Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

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jeudi 5 novembre 2026

Pandémie (Gamgi) de Kim Seong-su (2013) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Si le film catastrophe est un genre en soit qui a donné lieu à de nombreuses œuvres cinématographiques plus ou moins réalistes ou absurdes, il demeure une sous catégorie qui a su exploiter la thématique de la pandémie pour flirter avec l'horreur et l'épouvante en transformant les victimes d'un virus en zombies, voire en infectés extrêmement agressifs envers leur concitoyens. Mais en 2013, le réalisateur sud-coréen Kim Seong-su est bien loin de ces considérations ''philosophiques'' qui généralement permettent de remettre les compteurs à zéro en éliminant la quasi totalité de l'espèce humaine pour permettre aux survivants de tout recommencer... ici, le récit est à l'échelle d'une ville d'environ cinq-cent mille habitants. Pas de monstres baveux terriblement belliqueux mais une cité très commune de Corée du sud qui va rencontrer un événement sans précédent qui pourrait bien avoir des répercussions sur le plan mondial si les responsables de la ville n'y mettent pas un terme le plus rapidement possible. Très vite, le réalisateur met en scène les frères Ju Byung-woo (Lee Sang-yeob) et Ju Byung-ki (Lee Hee-joon) lors d'une séquence constituant l'entrée sur le territoire non plus de migrants entassés dans un container dont un seul a survécu mais bien de ce mal invisible qui va rapidement se propager dans la ville de Bundang. Kim Seog-su nous présente ensuite Oh Ji-goo (Jang Hyuk), un sauveteur volontaire qui vient en aide à la jeune Kim In-hae (Soo Ae) qui travaille au centre de lutte contre la contagion de Bundang et qui après un accident de voiture se retrouve au fond d'un puits dont le sauveteur va l'extraire. Intervenant sur le terrain, l'Agence coréenne de contrôle et de prévention des maladies fait ensuite brûler le container et les cadavres qu'il renferme mais le virus a déjà commencé à se propager dans toute la cité. Administrateurs de la ville et politiciens minimisent la situation mais se retrouvent contraints de créer une zone de quarantaine pour les malades..... D'une durée ne dépassant les deux heures que d'une toute petite poignée de minutes, Pandémie (Gamgi) est typiquement le genre de spectacle auquel doivent s'attendre en général les amateurs de films catastrophes, qu'il s'agisse de productions américaines, asiatiques ou provenant de n'importe quel continent.....


Et ce qui aurait dû être une force pour une œuvre nous provenant donc de Corée du sud et qui aurait possiblement dû proposer quelques chose d'infiniment plus exotique que sur le territoire américain ne se révèle être en fait qu'une alternative dénuée de toute forme d'inspiration. En dehors, sans doute, de cette habitude très ''Corean-Touch'' qui n'est cependant pas propre au cinéma catastrophiste coréen mais qui consiste à injecter de l'humour à des situations qui ne s'y prêtent pas toujours. Car ici, aussi sérieux le sujet puisse-t-il être, le personnage incarné par l'acteur Jang Hyuk n'est pas de ceux auquels l'on aurait d'emblée penser confier la garde d'une petite gamine, fille de la jeune doctoresse Kim In-hae dont son sauveteur va rapidement tomber amoureux. Pourtant, le film démarrait sur la promesse d'un spectacle que l'on pouvait sans doute espérer plus proche d'un Contagion signé de Steven Soderbergh deux ans auparavant que de ces blockbusters bourrés d'une action ininterrompue renforcée par des visuels stupéfiants et une bande musicale tonitruante voire, assourdissante. Malheureusement, nous sommes parfois plus proches du spectacle généralement imposé par le nanardesque Roland Emmerich de la période 2012 ou Moofall que de celle de son brillant Le jour d'après... Sans être aussi bourrin, Kim Seong-su fait souvent preuve d'une finesse toute relative et va même pécher là où l'on aurait aimé qu'il exploite d'autres concepts plutôt que de nous assainer une bluette sans intérêt. Alors oui, certains visuels sont (plus ou moins) impressionnants mais pour le reste, le long-métrage demeure cependant très académique dans son fonctionnement. Quant au sentimentalisme avec lequel le cinéaste sud-coréen tente de nous toucher, l'effet y est inverse. Boursouflé par tant de sensiblerie, par ce rapport à l'autre dont on se fiche en réalité autant que de cet amour naissant entre deux formes de ''sauveurs de l'humanité'', Pandémie, malheureusement, s'englue tant et si bien dans des considérations extérieures qu'il finit par n'être plus qu'un film catastrophe très commun, fade et sans réelle saveur...

