Derrière un titre
relativement étrange définissant l'usage intensif de nutriments
dans les salles de sport afin de favoriser la prise de muscles,
Protein
de Tony Burke interroge sur l'obsession chez certains de soulever de
la fonte à longueur de journée afin de se façonner une importante
musculature et ainsi développer leur force. Mais derrière cet
objectif qui semble tout droit sorti d'un docu-fiction où la
protéine en question serait mise en avant, avec son tout premier
long-métrage, le réalisateur et scénariste britannique signe une
œuvre hybride où le retour d'un vétéran de la guerre de
l'Afghanistan traumatisé a beaucoup de mal à réintégrer le monde
civil. Un taiseux interprété par l'acteur Craig Russell qui dans le
rôle de Sion se montre donc peu causant et tout aussi peu souriant
et affable et qui grâce à Katrina, rencontrée par hasard dans la
petite localité sur laquelle il a jeté son dévolu, réussi à se
faire un peu d'argent en effectuant quelques tâches ménagères et
de manutention. En parallèle, l'homme cultive son corps dans une
salle de sport fréquentée par un groupe de malfrats. Des
trafiquants de drogue dont le chef, un jour, s'en prend à la jeune
femme. Témoin discret des événements, Sion accuse le coup de
n'avoir pas pu aider Katrina et se lance bientôt dans une quête qui
ressemble aussi bien à une vengeance qu'à un besoin maladif pour
une tendance qui explique alors l'origine du titre... Interprétée
par la charmante Kezia Burrows, Katrina ne se doute pas que derrière
les silences et la modestie de son ''hôte'' se cache ce qui semble
être un redoutable prédateur... Ici, plusieurs points de vue
s'imposent lors du récit. À commencer par le traumatisme lié à la
guerre, aux innombrables morts auxquels a dû faire face l'ancien
soldat et surtout, à cet acte impensable auquel il dû se soumettre
pour survivre. Il est pourtant connu qu'en cas de guerre et de
famine, il arrive parfois que l'Homme soit contraint de s'adonner au
cannibalisme. On pense bien entendu au Siège de Leningrad qui eut
lieu entre 1941 et 1944 et lors duquel, le manque de nourriture
poussa la population à pratiquer le cannibalisme. Un acte
contre-nature que l'on observa historiquement à diverses occasions,
comme lors de l'expédition Donner dont les membres se retrouvèrent
bloqués dans les neiges des montagnes de la Sierra Nevada au
dix-neuvième siècle ou dans le cas encore plus célèbre du crash
des Andes dans lequel le vol 571 de la Force aérienne uruguayenne
s'écrasa dans les Andes, les survivants ayant été contraints de
manger le corps des morts durant les deux mois qui séparèrent
l'accident de l'arrivée des secours...
S'agissant
de ces deux événements, il fallait bien se douter que le septième
art allait finir par s'emparer du phénomène, et notamment à
travers Ravenous d'Antonia
Bird ou bien Alive
de Frank Marshall. Bien que Protein
ne relève pas d'un quelconque fait historique, le film développe
cette même idée en repoussant les limites du concept puisque après
sa traumatisante expérience de la guerre d'Afghanistan, Sion semble
avoir développé un goût immodéré pour la viande humaine dont il
prélève les meilleurs morceaux sur le corps de ses victimes qu'il
conserve ensuite dans un congélateur situé dans une boutique
désaffectée appartenant au principal concurrent des voyous qu'il
croise et tue lors de ses pérégrinations nocturnes. Si Protein
charrie de bonnes idées, leur traitement est souvent pénible à
supporter. Découvrir un script riche de situations potentiellement
édifiantes sur le papier et découvrir ensuite à l'écran le
résultat est souvent en dessous de tout. Car en dehors des quelques
meurtres, et notamment le premier, dont le réalisme crade attribuait
presque au long-métrage Tony Burke le statut de docu-fiction, le
reste n'est généralement pas à l'avenant. Comme pris d'une espèce
de folie généralisée, l'homme finit par ne plus avoir lui-même à
s'occuper de certains membres du clan de criminels. Les morts
s'enchaînant ainsi parfois en dépit du bon sens. La relation entre
Sion et Katrina est tout juste survolée dans ce contexte de drame
social filmé caméra à l'épaule et dans des teintes volontairement
ternes qui vire au cauchemar. Entre le bon et le pire (le type qui à
la fin débarque devant les flics avant d'être abattu ou l'enquête
policière bâclée menée en outre par une jeune femme qui abandonne
ses recherches pour des motifs plus que douteux), Protein
montre malheureusement d'importantes failles en terme de mise en
scène et parfois d'interprétation selon le personnage et son
interprète qui évoluent à l'écran. Cela étant d'autant plus
dommage qu'avec un tel sujet, Tony Burke aurait pu signer un film
destiné à devenir culte à court, moyen ou long terme. Suprême
récompense à laquelle, malheureusement, ce film échappe...
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