Tandis qu'en juin 2025 28 Years Later de
Danny Boyle n'avait fait que confirmer ce que je savais déjà, à
savoir que le cinéaste britannique Danny Boyle est tout comme son
compatriote Edgar Wright, largement surcoté, la réalisatrice et
scénariste américaine Nia DaCosta a su démontrer en 2026 que la
franchise en avait encore sous le pied et qu'il ne fallait en outre
pas s'arrêter sur une carrière qui jusqu'à maintenant ne brilla
pas par ses qualités. Auteur en outre du remake très dispensable de
Candyman en
2021 et de ce que certains jugent comme l'une des pires adaptations
de l'univers cinématographique Marvel avec The
Marvels
deux ans plus tard, Nia DaCosta a cependant réussi l'exploit de
remettre les pendules à l'heure en proposant cette année un 28
Years Later: The Bone Temple qui
aurait pu ou dû mettre tout le monde d'accord. Là où beaucoup
retinrent chez Danny Boyle une esthétique et une mise en scène il
est vrai parfois remarquablement abouties, l'on pouvait condamner un
fond démagogique quand celui-ci n'était pas purement et simplement
vidé de toute substance. Un film d'infectés, dans le fond,
tellement rudimentaire que l'aventure s'avéra d'un prodigieux
ennui ! Devenu depuis quelques années le porte-étendard d'un
féminisme en mode 2.0 dont certains se régalent mais que d'autres
qui tout comme votre serviteur jugent d'inapproprié dans ce genre de
contexte, Alex Garland persévère en invoquant religion et
sectarisme comme réponse inévitable à l'effondrement de notre
société et au chaos qu'il suscite. La première moitié du
long-métrage est à ce titre l'un des moments de cinéma parmi les
plus marquants en terme de violence graphique que le septième art
nous ait administré depuis pas mal de temps. Un symbolisme religieux
né sur les cendres d'un monde dévasté, où la morale est abolie,
où les croyances et les modes de vie sont redéfinis sur la base
d'un programme télévisé pour la jeunesse.
Où
l'apprentissage ne passe désormais plus par des codes essentiels
préétablis à travers l'éducation mais par la normalisation et la
sacralisation de la violence. Comparé à plus ou moins juste titre à
Orange Mécanique
de Stanley Kubrick qui en 1971 traitait notamment de l’ultra-violence
chez une bande de jeunes voyous sevrés au meurtre, au viol et au
Moloko Plus (une boisson à base de vellocet, synthemesc et de
drencrom), 28 Years Later: The Bone Temple
ressemble en effet parfois et davantage au film culte du cinéaste
américain que le Trainspotting
de Danny Boyle qui à sa sortie en 1996 était jugé comme son digne
descendant. Et il faut avoir le cœur et les tripes bien accrochés
lorsque Sir Jimmy Crystal (l'acteur Jack O'Connell) et les membres de
sa secte sataniste, tous prénommés comme lui, s'attaque à celles
et ceux qui ont le malheur de croiser leur route. À commencer par le
jeune Spike (Alfie Williams), qui après avoir grandit en quarantaine
dans une communauté auprès de ses parents Jamie et Isla est parti
sur le continent. Ritualisant sa présence au sein du groupe formé
autour de Sir Lord Jimmy Crystal, le jeune garçon passe un test dans
des conditions moralement inimaginables des années en arrière.
Retenu prisonnier et frôlant la peine de mort après avoir échoué
lors d'une mission requise par le chef du groupe à la suite d'un
massacre visuellement ignoble (certains spectateurs devront sans
doute penser à aller voir le film accompagné d'un sac à vomi), il
est le témoin essentiel d'un monde sans barrières morales. Où tuer
est devenu un terrain de jeu dont les adeptes se gaussent à chaque
effusion de sang ou lorsque de pauvres innocents se retrouvent
suspendus à une poutre, les tripes à l'air ! Le scénario
d'Alex Garland pousse le curseur de la violence jusqu'à rendre
certains actes bien trop excessifs. En outre, le réalisateur et
scénariste, toujours prompt à glisser des sous-entendus, évoque à
travers le personnage de Sir Jimmy Crystal, un bien sombre individu
connu sous le nom de Jimmy Sévile qui après avoir animé des
émissions de télévision pour enfants en Angleterre fut accusé de
pédocriminalité mais sans pour autant être condamné jusqu'à sa
mort survenue le 29 octobre 2011.
En
parallèle aux personnages de Sir Lord Jimmy Crystal et de Spike,
l'un des protagonistes principaux de cette séquelle est le docteur
Kelson. Véritable icône caractérisée en profondeur et incarnée
par l'excellent Ralph Fiennes (ayant notamment interprété le
personnage central du formidable Spider
de David Cronenberg en 2002) qui apparaît sous les traits de celui
qui cherche à honorer les morts à travers, justement, le Temple
constitué de crânes qu'il a érigé en leur mémoire. Humaniste à
fort potentiel d'excentricité, il est le pendant moderne du docteur
Matthew Logan qui dans Le
jour des morts-vivants
de George Romero et bien avant lui, étudiait le comportement des
zombies à des fins scientifiques visant à les ré-humaniser... Ce
qui donne lieu, dans le cas de 28
Years Later: The Bone Temple
à des séquences on ne peut plus pittoresques lorsque le docteur
Kelson communique avec Samson (Chi Lewis-Parry), un impressionnant
Alpha qui sous l'emprise d'un mélange de drogues que lui injecte
l'ancien médecin semble apaisé et même, Ô miracle, paraît
retrouver des bribes du monde passé tel qu'il le connut avant d'être
infecté. L'un des points stratégiques du long-métrage se situera
ensuite lors de la rencontre entre le docteur Kelson et Sir Lord
Jimmy Crystal. Pour la suite, ben, allez voir le film en salle. Bref,
contre toute attente, 28
Years Later: The Bone Temple
s'avère être une brillante réussite. Un film d'infectés sans
presque aucuns de leurs représentants. Il fallait oser. Mais le pari
d'Alex Garland et de Nia DaCosta est réussi. Et même si la mise en
scène est moins grandiloquente que celle de Danny Boyle, le scénario
est suffisamment riche et innovant, les acteurs sont amplement
convaincants pour nous faire oublier tout le reste. Au point que l'on
regretterait presque de savoir que la troisième partie qui devrait
clore la trilogie sera à nouveau réalisée par le britannique...
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