 

mercredi 4 novembre 2026

Nervures de Raymond St-Jean (2026) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Petit détour par le Québec avec ce qui restera sans doute pour celles et ceux qui eurent la chance de le découvrir lors de sa sortie en salle dans son pays d'origine le 12 juin 2026 comme l'un des films d'horreur et fantastiques parmi les plus remarquables à avoir vu le jour cette année. Une année plus ou moins riche qui a notamment permis aux amateurs de découvrir Obsession de Curry Barker, 28 ans plus tard : Le Temple des Morts de Nia DaCosta, Backrooms de Kane Parsons ou le plus récent Resident Evil de Zach Cregger... Une chance, oui, car Nervures du québécois Raymond St-Jean est de ces œuvres inédites chez nous qui brassent tellement de genres et de thématiques que l'émulsion révèle un potentiel rarement inégalé. Tout part pourtant d'un concept assez simple. Âgée de vingt-sept ans, Isabelle (Romane Denis) revient dans son village natal retrouver ses parents qu'elle n'a pas revu depuis longtemps. Plutôt traditionalistes, ils ont effectivement toujours mal accepté le fait qu'elle soit homosexuelle et qu'elle vive avec une femme de couleur (Madeleine Sarr dans le rôle de Catherine). Lorsque elle et sa compagne arrivent chez ses parents, Isabelle apprend que son père est décédé voilà quelques semaines en arrière. Pour la jeune femme, c'est l'incompréhension : pourquoi sa mère ne lui a-t-elle pas téléphoné pour lui annoncer la mauvaise nouvelle ? En outre, celle-ci semble affaiblie. En effet, Thérèse (Marie-Thérèse Fortin) a perdu beaucoup de poids et semble être frappée de somnambulisme. Alors que le mystérieux docteur Toupin (Sylvain Marcel) veille sur la santé de la vieille femme, Isabelle apprend de plus que le chien de la famille est lui aussi décédé. Tout comme son cousin Charles (Léonard Turgeon) que son oncle Émile (Alexandre Castonguay) a veillé jusqu'à sa disparition... Beaucoup de morts, donc, autour de la jeune héroïne qu'incarne Romane Denis. Dans un contexte social où la fermeture de deux usines a contraint la plupart des habitants d'un village à partir vivre ailleurs, Nervures impose des thématiques fortes et très largement reléguées de nos jours. On ne parle bien évidemment pas de la relation entre les deux jeunes femmes qui ne se prévaut pas d'un quelconque affranchissement des nouveaux codes cinématographiques imposés par la bienséance mais bien de la mort, de l'euthanasie et pourquoi pas, de l'immortalité. Derrière le script de Raymond St-Jean et de Martin Girard se cache une véritable réflexion sur ce qu'il est supposé être possible de mettre en œuvre lorsque la douleur est devenue si intense qu'elle en devient insupportable...


Et c'est là qu'intervient le personnage relativement ambigu qu'interprète Sylvain Marcel. Un phytothérapeute dont l'exercice de la médecine fut bouleversée par sa rencontre avec la botaniste suédoise Nancy (Anana Rydvald) qui deviendra plus tard son épouse... Depuis, l'homme s'exerce à trouver le meilleur remède à la souffrance des gens à partir de décoctions injectées en intraveineuses à partir de plantes exotiques. Et c'est là que tout déraille..... On l'aura compris, le long-métrage de Raymond St-Jean est une approche assez particulière de la médecine alternative, avec celui que l'on hésite pour l'instant à considérer comme un ''savant fou''. Car Raymond St-Jean a l'intelligence de travailler au corps la personnalité de ce praticien physiquement imposant, travaillant dans l'ombre de sa cave et dont certaines pratiques laissent encore supposer qu'il œuvre réellement pour le bien de l'humanité. Derrière le drame se cache la pourriture. Cette peur presque physiologique et intellectuellement insupportable qui pousserait donc certains individus à franchir le cap de l'expérimentation pour vivre ou mourir mieux ! Et pour mettre en image ce concept assez fou qui déborde rapidement du simple cadre de la médecine, le réalisateur fait appel à une large palette de spécialistes en effets-spéciaux pratiques et numériques pour nous offrir des plans d'une virtuosité technique et émotionnelle que l'on ne rencontre guère que chez le grand maître du Body Horror, David Cronenberg. À ce titre, Nervures mérite sans doute une publicité beaucoup plus large que le silence qui a entouré sa sortie. Son auteur réussissant en outre à réconcilier les amateurs de frissons avec le cinéma d'épouvante. Là encore, Raymond St-Jean excelle à créer un véritable climat de tension, accompagnant parfois son héroïne dans un décor nocturne et orageux qui participe de cette angoisse sourde qui trouve là son point culminant. Et comment ne pas évoquer cet instant de cinéma aussi troublant que magique, le phytothérapeute penché au dessus de son épouse devenue depuis une.... ''femme-plante'' attristée à l'idée de partir sans celui qu'elle aime... ? Impossible de passer à côté de Nervures qui demeurera sans doute parmi les œuvres horrifiques les plus brillantes à avoir vu le jour en 2026...

