Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

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mardi 30 juin 2026

Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre de Jean Delannoy (1958) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Un an après avoir tourné ensemble Maigret tend un piège, le réalisateur et scénariste Jean Delannoy et l'acteur Jean Gabin se retrouvent sur le tournage de Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre. Affecté à la police judiciaire du onzième arrondissement de Paris au 132, boulevard Richard-Lenoir, le Commissaire Divisionnaire Jules Maigret se rend cette fois-ci à Saint-Fiacre, dans l'Allier où il est né en 1987. L'occasion pour lui de retrouver bien des années après son départ pour la capitale française certains des habitants de ce petit village imaginaire qui n'a donc rien à voir avec ceux situés en Seine-et-Marne, en Loire-Atlantique ou dans les Côtes-d'Armor. C'est sur la demande de la comtesse de Saint-Fiacre interprétée par l'actrice Valentine Tessier qu'il se rend donc dans le village qui l'a vu grandir. En effet, la vieille dame qui connaît bien Jules pour l'avoir côtoyé durant son enfance a reçu une lettre anonyme qui annonce sa mort prochaine lors de la messe du Mercredi des Cendres. Chargé de sa sécurité, le Commissaire ne parvient cependant pas à éviter le drame et le jour annonçant la mort de la Comtesse, celle-ci est retrouvée morte à l'église tenue par l'abbé Jodet (Michel Vitold). Maigret fait la connaissance de son fils Maurice (Michel Auclair), de son secrétaire, le critique d'art Lucien Sabatier (Robert Hirch) et retrouve de vieilles connaissances, tel le docteur Bouchardon (Paul Frankeur) ainsi que le régisseur du château de la Comtesse, Gautier (Camille Guérini), son épouse Adèle (Hélène Tossy) et leur fils Émile (Serge Rousseau)... Très rapidement, le Commissaire remarque l'attitude plus qu’ambiguë de certains d'entre eux. Le fils de la Comtesse, grand amateur d'humour noir se révèle très dépensier et ne venait rendre visite à sa mère qu'à la seule occasion de lui soutirer de l'argent. Quant à Lucien Sabatier, il semble avoir participé à la vente d'un nombre incalculable de tableaux de grande valeur ayant appartenu à la vieille dame...


L'intrigue se déroulant dans un petit village et le Commissaire Maigret ayant fait seul le voyage jusqu'au lieu où se déroule l'action, les personnages qui orbitent généralement autour de lui son absents du récit. Ici, comme il le souligne d'ailleurs très rapidement, les intérêts financiers sont l'une des premières raisons qui poussent un individu à commettre un meurtre. Ce qui laisse entendre que ses deux premiers suspects en les personnes du fils et du secrétaire pourraient l'un comme l'autre avoir ''planifié'' la mort de la Comtesse qui, en outre, était atteinte de graves problèmes de cœur. Ce que savait son médecin, le docteur Bouchardon, lequel vient alors s'ajouter à la liste des suspects ! Au fil de l'intrigue l'on découvre que les hypothétiques responsables de la mort de la Comtesse qui pour l'instant passe pour une mort naturelle consécutive à une crise cardiaque sont plus nombreux qu'il n'y paraît. Changeant totalement d'atmosphère en comparaison des lugubres artères de la capitale filmées tel le quartier de Whitechapel dans Maigret tend un piège, Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre a pourtant été majoritairement tourné à Paris. Le village tel que le décrit à l'origine Georges Simenon dans son roman éponyme qu'adaptent donc ici Jean Delannoy, le scénariste et journaliste Rodolphe-Maurice Arlaud ainsi que le dialoguiste Michel Audiard (déjà présent à l'écriture des dialogues dans Maigret tend un piège) lui fut inspiré par celui de Paray-le-Frésil, lui-même situé dans l'Allier, à une courte distance de Moulins qu'il cite d'ailleurs à de nombreuses reprises puisque l'un des suspects, le critique d'art et secrétaire de la Comtesse Lucien Sabatier, affirme qu'il s'y trouvait au moment même où une fausse information envoyée au journal qui l'emploie désignait la mort du fils de la Comtesse...


