Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

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mardi 11 août 2026

Yön Lapsi (Nightborn) de Hanna Bergholm (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Saga (la finlandaise Seidi Haarla) et Jon (l'anglais Rupert Grint) s'aiment et décident de fonder ensemble une famille. Pour cela, ils choisissent tout d'abord de s'installer dans l'ancienne demeure familiale de la jeune femme qui depuis des années d'abandon a subit énormément de dégâts. Une fois installé, le couple décide un jour de partir en forêt et y fait l'amour. Un lieu étrange où certains arbres paraissent presque ''humains''. Tandis que la jeune femme tombe enceinte, Jon s'occupe de la demeure et la rénove afin d'accueillir leur futur enfant. Si l'accouchement de Saga s'avère difficile, le bébé nait à peu près normalement en dehors d'une impressionnante hypertrichose qui fait douter ses parents sur son état physique général. Cependant, les spécialistes sont catégoriques et se veulent très rassurants : pour son âge, Kuura (interprété par divers bébés selon l'évolution de son âge) est en parfaite santé et demeure même doté d'une force inhabituelle. Tandis que la famille de Saga et de Jon se présentent chacun à leur tour auprès des jeunes parents, la toute jeune mère éprouve au fil du temps de grandes difficultés à élever son enfant. Alors que la jeune mère donne le sein à Kuura, celui-ci la mord régulièrement et parait être davantage attiré par le sang de Saga que par le lait maternel. Au fil des semaines et des mois, le climat et surtout, les rapports entre les deux époux se dégrade. Tandis que Saga tente de convaincre son entourage et plus précisément Jon que Kuura n'est pas un enfant comme les autres, tout le monde finit par s'accorder pour dire que le problème vient d'elle et non pas de son bébé. En outre, d'étranges phénomènes se produisent à l'intérieur et autour de la propriété. Comme si la forêt était mue par une vie propre, veillant sur le bien-être de Kuura...


Les exemples de longs-métrages mettant en scène des mères qui enfantent des bébés plus ou moins monstrueux ne sont pas rares au cinéma. Il existe même certaines œuvres qui à travers le temps sont devenues d'authentiques classiques de l'épouvante. On pense bien évidemment tout d'abord au bébé de Rosemary's Baby tourné par Roman Polanski à la fin des années soixante, au Monstre est vivant de Larry Cohen, au film culte de David Lynch Eraserhead en 1977, à Chromosome 3 de David Cronenberg en 1979 ou aux plus récents Grace de Paul Solet en 2009 et Egō que tourna justement la finlandaise Hanna Bergholm voilà quatre ans plus tôt. Entre autres corps de métiers du cinéma, celle-ci a notamment signé la mise en scène et le script de ses deux longs-métrages dont l'écriture fut assurée en collaboration avec la scénariste Ilja Rautsi... Sans être directement cités, divers éléments du folklore finlandais semblent avoir été puisés par les deux femmes qui probablement se sont sans doute d'abord inspirées des Metsänväki qui selon certaines légendes formeraient le ''Peuple de la forêt''. Des esprits invisibles qui peuvent tantôt apparaître bienveillants, tantôt malveillants. Il existerait d'ailleurs une frontière entre le monde des humains et celui des esprits relaté dans l'épopée nationale de la Finlande connu sous le nom de Kalevala. Un ouvrage qui a inspiré divers arts comme le cinéma, donc, mais aussi la peinture, la musique et la littérature finlandaises...


S'agissant de Yön Lapsi (ou Nightborn à l'internationale), cet emprunt mythologique est surtout l'occasion pour la cinéaste de planter l'angoissant décor d'une femme face à ses nouvelles responsabilités de mère. Difficulté d'élever son enfant, rejet, répulsion, effondrement psychologique et répercussions physiques post-natales sont au cœur du sujet. Il n'est pas rare que le Folk-Horror s'inscrive ici sur un même plan que le Body-Horror même si l'essentiel du sujet tourne autour d'une horreur plus psychologique que viscérale. Le film tourne surtout autour de la mère qu'incarne donc la finlandaise Seidi Haarla. Décrivant la lente descente aux enfers d'une mère qui ne sait plus comment agir avec son bébé. Et si Yön Lapsi traite bien de l'abandon, ça n'est pas simplement celui dont éprouve le besoin Saga mais bien celui dont elle se trouve être elle-même la première victime. Influant ainsi sur les crispations des spectateurs qui voient bien ce qui se trame derrière ce récit au doux relent de film d'horreur dont on croit poindre en premier lieu une histoire de loup-garou liée à l'hypertrichose dont est atteint le bébé. Pris à témoin, le public ne peut qu'adhérer au point de vue d'une mère sans défenses qui apprend cependant les codes qui permettent de gérer les crises de l'enfant. L'actrice Seidi Haarla est impeccable dans le rôle de Saga. Entre impuissance, rage et crises d'hystérie, elle incarne à merveille cette jeune mère que tout le monde abandonne, et parfois même jusqu'à sa propre chair... Surprenant !

