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lundi 7 juillet 2025

Shadow Force de Joe Carnahan (2025) - ★★★★☆☆☆☆☆☆


C'est non sans un certain dégoût mêlé d'enthousiasme, s'il est bien entendu possible de concilier les deux, que j'ai choisi en cet après-midi de canicule de prendre le temps de m'infliger le dernier long-métrage du réalisateur, scénariste et producteur californien Joe Carnahan. Avec sa bonne bouille de bouffeur de hamburgers, on pourrait presque d'avance tout lui pardonner. Même (et surtout) d'avoir retenu dans son sillage, l'acteur français Omar Sy. À ce sujet, si d'autres que Joe Carnahan pouvaient d'ailleurs le retenir sur le territoire américain avant qu'il ne vienne faire des ravages dans notre pays, ils sont les bienvenus. Après avoir participé à The Killer de John Woo version 2.0 qui selon de très nombreux échos serait une purge (affirmation qu'il va me falloir vérifier très prochainement) et après être (heureusement) apparu timidement dans le thriller d'Anne Le Ny l'année dernière avec Dis-moi juste que tu m'aimes, voici qu'Omar Sy revient dans ce qui semble être un film de ''pure'' Blaxploitation. Genre prolifique et essentiel dans les années soixante-dix et portant sur la revalorisation de l'image des Afro-Américains dans la culture, aujourd'hui, le genre s'est paré d'un discours Woke que l'on peut raisonnablement considérer de faisandé ! Alors que l'acteur français vit désormais retranché aux États-Unis afin d'y tenir le rôle principal d’œuvres dont on considérera qu'elles peuvent être charitables envers lui au vu du pedigree du bonhomme, en France, celui-ci jouit d'une bien mauvaise réputation, crachant sur son pays d'origine et, par delà l'Atlantique, considérant qu'en terme de racisme, ''il reste du travail à faire''... Et l'on comprend tout à fait de quel sujet précis Omar Sy veut parler ! Alors que Shadow Force s'est pris un four aux États-Unis, sachant que le pays concentre environ trois-cent quarante millions d'habitants et que le long-métrage n'a engrangé qu'un dixième de son budget, dans l'hexagone l'on n'a pas pris les mêmes risques puisqu'il est directement sorti sur la plateforme Amazon Prime jeudi dernier. Pas de sortie en salle, et c'est tant mieux.


Après, qu'il mérite ou non toutes les critiques qu'il s'est prise dans la tête, le film n'est pas absolument impossible à supporter jusqu'à son terme. Tout au plus doit-on l'envisager comme un film d'action du pauvre. Si Omar Sy trône parmi les principaux interprètes, il faut savoir que c'est par défaut. Alors que sa compagne à l'écran Kerry Washington avait dès le départ été envisagée, avant que le français ne débarque sur le tournage, les producteurs avaient imaginé l'acteur américain Sterling K. Brown dans le rôle d'Isaac Sarr. Principalement incarné par des interprètes d'origine afro-américaines en dehors d'Omar Sy, le grand méchant du récit est interprété par l'acteur blanc Mark Strong. Celui-ci incarne le rôle de Jack Cinder, ancien directeur de la Shadow Force, une organisation multinationale formée autour d'hommes et de femmes surarmés chargés d'attaquer terroristes, dictateurs et autres joyeusetés. Mais depuis cinq ans, l'organisation a été défaite depuis le départ d'Isaac et de Kyrah Owens (qui est donc interprétée par Kderry Washington). Tombés amoureux l'un de l'autre, ils sont désormais les parents du petit Ky (Jahleel Kamara) qui vit aujourd'hui avec son père tandis que sa mère semble avoir totalement disparu de la circulation... Mais alors qu'un jour Isaac se rend à la banque, des braqueurs débarquent et mettent en jeu les clients et le personnel. Par un subterfuge dont le spectateur ne parviendra pas à s'expliquer la méthode employée par l'ancien mercenaire, Isaac parvient à mettre les braqueurs hors service. Malheureusement, la scène à été filmée par les caméras de surveillance et par des smartphones et dès lors, Jack Cinder va reformer le groupe de la Shadow Force afin de retrouver et se venger de Kyrah et d'Isaac qu'il considère comme des traîtres... Avec un tel script, on s'attend à de l'action pure et dure. Ce qu'offrent effectivement quelques séquences pas désagréables à regarder.


