Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

Labels


lundi 17 août 2026

Un drôle de paroissien de Jean-Pierre Mocky (1963) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Jean-Pierre Mocky a durant sa très longue carrière et parmi des dizaines et des dizaines de longs-métrages réussi à mettre en scène des œuvres qui au fil du temps sont devenues des classiques tandis que d'autres restent de pures navets, à l'image de l'insupportable, l'inappréciable, le catastrophique Agafia qu'il réalisa en 2015 ! Fort heureusement, parmi ses meilleurs films l'on trouve plusieurs collaborations avec l'acteur André Bourvil que le cinéaste français débaucha à l'occasion de quatre longs-métrages qu'il tourna entre 1963 et 1969. Le premier, Un drôle de paroissien est donc celui dont nous allons parler dans le présent article. Leur association fut ensuite poursuivie en 1964 avec La cité de l'indicible peur qui parfois fut retitré La grande frousse, avec La grande lessive en 1968 et enfin un an plus tard avec L'étalon. Quatre longs-métrages qui réunissent également autour du réalisateur et l'acteur un autre fidèle interprète de Jean-Pierre Mocky puisqu'en effet, Francis Blanche fut du voyage non seulement dans ces quatre films mais également dans quatre autres. À commencer par Un couple en 1960, Snobs ! en 1961, Les vierges en 1962 ainsi que Les compagnons de la marguerite en 1966. Quant à Jean Poiret, le troisième premier rôle d'Un drôle de paroissien aux côtés de ses deux partenaires, il retrouva également l'un et l'autre aux génériques La Cité de l'indicible peur et de La grande lessive et retrouva Jean-Pierre Mocky en 1987 et 1988 sur les tournages respectifs du Miraculé et d'Une nuit à l'Assemblée nationale... En attendant, nous sommes en 1963 et alors que Bourvil a repris le rôle que refusa d'interpréter Fernandel qui estimait avoir suffisamment tourné de films situant leur action dans des églises (la saga des Don Camillo), c'est donc sur les conseils de l'acteur Jean Gabin que Jean-Pierre Mocky approcha l'acteur auquel il confia le rôle de Georges Lachaunaye, membre d'une famille qui depuis quatre générations s'est toujours employée à ne jamais se donner la peine de travailler. Ce qui donnera d'ailleurs lieu à un échange absolument savoureux entre Georges et un sacristain qui après lui àvoir expliqué que pour vivre dignement il faut travailler s'est vu répondre ceci de la part du membre de la famille Lachaunaye : ''Mon père ne me le pardonnerait jamais. Je n'ai pas été élevé pour ça. Et je ne sais rien faire''. Le principal soucis, c'est qu'à ne rien faire de leur journée, Georges, son père Mattieu (Jean Yonnel), son épouse Juliette (Solange Certain), sa sœur Françoise (Véronique Nordey) et sa tante Claire (Denise Péronne) vivent dans une très grande précarité...


Locataires d'un appartement dont ils n'ont plus les moyens de payer le loyer, maintenant qu'ils ont vendu tout ce qu'ils possédaient afin de subvenir à leurs besoins, il leur faut impérativement trouver une solution. Et pour cela, Georges décide avec la complicité de Raoul, l'ami de la famille Lachaunaye, auquel il propose tout d'abord d'arrêter son métier peu rentable de dentiste, de l'aider à piller les troncs des églises ! Une action évidemment peu morale puisqu'il s'agit de voler, même en partie, l'argent que les paroissiens ont déposé un peu partout dans les troncs des églises de la région. Un drôle de paroissien décrit la professionnalisation du métier de voleur où Georges se contente tout d'abord de voler l'argent à l'aide de caramels mous avant de faire preuve aux côtés de Raoul d'une véritable ingéniosité. Mais dans ce tableau ''idyllique'' d'une ''profession'' presque décrite comme un sacerdoce, un ombre plane au dessus de la tête des voleurs. Celle de l'inspecteur Cucherat qu'interprète donc Francis Blanche. Un flic chargé de surveiller les églises en raison d'une recrudescence des pillages et qui traque celui qui depuis plusieurs jours vide les troncs des églises. Jean-Pierre Mocky décrit ensuite les Lachaunaye comme une famille de bourgeois déclassée, continuant à vivre de privilèges bien qu'ils ne puissent plus se permettre de vivre tels des parasites de notre société. En clair, leur valeurs tournent autour d'un principe simple : Aux autres de donner et à eux de récolter... Se confrontent ainsi deux ordres d'idée : un paradoxe opposant une famille d'anciens nantis privilégiés au refus de se salir les mains dans des métiers qui inférioriseraient leur statut de bourgeois. Un concept que le réalisateur traite d'ailleurs sur le ton de l'absurde puisque avant de ''renflouer'' les caisses grâce aux vols des troncs d'église et ainsi de pouvoir donner l'illusion de s'être réapproprié leur ancien statut, Georges et sa famille vivront longtemps dans un appartement sans meubles, sans chauffage et sans presque aucune nourriture... Un drôle de paroissien est une excellente comédie en noir et blanc (à l'exception de la délirante séquence du cauchemar tournée en couleur), avec un Bourvil suave, un Francis Blanche hargneux et un Jean Poiret volubile...

