Dans Monique :
toujours contente de Valérie Guignabodet, Albert Dupontel se
trimbalait avec une poupée gonflable. De l'autre côté de
l'Atlantique, Ryan Gosling développait dans Lars and the Real
Girl
de Craig Gillespie une relation émotionnelle avec lui
aussi, une poupée. Dans Mannequin de Michael Gottlieb,
il s'agissait pour le réalisateur de mettre en scène un mannequin
de vitrine qui prenait vie et tombait amoureux d'un employé. Mais
celui qui se rapproche sans doute le mieux du long-métrage dont nous
allons parler ici nous vient du Japon avec Air Doll du
cinéaste Hirokazu Kore-eda, dans lequel une poupée gonflable
découvrait le monde après avoir pris vie ! Nous étions alors
en 2009 et dix-sept ans plus tard, c'est au tour de la réalisatrice,
scénariste, linguiste et traductrice française Sophie Beaulieu de
s'atteler à la tâche de donner vie à un personnage inerte. Une
poupée sexuelle conçue généralement pour le plaisir des hommes et
qui dans le cas de La poupée
est tout d'abord le moyen pour Rémi (excellent Vincent Macaigne) de
faire table rase sur une séparation dont il a conservé des traces
psychologiques. Devenu incapable d'aimer et d'éprouver des
sentiments réels pour une femme (contacts physiques, chaleur
humaine, etc...), ce vendeur de gazon synthétique qui travaille dans
une petite entreprise uniquement constituée de collègues masculins
vit donc depuis six mois aux côtés d'Audrey. Le concept, aussi
absurde puisse-t-il paraître, repose pourtant sur un constat tout à
fait réel puisque les Tpe
Doll sont
des poupées qui existent réellement et qui sont d'un réalisme
parfois bluffant. Tandis que Rémi prévoit de se marier avec elle
prochainement alors qu'il n'a toujours pas osé la présenter à ses
collègues de travail ou à sa famille (en dehors de sa sœur qui
sait qu'Audrey n'est qu'une poupée), l'entreprise GAZONZON
accueille
une jeune intérimaire qui durant l'absence pour congé parental de
l'un des employés va le remplacer...
Une
jeune femme pétillante qui semble pourtant en être revenue de ses
relations avec les hommes. Étrangement, son arrivée dans la boite
coïncide avec le ''réveil'' d'Audrey qui subitement se matérialise
en femme en chair et en os... Visuellement, La
poupée
fait parfois penser à la comédie réalisée voilà dix ans par
Franck Magnier, Les têtes de l'emploi.
Dans un cas comme dans l'autre, tous deux évoquent parfois dans leur
forme la mythique émission de télévision humoristique française
Message à caractère informatif
qui à la fin du vingtième siècle détournait de vieux documents
vidéos d'entreprises. Ou encore la série Caméra
café
et sa bande de collègues de bureau dans une esthétique moderne
relativement minimaliste. Un cachet qui se veut donc parfois cheap,
désuet, voire ringard et sur lequel s'attarde pour son premier
long-métrage Sophie Beaulieu avec cette petite start-up très
masculine et travaillant dans la bonne humeur, jouant au baby-foot
durant la pause et accueillant donc Patricia. Personnage incarné à
l'écran par une Cécile de France qui à cette occasion est affublée
d'une ridicule coiffure qui participera à l'élaboration de son
personnage. Gentiment mythomane, certes, mais l'accroche entre elle
et Rémi est pratiquement immédiate. Ahhhh, Rémi. Ce type à
l'irrésistible bonhomie, à la voix douce et au courage tout relatif
(il faut voir sa réaction face à sa poupée devenue femme). Et
puis, il y a bien sûr Audrey. Poupée à taille adulte que son
propriétaire déplace de pièce en en pièce, face à lui lorsqu'il
cuisine et dîne, ou à ses côtés lorsqu'il regarde de vieux
documents télévisuels mettant en scène les Grands Hommes de
l'Histoire de France ou lorsqu'il dort ! Audrey, donc,
interprétée Zoé Marchal, laquelle n'est autre que la fille de
Catherine et Olivier Marchal. Nouvelle valeur sûre du cinéma et de
la télévision française qui brilla tout récemment dans
l'excellente mini série Les lionnes
d'Olivier Rosemberg et Carine Prévot dans laquelle elle interprétait
l'un des rôles principaux d'un quatuor de braqueuses de banques...
Dans
le cas de La poupée,
la jeune femme personnifie l'émancipation de son personnage qui
jusque là, et à l'image de cette poupée incarnant une femme
enfermée dans sa condition de victime du patriarcat, va donc
notamment découvrir le libre arbitre ! Avec justesse, beaucoup
d'humour, de sincérité et parfois même d'émotion, Sophie Beaulieu
signe une comédie plus simple que simpliste. Drainant en outre comme
un cahier des charges imposé, quelques idées bien dans l'air du
temps comme la ''Non
binarité''
ou son contraire, la ''Cisidentité'',
à travers le personnage de Domi, la sœur de Rémi, interprétée
par l'actrice Adèle Journeaux dont il s'agit ici du premier rôle
sur grand écran. Faussement naïve, la comédie de Sophie Beaulieu
est un véritable bol d'air frais et derrière le message que l'on
pourrait parfois estimer d'opportuniste se cache l'une de ces rares
bonnes comédies qui chaque année sortent en France. Originale,
drôle, touchante, entre comédie romantique, satire sociale et
fantastique, La poupée
fonctionne très bien grâce à sa mise en scène sobre mais efficace
et surtout grâce à l'excellent jeu d'acteurs. Notons d'ailleurs que
parmi ces derniers, Marianne Basler et Gilbert Melki incarnent les
parents de Rémi. À découvrir très vite en salle puisque le film
est sorti il y a deux semaines environ...







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