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mardi 8 avril 2025

Le panache de Jennifer Devoldère (2024) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Drôle de titre que celui du quatrième long-métrage de la réalisatrice et scénariste française Jennifer Devoldère pour un film qui manque justement de... panache ! L'on n'ira pas jusqu'à dire que celui-ci est aussi mensonger que la purge signée de Michèle Laroque en 2018, Brillantissime, mais Le panache n'est absolument pas le film attendu. S'inscrivant d'ailleurs dans une mode consistant à introduire ses personnages dans un milieu social et professionnel comme beaucoup d'autres avant lui, le film a nettement plus d'intérêt sur le papier qu'une fois transposé à l'écran. Première grosse surprise teintée d'une certaine déception pour quiconque ne connaissait pas jusque là le jeune acteur Joachim Arseguel. Et ce, parce que le film fut sa première opportunité d'interpréter un rôle au cinéma, on se demande dans quelles proportions il fut choisi pour la particularité qui est la sienne. En effet, alors que l'on pouvait louer le talent de l'interprète de Colin, jeune bègue vivant désormais seul avec sa mère Giulia (Aure Atika), l'on apprend que l'acteur lui aussi est atteint du même trouble de la parole. Ce qui hypothétiquement signifiait de réelles capacités d'interprétation et d'adaptation de la part de Joachim Arseguel ne s'avère être rien de plus que l'utilisation d'un handicap léger au profit d'un récit supposé s'intéresser en partie à ce même trouble. Ce qui, bien entendu, ne remet absolument pas en cause le talent du jeune interprète dont le personnage souffre en outre d'être le fils d'une mère de famille parfois un peu trop étouffante et d'un père qu'il n'a pas l'occasion de voir tous les jours (Maxime de Toledo dans le rôle de Stéphane). Colin intègre un nouveau collège privé où enseigne le professeur Devarseau. Alors que ce dernier attend sa titularisation, ses méthodes d'enseignement sont relativement mal perçues de la part de ses nouveaux collègues. Professeur de français, Devarseau va pousser l'adolescent de quatorze ans à surmonter ses craintes en l'inscrivant au cours de théâtre qu'il va dispenser afin de le soumettre aux autres élèves de sa classe parmi lesquels, la jeune Adélaïde (Eva-Rose Pacaud) ne laisse pas Colin indifférent. Dans ce récit qui confronte un adolescent atteint de bégaiement et amoureux de l'une de ses camarades mais aussi surtout confronté à une mère qui le surprotège (l'on apprendra d'ailleurs plus tard les raisons qui poussent Giulia à couver son fils), le scénario de Cécile Sellam et Jennifer Devoldère dispense une vision parfois idéaliste de son jeune et principal personnage.


Inscrit dans une école publique catholique, la réalisatrice évite souvent les poncifs liés au handicap de Colin. Après une ou deux remarques déplacées de la part de certains individus, le cadre dans lequel évolue le jeune garçon mise moins sur la relation hypothétiquement précaire d'un tel handicap vis à vis de ses camarades que de former autour du personnage de Colin, tout un système noyant son incarnation par des sous-entendus liés principalement aux méthodes employées par le professeur de français. Viennent donc s'inscrire des personnages secondaires certes intéressants mais dispensables (Maxence, adolescent homosexuel et ami de Colin interprété par Tom Meusnier) et des conduites rétrogrades de la part de la hiérarchie et des collègues de Devarseau. Donnant ainsi une image peu flatteuse et démagogue de l'enseignement catholique, où par exemple, la prof de catéchisme Delphine Quentin (l'actrice Claire Dumas) est on ne peut plus caricaturale ! Adaptation de la pièce de théâtre Dans la Peau de Cyrano de Nicolas Devort, le long-métrage de Jennifer Devoldère peut compter sur le soutien de José Garcia dont l'usage est ici fait de manière parfois éthérée. Le principal soucis étant moins de préciser quelle est la place réelle de Joachim Arseguel au sein du récit puisqu'il en est le véritable héros que celle des interprètes qui lui donnent la réplique. Traité avec moins de gravité que ne le laissait présager le synopsis, Le panache et parfois d'une légèreté confondante qui intègre en outre l'usage de personnages secondaires prévisibles (l'adversaire amoureux lui aussi de la belle Adélaïde). À dire vrai, l'on a l'impression que Jennifer Devoldère préfère prendre des pincettes avec son personnages principal plutôt que de trop l'abîmer ! Le film déroule ainsi son intrigue dans les eaux presque trop calmes d'un corps enseignant aux valeurs éculées. En mode Pause café, série française dans laquelle l'assistante sociale Joëlle Mazart était contrainte à l'issue des six épisodes de la première saison de démissionner en raison de ses méthodes pourtant pédagogiques, José Garcia sacrifiera à son tour sa très attendue titularisation au profit de valeurs intrinsèquement liées à sa personnalité. Au final, Le panache s'avère un peu trop académique pour emporter tous les suffrages. Ce qui n'empêchera pas le film d'obtenir deux prix du public. Au Festival du film de Demain de Vierzon et au trentième Festival Jean Carmet de Moulins...

 

dimanche 23 mars 2025

Dis-moi juste que tu m'aimes d'Anne Le Ny (2025) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

La jalousie et le harcèlement sont deux thématiques couramment abordées sur grand écran et par conséquent, il est souvent difficile d'empiéter sur un concept déjà parfaitement balisé depuis des décennies. Depuis qu'elle est passée derrière la caméra, la scénariste, actrice et réalisatrice Anne Le Ny a mis en scène plusieurs comédies avant de se tourner vers le thriller avec le convainquant Le torrent en 2022. Trois ans plus tard, elle récidive une fois de plus dans le domaine avec Dis-moi juste que tu m'aimes. Un titre empli de passion et de romance qui pourtant à l'écran s'affichent d'une toute manière que celles abordées dans les histoires d'amour conventionnelles. En ligne de mire, Élodie Bouchez et José Garcia campent un étonnant couple adultère mais n'en sont pas moins les seuls et véritables héros du long-métrage. D'un côté, la première interprète Marie, une femme liée par le mariage depuis quinze ans à Julien qui depuis le retour du premier grand amour de ce dernier perd confiance en elle et se dévalorise. En parallèle, la société qui l'emploie reçoit la visite de Thomas, lequel est chargé de procéder à un audit. Alors que l'entretien entre Marie et le nouveau venu est reporté au lendemain, ils se rencontrent le soir-même dans la rue et la jeune femme accepte d'aller boire un verre avec Thomas dans un bar. Verre après verre, Marie se confie puis au moment de le quitter pour rentrer chez elle, elle échange un baiser avec l'expert financier... D'emblée, le récit semble tout à fait invraisemblable. En l'espace de quelques heures seulement, voilà qu''une épouse follement éprise de son homme et mère de deux adolescentes tombe dans les bras d'un individu qu'elle connaît ni d'Eve ni d'Adam. L'on mettra ça sur le dos de l'ivresse mais lorsque dès le lendemain Marie se retrouve dans la même chambre d'hôtel que Thomas l'on pourra juger du trop grand empressement qui saisit les personnages. Outre cette relation naissante et adultérine entre celui qui deviendra très prochainement le directeur de la société et l'une de ses futures employées, Anne Le Ny force si bien le trait de Thomas que l’ambiguïté n'a dès lors plus sa place au sein du récit. Nul doute que celui-ci prépare son emprise sur la jeune femme, en outre fragilisée par un mensonge qu'il a lui-même développé la veille afin de lui faire croire que son mari l'a trompée avec Anaëlle (Vanessa Paradis).


