Avec son titre français
fort racoleur, La prison du viol
(traduction réductrice et quelque peu déformée de Jackson
County Jail)
pourrait passer pour un énième film d'exploitation de type W.I.P
et pourtant, ce long-métrage signé de Michael Miller dont le plus
''célèbre'' fait d'arme reste l'étonnant Silent
Rage
(Horreur dans la ville)
avec Chuck Norris et qu'il réalisa en 1982 mérite toute l'attention
du cinéphage et même parfois du cinéphile qui sommeille, je
l'espère, en chacun de nous... D'abord parce qu'il nous présente un
duo de personnages principaux relativement intéressant. D'un côté,
Dinah Hunter, cadre publicitaire originaire de Los Angeles qui après
avoir essuyé un refus de diffusion de sa dernière création et des
propos excessivement misogynes de la part d'un de ses clients venu
assister à la projection de sa nouvelle publicité va connaître les
vingt-quatre heures les plus intenses de son existence. De l'autre,
Coley Blake. Un voleur vivant en marge de la société et dont les
activités criminelles semblent être une véritable profession de
foi ! Si la rencontre entre cette séduisante citadine et ce
charismatique individu originaire d'un monde déjà nettement plus
rural paraît improbable, celle-ci va pourtant sceller cette
''union'' certes de courte durée mais d'une intensité réelle. Au
terme d'un récit qui ne perd pas de temps en palabres inutiles ni en
considérations théoriques produisant un clash entre civilisation et
existence arriérée, on se demande qui de l'actrice Yvette Mimieux
ou de son personnage de Dinah Hunter le réalisateur déteste le
plus... Car comment expliquer cet acharnement avec lequel Michael
Miller multiplie les malheurs de son héroïne. Autant en 1984, Brian
De Palma jouera de cette même persécution avec le personnage de
Jake Scully dans le chef-d’œuvre Body Double
en licenciant le protagoniste de son emploi de comédien avant que
celui-ci ne découvre que sa petite amie le trompe avec un autre pour
au final le faire tomber dans un piège, autant toucher à un
personnage féminin, et en l'occurrence la sublime Yvette Mimieux,
est déjà beaucoup plus dérangeant. Car en l'espace de quelques
heures, Dinah va démissionner de son emploi, découvrir que l'homme
avec lequel elle vit depuis deux ans invite chez eux de très jeunes
femmes, se faire voler sa voiture par un jeune couple qu'elle avait
pourtant eu la gentillesse de prendre à son bord (dont un Robert
Carradine jeune et donc fort méconnaissable), se faire agresser par
un barman auquel elle demandait de l'aide et enfin se retrouver en
prison pour l'agression mensongère
du dit propriétaire du bar...
Et
comme si cela ne suffisait pas, Dinah sera violée par l'un des
adjoints du shérif avant qu'elle ne se défende et ne le tue à
l'aide d'un tabouret... Lorsque l'on remonte rétrospectivement le
fil des événements, l'on pense ironiquement que la jeune femme
aurait finalement mieux fait de fermer sa gueule lorsque ce gros
plein de soupe critiqua son travail publicitaire quelques heures
auparavant... Au-delà de cette authentique tragédie qui confinerait
presque à la parodie si tout n'était pas que pur malaise, le
véritable intérêt de La prison du viol
reste bien évidemment la rencontre entre Dinah et Coley qui de son
côté est interprété par l'excellent Tommy Lee Jones. Et putain ce
qu'il pouvait être beau lorsqu'il avait trente ans, son âge lors du
tournage du film ! Un rebelle bien charpenté, barbe de trois
jours, cheveux mi-longs, caractère trempé du mâle que l'on
supposerait un brin macho mais qui derrière ses manières un peu
rustres cache peut-être en réalité, un héros incompris.
Incompris, oui, de la société mais aussi des autorités policières
qui aimeraient l'ajouter à leur tableau de chasse. Et c'est bien
cette relation entre deux êtres que tout différencie qui rend le
film parfois si touchant. Et ce, derrière un script d'une noirceur
parfois stupéfiante. D'un pessimisme outré jusque dans son dernier
plan, La prison du viol
n'est pas juste un road-movie criminel, une cavale infernale ou une
hypothétique histoire d'amour tuée dans l’œuf ! Car outre
la description d'une ruralité qui aligne consciencieusement les
portraits de culs-terreux, le long-métrage de Michael Miller sert
de base à une relation courte et intense entre deux individus de
milieux différents qui par la force des choses sont poussés par un
même ''désir'' d'évasion. On ne saura jamais en conclusion quel
sort attendra Dinah et c'est sans doute mieux ainsi. À ranger aux
côtés de Bonnie et Clyde d'Arthur
Penn, de La Balade sauvage de
Terrence Malick ou de Thelma et Louise de
Ridley Scott...
.png)

.png)
.png)

.00_59_20_08.Still011.jpg)




.jpg)
.png)
.png)
.png)
.png)
.png)
.png)
.png)
.png)
.png)
.png)