Mais sorti de ces quelques poursuites, bagarres et fusillades, le film s'enfonce dans des lignes de dialogues interminables. Le réalisateur et ses interprètes tentant ainsi d'apporter un peu de profondeur à un long-métrage qui en manque pourtant cruellement. Impossible ensuite d'identifier Omar Sy comme le héros idéal alors qu'un Denzel Washington, un Laurence Fishburne ou un Samuel L. Jackson auraient parfaitement fait le taf. Peut-être et même sans doute trop âgés pour assumer désormais ce type de rôle, c'est donc bien au français que le rôle a été confié. Bourré d'invraisemblances telles que l'on se demande dans quelles mesures le film ne se parodierait pas lui-même, la séquence située à l'intérieur de la banque est emblématique du soucis rencontré avec l’écriture. Imaginez : des hommes surarmés, au nombre de quatre ou cinq, face à un homme seul, sans possession du moindre objet qui lui permettrait de prendre le dessus sur ces criminels. Et pourtant, Isaac y parvient. La séquence est filmée à l'arrache et de telle manière qu'elle permet de conclure la scène sans avoir eu à justifier telle ou telle méthode employée par notre héros ! Du gros foutage de gueule mais en fin de compte, un grand moment de poilade ! S'ensuivent donc les retrouvailles entre Isaac et Kyrah. Des séquences on ne peut plus chiantes, entrecoupées de rares scènes d'action dont une course-poursuite sur une route embrumée. Pas mal, pas mal, mais lorsque l'on vous fait croire que le bolide que vous avez entre les mains est capable de résister à n'importe quel impact ou contact et que dès les premiers tirs une vitre latérale explose, là encore, on croit comprendre que les auteurs se fichent de nous ! Avec son final long et amusant, le film essaie de rectifier le tir mais il est déjà trop tard...


dimanche 12 juin 2022

Mais qui a re-tué Pamela Rose ? de Kad Merad et Olivier Baroux (2012) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

À l'origine, il faut remonter jusque dans les années quatre-vingt dix lors desquelles, le duo d'humoristes Kad Merad et Olivier Baroux animaient l'émission Rock'n'roll circus sur Oui FM ! Entre 1992 et 1997, il mettent effectivement en scène des sketchs et parmi ceux-ci, une série intitulée Mais qui a tué Paméla Rose ? dont le titre faisait très clairement référence à la série américaine créée par le réalisateur David Lynch, Twin Peaks. Une série humoristique radiophonique qui se transforme ensuite en une série télévisée elle aussi bourrée d'humour lorsque le duo intègre l'équipe de La Grosse émission diffusée sur Comédie !. Deux ans après leur passage sur la chaîne créée à l'origine en 1997 par l'ancien Nuls Dominique Farrugia, Kad Merad et Olivier Baroux se retrouvent au cinéma grâce à l'adaptation de leurs sketchs sur grand écran. C'est le réalisateur Eric Lartigau qui réalise la version cinématographique simplement intitulée Mais qui a tué Pamela Rose, lequel en profite ainsi pour débuter sa carrière au cinéma (on le verra d'ailleurs trois ans plus tard derrière la caméra de Un ticket dans l'espace dans lequel il retrouvera les deux humoristes ainsi que Guillame Canet, André Dussollier, Thierry Frémont ou les deux anciens Robins des Bois, Marina Foïs et Pierre-François Martin-Laval. Quant à Mais qui a tué Pamela Rose, il sera pour Olivier Baroux l'occasion de jouer pour la première fois au cinéma tandis que son comparse avait déjà figuré pour de petits rôles dans une poignée de longs-métrages (Le pharmacien de Garde de Jean Veber ou La beuze de François Desagnat et Thomas Sorriaux). Alors qu'il a déjà réalisé quatre films dont le premier volet de la saga Les Tuche ou l'excellent L'italien (dont il offrit le premier rôle à son binôme humoristique), Olivier Baroux réalise lui-même en 2015 une suite inattendue de l'adaptation de leur série de sketchs sous le titre (absurde mais bien dans le ton de l'humour du duo) Mais qui a re-tué Pamela Rose ?. Si cette fois-ci Eric Lartigau ne fait plus partie de l'aventure, Olivier Baroux ne sera pas seul à la mise en scène puisque Kad Merad qui jusque là n'avait réalisé qu'un seul long-métrage (Monsieur Papa en 2011) sera à ses côtés afin d'assurer une partie de la réalisation. ..


