Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

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samedi 26 septembre 2026

Män som hatar kvinnor de Niels Arden Oplev (2009)


Un vieil homme, Henrik Vanger, fait appel au journaliste Mikael Blomkvist afin d'enquêter sur la disparition de sa nièce Harriet survenue quarante ans plus tôt alors qu'elle n'avait que seize ans. Alors qu'il vient d'être condamné pour diffamation à l'encontre du financier Hans-Erik Wennerström. En effet, le journaliste a écrit et publié dans le magasine Millenium, dont il est le rédacteur en chef, une série d'articles accusant Wennerström d'avoir détourné plus de soixante millions de couronnes et de sêtre livré à un trafic d'armes. Condamné à verser au financier une somme de cent-cinquante mille couronnes et à trois mois de prison ferme, Mikael Blomkvist a devant lui, six mois avant de purger sa peine.

C'est ainsi qu'il prend du recul avec son entourage et plus précisément le journal Millenium. Une fois rendu auprès de HenrikVanger, Mikael accepte de travaille pour le vieil homme. Réunissant toutes les informations concernant Harriet contenues dans des cartons accumulés par le vieillard, Mikael parvient à mettre en parallèle toute une série de meurtres dont les premiers remontent dans les années soixante et la disparition d'Harriet. Mikael découvre dans le journal intime de celle-ci de curieuses annotations. Des prénoms suivis de séries de chiffres. Malheureusement pour lui, ces derniers ne donnent rien. C'était pourtant sans compter sur Lisbeth Salander, une jeune femme de vingt-quatre ans instable, au look de gothique, mais redoutablement efficace quand il s'agit de traquer la moindre petite information sur telle ou telle personnalité. Elle a d'ailleurs enquêté de son côté lors de l'affaire Blomkvist-Wennerström et a découvert que malgré le verdict du juge lors du procès, le journaliste était blanc comme neige. Ayant piraté l’ordinateur de Mikael à son insu, la jeune femme suit les différentes étapes dans l'enquête sur Harriet. Voyant que le journaliste peine à avancer, Lisbeth prend le risque de l'aider en lui envoyant de l'aide par mail après avoir consulté les étranges annotations.

C'est ainsi que Mikael finit par comprendre qu'il est suivit de près par la jeune femme et qu'il décide de la contacter afin qu'elle l'aide à élucider cette étrange affaire dans laquelle l'un des nombreux membres de la famille Vanger semble mouillé...

Män som hatar kvinnor est tiré du roman à succès Millenium du suédois Stieg Larsson dont la trilogie s'est vendue jusqu'à maintenant à plus de cinquante millions d'exemplaires. Thriller imparable, Män som hatar kvinnor est un film parfaitement construit autour d'une disparition, d'un journaliste enquêtant sur l'affaire, et de la jeune femme qui le rejoint bientôt afin de faire équipe avec lui. Mêlant subtilement l'histoire personnelle de la jeune Lisbeth et l'enquête sur la disparition de Harriet, le puzzle mit en place par le cinéaste Niels Arden Oplev et par les scénaristes Nikolaj Arcel et Rasmus Heisterberg est diablement complexe et efficace. On se passionne très vite pour cette histoire somme toute banale qui devient au fil de l'intrigue de plus en plus passionnante.

Et puis, il y a cette histoire qui dans un premier temps sert de parallèle au sujet principal. L'intrigante Lisbeth, confrontée à ses démons (qui nous seront partiellement et très subtilement révélés) mais aussi son nouvel et abominable tuteur Nils Bjurman (l'excellent mais effroyable Peter Andersson) qui se comporte avec elle comme un véritable monstre ayant un pouvoir qu'il se découvre sans limites. Cette confrontation entre les deux personnages a d'ailleurs des effets épidermiques chaque fois que Lisbeth vient frapper à la porte de l'horrible tuteur qui détient la seule chose dont ait besoin pour l'instant la jeune femme : l'argent qu'elle gagne grâce à son talent mais que Nisl Bjurman est décidé à ne lui verser qu'au compte-goutte.

