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dimanche 23 juin 2024

Sous la Seine de Xavier Gens (2024) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



On m'avait vendu la marchandise comme une alternative hexagonale à la série des Sharknado et au final, je me retrouve avec un épisode de Navarro ! Teints en rose, en bleu ou coiffés façon dreadlocks, les visages pâles de Sous la Seine, qui contrairement à ce que j'avais d'abord cru n'est absolument pas un film de propagande commandité par la maire de la capitale français Anne Hidalgo, sont tous de sympathiques écologistes vêtus de fripes comme les idées préconçues les fantasme en général systématiquement le français de base qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez. Ceux de Xavier Gens et de ses scénaristes Yannick Dahan et Maud Heywang semblent les avoir furieusement démangé au moment de l'écriture et de la réalisation tant le dernier long-métrage de l'auteur de Frontière(s) en 2007 ou de Cold Skin dix ans plus tard se complaît à poussivement dresser la liste quasi exhaustive définissant une partie certes minoritaire de la population mais qui pourtant envahit l'espace médiatique. Le réalisateur cherche-t-il à inverser la vapeur selon laquelle la police est raciste et tue ? Car à part la principale dirigeante de l'autorité et un brigadier bien blanc qui chaque fois qu'il ouvre la bouche ne fait que débiter des banalités sur un ton de demeuré, ces ''vendus'' que proclament généralement leurs communautés respectives arborent des visages originaires de terres bien plus arides que le sol de France. Bref, Sous la Seine prône ici un Black/Blanc/Beur plutôt de bon aloi qui vient rejoindre la très longue liste des critères qui dans d'autres circonstances permettent désormais d'obtenir de précieux Sésames dans des festivals qui ont véritablement perdu tout sens commun ! Parce que certains ont beau eu critiquer la charmante Marion Maréchal lorsque celle-ci évoqua le prix d'interprétation féminine selon elle obtenu par un homme (en fait, un trans), faut vraiment avoir du caca d'yeux plein les mirettes pour ne pas remarquer que tout part à vau-l’eau dans notre société. Et cerise sur le gâteau, mesdames et messieurs : vous êtes priés de fermer vos gueules sous peine d'être insultés dans le meilleurs des cas ou d'être menacés de mort dans le pire. Mais je m'égare... Sous la Seine est vraiment une piteuse production française censée être horrifique, profitant sans doute des Jeux Olympiques à venir et de la polémique tournant autour des compétitions qui devraient se dérouler carrément dans les eaux parait-il assainies de la Seine, pour faire son beurre.


Bérénice Bejo en écologiste courageuse tentera tout d'abord de plonger en apnée dans les eaux infestées de déchets du Pacifique Nord. Une zone tout à fait authentique connue sous le nom de Vortex de déchets situé dans le gyre subtropical du Pacifique Nord ! Ajoutant à la montagne de détritus majoritairement constitués de plastique et de filets de pèche, voilà qu'en plus Xavier Gens y intègre un requin aux proportions inhabituelles que surveillent depuis plusieurs mois Sophia Assalas (Bérénice Bejo, donc) et son équipe qui comme elle sont de fervents militants écologistes ! Il semble d'emblée évident que le français ne cherche absolument pas à rendre crédible les événements comme en veut pour preuve cette longue et involontaire descente en apnée de l’héroïne, accrochée à une corde reliée au requin qui ne fait que s'enfoncer dans les profondeurs. Xavier gens faisant fi des dangers liés à l'embolie gazeuse caractérisée par une remontée beaucoup trop rapide à la surface, voilà que notre héroïne apparaît désormais à Paris et visiblement en bonne santé. À des milliers de kilomètres du site où ses amis ont perdu la vie, croqués par le requin en question, celui-ci a visiblement pris le même chemin que la jeune femme puisqu'il va réapparaître en se jetant carrément dans les eaux de la Seine. Invraisemblable semble être le maître-mot de Sous la Seine qui ne cessera jamais d'en remettre des couches comme un mille-feuille d'incohérences qui ne semblent pas gêner plus que ça les interprètes ou l'équipe technique ! Xavier Gens prend son sujet tellement au sérieux qu'il oublie d'insuffler un peu de second degré. Sous la Seine n'est donc même pas comparable à la série des Sharknado qui avait l'avantage de faire souvent rire. Visuellement, on a l'impression d'être devant une production France Télévision. C'est laid et accompagné par une bande musicale artistiquement pauvre. Bérénice Bejo, Nassim Lyes et les autres interprètes ont beau faire ce qu'ils peuvent, ça n'est jamais passionnant. Mou en dehors de quelques scènes pourtant franchement foireuses pour cause d'invraisemblance (celles des catacombes durant laquelle la cinquantaine de personnes présentes à l'image préfère se jeter à l'eau plutôt que de patienter jusqu'à ce que le requin disparaisse), les attaques sont rarement réussies et en tout cas généralement filmées hors-champ. Et lorsque la bête (et même, LES bêtes) sont filmées en train de charger ou de mordre dans la chair tendre de leurs victimes, tout ceci reste pitoyable en terme d'effets-spéciaux numériques. Bref, Sous la Seine est parfaitement dispensable. Notons en outre la présence de l'actrice Anne Marivin dans le rôle d'une maire de Paris abusivement caricaturale...

