Sept ans après avoir été
l'une des interprètes du cinéaste Shinya Tsukamoto dans le film
culte Tetsuo, l'actrice et réalisatrice Kei Fujiwara
se place cette fois-ci derrière la caméra pour pondre sa première
réalisation en 1996. Organ est une œuvre organique,
qui avec Tetsuo partage quelques similitudes,
l'hybridation mécanico-organique en moins. De ces deux « matières »
qui jusqu'en 1989 apparaissaient incompatibles, la cinéaste
japonaise n'en conserve que la seconde. Car si Organ
porte un nom qui lui sied à ravir, c'est parce que le film est tout
entier un réservoir à viande particulièrement craspec. Dans des
quartiers insalubres, les anti-héros du film barbotent dans un
mélange assez écœurant de sang et de matières en décomposition.
Le récit de Organ
est confus. C'est vrai, difficile de comprendre le spectacle que l'on
a sous les yeux. Dès les premiers instants, on a du mal à cerner le
parti-pris des personnages. Qui est flic, qui au contraire est
un criminel ? Ici, le but étant pour le « héros »
(terme à prendre avec des
pincettes puisqu'aucun des personnages n'en est vraiment un) de
retrouver son ancien collègue qu'il abandonna lors d'une enquête
pour sauver sa propre existence. Organ
est très gore. A partir du moment où l'on accepte le principe même
du montage anarchique, inutile de chercher la moindre cohérence.
Kei
Fujiwara filme à l'instinct, sans même se rendre compte des
invraisemblances qui émaillent son œuvre. Le montage est nerveux
mais échappe à toute logique. Comme certaines situations
d'ailleurs, qui rendent totalement caduque toute recherche de point
d'accroche. La post-synchronisation est catastrophique et certains
bruitages accentuent le dégoût ressenti lors de scènes
graphiquement très éprouvantes. Le pire dans Organ
n'est pas l'hémoglobine qui coule à flot mais toutes ces substances
que le corps sécrète. On a presque le sentiment de sentir les
odeurs épouvantables qui se dégagent des organismes en mutation.
La
monstruosité telle que l'individu se la représente généralement
face aux actes barbares est ici extrapolée par la vision
d'organismes qui se dégradent lentement mais sûrement vers des
états qui n'ont pratiquement plus rien d'humain. Kei Fujiwara fait
preuve d'une grande imagination en matière d'horreur. Le sang
disparaît au profit de matières plus inquiétantes lorsque
l'organisme n'est plus en mesure de combattre l'infection.
Au
delà du spectacle tordu que nous propose la cinéaste viennent
s'apposer des images riches de symbole qui faudra sans doute étudier
un peu pour en comprendre le sens. Comme cette jeune femme accouchée
dans la douleur par un immense cocon-vagin. Organ
est une recherche permanente dans le domaine de l'expérimentation.
Mais alors que Shinya Tsukamoto parvenait à créer une certaine
cohérence dans le récit de Tetsuo,
Kei Fujiwara laisse ses interprètes avancer en roue libre avec plus
ou moins de bonheur.
Organ
fera sans doute date dans le cinéma underground japonais. Du moins
pour ceux qui sont friands de ce genre de performance, car les
autres, les non-initiés, risquent de rejeter l'objet en bloc !
Vous êtes prévenus...







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