell n'est pas un film...


Du moins devient-il laborieux de suivre son auteur jusque dans cette galerie, certes admirablement mise en images, mais qui ferait passer un cours sur le tableau Composition VII de Vassily Kandinsky pour une séance de coloriage pour enfant de trois ou quatre ans ! Retrouver Nicolas Winding Refn dans cet art qu'il semble apparemment maîtriser sur le bout des doigts depuis quelques années n'est pas forcément un bon signe. On aurait tort de croire que ce nouveau ''matériau'' est fait de la même essence puisque dépouillé de tout ce qui attirait le chaland jusque là fasciné par son travail, Her Private Hell est parfaitement imbitable. La main droite s'acharnant sur le clavier à écrire son script aux côtés du scénariste Esti Giordani tandis que la gauche fait langoureusement descendre la fermeture à glissière de sa braguette, l'on imagine le danois frémir à chaque nouveau concept. Constituer pas à pas une œuvre qu'il pense grandiose quand le résultat à l'écran n'est qu'un imbroglio d'idées pas forcément toutes neuves (le fond, giallesque) alors qu'il n'eut sans doute comme seul objectif que de faire monter la sève non pas recueillie par une horde de fans en transe mais par un mouchoir posé sur ses genoux. En préférant l'opaque à la simplicité, celle qu'il a peu à peu abandonné tout en demeurant jusque là très respectueux de son public, Nicolas Winding Refn démontre son peu d'intérêt pour les spectateurs. Ou alors, se croit-il tellement brillant et talentueux qu'il pense sans doute que les quelques fulgurances ''gore'' suffiront à retenir leur attention. Certes, les actrices sont jolies, les décors et dans l'ensemble, l'esthétique visuelle sont remarquables. Rejoignant même parfois la beauté de certains tableaux de grands maîtres... Mais pour le reste, Her Private Hell est éprouvant. En ce sens où l'on ne détient aucune clé, où Nicolas Winding Refn n'a pas l'intention de nous éclairer et où le film est d'un bavard, d'une mollesse et finalement d'une ingratitude crasse envers les cinéphiles/phages parmi lesquels, même les plus courageux et endurants auront bien du mal à aller jusqu'au bout... Bref, et j'aurais dû commencer par là : Her Private Hell est chiant et prétentieux...

 

dimanche 4 octobre 2026

Heart of the Beast de David Ayer (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Tiraillé entre ma fascination quasi maladive pour tout ce qui touche au survival (-horror, je préfère le préciser) et ce désintérêt qui m'étreint lorsque l'on évoque en ma présence toute aventure impliquant le concept de survie en milieu naturel se contentant de mettre en scène un homme et son animal de compagnie, c'est un pas en avant et deux en arrière que j'ai pourtant passé la porte de la salle obscure de mon cinoche préféré pour découvrir le dernier long-métrage du réalisateur David Ayer et de l'acteur Brad Pitt. Non pas que le premier fasse partie de mes cinéastes préférés ni que le second me fasse le même effet qu'aux jeunes filles en fleurs qui dans les années quatre-vingt dix mouillaient leur culotte à la seule évocation de son nom mais bon, sans raison quelconque ou peut-être parce que le nouveau et tant attendu film de Nicolas Winding Refn n'y était pas projeté, j'ai donc opté pour Heart of the Beast. Ayant tout d'abord préféré échapper à l'avant-première qui eut lieu mardi dernier à 20h20 au CGR de Narbonne afin d'éviter de me frotter à un public dense et agité, c'est donc patiemment que j'ai attendu que les choses se tassent et que les salles se vident... Brad Pitt incarne l'ancien membre des forces spéciales à la retraite, James Belmont. Ayant choisi de s'éloigner de toute civilisation, il part à l'aventure en Alaska avec son chien Odin (Uber), un magnifique berger allemand, chien de combat qui lors d'un conflit à l'étranger fut gravement blessé à l'une des pattes et à la mâchoire. Après avoir fait la rencontre d'un vieil homme lors de leur périple en hydravion (J. K. Simmons dans le rôle de Watkins), ils remontent à bord de leur engin qui s'écrase au beau milieu de la forêt après que James ait eu une attaque. À son réveil, sous les eaux d'un lac, l'homme a perdu la trace de son chien. Une fois celui-ci retrouvé, James prends la route afin de rejoindre un site indiqué sur une carte..... Un homme, un chien et la nature comme élément de danger. Une nature hostile qui prend bien évidemment diverses apparences. Faune et flore semblent en effet s'est liguées afin de transformer l'aventure de James et d'Odin en véritable périple peuplé de dangers. Des loups, un ours, le froid ou encore une rivière en crue, causant tous ou presque des blessures chez l'un et l'autre de nos deux héros. Le concept étant évidemment minimaliste, David Ayer ne peut compter que sur l'interprétation de Brad Pitt mais aussi celle de Uber, lequel obéit au doigt et à l'oeil. Sans compter la nature elle-même, aussi belle que dangereuse...