Si à travers cet élément l'on comprend comment la vieille dame est morte, il reste encore à savoir comment elle a appris la fausse nouvelle et surtout, qui est l'auteur de la lettre anonyme et de l'information mensongère... Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre repose plus ou moins sur un concept semblable à celui instauré par la britannique Agatha Christie. D'un côté comme de l'autre de la Manche, l'anglaise et le français attachent une grande importance à la psychologie des personnages. C'est ainsi que dans Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre, une grande place est réservée à l'étude comportementale des principaux protagonistes. D'ailleurs, le Commissaire Maigret ira jusqu'à réunir un total de six suspects lors d'un dîner organiser au sein du château même de la Comtesse de Saint-Fiacre. Immense bâtisse à l'étage duquel repose toujours la dépouille de la victime et aux pieds de laquelle sera déposé l'un des éléments essentiels du récit. Autre piège ici tendu par Maigret afin de tromper le coupable et ainsi mettre à terme à cette difficile enquête policière. Comme précédemment avec Maigret tend un piège, Jean Delannoy fait appel à une importante partie de l'équipe technique employée lors du tournage un an en arrière. Concernant le casting, s'il diffère du précédent, actrices et acteurs ici présents s'avèrent tout aussi remarquable. En commissaire débonnaire mais inflexible, Jean Gabin est parfait. L'acteur reviendra une troisième et dernière fois sous les traits du Commissaire Maigret en 1963 dans Maigret voit rouge, cette fois-ci réalisé par Gilles Grangier...




 

lundi 29 juin 2026

Maigret tend un piège de Jean Delannoy (1958) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Parmi les romans écrits par Georges Simenon, certains ont été davantage adaptés au cinéma et à la télévision que d'autres. On peut notamment citer Le chien jaune, Pietr-le-Letton ou La nuit du carrefour datant tous les trois de 1931 mais celui qui semble avoir eu le plus de succès auprès des cinéastes reste probablement Maigret tend un piège. Et pour cause : ce roman très proche du fait-divers entourant le cas irrésolu de Jack l’Éventreur a connu une première version cinématographique en 1958 réalisée par Jean Delannoy avant d'être adapté en Angleterre par trois fois en 1962, 1992 et 2016 avec The Trap de Terence Williams, Sets A Trap de John Glenister et Maigret Sets a Trap dans lequel l'acteur britannique Rowan Atkinson reprenait le rôle du commissaire Maigret... En Italie, Renato de Maria réalisa en 2004 le téléfilm La Trappola, adaptation transalpine du roman. Les Pays-Bas eux-mêmes se penchèrent dessus à travers cet autre téléfilm que fut Maigret zet een val en 1968 et dont l'auteur fut le réalisateur néerlandais Rob Geraerds. Quant à la France, outre le long-métrage de Jean Delannoy en 1958, le thème fut repris en 1996 au sein de la série Maigret. Placé en vingt-troisième position, l'épisode simplement intitulé Maigret tend un piège fut réalisé par Juraj Herz et tout comme lors des cinquante-trois autres, le rôle principal fut tenu par l'imposant Bruno Cremer...


Mais retour, donc, à la fin des années cinquante et plus précisément en 1958. Si le long-métrage incarné par Jean Gabin et par plusieurs interprètes parmi lesquels certains deviendront de grandes vedettes du cinéma ou de la télévision repose donc en effet sur l'ouvrage de Georges Simenon, la fidélité ne semble pas être à l'ordre du jour dans une adaptation qui fait fi de certaines identités, change le nom de certains quartiers, ajoute des personnages qui n'existaient pas à l'origine et va même jusqu'à ajouter une double activité à l'un des protagonistes les plus essentiels du récit en la personne d'Yvonne Maurin qu'interprète Annie Girardot et qui retrouve Jean Gabin après lui avoir déjà donné la réplique dans Le rouge est mis de Gilles Grangier en 1957. Après avoir interprété de petits rôles, la carrière de l'actrice est ainsi lancée sur des rails grâce au rôle ambigu de cette femme volage, épouse depuis six ans d'un homme qui au lit n'est jamais parvenu à la satisfaire... Notons ensuite parmi les stars du cinéma à venir, la présence de Lino Ventura qui dans le rôle de l'inspecteur Torrence interprète un personnage relativement secondaire auquel le script de Jean Delannoy, Michel Audiard et Rodolphe-Maurice Arlaud n'octroie que quelques rares interventions. Une présence à l'image plus physique qu'orale...


Nous sommes à Paris et depuis quelques mois, un individu sème la terreur dans la capitale en assassinant de jeunes femmes brunes et physiquement plutôt bien charpentées. Toujours le même mode opératoire : des coups de couteau dans le corps et des vêtements lacérés. Le sexe ne semble pas être la raison première puisque le légiste ne constate jamais aucun viol sur les victimes. Rapidement jugé de très orgueilleux, l'assassin prévient le Commissaire Maigret chaque fois qu'il vient de commettre un meurtre. C'est alors qu'intervient Louise (Jeanne Desailly), laquelle émet l'hypothèse selon laquelle le tueur prend de l'assurance au fil des meurtres. Ce qui donne à son mari l'idée de tendre un piège à ce dernier en faisant croire que le coupable vient d'être arrêté... Un concept pas inintéressant mais qui ne donnera pas vraiment ses fruits. Car l'intérêt de Maigret tend un piège est ailleurs. Dans la psychologie du meurtrier, décrite au fil d'un interrogatoire passionnant lors duquel Jules Maigret tend le véritable piège du titre. Celui qui mènera finalement le coupable à avouer indirectement ses meurtres. Cependant, et comme cela arrive parfois chez Georges Simenon et notamment chez celui qui demeure sans conteste le plus célèbre personnage créé par l'écrivain, rien n'est jamais aussi simple ni définitivement acquis... À travers un récit qui mêle amour, adultère, déviance sexuelle et crimes en séries, Jean Delannoy filme un Paris en noir et blanc, nocturne et relativement sombre. Tourné dans le Marais contrairement au roman qui situait l'action à Montmartre, Maigret tend un piège est donc bien une brillante variation sur le thème de Jack l’Éventreur. La scène d'action rappelant bien évidemment le caractère lugubre du quartier de Whitechapel où le célèbre tueur en série britannique commis cinq abominables crimes à la fin du dix-neuvième siècle...

