La Trilogie
Marseillaise de Marcel Pagnol : Marius.
Avant-propos :
J'ai cinquante-quatre ans, suis originaire de
la région parisienne, vis depuis trente ans à Marseille et donc
dans le sud depuis plus de la moitié de ma vie. Et pourtant, si je
prends en compte ce que certains habitants du cru ne cessent de me
ressasser, j'aurai beau vivre trente ans de plus à Marseille, jamais
ô grand jamais je ne serais moi-même marseillais. N'ayant de toute
façon jamais eu cette prétention, je ne me formalise pas. D'autres
compatriotes cette fois-ci originaires de Seine-et-Marne pourraient
considérer de traîtrise que de m'être laissé aller à goûter à
la bouillabaisse ou au panisses et au chichi. Devenu apatride dans
mon propre pays la France, c'est donc dans l'imaginaire offert par de
grands auteurs que j'ai choisi de me réfugier lorsque souvent je me
pose la question : '' d'où viens-je...? ''. La langue
française, lorsqu'elle est écrite, est universelle. Sans accents.
Presque anonyme si ce n'est le ton que lui donne l'auteur du texte
que l'on tient entre les mains. Accent marseillais ? Parisien ?
Qui sait...?
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Marius donne des regrets. Celui qui
tout d'abord nous a refusé de vivre il y a près d'un siècle,
proche de ce Vieux Port de carte postale en noir blanc. De ces
autochtones au fort accent qui de nos jours se dilue au profit d'un
parler '' racaille ''. Premier volet de la La Trilogie
Marseillaise de Marcel Pagnol reposant sur l'ouvrage du
célèbre écrivain et cinéaste français, ce long-métrage de plus
de deux heures est comme très souvent chez son auteur, ce que l'on
peut considérer comme l'un des plus précieux nectars en matière
d'écriture. Bien avant Michel Audiard, Francis Veber ou Bertrand
Blier, l'écrivain, scénariste et réalisateur français donne ici
ses lettres de noblesse au cinéma méridional. Un héritage culturel
et cinématographique qui pour certains fait probablement la nique à
la concurrence parisienne de l'époque dont les qualités sont
pourtant très '' flatteusement'' mises en avant par les archéologues
du septième art... Tandis que le réalisme poétique du cinéma
parisien s'ancre à l'époque au travers de certaines œuvres aussi
célèbres que Quai des brumes ou Hôtel du Nord
de Marcel Carné ou Sous les toits de Paris de
René Clair, au ton plus sombre et donc beaucoup plus pessimiste, le
cinéma de Marcel Pagnol s'inscrit dans un courant beaucoup plus
chaleureux. Pourtant, l'un et l'autre de ces cinémas se trouvent
être très proches du peuple. D'où des thématiques qui dans Marius
parlent invariablement au plus grand nombre, que l'on soit du sud ou
du nord. Ironiquement, si plusieurs séquences situées
notamment aux abords du Vieux Port ont effectivement été très
exactement tournées sur le lieu de l'intrigue, d'autres furent
réalisées dans les Studios de Joinville, situés à
Joinville-le-Pont, dans le Val-de-Marne. Et parmi ces dernières,
celles situant leur action dans le Bar de la Marine, un lieu
authentique du Vieux Port reconstitué à l'occasion du
long-métrage...
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Si l'histoire est somme
toute classique et tourne autour de deux idées principales, Marius
vaut évidemment davantage pour ses dialogues et son interprétation
que pour son cadre, lequel se résume rapidement au Bar de César
Ollivier qu'interprète l'excellent Raimu et à quelques séquences
tournées en extérieur et notamment sur le quai du Vieux Port de
Marseille. Si le père de Marius est très présent à l'image et
donne la réplique au héros lors de séquences souvent admirables,
c'est bien autour du jeune homme que tourne ce premier volet de la La
Trilogie Marseillaise de Marcel Pagnol.
Laquelle se poursuivra l'année suivante avec Fanny
avant de prendre fin en 1936 avec César.
Dans Marius,
il est beaucoup question d'amour et de passion. Écrit par Marcel
Pagnol mais réalisé par le britannico-hongrois Alexander
Korda, le long-métrage fait effectivement la part belle à cet amour
que partagent l'un pour l'autre Marius et la jeune Fanny.
Respectivement interprétés par Pierre Fresnay et Orane Demazis,
cette dernière accompagnera la carrière de Marcel Pagnol durant un
temps tout en partageant son existence entre 1925 et 1938. L'on
pourra d'ailleurs regretter qu'en 1952 le cinéaste et écrivain
n'ait pas préféré opter pour une actrice de la trempe d'Orane
Demazis plutôt que pour sa nouvelle compagne Jacqueline dont
l'incarnation dans la seconde partie de Manon
des sources intitulée
Hugolin
laissa quelque peu à désirer ! Si beaucoup semblent tout
d'abord se souvenir de la mythique partie de carte et de la
légendaire réplique de César ''Tu
me fends le cœur,
Marius
vaut surtout pour ses innombrables lignes de dialogues dont la
richesse et l'esprit parfois très méridional régalent les oreilles
du spectateur en permanence. Un humour très présent, donc, mais
aussi quelques moments plus graves qui démontrent notamment la
richesse d'interprétation de la plus part des acteurs présents à
l'image. Les rapports entre Marius et son père César. Et plus
encore, cette séquence relativement longue durant laquelle Marius et
Fanny avouent s'aimer tandis que le jeune homme révèle à la jeune
femme la raison pour laquelle il ne peut pas l'épouser. Bref, Marius
est
une pépite du cinéma français des années trente qui n'a pris que
très peu de rides. De formidables acteurs. Une histoire simple
campée par des personnages fascinants, touchants et souvent
drôles...