 

lundi 10 août 2026

Newborn de Nate Parker (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Si Newborn, le dernier long-métrage du réalisateur afro-américain Nate Parker ne fait pas véritablement partie du courant Blaxploitation, celui-ci partage divers points communs avec ce genre cinématographique né dans les années soixante-dix sur le territoire des États-Unis. La plupart des protagonistes sont eux-mêmes issus de la communauté noire américaine (à l'exception de David Oyelowo) et même si le sujet ne traite pas toujours directement des préoccupations du mouvement initié en 1971 par Melvin Van Peebles avec Sweet Sweetback's Baadasssss Song et Gordon Parks avec Shaft, certaines séquences semblent pourtant vouloir s'y rattacher. L'un des héros, Chris Newborn (le britannique David Oyelowo), s'apprête à épouser sa compagne Tara Benton (Olivia Washington), alors enceinte, lorsque son frère Keith (Jimmie Fails) débarque chez eux, blessé, après avoir causé accidentellement la mort d'une personne. Possédant déjà un casier judiciaire qui risque de l'envoyer en prison pour longtemps, son frère aîné Chris décide de se faire passer pour le responsable et part donc prendre sa place en prison. Lors du procès, le juge est clément et le condamne à deux ans de prison. Mais alors que sa peine arrive à son terme, Chris est accusé du meurtre d'un codétenu et se retrouve condamné à sept années d'isolement. À sa sortie de prison, il retrouve Tara ainsi que leur fils Jake (Aiden Stoxx) alors âgé de neuf ans. Afin de se reconstruire, le couple et leur enfant prennent la décision de partir s'isoler dans un hôtel temporairement fermé où ils sont accueillis par le gestionnaire du complexe, un certain Hersh qu'incarne à l'écran Barry Pepper (Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg, La ligne verte de Frank Darabont ou encore les second et troisième volet de la franchise Le labyrinthe)... Si tout ou presque laisse tout d'abord penser que l'on va avoir droit à un ersatz du Shining de Stanley Kubrick, le long-métrage de Nate Parker ne partage en réalité avec ce classique de l'épouvante que le contexte géographique et l'environnement dans lequel vont évoluer nos protagonistes. Car plus qu'un simple film d'horreur (ce que Newborn n'est absolument pas malgré l'intégration de quelques séquences plus ou moins horrifiques), l’œuvre du cinéaste américain cherche d'abord à faire l'évaluation d'un traumatisme lié à l'isolement d'un homme dans une cellule de prison durant de longues années...


Newborn évoque de manière fort juste la corruption des autorités (ici, deux gardiens de prison coupables d'un homicide), l'emprisonnement d'un homme totalement innocent des faits qui lui furent reprochés, l'éloignement de la famille ou encore le sacrifice. Surtout, le film de Nate Parker montre avec une force sans égale la manière dont se déconstruit la personnalité d'un individu qui une fois dehors a perdu tous ses repères. Jusqu'à avoir de grandes difficultés à renouer avec sa compagne. Newborn traite également des rapports d'un père à son fils qu'il n'a pas eu la chance de voir grandir. Et au milieu de toutes ces difficultés à réintégrer un monde dont il a été écarté durant neuf années, l'intrigue exploite deux idées qui s'entremêlent avec un certain brio. D'un côté, la paranoïa et de l'autre le complot. L'un comme l'autre devenant des éventualités incertaines puisque longtemps avant de comprendre ce qui se trame autour de nos héros, Nate Parker cultive l’ambiguïté. Le spectateur se demande alors si Chris est fou ou si ce qu'il s'imagine se tramer autour de lui est réel. Et dans un cas comme dans l'autre, le réalisateur et scénariste sème divers témoignages visuels ou comportementaux qui ne cessent de provoquer le doute, entre les sinistres visions de Chris dont certaines sont absolument troublantes (les tombes) et le comportement parfois très étrange du gestionnaire du complexe hôtelier Hersh... Nate Parker exploite en outre avec une très grande finesse les rapports humains et l'intimité de Chris et de Tara. Voire même celle de Jake qui malgré son mutisme est parfaitement interprété par le jeune Aiden Stoxx. On pourra tout juste regretter une toute dernière partie beaucoup plus convenue mais dont le déroulement reste ici inévitable mais Newborn fait partie de ces œuvres dont on n'attend pas forcément grand chose et qui au final se révèlent des réussites. Ou comment lier traumatisme, ambiance paranoïaque, psychologie oppressante, amour profond et compassionnel, mise à l'épreuve, patience, culpabilité et détermination. Bref, une excellente surprise...