Michael Nyqvist campe un journaliste désabusé par le verdict qui lui est tombé dessus, mais qui au contact de la jeune et frèle Lisbeth reprend du poil de la bête. Leur enquête les mènent bien au delé de ce qu'ils auraient pu imaginer. Les spectateurs eux-mêmes assistent à un tourbillons d'éléments qui, mis bout à bout révèlent l'ampleur de l'affaire à laquelle le duo doit faire face. Et puis, on ne regrettera pas les deux heures trente que dure le film car jamais l'ennui ne pointe le bout de son nez. Le sujet est si bien maîtrisé que l'on y croit sans douter et surtout sans jamais pouvoir imaginer qui peut se cacher derrière le masque du tueur. D'autant plus que la fin nous réserve son lot de surprises.
Män som hatar kvinnor est donc un petit chef-d’œuvre. Encore un venu de Suède, un pays qui décidément recèle d'innombrables trésors.


vendredi 25 septembre 2026

Claustro de Olzhas Bayalbayev (2023) - ★★★★★★★☆☆☆

 




Un concept absolument génial pour un résultat........ malheureusement, mi-figue, mi-raisin. Imaginez : un homme (Roman Zhukov dans le rôle de Max) part chercher son ami en voiture afin de le ramener chez lui. Lorsqu'il arrive, il est convié par un inconnu à pénétrer un appartement où ont démarré des festivités honorant le patriarche de la famille. Là, Max retrouve Dan, l'ami en question, qui est accompagné de sa petite amie Kema (Elizaveta Yuryeva). Tandis que Dan s'éloigne en compagnie d'une très aguicheuse invitée, Kema décide de s'assurer qu'il n'a pas décidé de se laisser tenter par les charmes de la jeune femme. Quant à Max, il se lève lui aussi de table, pressé de reprendre la route. Quittant la pièce où sont réunies une quinzaine de personnes, les deux jeunes gens se croisent mais lorsqu'ils retournent dans la salle à manger, ils découvrent effarés que le patriarche et tous les invités ont disparu ! Pire : l'appartement semble avoir été reconfiguré. La porte d'entrée a laissé la place à un mur recouvert de tapisserie et certaines pièces donnent directement sur celles que viennent de quitter nos deux protagonistes. Incapables de quitter les lieux, enfermés dans cette étrange prison où le temps semble en outre s'être totalement figé, Max et Kema vont tenter de résoudre cette étrange énigme afin de pouvoir enfin reprendre le cours normal de leur existence... L'idée absolument brillante provient bien évidemment de l'architecture propre à l'appartement qui sert de lieu exclusif à l'intrigue. Ici, une porte passée donne exactement sur la même pièce que traversée précédemment. Le réalisateur, scénariste et monteur kazakhstanais Olzhas Bayalbayev concentre donc le récit autour de cet appartement qui fait ainsi office de personnage à part entière. Un premier ''acte'' particulièrement ludique met en scène nos deux personnages face à l'étrangeté du phénomène. Le cinéaste s'amusant de la situation lorsque notamment, Max lance à plusieurs reprises une balle de tennis dans son dos pour la voir immédiatement rebondir devant lui. Expliquant ainsi par ce geste on ne peut plus anecdotique la mécanique même de l'environnement...


Plutôt que de se référer exclusivement au principe de claustrophobie, le titre Claustro du long-métrage renvoie également à cette forme de représentation des souvenirs enfouis que n'intègrent pas immédiatement les deux principaux protagonistes en ignorant tout d'abord une partie de leur passé avant de comprendre que l'enjeu du récit leur est directement lié ! Là où l'intrigue se grippe quelque peu se situe dans l'intervention répétée de jeunes enfants, ou plutôt de leurs ectoplasmes, décédés dans diverses circonstances, dont les fantômes sont eux aussi bloqués dans l'appartement. Ayant notamment besoin de l'intervention de Max, une jeune fille réclame par exemple ses deux souliers rouges afin de pouvoir quitter les lieux. Une fois la mission accomplie par le jeune homme, la situation de l'appartement se débloque une fois la gamine ''évaporée''. Un concept que répète à plusieurs reprises Olzhas Bayalbayev tout en délaissant parfois malheureusement l'idée principale de l'appartement labyrinthique. Assez répétitive, l'intrigue est en outre alourdie par quelques ventres mous dont nous nous serions bien passés. En effet, afin de consolider la relation entre Max et Kema après des débuts plutôt glacés, le réalisateur laisse le temps à ses personnages de s'approcher, de s'apprivoiser et au final, de s'aimer (ou plus simplement de se désirer, du moins si l'on considère ainsi leur nouvelle relation dès qu'ils commencent à coucher ensemble). La présence des enfants crée une rupture et donne au film un caractère que l'on rencontre souvent dans les films de fantômes. La surprise passée, le film devient déjà nettement plus classique. Et pourtant, Olzhas Bayalbayev nous réserve un final qui rehausse très largement le niveau qui avait eu tendance à s'effondrer au fil du récit. Entre révélations et moments choc, la dernière partie du long-métrage est vraiment réussie. À travers la présence d'une sorcière, de quelques effets-spéciaux numériques discrets mais bluffants et d'une action qui jusque là était en suspens. Bref, un film à découvrir même s'il n'est pas dénué de défauts...