 

dimanche 16 août 2026

Doctor Sleep de Mike Flanagan (2019) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Oser s'attaquer à un monument tel que le Shining de Stanley Kubrick, c'est le pari insensé que se sont tout d'abord lancés le réalisateur Mark Romanek et le scénariste Glen Mazzara avant que le projet d'adaptation du roman de Stephen King Doctor Sleep n'échoue finalement entre les mains de Mike Flanagan qui déjà en 2017 avait adapté son roman Jessie. Tout remonte en 1977 lorsque l'écrivain américain fait publier ce qui chez nous sortira deux ans plus tard sous le titre Shining, l'enfant lumière chez l'éditeur Alta. S'emparant du sujet, le réalisateur, scénariste et producteur Stanley Kubrick réalise en 1980 Shining. Un long-métrage qui provoquera chez le romancier un certain rejet puisque le cinéaste américain modifia certains concepts comme celui visant à faire du personnage de Jack Torrance un individu luttant en permanence contre son addiction à l'alcool, contre sa violence et contre ses mauvais démons. Kubrick choisissait alors de faire intervenir des forces extérieurs expliquant l'état de délabrement psychologique du personnage central du récit. Quant à l'épouse de Jack Torrance, Wendy, sa forte personnalité fut dévoyée pour la transformer en une femme faible et souvent passive... Stephen King fut à ce point attristé que dix-sept ans plus tard il écrivit le scénario de la mini-série en trois parties de Mick Garris Shining : Les Couloirs de la peur qui selon lui était beaucoup plus proche du roman original...


S'il y a bien un ouvrage que personne ne s'attendait à voir être publié trente-six ans après le chef-d’œuvre Shining, c'est bien sa suite intitulée Doctor Sleep. La genèse de ce roman remonte à bien des années postérieures à l'édition du roman original puisque Stephen King se demande longtemps après la sortie de Shining ce qu'il a pu advenir du jeune Danny. Un prétexte pour étudier l'évolution d'un enfant victime d'un lointain traumatisme et tout comme pour son défunt père, d'une addiction à l'alcool. Stephen King projetant ainsi ses propres démons qui le virent consommer de façon irraisonnée de l'alcool et des drogues dans les années soixante-dix et quatre-vingt. Cette séquelle suit ensuite le chemin de la rédemption. Celle de Danny, désormais incarné à l'écran par l'acteur britannico-américain Ewan McGregor (Petits meurtres entre amis, Transpotting, Le veilleur de nuit, The Ghost Writer, etc...), alcoolique au dernier degré comme le fut son père. Un marginal qui donne d'ailleurs son nom au titre puisque le Docteur Sleep, c'est lui. Accompagnant les malades d'un hospice qui emploie en outre son nouvel ami Billy Freeman (l'acteur Cliff Curtis) lors de leurs derniers instants de vie, la véritable préoccupation de Stephen King à l'élaboration du récit reste sans doute celle du rôle de Père. Il s'agit bien là du thème central qui chez lui s'exprime à travers une certaine forme d'atavisme, de prédisposition à l'alcoolisme et à la violence comme cela était le cas chez son père...


La présence au sein du récit de nouveaux personnages permet une fois encore à Stephen King d'opposer le Mal au Bien. Si la toute jeune Abra Stone (Kyliegh Curran) possède elle aussi le pouvoir du ''Shining'', Danny apparaît comme son protecteur. Car à ce pouvoir immense qui permet notamment à ceux qui en sont dotés de communiquer par télépathie, de percevoir les morts ou d'influencer mentalement les autres, le récit oppose un antagoniste à la hauteur, chez Stephen King, du Randall Flagg du Fléau ou d'André Linoge de La tempête du siècle. Des antagonistes extrêmement puissants rejoins cette fois-ci par l'une des ''Grandes Méchantes'' créées à travers les décennies par l'un des plus célèbres écrivains de la littérature d'épouvante et parmi lesquelles l'on retrouve Annie Wilkes de Misery, Margaret White de Carrie ou bien Mrs. Carmody de The Myst. Toutes sortes de fanatiques auxquelles s'oppose cette fois-ci à travers la présence d'une ''créature'' très proche de la mythologie des vampires, le personnage de Rose O'Hara (incarnée à l'image par Rebecca Ferguson) et de sa petite communauté d'hommes et de femmes itinérants nommée ''Le Nœud Vrai''. Un atout majeur pour cette séquelle puisque Stephen King dans le roman et Mike Flanagan dans son adaptation cinématographique y développent l'idée d'un groupe d'individus ayant découvert la possibilité de prolonger leur existence en prélevant l'énergie vitale d'enfants possédant le Shining...