 

mardi 3 novembre 2026

Le corbillard de Jules de Serge Penard (1982) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

À voir la filmographie de son auteur dont l’œuvre la plus célèbre reste Le chêne d'Allouville en 1981 mais dont une majorité flirte avec ce que l'on avait communément l'habitude de nommer à l'époque la Comédie Franchouillarde, il est vrai qu'à la seule évocation de Tendrement vache ou du Gaffeur, il était plus vraisemblable de s'attendre avec la sortie en 1982 du Corbillard de Jules à l'une de ces productions typiquement hexagonales qui firent et continuent de faire la ''fierté nationale''. Pour éclairer le client qui voudrait se laisser tenter par l'achat du film sur support dvd en espérant le dénicher dans une brocante pour un ou deux euros seulement, Le Corbillard de Jules ressemble évidemment moins au Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg qu'à la trilogie de La septième compagnie de Robert Lamoureux. Et encore, le film de Serge Penard ne s'en sort pas trop mal face à la flopée de nanars que l'on serait presque tentés de ranger dans la catégorie Z portant sur le sujet de la Seconde Guerre Mondiale ! Un seul exemple, Le Führer en folie de Philippe Clair en 1974. Pourtant, ici, rien à voir. Le film se situe presque très exactement à la frontière entre ces deux versants extrêmes de la comédie la plus mièvre. Pas celle qui sépare l'excellence ou le haut du panier de la pire engeance en la matière mais plutôt, justement, les deux franges correspondant à ce que d'aucun pourrait juger de pathétique : le nanar et la comédie franchouillarde... Si la référence reste Mais où est donc passée la septième compagnie et ses deux séquelles, l'on est ici plus proches des Bidasses en folie de Claude Zidi si l'on s'en tient strictement à la mise en scène et à l'interprétation. Pourtant, aussi peu optimiste que puisse être le regard que l'on pose sur certains de ses interprètes parmi lesquels l'on retiendra bien évidemment les noms d'Aldo Maccione, Francis Perrin, Henri Courseau et Jean-Marc Thibault, Le corbillard de Jules n'est pas l'abominable navet auquel l'on pouvait s'attendre. À bien y réfléchir l'on pourrait même, avec un peu d'effort et de concentration, penser que Serge Penard et ses scénaristes Maurice Fasquel et Alphonse Boudard (ce dernier adaptant ainsi son propre roman éponyme) n'ont pas mis en boite l'une de ces comédies atrocement beauf s'engluant dans des répliques totalement moisies mais plutôt l'une de celles qui cherchent maladroitement à faire passer le message d'une France qui fut parfois peu glorieuse...


Et tout ceci en enrobant le récit d'une bande musicale pourtant bien ringarde signée de Georges Garvarentz et ciblant les Bals Musette et fêtes de villages ruraux. De quoi se sentir en pays étranger, avec ces paysans dont la similarité physique presque ''consanguine'' crée un sentiment de malaise presque aussi palpable que la fameuse et glauquissime Danse du Village du film culte de Fabrice Du Welz, Calvaire ! Ouais, bon, j'exagère un peu... Le corbillard de Jules porte bien son nom puisque le film met en scène Aldo, Alphonse et Jean-Paul, trois soldats de l'armée française qui durant la Seconde Guerre Mondiale et sur demande d'un certain Gaston Ribourdoir ont pour mission de transporter le corps de son fils (et par contraction, de leur camarade et ami) jusqu'à un village afin de l'y enterrer avec les honneurs qui lui sont dus. Les trois hommes acceptent et les voilà installés à l'arrière d'une camionnette conduite par le père de leur compagnon décédé. En chemin, ils feront différentes rencontres. Le corbillard de Jules met en évidence l'absurdité de la guerre. Surtout que la mort de Jules intervient alors même que le conflit s'apprête à prendre fin. Le film met en outre en exergue le comportement de certains français, entre résistance et collaboration. À ce titre, le personnage d'Aldo incarné par Aldo Maccione dénote avec celui que l'on rencontre dans ce genre de production. Amer et rancunier, le personnage ne mâche pas ses mots et s'en remet à sa morale lorsqu'il s'agit de juger celui qu'il pense avoir eu des sympathies pour les nazis. La comédie décrit également les problèmes que rencontrèrent les français pour se nourrir à travers l'évocation du marché noir. Le long-métrage de Serge Penard est une œuvre hybride qui peut se définir comme une comédie fauchée comme les blés et surtout, très mal écrite et qui pourtant cherche à faire passer un message. Le résultat est on ne peut plus étonnant. Ni jamais vraiment drôle et ni tout à fait dramatique, Le corbillard de Jules reste une énigme qui pourtant de nos jours et à la revoyure risque désormais de se casser les dents...

