Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

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mardi 12 mai 2026

Shirome de Kōji Shiraishi (2010) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Après avoir vanté les qualités de réalisateur du cinéaste japonais Kōji Shiraishi à travers deux de ses longs-métrages intitulés Noroi et Okaturo, il est regrettable de constater que ses prédispositions à mettre en scène des personnages dans divers Found Footage ne se maintient pas systématiquement. Pour preuve, Shirome qu'il réalise en 2010. Un long-métrage qui perpétue cette longue tradition qui chez Kōji Shiraishi consiste à filmer des individus caméra à l'épaule et un interagissant avec eux comme s'il était en train de mettre en scène un documentaire. Comme pour les exemples précédents, Shirome s'intéresse à un cas très spécifique de phénomène surnaturel puisque l'action va en partie se dérouler dans une ancienne école désaffectée où eurent lieux de tragiques événements. C'est en effet dans une classe du deuxième étage que furent retrouvés les corps suspendus à des cordes de deux élèves supposées s'être suicidées. Mais pour certains, la mort des deux jeunes filles fut probablement liée à une légende selon laquelle lorsque l'on fait un vœu auprès du Kami (entité vénérée dans le shintoïsme) Shirome sans être totalement convaincu de son existence, celui-ci peut pousser ceux qui font appel à lui au suicide ou à la folie... Tout comme dans Okaturo, Kōji Shiraishi interprète son propre rôle et propose à un groupe de six jeunes chanteuses qui ont la particularité d'exister réellement d'interpréter ceux des héroïnes féminines. En effet, tandis que de nos jours Kanako Momota, Shiori Tamai, Ayaka Sasaki et Reni Takagi ne sont plus que quatre, elles formèrent au départ aux côtés d'Akari Hayami et Momoka Ariyasu le groupe Momoiro Kurōbā Zetto. Très populaires au Japon, les jeunes femmes se retrouvent donc au centre de ce récit qui mêle donc Found Footage, légendes urbaines et fantastique... Il est fort probable qu'en mettant en scène les six jeunes chanteuses, Kōji Shiraishi ait pris le parti à l'époque de faire la promotion de leur groupe car alors comment justifier la présence d'interprètes qui à défaut d'être de véritables artistes de la chanson n'ont aucun talent pour l'interprétation ? Pourtant, ici, le cinéaste japonais ne demande rien d'autre à ses interprètes que de demeurer elles-mêmes et de pousser régulièrement des cris lorsque le script le demande. En dehors de l'intérêt de présenter un groupe d'adolescentes typiques du Pays du Soleil Levant, avec leurs codes vestimentaires et celui de mettre en avant un groupe musical offrant des shows paraît-il très ''revigorants'', Shirome manque probablement d'être l'un des plus mauvais films du genre Found Footage alors même que son auteur peut s'enorgueillir d'avoir réalisé avant cela les meilleurs d'entre eux. Ici, le concept est simple...


Réunir les jeunes filles dans cette fameuse classe et les pousser à faire un vœu auprès de Shirome afin qu'elles puissent accéder à une populaire émission de télévision japonaise. Le film se divise ainsi en deux parties. La première présentant évidemment les membres du groupe, de frêles de jeune femmes qui ne cessent de hurler pour un oui et pour un non. D'ailleurs, si certaines précautions doivent être entreprises devant des longs-métrages diffusant des images graphiquement fortes, ici, l'on conseillera aux spectateurs de se munir de paracétamol tant Kanako Momota, Shiori Tamai et leurs copines ont tendance à produire des cris stridents qui rapidement donnent des maux de tête. Ici et comme cela est récurrent chez Kōji Shiraishi, l'on ne s'étonnera pas d'apercevoir des phénomènes d'ordre surnaturel très habituels chez le cinéaste japonais. Des orbes, qui en passant au dessus des têtes ont des conséquences directes sur l'action des personnages. Tandis que la première partie, relativement longue, pesante et s'intéressant principalement à nos jeunes héroïnes, situe son action dans la moyenne basse des attentes des spectateurs, la seconde ne se révèle malheureusement pas tellement plus fascinante. Peu inspiré, Kōji Shiraishi manque de jouer avec certains repères qui voudraient que le récit repose (ou non) sur une certaine forme de manipulation physique et mentale. On ne sait jamais vraiment quel est le but réel du cinéaste s'agissant du projet d'emmener les jeunes filles là où le double suicide se déroula. Les emmène-t-il vraiment pour qu'elles accèdent à la populaire émission de télévision ou agit-il uniquement dans un but personnel opportuniste ? Toujours est-il qu'en matière d'effroi, Shirome s'avère relativement maigre. Voire même inexistant. Quelques bribes d'images sont appréciables, comme lorsque l'une des jeunes filles est réveillée par une orbe alors qu'elle dort aux côtés de ses amies dans un dortoir ou lorsque un ''historiens'' des événements tragiques survenus dans le passé est pris d'une crise d'hystérie juste avant que le groupe ne pénètre entre les murs de l'école. Mais à part ces quelques fragiles envolées, le film n'a absolument aucun intérêt... L'on poussera alors les spectateurs à se rediriger vers Noroi et Okaturo plutôt que du côté de ce petit long-métrage dénué de tout impact émotionnel et physique...