 

dimanche 28 juin 2026

Les tueurs fous de Boris Szulzinger (1972) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Quatre longs-métrages en tant que réalisateur au compteur, pas un de plus. Nathalie après l'amour en 1970, Les tueurs fous en 1972, Tarzoon : la honte de la jungle en 1975 et Mama Dracula en 1980... Boris Szulzinger aura donc passé le plus clair de son tant à produire des films que de mettre en scène des histoires aussi curieuses que celle qui concerne justement Les tueurs fous. Reposant néanmoins sur un authentique fait-divers qui défraya la chronique judiciaire française au tout début des années soixante-dix, le long-métrage raconte la folle expédition meurtrière de deux jeunes individus. Installés chez un journaliste interprété par Georges Aminel, les bruxellois Roland et Dominique vivent de rapines et semblent fascinés par les armes à feu. Lorsqu'ils découvrent chez leur hôte plusieurs fusils, les deux hommes, incarnés à l'écran par Roland Mahauden et Dominique Rollin s'en emparent pour aller s'entraîner au tir dans une décharge. Une fois leur entraînement terminé, ils remontent à bord de la voiture qu'ils ont récemment volée et patientent jusqu'à ce qu'une première cible vivante débarque dans leur champ de vision. Un homme déboule alors en motocyclette et les deux hommes le suivent de très près. Zigzaguant sur une route située en bordure d'une forêt, l'un d'eux se penche à l'extérieur du véhicule et commence à tirer sur le pauvre homme qui finit par s'effondrer au sol. Transportant ensuite le cadavre plus profondément dans les bois, ils se prennent en photo à ses côtés avant de téléphoner au journaliste, de lui donner rendez-vous dans un bar et ainsi lui confier les clichés qu'ils viennent tout juste de prendre... Aussi absurde qui puisse paraître le comportement de Dominique et Roland, cette attitude semble montrer un désordre psychologique relativement important chez nos deux protagonistes. Deux esprits libres de toute contrainte, qui volent des voitures au grand jour, pillent des cadavres à l'image de cette femme d'âge avancé qu'ils assassinent sans raison apparente et se moquent ouvertement de leurs victimes. Souvent comparé à Orange Mécanique de Stanley Kubrick dont il ne partage évidemment pas les qualités mais plutôt le thème de l'ultra violence, Les tueurs fous, également connu sous son premier titre En pleine gueule est donc basé sur la série de meurtres que commis un an en arrière Alain Grenouille...


Un criminel qui aux côtés d'un adolescent âgé de seulement seize ans prénommé Robert s'attaqua à plusieurs personnes. Entre le 28 et le 31 juillet de l'année 1971, les deux criminels tuèrent un ouvrier d'une usine Simca-Chrysler et un employé de station-service de dix-huit ans et blessèrent un mécanicien, un garde-forestier ainsi que femme d'une cinquantaine d'années... Contrairement à Alain Grenouille qui apporta une explication s'agissant des meurtres qu'il commis avec son jeune complice, expliquant ainsi qu'il voulait selon ses propres termes ''se venger de cette vacherie de société'', le scénario de Boris Szulzinger, Pierre Bartier et Michel Gast laisse les spectateurs dans le flou. Dans un esprit Queer assez peu courant pour l'époque, le réalisateur définit ses deux assassins à travers une orientation sexuelle qui semble sortir des normes pour être ici définis comme un couple homosexuel. Le journaliste qui les accueille étant lui-même attiré par l'un des deux hommes. Témoignant de leur peu d'appétence pour les femmes, ils se refuseront à l'une d'entre elles qui une fois au lit essuiera un double refus d'avoir un rapport avec elle ! Si de nos jours rien ne semble pouvoir faire reculer la communauté LGBTQ+ s'agissant de son exposition à l'image, la présence ici de deux homosexuels étant en outre motivés à l'idée de disséminer autour d'eux un maximum de cadavres peut sembler parfois incommodante. De plus, une fois mis en parallèle avec les meurtres isolés commis sur notre territoire et depuis quelques années par des ''assassins en herbe'', Les tueurs fous peut s'envisager comme une œuvre visionnaire, où le meurtre est accompli de manière froide et distanciée. Ici, le polaroid remplaçant en outre le téléphone portable tandis que les locaux du journalisme précèdent les futurs réseaux sociaux. Si la société enfante objectivement des monstres froids, immoraux et indifférents aux actes dont ils sont les auteurs, Les tueurs fous témoigne de l'impuissance de l'état à régler ce type de problèmes. Plus de cinquante ans après, rien n'a malheureusement changé et tout semble même avoir empiré...


