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lundi 26 juillet 2021

Old de M.Night Shyamalan (2021) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Old de M.Night Shyamalan. Son dernier projet, dont la bande annonce est particulièrement attractive. Tellement d'ailleurs que l'on a tout de suite envie de conseiller à celles et ceux qui n'ont pas encore découvert le film en salle de faire l'impasse sur elle. Il faut dire que pour celle-ci, les choses ont été faites en grand. On y retrouve très exactement tout ce qui aurait dû faire le sel du long-métrage. Car au fond, Old n'est peut-être finalement qu'une bande-annonce en 2.0. Comme si celle-ci s'étirait non plus sur une poignée de minutes mais sur la durée d'un long-métrage tout entier. Un peu moins d'une heure quarante (si l'on ôte le générique de fin) pour un récit qui s'étire comme un vieux chewing-gum qui s'apprête à se déchirer en deux parties. Imaginez une île des tropiques, une plage privée donnant sur un océan agité et des roches somptueuses. De quoi faire rêver n'importe quel candidat de l'émission Koh Lanta sur TF1. Sauf que les événements vont prendre une tournure inédite. Imaginez également la plage de Meurtre au soleil du réalisateur britannique Guy Hamilton (1982) plongée au cœur de circonstances qui font appel au surnaturel. Du moins, c'est ce que laisseront supposer divers faits, aussi étranges que dramatiques, contraignant des vacanciers (dont certains sont atteints de maladies graves) à demeurer sur place. Là où des vestiges plus ou moins frais témoignent de la présence antérieure de vacanciers qui semblent avoir laissé sur place montres, colliers et divers autres objets d'usage quotidien...

Ne rêvons pas. Old se révèle bien en deçà de Sixième Sens, d'Incassable, de Split ou du Village mais surpasse allégrement Glass qui terminait en eau de boudin la trilogie super-héroïque du réalisateur indien ou pire, son infâme After Earth. Pourtant inspiré, le généreux M.Night Shyamalan plante un décor aux contours paradisiaques dont il va se saisir pour en faire le cadre d'un véritable cauchemar. Le réalisateur indien utilise le temps, le triture, le tord dans tous les sens pour ne pas l'étirer mais au contraire, le raccourcir. Ce qui, pour le coup, donne à Old une drôle d'allure puisque dans l'urgence de régler leur épineux problème, ses personnages semblent au contraire en suspension dans un cadre aussi ouvert qu'étriqué. M.Night Shyamalan use de sa caméra d'une manière fort intelligente en filmant océan, ciel, soleil et roche de façon menaçante. L'idyllique décor se mue alors en un anxiogène environnement d'où l'on s'attend à voir surgir à peu près n'importe quoi. Le film aborde en l'espace d'un peu moins d'une heure et quarante minutes toutes les étapes de l'évolution chez un être humain. De l'enfance jusqu'à la vieillesse en passant par l'adolescence et l'âge adulte. Lors de plans-séquences bien moins complexes à mettre en place que sous d'autres latitudes cinématographiques, M.Night Shyamalan parcourt la plage de long en large, se focalisant alors sur les dialogues émis par certains de ses interprètes, puis se penchant sur ceux des autres, mêlant chaque histoire personnelle et renforçant l'impression de chaos qui s'installe au sein de ce groupe contraint de subir les humeurs ou réactions de certains d'entre eux. Et l'on pense tout d'abord au personnage de Charles qu'interprète Rufus Sewell, inquiétant chirurgien qui sèmera le trouble dans un contexte déjà chargé en terme d'anxiété...