 

 

lundi 11 mai 2026

Okaruto de Kôji Shiraishi (2009) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Évoquer le réalisateur et scénariste japonais Kôji Shiraishi, c'est s'intéresser à un cinéaste vraiment à part, qui a majoritairement consacré sa carrière à une manière très particulière de tourner ses films. Auteur d'une centaine de courts et de longs-métrages, de séries télévisées et même d'un unique téléfilm en 2004 (Suiyô Puremia: Sekai Saikyô J Horâ SP Nihon no Kowai Yoru), il est en effet devenu l'un des spécialistes du Found Footage. Ce type de production tournée caméra à l'épaule et censée révéler le contenu de pseudos documents vidéos relatant d'authentiques événements dramatiques... Oubliez tout ce que vous connaissez sur le sujet. Qu'il s'agisse de l'ancêtre Cannibal Holocaust ou de The Blair Witch Project de Daniel Myrick et Eduardo Sánchez que beaucoup considèrent encore aujourd'hui comme le meilleur d'entre tous. En effet, effacez donc de votre mémoire cette idée préconçue que c'est aux États-Unis que le meilleur Found Footage du monde fut tourné car c'est vers un ailleurs, très éloigné de là, du côté du Pays du Soleil Levant qu'il faut tourner son regard. Car si même vous faites partie des indécrottables passionnés du genre qui ne connaissent malheureusement pas encore Noroi, il est encore temps de réparer cette erreur et de découvrir enfin LE chef-d’œuvre du genre, si tant est que l'on puisse nommer ainsi certains représentants de ce courant du cinéma d'horreur... Dans ce long-métrage fantastico-horrifique, Kôji Shiraishi s'intéressait en 2004 à la disparition d'un journaliste spécialisé dans le paranormal alors qu'il enquêtait jusque là sur un très ancien démon japonais du nom de Kagutaba. S'il est donc réalisateur et scénariste de ses propres projets, le cinéaste originaire de Fukuoka situé sur l'île de Kyūshū est aussi parfois aux manettes du montage, de la photographie, des effets-spéciaux et endosse même parfois l'un des rôles comme ici, avec Okaruto, dans lequel il incarne un réalisateur de documentaires intéressé par le cas particulièrement extraordinaire d'un certain Shonei Eno . Un individu incarné par l'acteur Shôhei Uno (le concept repoussant les limites du réalisme en présentant les principaux protagonistes sous des patronymes très proches de ceux de leurs interprètes respectifs) et qui trois ans après avoir été au centre d'un fait-divers très étrange fait aujourd'hui l'objet de toutes les attentions de la part d'un réalisateur qui est donc joué par le réalisateur lui-même ainsi que de celle d'Akira Wakatsuki (Akira Takatsuki), un producteur ouvert à l'idée d'aider financièrement Shôhei contre sa participation à un projet visant à prendre sur le fait, la présence quotidienne d'événements extraordinaires que lui seul semble être en mesure de voir. Sans argent et désormais sans abris, les deux hommes lui offrent l'opportunité de dormir durant une semaine dans leur bureau et de gagner de l'argent chaque fois qu'il aura la possibilité de filmer l'un des phénomènes en question. Portant dans le dos les stigmates de son agression au couteau survenue trois ans plus tôt et perpétrée par un déséquilibré qui s'est ensuite jeté d'une falaise, Shonei accepte. Alors qu'il vient de trouver un nouvel emploi, le voilà qui chaque jour fait suivre une petite caméra confiée par le réalisateur...


Si au départ, aucun fait étrange ou presque ne se manifeste, très vite les choses s'accélèrent et le spectateur est pris comme témoin d'une série d'événements très curieux qui vont les plonger lui et le personnage principal dans un univers très lovecraftien... Un monde qui jusque là était de l'ordre de l'indicible mais que Kôji Shiraishi va donc traiter à sa façon si particulière et même unique à vrai dire. Ce sens du cadre qui lui permet d'intégrer des éléments auquel l’œil peu exercé peut parfois échapper. Un objet survolant la scène de crime, trois ans plus tôt et qui au mieux et au départ, paraissait n'être que le survol d'un oiseau et qui au pire, était passé devant nos yeux sans que nous en ayons eu conscience... Là encore, le cinéaste japonais s'amuse avec le concept de Found Footage pour élaborer ce que l'on appelle un documenteur. L'objectif étant une nouvelle fois de créer l'illusion d'être devant d'authentiques événements alors que l'on sait pertinemment que tout est faux. Et pourtant, cela fonctionne. Et même si croire au défilé d'images qui se déroulent devant nous devient compliqué, la lente progression du récit qui s'aligne presque sur deux heures fascine par ce jeu de construction, entre enquête paranormale et surgissement de phénomènes surnaturels. Citant ainsi la présence d'ovnis et d'objets vaporeux parfois comparables à des orbes. Détail amusant, parmi les interprètes l'on aperçoit durant un cours moment le réalisateur Kiyoshi Kurosawa dans son propre rôle. Illustre cinéaste japonais qui nous gratifie régulièrement d'excellents films, tels Kyua en 1997, Kuriipii en 2016 ou encore Kuraudo l'année dernière... Bénéficiant de moyens qui malheureusement ne sont pas à la hauteur de ses ambitions, Kôji Shiraishi signe pourtant une œuvre passionnante même si l'on reste tout de même très loin de son immense Noroi. Sans doute trop long, le film aurait mérité d'être recentré autour de certaines séquences tandis que d'autres auraient méritées d'être jetées aux oubliettes. Il n'empêche que malgré des effets-spéciaux faits avec des bouts de ficelles et le savoir-faire d'un artisan sans le sou, Okaruto reste malgré tout au sommet du panier du genre Found Footage. Le japonais prenant visiblement un immense plaisir à développer continuellement ses ''obsessions'' pour des formes de ''vie'' très particulières...