Un stratagème qui fonctionne à merveille et auquel s'ajoute une terrible erreur de manipulation informatique apparemment commise par Marie mais en réalité orchestrée par Thomas. L'ascendance du nouveau directeur de l'entreprise sur la mère de famille est désormais définitive. D'autant plus que sa nouvelle position lui permet de menacer la jeune femme de licenciement si jamais elle refuse de quitter Julien pour faire sa vie avec lui ! La charge sur le dos de Marie s'accumulant, celle-ci ne peut même pas demander de l'aide auprès des délégués syndicaux de l'entreprise tant ceux-ci ont bien compris que sa récente promotion au sein de la société est due à sa relation avec le nouveau directeur. Bref, José Garcia incarne un individu ayant parfaitement enfermé sa proie dans une toile d'araignée d'où il sera fort mal aisé de se soustraire... Sauf qu'avec tout le bien que l'on pense d'Anne Le Ny, son script est sinon bancal, du moins insuffisamment déployé. Car après une première partie plutôt convaincante tournant non seulement autour des deux principaux protagonistes mais aussi autour de la relation entre une femme et son époux dont la passion n'est plus vraiment au beau fixe, la suite s'avère terriblement faiblarde. Omar Sy, lequel incarne le rôle de Julien, n'est sans doute pas aussi navrant qu'il pu l'être parfois dans d'autres projets mais ici, son jeu, entre déclamations théâtrales et morne litanie, en font un personnage secondaire dénué de quasiment tout intérêt. Quant à Vanessa paradis, son personnage est si peu développé et son temps de présence si réduit qu'elle aussi aurait pu être absente du casting sans qu'à aucun moment le spectateur ne s'en aperçoive... Si avec Le torrent (dans lequel José Garcia, déjà, côtoyait André Dussolier) Anne Le Ny avait su ménager un certain suspens dans un cadre autrement plus angoissant, dans les thématiques qu'il convoque, Dis-moi juste que tu m'aimes demeure assez fade. D'autant plus que la dernière partie consistant à contrebalancer l'emprise de Thomas sur Marie avec l'aide de Julien est complètement ratée ! Bref, au mieux Dis-moi juste que tu m'aimes est un téléfilm qui se laisse regarder et au pire, un long-métrage qui n'a absolument pas sa place sur un grand écran...

 

mardi 18 mars 2025

A toute allure de Lucas Bernard (2024) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Le président honoraire du musée du Louvre Pierre Rosenberg disait : ''Il faut voir le maximum d’œuvres et prendre son temps pour les regarder, un peu comme l’œnologue goûte le vin.'' Pas de bol, j'aime pas le vin ! Une bonne bière suffisant à me combler de joie après une dure journée de labeur dans notre petit paradis terrestre qu'est notre Jardin aux Succulentes, j'ai quand même choisi de laisser sa chance au dernier long-métrage de Lucas Bernard. Parce que je n'étais pas seul devant l'écran et que je n'allais pas immédiatement imposer mon point de vue à ma compagne après seulement quinze minutes de projection, mais aussi parce qu'il ne faut pas toujours se fier à sa première impression. Qui fut ? Ben... que le film avait quand même l'air d'être une belle grosse merde ! Pour paraphraser la citation de Laurent Outang ''L'indifférence, c'est le contraire de la différence'' mais aussi pour avoir l'air moins bête et sans doute pour paraître moins rigide que je ne le suis auprès de celle qui partage ma vie, j'ai donc choisi de ronger mon frein. D'autant plus que le film ne dura que quatre-vingt cinq minutes. C'est quand même pas la fin du monde, hein ? Surtout, si en comparaison, il avait dû nous falloir choisir durant des plombes une autre option que A toute allure. Rarement déçus par Pio Marmaï ou par José Garcia, c'est bien plus en raison de leur présence à l'image que pour le sujet invoqué que nous avons donc visionné le film de Lucas Bernard. Et moins pour l'éventualité d'assister à une comédie... romantique ! Aussi fantaisiste qu'elle puisse être. Et en matière de cocasserie, justement, le film en est perclus. Au point que l'indigestion allait me semblait-il, se pointer après seulement quelques dizaines de minutes. Celles qui en général servent à présenter les personnages et le lieu de l'action. La folie des personnages et des dialogues aidant, la bluette entre Marco Mariani (Pio Marmaï, donc) et Marianne (l'actrice franco-malienne Eye Haïdara) est à l'aune de l'incongruité d'un récit dans lequel les personnages dans leur ensemble sont plongés. Alors, que l'on y croit fermement ou pas, la pilule de cette étrange relation qui se noue entre les deux protagonistes passe crème.


Le coup de foudre entre ces deux là va amener le premier, chef de cabine d'une compagnie aérienne, à se faire involontairement enfermer à bord du sous-marin nucléaire Le Fringant (en réalité, l'escorteur d'escadre de la Marine nationale, Maillé-Brézé). Embarqué comme passager clandestin dans un bâtiment aux commandes duquel le capitaine de frégate Benazech (José Garcia) en est le commandant, Marco va jouir de la complicité de l'un des officiers (Victor Potecorvo dans le rôle de Fred) et se retrouver à faire la cuisine pour l'équipage aux côtés du très grincheux Gueguen (Frédéric Maranber). Une comédie romantique en huis-clos glorifiant à sa manière très particulière la Marine Nationale lors des fêtes de fin d'année. A toute allure oppose un Marco habitué des conquêtes féminines à une officière engoncée dans ses principes et qui ne s'en laisse pas compter devant ce séducteur un peu trop entreprenant. Plutôt laborieux lors d'un premier quart poussif et théâtral, il faut surtout se faire à l'idée que l'approche de Lucas Bernard (également à l'écriture) n'est pas inscrite dans le marbre d'une écriture ordinaire. Une œuvre absurde mais non dénué de quelques envolées qui laisse songeur vis à vis de ce qu'aurait pu donner le film si seulement Lucas Bernard avait su maintenir le cap de bout en bout. Car à vrai dire, le film repose davantage sur la relation entre les personnages et la spontanéité de leurs interprètes respectifs que sur les dialogues qui malheureusement ne sont pas toujours au top ! D'où ces émotions, diverses, qui nous traversent. Entre l'impression de nous être fait enfumés par un artiste qui se croyait pouvoir jouer dans le même registre qu'un Bruno Podalydès et le sentiment d'avoir bien fait, finalement, d'être allés à terme d'une comédie loufoque, volontairement surjouée et parfois bénie des dieux par la seule présence de José Garcia qui en capitaine de frégate nous régale de ses anecdotes autant qu'il exaspère son équipage. Par contre, si vous vous attendiez à ce qu'il s'agisse d'une parfaite émulsion entre comédie romantique et film d'aventures, vous en serez pour vos frais. Est-ce parce que le ton ne s'y prête pas vraiment ou parce que la facticité de certains environnements échappe à toute crédibilité, mais côté voyage et sensations fortes, A toute allure demeure en ce point très précis, malheureusement lettre morte...