Autour de lui, une dizaine de personnages environ. Plus ou moins inspirés. Du rappeur dont on aura tôt fait d'oublier la présence jusqu'au couple formé par Gael García Bernal et Vicky Krieps en passant par les enfants Maddox, Trent, Kara dont le choix judicieux de ses interprètes rend crédible le mode de vieillissement dont ils vont être les victimes innocentes. Car chacun de ces trois là sont à divers moments de l'intrigue interprétés par autant d'acteurs qu'il s'avère nécessaire. Le résultat est bluffant. Comme le sont également certains effets-spéciaux. Comme ce cadavre flottant sur les eaux dont le passage surprendra celles et ceux qui ne se sont pas laissés tentés par la bande-annonce. M.Night Shyamalan ponctue son œuvre de scènes chocs. Comme lorsque le personnage de Patricia (l'actrice britannique d'origine nigériane Nikki Amuka-Bird) est prise de convulsions ou lorsque Kara (Eliza Scanlen) tombe enceinte et accouche, tout cela en une poignée de minutes seulement. Malgré des séquences marquantes pour la plupart déjà réunies dans la bande-annonce, Old se révèle un tantinet ennuyeux. Car entre ces séquences chocs, les personnages semblent souvent errer sans autre but que de comprendre ce qui leur arrive, tout en n'agissant pas réellement. Des vides scénaristiques et de mise en scène que le long-métrage tente de combler artificiellement à l'aide de la musique de Trevor Gureckis qui se trouve être parfois trop envahissante. Mais le pire demeure sans doute dans sa dernière partie. Puisque connaissant les habitudes du réalisateur et sa propension à terminer la plupart de ses œuvres sur un twist saisissant, on s'attend forcément à prendre une gifle en fin de parcours. Sauf que le twist en question fait pâle figure aux côtés de ceux de Sixième sens, Incassable ou Le Village. Au final, Old LE FILM est loin d'atteindre les attentes promises par Old LA BANDE-ANNONCE. Une semi déception...

 

dimanche 25 juillet 2021

Kaamelott – Premier volet d'Alexandre Astier (2021) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

 

La série Kaamelott, c'est un peu comme Game of Thrones, Casa del papel ou Gomorra. À force de m'entendre dire que c'était culte, mortellement drôle et addictif, j'ai surpassé mon appréhension. De celle qui m'a fait abandonner Game of Thrones après seulement les quatre premiers épisodes. De celle qui fait des deux autres séries de vagues idées de projections futures... sans le moindre enthousiasme ni pourtant la moindre envie d'y perdre du temps. J'ai donc opté pour quelques épisodes avant de rapidement déchanter. Non pas que je sois réfractaire à l'univers d'Alexandre Astier puisque j'ai littéralement bu ses paroles durant son excellente Exoconférence même si je n'y ai pas tout compris et ait notamment apprécié Astérix : Le Domaine des dieux qu'il a co-réalisé en compagnie de Louis Clichy. C'est juste que Kaamelott, ça n'est pas fait pour moi. Il peut y avoir plusieurs hypothèses concernant le rejet dont peut faire preuve une partie d'un public qui, concernant cette série, m'a toujours semblé infinitésimale. Jamais réfractaire à l'humour français malgré des dizaines de déceptions, il fallait pourtant que je sois stupide, atteint d'insolation ou de sénilité pour que j'accepte de m'enfermer dans une salle de cinéma tandis qu'au dehors il faisait si beau. Pourquoi ? Pour suer des gouttes grosses comme le pouce, affublé d'un masque s'effilochant, mes lèvres goûtant alors des fibres aussi peu ragoutantes que les poils de plusieurs culs ! Et étrangers, comme cela va s'en dire. Le pire de tout, je crois, est de se retrouver dans une salle obscure avec autour de soi des dizaines de fans de la première heure. Qui ne sont en réalité pas vraiment venus assister à une version 2.0 cinématographique de leur série culte sur grand écran mais plutôt venus collaborer à une sorte de grand messe... limite sectaire ! Cette première aventure cinématographique d'une future trilogie a beau s'intituler Kaamelott – Premier volet, le novice aura surtout l'impression d'avoir loupé quelques séquences importantes de la série télévisée.