 

lundi 2 novembre 2026

Casque bleu de Gérard Jugnot (1994) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

On l'oublie souvent mais la carrière sur les planches de Gérard Jugnot ne débuta pas avec la Troupe du Splendid en 1977 avec Amour, coquillages et crustacés mais en 1975 avec la pièce de théâtre Ma tête est malade. Au cinéma, c'est pareil. Pas de Bronzés en vue lorsque lui, ses partenaires, les membres du Café de la Gare fondé par Romain Bouteille en 1969 et de futures stars telles que Daniel Auteuil ou Gérard Depardieu sont réunis autour du réalisateur Jacques Doillon et de ses assistants Alain Resnais et Jean Rouch pour le film L'an 01 ! Côté écriture, après le scénario du court-métrage Bonne présentation exigée qu'il écrit en 1974 en collaboration avec Michel Blanc, Thierry Lhermitte et Christian Clavier, ces deux derniers et lui sont à l'origine de l'idée de la comédie culte C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule ! de Jacques Besnard en 1975. Comme la plupart des membres de la Troupe du Splendid, Gérard Jugnot passera de nombreuses fois derrière la caméra, dirigeant divers actrices et acteurs pour la première fois avec Pinot simple flic en 1984. Connu pour ses nombreuses incarnations comiques, il lui arrive parfois d'apparaître dans des rôles plus graves et mélancoliques. Comme dans l'excellent Tandem de Patrice Leconte aux côtés de l'immense Jean Rochefort. Il signera en 1991 ce qui reste sans doute son plus beau et plus touchant long-métrage. La superbe comédie dramatique Une époque formidable dans laquelle il se met en scène dans le rôle du cadre au chômage Michel Berthier qui après avoir perdu son travail se sépare de sa femme Juliette qu'interprète la magnifique Victoria Abril et se retrouve dans la rue où il fait la connaissance d'un groupe de sans domicile fixe qui le prennent sous leur aile... Après une pause de trois années durant lesquelles il tournera notamment Voyage à Rome de Michel Lengliney et Grosse fatigue de son ami Michel Blanc, Gérard Jugnot revient derrière la caméra en 1994 avec Casque bleu dans lequel il retrouve l'actrice espagnole, laquelle incarne de nouveau son épouse mais dans des circonstances bien différentes. Lui joue le rôle de Patrick et elle celui d'Alicia. Rien ne va plus vraiment entre les deux époux depuis qu'il l'a trompée. Une fois, une seule, mais cela a suffit pour briser la confiance que la jeune femme avait pour son mari. Patrick sent bien que quelque chose a changé et, désireux de retrouver l'Alicia d'avant son infidélité, il lui propose un voyages aux Balkans, sur l'île et dans l'hôtel même où ils passèrent leur lune de miel voilà quinze ans en arrière. Accueillis par le couple d'homosexuels Nicolas et Freddy tous deux interprétés par Jean-Pierre Cassel et Rolanf Marchisio, ils vont côtoyer durant leur séjour plusieurs autres vacanciers...


