Nous sommes le soir du 31
décembre et alors que la population s'apprête à fêter le nouvel
an, l’inspecteur Antoine Gallien reçoit dans son bureau le notaire
Jérôme Martinaud. Assisté par l'inspecteur Marcel Belmont, Gallien
interroge le notable au sujet de deux homicides concernant deux très
jeunes filles. L'une a été retrouvée morte sur une plage et la
seconde sur un terrain communal. Lorsque l'intrigue débute, celui
qui très rapidement va se comporter comme un suspect se montre
arrogant et surtout très évasif lorsque l'inspecteur incarné à
l'écran par l'immense Lino Ventura lui pose des questions sur son
emploi du temps. Curieux de connaître les détails précis
s'agissant de la découverte par Martinaud de l'un des deux corps,
Gallien lui met la pression. ''Épaulé'' par un Belmont nettement
plus agressif envers le notaire. Et ce qui n'était au départ que
l'interrogatoire classique d'un notable très connu dans la région
en tant que simple témoin va rapidement se transformer en garde à
vue durant laquelle, l’ambiguïté de Martinaud ainsi que sa
désinvolture face à l'horreur du double fait-divers vont convaincre
Gallien à pousser l'homme dans ses derniers retranchements...
Réalisé
par Claude Miller entre le 27 janvier et le 13 mars 1981, Garde
à vue
est un classique du cinéma policier hexagonal. Face à la carrure
impressionnante de Lino Ventura, le cinéaste lui oppose un Michel
Serrault qui derrière un physique déjà nettement moins
impressionnant se sert ici du statut de notable de son personnage
pour s'imposer malgré des éléments d'enquête qui contredisent à
peu près tout ce qui repose sur le témoignage qu'il a rapporté
antérieurement au récit développé ici. Accompagnés par un Guy
Marchand qui dans le rôle de l'inspecteur Marcel Belmont rivalise de
cynisme avec le témoin devenu suspect, Lino Ventura et Michel
Serrault s'affrontent dans un duel verbal absolument remarquable que
l'on doit au dialoguiste de génie, Michel Audiard...
Ici,
pas d'enquête policière telle qu'elle est généralement conçue
dans ce type de fiction. Pas de découverte d'un ou de plusieurs
corps précédant des investigations de terrain. Tout juste quelques
photographies rappelant l'horreur du fait-divers. Non, ici tout est
concentré autour des quatre murs d'un bureau transformé en salle
d'interrogatoire où l'on entend régulièrement les touches d'une
machine à écrire sur laquelle Belmont s'acharne à taper la
déposition du notaire entre deux blagues de mauvais goût. Le
concept de ''Good
Cop / Bad Cop''
qui se veut être une technique employée lors des interrogatoires
intégrant un flic calme et faussement sympathique à un second,
agressif et déjà beaucoup moins conciliant envers le témoin/suspect
n'est ici pas à l'ordre du jour. Car même si les personnalités des
deux inspecteurs ne concordent jamais vraiment, quelques regards de
Gallien lancés en direction de Belmont confirment que les deux
hommes ne jouent pas à ce jeu qui consiste à manipuler celui qu'ils
interrogent. On peut même dire que le premier déteste les méthodes
du second. Bien que l'intrigue se déroule à une date presque
précise (nous sommes à l'orée du nouvel an mais... en quelle année
précisément ?) un certain flou tourne autour de certains détails
géographiques. Ce qui, en soit, n'est pas vraiment un problème
puisque Garde
à vue
est un huis-clos tandis que les rares scènes d'extérieurs
s'intéressent davantage aux festivités de fin d'année qui se
déroulent en face du commissariat qu'aux lieux mêmes des crimes...
Une
certaine distanciation que l'on pourrait comprendre face à l'horreur
des actes dont le spectateur n'est témoin qu'à travers des termes
aussi bruts que ''viols'' et ''étranglements'', Claude Miller nous
épargnant les détails les plus sordides alors même qu'il ne
retiendra plus ses mots ni ceux du romancier et scénariste Emmanuel
Carrère dix-sept ans plus tard lorsque viendra le moment de signer
le très glaçant La
classe de neige...
Privilégiant les dialogues à l'action, les regards et le jeu
d'acteurs à la gestuelle (quoi que celle-ci puisse tout de même
revêtir parfois une importance considérable), Garde
à vue
repose sur le duel entre deux hommes (et même trois si l'on ajoute
la performance toute en audace de Guy Marchand), sur une tension qui
à mesure que les heures passent monte graduellement et joue avec la
plus subtile des perversions sur l'intime. Car pour comprendre le
personnage de Martinaud, quoi de mieux que de dépasser son seul
statut de témoin des événements pour aller plus en profondeur et
aller chercher ce qui chez cet énigmatique individu expliquerait un
éventuel passage à l'acte ? Claude Miller aurait-il choisi son
camp en faisant de cet homme respecté et jusqu'à maintenant
respectable un personnage qui aurait quoi qu'il arrive des choses à
se reprocher ? Car comment expliquer alors l'intervention de la
magnifique Romy Schneider dans le rôle de l'épouse du notaire qui
au moment où tout bascule lorsque la culpabilité de celui-ci est
devenue un impératif moral (Après avoir été frappé par Belmont,
Martinaud explique avec ses mots qu'il vaut mieux avoir frappé un
coupable plutôt qu'un innocent) vient en rajouter une couche en
apportant une ''preuve'' de sa culpabilité ? Romy Schneider,
justement... magnifique, digne... Un petit rôle pour une grande
incarnation, jusqu'à ce final terrible suivant un twist inattendu,
la encore précédé d'un souvenir contant une période dans
l'existence du couple qui n'a à proprement parler rien à voir avec
l'enquête mais dont l'évocation pourrait avoir de graves
conséquences... On sort du film avec la sensation de s'être assis
aux côtés du notaire et face au flic. Témoins d'une garde à vue
magistralement orchestrée par un cinéaste et ses interprètes...
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