 

samedi 27 juin 2026

The Words de Brian Klugman et Lee Sternthal (2012)



Rory Jansen a tout pour être heureux. Ce jeune écrivain a en effet pour compagne la belle et très amoureuse Dora, et il s'apprête à proposer à divers éditeurs son tout premier manuscrit. Mais le jeune auteur va très vite découvrir que le monde de l'édition est bien loin de l'image qu'il s'en est fait. Malgré les éloges de certains éditeurs, aucun d'entre eux n'est encore prêt à éditer l’œuvre d'un inconnu. Et pourtant, la chance va venir frapper à la porte de Rory le jour où lors d'un voyage à Paris en compagnie de Dora, il va trouver un vieux porte-document renfermant un très ancien manuscrit, « The Window Tears ». Fasciné par la qualité de l'écriture et de l'histoire que renferme le manuscrit et devant l'impossibilité du jeune auteur à se faire éditer pour ses propres œuvres, Rory recopie mot pour mot le manuscrit sur son ordinateur, sans même changer le titre. Piquée par la curiosité, Dora lit le roman qu'elle croit avoir été écrit par son époux et pousse ce dernier à le faire lire à son patron, Joseph Cutler qui, lui-même, demande à Rory d'en avoir l'exclusivité.

En acceptant de se faire passer pour l'auteur du manuscrit et en accordant le droit à Joseph Cutler de l'éditer, Rory est loin d'imaginer l'ampleur du succès que va avoir « son » ouvrage.Tout comme il ignore encore les lourdes implications que va avoir son choix d'avoir décidé de s'approprier la paternité de « The Window Tears »...

The Words, c'est une histoire..., dans une histoire..., dans une histoire. Trois récits qui ont en commun un manuscrit. D'un côté, celui qui en est le réel auteur (l'époustouflant Jeremy Irons). De l'autre, celui qui s'en est approprié la paternité (l'excellent Bradley Cooper) et au milieu de ces deux êtres, celui qui nous conte l'extraordinaire histoire qui les rattache (le toujours remarquable Dennis Quaid). Trois récits, et par conséquent trois époques. Le Paris de la Seconde Guerre Mondiale et sa plastique d'une beauté remarquable. D'un point de vue esthétique, les scènes relatives aux différents retours en arrière situés à cette époque sont magnifiques. D'une image passée sous un filtre vieillissant à l'installation chirurgicale du moindre petit objet dans le cadre, le travail de Michele Laliberte est extraordinaire.

Le scénario de Brian Klugman et Lee Sternthal (qui sont également les auteurs de The Words) est millimétré à la perfection. La musique de Marcelo Zarvos est belle, envoûtante et émouvante. La totalité des interprètes sont remarquables. Pas une fausse note, aucun signe de faiblesse qu'il s'agisse de la mise en scène, de l'interprétation ou du scénario. Les dialogues sont intelligents et d'une grande finesse.L'histoire est profonde et intellectuellement enrichissante. Même sans une once d'action, le rythme du film et l'intérêt de son histoire sont tels que l'on ne s'ennuie jamais.

Il faudrait être d'une mauvaise foi absolue pour juger que le film est chiant, mou, long, nul ou d'un ennui profond. Et pourtant, certains l'ont jugé ainsi. Le seul reproche que l'on pourrait effectivement faire aux auteurs Brian Klugman et Lee Sternthal est de n'avoir rien réalisé en commun depuis 2012, année de sortie de The Words...