On retrouve fort logiquement les interprètes de la série originale, parmi lesquels Thomas Cousseau, Anne Girouard, Lionnel Astier (le papa d'Alexandre Astier qui joua notamment dans Le vent des moissons et Orages d'étés de Jean Sagols en 1988 et 1989), Joëlle Sevilla, Jean-Christophe Hembert, Franck Pitiot, Jacques Chambon, suivis par un nombre important de guests parmi lesquelles, Clovis Cornillac qui à l'époque de la série avait le vent en poupe sur grand écran, Christian Clavier, qui nous ''offre'' une énième alternative au personnage de Jacquouille des Visiteurs de Jean-Marie Poiré, le toujours excellent Alain Chabat dont le personnage du Duc d'Aquitaine est ici sous-exploité ou encore Guillaume Gallienne qui incarne un Alzagar qui en comparaison de pas mal de personnages demeure encore l'un des plus intéressants. Après deux heures de projection, j'me dis que les moins fans des fans n'ont peut-être pas davantage que moi résisté à l'avalanche de dialogues qu'assène le long-métrage. Encore aurait-il fallut que ceux-ci tiennent la distance car après quelques lignes fort évocatrices (on pense notamment parfois à ceux de l'immense Michel Audiard), le plus difficile est d'être capable de tenir la distance. Et en l'occurrence, ici, la durée. Assommé, épuisé, éreinté par ce perpétuel et très bavard ping-pong de dialogues, à peiné maintenu en éveil par les rarissimes rires du public (un signe qui ne trompe pas sur les qualités humoristiques du long-métrage), le long-métrage d'Alexandre Astier et l'aventure de ses personnages ne m'ont jamais intéressé. S'il fallait comparer Kaamelott – Premier volet à un autre titre du même ''acabit'', ça n'est certes pas du côté des Monty Python qu'on irait fouiller mais plutôt chez Jean-Marie Poiré et le quatrième et hypothétique volet des Visiteurs (les décors et les costumes sont d'ailleurs semblables à ceux dans lesquels sont transportés Jean Reno et Christian Clavier à l'époque de Louis VI dit le Gros) dans lequel le réalisateur nous conterait enfin un récit situé voilà mille ans en arrière et que les sains d'esprits que nous sommes ne sont pas pressés de découvrir... Parole de non-fan. Aux aficionados de se faire, maintenant, leur propre opinion...

jeudi 22 juillet 2021

Elle de Paul Verhoeven (2016) - ★★★★★★★★★★

 



Elle, c'est Isabelle Huppert. Qui porte si bien les troisième et quatrième syllabes de son prénom. Beauté froide.Presque aussi glaciale que l'eau d'une piscine en hiver mais parfois aussi brûlante que les braise d'un barbecue en plein été. Plus grande actrice de l'hexagone, elle vaut des dizaines de Sharon Stone et son interprétation de Michèle Leblanc, des centaines de Catherine Tramell, l'héroïne de Basic Instinct, ce fumeux long-métrage qui aux côtés de Elle me semble plus que jamais anecdotique. Lui, c'est Paul Verhoeven. Un cinéaste que l'on ne présente plus. Auteur d'innombrables chefs-d’œuvre, il a réalisé dernièrement l'une de ses plus grandes œuvres en compagnie de Virginie Efira, Charlotte Rampling, Lambert Wilson, Olivier Rabourdin ou Guilaine Londez pour les plus connus. Benedetta. Un énième coup de massue que certains considèrent déjà comme son meilleur film. Tout est histoire de goût ou de plaisir instantané. C'est bien là le dilemme avec le réalisateur néerlandais. À chaque fin de projection on croit avoir assisté au plus grand cru de son auteur. Sentiment que l'on partagera donc avec Elle, son avant-dernier long-métrage en date. On ne va pas revenir sur les habituelles outrances du réalisateur qui à vrai dire et au moins pour cette fois-ci n'est pas allé aussi loin que lors de certains tournages. Ici, l'immense Isabelle Huppert s'y désape moins que d'anciennes interprètes de Paul Verhoeven (dont l'une regretta amèrement d'avoir accepté de tourner pour lui dans Turkish Delice en 1973)...


Et pourtant, l'actrice y révèle un personnage en tout point ambigu. De ceux que l'on rencontre par exemple chez un autre très grand cinéaste cette fois-ci d'origine autrichienne, Michael Haneke. Et notamment pour son sublime La pianiste dans lequel, justement, Isabelle Huppert incarnait déjà l’héroïne du récit. Par la simplicité de ses quatre lettres, Elle résume le scénario à l'origine concocté par David Birke à partir du roman roman Oh… de Philippe Djian. Un mille-feuilles de malheurs et de souffrances infligés à une femme ''coupable'' d'être victime. ''Coupable'' d'être la fille d'un serial killer dont beaucoup ont oublié le visage mais pas les méfaits. Violée, on s'attend à ce que Michèle Leblanc découvre dans l'acte un plaisir sexuel déviant. On est quand même en terrain connu avec Paul Verhoeven. Sauf que, à trop vouloir précéder le récit, on se trompe totalement sur la teneur de celui-ci. Ou si peu. Accompagnée par des interprètes irréprochables parmi lesquels il serait impardonnable de ne pas citer au moins Laurent Lafitte, Anne Consigny, Charles Berling, Christian Berkel, Virginie Efira ou Jonas Bloquet, Isabelle y brille littéralement avec ce sens de la nuance qui n'appartient qu'à elle. Dirigée de main de maître par un réalisateur au sommet de son art, l'actrice française interprète une femme dont l'existence s'est construite à partir d'un fait divers sordide dont les répercussions sont multiples. Il peut parfois y avoir un plaisir coupable à suivre les aventures d'un personnage qui se détruit à petit feu de l'intérieur...

