En grand pourvoyeur de
polars et autres thrillers à la française, le réalisateur et
scénariste Serge Leroy signait en 1977 Les passagers
avec Jean-Louis Trintignant aux commandes de sa voiture et dans le
rôle d'Alex Moineau et Richard Constantini qui dans celui de son
beau-fils Marc incarne le personnage de Marc, le fils de sa nouvelle
épouse Nicole qu'interprète de son côté la superbe Mireille Darc.
Tandis qu'Alex remonte à bord de son véhicule et en compagnie de
Marc la route qui mène de Rome à la capitale française, une
étrange camionnette entièrement noire les suit de près sur
l'autoroute, disparaissant la nuit tombée lorsque l'homme et le
garçon dorment à l'hôtel pour ensuite réapparaître derrière
eux. Vu le déroulement de l'intrigue, on pense presque immédiatement
au téléfilm culte de Steven Spielberg Duel
que l'américain réalisa en 1971. Un long-métrage très anxiogène
qui inspira étonnamment la même année, en 1977, deux œuvres dont
les similitudes les rapprochent de ce que l'on appelle communément
des films jumeaux. Du moins en partie puisque si dans L'enfer
mécanique
d'Elliot Silverstein le mystère reste quasiment total jusqu'à
l'issue de l'intrigue, Serge Leroy et Jean-Pierre Vergne (en
co-scénariste) ont la mauvaise idée de vendre l'identité de celui
qui traque les deux principaux protagonistes après seulement dix
minutes ! Autant dire que concernant le mystère qui entoure ce
personnage et les origines de sa camionnette ne font pas long-feu...
Sur un rythme relativement soporifique, Serge Leroy met en scène un
road movie, entre l'Italie et la France. Une grande majorité du
récit se déroule sur les autoroutes transalpines, entre bitume et
chambres d'hôtel avec en point de mire celui qui poursuit pour on ne
sait quel but au départ, Alex et Marc. Mais là encore, allez savoir
pour quelle raison mais le cinéaste préfère livrer au spectateur
un élément essentiel qu'il aurait mieux fait de garder pour lui
tout au long de l'histoire. En effet, parce qu'il semble vouloir
mettre rapidement en scène la toujours magnifique Mireille Darc,
Serge Leroy ne fait aucun mystère du lien qui existe entre elle
et..... Bernard Fresson qui dans la peau de Fabio apparaît donc
comme son ancien amant. Un homme qui accepte mal que son ancienne
compagne l'ait quitté pour un autre homme...
Les
pièces du puzzle se mettent alors en place avec une certaine logique
et le spectateur n'a plus qu'à constater le résultat sans avoir eu
besoin de réfléchir à la question ne serait-ce qu'au-delà des dix
ou quinze premières minutes. Si Jean-Louis Trintignant interprète
un beau-père simple, doux, discret et très compréhensif vis à vis
d'un Marc très en avance intellectuellement sur son âge, Bernard
Fresson incarne quant à lui un individu plutôt inquiétant,
totalement obsédé par Nicole, atteint de troubles psychiatriques
qui le font commenter ses actes devant une Nicole qui pourtant est
absente. Des séquences où apparaît justement Mireille Darc afin de
figurer la folie qui s'est emprise de Fabio depuis qu'elle l'a
quitté ! Car à la vérité, la jeune femme est au chaud, chez
elle, à Paris et à attendre son fils et son mari tandis qu'eux, les
pauvres, subissent un haut niveau de stress même s'ils éprouvent
quelques difficultés à se l'avouer. Les
passagers
reste donc le Duel
du pauvre, souffrant majoritairement d'une flagrante absence de
rythme qui nuit souvent au récit. D'autant plus que le film se
déroulant généralement à bord du véhicule conduit par
Alex/Jean-Louis Trintignant, le récit ne peut même pas compter sur
ses dialogues qui eux-mêmes s'avèrent souvent très banals. Pas de
quoi frissonner même si en tueur (misogyne ?) disséminant ça et là
les cadavres (dont deux motards de la police italienne) Bernard
Fresson fait ce qu'il peut pour se rendre effrayant. Notons malgré
tout une particularité intéressante s'agissant du scénario puisque
il s'inspire en fait d'un roman écrit par l'un des plus grands
auteurs d'épouvante et d'horreur de la littérature américaine,
Dean Koontz qui sous le pseudonyme de K.R.Dwyer signa en 1973 le
roman Shattered
qui
chez nous fut publié en 1977 sous le titre Les
passagers...
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