Et notamment la célibataire Laurette (Valérie Lemercier) qui désespère de trouver un compagnon avec lequel partager sa vie, le jeune Daniel (Jean-Noël Brouté), le séducteur Gianni (Hubert Saint-Macary) ou un sympathique couple de personnes âgées prénommées Pierre et Gisèle respectivement incarnés par Claude Piéplu et Micheline Presle... Tandis que chacun vit son petit bonhomme de chemin, partageant avec d'autres ses joies mais aussi ses petits tracas du quotidien, Patrick peine à reconquérir le cœur d'Alicia. Tandis qu'en toile de fond les médias et certains signes avant-coureur laissent planer le doute s'agissant d'un éventuel conflit militaire à venir, lors d'une escapade loin de l'hôtel, les propriétaires et le groupe de vacanciers entendent au loin ce qu'ils pensent tout d'abord être des feux d'artifice... Tourné sur l'ile de Comino dans l'archipel Maltais, le film revient sur la Guerre des Balkans, l'un des conflits ayant opposé la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie et le Kosovo entre 1991 et 2001. Alors que la guerre n'est pas terminée au moment du tournage, le titre Casque bleu se rapporte aux Casques Bleus qui furent dépêchés sur place par l'ONU. Pourtant, le long-métrage de Gérard Jugnot ne se concentre pas principalement autour de cette période marquée par les conflits mais bien autour d'une poignée de vacanciers qui en toutes circonstances continuent majoritairement à ne se soucier que de leur petite personne. Si la presse accueille parfois le film de manière plutôt positive en louant l'audace du sujet (traiter sa comédie sur fond de guerre) s'inscrivant au cœurs des problèmes personnels de tout à chacun, le public semble quant à lui beaucoup plus frileux. La faute non pas à la mise en scène, au scénario, aux dialogues ou au jeu des différents interprètes mais sans doute à cause d'un fait que l'on ne peut évidemment pas reprocher au long-métrage et à son auteur : la comparaison avec le magnifique Une journée formidable sorti trois ans auparavant. Le film n'a évidemment pas la même intensité et pourtant, lui nier ses innombrables qualités relèverait de la mauvaise foi. Car de Jean-Pierre Cassel en passant par Valérie Lemercier et jusqu'au très attachant couple de vieillards interprété par Claude Piéplu et Micheline Presle, chacun se donne la réplique lors d'échanges parfois houleux ou déconnectés par rapport à la situation qu'ils sont en train de vivre mais cependant toujours très drôles. Casque bleu se savoure comme une longue succession de séquences qui s'enchaînent sans pratiquement aucun temps mort. Au final, Gérard Jugnot réussi le pari de mêler la comédie à la gravité de son sujet et ce, sans une once de malveillance...

 

dimanche 1 novembre 2026

Beomjoedosi 3 de Lee Sang-yong (2023) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Troisième volet d'une franchise sud-coréenne qui une fois arrivée à son terme devrait compter au total huit longs-métrages, Beomjoidosi 3 prouve une fois de plus la vigueur du cinéma asiatique en matière de thriller et d'action. Après un premier film signé de Yunsung Kang en 2017 et un second réalisé par Lee Sang-yong en 2022, le retour de l'inspecteur Ma Seok-do ne s'est pas longtemps fait attendre puisque le troisième opus n'est sorti qu'un an après le deuxième. Toujours aussi frais, toujours aussi drôle et toujours aussi percutant, l'un des plus célèbres acteurs sud-coréen du nom de Ma Dong-seok reprend donc du service dans ce rôle iconique qui le voit désormais promu ainsi que ses coéquipiers dans l'unité d'enquête métropolitaine où il va cette fois-ci avoir maille à partir avec un très important réseau de drogue japonais dirigé par un certain Ichijo (l'acteur Jun Kunimura) qui dans ce volet produit une nouvelle drogue qu'il exporte en partie vers la Corée du sud et que réceptionne le yakuza Hiroshi (Yoon Kang) avec lequel est en outre en affaire le flic totalement corrompu, Joo Seong-cheol (Lee Jun-Hyuk) qui laisse donc se faire les transactions entre le Japon et la Corée du Sud moyennant de fortes sommes d'argent. Mais tandis que l'inspecteur Ma Seok-do et ses hommes parviennent à faire tomber Hiroshi et ainsi récupérer vingt kilos de cette nouvelle drogue se présentant sous forme de pilules bleues, Joo Seong-cheol et plusieurs subalternes tout aussi corrompus que lui tendent un piège à l'inspecteur et s'emparent de la drogue qu'ils proposent de revendre pour trente millions de dollars à une certaine Présidente Jin (Shim Young-eun), une redoutable cheffe d'un syndicat de la drogue chinoise. Bon, si tout à l'air au départ assez confus et que l'on peut éventuellement s'emmêler les pinceaux entre les divers prota/antagonistes du récit, il faut savoir une chose. Beomjoidosi 3 tourne principalement autour de trois ou quatre personnages. Notre inspecteur Ma Seok-do, toujours aussi pince-sans-rire mais aussi capable de sortir les poings lorsqu'il en ressent la nécessité, le flic corrompu, Joo Seong-cheol et la Présidente Jin. Autour d'eux gravitent des personnages plus ou moins secondaires...