vendredi 26 juin 2026

Maigret et le mort amoureux de Pascal Bonitzer (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Créé au tout début des années trente par l'écrivain français Georges Simenon, le commissaire Maigret est apparu dans nombre de longs-métrages cinématographiques, à commencer par La Nuit du carrefour de Jean Renoir en 1932. En près de quatre-vingt dix ans, le personnage apparaîtra dans une vingtaines de films, en majorité d'origine française même si quelques productions internationales virent le jour entre la fin des années quarante et les années soixante avec la production franco-américaine L'homme de la Tour Eiffel de Burgess Meredith en 1949, franco-germano-italo-autrichienne Maigret fait mouche d'Alfred Weidenmann en 1966 ou franco-italienne Maigret à Pigalle de Mario Landi l'année suivante. Lister ensuite tout ce qui fut produit et réalisé pour la télévision s'avère déjà beaucoup plus problématique. Si dans notre pays le personnage est d'abord connu à travers les incarnations de Jean Richard dans Les enquêtes du Commissaire Maigret entre 1967 et 1990 et de Bruno Cremer dans Maigret à partir de 1991 et jusqu'en 2005, l'Angleterre, les États-Unis, l'Italie, le Canada et plus étonnant encore, le Japon, les Pays-Bas et l'Union Soviétique se sont emparés à leur tour du personnage.... Concernant ses divers interprètes, si l'on s'en tient aux acteurs français, le choix de certains d'entre eux respecta le portrait physique du commissaire tel que décrit dans les différents ouvrages de Georges Simenon. Un homme relativement impressionnant, d'une stature imposante, de grande taille et aux épaules larges. Une silhouette que l'on retrouvera notamment chez Bruno Cremer, Jean Gabin ou encore chez Gérard Depardieu.... mais déjà beaucoup moins chez l'acteur originaire de Newcastle Rowan Atkinson qui entre 2016 et 2017 endossa le costume du flic français dans une série britannique créée par Stewart Harcourt ! Une physionomie plus ''chétive'' qu'à l'accoutumée et à laquelle semble se rapprocher celle du tout nouvel interprète du personnage. En effet est sorti en février dernier sur les écrans de cinéma la toute dernière adaptation du Commissaire Maigret qui cette fois-ci est incarné par l'acteur Denis Podalydès. Acteur, scénariste, écrivain et sociétaire de la Comédie-Française, il campe désormais un commissaire beaucoup moins impressionnant physiquement dans Maigret et le mort amoureux. Auteur de quelques longs-métrages étalés sur plusieurs décennies dont l'excellent Rien sur Robert en 1999, le réalisateur et scénariste Pascal Bonitzer s'inspire pour ce tout nouveau film du roman Maigret et les Vieillards qu'éditèrent les Presses de la Cité en 1960...


Un titre qui vaut pour les diverses rencontres du commissaire avec des personnes âgées ! Alors que Jules Maigret y évoluait dans le courant des années soixante, sa toute nouvelle adaptation (la quatrième après les téléfilms Voices From The Past de de Gerard Glaister en 1962, Maigret et l'Ambassadeur de Stéphane Bertin en 1980 et Maigret et la Princesse de Laurent Heynemann en 2003) s'inscrit dans un contexte beaucoup plus contemporain puisque malgré des habitudes parfois vieillottes de la part de notre héros, la présence de téléphones portables signifie bien que l'action se déroule dans le présent. L'un des principaux atouts de Maigret et le mort amoureux est l'excellence des interprètes. De la domestique Jacqueline Larrieu (Anne Alvaro) dont l'employeur vient de mourir, à la Princesse Isabelle de Vuynes (Dominique Reymond) dont l'époux est lui-même décédé trois jours plus tôt, en passant par le commissaire Janvier (Manuel Guillot), l'épouse de Maigret (Irène Jacob), l'antiquaire Mazeron (Micha Lescot), son épouse Charlotte (Julia Faure) ou encore le Procureur (Olivier Rabourdin), l'on a droit à un casting cinq étoiles. Et puisque Denis Podalydès ne peut évidemment pas compter sur son physique, sa verve à l'écran annihile à peu près tout ce qui faisait jusqu'à maintenant certaines des spécificités du personnage. Si la mise en scène et la présence sur grand écran de Maigret et le mort amoureux peut paraître parfois aussi anachronique que celle du Maigret que réalisa Patrice Leconte en 2022 avec Gérard Depardieu, les dialogues valent bien ceux des meilleures comédies françaises même s'il est bien évident que le thème ici ne prête jamais vraiment à rire ou même simplement sourire. Avec son rythme lent propre aux adaptations télévisuelles du personnage de Georges Simenon l'on pourrait se demander quel put valoir l'intérêt de découvrir cette nouvelle itération sur grand écran en février dernier. La réponse tient en deux mots : dialogues et interprétation...

 