 

mardi 16 avril 2024

Nous, les Leroy de Florent Bernard (2024) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Sandrine, Christophe, Loreleï et Bastien forment les quatre membres de la famille Leroy. Mais alors que le père de famille incarné par José Garcia passe le plus clair de son temps au travail sans vraiment se soucier des siens, son épouse Sandrine (Charlotte Gainsbourg) prend la décision de prendre ses distances avec lui. Christophe propose alors à sa femme et à ses deux enfants de partir en week-end afin de revivre les grands moments qui ont ponctué l'existence du couple dans l'espoir de reconquérir le cœur de celle qu'il aime. À commencer par la visite du tout premier appartement qu'ils partagèrent vingt ans en arrière... Nous, les Leroy est le premier long-métrage du réalisateur français Florent Bernard qui jusque là avait réalisé quelques courts-métrages et épisodes de séries télévisées mais avait surtout participé à l'écriture de La flamme et du Flambeau pour la télévision et plus récemment à celles de la décevante comédie Jack Mimoun et les secrets de Val Verde de Malik Bentala et Ludovic Colbeau-Justin en 2022 et du film d'horreur Vermines de Sébastien Vanicek l'année dernière. Des couples qui se séparent, le cinéma en compte des centaines et certainement même, des milliers. Nous refaire le coup des flash-back, Charlotte Gainsbourg avait déjà connu ça de manière indirecte auprès d'Alain Chabat dans le très sympathique Prête-moi ta main d'Eric Lartigau voilà presque vingt ans. C'est désormais auprès de José Garcia que la chanteuse et actrice, fille de l'immense Serge Gainsbourg, traîne une nouvelle fois son joli minois au sein d'une famille moins dysfonctionnelle qu'il n'y paraît. L'on y retrouve les rapports conflictuels généralement acquis au sein d'une famille qui ne s'écoute plus vraiment. Lui est souvent absent, elle gère les courses et les gosses. Quant à leurs deux enfants, Bastien rencontre des problèmes sentimentaux tandis que Loreleï semble avoir vraiment peu confiance en elle. Les jours qui vont venir vont avoir une importance considérable sur le maintien ou non de la famille telle qu'elle fut jusque là.


À l'issue du week-end, Sandrine prendra alors la décision de rester auprès de Christophe et de leurs deux enfants ou de partir vivre seule. Bien que le scénario, écrit de la main même du réalisateur, lequel s'inspire de sa propre expérience, apparaisse relativement convenu, le duo que forment Charlotte Gainsbourg et José Garcia est plutôt attachant. Les deux principaux interprètes sont accompagnés par les deux jeunes acteurs Lily Aubry et Hadrien Heaulmé dont les carrières débutent à peine (2022 pour elle, 2021 pour lui) et qui dans le cas présent incarnent deux adolescents un peu perdus, lui à cause de son histoire d'amour compliquée avec la jeune Melha (Louisa Baruk) et elle par le manque d'attention dont elle se pense victime de la part de son entourage. L'intérêt de Nous, les Leroy se porte moins sur les événements qui se produiront lors de ce week-end un peu particulier dont parfois, il est vrai, certaines séquences s'avèrent plus gênantes que réellement drôles (le malaise lors du passage au restaurant) que dans ce quatuor d'interprètes attachants et sincères. La comédie de Florent Bernard s'éloigne très clairement de toutes ces purges qui sortent chaque année sur le territoire français. Des comédies dont la bêtise n'a d'égale que la médiocrité de l'écriture et des répliques bas du front. Nous, les Leroy est une œuvre au fond assez simple dans sa construction et dans le déroulement des événements. Un long-métrage qui n'a peut-être en réalité rien de fondamentalement ''cinématographique'' dans ce sens où le récit et la mise en scène n'ont rien de ''flamboyant'' ou de visuellement percutant... La justesse du ton et de l'interprétation font le reste.

dimanche 11 décembre 2022

Le torrent d'Anne le Ny (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Actrice, scénariste et réalisatrice française, on connaît surtout Anne le Ny pour ses rôles au cinéma et peut-être un peu moins pour les films qu'elle a elle-même mis en scène. Non pas que ces derniers soient inintéressants, mais bon, son visage sonne sans doute plus familièrement que la poignée de longs-métrages qu'elle a mis en scène en quinze ans de réalisation. Seule ou accompagnée, celle qui dans son dernier film s'offre le rôle secondaire du capitaine Da Silva est non seulement à la réalisation mais également à l'écriture. Pour Le torrent, elle s'adjoint les services de l'actrice Axelle Bachman qui collabora déjà avec elle sur On a failli être amies en 2014. Loin de la comédie Les invités de mon père qu'elle tourna en 2011, Anne le Ny ouvre son dernier long-métrage sur l'un de ces faits-divers qui noircissent régulièrement les pages de la presse papier et font parfois la une des journaux télévisés. La disparition d'une jeune femme (Ophélia Kolb dans le rôle de Juliette), puis la découverte de son corps sous une coulée de boue après qu'un torrent ait emporté son corps. D'emblée, la réalisatrice ne fait pas mystère du décès de l'épouse d'Alexandre (José Garcia) puisqu'à la suite d'une dispute de couple (il découvre qu'elle l'a trompé avec un amant) et après qu'elle ait quitté à pieds et en pleine nuit la demeure familiale, Juliette tombe dans un fossé alors qu'Alexandre tentait de la convaincre de monter dans sa voiture. On sait donc dès le départ que le mari et innocent. Là où le scénario de Anne le Ny et Axelle Bachman diffère de ce que l'on a l'habitude de découvrir sur grand écran, c'est l'attitude même d'Alexandre, homme innocent qui pourtant a tout du coupable. Une attitude qui le rend parfois éminemment antipathique. Surtout lorsque pour éviter que la police ait des soupçons contre lui, il va demander à sa fille de mentir. Comme pour justifier par exemple les éraflures présentes sur la carrosserie de sa voiture. Mais alors que Le torrent arbore les atours du thriller à la française avec tout ce que cela comporte d'investigation de la part des autorités ainsi que la présence de l'amant en question (Victor Pontecorvo dans le rôle d'Antoine), le film prend un virage nettement plus intimiste lorsque débarquent les parents de la victime. Christiane Millet dans le rôle de Brigitte, mais aussi et surtout André Dussolier dans celui de Patrick...