Ici, la douleur est intense ET inexorable. Comme si de mauvaises fées s'étaient penchées sur son berceau lorsqu'elle était encore qu'une tout jeune enfant pour lui glisser à l'oreille : ''Gamine, tu paieras pour les péchés à venir de ton père''.. Parfois terriblement malaisant tout en jouant constamment la carte de l'humour à froid et de l'horreur dans ce qu'elle peut avoir de réaliste, voire clinique, Elle explose les frontières entre fiction et réalité. Jonché de séquences inconfortables, Paul Verhoeven transforme sa sublime interprète en bête à foire sur laquelle le passé ressurgi même lorsqu'il n'est pas directement évoqué. Victime parfois cruelle, en perpétuelle conflit avec les membres du sexe opposé (Jonas Bloquet en fils ingérable à la limite de la psychopathie), Michèle est de ces individus que l'on n'arrive cependant jamais à détester. Plutôt victime que complice ou à l'origine d'actes délictueux. Sans jamais vraiment verser dans le cinéma d'horreur ou d'épouvante, dans l'érotisme le plus cru ou la romance la plus décomplexée, Elle est tout de même un peu tout ça et tellement plus. Un grand, très grand film...


mercredi 21 juillet 2021

Doors de Jeff Desom, Saman Kesh et Dugan O’Neal (2021) - ★★★★★★☆☆☆☆

 





Il semble tout d'abord évident que l'esprit du réalisateur ait été quelque peu envahi par un certain nombre de personnalités. Schizophrénie ? Surtout que le film se base toujours sur un même sujet. Celui de millions d'étranges portails apparus un peu partout dans le monde. Et puis l'on se rend compte que Doors n'est non pas l’œuvre d'un seul et même homme, mais de trois. Trois réalisateurs pour un long-métrage qui se veut être en réalité un film à sketches de science-fiction. Trois auteurs pour quatre visions fort différentes d'un thème similaire. Quatre segments qui portent chacun leur propre sous-titre. Lockdown pour l'un et Knockers, Lamaj et Interstitials pour les trois autres. Le premier d'entre eux est réalisé par Jeff Desom, lequel plonge une poignée d'adolescents qui semblent être collés dans l'une des salles d'un établissement scolaire, tout ça pour un ersatz du chef-d’œuvre de John Hugues The Breakfast Club ramassé sur une vingtaine de minutes d'abord angoissantes, puis très rapidement soûlantes avec ses protagonistes qui en viennent aux mains pour de juvéniles raisons. Sans être mauvais, c'est surtout que Lockdown ne prépare absolument pas à la suite des événements. Et surtout pas au délirant autant que stupéfiant Knockers Saman Kesh. Sorte d’alternative beaucoup plus convaincante que le décevant Annihilation d'Alex Garland sorti trois ans auparavant, ce court là plonge ses protagonistes dans un univers surréaliste dans lequel le côté sombre de l'esprit humain y est révélé à travers les blessures des personnages. Si Saman Kesh laisse les spectateurs se débrouiller avec le scénario, Knockers nous fait en revanche profiter d'incroyables décors. Des environnements beaux à pleurer, parfois proche de Salvatore Dali, où romantisme et approche sinistre se confondent...