Doctor Sleep est aussi l'examen de conscience d'une Amérique malade à travers ce que l'on peut supposer être également une dérive sectaire. Rose et sa petite communauté semblent à la fois se référer au film de vampire Near Dark de Kathryn Bigelow même si ses vampires buvaient du sang afin de connaître la vie éternelle tandis que les membres du ''Nœud Vrai'' absorbent la vapeur de leurs jeunes victimes en souffrance pour des raisons similaires et se référer ensuite aux sectes meurtrières dont celle du gourou Charles Manson semble être la première en ligne de mire. Notons d'ailleurs que le film s'avère parfois très violent, surtout lors de la séquence montrant l'assassinat d'un enfant par les membres du ''Nœud Vrai''. Difficile de comparer Doctor Sleep à Shining tant ce dernier confinait parfois à la perfection. Pourtant, louable est la volonté de Mike Flanagan de nous rappeler le génie de Stanley Kubrick en réinvestissant les longs couloir de l'Overlook dans la dernière partie du long-métrage, en réutilisant le Dies iræ comme point d'orgue d'une bande musicale signée cette fois-ci de The Newton Brothers en lieu et place de Wendy Carlos ou encore en proposant de somptueux travellings aériens lorsqu'il s'agit pour Danny et Abra de mettre un terme définitif aux agissement de Rosa...


Doctor Sleep étend son champ d'investigation en explorant des thématiques similaires tout en les aménageant vers de nouveaux profils. Chez Danny, la rédemption passe par l'abandon de sa consommation d'alcool, l'aide aux malades en fin de vie et son sacrifice pour la jeune Abra. Le rituel de Rosa et des membres du ''Nœud Vrai'' évoque quant à lui une certaine forme de chamanisme diabolique. Et puis, il y a ce retour aux sources, menant nos héros jusqu'à l'hôtel Overlook désormais délabré. L'occasion pour Mike Flanagan d'exploiter les différents mythes du récit original. Tandis qu'au démarrage de Doctor Sleep l'on retrouve le Danny enfant, sa mère Wendy ainsi que Dick Hallorann anciennement incarnés par Danny Lloyd, Shelley Duvall, et Scatman Crothers et désormais interprétés par Roger Dale Floyd, Alex Essoe et Carl Lumbly, c'est avec une certaine angoisse que l'on attendait le retour de l'iconique Jack Torrance cette fois-ci joué par Henry Thomas en lieu et place de l'irremplaçable Jack Nicholson. Les fans de la mythologie Shining seront malgré cette petite ''coquille'' heureux de retrouver de nombreux symboles de l’œuvre originale. Entre les décors et d'autres personnages encore, telles les deux petites jumelles ou la vieille Mrs. Massey de la chambre 237. Si Doctor Sleep ne souffre évidemment pas de la comparaison avec Shining, Mike Flanagan s'en sort malgré tout avec les honneurs. Son adaptation aura au moins soufflé l'espoir d'une vie meilleure pour ses personnages en détruisant ce qui pouvait ronger jusque là leur conscience...




 

samedi 15 août 2026

Cocorico 2 de Julien Hervé (2026) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

C'est long, très long, tellement long... Et surtout, c'est pénible, vraiment pénible, tellement pénible que l'on pourrait croire que cette purge, cette infamie, ce cancer que l'on dit être une comédie aurait tout aussi bien pu être l’œuvre d'une Michèle Laroque ou d'un David Charhon. Imaginons d'ailleurs durant un court instant que ces deux là décident un jour de mettre en scène ensemble un prochain film en commun, hum ? Ouais, je sais, rien que d'y penser, ça donne le tournis. Mais en attendant, le scénariste et réalisateur français Julien Hervé n'a eu besoin de personne pour signer le nouveau grand navet de cette décennie et des années 2000-2020 en totale perdition sur le territoire hexagonal. Des pseudo-comédies qui semblent surtout faire l'étalage d'un pognon monstre dont les propriétaires paraissent se ficher du devenir puisque tout comme pour le film dont il s'agit ici de faire la critique sans s'énerver, il est des œuvres ayant coûté des millions dont la valeur artistique reste encore à évaluer ! Déjà, pourquoi réaliser la suite d'un film relativement mauvais ? Sans doute parce que Cocorico est rentré dans ses frais en rapportant un peu moins de quinze millions d'euros pour un budget de dix. Rien de mirobolant et pourtant, les sociétés de production SND et White and Yellow Films ont décidé de faire à nouveau confiance à Julien Hervé qui pour la seconde fois s'est chargé lui-même de l'écriture et de la réalisation de sa nouvelle comédie. On prend les mêmes et on recommence. Mais alors que Cocorico était encore ''regardable'' malgré un concept sympathique très mal exploité, sa suite parvient à être encore moins bonne que l'original. Une pâle copie d'une mauvaise comédie, au mieux, ça peut donner une franchouillardise acceptable. Mais là, même pas. Au point qu'il nous semble régulièrement être pris pour des légumes ingérant le même plat à chaque repas. De la direction artistique de Simon Blanjoie aux décors de Laure Lepelley-Monbillard en passant par l'indigente musique de Matei Bratescot qui revient pour la seconde fois nous assommer avec des compositions qui puent l'Intelligence Artificielle même s'il y a bien un compositeur derrière elle, Cocorico 2 a de grandes chances en fin d'année de finir au sommet des flops 10 catégorie ''Comédies Françaises'' !