 

jeudi 24 septembre 2026

Résident débile de Laurent Coiffic (2000) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

En attendant d'aller voir dans les jours prochains la toute nouvelle itération cinématographique basée sur l'univers du jeu vidéo créé par Capcom, Resident Evil, mieux que de me refarcir l'intégralité des œuvres sorties depuis sur grand écran, sur support physique ou numérique, j'ai choisi de m'intéresser au très superfétatoire Résident débile dont la définition même n'arrive pas vraiment à coller au sentiment de désespoir qui peut étreindre le spectateur devant un film aussi pitoyable. Mais l'appeler Resident à chier ou Resident je viens de voir l'une des plus grosses merdes qu'il m'ait été donné l'occasion de contenpler n'ayant bien évidemment aucun sens, devenu tributaire d'une licence vidéoludique qui ne lui a pourtant rien demandé, Laurent Coiffic n'aura ''marqué'' de son empreinte le septième art qu'à trois occasions. Directeur de la photographie en 2017 sur Les 4 sales locataires de Cyril Étesse, voix-off sur le court métrage Revolution de Joffrey Schmitt en 2024, il commença et termina donc sa carrière de réalisateur en l'an 2000 avec Résident débile dont il serait carrément osé d'expliquer le sens hautement ironique et parodique du titre à celles et ceux qui connaissent le jeu vidéo dont il s'inspire. À la lecture du script de Laurent Coiffic, de Stephen Moret et de Christopher Croce, tout laissait plus ou moins supposer une œuvre certes parodique mais fidèle au terreau d'origine. Que nenni puisque si la division des forces spéciales S.T.A.R.S. (pour Special Tactics and Rescue Service) est évoquée tout comme certains personnages iconiques de la franchise comme Albert Wesker sont présents à l'écran, ne rêvons tout de même pas d'une aventure humoristique reprenant les différentes étapes des premiers jeux vidéos. La ville de Racoon City est ici remplacée par la forêt de Racon ! Une forêt qui ressemble d'ailleurs moins à celles de Mallemoisson, de Rialsesse ou des Bertranges en France qu'à un petit parc agrémenté d'une flore dont les espèces n'ont pas le moindre intérêt. Tout commence lorsqu'un couple en mode ''Un gars, une fille'' dont le cinéaste pille sans vergogne la typographie et la musique meurt attaqué par un zombie. Afin d'enquêter sur place, le colonel Albert Wesker fait notamment appel à deux anciens camarades de la guerre du Vietnam Spring Fellow Hawk et Dur Snake Source...


Mais tandis que le groupe devra affronter des ''hordes'' de zombies, ils devront également faire face à d'anciens adversaires en les personnes de Heinrich Kroeger, Sniper Waf et Fluide Snake Octopus... Que dire, hum, hum. Comme l'aurait sans doute si bien définit le philosophe Jacquouille la Fripouille, Résident débile, c'est de la grosse merdasse ! Une parodie, certes, des jeux Resident Evil mais aussi de la licence Metal Gear Solid, mais il faut voir dans quel état le réalisateur laisse les spectateurs qui après à peine moins de soixante-dix minutes finissent avec moitié moins de neurones que les quelques zombies qui râlent à l'écran. On pourrait facilement hurler devant ce naufrage qui renvoit même à l'état de chef-d'œuvre la pire parodie officielle de n'importe quel film d'horreur ou thriller ayant vu le jour sur grand écran. Pourtant, en remontant sur les origines du concept et sur l'expérience calamiteuse de son auteur Laurent Coiffic lors de ses études de cinéma dans une école qu'il jugea de merdique alors qu'il avait déboursé l'astronomique somme de trente-mille francs pour un résultat qui frisa le néant, l'on a déjà beaucoup moins envie de lui taper sur les doigts. Un budget de dix-mille balles et une équipe d'acteurs recrutés parmi ses amis, Laurent Coiffic fait ce qu'il peut, avec ses faibles moyens financiers, le peu d'expérience des interprètes et de sa mise en scène. Le plus drôle ne se situant pas dans les dialogues mais bien dans l'évocation des différentes sources d'inspiration du réalisateur car sans craindre le ridicule celui-ci cite David Fincher, Ridley Scott, Hideo Kojima ou encore John Woo ! Laid, mal joué et trèèèèèèèès rarement inspiré côté dialogues et situations même si certaines références peuvent faire sourire (le coffre à diamants et la petite ritournelle de la licence Zelda comme seul exemple), Résident débile est vraiment pénible. Sans avoir demandé aucune licence, le bonhomme agrémente l'ensemble de toute une série de références musicales puisque Laurent Coiffic a '''emprunté'' diverses sources issues de plusieurs jeux estampillés Resident Evil, tout comme l'on peut entendre les thèmes du Retour vers le futur, de Benny Hill, ou des jeux Rainbow Six et Parasite Eve... Bref, à éviter de toute urgence !