Puis c'est au tour du réalisateur Dugan O'Neal de se prendre au jeu de ces portes dont l'origine est difficile à saisir avec le court Lamaj. Du pseudonyme que se donne l'une de ces portes dont les autorités ignorent l'existence et que le personnage principal (Kyp Malone dans le rôle de Jamal) garde secret. En tentant de communiquer avec la porte, l'homme y parvient. Et c'est là que tout commence à se gâter. Pressé d'en parler avec l'une de ses vieilles connaissances (Kristina Lear dans le rôle de Kathy), rien ne va vraiment se dérouler comme prévu. Situé dans une forêt, l'épisode fait évoluer l'intrigue jusqu'à une rencontre rapprochée du 5e type. Plutôt sympathique même si jamais véritablement transcendant, l'aventure est ensuite poursuivie et conclue par interstitials, le quatrième et dernier segment de Doors et voit le retour de Saman Kesh à la mise en scène après avoir réalisé le second, Knockers. L’œuvre se conclue sur un sketch minimaliste entre deux hommes qui conversent par écrans d'ordinateurs interposés. L'un expliquant à l'autre la signification de la présence de ces millions de portes sur notre planète. Se joignent aux trois réalisateur, le scénariste Chris White, auteur de ces quatre segments aussi hétérogènes dans leur thématique évolutive qu'indépendants dans leur approche. Parfois prétentieux dans ses échanges verbaux (Vince (Joszh Peck) et Becky (Lina Esco) échangeant notamment des lignes de dialogues imbitables sur la plage), Doors est un long-métrage de science-fiction très curieux que l'on rangera du côté de certains OFNIS tels les excellents Under the Skin de Jonathan Glazer ou The Man From Earth de Richard Schenkman. Toutes proportions gardées, bien entendu. Un film qui bénéficie de très discrets mais aussi, très réussis effets-spéciaux. Une expérience hors norme qui fera sans doute quelques émules mais laissera malgré tout une bonne partie du public circonspect...

lundi 19 juillet 2021

Benedetta de Paul Verhoeven (2021) - ★★★★★★★★★☆

 



La dernière fois que je suis entré dans une salle de cinéma pour y découvrir une œuvre signée du réalisateur néerlandais Paul Verhoeven, c’était il y a presque vingt ans. Et contrairement à beaucoup de critiques et de téléspectateurs, j’avais aimé sans pour autant avoir été totalement séduit par son Basic Instinct. Après que Benedetta m’ait été vendu comme un film parcouru de nombreuses séquences filmées à l’horizontale entre Virginie Efira et Daphné Patakia, j’avoue être entré dans la salle avec hésitation. Mais comme un Verhoeven sur grand écran ne se refuse pas, et comme seule la comédie Présidents le concurrençait en ce dimanche 18 juillet à 13h30 au cinéma CGR de Narbonne, c’est ainsi donc que ma compagne et moi avons opté pour l’adaptation de Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne de Judith C. Brown. Sans connaître ni l’ouvrage ni même la vie personnelle de cette religieuse catholique italienne du dix-septième)) siècle, le film intrigue. D’abord parce que l’on sait le réalisateur capable de belles et grandes reconstitutions. Ensuite parce que l’on ne peut douter un seul instant que Paul Verhoeven y intégrera tout ou partie des éléments qui constituent son œuvre...


Deux heures et quart après le début du récit, une chose est certaine. Showgirls est loin, très loin de ce Benedetta qui, comparé à certaines des œuvres les plus crues de son auteur s’avère parfois tout en retenue. Très peu de scènes de sexe, aussi osées pourront-elles paraître dans l’esprit de certains, un peu de violence, chose essentielle dans l’esprit du néerlandais, mais surtout, un film qui interroge beaucoup sur l’authenticité du personnage incarné par une Virginie Efira éblouissante. Entre mysticisme, hystérie et manipulation, Paul Verhoeven ne cesse de faire douter le spectateur. Soeur Benedetta est-elle une mystique que ses nombreuses visions semblent confirmer? Son cas relève-t-il de la psychiatrie? Ou plus simplement s’agirait-il de manipulation? Le film évoque même l’hypothèse d’une possession diabolique...