Ici, la symbiose entre l'homme et l'animal est repoussée dans ses derniers retranchements puisque l'un sans l'autre, aucune survie ne semble possible. Une histoire d'amitié, d'amour même entre James et Odin, magnifiée par la caméra, filmant l'acteur et le chien dans une cohésion quasi totale qui touche forcément le cœur de celles et ceux qui savent ce que c'est que de vivre en compagnie d'un tel animal. Le premier dépendant du second et vice-versa, Heart of the Beast offre aux spectateurs leur comptant de séquences de bravoure. Des moments forts qui visent non seulement à activer certaines émotions comme l'empathie pour le personnage à quatre pattes mais aussi pour son maître, près à mettre sa propre existence en danger pour que survive à ses côtés son compagnon. L'aventure est en outre pour nos deux héros l'occasion d'oublier un tant soit peu les traumatismes de la guerre qu'ils ont ensemble partagés. Le peu de dialogues est ici contrecarré par une mise en scène de l'homme et de l'animal assez subtile exprimée à travers le regard de l'un et de l'autre. On en oublierait presque le statut de chien d'Odin/Uber tant l'humanité transparait ici à travers son regard. Élément essentiel du récit, le décor Néo-zélandais censé représenter l'Alaska est magnifié par la photographie de Mauro Fiore. Un environnement de toute beauté mais dégageant une certaine dureté qu'exploite très bien la mise en scène de David Ayer. La structure du récit a beau être on ne peut plus rudimentaire, Heart of the Beast n'en est pas moins doté de quelques fulgurances qui marquent instantanément les esprits. Comme lorsque James traverse une rivière en crue en marchant sur un tronc renversé avant de tomber dans les eaux et d'être sauvé in-extremis par son fidèle Odin. Au final, il n'est pas certain que l'on veuille se replonger une seconde fois dans cette aventure maintes fois vue sur grand écran mais au temps présent, l'expérience vaut à elle seule le coup d'œil. Ne serait-ce que pour échapper durant un peu plus d'une heure-trente aux tracas du quotidien. Un hymne à la nature, à l'homme et aux compagnons sur pattes qui gravitent autour de nous...

 

samedi 3 octobre 2026

Misery de Rob Reiner (1990) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

''Je suis votre plus fervente admiratrice''

Annie Wilkes à Paul Sheldon


Aujourd'hui, adapter le romancier américain Stephen King sur grand écran est devenu presque anecdotique. Elle est loin, en effet, l'époque où chaque adaptation du plus célèbre écrivain de romans fantastiques et d'épouvante était l'objet d'une attention de tous les instants. De grands noms participèrent à cette entreprise, tels Brian De Palma (Carrie au bal du Diable), Stanley Kubrick (Shining), George Romero (Creepshow), David Cronenberg (Dead Zone) ou bien John Carpenter (Christine). D'autres ne firent sans doute pas leurs armes auprès de cette inépuisable source d'inspiration que représente l’œuvre tentaculaire de Stephen King mais commencèrent réellement à faire parler d'eux dès qu'ils pénétrèrent dans l'univers de l'écrivain. Mary Lambert adapta Simetierre en 1989, Rob Reiner, Stand by Me en 1986 et Misery en 1990 ou encore Frank Darabont, Les évadés en 1994, La ligne verte en 1999 et The Mist huit ans plus tard. Mais revenons à Rob Reiner. Ce bonhomme à l'air jovial débuta sa carrière à la télévision avec deux téléfilms réalisés en 1974 et 1981 avant de tourner son premier long-métrage pour le grand écran. Un documenteur axé sur un groupe de métal fictif intitulé Spinal Tap. Suivent ensuite plusieurs films qui deviendront chacun dans leur catégorie d'authentiques classiques du septième art. À commencer par le formidable drame Stand by Me, inspiré de la nouvelle de Stephen King, Le corps, publiée en 1982 dans le recueil de quatre nouvelles, Différentes saisons. Viendra ensuite, Princess Bride, œuvre d'aventures et d'Heroic Fantasy qui en outre, obtiendra en France au Festival d'Avoriaz, l'Antenne d'or en 1988. Juste une année avant que Rob Reiner ne s'attaque au roman Misery, il réalisera la comédie Quand Harry rencontre Sally qui s'avèrera être un très grand succès en salle. Surtout, cette série de longs-métrages qui n'ont de commun que leur réalisateur montre combien celui-ci est capable de s'adapter à tous types de récits, passant allégrement du drame à la comédie en passant pour le fantastique.