Et à dire vrai, plus que José Garcia, c'est le duo que forme véritablement l'un des plus grands acteurs du cinéma français avec la jeune et talentueuse Capucine Valmary qui incarne la fille d'Alexandre, Lison qui donne sa force au dernier long-métrage d'Anne le Ny. Passant ainsi du thriller ''convenu'' au drame intimiste porté par un André Dussolier incroyablement touchant. Sobre, le regard terriblement expressif, l'acteur adopte une attitude faussement détachée qui cache en réalité une douleur infinie. José Garcia, lui, incarne un père et un beau-fils froid, calculateur, manipulant son entourage et en premier lieu sa fille Lison. L'empathie n'étant pas l'un des critères qui le définissent, il apparaît le visage fermé, dénué d'émotion, plus préoccupé par ce qui lui arrive que par les conséquences de l'accident sur les parents de Juliette, sur son jeune fils Darius (Zéphyr Elis) ou l'implication de Lison, prête à mentir pour son père bien aimé. Tourné fin 2020 dans la région du Grand Est, Le torrent est une totale réussite qu'il faut avant tout aborder sous l'angle du drame que celui du thriller. Ici, tout est fait pour que l'intrigue soit la plus réaliste possible, au risque d'étonner celles et ceux qui s'attendaient à un thriller pur jus conclu par un twist. Lequel, bien évidemment n'arrivera pas. Comme à son habitude, André Dussolier est formidable. Tout comme l'est Capucine Valmary qui dans le rôle de Lison est déchirée entre son amour pour son père et l'impossibilité de vivre dans le mensonge. Anne le Ny s'offre un rôle secondaire qui marque cependant les esprits par la rigueur prescrite par la contrainte liée à son personnage. Tourné en plein hiver, dans de magnifiques décors enneigés qui n'aident cependant pas à réchauffer l'atmosphère parfois mortifère du sujet, Le torrent confirme s'il était besoin les talents de réalisatrice et de scénariste d'Anne le Ny. Visible actuellement dans les salles de cinéma... 

 

dimanche 7 avril 2019

Lola et ses Frères de Jean-Paul Rouve (2018) - ★★★★★★★★☆☆




Que de chemin parcouru pour Jean-Paul Rouve. De la troupe des Robins des Bois aux côtés de Marina Foïs, Maurice Barthélémy, Pierre-François Martin-Laval, Élise Larnicol et Pascal Vincent au théâtre de la Gaîté-Montparnasse, en passant par Canal+ et La Grosse Émission, et jusqu'à ses débuts sur grand écran au milieu des années quatre-vingt dix, l'humoriste et acteur s'est mué en réalisateur d'une poignée de long-métrages dont le dernier est sorti en France le 28 novembre 2018. Lola et ses Frères est le quatrième film de Jean-Paul Rouve en tant que cinéaste et scénariste. Et s'il n'en fallait retenir qu'un seul, sa dernière œuvre trônerait sans doute en bonne place sur le podium de ses plus remarquables réussites. Écrit en collaboration avec l'écrivain David Foenkinos qui n'est autre que l'auteur du roman Le Mystère Henri Pick adapté très récemment au cinéma par le réalisateur Rémi Bezançon, Lola et ses Frères est de ces œuvres touchantes, drôles et émouvantes qui éblouissent par leur interprétation et leur mise en scène.

Ici, Jean-Paul Rouve nous conte l'histoire d'une sœur et de ses deux frères, orphelins de père et mère mais liés comme les cinq doigts de la main. Ludivine Sagnier est Lola, celle du titre, avocate qui tombe sous le charme de son dernier client (l'impeccable Ramzy Bédia) et qui rêve très vite de mariage et d'enfants avec son nouvel amour. José Garcia est Pierre, le plus jeune des deux frères, un ingénieur spécialisé dans la destruction d'immeubles licencié après une erreur de calculs ayant entraîné des conséquences graves. Quant à Jean-Paul Rouve, il s'offre le rôle de Benoît, le plus âge des trois. Opticien et divorcé à deux reprises, il vient d'épouser sa troisième femme Sarah (la touchante Pauline Clément), laquelle tombe très rapidement enceinte. Les rapports entre Pierre et Benoît sont parfois compliqués, généralement nourris d'engueulades et de désaccords. Souvent pour des prétextes puérils mais comment changer les choses puisque c'est ainsi qu'ils s'aiment et se détestent ? Entre les rendez-vous hebdomadaires qui les mène en compagnie de Lola sur la tombe de leurs parents et les tracas plus ou moins importants de leur existence respective, Lola et ses Frères est une formidable histoire d'amour entre frères et sœur, entre conjoints, une comédie où les uns tentent de se reconstruire quand d'autres préfèrent garder secrets leurs soucis. Mais toujours dans une bonne humeur apparente mêlée de quelques traits de caractère pas toujours faciles à décoder pour leur entourage... L'oeuvre de Jean-Paul Rouve fait du bien à l'âme...

A commencer par celle du spectateur qui assiste à une chronique qui ne s’appesantit jamais sur le sort de ses protagonistes, préférant décrire ce qui les unit par delà l'adversité. Licenciement, divorces, problèmes d'argent ou de couple, rien ne semble pouvoir détruire le lien qui unit Lola et ses frères. Jean-Paul Rouve signe un film, beau, intense, drôle et émouvant. Des répliques qui amusent, d'autres qui bouleversent, avec toujours ce talent exceptionnel que l'on connaît de nos trois principaux interprètes. Mais Ludivine Sagnier, Jean-Paul Rouver et José Garcia ne sont pas les seuls à apporter leur soutient à cet excellent long-métrage. Ramzy Bédia est formidable. Tout comme Pauline Clément, et même le jeune Gabriel Naccache qui incarne le fils de Pierre. Sans oublier la trop discrète Philippine Leroy-Beaulieu que l'on prend un immense plaisir à retrouver dans le rôle de Sabine... On ressort de l’expérience avec la satisfaction d'avoir passé plus de cent minutes devant un long-métrage d'une grande humanité et très respectueux de son public. Jean-Paul Rouve est décidément un grand bonhomme...