 

dimanche 9 août 2026

The Mortuary Assistant de Jeremiah Kipp (2026) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

À l'origine, un jeu développé par DarkStone Digital et distribué par DreadXP. Si celui-ci sort en 2022, l'intrigue se déroule pourtant en 1998 et le joueur y incarne Rebecca Owens qui après son arrivée dans la petite ville de River Fields dans le Connecticut accepte un emploi d'assistante d'embaumeuse auprès du propriétaire des lieux. Un certain Raymond Delver qui lui confie un soir la charge de s'occuper de plusieurs corps. Dès lors, d'étranges événements vont se produire au sein de l'établissement... Concernant l'adaptation sur grand écran intitulée comme le jeu The Mortuary Assistant, le long-métrage est réalisé par Jeremiah Kipp, un habitué des courts-métrages et auteur de quelques productions cinématographiques dont certaines sont là encore horrifiques. Un artisan de l'épouvante, de l'horreur et du fantastique qui donc s'avère logiquement capable de donner le meilleur de lui-même pour faire ressentir à ses spectateurs le même type de frissons qu'éprouvèrent probablement les joueurs qui s'adonnèrent au jeu sur les différentes plateformes où il fut mis à leur disposition. D'emblée, The Mortuary Assistant renvoie immédiatement à une autre production se déroulant quasi exclusivement dans une morgue. L'excellent The Autopsy of Jane Doe d'André Øvredal dans lequel un père et son fils, tous deux médecins légistes, étaient en proie à des événements surnaturels après l'arrivée dans leurs locaux du corps parfaitement conservé d'une jeune femme non identifiée... La comparaison s'arrêtant presque à la seule situation environnementale dans laquelle évoluent les rares personnages et à toute une série d'événements une fois de plus ancrés dans le domaine du fantastique, le film de Jeremiah Kipp apparaît tout d'abord comme une repompe du long-métrage du cinéaste norvégien avant que l'on ne comprenne que c'est le créateur indépendant du jeu Brian Clarke qui s'est peut-être (et je dis bien, peut-être) laissé inspirer par le film d'André Øvredal qui est antérieur de six ans à sa création vidéoludique. Une supposition fondée sur des éléments qui rapprochent tant l'adaptation cinématographique de l’œuvre du norvégien que la déception de ne pas retrouver chez Jeremiah Kipp ce même talent pour la production du Grand Frisson cher aux meilleurs artisans de l'épouvante ou aux concepteurs des meilleurs jeux de Survival-Horror se fait très rapidement ressentir. La faute, sans doute, à un script pourtant écrit par le créateur du jeu lui-même ainsi que par la scénariste Tracee Beebe dont plusieurs d'entre eux ont semble-t-il par le passé remporté de nombreux prix dans divers festivals...


On reconnaît d'ailleurs ici la patte de cette dernières, souvent préoccupée par l'implication de personnages féminins dotés d'une forte personnalité. Elle est donc dans son élément avec celui de Rebecca justement, qu'incarne à l'image l'actrice Willa Holland. Une jeune femme bourrée de failles psychologiques qui vient de fêter sa première année sans consommation de drogues aux côtés de l'association qui lui vient en aide, dirigée par Kelly (Keena Ferguson Frasier). Rebecca vient de remporter le poste d'assistante-embaumeuse dans une morgue tenue par le sinistre Raymond (Paul Sparks) après un stage de quelques semaines. Un type au comportement outrageusement ambigu qui lui demande un service en lui confiant la charge d'embaumer et d'incinérer quatre cadavres. Et c'est là que le début des ennuis va débuter pour la jeune femme ainsi confrontée à des phénomènes surnaturels que Raymond expliquera rapidement comme étant la présence de démons dont l'un d'entre eux semble vouloir s'en prendre à son assistante ! Allez savoir pourquoi d'ailleurs puisque rien ne vient véritablement corréler la seule présence de Rebecca à la morgue avec l'emprise dont elle devient très vite la victime. En cela, The Mortuary Assistant a parfois des airs de Evil Dead du pauvre. De la grand-mère de l'héroïne interprétée par Shelly Gibson en passant par son père Ben joué par John Adams, les ''possédés'' agissent comme s'ils s'étaient échappés de l'un des volets de la franchise initiée à la toute fin des années soixante-dix par Sam Raimi. Sauf qu'ici, tout sonne faux. À un point tel que l'ensemble s'avère ridicule. La mise en scène brouillonne de Jeremiah Kipp qui pour le coup semble se contenter de suivre le script de ses deux scénaristes n'arrange rien. C'est plat, inefficace en terme d'épouvante et l'on ne retient pas grand chose d'autre de cette expérience faussement angoissante que les quelques effets gore qui par contre sont fort convaincants. Autant dire que The Autopsy of Jane Doe n'a aucun soucis à se faire avec cette concurrence au scénario chaotique qui se veut probablement être d'abord une métaphore un peu foireuse sur la drogue en reprenant peu ou prou toute les phases de l'addiction et ses répercussions sur la vie de l'héroïne. Le film repose également sur le deuil. Malheureusement, les diverses apparitions du père décédé ne font que confirmer le ridicule de l'ensemble. On se prête davantage à sourire devant la naïveté de la mise en scène qu'à trembler pour la jeune Rebecca. Dommage...