 

mercredi 13 mars 2024

Dany Boon - Bienvenue chez les Ch'tis de Dany Boon (2008) - ★★★★★★★☆☆☆




Quoi de mieux pour débuter un cycle consacré à Dany Boon que de démarrer par son plus grand succès ? Durant plus de quarante années, La grande vadrouille de Gérard Oury avec plus de dix-sept millions d'entrées est demeuré numéro un au box-office français avant d'être détrôné en 2008 par Bienvenue chez les Ch'tis, second long-métrage du réalisateur, scénariste, producteur et humoriste Dany Boon qui encore aujourd'hui détient le records d'entrées sur notre territoire avec plus de vingt millions de tickets vendus. Plus que les réelles qualités de cette comédie familiale, les raisons de son succès reposent sans doute sur la popularité du long-métrage auprès du public originaire du Nord qui s'est fort logiquement pressé à l'entrée des salles de cinéma dans la région Nord de notre pays. En effet, le second film réalisé et interprété par Dany Boon deux ans après La maison du bonheur rend hommage aux habitants du bassin minier et de l'ancien Pas-de-Calais connus sous le nom de Ch'tis. Une œuvre que l'on classifiera pour commencer en parallèle à la carrière d'humoriste de son auteur, lequel rendra tout d'abord hommage aux gens du Nord avec son spectacle Dany Boon : A s'baraque et en ch'ti en 2003. L'aventure commence en 2006 lorsqu'il imagine une œuvre se déroulant dans le pays qui l'a vu grandir. Originaire d'Armentières dans ce que l'on a désormais communément l'habitude de nommer Les Hauts-de-France, il passe un an sur le script de sa future comédie avant de s'adjoindre les services des scénaristes Franck Magnier et Alexandre Charlot. À l'origine, Kad Merad n'était pas le premier acteur pressenti pour interpréter le rôle de Philippe Abrams mais José Garcia. Aux côtés de l'ancien complice d'Olivier Baroux du duo Kad et O, l'acteur franco-algérien compose avec une petite troupe d'interprètes fort sympathiques dont Line Renaud qui pour la seconde fois après La maison du bonheur travaillait aux côtés de Dany Boon. Zoé Félix, Anne Marivin, Philippe Duquesne et surtout le très fidèle Guy Lecluse (que l'on retrouvera notamment dans Rien à déclarer, Supercondriaque et La Ch'tite famille eux aussi réalisés par l'humoriste en 2011, 2014 et 2018) rejoignent le projet qui débute un an plus tard, en 2007. Comme l'évoque le personnage de Philippe Abrams, quelques séquences furent tournées à Salon-de-Provence où travaille tout d'abord l'un des deux principaux protagonistes du récit avant que l'équipe toute entière ne se déplace jusqu'à Bergues dans Les Hauts-de-France.


Le récit de Bienvenue chez les Ch'tis nous conte l'histoire du directeur d'une agence de La poste située à Salon-de-Provence désirant se rapprocher de la Méditerranée. Sous la pression de son épouse Julie (Zoé Félix), il tente un coup de bluff lors d'un entretien en se faisant passer pour un homme en fauteuil roulant afin de convaincre M. Lebic (Jérôme Commandeur), un inspecteur du travail, de lui accorder le poste qu'il convoite. Malheureusement pour lui, le pot-aux-roses est découvert et le voilà désormais contraint d'accepter une mutation dans le Nord pour les deux prochaines années. Refusant de l'accompagner dans ses nouvelles fonctions, Julie et leur fils Raphaël (Lorenzo Ausilia-Foret) restent donc dans le Sud. Convaincu que son départ pour le Nord sera une véritable épreuve (l'échange entre Kard Mérad et le grand-oncle de son épouse excellemment interprété par Michel Galabru semble d'ailleurs lui donner raison), Philippe Abrams va découvrir que les habituels clichés liés à cette région supposée ici inhospitalière ne rentrent pas vraiment dans le cadre des rencontres qu'il y fera... Avec tout l'humour qui le caractérise, celui consistant à s'auto-parodier, Dany Boon, dans le rôle du facteur et du carillonneur Antoine Bailleul mais surtout dans celui de réalisateur et scénariste s'amuse des stéréotypes qu'il mettra en scène lors de la première partie. Une fois évacuées les banalités, le film montre la petite ville de Bergues sous un jour très positif. Véritable laboratoire d'une population très accueillante mais aux coutumes gastronomiques parfois étonnantes comme celle de plonger dans le café une tranche de pain tartinée de Maroilles, les clichés s'envolent à tel point que notre héros tout d'abord réfractaire s'y sentira très rapidement chez lui. Drôle, parfois caricatural mais jamais vulgaire, Dany Boon prend un malin plaisir à se moquer non pas des autochtones mais de ceux qui en ont une image faussée. Ajoutée au portrait de cette ville du Nord et de ses sympathiques habitants, il se crée une relation avec la charmante guichetière et comptable Annabelle Deconninck qu'incarne la délicieuse Anne Marivin. Quant à Guy Lecluse et Philippe Dusquesne, ils arborent tous les deux les oripeaux des rares postiers de Bergues. À le redécouvrir aujourd'hui et bien des années après l'engouement de la presse et du public, seize ans après sa sortie sur les écrans internationaux, Bienvenue chez les Ch'tis a plutôt bien vieilli...