À l'image du chef du réseau de drogue japonais Ichijo, de son meilleur tueur à gages, Ricky (excellent Munetaka Aoki), de Tomo (Ahn Se-ho) qui n'est autre que l'homme de main de Hiroshi et bien évidemment de la poignée d'inspecteurs qui travaillent main dans la main avec Ma Seok-do. Une fois bien intégrée la liste de ces personnages, tout devrait se faire dans une certaine sérénité. Car une fois absorbée la caractérisation de chacun, Beomjoidosi 3 n'est rien moins qu'un bonheur de cinéma d'action, drôle mais aussi parfois très violent, où les changements de rythme et de ton sont perpétuels. L'incarnation de Ma Dong-seok est toujours aussi savoureuse tout comme celle des interprètes qui gravitent autour de lui comme notamment cet inspecteur qui s'autorise perpétuellement à tempérer l'attitude de son supérieur souvent tenté d'aligner les gifles et les coups de poings autour de lui. Brillamment écrit par Kim Min-Sung et transposé à l'écran par Lee Sang-yong, le script mêle très intelligemment trois lignes bien distinctes et qui pourtant s'entremêlent avec ce brio que l'on reconnaît souvent dans le cinéma asiatique en général et sud-coréen à proprement parler. Les intérêts de chacun se percutent, s'enchevêtrent et au final, c'est le spectateur qui en sort vainqueur, conquis d'avoir assisté à un spectacle coloré, sans doute peu novateur en comparaison d'autres œuvres issues de ce pays très riche et généreux en la matière mais qui s'avère être un véritable coup de boost qui vous plonge dans la bonne humeur. Dès l'année suivante a été réalisé le quatrième opus sobrement intitulé Beomjoidosi 4 tandis que le cinquième volet, Beomjoidosi 5 est actuellement dans sa phase de production et devrait logiquement voir le jour l'année prochaine. Quant aux volets 6, 7 et 8, nous n'avons pour l'instant aucunes informations les concernant...

 

samedi 31 octobre 2026

The Psychopath de Freddie Francis (1965) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Derrière The Psychopath se cache le réalisateur, scénariste et directeur de la photographie Freddie Francis. En France le film sortira sous l'appellation Les Poupées de Cendre. A ne pas confondre avec l'ouvrage écrit en 1979 par la résistante et femme de lettres franco-américaine Tereska Torrès, Les Poupées de Cendre se base en fait sur le scénario de l'auteur de romans policiers Robert Bloch dont l'un des plus grands faits d'arme fut la publication de son roman Psycho en 1959 que le célèbre cinéaste britannique Alfred Hitchcock transposa à l'écran l'année suivante.
On ne pouvait donc espérer qu'une œuvre grandiose de la part du cinéaste ayant commis auparavant des œuvres telles que Meurtre par Procuration ou Le Train de l’Épouvante. C'est pourtant avec un immense regret qu'il me faut avouer que cet ersatz de giallo provenant directement d'Angleterre est loin d'atteindre les objectifs qu'il semblait s'être fixé. Le scénario promettait pourtant de passer un peu moins de quatre-vingt minutes d'intenses émotions auprès d'artistes mélomanes tombant les uns derrière les autres, victimes d'une 'malédiction' les condamnant à mourir, certes, de manière originale. Le premier écrasé à de multiples reprises sous les roues d'une voiture rouge, le second empoisonné, puis un autre étranglé et pendu, le suivant brûlé au chalumeau... bref, des manières de passer de vie à trépas qui diffèrent des habituels meurtres perpétrés au couteau auxquels l'on avait l'habitude d'assister dans les gialli made in Italie.

En transposant le sujet en Angleterre, Freddie Francis ôte à son œuvre tout le charme de ces bandes vénéneuses italiennes qui pullulèrent dans les années 70-80 et tente d'y inclure le caractère particulier des demeures victoriennes britanniques. Le cinéaste ainsi que le scénariste plongent (ou tentent de plonger) leurs personnages dans un climat fantastique parfois soutenu par une partition musicale très onirique et des décors souvent étouffants. Alors même que dans la plupart des gialli le mystère entourant l'identité du tueur est cultivé jusqu'au final, The Psychopath ne conserve qu'une infime part d’ambiguïté chez ses personnages. L'identité de l'assassin nous paraît tellement évidente que tout nous pousse à croire que, non, ça ne peut être lui. Et pourtant...

Outre l'originalité dans la mise en œuvre des assassinats, leur auteur dépose auprès des cadavres une poupée à leur effigie. De quoi alimenter le rapport entre The Psychopath et les gialli dont il s'inspire. Tout comme le port de gants noirs dont s'affuble le meurtrier. La majeur partie du casting est constituée d'acteurs et d'actrices assurant une interprétation de manière tout juste acceptable. Il n'y a guère que Patrick Wymark dans le rôle de l'inspecteur Holloway pour nous rappeler les grandes heures du flegmatique Sherlock Holmes ou la nonchalance et la bonhomie du célèbre lieutenant détective Columbo et dont Holloway reprend ici l'imperméable.
On a parfois davantage l'impression d'assister à mauvais épisode de Derrick ou à l'un de ces vieux et interminables soap-opera. Au final, The Psychopath est une grosse déception, à la mesure de nos attentes. On est loin, très loin même du Psychose d'Alfred Hitchcock que les producteurs tentèrent d'assimiler au film de Freddie Francis en lui donnant un titre proche de celui du chez-d'oeuvre de l'auteur de La Corde et des Oiseaux, Schizo...