 

samedi 8 août 2026

Les Seins de Glace de Georges Lautner (1974) - ★★★★★★★☆☆☆



On peut comprendre de la part de certains que la critique ne soit pas au diapason de la mise en scène d'un Georges Lautner qui quittait ici, quelque peu son domaine de prédilection. Parmi eux, sans doute, ceux qui auraient aimé voir dans cet intriguant Les Seins de Glace, davantage d'action, des règlements de compte, quelques explosions et tirs par armes à feu, ou encore une enquête minutieuses et des dialogues aiguisés. Mais non... la voie qu'entreprend l'auteur de La Grande Sauterelle, des Tontons Flingueurs ou du Guignolo est celle du thriller psychologique. Du drame. Et donc, bien évidemment, Les Seins de Glace est dénué de tout ce à quoi nous avait habitué Georges Lautner. Alors oui, certains se sentirent-ils sans doute bafoués... mais en dehors de ces considérations castratrices, le vingt-deuxième long-métrage de l'un des cinéastes les plus importants du cinéma français (si l'on ne tient pas compte de sa participation au film à sketchs Les Bons Vivants en 1968) est une remarquable plongée au cœur d'un récit formé autour d'un étrange triangle « amoureux ».
A commencer par François Rollin, incarné par un Claude Brasseur cabotin dont la présence heureuse désamorce un climat délétère et dont le jeu réjouira tout ceux qui auraient pu se désespérer de ne voir en ces Seins de Glace, qu'une œuvre nihiliste, une ode à la noirceur.. La présence de ce personnage apporte un souffle d'air pur à un long-métrage faisant parfois l’apanage au mystère pesant qu'entretiennent les deux autres principaux interprètes, Mireille Darc et Alain Delon.


La première interprète Peggy Lister, que François, l'écrivain, croise un jour sur une plage de la Côte d'Azur. C'est le coup de foudre. Il la suit, la colle, malgré elle. Alain Delon, lui, incarne Marc Rilson, ami et avocat de Peggy. Mais alors que François tente de séduire Peggy, qui finira par accepter la présence de l'écrivain à ses côtés, des meurtres sont commis, les victimes étant toutes des proches de la jeune femme. C'est lors d'une conversation avec l'avocat de Peggy que François apprend que la jeune femme a séjourné dans un hôpital psychiatrique après avoir tué son mari alors que l'écrivain pensait jusque là qu'elle était divorcée. Pourtant, ces aveux n’entachent rien à la relation qu'ils entretiennent. Mieux : François propose à Peggy de venir s'installer chez lui...


Distillant autant de mystère que Jacques Deray avec son excellent Un Papillon sur l’Épaule réalisé en 1978 et principalement interprété par Lino Ventura sans que personne n'ait eu cette fois-ci l'idée de critiquer l'approche du cinéaste français, Les Seins de Glace diffuse un étrange parfum, parfois à la limite de l'épouvante, mais sans jamais atteindre le degré de folie du génial Mort un Dimanche de Pluie que Joël Santoni réalisa en 1986. Proche également du genre « giallo » cher au cinéma transalpin, l’œuvre de Georges Lautner n'est pas le film au charme vieillissant des années soixante-dix que tout le monde semble clamer, même s'il conserve bien évidemment l'esthétique de ce cinéma passéiste. Mireille Darc y est aussi séduisante que bouleversante dans ce rôle inhabituel. Tout comme Alain Delon d'ailleurs, froid et distant, dont la personnalité est difficile à définir au point que le spectateur vienne à doute des origines de celui qui tue autour de François et de Peggy.
Bien sûr, Les Seins de Glace n'est pas tout à fait exempt de défauts. Quelques invraisemblances viennent émailler le récit et le montage se montre parfois très aléatoire.
Mais la force du long-métrage de Georges Lautner se contient dans le principe même de sortir du carcan un peu trop étriqué du mélange comédie/policier auquel il nous a habitué avec une régularité de métronome. Et puis, Les Seins de Glace, c'est aussi l'occasion d'être convié à l'une des fins les plus tragiques et belles que le cinéma des années soixante-dix nous ai offert...