 

dimanche 10 mai 2026

La poupée de Sophie Beaulieu (2026) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Dans Monique : toujours contente de Valérie Guignabodet, Albert Dupontel se trimbalait avec une poupée gonflable. De l'autre côté de l'Atlantique, Ryan Gosling développait dans Lars and the Real Girl de Craig Gillespie une relation émotionnelle avec lui aussi, une poupée. Dans Mannequin de Michael Gottlieb, il s'agissait pour le réalisateur de mettre en scène un mannequin de vitrine qui prenait vie et tombait amoureux d'un employé. Mais celui qui se rapproche sans doute le mieux du long-métrage dont nous allons parler ici nous vient du Japon avec Air Doll du cinéaste Hirokazu Kore-eda, dans lequel une poupée gonflable découvrait le monde après avoir pris vie ! Nous étions alors en 2009 et dix-sept ans plus tard, c'est au tour de la réalisatrice, scénariste, linguiste et traductrice française Sophie Beaulieu de s'atteler à la tâche de donner vie à un personnage inerte. Une poupée sexuelle conçue généralement pour le plaisir des hommes et qui dans le cas de La poupée est tout d'abord le moyen pour Rémi (excellent Vincent Macaigne) de faire table rase sur une séparation dont il a conservé des traces psychologiques. Devenu incapable d'aimer et d'éprouver des sentiments réels pour une femme (contacts physiques, chaleur humaine, etc...), ce vendeur de gazon synthétique qui travaille dans une petite entreprise uniquement constituée de collègues masculins vit donc depuis six mois aux côtés d'Audrey. Le concept, aussi absurde puisse-t-il paraître, repose pourtant sur un constat tout à fait réel puisque les Tpe Doll sont des poupées qui existent réellement et qui sont d'un réalisme parfois bluffant. Tandis que Rémi prévoit de se marier avec elle prochainement alors qu'il n'a toujours pas osé la présenter à ses collègues de travail ou à sa famille (en dehors de sa sœur qui sait qu'Audrey n'est qu'une poupée), l'entreprise GAZONZON accueille une jeune intérimaire qui durant l'absence pour congé parental de l'un des employés va le remplacer...


Une jeune femme pétillante qui semble pourtant en être revenue de ses relations avec les hommes. Étrangement, son arrivée dans la boite coïncide avec le ''réveil'' d'Audrey qui subitement se matérialise en femme en chair et en os... Visuellement, La poupée fait parfois penser à la comédie réalisée voilà dix ans par Franck Magnier, Les têtes de l'emploi. Dans un cas comme dans l'autre, tous deux évoquent parfois dans leur forme la mythique émission de télévision humoristique française Message à caractère informatif qui à la fin du vingtième siècle détournait de vieux documents vidéos d'entreprises. Ou encore la série Caméra café et sa bande de collègues de bureau dans une esthétique moderne relativement minimaliste. Un cachet qui se veut donc parfois cheap, désuet, voire ringard et sur lequel s'attarde pour son premier long-métrage Sophie Beaulieu avec cette petite start-up très masculine et travaillant dans la bonne humeur, jouant au baby-foot durant la pause et accueillant donc Patricia. Personnage incarné à l'écran par une Cécile de France qui à cette occasion est affublée d'une ridicule coiffure qui participera à l'élaboration de son personnage. Gentiment mythomane, certes, mais l'accroche entre elle et Rémi est pratiquement immédiate. Ahhhh, Rémi. Ce type à l'irrésistible bonhomie, à la voix douce et au courage tout relatif (il faut voir sa réaction face à sa poupée devenue femme). Et puis, il y a bien sûr Audrey. Poupée à taille adulte que son propriétaire déplace de pièce en en pièce, face à lui lorsqu'il cuisine et dîne, ou à ses côtés lorsqu'il regarde de vieux documents télévisuels mettant en scène les Grands Hommes de l'Histoire de France ou lorsqu'il dort ! Audrey, donc, interprétée Zoé Marchal, laquelle n'est autre que la fille de Catherine et Olivier Marchal. Nouvelle valeur sûre du cinéma et de la télévision française qui brilla tout récemment dans l'excellente mini série Les lionnes d'Olivier Rosemberg et Carine Prévot dans laquelle elle interprétait l'un des rôles principaux d'un quatuor de braqueuses de banques...