Chamboultout d'Eric Lavaine (2019) - note d'Anna et moi : ★★★★★★★★☆☆




Si l'on avait dû parier sur la pérennité du cinéaste Eric Lavaine dans le paysage cinématographique français après la sortie de son désastreux Poltergay en 2006, ceux qui l'avaient peut-être d'ors et déjà enterré lui auraient sans doute ri au nez s'il leur avait lui-même prédit qu'il changerait son fusil d'épaule en se laissant glisser de la comédie vulgaire, bourrée de clichés et surtout pas drôle, à celle un peu plus profonde et surtout, beaucoup mieux écrite, treize ans plus tard. C'est donc le cas en cette année 2019 avec Chamboultout qui derrière son titre qui n'éclaire pas vraiment sur ses intentions (Humour dévastateur ou émotion portée à son paroxysme?) change carrément son fusil d'épaule, mais sans brutalité puisqu'au fil de sa filmographie, Eric Lavaine est parvenu à adoucir son approche de la comédie. Du plutôt convainquant Incognito, en passant par le médiocre Protéger et Servir, jusqu'aux sympathiques Barbecue (qui réconcilie Florence Foresti et Franck Dubosc avec leurs détracteurs), Retour Chez ma Mère (les débuts d'Alexandra Lamy chez le cinéaste) et L'Embarras du Choix, Eric Lavaine est parvenu à se rendre de plus en plus indispensable dans un pays où la comédie se veut de plus en plus formatée...

Chamboultout, effectivement, chamboule... tout... Ou presque puisque le réalisateur choisit davantage d'appuyer là où ça fait du bien plutôt que d'insister trop lourdement là où ça fait mal. Pourtant, le sujet écrit à six mains par le cinéaste lui-même aidé par Bruno Lavaine et Barbara Halary-Lafond aurait pu donner lieu à un authentique drame mais les dialogues et les différentes situations donnent surtout lieu à une succession de séquences savoureusement drôles. Il faut dire qu'Eric Lavaine est accompagné en cela par un casting des plus remarquable : à commencer par Alexandra Lamy et José Garcia qui, touchés par un drame (le second incarne Frédéric qui après un grave accident de la route et un coma de quatre mois environs est demeuré aveugle et victime de troubles cognitifs) tentent de surmonter cette épreuve depuis maintenant cinq années. C'est ainsi que Béatrice décide de faire publier « La Grande Traversée », un ouvrage qu'elle a décidé de consacrer à l'histoire qu'elle partage auprès de Frédéric mais à laquelle a participé leur entourage. Un livre dont le contenu ne plaira malheureusement pas à tout le monde puisqu'elle y a inscrit des anecdotes plus ou moins élogieuses envers ses proches. Un ouvrage qui sera au centre de discussions bruyantes et houleuses lors d'un week-end organisé par Béatrice...

Il aura donc fallut patienter plus d'une décennie pour assister à l'accomplissement d'un cinéaste pas toujours inspiré mais qui aura peu à peu réussit à convaincre son auditoire au point de signer sinon un chef-d’œuvre, du moins son meilleur film cette année. Difficile de trouver le moindre défaut à ce Chamboultout très amusant qui délivre un message très optimiste tout en étant très clairvoyant sur le comportement adopté par un panel d'individus aux traits de caractère parfois diamétralement opposés. Même les plus rigoristes et les plus vertueux ne pourront être que touchés par la sensibilité et le soin apporté jusque dans la description des personnages les moins impliqués (on pense notamment à l'actrice Claudine Vincent qui incarne la mère de Frédéric, Mamoune ou à l'amant de Béatrice interprété par l'acteur protugais Nuno Lopes). Mais après avoir assisté à cet émouvant déballage de sentiments, de rancœurs et de pardons où le rire s'offre une place de choix, il demeure quasiment impossible de dissocier nos deux principaux interprètes des remarquables Michaël Youn (oui, oui), Anne Marivin, Medi Sadoun, Michel Vuillermoz, Olivia Côte, Anne Girouard, Jean-François Cayrey, Ludivine de Chastenet, Guilaine Londez, et Nuno Lopes... Chamboultout est (et demeurera très certainement) l'une des meilleures comédies de cette première moitié de l'année 2019. A voir absolument...

lundi 3 septembre 2018

Les Seigneurs de Olivier Dahan (2012) - ★★★★☆☆☆☆☆☆



Olivier Dahan. L'auteur de La Môme en 2007. L'auteur des Rivières Pourpre 2 – les Anges de l'Apocalypse trois ans auparavant... une véritable purge cinématographique. Deux exemples de longs-métrages qui à eux seuls auraient suffit à me faire préférer six mois de coma dans une chambre d’hôpital qu'une heure-trente enfermé dans une salle de cinéma pour y aller voir les aventures d'une brochette d'interprètes dont la popularité à elle seule aurait suffit à assurer le remboursement des 20 900 000 euros engagés dans le septième long-métrage du cinéaste français. Les Seigneurs, ce sont ces anciennes gloires du football français qui à force d'encouragement de la part de leur futur entraîneur Patrick Orbéra (l'acteur José Garcia), finissent par accepter d'abandonner leurs activités pour une bonne cause : monter en Bretagne, jusqu'à l’île de Molène dans le Finistère afin d'y sauver l'emploi d'un certain nombre d'ouvriers d'une conserverie vouée à la fermeture. Sans doute pour d'autres raisons également. Comme de redorer leur image. Celui qui s'en sort encore le mieux, c'est Wéké N'Dogo (Omar Sy) dont la carrière prit fin en raison de problèmes cardiaques. Parce que pour ses futurs coéquipiers, c'est autre chose. Rayane Ziani (Gad Elmaleh) est dépressif et accro aux consoles de jeu (et plus précisément à la Playstation), Fabien Marandella (Ramzy Bédia) est cocaïnomane, Shaheef Berda (Joey Starr) est une brute épaisse qui sort tout juste de prison et David Léandri (Franck Dubosc), qui dans sa pathétique tentative de reconversion, se voit déjà fouler les plus grands plateaux de cinéma. Mélangés à des joeurs-pêcheurs locaux, cette équipe nouvellement formée va tenter de gravir les échelons de la Coupe de France afin d'engranger suffisamment d'argent pour pouvoir sauver la conserverie de Molène de la faillite...

Voilà donc pour le synopsis. Résultat du match. 1 pour Olivier Dahan pour lequel le film a attiré presque trois millions de spectateurs en huit semaines d'exploitation, et 0 pour le public qui se retrouvait là devant un long-métrage qui d'un point de vue scénaristique se révélait d'une pauvreté relativement commune dans la comédie française actuelle. Tourné en majorité dans le Finistère, Les Seigneurs ne repose que sur une seule chose : ses interprètes. En effet, réunir cette belle brochette d'acteur sauve du naufrage une œuvre qui sent à plein le 'foutage de gueule'. C'est horrible à dire, mais sans doute le cinéaste a-t-il pensé son film en tant que supporter de football ? S'il en est ainsi, alors on pourra supposer qu'une grande partie des spectateurs qui ont fait le déplacement jusqu'au cinéma sont eux-même de ce sport qui remue tant les foules.