 


mercredi 23 septembre 2026

The Dark and the Wicked de Bryan Bertino (2020) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Habitué du cinéma d'horreur, le réalisateur,scénariste et producteur américain originaire du Texas Bryan Bertino signa notamment la série de longs-métrages The Strangers ainsi que le très sympathique The Monster en 2016. Quatre ans plus tard, en 2020, il réalise The Dark and the Wicked qui chez nous peut se traduit sous le titre ''Les ténèbres et le maléfique''. Une ''appellation'' qui certes colle relativement bien avec le contenu du récit mais qui ne se réduit pas qu'au simple contexte des différents éléments d'une famille confrontés à une entité tenace et particulièrement invasive... The Dark and the Wicked met prioritairement en scène Louise et son frère Michael qu'interprètent respectivement Marin Ireland et Michael Abbott Jr. Une petite fratrie dont les deux seuls représentants vivent chacun de leur côté jusqu'à ce moment très précis où ils apprennent que leur père (Michael Zagst) est très gravement malade. Rejoignant la ferme familiale isolée que leur géniteur partage avec leur mère (Julie Oliver-Touchstone) et donc l'époux de ce dernier, Louise et Michael constatent rapidement que quelque chose ne tourne pas rond. Leur mère leur indique notamment entendre des voix qui n'appartiennent pas à son mari. Déjà pas mal terrifiée par l'angoissante situation, un soir celle-ci se coupe plusieurs doigts en cuisinant avant d'aller se pendre dans la grange de la propriété. Découverte décédée le lendemain par ses deux enfants, ceux-ci prennent la décision de rester sur place afin de s'occuper de leur père alité dans sa chambre, sous respirateur et apparemment incapable de bouger ou de simplement s'exprimer. Les événements s'enchaînent alors sur un rythme pas vraiment endiablé, Michael hésitant à quitter les lieux tandis que sa sœur reste campée sur sa position en décidant de demeurer sur place...


Le sujet principal du récit, la famille. Au centre de laquelle la culpabilité s'installe. Face à la maladie de leur père contre laquelle ses deux enfants ne peuvent rien, une entité développe son emprise sur chacun des membres de la famille. Et le ''suicide'' de la mère telle qu'est conçue son décès ne mettra pas un terme au jeu macabre que se livrera ce démon venu hanté les nuits de Louise et de Michael. Plutôt que d'opter pour une vision visuellement très explicite du Mal, Bryan Bertino préfère conserver une certaine part de mystère s'agissant de ce qui rôde autour et dans la demeure familiale. Quelle sont ses origines ? Quel est son but premier ? Et même, plus simplement, qui est-elle ? Un choix qui permet de douter dans un premier temps quand à la réalité de cette créature tapie dans l'ombre et qui n'est majoritairement visible qu'à travers le regard ou le comportement des protagonistes. Poussant parfois le spectateur à se poser des questions quant à sa réelle existence. En inscrivant l'intrigue dans un contexte géographique isolé et donc à l'écart de toute source pouvant éventuellement apporter de l'aide à Louise et à son frère, Bryan Bertino augmente le potentiel d'angoisse du long-métrage. Une source d'inquiétude supplémentaire qu'il aura d'ailleurs déjà notamment exploité avec brio lors du tournage de The Monster. En dehors de quelques Jumpscares plutôt efficaces, le cinéaste préfère l'attente à l'action ininterrompue. Signifiant pour le spectateur, une œuvre au rythme souvent lancinant, lymphatique et à certains endroits, relativement ennuyeuse. D'une noirceur quasi généralisée et donc d'un pessimisme qui confine souvent au nihilisme, The Dark and the Wicked ''réinvente'' presque les concepts de Home-Invasion et de possession sans jamais nous donner les clés de son intrigue. D'autant plus qu'en terme de conclusion, rien ne nous indiquera les motivations et les origines réelles de l'entité, nous laissant quelque peu sur notre faim. Un film qui repose davantage sur son étouffante atmosphère que sur son sujet. Sympa, sans plus...