Dans le cas de La poupée, la jeune femme personnifie l'émancipation de son personnage qui jusque là, et à l'image de cette poupée incarnant une femme enfermée dans sa condition de victime du patriarcat, va donc notamment découvrir le libre arbitre ! Avec justesse, beaucoup d'humour, de sincérité et parfois même d'émotion, Sophie Beaulieu signe une comédie plus simple que simpliste. Drainant en outre comme un cahier des charges imposé, quelques idées bien dans l'air du temps comme la ''Non binarité'' ou son contraire, la ''Cisidentité'', à travers le personnage de Domi, la sœur de Rémi, interprétée par l'actrice Adèle Journeaux dont il s'agit ici du premier rôle sur grand écran. Faussement naïve, la comédie de Sophie Beaulieu est un véritable bol d'air frais et derrière le message que l'on pourrait parfois estimer d'opportuniste se cache l'une de ces rares bonnes comédies qui chaque année sortent en France. Originale, drôle, touchante, entre comédie romantique, satire sociale et fantastique, La poupée fonctionne très bien grâce à sa mise en scène sobre mais efficace et surtout grâce à l'excellent jeu d'acteurs. Notons d'ailleurs que parmi ces derniers, Marianne Basler et Gilbert Melki incarnent les parents de Rémi. À découvrir très vite en salle puisque le film est sorti il y a deux semaines environ...

 

samedi 9 mai 2026

Ça tourne à Saint-Pierre et Miquelon de Christian Monnier (2021) - ★★★★★★☆☆☆☆

 

 


Avec ses fausses informations télévisées présentant Roman Zodowski (Référence à Roman Polanski ? Andrzej Zulawski?) comme un original qui a connu le succès avec son premier long-métrage, Ça tourne à Saint-Pierre et Miquelon se révèle mensonger dans quasiment tous les domaines qu'il investit. Ce qui ne sera et surtout, devra pas être renvendiqué au sens péjoratif du terme tant l'objet que l'on tient ici en main paraît peu anodin. Sans être non plus tout à fait passionnant puisque bénéficiant d'un scénario rachitique et d'une mise en scène anémique, le second long-métrage de Christian Monnier (quinze ans après Le chien!) peut s'envisager comme un bol d'air frais iodé situant, comme le titre l'indique, son action à Saint-Pierre et Miquelon. Un archipel français plus connu pour son nom que pour sa zone géographique puisque contrairement à ce que l'on pourrait supposer, celui-ci n'est pas situé dans une zone proche de l'hexagone mais au sud-est de l'île canadienne de Terre-Neuve. C'est donc là-bas, très loin de chez nous et pourtant visuellement si proche de certaines de nos côtes que se déroule l'action de cette comédie qui soyons-en sûrs, n'emballera pas tout le monde. Les gamins sevrés aux jeux vidéos ou aux réseaux sociaux passeront leur temps au pied du canapé à consulter leur smartphone ou à discuter entre eux tandis que d'autres se demanderont quelle idée saugrenue est venue à l'esprit de leur proche de leur offrir ce cadeau empoisonné (DVD disponible depuis 19 octobre dernier). D'un point de vue personnel, Ça tourne à Saint-Pierre et Miquelon est un peu fade. Amusant sans être drôle, et nettement moins transgressif en terme de fantaisie que le En roue libre de Didier Barcelo découvert sur grand écran il y a quelques mois. Rien à voir entre l'un et l'autre, c'est vrai. Mais un brin de folie que les deux longs-métrages partagent malgré tout !


Dans cette comédie où Céline Mauge (l'actrice du même nom, dans son propre rôle) espère jouer dans le nouveau film du trublion du cinéma Roman Zodowski (interprété par l'acteur Philippe Rebbot, raison principale pour laquelle je me suis collé à la projection du film), il n'y à guère à manger en terme de pur comique de situation. Plutôt axé sur la détresse d'une comédienne désespérant de tourner avec son nouveau réalisateur, lui-même enfermé depuis des jours dans une baraque située à proximité du logement temporaire que l'héroïne partage avec deux membres de l'équipe technique, Ça tourne à Saint-Pierre et Miquelon s'emballe dans des séquences de boulimie lors desquelles des plats de morue font les frais de la nouvelle obsession de l'actrice. Entre l'attente et les crises d'hystérie de Céline Mauge, l'ingénieur du son Keanu (Jules Sitruk) et la régisseuse Adèle (l'actrice Adèle Lebon) composent un duo intéressant, entre un adepte des causes environnementales et animales et une jeune femme un brin garçonne. Afin d'apporter un peu de matière et de profondeur à un récit qui reste tout d'abord bloqué sur ses aspirations d'origine, Christian Monnier et l'actrice Sheila O'Connor (La boum 1 et 2 de Claude Pinoteau, P.R.O.F.S de Patrick Schulmann) imaginent une sous-intrigue qui bientôt prendra le pas pour ensuite faire corps avec le sujet du film que sont censés tourner ensemble l'actrice et le réalisateur. Interviennent ainsi Claire Nadeau, Patrick Bouchitey ou Dominique Pinon dans des rôles minimes mais parfaitement essentiels au dessus desquels surnage à peine Philippe Rebbot, malheureusement sous employé ! Céline Mauge porte donc presque à elle seule ce projet tout à fait particulier, de nature parfois automnale qui ne fera exploser de rire que peu de monde mais qui demeure tout de même relativement intriguant. Un moment de douce folie parfaitement accessible au commun des mortels mais qui paraîtra bien ennuyeux pour les habitués de transgressions cinématographiques. Une œuvre mi-figue, mi-raisin...