Réalisé presque dix ans après les premières aventures du duo d'agents du FBI Richard Bullit et Douglas Ripper qui en 2003 furent conviés à enquêter sur la mort d'une jeune femme survenue dans la petite localité de Bornsville, les deux hommes ne se sont plus revus depuis très longtemps. Trahit par Ripper qui lui a volé sa petite amie (Laurence Arné dans le rôle de la blonde botoxée, Linda), Bullit vit désormais dans un quartier tranquille, entouré de voisins charmants tandis que Ripper, bedonnant et déprimé depuis qu'à son tour il se soit fait volé le cœur de celle qu'il aime par son supérieur hiérarchique (Laurent Lafitte, égal à lui-même, dans le rôle de David Perkins) continue d'exercer son métier d'agent du FBI. Oui mais voilà, le corps de Pamela Rose ayant disparu après avoir été exhumé, les deux hommes vont se réunir à nouveau afin de se lancer dans une nouvelle enquête. Première constatation : il ne reste plus grand monde du casting d'origine. À dire vrai, si l'on ne tient pas compte du fait que Laurent Lafitte était au générique du premier dans le rôle d'un ambulancier et Lionel Abelanski dans celui d'un lieutenant seuls Kad Merad et Olivier Baroux reprennent du service. Exit donc Gérard Darmon, Jean-Paul Rouve, Bénédicte Loyen, François Cluzet, Alain Chabat qui faisait une très sympathique apparition dans le rôle d'un chanteur de country ou encore Marina Foïs en cliente de pharmacie et Virginie Ledoyen en femme de ménage espagnole. Dans cette séquelle, nous retrouvons donc Audrey Fleurot dans le rôle de la présidente des États-Unis of America, Laurent Lafitte, comme précisé plus haut, Guy Lecluyse dans celui de Steven Kowachek ou Omar Sy dans la peau du garde du corps William Mosby. Sans compter tous les petits rôles composés par François Morel, Alain Doutey, Patrick Bosso ou bien encore le chef-cuisinier Guy Savoy qui interprète son propre rôle...


Olivier Baroux et Kad Merad demeurent une fois de plus à l'écriture, toujours accompagnés par le scénariste Julien Rappeneau. Si le premier long-métrage réunissant les personnages de Bullit et Ripper avait été exclusivement tourné dans l'hexagone, une partie du second fut par contre réalisée sur le territoire américain et plus précisément à Washington où se situe la Maison Blanche. Les deux acteurs/réalisateurs expliqueront d'ailleurs la présence de faux raccords par la volonté de vouloir exploiter au maximum les prises de vue exécutées devant le célèbre monument. On retrouve bien entendu l'humour typique du duo même si en comparaison cette séquelle est un peu plus faible que le premier volet en terme de comique. Mais qui a re-tué Pamela Rose ? mêle une fois de plus comédie et policier et les gags naviguent entre absurde et grotesque. Que le film n'ait pas la portée des sketchs d'antan ne fait aucun doute mais il n'en bénéficie pas moins de quelques séquences plutôt amusantes comme l'interrogatoire mené par un Bullit en mode ''pervers'' auprès d'une jeune femme dans une église, le coup de la porte qui claque, le combat de catch ou la visite de l'avion présidentiel Air Force One. Malheureusement, le long-métrage a du mal à tenir sur la longueur et souffre de la présence de séquences inutiles dont l'humour tombe à plat. Mais pour une alternative française à l'esprit des ZAZ, Mais qui a re-tué Pamela Rose ? ne s'en sort pas trop mal. Et puis, c'est à cette époque là, toujours un plaisir que de voir se recomposer le fameux duo Kad et O. À noter que les aventures de deux des agents du FBI les plus maladroits ne se sont pas terminées avec la sortie de ce film puisque fin 2020, Kad Merad et Olivier Baroux ont créé un concept de film audio basé sur leur célèbre duo. La chose se nomme Bullit et Riper et a été diffusée pour la première fois sur Canal+ le 25 décembre de cette même année...