 

mardi 22 septembre 2026

Ming'an (Mad Fate) de Soi Cheang (2023) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Auteur du démentiel Limbo en 2021 et de l'extraordinaire City of Darkness en 2023, le réalisateur, scénariste, producteur et acteur hongkongais Soi Cheang signa entre ces deux chefs-d'œuvre du septième art un Ming'an (Mad Fate) qui semble-t-il apparaît beaucoup moins riche et impressionnant. Et pourtant l'on retrouve ici la patte de ce cinéaste de génie qui compte au moins autant dans le cinéma asiatique et mondial que l'auteur de l'incroyable Gokseong (The Strangers), le sud-coréen Na Hong-jin qui avait déjà fait très fortement parler de lui avec ses deux précédents longs-métrages Chugyeogja (The Chaser) et Hwanghae (The Murderer) ou que les deux compatriotes de ce dernier, Park Chan-wook avec Oldeuboi (Old Boy) et Kim Jee-Woon avec Akmareul Boatda (J'ai rencontré le Diable). S'agissant de Ming'an, Soi Cheang signe une œuvre relativement déstabilisante. Entre drame, thriller psychologique, folklore, comédie noire et réflexion philosophique. Autant dire qu'il y a ici, de quoi faire un véritable festin de cinéphilie dès lors que l'on accepte un concept parfois et même très souvent alambiqué. Un trait de caractère que partagent d'ailleurs toutes ces œuvres que n'importe quel cinéphile ou cinéphage a l'obligation de ''s'infliger'', qu'il aime ou nom le cinéma asiatique et ses différentes et très particulières circonvolutions scénaristiques ! Sans y voir ne serait-ce qu'une once de racisme visant la population asiatique ni aucune manifestation de type ''ironie'' sur la ressemblance des uns et des autres, il est vrai que l'exercice impose parfois aux spectateurs occidentaux un petit temps d'adaptation pour différencier certains acteurs et donc, certains personnages. Ici, en revanche, pas d'effort particulier à entreprendre puisque les quelques protagonistes autour desquels évolue le récit sont parfaitement définis à travers, justement, leur apparence et non plus leur attitude au sein de l'intrigue. Car c'est justement là où le cinéaste impose une certaine contradiction entre les apparences physiques et la psychologie de chacun d'entre eux. Si les modes de fonctionnement intellectuels du flic incarné par Berg Ting-Yip Ng et du tueur en série interprété par Charm Man Peter Chan qui sévit en s'en prenant exclusivement aux prostituées sont faciles à détecter, le véritable et en réalité seul intérêt du récit tourne autour d'un Maître de feng shui campé par Gordon Lam Ka-tung et d'un étudiant mentalement perturbé quant à lui incarné par Lokman Yeung...


Plus riche qu'il n'en a l'air, le long-métrage de Soi Cheang est en fait comme les deux autres films du cinéaste hongkongais cités plus haut, un modèle de mise en scène, d'écriture et de narration. Tandis que l'on attend fiévreusement ses prochains films dont la production de Penghu Hai Zhan est achevée et dont le tournage de Jiu Long Cheng Zhai · Zhong Zhang a déjà commencé, Ming'an nous plonge au cœur d'un récit où les intrigues s'entremêlent pour finalement se rejoindre lors d'un final absolument remarquable. Pour simplifier le concept, le film du cinéaste hongkongais pourrait être définit à travers de simples et courtes phrases, telle ''naissance OU fabrication d'un monstre'', ''contrôle de la destinée'', ''voyance et manipulation'' et autres petites joyeusetés qui compilées les unes aux autres fabriquent une œuvre qui peu, alors oui, être parfois ardue à suivre pour les néophytes mais qui au fond reste d'une richesse hors du commun. Si la femme est rendue à l'état de ''subalterne'' avec sa prostituée incarnée à l'écran par Wing-Sze Ng dont la parole ne sera donnée qu'en de très rares occasions et du moins jusqu'à ce qu'elle passe entre les griffes du tueur en série, Ming'an est bien évidemment porté par l'incroyable performance de Lokman Yeung, en jeune psychopathe qui relève du tueur en série potentiel agissant d'abord sur les animaux égarés et de Gordon Lam Ka-tung en Maître de Feng Shui lancé dans une mission de sauvetage visant à éviter à l'étudiant de tomber dans le meurtre. À la photographie l'on retrouve le fidèle Gordon Lam Ka-tung qui avait déjà notamment travaillé sur Limbo et que l'on revit donc au générique de City of Darkness en 2024. Si Ming'an peut apparaître parfois anecdotique en comparaison des deux grands classiques de son auteur, une seconde projection sera peut-être nécessaire pour certains spectateurs comme ce fut d'ailleurs le cas pour votre serviteur afin d'en saisir toute la portée. Mais au final, que l'on préfère se lancer dans l'une ou l'autre de ces trois expériences de cinéma, la récompense est toujours à la hauteur. Bref, vous savez quoi faire...