Dans un cadre qui rappelle de loin le cas des Sorcières de Loudin retranscrit il y a plusieurs décennies par le réalisateur Ken Russell à travers l’incroyable Les Diables, il règne au sein de Benedetta un réel climat d’hystérie. Reconstitution réussie d’une Italie rurale du dix-septième siècle en plein désarroi en raison d’une épidémie de peste. Verhoeven signe le portrait saisissant d’une église en proie à des démons de tous ordres. Entre cris de plaisirs, hurlements de douleur, tortures, foi et trahisons, Verhoeven égratigne l’église en imposant quelques visions qui n’appartiennent qu’à lui. Brillant jusque dans la moindre incarnation (les deux héroïnes sont superbes, Charlotte Rampling et Lambert Wilson formidables), les costumes et les décors sont dignes de ceux du Nom de la rose de Jean-Jacques Arnaud. Atout essentiel, la bande son d’Anne Dudley (Art of noise) est d’une très grande puissance. Pas un seul prix au festival de Cannes mais un grand moment de cinéma...

dimanche 18 juillet 2021

Cycle Requins mutants: Sharktopus VS. Pteracuda de Kevin O'Neill (2014)



Lors d'une sortie en mer, la biologiste Lorena Christmas découvre les restes d'un monstre marin, le Sharktopus, mi-requin, mi-pieuvre. Dans les entrailles de la bête, la jeune femme découvre ce qui semble être un bébé. Prenant la petite créature sous son aile, Lorena la nourrit et l'éduque afin d'en faire un animal d’exhibition pour le compte de son oncle, propriétaire d'un parc d'attraction maritime.  
Le professeur Rico Symes travaille, lui, pour le compte du gouvernement. En parallèle à ses travaux de recherches, il parvient à créer un monstre à partir de l'ADN d'un ptéranodon couplé à celui d'un barracuda. Naît de cette alliance contre-nature le Ptéracuda. Mais un assistant mal-intentionné prend le contrôle de la créature et sème la panique en ville. Le professeur Symes apprend l'existence du Sharktopus qui depuis a bien grandit et décide de l'opposer à sa créature afin de l'arrêter dans sa progression meurtrière...

Wouaw, voilà un synopsis qui promet. Très largement inspiré par la vague de films japonais initiée par le Godzilla deTomoyuki Tanaka, Sharktopus VS. Pteracuda n'a pourtant pas les moyens de ses ambitions. Cela se ressent surtout au niveau des effets-spéciaux et de l'interprétation. Les premiers renvoient, comme cela est une généralité dans ce genre de productions, aux calanques des effet numériques. Même les séquences cinématiques des jeux vidéos d'aujourd'hui ont largement dépassé ce stade visuel qui ne peut tromper personne sur la marchandise. Et si vous aimez croire à ce qui se déroule devant vos yeux, vous pouvez d'ors et déjà faire une croix sur toute forme de crédibilité. Ici on nage en plein surréalisme.
Le point culminant étant atteint lors de cette scène qui deviendra, soyons-en sûrs, un moment culte lors des soirées de beuverie, et durant laquelle un individu est décapité près d'un groupe de beach-volleyeurs, par l'une de nos deux créatures, lesquels joueurs se retrouvent avec la tête du bonhomme entre les mains et l'utilisant comme un ballon, l'air de rien. Grotesque ? Oui, certainement. Drôle, pas vraiment. C'en est même pathétique.

Sharktopus VS. Pteracuda, comme la plupart des œuvres de ce genre, mise en partie sur l'humour là où l'effroi et le dégout n'ont pas leur place. Sauf que les gags tombent à l'eau (c'est le cas de le dire) et ne font jamais mouche. On ne reviendra pas sur l'interprétation inexistante des acteurs et actrices. Il ne suffit pas d'avoir un illustre patronyme (ici Carradine) pour s'assurer des revenus confortables.

Tiens, petite précision : pour ceux qui comme moi n'auraient rien compris à l'introduction de ce laxatif cinématographique, sachez que Sharktopus VS. Pteracuda et en fait la suite d'une œuvre sobrement intitulée Sharktopus. En l'espace de quelques minutes, donc un condensé de ce qu'il a pu se dérouler dans le premier volet, il s'en passe autant que dans le reste de cette suite. Et comme si cela ne suffisait pas, les producteurs ont choisi de presser le citron jusqu'à la dernière goutte puisque est prévu un troisième épisode intitulé : Sharktopus vs Whalewolf . Et non, ça n'est pas une plaisanterie. Cette fois-ci, notre requin-pieuvre aura fort à faire puiqu'il devra combattre une baleine-loup. Je sais, je sais, c'est grotesque. Et pourtant, maintenant que la troisième piqûre de rappel a agit (après 3-Headed Shark Attack et Sand Sharks), l'accoutumance s'est installée dans mon esprit et dans mon organisme. Il n'est pas interdit que j'en reparle un jour ici...
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