Le dernier long-métrage de Nicolas Winding Refn mériterait un entracte. Oui, oui, une coupure, au beau milieu de la projection. Histoire d'aller faire un tour dans les chiottes du cinéma en espérant qu'il n'y a pas la queue et que la plomberie ne défaille pas. Entrer dans ce lieu où les grands consommateurs de bière se croisent et ce recroisent des dizaines de fois. Pénétrer cet enfer où parfois, muqueuses nasales et effluves malodorantes fusionnent dans un atroce dédale olfactif qui vous ferait perdre ce sens si précieux. Ouvrir le robinet, se saisir des miraculeuses vitamines que vous avez eu la riche idée d'emporter avec vous et les gober une à une, jusqu'à ce que la dose soit suffisante pour supporter un retour à la réalité telle que semble désormais la concevoir le cinéaste danois depuis quelques longs-métrages... L'Astrologie aurait-elle un rapport direct avec le fait que cette année 2026 ait marqué le retour du français Bertrand Mandico et de Nicolas Winding Refn sur le plan cinématographique ? Que le premier ait touché au sublime en caressant à rebrousse-poil le cinéma Z en signant une œuvre magistrale intitulée Les garçons sauvages en 2017 avant de se laisser bercer par l'envie de s'y plonger (et les spectateurs avec lui) corps et âme par la suite et que le second se soit retrouvé bloqué dans une esthétique ''néonisée''' depuis son formidable Drive en 2011 n'en fait pas des frères siamois du septième art. En passant de l'état brut de sa géniale trilogie Pusher ou du méconnu Bleeder à un cinéma arty s'observant lui-même le nombril à travers un miroir reflétant son ego, le danois ne se serait-il pas perdu dans les limbes de l'onanisme en ajoutant aux Only God Forgive (2013), The Neon Demon (2016), Too Old to Die Young (2019) et Copenhagen Cowboy (2023) un surcroit de sophistication narrative propre à ceux qui abandonnent le cinéma pour se fourvoyer dans un soit-disant art qui ne se partage avec personne d'autre que soit ? En effet, l'on peut se demander quelles sont les frontières que Nicolas Winding Refn est prêt à franchir pour se satisfaire lui-même sans penser un seul instant à ceux qui le suivent depuis ses débuts et qui au fil des décennies l'ont porté aux nues d'une carrière jusque là quasiment exemplaire... Her Private Hell n'est pas un film...
Du moins devient-il laborieux de suivre son auteur jusque dans cette galerie, certes admirablement mise en images, mais qui ferait passer un cours sur le tableau Composition VII de Vassily Kandinsky pour une séance de coloriage pour enfant de trois ou quatre ans ! Retrouver Nicolas Winding Refn dans cet art qu'il semble apparemment maîtriser sur le bout des doigts depuis quelques années n'est pas forcément un bon signe. On aurait tort de croire que ce nouveau ''matériau'' est fait de la même essence puisque dépouillé de tout ce qui attirait le chaland jusque là fasciné par son travail, Her Private Hell est parfaitement imbitable. La main droite s'acharnant sur le clavier à écrire son script aux côtés du scénariste Esti Giordani tandis que la gauche fait langoureusement descendre la fermeture à glissière de sa braguette, l'on imagine le danois frémir à chaque nouveau concept. Constituer pas à pas une œuvre qu'il pense grandiose quand le résultat à l'écran n'est qu'un imbroglio d'idées pas forcément toutes neuves (le fond, giallesque) alors qu'il n'eut sans doute comme seul objectif que de faire monter la sève non pas recueillie par une horde de fans en transe mais par un mouchoir posé sur ses genoux. En préférant l'opaque à la simplicité, celle qu'il a peu à peu abandonné tout en demeurant jusque là très respectueux de son public, Nicolas Winding Refn démontre son peu d'intérêt pour les spectateurs. Ou alors, se croit-il tellement brillant et talentueux qu'il pense sans doute que les quelques fulgurances ''gore'' suffiront à retenir leur attention. Certes, les actrices sont jolies, les décors et dans l'ensemble, l'esthétique visuelle sont remarquables. Rejoignant même parfois la beauté de certains tableaux de grands maîtres... Mais pour le reste, Her Private Hell est éprouvant. En ce sens où l'on ne détient aucune clé, où Nicolas Winding Refn n'a pas l'intention de nous éclairer et où le film est d'un bavard, d'une mollesse et finalement d'une ingratitude crasse envers les cinéphiles/phages parmi lesquels, même les plus courageux et endurants auront bien du mal à aller jusqu'au bout... Bref, et j'aurais dû commencer par là : Her Private Hell est chiant et prétentieux...
''Je suis votre plus fervente admiratrice''
Annie Wilkes à Paul Sheldon
''Dieu que je t'aime''
Annie Wilkes à Paul Sheldon
Ma passion pour le cinéma d'horreur remonte à des décennies et même bien au-delà de l'âge légal puisque aussi loin que je puisse remonter dans mes souvenirs, ma première expérience en la matière date du 20 juin 1976, lorsque mon père m'invita à le rejoindre sur le canapé du salon afin de découvrir en sa compagnie lors du Cinéma de Minuit sur FR3 le Nosferatu, eine Symphonie des Grauens du réalisateur allemand Friedrich Wilhelm Murnau. J'avais donc un peu plus de quatre ans et cette expérience forgea sans doute ma future passion pour l'horreur, l'épouvante et le fantastique... Aujourd'hui et sans doute les semaines à venir, plutôt que d'évoquer les classiques du genre sous l'angle le plus commun, je me suis dis que leur dédier toute une série d'articles consacrés à des anecdotes plus ou moins connues serait une idée plutôt sympa. Et puisque en parallèle de mon blog consacré au septième art qui ''ouvrit ses portes'' voilà quinze ans le 12 avril 2011 avec le Maniac de William Lustig, c'est donc avec ce classique de l'horreur et de l'épouvante la plus glauque qui soit que j'ai décidé d'ouvrir les hostilités...