 

samedi 7 mai 2022

De l'autre côté du périph de David Charhon (2012) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Quatre longs-métrages à son actif depuis 2008 et parmi eux, trois purges (Cyprien, Les naufragés et Le dernier mercenaire°. Autant dire que la filmographie du réalisateur français David Charhon ne brille pas vraiment dans le cœur des cinéphiles. Pas même grâce à De l'autre côté du périph qu'il tourna en 2012 et qui demeure à ce jour l'unique film de sa carrière demeurant encore tout à fait envisageable lors d'une soirée plateau-télé. C'était il y a dix ans et HEUREUSEMENT, mes revendications en matière de comédies françaises n'avaient pas atteint le degré d'exigence qui aujourd'hui est la conséquence d'un trop grand nombre de déceptions. Dix ans que ma compagne et moi étions sortis de l'une des salles du cinéma CGR de Narbonne, plutôt satisfaits du spectacle auquel nous avions assisté. Surtout Anna puisque de mon côté, étant un fervent amateur de Buddy Movies à l'américaine (la franchise L'arme fatale à laquelle on rattachera d'office le film de David Charhon ou bien le diptyque 48 heures avec Eddie Murphy et Nick Nolte) et même à la française (la trilogie de Francis Weber constituée de La chèvre, Les compères et Les fugitifs tous les trois interprétés par Gérard Depardieu et Pierre Richard), la comparaison entre les classiques du genre auquel nous pourrions ajouter Un fauteuil pour deux de John Landis et des dizaines d'autres merveilleuses comédies s'arrête justement aux portes de ce périphérique qui sépare nos deux flics français. Alors que vient d'être mis à disposition sur la plateforme Netflix la suite de De l'autre côté du périph intitulée cette fois-ci Loin du périph, film qui désormais est réalisé par Louis Leterrier (réalisateur du Transporteur 1 & 2 en 2002 et 2005, de Danny the Dog lui aussi en 2005 ou du remake du Choc des titans cinq ans plus tard), petit retour sur le premier volet...