 

vendredi 8 mai 2026

They Will Kill You de Kirill Sokolov (2026) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

They Will Kill You. Un concept, pas de scénario, mais du fun à tous les étages avec pourtant, ce persistant message qui depuis maintenant pas mal d'années renverse les valeurs du Bien et du Mal sur grand écran en faisant systématiquement de l'homme blanc le nouveau stéréotype du méchant antagoniste quand dans le courant du vingtième siècle, la représentation du noir à l'écran passa par le ségrégationnisme, le racisme et plus tard l'emploi de la communauté dite afro-américaine dans des rôles de sauvages, de domestiques ou de criminels. Fort heureusement, la culture de l'africanité et sa reconnaissance ainsi que le courant culturel américain des années soixante-dix connu sous le nom de Blaxploitation eurent tendance à renverser la vapeur. Après la quasi disparition de ce courant, quelques cinéastes l'ont fait sporadiquement revivre et ça n'est que depuis quelques années, à travers des œuvres telles que Shaft de John Singleton, Black Dynamite de Scott Sanders ou le moins connu They Cloned Tyrone de Juel Taylor, que la Blaxploitation et la mise en avant de nouveau balbutiante de la communauté afro-américaine permet à certains de rediriger le discours vers un message politique encore plus engagé. Pour avoir essoré en long et en large un bon nombre de longs-métrages du genre datant des années soixante-dix, il est clair que l'une des différences fondamentales est désormais de glorifier l'homme de couleur en lui faisant endosser aussi souvent que cela lui est permis, le rôle du bon samaritain. Et si dans la Blaxploitation d'antan, le blanc était souvent remisé au second plan, considéré déjà de ''mauvais garnement'', parfois même parodié et donc souvent moqué, aujourd'hui, le temps des ''réparations'' semble être arrivé à son apogée et après des décennies d'incurie, les rôles se sont donc ''définitivement'' inversés... Tout commence (ou presque) lorsque Asia Reaves (Zazie Beetz) est séparée de sa jeune sœur Maria (Myha'la) après qu'elle ait tiré sur leur père d'une balle de pistolet. Un père (fouettard, et donc blanc, bien évidemment) qui contre toute attente demeure en vie. Ce qui n'empêche pas la fugitive d'être arrêtée puis enfermée pour les cinq années à venir...


Au sortir de la prison où elle a eu tout le temps de s'affranchir de ses codétenues en s'adonnant à la bagarre, Asia part à la recherche de sa sœur et apprend que depuis un certain temps, celle-ci travaille dans le très chic hôtel ''Le Majestic''. Tenu par une famille blanche aisée dont la directrice est l'épouse d'un certain Ray (Paterson Joseph), l'établissement est entretenu par une batterie de domestiques afro-américaines toutes dévouées à leur tâche. Changeant de nom, Asia se fait embaucher afin de retrouver Maria et de l'emmener loin avec elle... Mais les choses ne vont bien évidemment pas se dérouler telles que la jeune femme l'avait prévu... On le voit, le script de d'Alex Litvak et Kirill Sokolov est relativement succinct. Mais ce qui l'est plus ou moins selon le genre de films que l'on a l'habitude de regarder, c'est le ton outrancier avec lequel le réalisateur, scénariste et monteur russe Kirill Sokolov va traiter son sujet. Humour, gore et action s'entremêlant dans un tourbillon parfois vertigineux et plutôt distrayant. Mais là encore, selon que l'on soit un véritable cinévore ou un spectateur irrégulier, les références pourtant multiples ne sauteront pas forcément aux yeux de tous. Pourtant, il y a dans They Will Kill You, un peu du Kill Bill de Quentin Tarantino. Lui-même étant visiblement inspiré par le cinéma asiatique, l'on retrouve de nombreux combats à l'arme blanche et même parfois au fusil. Jouant avec les décors, entre chambres, couloirs et vides sanitaires, le long-métrage de Kirill Sokolov laisse une grande place à l'action, à travers des combats plutôt bien orchestrés même si l'on est très loin des prouesses techniques d'un The Raid réalisé par Gareth Evans en 2011 ou d'un City of Darkness signé de Soi Cheang en 2024. Concernant le gore, c'est encore du côté de l'Asie qu'il faudra pencher le regard puisque en dehors de quelques menues tripailles, l'hémoglobine gicle davantage à la manière de geysers comme dans Tokyo Gore Police de Yoshihiro Nishimura, Machine Girl Noboru Iguchi ou encore Meatball Machine de Yūdai Yamaguchi et Junichi Yamamoto. Bref, rien de très fin mais le film possède malgré tout quelques plans virtuoses, une direction artistique pas dégueu et une pêche d'enfer...

