Dans un même esprit que
The Todd Killings
de Barry Shear mais quittant le territoire américain pour la Grande
Bretagne et dans une approche beaucoup plus sombre et réaliste, The
Black Panther
de Ian Merrick s'intéresse cette fois-ci non plus au tueur en série
Charles Schmid mais au braqueur de banque et de bureaux de poste,
kidnappeur et multiple assassin Donald Neilson qui entre 1971 et 1974
commis plusieurs effractions et meurtres qui firent trois victimes :
Sidney Gray en 1971, Donald Skepper en 1972 et Ernest Dyas en 1974.
Le titre du long-métrage n'est pas une pure invention puisque
l'homme fut surnommé ainsi pour avoir surtout effectué des
cambriolages de nuit, entièrement vêtu de noir et sans faire le
moindre bruit. Mais s'il est surtout resté célèbre sur le
territoire britannique, c'est parce qu'il kidnappa l'adolescente
Lesley Whittle alors âgée de dix-sept ans le 14 janvier 1974.
Donald Neilson aurait alors exigé de la part de ses parents la
rondelette somme de cinquante-mille livres. Quant à Lesley, elle fut
enfermée dans un puits de drainage souterrain d'un réservoir situé
à Bathpool Park, dans le Staffordshire. Déshabillée, attachée nue
à seize mètres de profondeur, une cagoule placée sur sa tête et
une corde autour du cou, son corps fut finalement découvert par les
autorités près de trois mois plus tard. L'adolescente a perdu la
vie par pendaison. On ne saura jamais si elle est accidentellement
tombée de l'étroite plateforme qui la retenait prisonnière ou si
son ravisseur la poussa dans le vide... Condamné à la prison à vie
après un premier jugement datant du 1er juillet 1976 et de trois
autres condamnations à perpétuité pour les meurtres qu'il commis
sur les trois employés de bureaux de poste, Donald Neilson passa le
reste de son existence derrière les barreaux avant de mourir le 18
décembre 2011... The Black Panther
adapte donc une grande partie des événements entourant la multiple
tragédie qui endeuilla la Grande Bretagne entre 1971 et 1974 tout en
éludant certains aspects comme la culpabilité de l'épouse du
criminel qui dans le long-métrage de Ian Merrick n'est pas
directement impliquée dans la série de braquages commis par son
époux. À dire vrai, elle (Marjorie Yates) et leur fille (Sylvia
O'Donnell) apparaissent comme terrorisée par Donald qui depuis qu'il
a quitté l'armée semble avoir beaucoup de mal à réintégrer la
vie civile...
Découchant
régulièrement jusqu'à préférer dormir dans la nature, il a gardé
des réflexes propres à son ancienne carrière de militaire. Incarné
à l'écran par l'acteur Donald Sumpter, l'homme est glaçant,
rigide, impassible devant la moindre émotion et incapable lui-même
de montrer le moindre sentiment vis à vis de ses proches ou de ses
victimes. C'est ainsi que Ian Merrick traite de son sujet,
l'atmosphère froide, rugueuse et l'indifférence de son principal
protagoniste sont à l'origine d'une œuvre très particulière,
presque clinique dont on ne s'explique pas vraiment les motivations
du tueur et kidnappeur autrement qu'à travers son appétit pour
l'argent. Ici, la participation de l'épouse du tueur n'est pas
explicitement décrite. On pense surtout que Donald Neilson vit une
double vie qu'il cache à son épouse et à leur fille. L'incarnation
de Donald Sumpter est à l'aune de la mise en scène de Ian Merrick.
Lequel ne cherche pas à expliquer les motivations de ce tueur
méthodique dénué de toute empathie pour son prochain. En résulte
une œuvre glaçante, froide et réaliste décrivant les étranges
habitudes d'un individu qui agit rapidement de manière très
curieuse à travers d'étranges rituels. Lorsque débute le récit,
Neilson est déjà coutumier des actes criminels, ce qui évite au
réalisateur d'expliquer ses motivations. On n'en saura pas davantage
durant ces quelques quatre-vingt dix minutes durant lesquelles Ian
Merrick s'attache à suivre le personnage central sans presque jamais
le quitter des yeux. Donald Sumpter y incarne un individu tellement
crédible qu'il devient difficile de distinguer le personnage de son
interprète. Malgré la violence des méfaits, The
Black Panther
est bien moins cru visuellement qu'on pouvait s'y attendre. Sa
spécificité se trouve surtout dans le jeu quasi monolithique de
Donald Sumpter, dans l'austérité de la mise en scène, proche du
documentaire ou dans la terne photographie de Joseph Mangine. Bref,
une œuvre atypique qui durant très longtemps fut invisible mais
qui, en France notamment, fut éditée par UFO
Distribution
dans le courant de l'année 2016 au format DVD...
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