Dix ans après sa sortie sur les écrans de cinéma français, le constat est là : De l'autre côté du périph a plutôt mal vieilli et surtout, s’essouffle particulièrement dans sa dernière partie. Comme l'on pouvait l'imaginer, le film est à certains endroits un condensé de clichés sur la banlieue mais n'épargne pas pour autant le flic issu des quartiers chics de la capitale française. Une monnaie d'échange qui permet éventuellement d'équilibrer le nombre de vannes que se partagent alors Omar Sy et Laurent Lafitte, pensionnaire de la Comédie-Française. Le concept du long-métrage de David Charhon est fort simple : impliquer dans une enquête policière deux individus que tout oppose. Un noir et un blanc. Un flic de la banlieue habillé d'un blouson à cagoule et un second de Paris vêtu d'un costume chic. Les méthodes des deux hommes également divergent l'une de l'autre. Ce qui donne lieu à des situations gênantes pour deux individus qui au fil du temps vont pourtant créer une certaine complicité. Une complémentarité qui leur permettra d'avancer sur une enquête mettant en cause le préfet Jean-Eric Chaligny dont l'épouse Eponine a été retrouvée morte, étendue sur un tas d'ordures. La rencontre entre un capitaine de la police criminelle de Paris et un policier de la section financière de Bobigny aurait pu et dû être explosive mais le film ne s'avère en fait rien d'autre qu'un pétard mouillé à peine sauvé par quelques situations et répliques bien senties qui ne parviennent malheureusement pas à hisser De l'autre côté du périph au dessus du lot des comédies françaises sorties sur les écrans en cette année 2012. Surtout que fut proposé la même année l'excellent Le prénom d'Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte. Un an après Les Intouchables, énorme succès réalisé par Eric Toledano grâce auquel Omar Sy obtient la reconnaissance, David Charhon profite de sa renommée pour se racheter une conduite après son pathétique Cyprien réalisé trois ans auparavant. La véritable valeur ajoutée du film, c'est bien évidemment la présence de Laurent Lafitte dont le talent ne cessera de s'exprimer par la suite, entre comédies (L'Origine du monde qu'il réalisera lui-même en 2020) et thrillers de très bonne facture ( K.O. de Fabrice Gobert et L'Heure de la sortie de Sébastien Marnier). À noter les présences à l'écran de Sabrina Ouazani, de Lionel Abelanski, de Youssef Hajdi ou encore de Zabou Breitman...

 

lundi 3 septembre 2018

Les Seigneurs de Olivier Dahan (2012) - ★★★★☆☆☆☆☆☆



Olivier Dahan. L'auteur de La Môme en 2007. L'auteur des Rivières Pourpre 2 – les Anges de l'Apocalypse trois ans auparavant... une véritable purge cinématographique. Deux exemples de longs-métrages qui à eux seuls auraient suffit à me faire préférer six mois de coma dans une chambre d’hôpital qu'une heure-trente enfermé dans une salle de cinéma pour y aller voir les aventures d'une brochette d'interprètes dont la popularité à elle seule aurait suffit à assurer le remboursement des 20 900 000 euros engagés dans le septième long-métrage du cinéaste français. Les Seigneurs, ce sont ces anciennes gloires du football français qui à force d'encouragement de la part de leur futur entraîneur Patrick Orbéra (l'acteur José Garcia), finissent par accepter d'abandonner leurs activités pour une bonne cause : monter en Bretagne, jusqu'à l’île de Molène dans le Finistère afin d'y sauver l'emploi d'un certain nombre d'ouvriers d'une conserverie vouée à la fermeture. Sans doute pour d'autres raisons également. Comme de redorer leur image. Celui qui s'en sort encore le mieux, c'est Wéké N'Dogo (Omar Sy) dont la carrière prit fin en raison de problèmes cardiaques. Parce que pour ses futurs coéquipiers, c'est autre chose. Rayane Ziani (Gad Elmaleh) est dépressif et accro aux consoles de jeu (et plus précisément à la Playstation), Fabien Marandella (Ramzy Bédia) est cocaïnomane, Shaheef Berda (Joey Starr) est une brute épaisse qui sort tout juste de prison et David Léandri (Franck Dubosc), qui dans sa pathétique tentative de reconversion, se voit déjà fouler les plus grands plateaux de cinéma. Mélangés à des joeurs-pêcheurs locaux, cette équipe nouvellement formée va tenter de gravir les échelons de la Coupe de France afin d'engranger suffisamment d'argent pour pouvoir sauver la conserverie de Molène de la faillite...

Voilà donc pour le synopsis. Résultat du match. 1 pour Olivier Dahan pour lequel le film a attiré presque trois millions de spectateurs en huit semaines d'exploitation, et 0 pour le public qui se retrouvait là devant un long-métrage qui d'un point de vue scénaristique se révélait d'une pauvreté relativement commune dans la comédie française actuelle. Tourné en majorité dans le Finistère, Les Seigneurs ne repose que sur une seule chose : ses interprètes. En effet, réunir cette belle brochette d'acteur sauve du naufrage une œuvre qui sent à plein le 'foutage de gueule'. C'est horrible à dire, mais sans doute le cinéaste a-t-il pensé son film en tant que supporter de football ? S'il en est ainsi, alors on pourra supposer qu'une grande partie des spectateurs qui ont fait le déplacement jusqu'au cinéma sont eux-même de ce sport qui remue tant les foules.

