Cruel dilemme que de
devoir choisir entre The End of Tom Six,
Cry Uncle
et cet étrange Umezu Kazuo: Kyôfu gekijô –
Zesshoku signé
du japonais Tadafumi Itō. Le premier est le dernier long-métrage de
Tom Six, auteur de la sulfureuse trilogie Human
Centipede.
Un docu-fiction autobiographique qui revient sur la carrière de ce
cinéaste hautement narcissique et notamment sur son avant-dernier
long-métrage The Onania Club
qu'aucun distributeur n'a encore eu le courage de distribuer. Le
second, signé de John G. Avildsen, appartient au catalogue de la
société de distribution et de production trash
TromaEntertainment...
S'agissant de Umezu Kazuo: Kyôfu gekijô –
Zesshoku,
le film de Tadafumi Itō est le second volume d'une hexalogie adaptée
des mangas du ''Dieu
des mangas d'horreur'',
Kazuo Umezu. Dans ce petit film d'à peine un peu plus d'une heure,
le cinéaste japonais aborde la tragique histoire de la très jolie
Tomoko, jeune lycéenne amoureuse d'un camarade prénommé Akira
(Yûki Tsujimoto) que ce dernier ignore malgré ses incessantes
relances. Vivant seule avec sa mère (Yuki Enomoto), Tomoko a pour
seule amie Rie (Shôko Nakagawa). De manière incompréhensible,
l'adolescente, comme nous le découvrirons plus tard, a une image
faussée de son apparence. En effet, un soir, alors qu'elle est dans
sa chambre, elle se regarde dans le miroir et constate qu'elle a pris
trente kilos ! Directement filmé en DTV
(pour Direct-to-Video)
est donc tout d'abord d'une qualité visuelle toute relative. Autant
dire que l'on ne s'arrêtera pas devant les hypothétiques charmes
esthétiques de l'ensemble puisque rien ne vient ici flatter la
rétine du spectateur. L'intérêt est donc forcément ailleurs. Dans
cette description presque bouleversante d'une adolescente solitaire
qui nie durant un temps sa véritable apparence. Se voyant belle et
attirante jusqu'au jour où tout comme le spectateur, celle-ci
découvre qu'elle est bien moins jolie qu'elle ne le pensait. Bien
évidemment, il faut, pour le réalisateur et ses scénaristes
Hiroshi Takahashi et Kazuo Umezu, trouver une raison à ce désordre
psychologique qui enferme la jeune femme dans le dénie. Sans être
aussi émotionnellement impactant que les terribles twists de La
vie de David Gale
d'Alan Parker ou de The Machinist
de Brad Anderson dans un autre ordre d'idée, celui de Hiroshi
Takahashi et Kazuo Umezu assume un caractère au moins aussi
déstabilisant. Une révélation que l'on laissera le spectateur
découvrir par lui-même au mi-temps du récit...
Bien
qu'étant catalogué comme film d'horreur, cet élément que
rechercheront sans doute très rapidement les amateurs de J-Horror
n'est qu'une donnée très secondaire. Et ce, même si l'évocation
d'un régime drastique enclenché par l'héroïne peut laisser
espérer une œuvre de type Body-Horror. Mais ici, rien de tout cela.
En effet, de part sa courte durée et de part la sobriété mise en
œuvre par Tadafumi Itō, les épanchements sanguins sont
rarissimes. Quant à l'évolution physique de Tomoko, elle est éludée
de manière sommaire et surtout sans surprise puisque dès le départ,
l'héroïne est physiquement visible dans ses deux états. À noter
d'ailleurs qu'elle est incarnée à l'écran par deux actrices. D'un
côté par la rondouillette Naomi Kaizuka et de l'autre par la très
mignonne Miku Ueno. Bien que Umezu Kazuo: Kyôfu
gekijô – Zesshoku soit
visuellement d'une confondante laideur et que la mise en scène et
l'interprétation soient parfois d'une exceptionnelle mièvrerie,
Tadafumi Itō a malgré tout réussi à se saisir du traumatisme de
son personnage féminin principal pour relever ce qui tient également
de l'image que renvoie sur elle le miroir. Le japonais étend même
son sujet en traitant du jugement esthétique lorsque Akira rejette
l'adolescente. Un point de vue que confirme d'ailleurs la dernière
partie du récit lorsque le garçon accepte enfin de sortir avec
Tomoko maintenant qu'elle a perdu tous ses kilos superflus. Umezu
Kazuo: Kyôfu gekijô – Zesshoku traite
bien évidemment et avec une certaine crédibilité de l'image
déformée que renvoit non seulement le miroir mais aussi l'esprit
même de l'héroïne. Sauf qu'ici, le réalisateur inverse tout
d'abord le concept en ne mettant pas en scène une jeune boulimique
ou anorexique convaincue d'être trop grosse mais bien une
adolescente persuadée d'être très jolie ! Le film forme une
boucle infernale, où le rejet de la nourriture est exploité dans le
cadre d'une transformation physique radicale tandis qu'une fois le
but atteint, Tomoko est en proie à une irrépressible envie de
''Dévorer''.
On regrettera donc ici surtout l'esthétique relativement
repoussante du projet. À contrario, Tadafumi Itō a sur
parfaitement retranscrire l'état de délabrement psychologique de
son héroïne. Bref, une très intéressante curiosité...
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