Pas toujours d'accord avec ce qu'expriment les critiques de la presse spécialisée, j'avoue avoir ressenti le même sentiment que cette critique partielle écrite dans Les Cahiers du Cinéma, "Les Seigneurs" dévoile finalement son programme pathétique : rendre un hommage coupable au comique troupier des Charlots avec la dream team de l'humour télévisuel contemporain". Une critique à laquelle j'ajouterais : Sans l'immense talent Z des artistes ici invoqués... Marque de fabrique de certains artistes concentrant généralement leur carrière cinématographique dans les années soixante-dix (allez savoir pourquoi), Les Seigneurs tente de rejoindre malgré lui cette période peu glorieuse du Cinéma français (avec un grand C) et si faste pour l'amateur de nanars assumés. Autant la thématique évoquée par Les Charlots possédait une richesse toute personnelle, MAIS exemplaire, autant Olivier Dahan se fourvoie (et ainsi donc ses interprètes également) dans une comédie lourdingue à peine écrite, fainéante en matière de réalisation, bien qu'enjouée de part l'implication d'interprètes vouant à cette occasion, une véritable fascination pour le cinéma potache !

mercredi 8 août 2018

Madame Hyde de Serge Bozon (2018) - ★★★★★★★☆☆☆



Certains cinéastes possèdent un univers bien à eux. En France également. Il suffit d'évoquer Quentin Dupieux pour que les passions se déchaînent. Et encore, lui, a la chance d'être majoritairement apprécié. Du moins par la presse car le public se partage la part du lion entre engouement et assassinat sur la place publique. Le cinéma de Guillaume Nicloux contient également cette part d'incongruité qui continue à indisposer une partie des spectateurs. Celui qui n'échappe pas à cette règle en raison d'une filmographie que l'on jugera en dents de scie, c'est Serge Bozon. Surtout depuis le mal aimé Tip Top. Une œuvre, avouons-le, dont le choix de la mise en scène est plutôt curieux mais qui au final intrigue pour les bonnes raisons. Déjà, le réalisateur y convoquait notre plus grande actrice féminine Isabelle Huppert, laquelle accepte de remonter six ans plus tard dans l'étrange manège d'un cinéaste qui ne souffre d'aucune forme de concession. Ou bien si peu. Car la seule à laquelle il accorde une exception est de reprendre à son compte le roman de Robert Louis Stevenson L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde et d'en proposer la relecture la plus étonnante qui soit.

Lui offrant une version toute féminine, c'est donc Isabelle Huppert qui incarne le célèbre docteur. Mais ici, point de médecin. Pas d'alambiques, de tubes à essais ou de substances liquides, mais un curieux laboratoire servant aux expériences d'une professeur de biologie en mauvais termes avec ses élèves. L'actrice française n'aura jamais paru aussi frêle. Isabelle Huppert n'aura jamais été aussi évanescente sur grand écran. Blafarde, menue, et confronté à la classe d'un lycée technique chargée en loups venus dévorer jour à près jours la pauvre brebis égarée dans un monde où la violence verbale cause autant de tort que la violence physique, généralement beaucoup plus directe. Glissant peu à peu vers une pente dangereuse, c'est pourtant un phénomène relevant du fantastique qui va littéralement transformer Madame Géquil en madame Hyde le soir venu. Et là encore, Serge Bozon propose une relecture du mythe assez curieuse puisque le pendant sombre de son héroïne n'a aucun penchant pour le vice. Tout juste ce personnage effacé devient-il l'arme contre laquelle la jeunesse actuelle ne pourra pas grand chose. Prenant peu à peu confiance, Madame Géquil prend sous sa coupe le jeune Malik, handicapé depuis la naissance, rejeté par ses camarades, qu'elle tentera de convaincre des bienfaits de l'éducation...

Madame Hyde est une œuvre étrange. Qui ne remportera pas l'adhésion générale mais qui provoquera sans doute quelques remous. Bénéficiant de la personnalité de son auteur et de quelques grands interprètes français tels que José Garcia (dont le rôle duquel fut à l'origine pressenti Gérard Depardieu) ou Romain Duris, le long-métrage de Serge Bozon est une œuvre bicéphale entre réalisme et fantastique.
Le réalisme est évoqué à travers ces longues scènes d'enseignement patiemment inculquées à des élèves d'abord réfractaires montrant les difficiles conditions dans lesquelles sont désormais contraints de travailler les enseignants. Le fantastique, lui, intervient de manière ponctuelle, à travers quelques effets visuels qui, s'il ne sont pas totalement bluffants, permettent une bonne compréhension des événements. Le film est porté par l'interprétation de son héroïne, ainsi que par le jeune Adda Senani qui dans le rôle de Malik incarne à merveille c'est frange de l'adolescence apparaissant au départ irrécupérable mais que la passion d'une enseignante pour son métier parviendra à faire pencher du bon côté de la balance. Si le film apparaît parfois rigide, il recèle également  quelques jolis moments tranchant radicalement avec la torpeur dont semble parfois être la victime le scénario. José Garcia, si peu sollicité soit-il, est un compagnon touchant. Romain Duris, sous ses airs de proviseur 'perché' reflète cette nouvelle forme de démagogie qui pourrit tout sur son passage tout en demeurant juste à quelques occasions envers une Madame Géquil ne renonçant jamais à ce pour quoi elle a choisit d'enseigner. Mais ce qui marque avant tout, c'est la relation élève-professeur que vont entretenir l'enseignante et Malik. Si le contexte est parfois étrange, Serge Bozon dresse finalement le bilan relativement classique des conditions pénibles dans lesquelles sont contraints de travailler les enseignants. Mais avec cette forme extraordinaire qui empêche toute appréciation subjective. Une très bonne surprise...

jeudi 5 avril 2018

Comme un Poisson hors de l'Eau de Hervé Hadmar (1999) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Premier long-métrage abordé dans ce nouvel article, un thriller, une comédie, en tout les cas, un film curieusement barré dont il est difficile de dire si oui ou non, Hervé Hadmar a réussi le pari de mélanger les genres. Dur en effet de voir en cette histoire d'arnaque au 'poisson', autre chose qu'une énorme farce conduite principalement par un Tchéky Karyo cabotinant à l'excès aux côtés d'un Dominique Pinon dans la peau d'un chien fou, d'un Michel Muller utilisé comme pion comme le Pierre Richard du Grand Blond avec une Chaussure Noire, ou encore d'une Monica Bellucci en brune sensuelle, employée d’hôtel et membre d'une petite organisation criminelle dont le but principal est donc de dérober un poisson exotique extrêmement rare à un collectionneur afin de lui revendre aussitôt pour la somme d'un million de francs (nous sommes en 1999, et l'euro ne circulera en France que deux ans plus tard). A la vérité, Comme un Poisson hors de l'Eau a bien du mal à se hisser au niveau de ses objectifs. En effet, non seulement l'humour y est relativement poussif, inefficace, et ce, malgré les louables efforts d'un casting de qualité qui n'aura eu a se mettre sous la main, que les dialogues écrits à huit mains par Philippe Haim, Michel Muller, Christophe Bergeronneau et le réalisateur lui-même, mais le suspens qui était censé accompagner ce projet un peu fou tombe complétement à plat du fait de son manque de sérieux.