vendredi 30 octobre 2026

Umezu Kazuo: Kyôfu Gekijô : Negai (2005) - ★★★★★★☆☆☆☆




Negai est le troisième volet de l'hexalogie Umezu Kazuo: Kyôfu Gekijô dont l'intégralité des épisodes est sortie la même année, en 2005. Réalisé par Atsushi Shimizu, lequel n'a rien à voir avec Takashi Shimizu (créateur de la saga Ju-on), Negai met en scène le jeune Hitochi (Orito Kasahara), un enfant discret, sans véritable ami et meilleur élève de sa classe. Fils d'un couple aimant formé autour du père Yoshiro (Toshinori) et de la mère Etsuko (Kyôko Tôyama), le jeune garçon ne peut compter que sur son talent de créateur d'objets pour se divertir et briser sa solitude. C'est ainsi qu'à partir d'objets du quotidien Hitochi se met à fabriquer une poupée d'apparence humaine. Du bois, du tissu, du fil de fer mais aussi et surtout deux effrayants globes oculaires et une mâchoire dotées d'aiguilles parfaitement aiguisées... Priant chaque soir pour que Kokomo (du nom que le garçon donne à sa création) prenne vie, la relation entre Hitochi et son jouet prend une tournure inattendue. Voire inquiétante. Jusqu'au jours où le garçon reçoit chez lui sa camarade Tomoko (Natsumi Okumura) à laquelle il a promit d'apporter son aide et ses connaissances pour ses devoirs. Convaincu d'être désormais son ami, Hitochi cherche à se débarrasser de Kokomo dont il considère désormais la présence inutile. Mais c'était sans compter sur la volonté de rester auprès de son créateur de la part de la poupée qui quoi qu'en fasse le garçon revient systématiquement à la maison... Adaptation d'ouvrage signé de l'un des mangakas japonais les plus célèbres dans le domaine de l'horreur connu sous le nom de Kazuo Umezu, Umezu Kazuo: Kyôfu Gekijô : Negai se rapproche ostensiblement de récits anciens et contemporains du cinéma et de la littérature occidentaux puisque viennent presque immédiatement en tête La Poupée diabolique de Lindsay Shonteff réalisé en 1964 ou Magic de Richard Attenborough tourné quant à lui en 1978. L'une des plus célèbres séries de science-fiction américaines des années 50/60 s'étant elle-même emparée du sujet en 1962 avec le cultissime épisode La Marionnette de Abner Biberman...


Ici, Atsushi Shimizu ne cherche à aucun moment à faire mystère de ses intentions tant sa poupée instaure le malaise dès sa première apparition. Créant ainsi l'une des représentations du genre parmi les plus sinistres qui soient. Une vision d'horreur dont on peut d'ailleurs se demander comment son propre créateur peut être capable de supporter sa présence dans sa chambre lorsque tombe la nuit. Une alternative à la solitude qui va bientôt prendre des proportions ''insoupçonnées'' lorsque Kokomo va commencer à s'en prendre à tous ceux qui osent se dresser entre elle et son créateur. Filmé avec des moyens financiers apparemment dérisoires, Umezu Kazuo: Kyôfu Gekijô : Negai reste malgré tout une assez bonne surprise qui ne vous prendra qu'un peu moins d'une heure de votre temps. Un moyen-métrage visuellement anecdotique, filmé en DTV (Direct To DVD) pour un résultat qui pique souvent les yeux. D'autant plus que le réalisateur japonais emploie quelques filtres de très mauvais goût, tout comme l'incrustation de nuages factices censés accentuer l'horreur de ce qui s'apprête à arriver. Sans être d'une importance fondamentale, l'existence de Umezu Kazuo: Kyôfu Gekijô : Negai permet surtout d'avoir une idée assez précise de l'approche du sujet par son auteur, entre la bienveillance parentale qui ne sera au final d'aucune utilité pour l'enfant ou le besoin pour ce dernier de se créer un ami virtuel jusqu'au jour où une jeune fille de chair et de sang vient innocemment s'imposer entre le garçon et sa création. Malgré une esthétique souvent atroce bien que créant plus ou moins volontairement un climat morose assez particulier, Umezu Kazuo: Kyôfu Gekijô : Negai offre quelques séquences plutôt creepy. Et notamment lorsque Kokomo s'en prend à Tomoko ou lorsque Hitochi se décide enfin à affronter sa création et par contraction ses peurs lors d'un final plutôt marquant...