Évidemment, on n'attend plus rien de Didier Bourdon et de Christian Clavier qui font une fois encore là où on leur demande. Cachetonnant dans des comédie faisandées depuis maintenant une bonne dizaine d'années. Poussant malgré tout des spectateurs assez stupides pour leur accorder encore et encore leur confiance à aller dépenser une dizaine d'euros chaque fois qu'ils passent au cinéma. Si Cocorico 2 est consternant, ça n'est pas simplement parce qu'il nous présente deux vieillissantes vedettes du cinéma français dans les inconfortables rôles de septuagénaires incapables de remettre en question leur ostracisme culturel, social et racial ni même parce que Julien Hervé pille le fond de commerce de Philippe de Chauveron (réalisateur de la trilogie Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu et de à bras ouverts) et encore moins parce qu'il semble espérer que les spectateurs sont assez stupides pour se laisser avoir une seconde fois (la suite n'attirera d'ailleurs qu'environ six-cent soixante milles d'entre eux, soit, un million et trois-cent mille de moins que pour le premier volet) mais bien parce que c'est mauvais ! Face à Didier Bourdon dont la qualité de comédien s'est depuis très longtemps faite la malle, Christian Clavier semble avoir définitivement abandonné l'idée de jouer pour laisser la place à son ''double'' Jacques-Henri Jacquart de la saga Les visiteurs. Nos deux interprètes ont donc abandonné toute ambition. Tout comme la pauvre Sylvie Testud qui est venue se perdre dans deux comédies d'une rare indigence bien longtemps après nous avoir notamment offert une superbe performance dans le formidable Les Blessures assassines de Jean-Pierre Denis au tout début du siècle. On ne citera pas le reste du casting qui de toute manière se partage la partie congrue d'un script rachitique, mal écrit et d'un récit qui accumule tant de fautes de goût en matière de dialogues que le malaise finit par s'imposer face à des interprètes qui rament à contre-courant. Bref, un désastre !

 

vendredi 14 août 2026

Blaxploitation: The Black Panther de Lee Frost (1975) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Nous avons, en France, en terme de comédie franchouillarde, le très précieux Le Führer en folie de Philippe Clair. Et quel que soit ses qualités qui, soyons honnêtes sont extrêmement limitées, nous ne sommes pas prêts de renier cet OVNI qui même au sein d'une très foisonnante catégorie demeure l'un des points d'orgue du nanar à la française ! Et bien, chez l'Oncle Tom, ils ont The Black Gestapo. Pas tout à fait le même genre de film mais pourtant, une œuvre qui profite allégrement d'une période sombre de notre histoire pour orner ses différentes affiches d'un titre on ne peut plus racoleur... Pourtant, lorsque l'on parle racolage, certains spécialistes sont capables de pire encore. Et le pire, ici, n'est pas tant ce titre très explicite mais bien celui que certains distributeurs hexagonaux s'amusèrent à coller au long-métrage de Lee Frost, cet éminent pourvoyeur d'érotisme léger, de Blaxploitation et même d'un inénarrable et cultissime The Thing with Two Heads (La chose à deux têtes) en 1972 dans lequel la tête d'un chirurgien blanc négrophobe était greffée à côté de celle d'un homme de couleur ! Dans notre si beau pays, The Black Gestapo vit donc le jour sous le titre encore plus explicite de Black Nazi !!! Édité chez Ciné Budget dont la vidéothèque ne fut apparemment constituée que d'un peu moins de trente longs-métrages, le film ne fait pourtant référence aux partisans du Parti national-socialiste des travailleurs allemands ou à la police politique de l'Allemagne nazie qu'à travers les uniformes que certains officiers d'une petite ''armée'' de soldats afro-américains porteront sur le dos une fois bien établi ce groupe chargé de combattre le mal qui s'est emparé des quartiers pauvres où vit la communauté afro-américaine... A la tête d'une organisation qui pour l'instant s'avère pacifique, l'on trouve le Général Ahmed (Rod Perry). Trop mou et donc pas assez entreprenant aux yeux de son principal collaborateur le Colonel Kojah (Charles Robinson), ce dernier demande à son supérieur l'autorisation d'entraîner six hommes afin de partir à la chasse des criminels blancs qui s'en prennent aux habitants de la ville. Blancs, oui, car comme très souvent dans ce genre de films qui dans les années soixante-dix appartenaient à la catégorie Blaxploitation, The Black Gestapo fait tout d'abord porter le chapeau de la criminalité et donc de la corruption à l'homme blanc...