 

jeudi 7 mai 2026

Terminal Choice (Hardware : Meurtres par Ordinateur) de Sheldon Larry (1985) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Curieusement traduit en Allemagne sous le titre Todespoker (''Poker de la mort'') bien que cela ait en réalisé du sens et chez nous sous celui de Hardware : Meurtres par Ordinateur, le thriller horrifique de Sheldon Larry Terminal Choice se déroule intégralement dans une clinique américaine presque entièrement automatisée. L'entièreté des processus vitaux étant gérée par un puissant ordinateur, médecins et infirmières n'interviennent que lors d'opérations chirurgicales. Le personnage principal du récit se nomme Frank Holt et pour lui, les jours à venir vont s'avérer plutôt compliqués. En effet, l'une des patientes dont il avait la responsabilité meurt dans d'étranges circonstances. Les doses prescrites pour son traitement ayant été modifiées, celles-ci sont devenues léthales et la patiente est morte d'une hémorragie externe globale. Mais lorsque un autre malade dont il avait également la charge vient à décéder, les soupçons se portent directement sur lui. Et pour cause puisque le docteur Frank Holt est un ancien alcoolique qui désormais est soupçonné d'avoir repris la boisson et de s'être montré négligeant. Son ex petite amie Anna et lui vont non-officiellement se lancer dans la traque de celui qui semble tout manigancer afin de lui nuire tandis que le docteur Dodson sera chargé d'enquêter sur la série de meurtres qui continue d'endeuiller la clinique... Si Terminal Choice sort en salle aux Etats-Unis en mai 1985 sous ce titre, une seconde sortie est prévue cinq mois plus tard cette fois-ci sous le titre Death Bed ! Le titre du long-métrage connaîtra d'ailleurs plusieurs changements. C'est ainsi qu'il portera les noms de Critical List, Death List ou encore Trauma. Une habitude courante dans les années quatre-vingt qui permettait aux distributeurs de rallonger la vie de ce type de séries B vouées à finir leur existence dans les rayons des vidéoclubs. Le héros Frank Holt est interprété par l'acteur Joe Spano dont la carrière a débuté au début des années soixante-dix et n'a pas faibli depuis puisque entre la télévision et le grand écran il a tourné dans quatre-vingt dix longs-métrages et épisodes de séries télévisées. Notons parmi ses faits d'arme, la version féminine de L'homme qui rétrécit en 981 avec The Incredible Shrinking Woman de Joel Schumacher, la série Capitaine Furillo, le téléfilm Le grand tremblement de terre de Los Angeles en 1990 ou sa participation à deux épisodes de la série X-Files ainsi qu'à l'excellent Apollo 13 e Ron Howard en 1995...


Son personnage est donc ici accompagné de son ancienne amante Anna qu'interprète l'actrice Diane Venora qui sera notamment nommée aux Golden Globes en 1988 pour son rôle de Chan Parker Richardson dans Bird de Clint Eastwood. Parmi les personnages secondaires qui apparaissent comme de potentiels coupables, citons Robert Joy dans le rôle du docteur Rimmer ou bien Nicholas Campbell (Chromosome 3 et Dead Zone de David Cronenberg) dans celui d'Henderson. Parmi les victimes, nous reconnaîtrons l'actrice Teri Austin que l'on a pu notamment découvrir dans le soap opera Côte Ouest ainsi que dans différentes séries télévisées telles que Code Quantum, Arabesque ou encore La loi de Los Angeles avant qu'elle ne mette un terme à sa carrière afin de se consacrer à la protection des animaux en 2001. Le scénario de Neal Bell et Peter Lawrence perd volontairement les spectateurs dans tout un tas d'hypothèses sans pour autant être capables de rendre l'ensemble cohérent. Grippé par une mise en scène flemmarde et une interprétation vraiment pas à la hauteur des ambitions scénaristiques, Terminal Choice peut se voir comme une version émminamment allégée de concepts croisés tels que L'ascenseur de Dick Mass, Morts suspectes de Michael Crichton et même l'épisode de la série de science-fiction télévisée X-Files, Un fantôme dans l'ordinateur. Pourtant, le film de Sheldon Larry ne parvient à maintenir l'attention qu'à travers l'envie de connaître la vérité et grâce à quelques passages sanglants relativement répétitifs. Notons en outre que dans le rôle du docteur Dodson, l'acteur David McCallum (Des agents très spéciaux, L'homme invisible, NCIS: Enquêtes spéciales, etc...) est malheureusement sous employé. Bref, Terminal Choice demeure très anecdotique...