 

lundi 21 septembre 2026

Umezu Kazuo: Kyôfu gekijô – Zesshoku de Tadafumi Itō (2005) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Cruel dilemme que de devoir choisir entre The End of Tom Six, Cry Uncle et cet étrange Umezu Kazuo: Kyôfu gekijô – Zesshoku signé du japonais Tadafumi Itō. Le premier est le dernier long-métrage de Tom Six, auteur de la sulfureuse trilogie Human Centipede. Un docu-fiction autobiographique qui revient sur la carrière de ce cinéaste hautement narcissique et notamment sur son avant-dernier long-métrage The Onania Club qu'aucun distributeur n'a encore eu le courage de distribuer. Le second, signé de John G. Avildsen, appartient au catalogue de la société de distribution et de production trash TromaEntertainment... S'agissant de Umezu Kazuo: Kyôfu gekijô – Zesshoku, le film de Tadafumi Itō est le second volume d'une hexalogie adaptée des mangas du ''Dieu des mangas d'horreur'', Kazuo Umezu. Dans ce petit film d'à peine un peu plus d'une heure, le cinéaste japonais aborde la tragique histoire de la très jolie Tomoko, jeune lycéenne amoureuse d'un camarade prénommé Akira (Yûki Tsujimoto) que ce dernier ignore malgré ses incessantes relances. Vivant seule avec sa mère (Yuki Enomoto), Tomoko a pour seule amie Rie (Shôko Nakagawa). De manière incompréhensible, l'adolescente, comme nous le découvrirons plus tard, a une image faussée de son apparence. En effet, un soir, alors qu'elle est dans sa chambre, elle se regarde dans le miroir et constate qu'elle a pris trente kilos ! Directement filmé en DTV (pour Direct-to-Video) est donc tout d'abord d'une qualité visuelle toute relative. Autant dire que l'on ne s'arrêtera pas devant les hypothétiques charmes esthétiques de l'ensemble puisque rien ne vient ici flatter la rétine du spectateur. L'intérêt est donc forcément ailleurs. Dans cette description presque bouleversante d'une adolescente solitaire qui nie durant un temps sa véritable apparence. Se voyant belle et attirante jusqu'au jour où tout comme le spectateur, celle-ci découvre qu'elle est bien moins jolie qu'elle ne le pensait. Bien évidemment, il faut, pour le réalisateur et ses scénaristes Hiroshi Takahashi et Kazuo Umezu, trouver une raison à ce désordre psychologique qui enferme la jeune femme dans le dénie. Sans être aussi émotionnellement impactant que les terribles twists de La vie de David Gale d'Alan Parker ou de The Machinist de Brad Anderson dans un autre ordre d'idée, celui de Hiroshi Takahashi et Kazuo Umezu assume un caractère au moins aussi déstabilisant. Une révélation que l'on laissera le spectateur découvrir par lui-même au mi-temps du récit...


Bien qu'étant catalogué comme film d'horreur, cet élément que rechercheront sans doute très rapidement les amateurs de J-Horror n'est qu'une donnée très secondaire. Et ce, même si l'évocation d'un régime drastique enclenché par l'héroïne peut laisser espérer une œuvre de type Body-Horror. Mais ici, rien de tout cela. En effet, de part sa courte durée et de part la sobriété mise en œuvre par Tadafumi Itō, les épanchements sanguins sont rarissimes. Quant à l'évolution physique de Tomoko, elle est éludée de manière sommaire et surtout sans surprise puisque dès le départ, l'héroïne est physiquement visible dans ses deux états. À noter d'ailleurs qu'elle est incarnée à l'écran par deux actrices. D'un côté par la rondouillette Naomi Kaizuka et de l'autre par la très mignonne Miku Ueno. Bien que Umezu Kazuo: Kyôfu gekijô – Zesshoku soit visuellement d'une confondante laideur et que la mise en scène et l'interprétation soient parfois d'une exceptionnelle mièvrerie, Tadafumi Itō a malgré tout réussi à se saisir du traumatisme de son personnage féminin principal pour relever ce qui tient également de l'image que renvoie sur elle le miroir. Le japonais étend même son sujet en traitant du jugement esthétique lorsque Akira rejette l'adolescente. Un point de vue que confirme d'ailleurs la dernière partie du récit lorsque le garçon accepte enfin de sortir avec Tomoko maintenant qu'elle a perdu tous ses kilos superflus. Umezu Kazuo: Kyôfu gekijô – Zesshoku traite bien évidemment et avec une certaine crédibilité de l'image déformée que renvoit non seulement le miroir mais aussi l'esprit même de l'héroïne. Sauf qu'ici, le réalisateur inverse tout d'abord le concept en ne mettant pas en scène une jeune boulimique ou anorexique convaincue d'être trop grosse mais bien une adolescente persuadée d'être très jolie ! Le film forme une boucle infernale, où le rejet de la nourriture est exploité dans le cadre d'une transformation physique radicale tandis qu'une fois le but atteint, Tomoko est en proie à une irrépressible envie de ''Dévorer''. On regrettera donc ici surtout l'esthétique relativement repoussante du projet. À contrario, Tadafumi Itō a sur parfaitement retranscrire l'état de délabrement psychologique de son héroïne. Bref, une très intéressante curiosité...