Un mélange des genres dont sera partiellement le fruit de son travail sur Misery. Film pour lequel Rob Reiner convoque le thriller, le drame mais aussi et surtout l'épouvante avec cette histoire qui touche forcément personnellement l'auteur du roman original qui fit de plusieurs personnages centraux d'une partie de ses romans et nouvelles, des écrivains victimes parfois de leur succès. En ayant lui-même tenté de détourner l'attention de ses fans à travers la part sombre de son œuvre (Stephen King créa le pseudonyme de Richard Bachman afin de publier ses romans les plus sombres), cette expérience le ''contraindra'' à écrire et faire éditer The Dark Half sorti chez nous sous le titre La part des ténèbres avant que celui-ci ne soit ensuite adapté au cinéma par George Romero. L'occasion pour l'écrivain et le réalisateur de se retrouver onze ans après l'excellent film à sketches, Creepshow. Misery est quant à lui l'une des plus remarquables adaptations de Stephen King sur grand écran. Un grand film de peur que l'on doit notamment à ses deux principaux interprètes que sont James Caan dans le rôle de Paul Sheldon, un écrivain amoindri sauvé d'un grave accident de la route par Annie Wilkes qu'interprète ensuite Kathy Bates, laquelle s'autoproclame ''plus fervente admiratrice'' de l'auteur d'une série d'ouvrages centrés sur le personnage de Misery Chastain ! Si l'on réfléchit bien, la caractérisation de Paul Sheldon et d'Annie Wilkes est plus ou moins sommaire. Mais cette absence de profondeur habituellement caractéristique des films dénués d'empathie pour leurs personnages ne fait ici bizarrement pas vraiment défaut. Avec son physique de matrone, sa foi en Dieu, sa fascination pour le personnage de Misery, son passé d'infanticide et les crises d'hystérie qui parfois la caractérisent, le spectateur n'a besoin d'aucun autre élément pour se rendre compte du danger que cette femme d'âge plus ou moins mûr représente pour l'écrivain.


''Dieu que je t'aime''

Annie Wilkes à Paul Sheldon


Quant à Paul Sheldon, que sait-on de lui ? Pas grand chose à vrai dire, à part qu'il en a marre d'écrire autour du même personnage et qu'il rêve de tourner la page en ''tuant'' celle qui l'a pourtant rendu célèbre. Un détail presque insignifiant pour un auteur dont l'imagination est suffisamment fertile pour continuer à nourrir sa passion, son métier et donc ceux qui le suivent mais qui pour sa plus grande fan va prendre une toute autre signification. Huis-clos tendu, étouffant et même parfois terrifiant, Misery décrit avec un certain réalisme la lointaine interconnexion qui existe entre un auteur de romans et certains de ses lecteurs dont l'existence solitaire ne tourne plus guère qu'autour des personnages fictifs qu'il aura inventé à leur attention. Aussi formidable soit-il, James Caan tient dans la paume d'une Kathy Bates/Annie Wilkes au regard, à la physionomie et au tempérament impressionnants ! Misery se distingue par une certaine sobriété. Celle de ses interprètes pour commencer, mais aussi celle de Rob Reiner et de sa mise en scène, lequel n'use que parcimonieusement d'effets horrifiques. Lorsque surgit l'effroi, c'est presque sous asphyxie que le spectateur est convié à y assister. Comment en effet oublier la fameuse séquence du ''Sabot'' lors de laquelle Annie, totalement hors d'elle, brise les chevilles de Paul à l'aide d'une poutre et d'une masse ? Pour cette ancienne infirmière, la fiction ne se conçoit qu'à travers des tableaux réalistes, crédibles, vraisemblables. Bien des années après sa conception, Misery demeure toujours aussi efficace. La marque des grands films...

 

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