 

mercredi 6 mai 2026

The Crawlers aka Contamination.7 aka Troll 3 : Contamination de Joe D'Amato et Fabrizio Laurenti (1990)) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

 

Parfois honteusement titré Troll 3 : Contamination (mais qui donc de parfaitement sain d'esprit voudrait surfer sur le Troll de John Carl Buechler ou sur Troll 2 de Claudio Fragasso ?), The Crawlers de Joe D'Amato et Fabrizio Laurenti (tous deux respectivement cachés sous les pseudonymes de David Hills et Martin Newlin) sent d'emblée le nanar italien à plein nez. Comme tenterait à le prouver la société de production cinématographique fondée par Joe D'Amato en 1980, la Filmirage. Laquelle abritera dès lors nombre des productions réalisées par l'auteur d'Anthropophagus et d'Ator l'invincible ainsi que celles de plusieurs de ses compatriotes italiens, tels Umberto Lenzi, George Eastman, Claudio Fragasso ou encore Lucio Fulci. Firme à laquelle rendront d'ailleurs hommage dans notre pays David Didelot et ses collaborateurs à travers les quelque cent quatre-vingt huit pages de l'avant dernier numéro du cultissime fanzine Vidéotopsie paru en décembre 2017. L'écologie se retrouvant régulièrement au centre de diverses intrigues au cinéma, dans les années quatre-vingt, la mode était aux containers de déchets radioactifs, généralement abandonnés dans la nature. Deux ans avant que la catastrophe de Tchernobyl ne survienne au niveau du réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire V. I. Lénine à Pripiat, Douglas Cheek réalise le sinistre C.H.U.D dans lequel des clochards vivant dans les égouts de New York où sont entreposés des fûts de déchets radioactifs se transforment en mutants avant de s'attaquer aux habitants de la ville. La même année, les fondateurs de la société de production et de distribution de films américaine Troma Entertainment Michael Herz et Lloyd Kaufman démarrent le projet Tromaville et lancent toute une série de longs-métrage dont les plus célèbres d'entre tous demeurent les franchises The Toxic Avenger et Class of Nuke'Em High. Dans la première, le souffre douleur d'une université tombe dans un container radioactif et sous l'effet de la radiation se transforme bientôt en super-héros difforme sauvant la veuve et l'orphelin. Dans la seconde, une usine de produits chimiques est directement implantée en plein cœur de Tromaville, au grand dam des étudiants de l'université et des habitants de la cité. Dans une même veine, nous pourrions citer également Redneck Zombies de Pericles Lewnes, autre production Troma Entertainment dans laquelle, cette fois-ci en 1989, des individus se transforment en zombies après être entrés en contact avec un bidon de ces mêmes déchets radioactifs abandonné dans une forêt !


Quelques rares exemples de longs-métrages pas vraiment sérieux sur la forme et parfois, excessivement gore. Doté d'un budget que l'on devine aussi riquiqui que ceux alloués aux productions de Michael Herz et Lloyd Kaufman, The Crawlers, également connu sous le titre Contamination.7, prend pour cadre une petite bourgade de l'Amérique profonde. Ici, pas de rednecks mais un propriétaire de centrale nucléaire et un shérif corrompus jusqu'à la moelle. Les héros ? Un groupe de jeunes gens parmi lesquels, une jeune femme revenant dans sa ville natale des années après s'être installée dans une grande ville. Celle-ci réapparaît comme par hasard au moment où d'horribles événements vont se produire. En effet, alors que le propriétaire de l'usine produisant des déchets radioactifs s'en débarrasse en les faisant jeter dans la forêt alentour, la nature commence à se comporter de manière tout à fait inattendue. Effectivement, comme mues par une force invisible, les racines des arbres sortent de terre et avancent vers les habitations où elles s'attaquent à leurs propriétaires. C'est aidée de ses amis et de sa famille que Josie (l'actrice Wanja Mary Sellers) va tenter d'alerter les autorités, à défaut de quoi, le groupe tentera lui-même d'endiguer la lente mais irrémédiable progression meurtrière des végétaux... Aussi absurde que puisse être le sujet, The Crawlers fonctionne malgré tout et ce, sans être trop ridicule. La chose n'étant pas vraiment inédite, Sam Raimi avait déjà visuellement mis en pratique l'assaut et le viol d'une jeune femme par les branches d'un arbre dans le film d'horreur culte Evil Dead en 1981 ! Ici, rien d'aussi remarquablement créatif. L'on est plus proche d'une petite production à la manière de Kingdom of the Spiders de John « Bud » Cardos. Les araignées étant donc ici remplacées par des racines. Relativement répétitif, le long-métrage de Joe D'Amato et Fabrizio Laurenti réserve cependant deux ou trois plans gore plutôt sympathiques et efficaces. En revanche, l'on n'adouberons absolument pas l'infâme partition musicale composée par Carlo Maria Cordio qui dans le genre ''soupe'' est moins proche d'un velouté que de ces vieilles préparations à base de légume majoritairement constituées d'eau que nos vieux nous infligeaient voilà un demi siècle ! Au final, The Crawlers se regarde sans déplaisir. Comme un téléfilm du dimanche soir sur M6. Une curiosité qui n'a rien de mémorable mais qui aura le mérite de remplir un début de soirée morose...