 

dimanche 20 septembre 2026

Flesh-Eating Mothers de James Aviles Martin (1988) - ★★★★★★☆☆☆☆


 

 

Bien que Flesh-Eating Mothers du réalisateur, scénariste, producteur et monteur américain James Aviles Martin puisse parfois paraître unique en son genre, comme nous le découvrirons plus tard, il n'est pas rare d'y voir certaines similitudes avec quelques productions horrifiques qui connurent en leur temps un traitement nettement différent puisqu'ils ''arrosèrent'' littéralement les pages des magazines spécialisés tandis que cette petite production est probablement davantage connue sur son territoire d'origine qu'en France. Plus qu'un simple film d'horreur ou d'épouvante mâtiné de comédie noire, Flesh-Eating Mothers est aussi et surtout une satire sociale dans laquelle le cinéaste s'attaque directement à la cellule familiale américaine des années 80. Dans une banlieue apparemment idyllique ou tandis que les hommes rapportent l'argent tandis que leurs épouses s'affairent à la maison, l'on découvre rapidement que rien n'est véritablement ce qu'il paraît être. Une mère de famille alcoolique, une seconde adultère, un père qui bat son épouse, bref... pas de quoi envier cette petite communauté qui bientôt va être au centre d'une très curieuse épidémie. L'occasion pour James Aviles Martin de traiter des maladies sexuellement transmissibles en cette décennie des années quatre-vingt où cinq ans plus tôt le virus responsable du SIDA fut enfin identifié. Alors que Roddy Douglas (Louis Homyak) trompe sa femme avec une autre, celui-ci déclenche une épidémie dont les origines restent troubles mais dont les conséquences s'avèrent aussi effroyables qu'étonnantes ! En effet, tandis qu'il traine sa queue à peu près partout dans le quartier, l'homme transmet une curieuse maladie qui se déclare uniquement chez les femmes qui ont eu des enfants. Le cinéaste appuyant encore davantage sur la responsabilité des épouses adultérines puisque le virus ne semble pas avoir de conséquences sur celles qui n'ont pas d'enfants et qui donc par contraction sont considérées comme libres de toute responsabilité ! Au centre du récit se détachent trois groupes d'individus. À commencer par plusieurs adolescents. Des amis, des camarades de classe directement visés par les mères en furies puisqu'il s'agit de leurs rejetons. Culpabilisant, ils se liguent afin de mettre un terme aux horreurs qui vont se propager durant une longue nuit dont l'ambiance rappelle parfois celle du petit film culte que réalisa en 1984 Douglas Cheek, C.H.U.D. (pour Cannibale, Humanoïde, Usurpateur et Dévastateur)...


Seconde catégorie de personnages apportant la caution scientifique, le docteur Lee Grouly (Michael Fuer) et son assistante Felicia Codd (Carolyn Gratsch) qui passeront leur temps à observer le virus à travers un microscope avant de trouver de façon scénaristiquement rudimentaire, un vaccin ! Enfin, troisième catégorie de personnages : les flics. Un patchwork d'individus qui fait état de la corruption de l'institution. Car en dehors du shérif Clyde McCormick (Mickey Ross), la police est décrite soit comme incompétente, comme corrompue (à travers le rôle du commissaire interprété par Ken Eaton), soit carrément psychotique (l'officier Hitchcock qu'incarne Morty Kleidermacher). Flesh-Eating Mothers précède d'une année le beaucoup plus populaire Parents de Bob Balaban dans lequel un adolescent soupçonnera ses parents de pratiquer le cannibalisme. Car en effet, et c'est bien là l'excellente surprise du long-métrage de James Aviles Martin, dans Flesh-Eating Mothers, les mères adultères choppent le virus et se transforment en cannibales ! D'où un certain nombre de séquences plutôt remarquables pour ce genre de petite production dont le budget ne doit pas dépasser les quelques dizaines de milliers de dollars. Nos mères de familles arrachent de gros morceaux de chair à pleines dents pour le plaisir des amateurs de séquences gore pas trop regardants sur la qualité des effets-spéciaux ici, forcément prosthétiques. Une horreur mêlant donc les sujets du sexe, de la transmission d'une maladie et de ses étonnantes conséquences comme des années en arrière le cinéaste canadien David Cronenberg avait l'habitude de traiter certains de ses sujets. Comme pour Shivers en 1975 ou Rage l'année suivante. En outre, James Aviles Martin tord ici le concept de cocon familial bienveillant et réconfortant en inversant les fonctions de protectrice de la mère en la transformant en véritable prédatrice. Bref, si Flesh-Eating Mothers souffre de ses limites budgétaires, il n'en reste pas moins une sympathique série B horrifique méconnue qui mérite d'être (re)découverte...



