Jean-Pierre Mocky a
durant sa très longue carrière et parmi des dizaines et des
dizaines de longs-métrages réussi à mettre en scène des œuvres
qui au fil du temps sont devenues des classiques tandis que d'autres
restent de pures navets, à l'image de l'insupportable,
l'inappréciable, le catastrophique Agafia
qu'il réalisa en 2015 ! Fort heureusement, parmi ses meilleurs films
l'on trouve plusieurs collaborations avec l'acteur André Bourvil que
le cinéaste français débaucha à l'occasion de quatre
longs-métrages qu'il tourna entre 1963 et 1969. Le premier, Un
drôle de paroissien
est donc celui dont nous allons parler dans le présent article. Leur
association fut ensuite poursuivie en 1964 avec La
cité de l'indicible peur
qui parfois fut retitré La grande frousse,
avec La grande lessive
en 1968 et enfin un an plus tard avec L'étalon.
Quatre longs-métrages qui réunissent également autour du
réalisateur et l'acteur un autre fidèle interprète de Jean-Pierre
Mocky puisqu'en effet, Francis Blanche fut du voyage non seulement
dans ces quatre films mais également dans quatre autres. À
commencer par Un couple
en 1960, Snobs !
en 1961, Les vierges
en 1962 ainsi que Les compagnons de la marguerite
en 1966. Quant à Jean Poiret, le troisième premier rôle d'Un
drôle de paroissien
aux côtés de ses deux partenaires, il retrouva également l'un et
l'autre aux génériques La Cité de l'indicible
peur
et de La grande lessive et
retrouva Jean-Pierre Mocky en 1987 et 1988 sur les tournages
respectifs du Miraculé
et d'Une nuit à l'Assemblée nationale...
En attendant, nous sommes en 1963 et alors que Bourvil a repris le
rôle que refusa d'interpréter Fernandel qui estimait avoir
suffisamment tourné de films situant leur action dans des églises
(la saga des Don Camillo),
c'est donc sur les conseils de l'acteur Jean Gabin que Jean-Pierre
Mocky approcha l'acteur auquel il confia le rôle de Georges
Lachaunaye, membre d'une famille qui depuis quatre générations
s'est toujours employée à ne jamais se donner la peine de
travailler. Ce qui donnera d'ailleurs lieu à un échange absolument
savoureux entre Georges et un sacristain qui après lui àvoir
expliqué que pour vivre dignement il faut travailler s'est vu
répondre ceci de la part du membre de la famille Lachaunaye :
''Mon père ne me
le pardonnerait jamais. Je n'ai pas été élevé pour ça. Et je ne
sais rien faire''.
Le principal soucis, c'est qu'à ne rien faire de leur journée,
Georges, son père Mattieu (Jean Yonnel), son épouse Juliette
(Solange Certain), sa sœur Françoise (Véronique Nordey) et sa
tante Claire (Denise Péronne) vivent dans une très grande
précarité...
Locataires
d'un appartement dont ils n'ont plus les moyens de payer le loyer,
maintenant qu'ils ont vendu tout ce qu'ils possédaient afin de
subvenir à leurs besoins, il leur faut impérativement trouver une
solution. Et pour cela, Georges décide avec la complicité de Raoul,
l'ami de la famille Lachaunaye, auquel il propose tout d'abord
d'arrêter son métier peu rentable de dentiste, de l'aider à piller
les troncs des églises ! Une action évidemment peu morale
puisqu'il s'agit de voler, même en partie, l'argent que les
paroissiens ont déposé un peu partout dans les troncs des églises
de la région. Un drôle de paroissien
décrit la professionnalisation du métier de voleur où Georges se
contente tout d'abord de voler l'argent à l'aide de caramels mous
avant de faire preuve aux côtés de Raoul d'une véritable
ingéniosité. Mais dans ce tableau ''idyllique'' d'une
''profession'' presque décrite comme un sacerdoce, un ombre plane au
dessus de la tête des voleurs. Celle de l'inspecteur Cucherat
qu'interprète donc Francis Blanche. Un flic chargé de surveiller
les églises en raison d'une recrudescence des pillages et qui traque
celui qui depuis plusieurs jours vide les troncs des églises.
Jean-Pierre Mocky décrit ensuite les Lachaunaye comme une famille de
bourgeois déclassée, continuant à vivre de privilèges bien qu'ils
ne puissent plus se permettre de vivre tels des parasites de notre
société. En clair, leur valeurs tournent autour d'un principe
simple : Aux autres de donner et à eux de récolter... Se
confrontent ainsi deux ordres d'idée : un paradoxe opposant une
famille d'anciens nantis privilégiés au refus de se salir les mains
dans des métiers qui inférioriseraient leur statut de bourgeois. Un
concept que le réalisateur traite d'ailleurs sur le ton de l'absurde
puisque avant de ''renflouer'' les caisses grâce aux vols des troncs
d'église et ainsi de pouvoir donner l'illusion de s'être
réapproprié leur ancien statut, Georges et sa famille vivront
longtemps dans un appartement sans meubles, sans chauffage et sans
presque aucune nourriture... Un drôle de
paroissien
est une excellente comédie en noir et blanc (à l'exception de la
délirante séquence du cauchemar tournée en couleur), avec un
Bourvil suave, un Francis Blanche hargneux et un Jean Poiret
volubile...
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