Le noir passant ainsi pour le gentil de l'histoire. Pourtant, Lee Frost n'est pas homme à se laisser aller à la démagogie puisque tout comme dans The Thing with Two Heads où Jack Moss (l'acteur Rosey Grier) demeurait un criminel condamné à mort, le pouvoir mis entre les mains du Colonel Kojah va très rapidement lui monter à la tête. Après avoir filmé le nettoyage de la ville d'authentiques crapules dont un certain Vito (Phil Hoover) en principal homme de main de Vincent joué par Lee Frost, le réalisateur a cependant ici l'honnêteté de reconnaître que la ''crapulerie'' n'est pas le signe distinctif exclusif de l'homme blanc puisque très vite, Le Colonel et ses hommes vont carrément prendre la place de ceux qu'il traquèrent afin de récolter l'argent que les commerçants et autres prostituées concédaient à la mafia locale. Une mafia qui a donc changé de couleur. The Black Gestapo mêle Vigilante, action et thriller pour un résultat en réalité plutôt médiocre. Une œuvre qui éveille la conscience d'un homme qui vouait jusque là sa vie au bien de sa communauté mais qui devant la trahison et la corruption d'une partie de ses hommes est désormais décidé à prendre les armes pour rétablir l'ordre. The Black Gestapo vaut surtout chez nous pour son doublage en français, authentiquement nanardesque, où les insultes pleuvent, telles ''Sale nègre'', ''Enculé'', ''Fils de pute'' et autres joyeusetés. De jolies actrices de couleurs confondues qui ne rechignent jamais à ôter le haut pour livrer aux lubriques spectateurs de très appétissantes poitrines pour ceux qui apprécient les ''modèles'' de tailles raisonnables (on n'est pas ici chez le macromastophile Russ Meyer). Plutôt redondant, plus ou moins bien interprété selon l'acteur ou l'actrice, le contenu de The Black Gestapo n'est pas aussi impertinent que voudrait le laisser croire le titre. Et si même Le Colonel Kojah et ses hommes arborent les uniformes associés à la SS, à aucun moment le film n'évoque les nazis ou la Gestapo. Bref, ça se regarde, surtout pour les amateurs de Blaxploitation qui voudraient parfaire leur éducation en la matière. Pour les autres, le long-métrage de Lee Frost apparaît comme une œuvre mineure dans cette catégorie et celle des Vigilante...

 

jeudi 13 août 2026

The Black Panther de Ian Merrick (1977) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Dans un même esprit que The Todd Killings de Barry Shear mais quittant le territoire américain pour la Grande Bretagne et dans une approche beaucoup plus sombre et réaliste, The Black Panther de Ian Merrick s'intéresse cette fois-ci non plus au tueur en série Charles Schmid mais au braqueur de banque et de bureaux de poste, kidnappeur et multiple assassin Donald Neilson qui entre 1971 et 1974 commis plusieurs effractions et meurtres qui firent trois victimes : Sidney Gray en 1971, Donald Skepper en 1972 et Ernest Dyas en 1974. Le titre du long-métrage n'est pas une pure invention puisque l'homme fut surnommé ainsi pour avoir surtout effectué des cambriolages de nuit, entièrement vêtu de noir et sans faire le moindre bruit. Mais s'il est surtout resté célèbre sur le territoire britannique, c'est parce qu'il kidnappa l'adolescente Lesley Whittle alors âgée de dix-sept ans le 14 janvier 1974. Donald Neilson aurait alors exigé de la part de ses parents la rondelette somme de cinquante-mille livres. Quant à Lesley, elle fut enfermée dans un puits de drainage souterrain d'un réservoir situé à Bathpool Park, dans le Staffordshire. Déshabillée, attachée nue à seize mètres de profondeur, une cagoule placée sur sa tête et une corde autour du cou, son corps fut finalement découvert par les autorités près de trois mois plus tard. L'adolescente a perdu la vie par pendaison. On ne saura jamais si elle est accidentellement tombée de l'étroite plateforme qui la retenait prisonnière ou si son ravisseur la poussa dans le vide... Condamné à la prison à vie après un premier jugement datant du 1er juillet 1976 et de trois autres condamnations à perpétuité pour les meurtres qu'il commis sur les trois employés de bureaux de poste, Donald Neilson passa le reste de son existence derrière les barreaux avant de mourir le 18 décembre 2011... The Black Panther adapte donc une grande partie des événements entourant la multiple tragédie qui endeuilla la Grande Bretagne entre 1971 et 1974 tout en éludant certains aspects comme la culpabilité de l'épouse du criminel qui dans le long-métrage de Ian Merrick n'est pas directement impliquée dans la série de braquages commis par son époux. À dire vrai, elle (Marjorie Yates) et leur fille (Sylvia O'Donnell) apparaissent comme terrorisée par Donald qui depuis qu'il a quitté l'armée semble avoir beaucoup de mal à réintégrer la vie civile...


Découchant régulièrement jusqu'à préférer dormir dans la nature, il a gardé des réflexes propres à son ancienne carrière de militaire. Incarné à l'écran par l'acteur Donald Sumpter, l'homme est glaçant, rigide, impassible devant la moindre émotion et incapable lui-même de montrer le moindre sentiment vis à vis de ses proches ou de ses victimes. C'est ainsi que Ian Merrick traite de son sujet, l'atmosphère froide, rugueuse et l'indifférence de son principal protagoniste sont à l'origine d'une œuvre très particulière, presque clinique dont on ne s'explique pas vraiment les motivations du tueur et kidnappeur autrement qu'à travers son appétit pour l'argent. Ici, la participation de l'épouse du tueur n'est pas explicitement décrite. On pense surtout que Donald Neilson vit une double vie qu'il cache à son épouse et à leur fille. L'incarnation de Donald Sumpter est à l'aune de la mise en scène de Ian Merrick. Lequel ne cherche pas à expliquer les motivations de ce tueur méthodique dénué de toute empathie pour son prochain. En résulte une œuvre glaçante, froide et réaliste décrivant les étranges habitudes d'un individu qui agit rapidement de manière très curieuse à travers d'étranges rituels. Lorsque débute le récit, Neilson est déjà coutumier des actes criminels, ce qui évite au réalisateur d'expliquer ses motivations. On n'en saura pas davantage durant ces quelques quatre-vingt dix minutes durant lesquelles Ian Merrick s'attache à suivre le personnage central sans presque jamais le quitter des yeux. Donald Sumpter y incarne un individu tellement crédible qu'il devient difficile de distinguer le personnage de son interprète. Malgré la violence des méfaits, The Black Panther est bien moins cru visuellement qu'on pouvait s'y attendre. Sa spécificité se trouve surtout dans le jeu quasi monolithique de Donald Sumpter, dans l'austérité de la mise en scène, proche du documentaire ou dans la terne photographie de Joseph Mangine. Bref, une œuvre atypique qui durant très longtemps fut invisible mais qui, en France notamment, fut éditée par UFO Distribution dans le courant de l'année 2016 au format DVD...