Pas toujours d'accord avec ce qu'expriment les critiques de la presse spécialisée, j'avoue avoir ressenti le même sentiment que cette critique partielle écrite dans Les Cahiers du Cinéma, "Les Seigneurs" dévoile finalement son programme pathétique : rendre un hommage coupable au comique troupier des Charlots avec la dream team de l'humour télévisuel contemporain". Une critique à laquelle j'ajouterais : Sans l'immense talent Z des artistes ici invoqués... Marque de fabrique de certains artistes concentrant généralement leur carrière cinématographique dans les années soixante-dix (allez savoir pourquoi), Les Seigneurs tente de rejoindre malgré lui cette période peu glorieuse du Cinéma français (avec un grand C) et si faste pour l'amateur de nanars assumés. Autant la thématique évoquée par Les Charlots possédait une richesse toute personnelle, MAIS exemplaire, autant Olivier Dahan se fourvoie (et ainsi donc ses interprètes également) dans une comédie lourdingue à peine écrite, fainéante en matière de réalisation, bien qu'enjouée de part l'implication d'interprètes vouant à cette occasion, une véritable fascination pour le cinéma potache !

mercredi 2 mai 2018

Micmacs à Tire-Larigot de Jean-Pierre Jeunet (2009) - ★★★★★★★☆☆☆



Jean-Pierre Jeunet sans Marc Caro, c'était sans doute la peur d'une approche esthétique du septième art perdue à jamais. Pourtant, le futur allait prouver qu'il n'en était rien et que le cinéaste français réussirait haut la main à voler de ses seules ailes tandis que son ancien compagnon de cinéma irait se perdre dans une pseudo science-fiction intellectuelle bien moins marquante qu'un Bunker Palace Hôtel signé Enki Bilal. Dévergondé le temps d'un long-métrage en outre-atlantique (le désastreux Alien, la Résurrection), Jean-Pierre Jeunet revenait parmi les siens et leur offrait en 2001 le magnifique Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, n'en déplaise aux contestataires. Celui-là même dont l'héroïne, avec le temps, finirait par agacer une partie du public, sans reconnaissance aucune pour un auteur et ses interprètes. Puis vint alors Un long Dimanche de Fiançailles, ce beau film tenant surtout davantage de l'œuvre d'art plastique que du réel film à l'impact émotionnel tant recherché par son auteur. Une triste période que cette années 2004... Puis il y a presque dix ans (que le temps, inexorablement, passe vite...), arrivait enfin sur nos écrans, ce Micmacs à Tire-Larigot dont il est désormais question ici. Avant-dernier long-métrage d'un esthète accompli, et surtout, retour d'un esthétisme cher à l'ancien duo que formaient les deux cinéastes avant leur séparation.
Vingt ans après qu'il soit descendu vers la capitale, Dany Boon est choisi opportunément ou pas par Jean-Pierre Jeunet pour incarner le personnage de Bazil, fils de démineur, envoyé en orphelinat après la mort de son père. Retrouvé trente ans plus tard allongé sur le sol du vidéoclub qu'il gère seul, le crâne troué d'une balle perdue, le voici désormais lancé dans une aventure dont seul Jean-Pierre Jeunet semble avoir le secret. Déjà l'on retrouve ces couleurs chaudes, surannées, vieillies par on ne sait quel procédé que l'on aimerait chimique plutôt que numérique. Delicatessen n'est déjà plus aussi loin que laissent le prétendre les dix-huit années qui séparent les deux films. Jean-Pierre Jeunet se fera d'ailleurs plus loin l'écho d'un hommage vibrant à ce chef-d’œuvre de l'anticipation et à celui avec lequel il l'écrivit et le réalisa. Une scène émouvante dont il faut obligatoirement conserver le secret, même presque dix ans plus tard, puisque certains ne l'ont encore probablement pas vu.