Pour ce qui s'avère être jusqu'à maintenant le premier et seul long-métrage cinéma de Hervé Hadmar (le cinéaste s'est en effet tourné depuis vers la télévision), Comme un Poisson hors de l'Eau, se révèle être une grosse déception. Surtout si l'on compare le résultat au potentiel de départ. Rendez vous compte par vous-même : Tchéky Karyo dans le rôle principal et l'immense réalisateur et scénariste français Georges Lautner (auteur entre autres films du Septième Juré, Les Tontons Flingueurs, La Valise, Le Professionnel ou encore La Maison Assassinée) en conseiller technique. Peut-être Hervé Hadmar aurait-il dû d'ailleurs confier la réalisation de son œuvre à ce cinéaste de légende qui réalisa et scénarisa de nombreux et très bons longs-métrages.

Comme un Poisson hors de l'Eau est surtout très bavard et si les rares gunfights au 'silencieux' rappellent qu'en leur temps, les Bernard Blier, les Lino Ventura, les Francis Blanche et les Jean Lefebvre étaient les maîtres du jeu, ils demeurent ici, assez tristes et peu innovants dans le contexte tout de même assez particulier choisi par le réalisateur. Michel Muller continue de camper son éternel personnage de français moyen amorphe (et un brin... glauque), Dominique Pinon aurait pu être intéressant dans la peau du surexcité Melvin. Quant à Monica Bellucci (qu'il serait réducteur de n'évoquer que pour sa superbe silhouette... mais tout de même!), on a l'impression qu'elle se fait chier. N'oublions tout de même pas la présence à l'écran de l'acteur turc Mehmet Ulusoy riant à s'en arracher les amygdales mais respirant l'air afin de desceller si ses interlocuteur sont des escrocs ou pas. N'oublions pas non plus Gérard Ismaël, qui dans la peau du garde du corps du truand et collectionneur de poissons arbore toujours son très charismatique regard. A noter quelques petites apparitions dont celle de Philippe Haim, cinéaste (on lui doit notamment le navrant Les Dalton), compositeur (L'Appât, Barracuda, etc...), et ici, co-auteur du scénario, ainsi que celles de José Garcia et d'André Pousse...

dimanche 28 mai 2017

A Fond de Nicolas Benamou (2017) - ★★★★★★☆☆☆☆



José Garcia, André Dussolier, Jérome Commandeur, Vincent Desagnat et Florence Foresti... entre autres. Un casting excitant pour un récit dont le déroulement rappelle Babysitting et sa suite. Pas étonnant lorsque l'on sait que ces derniers ont tout deux été (co)réalisés par le même bonhomme. Un certain Nicolas Benamou. Enfin... quand je dis excitant, cela dépend pour qui. Entre la vieille garde assurée par l'excellent André Dussolier, une autre un peu plus récente avec José Garcia, et une nouvelle génération dont l'approche du métier d'acteur comique peut avoir de grave conséquences sur le moral des spectateurs nourris durant leur tendre enfance par les acteurs cultes que sont Louis de Funès et Pierre Richard (pour ne citer qu'eux), on aurait pu craindre le pire.
Et pourtant, A Fond se révèle malgré nos angoisses une sympathique petite comédie qui, si elle ne file pas à mille à l'heure, maintient la vitesse constante des cent-soixante kilomètres heures imposés par un régulateur de vitesse défectueux. Tom (José Garcia) et Julia (Caroline Vignaux) Cox sont les parents de Lison (Josephine Callies) et de Noé (Stylane Lecaille). Des gamins heureusement pas trop turbulents si l'on tient compte du fait que les heures qui vont venir vont se transformer en un véritable cauchemar. Après avoir acquis un véhicule couteux entièrement équipé d'un système électronique à la pointe du progrès, la famille Cox prend la route des vacances avec, à bord de leur nouvelle familiale, le père de Tom, Ben (André Dussolier) et une passagère clandestine, Melody Poupart (l'actrice et humoriste suisse qui interprétait déjà le rôle d'Estelle dans les deux Babysitting).

Mais comment donc le cinéaste Nicolas Benamou et les scénaristes Frédéric Jardin et Fabrice Roger-Lacan vont-ils donc pouvoir nous tenir en haleine durant presque une heure trente a-t-on le droit de se demander. En éprouvant une fois de plus la recette des Babysitting. L'une des caractéristiques du cinéma de Benamou, c'est l'urgence. Alors que les personnages filent à toute allure à bord d'un véhicule devenu presque incontrôlable, les gags s'enchaînent à une vitesse folle. La plupart demeurent évidemment d'une incohérence monstrueuse mais rien ne nous prépare à cette vague furieuse et à ce déchainement de situations plus cocasses les unes que les autres.
On ne s'ennuie pas un instant. Je me souviens encore avoir dit (et avoir entendu ma compagne confirmer mon analyse) que c'était « vraiment con ». et il est vrai que la plupart des situations sont d'une débilité sans nom. Et pourtant, c'est bien là ce que l'on cherche. Retrouver les mêmes sensation que dans babysitting. L'un des atouts du film demeure dans l'apparition des personnages campés par Jérôme Commandeur en irrésistible concessionnaire automobile, Vincent Desagnat en gendarme de la route ouvrant le passage à la voiture folle, Florence Foresti en Capitaine de la Gendarmerie, mais également Vladimir Houbart, acteur presque débutant (jusqu'à maintenant, il n'a joué que dans trois longs-métrages, Babysitting, A Fond et Gangsterdam) et surtout, cascadeur comme on le devine assez vite à travers les prouesses dont son personnage fait preuve. A bord d'un bolide de couleur jaune, il va tenter de rattraper la famille Cox qui par accident à fait volet en éclat une partie de sa belle « sportive ».

Benamou injecte quelques détails supplémentaires fort amusants, tels André Dussolier en gaffeur invétéré, Charlotte Gabris en adolescente naïve et pas très intelligente, ou encore le couple formé par Béatrice Costantini et Philippe Laudenbach dont l'épouse est victime d'effets secondaires consécutifs à des injections de botox. Tout ceci mêlé à l'intrigue principale font de A Fond, une comédie familiale relevée. Certainement pas d'une finesse remarquable, mais au fond, assez prenante...

dimanche 23 mars 2014

Fonzy de Isabelle Doval (2013)



Diego Costa est un homme instable et immature qui travaille dans la poissonnerie familiale de son père aux cotés de ses frères Enrique et Manuel. Alors qu'il a emprunté une grosse somme d'argent à des prêteurs sur gages afin de monter sa petite entreprise de culture d'herbe, il apprend de la bouche de Maître Chasseigne, l'avocat d'une clinique spécialisé dans le don de sperme, qu'il est le géniteur de 533 jeunes hommes et femmes dont plus d'une centaine désirent connaître son identité.


