S'attaquer à un mythe
tel que le légendaire film expressionniste allemand Nosferatu,
eine Symphonie des Grauens
réalisé par Friedrich Wilhelm Murnau en 1922 est une prise de
risque que prit tout d'abord brillamment son contemporain Werner
Herzog en 1979 à travers l'excellent Nosferatu:
Phantom der Nacht.
Après une première œuvre que tout bon cinéphile ou cinéphage
compte parmi les chefs-d’œuvre du septième art et un premier
remake aux qualités indéniables et littéralement habité par son
principal interprète, l'acteur Klaus Kinski, on peut se demander où
se situe l'intérêt d'une nouvelle itération en ce premier quart du
vingt et unième siècle qui a trop souvent l'habitude de manquer
d'inspiration en matière de terreur... Et pourtant, quelle plus
rassurante annonce aurions-nous pu attendre que celle d'une toute
nouvelle adaptation signée d'un cinéaste se situant assurément
tout en haut de la liste des réalisateurs dont on peut avoir une
confiance quasi absolue ? Car c'est bien de fiabilité dont on
parle au sujet de l'américain Robert Eggers, qui entre 2015 et 2022
a signé trois grands longs-métrages.
The Witch,
The Lighthouse
ainsi que The Northman.
Trois œuvres originales rejointes donc en 2024 par une quatrième,
s'inscrivant dans une longue, très longue lignée d'adaptations
cinématographiques reposant sur l'un des plus célèbres ouvrage de
la littérature fantastique mondiale, le Dracula
de Bram Stoker..... Et dire que le Nosferatu,
eine Symphonie des Grauens
de Friedrich Wilhelm Murnau faillit nous passer sous le nez. Car bien
qu'ayant pris certaines précautions en renommant son vampire en
Comte Orlok (incarné à l'époque par l'acteur allemand Max Schreck)
et en ne citant pas le nom de Dracula mais celui de Nosferatu,
personnage inspiré par des ouvrages ethnographiques évoquant
certaines croyances roumaines d'après l'écrivain britannique, la
plupart des copies du tout premier Nosferatu
a voir le jour sur grand écran furent détruites après que la veuve
de Bram Stoker ait gagné son procès pour plagiat !
L'une
des différences fondamentales entre le vampire du romancier et celui
du cinéaste allemand reposant sur leur aspect physique respectif.
Tandis que Dracula a majoritairement été personnifié par des
interprètes physiquement conformes à l'apparence humaine, les deux
premiers Nosferatu à voir le jour sur grand écran apparurent sous
celle de créatures humanoïdes, certes, mais symbolisant l'apparence
d'un rat (ou d'une chauve-souris), allusion à la peste qui ravage le
récit dès l'entrée du vampire dans la ville de Wisborg (en lieu
est place de Londres dans le roman d'origine). Des mains aux longs
doigts griffus, un crâne chauve, de longues incisives et des
oreilles en pointes... De cette créature iconique, Robert Eggers se
débarrasse de l'apparence pour lui prêter un aspect beaucoup plus
''crédible'' en ce sens où l'on pourrait éventuellement accorder
au vampire la capacité de séduire celle qu'il tentera de
s'accaparer. On parle bien évidemment d'Ellen, interprétée par
Lily-Rose Depp, fille de Vanessa Paradis et de Johnny Depp, jeune
femme en proie à différentes crises dont certaines de
somnambulisme, victime d'une connexion avec le Comte Orlok qui de son
côté est incarné par l'acteur suédois Bill Skarsgård, connu pour
avoir notamment joué le rôle de Pennywise dans les différentes
adaptations cinématographiques et télévisées du roman Ça
de Stephen King entre 2017 et 2025. On pourra (ou pas d'ailleurs)
reprocher ce choix esthétique de la part du cinéaste qui trahit
donc l'apparence du vampire originel conçu à l'origine par
Friedrich Wilhelm Murnau et par le directeur artistique Albin Grau
mais pour le reste, son Nosferatu
est une expérience de cinéma qui vaut pourtant le détour. Sans
trop trahir l’œuvre originale bien que la version de 2024 passe
tout logiquement comme celle de 1979 du muet au parlant !
L'on
passe ensuite de l’expressionnisme allemand au gothique, dans un
ensemble de décors reconstituant un dix-neuvième siècle
impressionnant. Des décors de Craig Lathrop, en passant par les
costumes de Linda Muir et plus encore la photographie de Jarin
Blaschke, fidèle du cinéaste américain puisque les deux hommes
collaborèrent ensemble sur les trois précédents longs-métrages de
Robert Eggers, Nosferatu
est une claque visuelle de tous les instants. Chaque plan ou presque
est l'occasion d'admirer la finition du moindre petit détail projeté
à l'écran. Une merveille picturale. Une série de tableaux animés
s'enfonçant peu à peu dans une noirceur irrémédiable... Dans
cette nouvelle version, le réalisateur aborde le personnage d'Ellen
de manière beaucoup plus profonde que par le passé. Chargeant la
mule de cette curieuse relation, cette connexion entre la jeune femme
et cet aristocrate monstrueux qu'elle a involontairement invoqué
dans son désir de trouver amour et compagnie au tout début du
récit. Fidèle, donc, dans ses grandes largeurs, d'une beauté à
couper le souffle et notamment incarné par un Bill Skarsgård à la
voix rauque buvant le sang de ses victimes dans un bruit de
déglutition absolument terrifiant, Nosferatu
tente à démontrer que sans être en pleine possession de son propre
script, Robert Eggers est pourtant incapable de marquer par de
profonds engagements littéraires, la différence entre les œuvres
de 1922, de 1979 et la sienne. Du coup, Nosferatu
version 2024 pourra apparaître pour les nostalgiques des anciennes
versions, comme une inutile adaptation. Car en dehors de la forme que
prend le long-métrage, sans cesse éblouissante et d'une ampleur
sensorielle parfois éclatante, le film de Robert Eggers n'est au
fond qu'une ''redite''. Une variation sur le même thème. Tantôt
passionnante, tantôt... ennuyeuse et redondante....
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