Bazil vit désormais du mime, qu'il exerce tout comme Dany Boon le pratiquait sur Paris. Remarqué par Placard, il est pris sous l'aile d'une bande de clochards vivant à l'intérieur d'une caverte secrètement située sous un immense amas de ferraille. Désormais considéré comme un membre de cette étrange 'famille', c'est lors d'une sortie à la recherche d'objets de récupération que Bazil tombe nez à nez avec l'entreprise qui a fabriqué la mine qui a tué son père et cette qui a forgé la balle qui l'a atteint deux mois auparavant. Il est donc désormais temps pour le jeune homme de faire payer les PDG de ces deux usines de la mort en les confrontant l'un à l'autre. Et pour cela, Bazil va se faire aider par ses nouveaux compagnons...

Il se dégage de Micmacs à Tire-Larigot, une véritable poésie, généralisée par des décors somptueux, des dialogues aux petits oignons, et des situations toutes plus rocambolesques et surréalistes les unes que les autres. La chef décoratrice Aline Bonetto qui avait débuté sa carrière en 1991 sur Delicatessen et l'avait notamment poursuivie sur les tournages de La Cité des enfants perdus, Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, ou encore Astérix aux Jeux olympiques de Frédéric Forestier et Thomas Langmann, crée des décors fourmillant de détails et dont la caverne représente sans aucun doute l'aboutissement d'un travail d'orfèvre impressionnant. La photo est quant à elle l'oeuvre du directeur de la photographie japonais Tetsuo Nagata. Les couleurs sont magnifiques, et la majorité des images baignées d'une teinte sépia sont renforcées par quelques notes de bleus ou de verts qui rehaussent l'ensemble et donnent au long-métrage, l'apparence de tableaux vivants dans lesquels s'intègrent parfaitement les personnages grâce aux costumes créés par Madeline Fontaine déjà à l'oeuvre sur deux longs-métrage de Jean-Pierre Jeunet. Quelques airs rappellent le Paris d'Amélie Poulain mais sont cette fois-ci l’œuvre du compositeur Raphaël Beau. Les dialogues sont quant à eux le résultat du travail accompli par Guillaume Laurant (autre fidèle allié du cinéaste).
Aux côtés de Dany Boon, on retrouve un grand nombre de vedettes du cinéma puisque'André Dussolier, Jean-Pierre Marielle, Nicolas Marié, Julie Ferrier, Yolande Moreau, Omar Sy et le toujours fidèle Dominique Pinon participent à l'aventure dans des rôles aussi importants que celui incarné par l'humoriste. Des personnages haut en couleur et portant des noms typiques du cinéma de Jean-Pierre Jeunet : La Môme Caoutchouc, Fracasse, Placard, Tambouille, Ange-Gardien, Calculette, ou encore Remington. On retiendra la prestation d'Omar Sy dans le rôle de Remington, passionné de bons mots et ne s'exprimant qu'à travers des expressions célèbres ou encore Julie Ferrier qui dans le rôle de la Môme Caoutchouc, passe son temps à se contorsionner et entrer dans des bouches d'aération ou dans des cartons à peine plus grands qu'elle. Micmacs à Tire-Larigot est une excellente surprise, pleine de trouvailles ingénieuses. La famille Tire-Larigot est attachante et chaque personnage a son importance. Même les méchants André Dussolier et Nicolas Marie sont captivants. Si le film ne propose pas un scénario d'une richesse exemplaire, il a le mérite de proposer une aventure familiale sympathique et fort agréable à l’œil. Une bonne surprise...

dimanche 22 mai 2016

Seuls Two de Éric Judor et Ramzy Bédia (2007)