Auprès son ami et avocat Quentin (qui n'est pourtant toujours pas inscrit au barreau), Diego va tout mettre en œuvre pour que soit gardé secrète son identité. D'autant plus que le torchon brûle entre cet homme irresponsable et sa fiancée Elsa qui lui apprend qu'elle est enceinte de lui mais qu'elle préfère élever leur futur enfant toute seule. Par ailleurs, Maître Chasseigne a communiqué un dossier renfermant le profil des enfants de Diego afin de convaincre celui-ci d'accepter de dévoiler son identité.


Diego va, grâce à ce dossier, rechercher chacun de ceux-ci, s'en approcher, découvrir leur qotidien, et finalement contre toute attente, s'attacher à eux. Il va même malgré lui se retrouver dans une salle les réunissant tous. Parmi eux va se trouver un adolescent qui va le suivre jusque dans sa tanière et lui révéler qu'il connaît son identité. Le jeune homme va même jusqu'à s'inviter chez Diego et dormir chez lui...


Ce troisième film d'Isabelle Doval commence mal. Très mal même. Quelques répliques mal senties, un générique ponctué par une bande-son adolescente... Fonzy commence sous les plus mauvaises augures et laisse présager du pire. Pourtant, un phénomène étrange se produit assez rapidement. Après avoir découvert un José Garçia qui hésite, semble mal à l'aise dans son personnage, on commence à ressentir les premiers symptômes du rire. D'abords timides, ils deviennent récurrents tout au long du film. Quelques acteurs plus habitués des studios de télévisions (l'increvable Gérard Hernandez, les pensionnaires de l'émission de Laurent Ruquier On Ne Demande Qu'à En Rire Vérino et Arnaud Tsamère) viennent donner la réplique à un José Garcia qui installe son personnage et se sent de plus en plus à l'aise.


Lucien Jean-Baptiste en avocat du dimanche est carrément tordant, Hernandez est un papa attachant, et Audrey Fleurot est la fiancée un peu trop mature pour le grand gamin qu'est José Garcia. Fonzy n'est peut-être pas la comédie du siècle, ni même celle de l'année 2013, toujours est-il que l'on passe un vrai moment de fraîcheur en compagnie d'une ribambelle d'acteurs dont une très grosse majorité fait figure de second, voire, troisième rôle (en première ligne, la progéniture de José Garcia).

Le film a été boudé par la presse et les spectateurs qui lui reprochent son peu d'imagination (Fonzy est un remake du film canadien Starbuck de Ken Scott). C'est vrai, le scénario tient sur un ticket de métro, mais l'essentiel étant de nous faire rire, on passera outre la légèreté de l'intrigue. Une bonne petite comédie, légère et agréable..

samedi 29 juin 2013

Le Tour de France: Le Vélo de Ghislain Lambert de Philippe Harel (2001)


Petit cycle consacré au cyclisme avec, pour commencer, Le Vélo De Guislain Lambert de Philippe Harel...

Comme le dit si bien la voix-off (Antoine de caunes) au début du film, Le Vélo De Guislain Lambert ne raconte en rien l'histoire d'un champion de cyclisme mais plutôt celle d'un homme passionné et avide de gloire et de reconnaissance. Il vit de petits métiers qu'il n'éprouve aucune honte à exercer mais qui sont loin de le contenter. Maurice Focodel un jour le rencontre sur une route de campagne et lui propose d'intégrer son équipe de cyclistes.
Un jour, alors qu'il fait du porte à porte, il fait la connaissance de Babette qui vit chez sa vieille mère et dont il va instantanément tomber sous le charme. Sa mère le présente comme le vendeur qu'il est alors que Ghislain lui, va très vite rectifier le tire en se présentant plutôt comme un cycliste.

La vie en compagnie des autres cyclistes de l'équipe ne semble pas vraiment l'enchanter.De plus il réalise que les courses amateurs n'ont que très peu de rapports avec celles des professionnels. Sur les routes de campagne il est régulièrement poussé par la voix puissante de son premier fan, son frère Claude.Lors de la toute première course, il croisera sur le chemin le regard de la jeune Babette rencontrée un peu plus tôt et, déconcentré, finira dans un fossé. Lui qui rêve d'être premier sur les podiums réalise que les dirigeants de l'équipe misent avant tout sur un certain Fabrice, leader prétentieux du groupe.

C'est après être allé chez un ancien cycliste chez qui il s'est rendu accompagné d'un coéquipier afin d'acheter des "boyaux" que l'idée de prendre des substances dopantes lui vient à l'idée. Enfermés dans les toilettes d'une habitante d'un petit village dans lequel doit débuter une nouvelle course, Ghislain sera dopé par son ami qui lui injectera une dose massive de drogue. Totalement speed, il va démarrer la course en trombe, la menant avec une très large avance pendant une bonne partie du trajet jusqu'au moment ou il finira allongé sur le bord de la route. Lors des courses suivantes, il prendra l'habitude de se doper dans des proportions beaucoup plus raisonnables trouvant divers subterfuges lors des tests d'urine et montera même quelques fois sur le podium.

Lassé d'être considéré comme la cinquième roue du carrosse et de ne pas recevoir le fruit de ses efforts qui à son détriment servent la cause du leader,lors d'une banale partie de carte jouée en compagnie de Fabrice, le sus-dit leader, et contre deux hommes d'une équipe adverse Ghislain s'évertuera à mal jouer pour qu'une fois son coéquipier soit défait face à un concurrent adverse. Un comportement qui verra son aboutissement dès le lendemain lors de l'étape du jour au cours de laquelle il tentera de nuire à Fabrice. Malheureusement pour Ghislain, au terme de cette course folle, il sera convoqué pour un test d'urine lors duquel il sera convaincu de dopage. Il sera finalement viré de l'équipe et c'est alors que son frère Claude prendra la décision de prendre les choses en main concernant sa carrière de cycliste...

Benoit Poelvoorde qui interprète le rôle de Ghislain lambert nous avait habitué à des rôles plutôt comiques et même si parfois l'on sourit face à certaines situations, c'est surtout la tragédie d'un petit homme qui aimerait en devenir un grand qui retient l'attention. Ghislain Lambert semble se chercher dans cette volonté permanente de réussir qui le mène le plus souvent à la désillusion. José Garçia qui interprète lui le rôle du frère apparemment exigeant mais qui se révèle en réalité un petit escroc est toujours parfait et prouve une fois de plus qu'il est un excellent acteur. On notera que la musique, dont la relative discrétion donne un certain sens au réalisme des différentes situations, ne manque pas vraiment.Philippe Harel, auteur d'une quinzaine de longs métrages et acteur parfois étonnant voire énervant réalise un film superbe de simplicité, sans artifice et qui mise avant tout sur un jeu d'acteur convainquant...Mission réussie.
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