jeudi 25 juin 2026

Les doigts du Diable (Demonoid) d'Alfredo Zacarías (1981) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Voyage en 1981 à l'époque bénie du cinéma d'horreur où les idées les plus folles faisaient leur chemin dans l'esprit des scénaristes et réalisateurs au beau milieu de longs-métrages au caractère beaucoup plus transgressif. Ici, pas de tueurs en série plus ou moins inspirés par d'authentiques faits-divers se défoulant sur de jeunes et très souvent stupides adolescents mais une main ! Celle d'une jeune femme qui voilà trois-cent ans fut sacrifiée par des satanistes au nom du Diable ! Enfermée alors dans un coffret après avoir été coupée, sa main gauche est découverte de nos jours par Mark et Jennifer Baines alors qu'ils explorent une ancienne mine. Là, le couple découvre un temple, puis l'objet en question. De retour dans leur chambre d'hôtel, Jennifer s'endort dans leur chambre tandis que Mark s'enivre. Curieux de découvrir ce que renferme le coffret, il l'ouvre pour constater qu'à l'intérieur ne subsiste qu'un tas de poussière... Rejoignant son épouse, il s'endort à son tour. Dans le salon, la poussière semble prendre vie, s'amalgame puis prend la forme d'une main. Celle-ci se déplace, mue par une vie propre et s'en va attaquer le couple dans sa chambre. Tandis que Mark semble avoir pris le dessus, celui-ci part s'enfermer dans la salle de bain avec la main. À son retour, celle-ci a disparu. Ou plutôt, elle semble avoir pris la place de celle de Mark dont le comportement se met alors à changer... Sorti sur son territoire d'origine sous le titre Demonoid, le vingtième long-métrage du prolifique réalisateur, scénariste et producteur mexicain Alfredo Zacarías vit le jour chez nous au début des années quatre-vingt sous le titre Les doigts du Diable. Pourquoi les doigts et non pas la main ? Sans doute parce que par le plus grand des hasards vit le jour la même année le film The Hand d'Oliver Stone qui en France sortit au cinéma sous le titre La main du cauchemar ! Mais sans doute plus sûrement parce qu'en 1943, le réalisateur français Maurice Tourneur réalisa le film fantastique La main du Diable... Tout ne s'est donc peut-être joué que sur la peur de confondre un film avec un autre... L'actrice américaine Samantha Eggar fait partie de ces interprètes féminines qui jouèrent à peu près tout mais aussi dans un certain nombre de film d'horreur. Interprète principale de The Brood (Chromosome 3) de David Cronenberg en 1979 et présente aux génériques de The Uncanny de Denis Héroux, Curtains de Richard Ciupka en 1983 ou de l'excellent The Collector de William Wyler bien avant cela, elle est donc ici l'héroïne de cette petite production dont le budget ne permis pas à son auteur de faire des miracles...


Car sans être un mauvais film, Demonoid montre rapidement ses limites en terme d'horreur puisque le récit n'est qu'une succession de séquences lors desquelles la Main du récit possède celles et ceux qui entrent à son contact. Étrangement, le long-métrage d'Alfredo Zacarías évoque une œuvre qui rapidement deviendra un petit classique d'action et de science-fiction en remportant notamment sept ans plus tard le grand prix du Festival international du film fantastique d'Avoriaz. On parle là bien évidemment de The Hidden de Jack Sholder. Un film d'apparence simpliste mais qui est rapidement devenu culte pour les amateurs du genre. L'un et l'autre des longs-métrages cultivent effectivement une relation relativement ténue lorsque l'on explore les scripts respectifs. Certains détails sautent aux yeux. Car si The Hidden mettra donc en scène quelques années plus tard une entité extraterrestre voyageant de corps en corps, dans Demonoid une main allait quant à elle prendre la place de celle de différents protagonistes. L'un des points communs entre les deux films se situe ensuite dans le changement de comportement des victimes et dans la course-poursuite permanente des différents héros. Ici, le personnage interprété par Samantha Eggar est épaulé par le Père Cunninghan qu'incarne de son côté l'acteur Stuart Whitman. Lui aussi tourna dans un certain nombre de films d'horreur durant sa carrière, parmi lesquels nous noterons Les Rongeurs de l'Apocalypse (Night of the Lepus) de William F. Claxton en 1972, Le Crocodile de la mort (Eaten Alive) de Tobe Hooper en 1976 ou bien Ruby de Curtis Harrington l'année suivante. Pas exceptionnel mais pas réellement mauvais non plus, Demonoid reste malgré tout dans la tranche inférieure de ce que pouvait proposer le cinéma d'horreur et fantastique américain de l'époque. Quelques passages sanglants mais des moyens financiers tels qu'ils n'ont pas permis au réalisateur d'aller plus en avant au cœur de ce thème pourtant fascinant de la main maudite...

 