vendredi 7 août 2026

Tout ça ne nous rendra pas Noël de Nathalie Uffner (2025) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Le rêve..... Une comédie belge sur fond de réunion familiale qui tourne à la discorde et donc au règlement de compte entre trois frères, deux belles-sœurs et le fils d'un des trois frangins dont la mère est morte depuis un temps indéfini ! Situant l'action en fin d'année au soir du vingt-quatre décembre, Tout ça ne nous rendra pas Noël de la comédienne et désormais réalisatrice belge Nathalie Uffner est l'adaptation de la pièce de théâtre éponyme mise en scène par Albert Maizel et adaptée pour le cinéma en collaboration avec le scénariste bruxellois Laurent Brandenbourger. J'aime (enfin, nous aimons ma compagne et moi) tellement ce concept que dès lors que l'occasion se présente de découvrir un nouveau projet du type, nous n'hésitons pas un instant. Et s'agissant d'une œuvre originaire de Belgique, l'intérêt est démultiplié puisque le Plat Pays que chantait Jacques Brel nous a tant offert de joyaux noirs en matière de comédies que l'émulsion ne pouvait que prendre entre l'esprit proprement belge en matière de comédies macabres et d'humour grinçant et ce type de règlement de compte entre membres d'une même famille lavant non pas son linge sale simplement en famille mais bien devant le regard indiscret des spectateurs... Et pourtant, la déception est ici à la hauteur de nos attentes puisque Tout ça ne nous rendra pas Noël montre les mêmes signes de faiblesse que partagent certaines œuvres, comédies ou pas d'ailleurs, mises en scène par des artistes (ici, une comédienne dont l'un des plus grands faits d'arme a été de jouer dans le film culte d'Olivier Van Hoofstadt Dikkenek en 2006) dont la réalisation et la direction d'acteurs n'égale malheureusement pas les ambitions d'un tel projet d'adaptation. Il est certain, et même presque inévitable que les acteurs ici filmés lors de l'un des événements annuels parmi les plus importants de l'année s'expriment de manière si théâtrale puisque le film est d'abord l'adaptation d'une pièce à succès créée au Théâtre de la Toison d'Or dont la première représentation eut lieu le 12 janvier 2022 avant d'être poursuivie jusqu'au 5 février de la même année pour enfin être prolongée durant la saison 2022-2023.


En 2025, et plus précisément le 21 septembre, la comédie de Nathalie Uffner voit le jour sur grand écran pour la première fois lors d'une avant-première à l'occasion du festival Namur is a Joke avant d'être diffusé dans certaines salles de Belgique à partir du 5 novembre. En France, macache, peau de zob, que dalle ! Et très franchement, ce fut presque un cadeau offert au public hexagonal que de lui avoir refusé la possibilité de découvrir sur grand écran la première comédie de Nathalie Uffner qui, sans jamais être aussi mauvaise que son homologue française Michèle Laroque dans le registre de la mise en scène a tout de même réussit à rater à peu près tout ce qu'elle était censée adaptet du scénario d'Albert Maizel et Laurent Brandenbourger. La faute en premier lieu à des dialogues qui, hystériquement approchés sous leur angle théâtral par des comédiens habitués des planches, fonctionnent plutôt mal sur la toile blanche d'un écran de cinéma. Surtout qu'une majorité d'entre eux déjà présents au sein du casting de la pièce incarnent une fois encore le personnage qu'ils interprétaient alors mais sans jamais prendre en compte les différences qui existent entre un rôle de comédien de théâtre et celui d'un acteur de cinéma. Dans le rôle de Charlotte, la maîtresse de maison, Stéphanie Van Vyve en fait notamment des caisses. Pour le spectateur habitué de ce genre de spectacle, impossible de ne pas corréler l'interprétation de l'actrice belge avec celle de Zabou Breitman qui dans Cuisine et Dépendances de Philippe Muyl avait su parfaitement et donc très justement incarner le rôle de Martine, l'épouse de Jacques (Sam Karmann), sœur de Fred (Jean-Pierre Darroussin) et amie de Georges (Jean-Pierre Bacri). Trop théâtrale, donc. Comme Thibaut Neve qui dans le rôle de Will lui aussi force souvent un peu trop le trait. Inutile et surtout, inefficace puisque la faiblesse de certains dialogues n'arrange absolument rien.


Tout comme la durée, insuffisante, qui contraint forcément la réalisatrice à revoir le concept de repas de Noël qui part en vrille sous une physionomie beaucoup plus restreinte. Un repas totalement éludé du script pour mieux (mais aussi trop tardivement) se concentrer sur l'un des nœuds du problème qui va créer des tensions entre les personnages : la bande dessinée Tintin au Congo que tiendra entre ses mains l’afro-descendante Ariane (Bwanga Pilipili). Une femme d'affaire d'ailleurs tellement préoccupée par son boulot qu'elle n'aura que très de temps à accorder aux autres convives. Sujet à controverses dans son pays d'origine (son auteur, Hergé, était belge), Tintin au Congo est vu par une certaine partie de la population comme une apologie implicite du colonialisme. Pourtant, si le floutage de la bande dessinée lors de sa présentation à l'image lors de certaines séquences semble appuyer le message en ce sens, la réalité est tout autre. Le floutage de Tintin au Congo n'est dû qu'à une raison beaucoup plus simple : la production n'ayant pas obtenu d'autorisation légale, la diffusion de sa couverture devenait ainsi impossible... Tout ça ne nous rendra pas Noël hésite d'ailleurs entre Wokisme et conservatisme culturel en cherchant à ne jamais froisser aucun bord. Et même si de très nombreuses tentatives d'humour échouent, quelques éclairs que nous n'irons tout de même pas juger de génie rehaussent le niveau et éclairent objectivement sur certaines des situations qui fragmentent notre société. Bref, Tout ça ne nous rendra pas Noël échoue malheureusement à convaincre qu'il s'agit de la dernière comédie noire provenant de Belgique qu'il faut absolument découvrir malgré quelques micro-idées qui font regretter que l'ensemble ne soit pas homogène en terme de qualité d'écriture et d'interprétation... Dommage...

