En abandonnant
temporairement leur univers, Nicolas et Bruno ( Nicolas Charlet et
Bruno Lavaine) n'en n'ont pas pour autant mis de côté certains des
choix artistiques qui sont leur marque de fabrique. Ici, pas
d'esthétique volontairement ringarde puisée dans les temps anciens.
Ceux des années soixante-dix, généralement représentées chez eux
à travers l'usage de codes couleurs, vestimentaires ou
comportementaux largement dépassés de nos jours. Et pourtant, les
deux hommes n'en sont pas moins demeurés capables de produire une
œuvre tout à fait originale en cette année 2013 où sort donc leur
second long-métrage intitulé Le grand méchant loup,
cinq ans après La personne aux deux personnes
et treize avant leur dernier, Alter ego
sorti
quant à lui en 2026... Ils reprennent ici le très célèbre conte
des Trois Petits
Cochons,
cent quarante-ans après qu'ils ne soient apparus pour la première
fois en 1842 dans le recueil de comptines, de chansons et de poèmes
traditionnels britanniques publié cette année là par l'historien,
collectionneur et éditeur anglais James Orchard Halliwell. Un conte
dans lequel l'on retrouvait déjà le personnage du loup dont les
origines remontent elles à bien plus loin dans le temps puisque
l'une des premières traces le présentant daterait de l'époque
d’Ésope qui l'aurait évoqué pour la première fois dans ses
Fables
et remonterait donc à l'Antiquité grecque. Pour autant, Nicolas et
Bruno n'en reprennent qu'une partie de la structure narrative telle
que la présenta notamment Burt Gillett avec Three
Little Pigs
produit par la société de production américaine Walt
Disney Productions
en 1933. Dans le cas du Grand méchant loup,
le duo remplace les trois petits cochons par trois frères incarnés
par Benoît Poelvoorde, Fred Testot et Kad Merad. Tandis que leur
mère (interprétée à l'écran par l'actrice Marie-Christine
Barrault) est alitée dans une chambre d'hôpital, Philippe (Benoît
Poelvoorde), Henro (Fred Testot) et Louis (Kad Merad) en reviennent à
se poser des questions sur leur existence. Eux qui depuis toujours
ont su rester fidèles à leurs épouses respectives Nathalie
(Valérie Donzelli), Patricia (Léa Drucker) et Victoire (Zabou
Breitman) vont-ils se laisser tenter par ces nouvelles aventures
féminines qui frappent désormais à la porte de ces trois hommes
qui maintenant doutent sur le sens réel de leur existence ?
Nicolas et Bruno usent et abusent de métaphores et d'allégories
pour décrire la situation de ces trois frères qui vont être
approchés par le ''Loup'' du fameux conte...
Ou
plutôt DES Loups. Et même mieux : des LOUVES puisque chacun
son tour, Philippe, Henri et Louis vont être respectivement
approchés par Natacha (Charlotte Le Bon), une jeune actrice attirée
par l'idée de s'introduire de nuit dans le château de Versailles où
travaille justement le cadet des trois frères. Pourtant marié et
père de deux enfants, Philippe se laisse séduire par la jeune femme
de vingt-sept ans dont il va rapidement tomber amoureux. Et si vivre
une double relation n'est pour l'instant pas vraiment un problème
pour lui, tout va se gâter le jour où Natacha va se présenter
devant la porte de sa demeure. Lorsque son épouse Nathalie découvre
que Philippe voit une autre femme, elle le chasse de chez eux et ce
dernier part se réfugier chez son frère Henri. Après une première
partie du récit principalement consacrée au personnage interprété
par Benoît Poelvoorde, Fred Testot prend donc la relève. Le second
acte lui réservant la même surprise que pour son frère avant que
les deux hommes ne se retrouvent finalement hébergés par le plus
âgé des trois, Louis. Ici, ça n'est plus la demeure elle-même qui
est détruite par le loup mais la cellule familiale par l'entremise
de femmes belles et attirantes. Et si Henri se laisse séduire par
une voisine lointaine qu'il reluque aux jumelles, Éléonore
(Cristiana Reali) n'en mènera pas large lorsque cette ancienne
connaissance de Louis tentera de conquérir le cœur et le lit de
celui-ci, alors très amoureux de sa femme Victoire. Bien que la
réappropriation d'un mythe enfantin pour le transformer en comédie
romantique métaphorique peut laisser songeur, Nicolas et Bruno
tapent juste et offrent une savoureuse étude de mœurs non dénuées
d'un certain sens de l'humour qui là encore tape exactement là où
on l'attendait. Grâce non seulement à la mise en scène et
l'écriture des deux cinéastes mais aussi et surtout à un panel de
savoureux interprètes parmi lesquels se trouve également perché
dans les très hautes sphères de l'absurde, le toujours excellent
Denis Podalydès ! Preuve que Nicolas Charlet et Bruno Lavaine
sont capables de s'extraire de leur univers personnel et d'offrir la
réplique à des interprètes qui sortent de leur cercle habituel.
Bref, un régal...



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