mercredi 24 juin 2026

Saccharine de Natalie Erika James (2026) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Pourquoi s'embêter à suivre des régimes contraignants qui parfois ne donnent pas les résultats escomptés ou alors, de manière temporaire ? Il semblerait que la réalisatrice et scénariste australo-américaine Natalie Erika James ait trouvé la recette miracle ! Tellement ''évidente'' que l'on devrait se taper la tête contre les murs ou s'envoyer des gifles en se posant cette question : ''Mais pourquoi personne n'y a pensé plus tôt ?''. Réglant la question comme l'avait fait en son temps Richard Fleischer avec le film d'anticipation Soylent Green mais pour des raisons bien différentes, il semblerait donc qu'il y ait moyen d'exploiter, contre la vieillesse en 1973 et toujours sous le même thème de l'anthropophagie, le corps de nos chers disparus afin de permettre à celles et ceux qui souffrent d'obésité plus ou moins morbide de retrouver la ligne en un temps record... Sous ses faux airs de film d'horreur à tendance Body Horror, ce genre dont s'est emparée depuis quelques années la gente féminine, Saccharine cache une œuvre d'une profondeur étonnante, aux ramifications multiples et qui ne s'arrête pas à la seule évocation d'une jeune femme en pleine crise d'anorexie/boulimie mais exploite l'image qu'elle peut avoir d'elle-même. La réalisatrice allant même jusqu'à chercher dans les tréfonds de son esprit et dans son passé ce qui chez Hana la pousse à vouloir modifier son apparence. Le long-métrage de Natalie Erika James, que l'on connaissait déjà pour avoir tourné Relic en 2020 et Appartement 7A quatre ans plus tard, démarre de façon plutôt conventionnelle. L'actrice Midori Francis incarne une jeune femme pas très bien dans sa peau, dont la mère est une maniaque du ménage et dont le père, pour l'instant, ne donne aucun signe de vie. Tourné principalement à Melbourne en Australie, Saccharine, c'est pour commencer, un titre très énigmatique. En effet, quel rapport peut avoir l'édulcorant artificiel au pouvoir sucrant de trois à quatre-cent supérieur à celui du sucre avec cette gélule miracle que l'ancienne meilleure amie de notre héroïne va proposer à cette dernière d'essayer ? Aucun, à priori. D'autant plus que son contenu n'a en réalité aucune valeur nutritive ou énergétique. Ensuite, Hana vit dans un contexte familial très particulier, dont on devine rapidement les contours. Globalement, Saccharine traite du culte de la beauté. Outre quelques passages montrant notre étudiante en médecine s'entraîner aux côtés d'autres élèves sur le cadavre d'une femme obèse dans un laboratoire de dissection, Hana suit un protocole visant à la maintenir en forme...


L'occasion pour évoquer son attirance pour la magnifique Alanya qu'interprète à l'écran l'actrice Madeleine Madden. Faire de l'héroïne une étudiante en médecine n'a rien d'innocent. En effet, mis à sa disposition, le laboratoire de recherche de la faculté de médecine où Hana suit les cours va lui permettre d'analyser le contenu de la fameuse gélule. Saccharine intégrant ainsi par la suite un discours sur l'auto-médication et ses dangers. Le film traite en outre de l'image que nous renvoie le miroir et qui chez les personnes atteintes d'obésité, d'anorexie ou de boulimie est déformée. D'où, là encore, l'utilisation de surfaces convexes qui réfléchissent l'un des éléments les plus mystérieux du long-métrage en la personne de Grace (Octavia Barron Martin), un cadavre obèse surnommé ''Big Bertha'' par les étudiants et qui régulièrement va venir hanter Hana lors de séquences de boulimie. Saccharine mêle ainsi des éléments fantastiques au mal-être profond de notre héroïne, qui après avoir volé une partie du cadavre pour la transformer en cendres et ainsi l'ingérer comme ''régime minceur'', va se retrouver coincée dans un état d'accoutumance proche des dépendances liées aux drogues dures... Si Natalie Erika James ne s'était pas évertuée à parsemer son œuvre ça et là d'éléments cryptiques, Saccharine apparaîtrait comme un petit film d'horreur assez peu novateur, construit autour d'une thématique généralement ancrée dans le genre Body Horror. Mais l'australienne se disperse, comme happée par la volonté de faire ingurgiter au spectateur autant de données que son héroïne dévore de nourriture. Dans l'ensemble, le long-métrage est relativement limpide. Si ce n'est la dernière partie qui louvoie entre séquences explicatives et délire visuel... Du gore concentré en fin de récit, si l'on ne tient évidemment pas compte des quelques passages dans la salle de dissection et agrémenté d'une bande musicale signée Hannah Peel rendant le tout parfois dérangeant. Un curieux film d'horreur, entre exaltation métaphysique sur l'identité, le regard que l'on a sur notre propre apparence et sur celle que l'on renvoie, l'accoutumance, l'auto-médication, le long-métrage débordant même sur le sujet de l'anthropophagie... Bref, un sympathique film, élargissant parfois à outrance le programme mais dans l'ensemble, une assez bonne surprise...