Gervais est la risée de son service. Petit policier maladroit et incompétent, il n'a de cesse de traquer Curtis, un cambrioleur plein de malice qui en fait voir de toutes les couleurs à Gervais. Un jour, une fois de plus, Gervais croise la route de son pire ennemi. Cette fois-ci, la course-poursuite semble bien engagée, mais dès que le policier met les pieds sur les Champs-Élysées, il se retrouve tout seul. Il n'y a plus âme qui vive dans les rues de la capitale. Enfin, pas tout à fait puisqu'en dehors de Gervais, il demeure également la présence de Curtis qui une fois de plus a fait des siennes en s'emparant d'un véhicule de formule 1. Malgré l'incongruité de la situation, Gervais garde à l'esprit qu'il lui faut à tout pris mettre la main sur Curtis afin de l'enfermer derrière les barreaux d'une prison alors que celui-là même profite justement des circonstances pour se jouer du policier lancé à ses trousses dans un Paris qui leur appartient désormais totalement...

Éric et Ramzy plongés tout deux dans une comédie pseudo-fantastique, cela a de quoi éveiller les sens. On imagine bien évidemment pas les deux hommes changer de registre, d'autant plus qu'ils sont eux-mêmes les réalisateurs ainsi que les scénaristes auprès de Philippe Lefebvre et Lionel Dutemple. De l'incongruité, on en trouve déjà dans le titre : Seuls Two !!! allez savoir ce qu'il a pu leur passer par la tête ce jour-là. Afin d'obtenir un résultat consistant à promener leur personnage respectif dans un Paris totalement vidé de ses habitants, la ville a bloqué durant le tournage, les automobilistes ainsi que les piétons.

Le cadre de jeu de Seuls Two est un immense bac à sable, un terrain de jeu extraordinairement élargi qui a permis à Éric et Ramzy de s'éclater à loisirs, et le film a tout de même coûté quant à lui la modique somme de dix-huit millions d'euros.

Il m'aura fallut tout de même le voir trois fois dont une seule, intégralement. Pourquoi ? Parce qu'à la toute première vision, l'ennui a été tel qu'au bout d'une demi-heure, et ne supportant pas le vide scénaristique de ce long-métrage, j'ai dû, avec un certain mépris, arrêter le film, remettant ainsi à plus tard le projet d'écrire un article dessus. La seconde fois, m'étant endormi approximativement au même moment, je n'ai pu assister aux élucubrations du duo de comiques. Ça n'est donc qu'après quelques années de patience que j'ai enfin décidé d'y revenir et de le visionner, cette fois-ci, jusqu'au bout. Deux comprimés de vitamine C et une heure trente-quatre après le démarrage de Seuls Two, le constat est là : le film n'est pas si mauvais qu'on le dit. Du moins, qu'une partie du public l'affirme en l'assassinant sans autre forme de procès. Forcément, les personnages incarnés par le duo ne transpirent jamais l'intelligence. En même temps, ça n'est pas ce qu'on leur demande.

Le principal soucis de Seuls Two tient dans sa première demi-heure. Un calvaire. D'un ennui rarement égalé, cette première partie a sans doute fait fuir une partie de ceux qui désormais considèrent le film comme un pur navet. Si l'on s'en tient à cette partie uniquement, effectivement, Seuls Two est triste à mourir. Il y a pourtant dans ce cinéma, quelque chose qui rapproche ce film d'un auteur génial qui lui aussi, malheureusement, rencontre parfois des difficultés avec un public pas forcément rallié à sa cause : Quentin Dupieux. Car Seuls Two est absurde, oui. Surréaliste, bien évidemment. Mais s'il est terriblement inefficace dans sa première partie, le film gagne curieusement en intérêt par la suite et se révèle en réalité un très bon divertissement. Comme quoi, il faut savoir parfois se faire violence et aller jusqu'au bout. Les gags sont en nombre et quelques scènes sont irrésistiblement drôles (la scène du commissariat lorsque Gervais demande à son supérieur (l'acteur Benoît Magimel) de lui laisser une dernière chance). A voir donc...


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