jeudi 29 octobre 2026

L'été meurtrier de Jean Becker (1983) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Les années quatre-vingt furent riches en matière de thrillers français. Il en est même qui furent bien au dessus du lot. Comme le génial Mort un dimanche de pluie de Joël Santoni en 1986. Quant à 1983, plusieurs d'entre eux durent batailler pour obtenir le titre de meilleur thriller de l'année. Mortelle randonnée de Claude Miller, Tchao Pantin de Claude Berri mais aussi et surtout, L'été meurtrier de Jean Becker. Un réalisateur et scénariste qui a toujours compté dans le paysage cinématographique français et qui continua à signer de très bons films comme l'incroyable Deux jours à tuer en 2008 avec Albert Dupontel... L'une des spécificités de L'été meurtrier est d'y voir réuni Isabelle Adjani et Alain Souchon dans les deux principaux rôles d’Éliane et de Pin-Pon. Un peu à la manière de La Maison assassinée que réalisera cinq ans plus tard Georges Lautner, le long-métrage de Jean Becker repose sur une vengeance tardive, motivée par un drame qui s'inscrit dans une époque très lointaine et mue par l'esprit de vengeance de l'héroïne même si les circonstances ne sont pas les mêmes. Les deux œuvres se déroulent cependant dans deux petits villages ruraux bien distincts. Nous sommes en 1976 et Éliane, son père paralytique Gabriel (Michel Galabru) et sa mère Paula (Maria Machado) surnommée Eva Braun en raison de ses origines germaniques viennent s'installer dans un village du sud de la France. Tous les villageois assistent à l'arrivée de la petite famille et pour cause : la jeune femme est d'une très grande beauté mais aussi de mœurs apparemment très légères. Sexy, provocatrice et pourtant très attachée à l'image qu'elle renvoie, tous les jeunes hommes du village fantasment de la mettre dans leur lit. Et d'ailleurs, les coucheries ne se font pas attendre puisque parmi eux, le frère cadet de Pin-Pon, Mickey (François Cluzet) et leur ami Georges Massigne (Martin Lamotte) n'ont pas tardé pour lui mettre le grappin dessus... Pin-Pon, lui, attend calmement son tour. Affectueux, sincère et plutôt naïf, son attitude finit par séduire Éliane qui très vite et contre toute attente tombe amoureuse de ce jeune pompier volontaire...


Derrière ce résumé relativement succinct du script de Jean Becker et Sébastien Japrisot sur la base d'un roman écrit par ce dernier, L'été meurtrier cache non seulement un drame épouvantable mais également un thriller érotique qui marque forcément par la présence à l'écran d'Isabelle Adjani qui avant cela aura notamment tourné auprès de Werner Herzog (Nosferatu, fantôme de la nuit), d'Andrzej Żuławski (Possession), de Claude Miller (Mortelle randonnée) avant de tourner aux côtés de Luc Besson l'excellent Subway en 1985, Camille Claudel de Bruno Nuytten en 1988 ou encore La reine Margot de Patrice Chéreau en 1994... Un an après qu'elle ait tourné Tout feu, tout flamme de Jean-Paul Rappeneau dans lequel elle allait déjà retrouver le chanteur Alain Souchon, ce dernier joue donc de nouveau à ses côtés, interprétant l'un de ses plus importants rôles au cinéma. Entre drame poignant et thriller psychologique, L'été meurtrier décortique l'état mental d'une jeune femme totalement dévastée par un drame remontant pourtant bien avant sa naissance. Une tragédie qui l'obsède et qui l'empêche de vivre normalement. Face à elle, toute une galerie de personnages incarnés par des interprète de valeur sûre. Comme Jenny Clève et Suzanne Flon qui incarnent respectivement la mère et la tante de Pin-Pon et Mickey. Evelyne Didi qui interprète la maîtresse d'école amoureuse d’Éliane ou encore Roger Carel, Manuel Gélin et même Marie-Pierre Casey, devenue célèbre grâce à une publicité pour Pliz et qui dans L'été meurtrier incarne le petit rôle de Mademoiselle Tussaud, la garde-malade de Gabriel qu'interprète le formidable Michel Galabru qui sorti de ses innombrables rôles dans des comédies incarne un personnage grave... Entre amour, vengeance, mensonges et traumatismes, L'été meurtrier est d'une maîtrise formelle remarquable. Une œuvre implacable, fascinante et merveilleusement incarnée... Un classique qui remporta quatre prix aux Césars 1984 dont le César de la meilleure actrice pour Isabelle Adjani ou celui de la meilleure actrice dans un second rôle pour Suzanne Flon...


 

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