 

mercredi 12 août 2026

The Todd Killings de Barry Shear (1971) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Si The Todd Killings de Barry Shear n'évoque pas directement le nom de l'assassin dont le réalisateur et les scénaristes Dennis Murphy, Joel Oliansky et Mann Rubin se sont inspirés pour écrire l'histoire et ni de celui des véritables victimes, le récit repose pourtant sur la série de meurtres que commis Charles Schmid entre 1964 et 1965. L'assassin, ici incarné à l'écran par le charismatique Robert F. Lyons alors âgé de vingt ans évoque cependant curieusement l'un des plus célèbres tueurs en série de l'histoire de la criminalité américaine. Entouré d'une horde d'adolescents des deux sexes lui vouant une véritable adoration, il n'est pas rare en effet que le personnage soit le reflet fictionnel du gourou et criminel Charles Manson qui à peu près à la même époque envoya notamment plusieurs de ses disciples assassiner un producteur de musique qui refusa auparavant de signer avec lui un contrat. Ayant depuis déménagé, la propriété fut rachetée par le cinéaste Roman Polanski. Le 9 août 1969, les membres de la Famille Manson Charles Tex Watson, Patricia Krenwinkel, et Susan Atkins s'introduisirent chez lui et assassinèrent son épouse l'actrice Sharon Tate ainsi que trois de leurs amis. Alors, même si The Todd Killings n'est pas officiellement inspiré des méfaits commis par les membres de la secte, il est troublant de constater le rapport ténu qu'entretient le personnage de Skipper avec certains éléments propres à l'existence de Charles Manson. Car dans un cas comme dans l'autre, dans la fiction et dans la réalité, les deux se rêvent musiciens... Plus étonnante encore est la relation pourtant impossible à établir entre le personnage central du récit et cet autre célèbre tueur en série qui défraya la chronique dans le milieu de années soixante-dix connu sous le nom de Ted Bundy (Theodore Robert Bundy). En effet, entre les meurtres visant exclusivement de jeunes femmes, l'intelligence et la beauté avérée de ce tueur en série ayant commis de très nombreux meurtres entre 1974 et 1978, la distinction entre les deux individus devient évidente... Auteur de très nombreux téléfilms, longs-métrages et épisodes de séries télévisées, Barry Shear signe une œuvre profondément marquée par la Guerre du Vietnam, la contre-culture et le rejet des institutions. Skipper est significatif de cette arrogance d'une jeunesse post soixante-huitarde personnifiée ici à travers ce jeune homme séduisant, charismatique et finalement très plaisant pour son entourage à côtoyer...


Autour de lui, une pléthore de tout jeunes adultes, voire d'adolescents prêts à tout pour un sourire, un regard et même parfois, un baiser. S'agissant de la relation entre l'homme et son entourage, Barry Shear les traite d'ailleurs de manière relativement ambiguë. On ne sait en effet pas vraiment si seules les femmes (souvent très jeunes) l'attirent ou si les hommes aussi ont parfois ses faveurs. Ici, par contre, pas de doute possible sur sa culpabilité puisque The Todd Killings s'ouvre sur une séquence d'une réalité crue ! L'enterrement d'une jeune femme dans le désert, le meurtrier étant accompagné de deux ''amis''. Une scène qui témoigne de tant d'assurance et de narcissisme chez Skipper qu'il n'imagine pas un seul instant que quiconque autour de lui pourrait le trahir. Barry Shear en fait le marqueur d'une génération dénuée de toute morale où la mort et l'acte en lui-même valent bien moins que l'image que l'on renvoie devant la société. Représentée dans le cas présent par une juvénilité où les jeunes femmes sont prêtes à vendre corps et âme et où les jeunes hommes ont tous l'air de garçons de plage. Notons que le long-métrage met en scène un très bon choix d'interprètes puisque outre Robert F. Lyons dans le rôle-titre, plusieurs actrices et acteurs ont fait les beaux jours du petit ou du grand écran. Richard Thomas qui joue ici le rôle de Billy Roy, amoureux transit d'une ancienne camarade qui reste indifférentes à ses appels du pied, sera l'une des vedettes de la série La Famille des collines un an plus tard. L'actrice de théâtre et de cinéma Barbara Bel Geddes deviendra mondialement connue pour avoir incarné dès 1978 le personnage de Ellie Ewing dans la série Dallas et toujours concernant le petit écran, la très jolie Belinda Montgomery apparaîtra notamment dans la série de science-fiction L'homme de l'Atlantide aux côtés de Patrick Duffy en 1977... Pour finir, Michael Conrad incarnera le sergent Phil Esterhaus dans la série policière Hill Street Blues au début des années 80... Pour celles et ceux qui apprécieraient The Todd Killings, il leur est très fortement conseillé de se jeter ensuite sur l'excellent téléfilm The Deliberate Stranger de Marvin J. Chomsky et avec Mark Hammil qui cette fois-ci traita du cas Ted Bundy...