 

jeudi 6 août 2026

Le tableau volé de Pascal Bonitzer (2024) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Il y a chez Pascal Bonitzer, celles et ceux qui ont ou eurent chez lui leurs habitudes et celles et ceux qui parfois plongent dans son univers pour la toute première fois. Le tableau volé réunit ainsi des ''petits nouveaux'' (Alex Lutz, Léa Drucker, Nora Hamzawi, Louise Chevillotte, Matthieu Lucci ou le chanteur Alain Chamfort) à côté de Laurence Côte qui en 1996 tourna dans le premier long-métrage de Pascal Bonitzer Encore dans lequel son personnage croisa la route de celui incarné par Jackie Berroyer... Dans Le tableau volé, le réalisateur et scénariste réunit ses interprètes autour d'un tableau volé par les allemands en 1939 à son véritable propriétaire et retrouvé des décennies plus tard dans la petite maison en viager d'une femme en mauvaise santé (Sine, interprétée par Laurence Côte) et de son fils Martin, un petit ouvrier de nuit qui désire se séparer de la toile en question. L'avocate du jeune homme contacte alors le commissaire-priseur de la maison de vente Scottie's André afin de connaître la valeur réelle de cette peinture signée d'Egon Schiele. Persuadé qu'il s'agit d'un faux, André décide toute de même de se rendre sur place avec son ancienne femme et collège Bertina (Léa Drucker) afin d'observer le tableau. Contre toute attente, les deux experts se rendent rapidement compte qu'il s'agit bien d'une véritable peinture signée de l'artiste autrichien et André décide immédiatement de contacter les héritiers de Wahlberg qui fut le véritable propriétaire de la toile... Bien que Pascal Bonitzer se soit lui-même chargé de concevoir le scénario de son film, celui-ci s'inspire d'un fait authentique puisque si Les tournesols fanés d'Egon Schiele existe bien, il faut savoir qu'elle fut en outre dérobée En 1939 comme bon nombre d’œuvres jugées par le Régime Nazi comme faisant partie de l'art dit ''dégénéré''... Si le nom du propriétaire d'origine, un collectionneur juif du nom de Karl Grünwald, est ici remplacé tout comme les personnages incarnés par Alex Lutz, Nora Hamzawi, Louise Chevillotte ou Arcadi Radeff (le jeune ouvrier Martin Keller) sont ici largement romancés, c'est parce que comme l'explique Pascal Bonitzer, Le tableau volé n'est pas une reconstitution totalement fidèle mais une vision libre et personnelle d'un événement hors du commun que le cinéaste ne voulait surtout pas confondre dans sa globalité avec le fait-divers d'origine.


En outre, le réalisateur et scénariste français se penche sur la personnalité et les rapports houleux qu'entretient notamment le commissaire-priseur André que tout le monde ou presque dans son entourage déteste avec la jeune stagiaire Aurore (Louise Chevillotte) dont l'attitude semble être la manifestation d'un trouble dont Pascal Bonitzer se désintéresse assez vite des origines, laissant ainsi le spectateur se faire sa propre idée sur une personnalité ambiguë qui tente probablement de se forger une identité propre, de combler un manque affectif et de régler un sérieux manque de confiance en elle au sein d'autorités paternelles ou professionnelles auxquelles elle ment de façon éhontée ! D'autre part, le cinéaste se penche sur des individus de classe moyenne (Martin, sa mère et ses deux potes Paco (Matthieu Lucci) et Kamel (Iliès Kadri)) confrontés à un univers très éloigné du leur. Malgré la froideur des personnages incarnés par Alex Lutz et Louise Chevillotte, malgré la rigueur atone et détachée d'un métier qui demande une certaine rigueur professionnelle, Pascal Bonitzer s'emploie à humaniser des individus qui à travers le marché de l'art spéculent financièrement sur des valeurs marchandes qui dépassent de très loin tout ce que le commun des mortels peut concevoir. Et tandis qu'il s'était jusque là contenté de décrire des personnalités fort peu attachantes, l'émulsion entre les uns et les autres fonctionne finalement à plein régime, jusque dans ces portraits peu élogieux construits parfois autour de morales douteuses. Comme aurore, mettant un frein à sa galopante mythomanie ou Alex qui par l'entremise de son ancienne femme Bertina mettra un peu d'eau dans son vin... Extra.

