Stanley Kubrick, l'homme derrière l'adaptation cinématographique du
roman de Stephen King Shining,
confiait que la projection de L'homme qui voulait savoir
(Spoorloos)
du réalisateur et scénariste néerlandais George Sluizer était la
plus terrifiante à laquelle il eu pu assister dans toute toute son
existence. Une œuvre beaucoup moins connue que les références sur
lesquelles s'attard(ai)ent notamment Steven Spielberg (Psychose
d'Alfred Hitchcock, Massacre à la tronçonneuse
de Tobe Hooper, Alien
de Ridley Scott ou La nuit des morts-vivants
de George Romero), David Cronenberg (Psychose,
encore, L'exorciste
de William Friedkin, Les innocents
de Jack Clayton ou Les dents de la mer
de Steven Spielberg) ou bien David Lynch (l'immense Persona
de Ingmar Bergman ou Boulevard du crépuscule
de Billy Wilder)... Auteur de plus de trente longs et courts-métrages
en une cinquantaine années de carrière, George Sluizer signait en
1988 l'une des œuvres sinon les plus étranges du moins, parmi les
plus troublantes. Entrant dans le domaine des thrillers axés sur la
traque d'un tueur, L'homme qui voulait savoir
diffère cependant de la majeure partie des films qui traitent de ce
genre de sujet. Ici, pas d'enquête policière. Et même si le
fait-divers est vaguement évoqué à travers des médias qui
reviennent dessus lorsque l'intrigue fait un bond de trois ans après
la disparition d'une jeune touriste néerlandaise du nom de Saskia
Wagter (Johanna ter Steege), on ne trouve ici nulle trace de la
police. Le cinéaste préférant ainsi directement raccrocher
l'intrigue au compagnon de la jeune femme. Rex Hofman (Gene
Bervoets), qui le jour de sa disparition était en vacances avec
elle, en France, avant qu'elle ne s'évapore dans la nature lors d'un
arrêt dans une station-service située en bordure d'une autoroute
très fréquentée. Tandis que le titre original Spoorloos
signifie chez nos ''Sans
laisser de trace'',
les distributeurs français lui préfèrent celui de L'homme
qui voulait savoir...
Et
pour une fois que le choix de ne pas respecter le titre original
s'avère plutôt bien senti, exprimons notre gratitude au
distributeur, au producteur ou au personnel du service marketing qui
eut l'idée ingénieuse de semer le trouble. Car si comme bon nombre
de spectateur notre première impression laisse à penser que cette
recherche de savoir est directement liée au personnage de Rex
Hofman, l'on est en droit de penser qu'il peut directement viser le
responsable de la disparition de Saskia. Notons d'ailleurs que
l'homme en question, le français Raymond Lemorne, est incarné à
l'écran par l'excellent Bernard-Pierre Donnadieu dont les premiers
(petits) rôles au cinéma lui permettent tout de même de croiser la
route de Roman Polanski, de Claude Lelouche ou encore de Jean-Jacques
Annaud avant qu'il ne brille par sa présence dans Le
professionnel
de Georges Lautner, Rue
Barbare
de Gilles Béhat et plus encore dans le formidable Retour
de Martin Guerre
de Daniel Vigne dans lequel il se confrontera en fin de récit à
Gérard Depardieu... L'homme
qui voulait savoir
reste peut-être son plus grand rôle. En sociopathe ivre de
connaître le ''grand frisson'' inspiré du roman Het
Gouden Ei (L'Œuf
d'Or)
de l'écrivain néerlandais Tim Krabbé, l'acteur français s'avère
juste terrifiant. Non parce qu'il incarne le prototype même du Grand
Méchant Loup, caricatural au possible et doté d'une imagination
débordante en matière de sadisme mais parce qu'au contraire, il
interprète un homme théoriquement au dessus de tout soupçon,
marié, et père de deux filles. Si la première partie de ce récit
en trois actes se penche sur la recherche désespérée de la jeune
disparue par son compagnon, la seconde montre l'approche méthodique
du prédateur. Un individu qui d'ailleurs fait montre de maladresses,
s'entraînant à commettre l'acte en question...
Un
homme plutôt taiseux mais intelligent. Celui-là même que l'on
pourrait imaginer être l'homme du titre. Car d'un côté comme de
l'autre, il y a Rex, qui veut savoir la vérité sur la disparition
de Saska. Préférant d'ailleurs la savoir morte que de rester dans
l'inconnu. Et puis, Raymond, qui semble vouloir de connaître ce que
l'on ressent lorsque l'on enlève une personne et qu'on la tue !
Deux obsessions s'affrontent. Celle de Rex et celle de Raymond, les
deux hommes finissant fatalement par se rencontrer. Ici, pas de
débordements de violence. Pas une goutte de sang et un corps que
l'on ne retrouvera finalement jamais. Mais un Rex désespéré face à
un Raymond froid, impassible et dénué de morale. L'on est donc plus
proche du thriller psychologique que du pur film d'horreur. Sans
jamais entrer directement dans la tête du tueur et à travers une
vision beaucoup frontale que ses concurrents, George Sluizer
parvient à faire entrer son film dans des cases des grands
traumatismes du genre que sont Le
voyeur
de Michael Powell, L'Obsédé
de William Wyler, Angst
de Gerald Kargl, Maniac
de William Lustig ou encore Henry:
Portrait of a Serial Killer
de John McNaughton. Un choc !
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