 

mardi 11 août 2026

Yön Lapsi (Nightborn) de Hanna Bergholm (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Saga (la finlandaise Seidi Haarla) et Jon (l'anglais Rupert Grint) s'aiment et décident de fonder ensemble une famille. Pour cela, ils choisissent tout d'abord de s'installer dans l'ancienne demeure familiale de la jeune femme qui depuis des années d'abandon a subit énormément de dégâts. Une fois installé, le couple décide un jour de partir en forêt et y fait l'amour. Un lieu étrange où certains arbres paraissent presque ''humains''. Tandis que la jeune femme tombe enceinte, Jon s'occupe de la demeure et la rénove afin d'accueillir leur futur enfant. Si l'accouchement de Saga s'avère difficile, le bébé nait à peu près normalement en dehors d'une impressionnante hypertrichose qui fait douter ses parents sur son état physique général. Cependant, les spécialistes sont catégoriques et se veulent très rassurants : pour son âge, Kuura (interprété par divers bébés selon l'évolution de son âge) est en parfaite santé et demeure même doté d'une force inhabituelle. Tandis que la famille de Saga et de Jon se présentent chacun à leur tour auprès des jeunes parents, la toute jeune mère éprouve au fil du temps de grandes difficultés à élever son enfant. Alors que la jeune mère donne le sein à Kuura, celui-ci la mord régulièrement et parait être davantage attiré par le sang de Saga que par le lait maternel. Au fil des semaines et des mois, le climat et surtout, les rapports entre les deux époux se dégrade. Tandis que Saga tente de convaincre son entourage et plus précisément Jon que Kuura n'est pas un enfant comme les autres, tout le monde finit par s'accorder pour dire que le problème vient d'elle et non pas de son bébé. En outre, d'étranges phénomènes se produisent à l'intérieur et autour de la propriété. Comme si la forêt était mue par une vie propre, veillant sur le bien-être de Kuura...


Les exemples de longs-métrages mettant en scène des mères qui enfantent des bébés plus ou moins monstrueux ne sont pas rares au cinéma. Il existe même certaines œuvres qui à travers le temps sont devenues d'authentiques classiques de l'épouvante. On pense bien évidemment tout d'abord au bébé de Rosemary's Baby tourné par Roman Polanski à la fin des années soixante, au Monstre est vivant de Larry Cohen, au film culte de David Lynch Eraserhead en 1977, à Chromosome 3 de David Cronenberg en 1979 ou aux plus récents Grace de Paul Solet en 2009 et Egō que tourna justement la finlandaise Hanna Bergholm voilà quatre ans plus tôt. Entre autres corps de métiers du cinéma, celle-ci a notamment signé la mise en scène et le script de ses deux longs-métrages dont l'écriture fut assurée en collaboration avec la scénariste Ilja Rautsi... Sans être directement cités, divers éléments du folklore finlandais semblent avoir été puisés par les deux femmes qui probablement se sont sans doute d'abord inspirées des Metsänväki qui selon certaines légendes formeraient le ''Peuple de la forêt''. Des esprits invisibles qui peuvent tantôt apparaître bienveillants, tantôt malveillants. Il existerait d'ailleurs une frontière entre le monde des humains et celui des esprits relaté dans l'épopée nationale de la Finlande connu sous le nom de Kalevala. Un ouvrage qui a inspiré divers arts comme le cinéma, donc, mais aussi la peinture, la musique et la littérature finlandaises...


S'agissant de Yön Lapsi (ou Nightborn à l'internationale), cet emprunt mythologique est surtout l'occasion pour la cinéaste de planter l'angoissant décor d'une femme face à ses nouvelles responsabilités de mère. Difficulté d'élever son enfant, rejet, répulsion, effondrement psychologique et répercussions physiques post-natales sont au cœur du sujet. Il n'est pas rare que le Folk-Horror s'inscrive ici sur un même plan que le Body-Horror même si l'essentiel du sujet tourne autour d'une horreur plus psychologique que viscérale. Le film tourne surtout autour de la mère qu'incarne donc la finlandaise Seidi Haarla. Décrivant la lente descente aux enfers d'une mère qui ne sait plus comment agir avec son bébé. Et si Yön Lapsi traite bien de l'abandon, ça n'est pas simplement celui dont éprouve le besoin Saga mais bien celui dont elle se trouve être elle-même la première victime. Influant ainsi sur les crispations des spectateurs qui voient bien ce qui se trame derrière ce récit au doux relent de film d'horreur dont on croit poindre en premier lieu une histoire de loup-garou liée à l'hypertrichose dont est atteint le bébé. Pris à témoin, le public ne peut qu'adhérer au point de vue d'une mère sans défenses qui apprend cependant les codes qui permettent de gérer les crises de l'enfant. L'actrice Seidi Haarla est impeccable dans le rôle de Saga. Entre impuissance, rage et crises d'hystérie, elle incarne à merveille cette jeune mère que tout le monde abandonne, et parfois même jusqu'à sa propre chair... Surprenant !