 

samedi 19 septembre 2026

Sans Toit ni Loi d'Agnès Varda (1985) - ★★★★★★★★☆☆



Il est des personnages dans la vie de tous les jours que l'on n'oublie pas. Dans le septième art aussi d'ailleurs. Sandrine Bonnaire fait partie de ces actrices remarquables qui ont imprimé de leur seule présence bon nombre de longs-métrages. Il n'y a qu'à la contempler dans La Cérémonie de Claude Chabrol ou dans Monsieur Hire de Patrice Leconte pour se rendre compte du potentiel de cette actrice française qui un jour de juin 1982, à l'âge de quinze ans, eut la bonne idée d'accompagner sa sœur Corinne à un casting pour le film de Maurice Pialat, A Nos Amours. Alors que Sandrine n'a pas la prétention de figurer au générique, c'est pourtant elle que le cinéaste prendra dans son film. C'est ainsi que la carrière de l'actrice débute réellement puisque jusqu'à maintenant, elle n'avait fait que de la figuration dans deux autres longs-métrages. Elle remportera d'ailleurs pour sa prestation dans le film de Pialat le César du meilleur espoir féminin. César encore puisque en 1986, et en interprétant le rôle principal du film qui nous intéresse ici, elle remportera cette fois-ci le César de la meilleure actrice.
Oui, il existe des personnages que l'on n'oublie pas, et Mona, de son vrai nom Simone Bergeron est de ceux-ci. Une jeune femme sans attaches, sans toit ni lois donc, ni personne pour lui dicter sa conduite ou la remettre dans le droit chemin. Ça n'est pas que Mona soit une voleuse (elle ne fera rien pour dérober à un compagnon de passage le petit poste de radio sur lequel elle lorgnait pourtant) mais on le sait dès les premières minutes, la jeune femme finira tristement, son corps reposant raide comme un morceau de bois dans un fossé. La cinéaste Agnès Varda remonte le cours de l'histoire de cette vagabonde qui marche sans but précis, fait des rencontres, et laisse surtout derrière elle une curieuse impression. La cinéaste française a choisi de ne juger ni son héroïne, ni celles et ceux qui croisent sa route. Une route semée de quelques embûches. On la verra violée, humiliée, questionnée, rejetée, mais aussi la proie d'une curiosité que l'on aurait pu croire malsaine mais qui en réalité demeure protectrice envers cette jeune femme qui, durant un instant, trouve l'épaule réconfortante d'une platanologue, une certaine Mme Landier, très justement interprétée par l'immense actrice Macha Méril.

Agnès Varda filme son œuvre sans concession au divertissement. Ou si peu. A travers les pseudos-témoignages de tous ceux qui l'ont rencontrée durant les quelques jours qui précèdent sa mort tragique, on n'en apprendra pas beaucoup sur Mona à part qu'elle fut secrétaire avant de tout abandonner. Sur son passé tout comme sur ce qui l'a menée à vivre en marge de la société. Sandrine Bonnaire est habitée par son personnage et n'hésite pas à donner de sa personne lorsqu'il s'agit d'incarner une femme libérée de toutes contingences. Les cheveux sales, un vieux cuir que l'on imagine sentir très mauvais, une tente pour maison et un caractère mêlant insouciance et méfiance. Voilà ce qui caractérise sans doute le mieux cette jeune clocharde dont l'unique but semble être de trouver de quoi manger.Ses petits amis sont comme elle. Des marginaux. Pas forcément à la rue, mais des individus qui inquiètent les ménagères de cinquante ans qui n'osent pas les accueillir sur le pas de leur porte.
Avec Sans Toit ni Loi, la cinéaste Agnès Varda réalise ce qui demeure sans doute chez nous comme LA référence sur les conditions de vie des sans-abris. Qu'elle ait tout abandonné sur un coup de tête ou non, on trouve son héroïne forcément touchante. D'autant plus que l'on devine une certaine douceur sous cette crasse, Sandrine Bonnaire esquissant de temps en temps un joli sourire avant de se renfermer à nouveau. En tout cas, un film qui marque les esprits. Un petit bijou...
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