Lorsque l'on y songe,
l'acteur, réalisateur, producteur et scénariste franco-polonais
Roman Polanski aurait pu embrasser une carrière de cinéaste
exclusivement spécialisé dans le fantastique et l'épouvante. Et
pourtant, le sort ou un plan bien établit à l'avance en a décidé
autrement. Cependant, au regard de Répulsion
en 1965, Le bal des vampires
en 1967, Rosemary's Baby
en 1968 ou Le locataire
en 1976 qui malgré ses atours de film fantastique demeure en réalité
l'un des drames horrifico-psychologiques parmi les plus remarquables
à avoir vu le jour sur un écran de cinéma, il est vrai que d'une
certaine manière il a su anoblir des genres qui encore aujourd'hui
et malgré leur évidente profusion restent pour certains un art
mineur dans le septième art. The Fearless
Vampire Killers
adopte les mêmes velléités qu'un certain Young
Frankenstein
réalisé sept ans plus tard par Mel Brooks. Car dans un cas comme
dans l'autre, il s'agit moins de se moquer d'un courant
cinématographique que de lui rendre hommage sous le prisme de
l'humour. De la comédie beaucoup moins potache que ses
contemporains qui feront florès les décennies suivantes. La grâce
avec laquelle Roman Polanski adopte son point de vue pour un genre
qui fit ses premiers pas en littérature en 1819 avec l'ouvrage de
l'écrivain et médecin britannique John Polidori, The
Vampyre
et au cinéma avec Le manoir du Diable
de Georges Meliès reste avant tout son esthétisme. Le long-métrage
semble en effet est en raccord total avec l’œuvre du peintre
allemand Caspar David Friedrich. Même propension que le chef
décorateur Wilfred Shingleton à dépeindre des environnements
imposants, chargés d'un certain romantisme contemplatif. Tout comme
le suisse Arnold Böcklin semble lui-même avoir été une source
d'inspiration inépuisable à travers une œuvre à l'architecture
gothique parcourue par la mort. Mais du gothique, justement, l'on
retiendra surtout et avant tout, le cinéma britannique de la Hammer
Film Productions et
de ses quelques concurrents dont la Amicus
qui noyèrent les années cinquante, soixante et soixante-dix d'un
nombre impressionnant de longs-métrages mettant en scène des
créatures issues du bestiaire fantastique.
Et
donc parmi elles, les vampires. Ceux-là mêmes que l'on retrouve
dans Le bal des vampires
en 1967 où l'horreur est en permanence battu à plate couture par un
humour parfois très grinçant. Roman Polanski n'en oublie cependant
pas les fondamentaux du cinéma d'épouvante et fantastique. En
ersatz du célèbre Comte Dracula, le Comte Von Krolock est incarné
par un Ferdy Mayne qui lui-même marche sur les traces du plus connu
des interprètes du mythique suceur de sang, Christopher Lee !
Moins productif en la matière que son concurrent
britannique, il incarnera malgré tout le Comte Dracula une unique
fois dans la comédie horrifique ouest-allemande Le Sabbat des
vampires
(Gebissen Wird Nur Nachts)
de Freddie Francis en 1971 ! D'aucun pourrait considérer que le
film de Roman Polanski a sévèrement pris un coup de vieux en près
de soixante ans d'existence. Préférons plutôt lui prêter le terme
de ''patine visuelle''. En réalité, le film est d'une beauté qui
encore aujourd'hui est renversante. Comme posté devant une série de
tableaux ayant pris vie, le spectateur ne peut être encore de nos
jours que subjugué devant le travail colossal opéré par le chef
décorateur Wilfred Shingleton donc, mais également par la
costumière Sophie Devine ou le directeur de la photographie Douglas
Slocombe. Le film n'aura ainsi subit les outrages du temps que pour
celles et ceux qui ne jurent plus désormais que pour les
blockbusters américains bourrés jusqu'à la gueule
d'effets-spéciaux numériques. Là où sans doute le bas-blesse se
situe dans le scénario de Roman Polanski et de Gérard Brach qui
déjà a collaboré à plusieurs reprises avec le cinéaste
franco-polonais. Car à bien y regarder, le sujet est on ne peut plus
simpliste.
Le scénario tourne autour du professeur et chasseur de vampires Abronsius (Jack MacGowran) et de son assistant Alfred (qu'incarne lui-même Roman Polanski) qui dès leur arrivée dans une auberge des Carpates sont saisis par l'ambiance et par le mutisme qui y règne dès que le premier évoque la présence dans la région d'un château ou l'existence des vampires. Tandis que le cinéaste s'emploie à filmer des séquences aussi inutiles qu'amusantes (l'aubergiste retrouvant de nuit sa maîtresse), le pire se prépare lorsque la fille des propriétaires est mordue par le Comte Von Krolock avant d'être kidnappée. Le reste de l'aventure se déroulera alors à l'intérieur du château où nos deux héros chercheront à sauver la jeune et délicieuse Sarah des griffes (ou plutôt des dents) du fameux Comte en question. Une Sarah interprétée par la magnifique actrice américaine Sharon Tate que Roman Polanski épousa un an plus tard mais dont on connaît bien évidemment le sort tragique puisque enceinte de plus de huit mois, la jeune femme fut assassinée par des membres de la ''Famille Manson'' dans la soirée du 9 août 1969. Comme Mel Brooks plus tard avec Frankenstein Junior, Roman Polanski parvient à doser à la perfection le comique avec les éléments surnaturels. Notons que le récit prend une certaines ampleur grâce à l'incroyable partition du pianiste et compositeur polonais Krzysztof Komeda auquel Roman Polanski confiera notamment celle de Rosemary's Baby un an plus tard. Bref, cinquante-neuf ans après sa sortie en salle, Le bal des vampires reste un classique du genre et un incunable pour celles et ceux qui voudraient s'initier au genre à travers une certaine ''légèreté''...
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