 

lundi 10 août 2026

Newborn de Nate Parker (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Si Newborn, le dernier long-métrage du réalisateur afro-américain Nate Parker ne fait pas véritablement partie du courant Blaxploitation, celui-ci partage divers points communs avec ce genre cinématographique né dans les années soixante-dix sur le territoire des États-Unis. La plupart des protagonistes sont eux-mêmes issus de la communauté noire américaine (à l'exception de David Oyelowo) et même si le sujet ne traite pas toujours directement des préoccupations du mouvement initié en 1971 par Melvin Van Peebles avec Sweet Sweetback's Baadasssss Song et Gordon Parks avec Shaft, certaines séquences semblent pourtant vouloir s'y rattacher. L'un des héros, Chris Newborn (le britannique David Oyelowo), s'apprête à épouser sa compagne Tara Benton (Olivia Washington), alors enceinte, lorsque son frère Keith (Jimmie Fails) débarque chez eux, blessé, après avoir causé accidentellement la mort d'une personne. Possédant déjà un casier judiciaire qui risque de l'envoyer en prison pour longtemps, son frère aîné Chris décide de se faire passer pour le responsable et part donc prendre sa place en prison. Lors du procès, le juge est clément et le condamne à deux ans de prison. Mais alors que sa peine arrive à son terme, Chris est accusé du meurtre d'un codétenu et se retrouve condamné à sept années d'isolement. À sa sortie de prison, il retrouve Tara ainsi que leur fils Jake (Aiden Stoxx) alors âgé de neuf ans. Afin de se reconstruire, le couple et leur enfant prennent la décision de partir s'isoler dans un hôtel temporairement fermé où ils sont accueillis par le gestionnaire du complexe, un certain Hersh qu'incarne à l'écran Barry Pepper (Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg, La ligne verte de Frank Darabont ou encore les second et troisième volet de la franchise Le labyrinthe)... Si tout ou presque laisse tout d'abord penser que l'on va avoir droit à un ersatz du Shining de Stanley Kubrick, le long-métrage de Nate Parker ne partage en réalité avec ce classique de l'épouvante que le contexte géographique et l'environnement dans lequel vont évoluer nos protagonistes. Car plus qu'un simple film d'horreur (ce que Newborn n'est absolument pas malgré l'intégration de quelques séquences plus ou moins horrifiques), l’œuvre du cinéaste américain cherche d'abord à faire l'évaluation d'un traumatisme lié à l'isolement d'un homme dans une cellule de prison durant de longues années...


Newborn évoque de manière fort juste la corruption des autorités (ici, deux gardiens de prison coupables d'un homicide), l'emprisonnement d'un homme totalement innocent des faits qui lui furent reprochés, l'éloignement de la famille ou encore le sacrifice. Surtout, le film de Nate Parker montre avec une force sans égale la manière dont se déconstruit la personnalité d'un individu qui une fois dehors a perdu tous ses repères. Jusqu'à avoir de grandes difficultés à renouer avec sa compagne. Newborn traite également des rapports d'un père à son fils qu'il n'a pas eu la chance de voir grandir. Et au milieu de toutes ces difficultés à réintégrer un monde dont il a été écarté durant neuf années, l'intrigue exploite deux idées qui s'entremêlent avec un certain brio. D'un côté, la paranoïa et de l'autre le complot. L'un comme l'autre devenant des éventualités incertaines puisque longtemps avant de comprendre ce qui se trame autour de nos héros, Nate Parker cultive l’ambiguïté. Le spectateur se demande alors si Chris est fou ou si ce qu'il s'imagine se tramer autour de lui est réel. Et dans un cas comme dans l'autre, le réalisateur et scénariste sème divers témoignages visuels ou comportementaux qui ne cessent de provoquer le doute, entre les sinistres visions de Chris dont certaines sont absolument troublantes (les tombes) et le comportement parfois très étrange du gestionnaire du complexe hôtelier Hersh... Nate Parker exploite en outre avec une très grande finesse les rapports humains et l'intimité de Chris et de Tara. Voire même celle de Jake qui malgré son mutisme est parfaitement interprété par le jeune Aiden Stoxx. On pourra tout juste regretter une toute dernière partie beaucoup plus convenue mais dont le déroulement reste ici inévitable mais Newborn fait partie de ces œuvres dont on n'attend pas forcément grand chose et qui au final se révèlent des réussites. Ou comment lier traumatisme, ambiance paranoïaque, psychologie oppressante, amour profond et compassionnel, mise à l'épreuve, patience, culpabilité et détermination. Bref, une excellente surprise...

 

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...