 

mardi 23 juin 2026

Le Fils de Saul (Saul Fia) de László Nemes (2015) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

On se souvient encore très bien de La zone d'intérêt (The Zone of Interest) de Jonathan Glazer, véritable électrochoc britannico-américano-polonais qui en 2023 marqua très fortement les esprits en décrivant le quotidien de l'officier allemand SS Rudolf Höss et de sa famille qui en 1943 vivaient dans la zone d'intérêt du Camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Un quotidien d'apparence très normal si ce n'est qu'il révélait en arrière-plan une réalité monstrueuse. L'extermination systématique et majoritaire des juifs d'Europe et d'autres détenus parmi lesquels des prisonniers de guerre soviétiques, des opposants politiques, des homosexuels et autres ''indésirables''... Le long-métrage était marqué par le bruit de fond permanent des fours crématoires ou par les hurlements des prisonniers menés à la mort. Des séquences ne fonctionnant pourtant qu'à travers l'usage de la suggestion. Plus frontal s'avère Le Fils de Saul (Saul Fia) du réalisateur hongrois originaire de Budapest László Nemes qui avec son premier long-métrage signe en 2015 une œuvre nettement moins équivoque en plongeant directement le héros du récit dans le camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz. Se déroulant sur une période de deux jours, le long-métrage nous conte donc la vie du prisonnier juif hongrois Saul Ausländer. ''Bénéficiant'' d'un statut de ''privilégié'' (d'où l'importance, ici, des guillemets) puisque évitant les chambres à gaz et donc la mort en ayant incorporé un Sonderkommando, une unité de travail majoritairement constituée de prisonniers juifs contraints de participer au mécanisme de Solution Finale visant à exterminer le peuple juif... Saul Ausländer qu'interprète l'acteur et poète hongrois Géza Röhrig se présente donc comme un homme robuste et en bonne santé qui fut sélectionné lors de son arrivée au camp d'Auschwitz. ''Chance'' que n'eurent pas des centaines de milliers d'hommes et de femmes qui furent gazés dès leur arrivée. Le fils de Saul démarre d'ailleurs au Krematorium. Cette zone à part du camp où les membres du Sonderkommando vivent à l'écart des autres prisonniers pour ne pas éveiller de soupçons quant aux ''activités'' qui s'y déroulent. Dès lors, László Nemes plonge le spectateur dans le quotidien épouvantable de ces hommes bénéficiant du privilège de pouvoir vivre encore un certain temps.Un sursis, certes, mais il faut voir dans quelles circonstances. Conditionnés par leur bourreaux, ils mènent eux-mêmes les prisonniers jusqu'aux vestiaires où ces derniers sont contraints de se déshabiller avant d'être retranchés dans les douches de sinistre réputation. Sans prendre de pincettes tout en laissant travailler l'imaginaire du spectateur, le cinéaste hongrois suggère l'horreur qui est en train de se dérouler derrière les lourdes portes en métal qui séparent les vestiaires où patientent les membres du Sonderkommando des douche à proprement parler où son envoyés par le toit des granulés de Zyklon B...


Au contact de l'air, ce puissant pesticide libère alors un gaz extrêmement toxique qui tue toutes celles et ceux qui entrent à son contact. Bien évidemment, László Nemes nous évite la vision de ces hommes et de ces femmes entièrement nus agonisant mais ces dizaines, ces centaines de hurlements qui en arrière-plan accompagnent l'image des membres du Sonderkommando qui attendent que tout soit fini est aussi difficile à supporter que le bruit obsédant accompagnant de la première minute à la dernière le récit de La zone d'intérêt huit ans plus tard. Filmant majoritairement son acteur principal de dos, le réalisateur resserre en permanence le cadre, enfermant le spectateur comme témoin direct des horreurs qui se déroulent dans ce camp de la mort. Mais le récit porte un espoir, si ténu soit-il : parmi les corps inertes des dernières victimes à avoir été gazées se trouve un jeune garçon que Saul croit être son fils. Encore en vie, le jeune enfant respire difficilement. Malheureusement, après qu'un officier nazi l'ait étouffé en constatant qu'il n'avait aucune chance de survivre, Saul n'a alors plus qu'une idée en tête : éviter au corps de son fils d'être envoyé à la crémation et lui offrir un enterrement digne. Et pour cela, l'homme va devoir trouver parmi les prisonniers, un rabbin afin d'effectuer un enterrement rituel... En réalité, une véritable course contre la montre, la caméra enfermant de plus en plus le personnage et par contraction les spectateurs dans un cadre visuel mortifère. Horreur absolue des conditions de vie des membres du Sonderkommando. Chargés d'envoyer les prisonniers à la mort, de les dépouiller de leurs biens, de déplacer ensuite leur cadavre jusqu'au crématorium, avec, toujours cette idée du jour qui viendra où ils seront remplacés et eux-mêmes exécutés. Véritable cauchemar parfois insoutenable, Le fils de Saul reste l'un des témoignages visuels parmi les plus saisissants et les plus inconfortables concernant le sort des prisonniers du camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Refusant ainsi au spectateur d'échapper à la vérité en lui exposant de manière frontale et plus ou moins directe les horreurs commises durant la Seconde Guerre Mondiale. Une question de survie pour son héros mais un véritable chemin de croix émotionnel pour le spectateur confronté enfin à la réalité. Un choc !


 

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