 

mercredi 5 août 2026

Le grand méchant loup de Nicolas et Bruno (2013) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

En abandonnant temporairement leur univers, Nicolas et Bruno ( Nicolas Charlet et Bruno Lavaine) n'en n'ont pas pour autant mis de côté certains des choix artistiques qui sont leur marque de fabrique. Ici, pas d'esthétique volontairement ringarde puisée dans les temps anciens. Ceux des années soixante-dix, généralement représentées chez eux à travers l'usage de codes couleurs, vestimentaires ou comportementaux largement dépassés de nos jours. Et pourtant, les deux hommes n'en sont pas moins demeurés capables de produire une œuvre tout à fait originale en cette année 2013 où sort donc leur second long-métrage intitulé Le grand méchant loup, cinq ans après La personne aux deux personnes et treize avant leur dernier, Alter ego sorti quant à lui en 2026... Ils reprennent ici le très célèbre conte des Trois Petits Cochons, cent quarante-ans après qu'ils ne soient apparus pour la première fois en 1842 dans le recueil de comptines, de chansons et de poèmes traditionnels britanniques publié cette année là par l'historien, collectionneur et éditeur anglais James Orchard Halliwell. Un conte dans lequel l'on retrouvait déjà le personnage du loup dont les origines remontent elles à bien plus loin dans le temps puisque l'une des premières traces le présentant daterait de l'époque d’Ésope qui l'aurait évoqué pour la première fois dans ses Fables et remonterait donc à l'Antiquité grecque. Pour autant, Nicolas et Bruno n'en reprennent qu'une partie de la structure narrative telle que la présenta notamment Burt Gillett avec Three Little Pigs produit par la société de production américaine Walt Disney Productions en 1933. Dans le cas du Grand méchant loup, le duo remplace les trois petits cochons par trois frères incarnés par Benoît Poelvoorde, Fred Testot et Kad Merad. Tandis que leur mère (interprétée à l'écran par l'actrice Marie-Christine Barrault) est alitée dans une chambre d'hôpital, Philippe (Benoît Poelvoorde), Henro (Fred Testot) et Louis (Kad Merad) en reviennent à se poser des questions sur leur existence. Eux qui depuis toujours ont su rester fidèles à leurs épouses respectives Nathalie (Valérie Donzelli), Patricia (Léa Drucker) et Victoire (Zabou Breitman) vont-ils se laisser tenter par ces nouvelles aventures féminines qui frappent désormais à la porte de ces trois hommes qui maintenant doutent sur le sens réel de leur existence ? Nicolas et Bruno usent et abusent de métaphores et d'allégories pour décrire la situation de ces trois frères qui vont être approchés par le ''Loup'' du fameux conte...


Ou plutôt DES Loups. Et même mieux : des LOUVES puisque chacun son tour, Philippe, Henri et Louis vont être respectivement approchés par Natacha (Charlotte Le Bon), une jeune actrice attirée par l'idée de s'introduire de nuit dans le château de Versailles où travaille justement le cadet des trois frères. Pourtant marié et père de deux enfants, Philippe se laisse séduire par la jeune femme de vingt-sept ans dont il va rapidement tomber amoureux. Et si vivre une double relation n'est pour l'instant pas vraiment un problème pour lui, tout va se gâter le jour où Natacha va se présenter devant la porte de sa demeure. Lorsque son épouse Nathalie découvre que Philippe voit une autre femme, elle le chasse de chez eux et ce dernier part se réfugier chez son frère Henri. Après une première partie du récit principalement consacrée au personnage interprété par Benoît Poelvoorde, Fred Testot prend donc la relève. Le second acte lui réservant la même surprise que pour son frère avant que les deux hommes ne se retrouvent finalement hébergés par le plus âgé des trois, Louis. Ici, ça n'est plus la demeure elle-même qui est détruite par le loup mais la cellule familiale par l'entremise de femmes belles et attirantes. Et si Henri se laisse séduire par une voisine lointaine qu'il reluque aux jumelles, Éléonore (Cristiana Reali) n'en mènera pas large lorsque cette ancienne connaissance de Louis tentera de conquérir le cœur et le lit de celui-ci, alors très amoureux de sa femme Victoire. Bien que la réappropriation d'un mythe enfantin pour le transformer en comédie romantique métaphorique peut laisser songeur, Nicolas et Bruno tapent juste et offrent une savoureuse étude de mœurs non dénuées d'un certain sens de l'humour qui là encore tape exactement là où on l'attendait. Grâce non seulement à la mise en scène et l'écriture des deux cinéastes mais aussi et surtout à un panel de savoureux interprètes parmi lesquels se trouve également perché dans les très hautes sphères de l'absurde, le toujours excellent Denis Podalydès ! Preuve que Nicolas Charlet et Bruno Lavaine sont capables de s'extraire de leur univers personnel et d'offrir la réplique à des interprètes qui sortent de leur cercle habituel. Bref, un régal...