 

mardi 5 mai 2026

The Headless Eyes de Kent Bateman (1971) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Il y a diverses façons d'aborder une œuvre telle que The Headless Eyes de Kent Bateman. Soit par curiosité pour tout objet filmique non identifié. Soit par rejet pour tout ce qui touche à la dépravation. Soit par fascination, et ce pour ces mêmes raisons. Celui-là a de bonnes raisons d'offrir matière à la discussion. Un OFNI qui l'est moins pour sa saveur de petite production fauchée comme les blés que pour son approche morbide et amateur de son sujet. Une thématique qui déjà à l'époque n'innovait déjà plus vraiment mais dont les charmes sont à ranger du côté crapoteux insufflé par l'image poisseuse, la réalisation bancale et l'interprétation habitée de son principal protagoniste. Un sujet autour duquel se concentre d'ailleurs la totalité du long-métrage. Car ici, l'enquête policière et les différentes déclarations des médias semblent être les derniers des soucis du réalisateur, scénariste et producteur qui signait là son tout premier long-métrage. Une carrière erratique pour Kent Bateman qui ensuite tournera deux films d'aventure, cinq épisodes de séries télévisées ainsi que le drame Bench at the Edge. Tout ceci en vingt-sept ans de carrière. Le bonhomme ne consacrant pas davantage de temps à l'écriture de scénarii ou à la production d’œuvres télévisées ou cinématographiques dont les mises en scène ne lui étaient d'ailleurs pas toutes destinées. Des types comme Arthur Malcolm (l'acteur suédois Bo Brundin dont la sporadique carrière s'étendra jusqu'en 2012), le monde en a connu un nombre invraisemblable. Rejoint très rapidement par la fiction qui s'est faite l'écho des exactions d'individus on ne peut plus inspirés lorsqu'il s'agit de s'en prendre à leurs semblables. Dans le grand Œuvre qui sert d'exutoire et de dispensaire aux refoulés qui ne sont jamais passés à l'acte et ont toujours préféré se délecter des pires horreurs projetées sur petits et grands écrans, The Headless Eyes se situe presque très exactement au croisement de deux des œuvres les plus marquantes de l'histoire du cinéma d'horreur et d'épouvante. Et pour être plus précis, celles qui mettent en scène des tueurs en série dont l'usage d'armes diverses et variées ne souffrent d'aucun manque d'imagination. Six ans auparavant, le pape du gore Herschell Gordon Lewis imaginait concevoir un film tournant autour d'un artiste-peintre (Gordon Oas-Heim dans le rôle d'Adam Sorg) qui dans Color me Blood Red tuait ses semblables afin de prélever leur sang et ainsi ajouter à ses œuvres un rouge ''parfait''.


De son côté, William Lustig créera en 1980 avec Maniac l'un des tueurs en série les plus iconiques et les plus flippants du septième art en la personne de Frank Zito (formidablement incarné par Joe Spinell. Un individu en proie à de terribles cauchemars dus à un sérieux complexe d’œdipe qu'il choisissait de résoudre en tuant principalement des femmes dont il prélevait ensuite les scalps pour les emmener dans sa sordide tanière et les planter au sommet des crânes de mannequins d'exposition. Au titre de ces deux exemples, The Headless Eyes emprunte au premier sa technique rudimentaire, à base de faux sang trop épais pour être honnête, de mise en scène bénéficiant de moyens financiers ridicules et d'une direction d'acteurs déplorable. Ajouté à cela, un faux hommage à Color me Blood Red auquel il emprunte également la profession de son héros, lui aussi artiste-peintre ! Près d'une décennie avant que Frank Zito ne vienne hanter les rues nocturnes de New-York pour y assassiner prostituées et autres représentantes féminines à la cuisse légère, Artur Malcolm opta bien avant lui pour des méthodes relativement peu commune. Car si des années plus tard Frank aura tendance à rentrer à la maison avec dans ses poches des sachets de plastique transparents renfermant des tribus prélevés à ses victimes, Arthur aura bien avant lui pensé à faire de même en ramenant dans son antre, les yeux des siennes. Victime lui-même d'une énucléation administrée par une femme qu'il tentait deux ans auparavant d'étrangler, voici que l'on découvre un individu totalement désaxé, obsédé par la question des yeux et hanté par on ne sait quelle entité qui s'amuse à lui glisser dans le creux de l'oreille des mots qui le poussent à agir de manière monstrueuse envers les femmes. Pour être tout à fait honnête, The Headless Eyes est assez mauvais. Bien qu'il remémore de manière relativement excitante les prémices du gore sur grand écran et que Bo Brundin est véritablement habité par son personnage, le gros soucis avec le long-métrage de Kent Bateman se situe surtout aux niveaux de l'écriture et du rythme. Passée une première demi-heure satisfaisante, ça n'est pas faire offense au réalisateur et à son œuvre que de dire qu'ensuite l'on se fait horriblement chier durant le reste du récit. Notons malgré tout que la bande-son signée d'un parfait inconnu demeure un modèle d'étrangeté que l'on rangera du côté de celle de Massacre à la tronçonneuse, oui, oui. Bref, une curiosité pour tous les amateurs de Serial Killers pas trop exigeants...

 

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