 

mardi 4 août 2026

Alter Ego de Nicolas et Bruno (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Nicolas et Bruno est un duo formé autour des réalisateurs, scénaristes, photographes et acteurs français Nicolas Charlet et Bruno Lavaine dont les premières collaborations datent des années quatre-vingt dix. Leur première œuvre cinématographique en tant qu'auteurs principaux date quant à elle de 2002 et s'intitule Restauratec. Un court-métrage auquel y succèdent plusieurs autres avant que les deux hommes n'intègrent Canal+ toujours en tant que réalisateurs, scénaristes, monteurs et doubleurs du programme humoristique Message à caractère informatif. Durant trois ans, ils développent un concept similaire au film culte de Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette qui en 1993 réalisèrent donc ensemble La classe américaine dans lequel il compilèrent des extraits de films produits par la Warner Bros tout en y proposant de nouveaux dialogues sur un ton humoristique, créant ainsi un tout nouveau récit... Ce n'est qu'en 2008 que Nicolas Charlet et Bruno Lavaine tournent ensemble leur tout premier long-métrage, la comédie La personne aux deux personnes. Une œuvre totalement originale, loufoque et au final très amusante qui reprend certains codes kitschissimes de leurs aventures télévisuelles puisque s'y télescopent un chanteur has-been (Alain Chabat dans le rôle de Gilles Gabriel) et un employé de la COGIP, entreprise fictive imaginée par les deux hommes au temps de Message à caractère informatif, de plusieurs autres émissions disséminées entre 2002 et 2018, mais également de leur nouveau long-métrage sorti en début d'année 2026 sous le titre Alter Ego. Pour celles et ceux qui apprécient l'univers des deux cinéastes, aucun soucis à se faire puisque Nicolas Charlet et Bruno Lavaine y prolongent leur vision toute personnelle du cinéma et de la comédie en particulier. Dix-huit ans après La personne aux deux personnes et treize après Le grand méchant loup dans lequel les deux cinéastes s'écartèrent exceptionnellement de leur ''mythologie'' puisqu'ils y réinterprétèrent sous forme de remake le film du québécois Patrick Huard, Les 3 P'tits cochons, lui-même étant une adaptation du conte populaire Les trois petits cochons que retranscrivit pour la toute première fois sous forme littéraire le britannique James Orchard Halliwell-Phillipps en 1843.


Retour en 2026 avec l'univers des deux français puisque les personnage masculins et centraux du récit tous deux interprétés par un seul et même acteur en la personne de Laurent Lafitte travaillent dans l'entreprise devenue désormais l'une des marques de fabrique du duo de réalisateurs et scénaristes : La COGIP. À deux années prêt de fêter son trentième anniversaire, cette entreprise fictive a forcément évolué, à travers des responsables et des subalternes qui ont changé au fil de ses différentes représentations télévisuelles et cinématographiques. Désormais, à la tête de la COGIP l'on retrouve l'actrice Zabou Breitman dans le rôle de Nicole Lecovec, la patronne d'Alex Floutard et bientôt celle d'Axel Chambon qu'incarne donc ''doublement'' Laurent Lafitte. Une directrice bienveillante malgré les piètres résultats obtenus par le premier des deux ''sosies'' et par le collègue de bureau du premier, Denis Moulard qu'incarne l'humoriste et comédien français Marc Fraize. Et allez savoir pour quelle raison, mais l'actrice y est affublée d'une... moustache ! Sans autre forme d'explication autre que l'intention de faire rire, voilà le type de détails dont aiment agrémenter dans sa globalité, leur œuvre, les deux cinéastes. Auteurs de leur propre script, Nicolas et Bruno imaginent l'emménagement d'un couple juste à côté de la demeure habitée par Alex et son épouse Nathalie (Blanche Gardin). Sauf que pour celui-ci, la présence dans son champ de vision d'Axel ainsi qu'au sein même de l'entreprise qui bientôt emploiera ce dernier va causer de graves problèmes chez Alex.


Bien que personne dans son entourage n'ait remarqué la troublante ressemblance qui existe entre lui et son nouveau voisin, Alex accepte mal la présence d'Axel. Un homme avec qui il ne partage absolument rien. L'homme devient rapidement populaire auprès du voisinage ou de la directrice de la COGIP et de ses nouveaux collègues. Et tandis qu'Alex s'enfonce peu à peu dans un état dépressif, Axel, lui, montre son indéfectible confiance en lui. Les deux cinéastes développent ici le concept du double avec une certaine maîtrise en opposant deux hommes physiquement proches mais qui intellectuellement, professionnellement et même dans le cadre intime sont totalement différents l'un de l'autre. Calvitie, taciturnité, défiance, jalousie et voire même paranoïa d'un côté et charisme, extraversion, assurance et réussite sociale et professionnelle de l'autre. De quoi créer une aversion chez Alex qui va doucement mais assurément se laisser glisser sur la pente de la folie. Si Nicolas et Bruno s'amusent avec ce ''duo'' parfaitement antinomique, ce qui pour un long, très long moment ressemblera à une comédie bien dans l'esprit des deux hommes se transformera peu à peu en une comédie noire, très noire même, un peu à la manière des œuvres signées de Jean-Christophe Meurisse, Oranges Sanguines et Les pistolets en plastique... Plutôt drôle dans un premier temps mais ensuite savoureusement sinistre dans son dernier acte, Alter Ego est de ces comédies trop rares dont l'arrivée subite dans le paysage français est une vraie bouffée d'air malgré leur ponctuelle noirceur. À voir...

 

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