dimanche 27 septembre 2020

Baby Phone d'Olivier Casas (2017) - ★★★★★★☆☆☆☆

 



Un père atteint de narcolepsie (excellent Michel Jonasz), une mère froide, rigide et très critique (savoureuse Marie-Christine Adam), une épouse quelque peu délaissée (épatante Anne Marivin), un ami d'enfance manager (génial Pascal Demolon) d'une chanteuse à succès (Barbara Schultz) ainsi qu'un addict au sexe (Lannick Gautry)... C'est autour de ses parents, de son épouse, de ses amis et d'une chanteuse qu'il rencontrera pour la première fois que Ben (Medi Sadoun) décide sans avoir d'abord consulté Charlotte, d'organiser un dîner le vendredi à venir. Parents d'un tout jeune bébé, c'est sa mère qui s'en occupe dans une grande majorité des cas puisque le père, lui, est accaparé par son ambition de devenir célèbre grâce à ses compositions musicales. Un sujet au centre de nombreux désaccords non seulement entre les époux, mais également entre Ben et sa mère Monique qui verrait bien son fils prendre la place de son père à l'usine afin de permettre à ce dernier de prendre enfin sa retraite.... Alors que tous les convives (ou presque) sont présents, les amis Simon et Nathan passent voir le bébé endormi dans sa chambre tandis que Monique, son époux Hubert, Ben et Charlotte sont dans le salon. Penchés au dessus du berceau, les deux hommes prennent un ton moqueur et se font des révélations sans savoir qu'un Baby Phone retransmet justement dans le salon tout ce qu'ils disent. Ben et ses parents apprennent notamment que Nathan a couché avec Charlotte. Dès leur retour parmi leurs hôtes, les deux hommes constatent que l'ambiance est devenue glaciale...


C'est dans ce contexte que partagent beaucoup de longs-métrages que le réalisateur et scénariste Olivier Casas (ici aidé à l'écriture du scénario par Serge Lamadie et Audrey Lanj) réalise son tout premier format long après une série de courts-métrages dont l'un, éponyme, et d'un durée de quinze minutes traitait déjà du même sujet. Ou comment un simple petit appareil censé surveiller à distance les faits et gestes d'un bébé endormi peut avoir de lourdes conséquences sur une soirée. Baby Phone réuni tout un panel d'excellents interprètes eux-même soumis à un cahier des charges plutôt réjouissant : chacun y va en effet de son hypocrisie, certains avec nuance quand d'autres y vont franchement dans la démesure. Dans le domaine de la courtoisie, c'est Michel Jonasz/Hubert qui remporte le trophée de la bienveillance. Caché derrière son personnage atteint de narcolepsie qui passe le plus clair des quatre-vingt quatre minutes que dure le film à dormir, les rares fois où l'acteur/chanteur s'exprime c'est avec prévenance et dans ces moments là, on se tait et on l'écoute. Marie-Christine Adam qui incarne son épouse est l'exact contraire de Hubert. Froide et critique, elle ne se résigne jamais à tenir son rôle de convive mais passe son temps (peut-être avec un malin plaisir d'ailleurs) à remettre en question tout ce que dit et fait sa belle-fille. Charlotte qui elle, bouillonne véritablement. Pascal Demolon, égal à lui-même, est sans doute l'une des pièces maîtresses de ce petit jeu de massacre qui souffre parfois étrangement de silences. Sans doute placés ça et là pour que le spectateur ressente la gêne au sein de ce petit groupe d'amis et de membres d'une même famille qui ont des choses à cacher et donc, autant de choses à révéler...


Pascal Demolon, donc. Dans le rôle outré du manager hypocrite rattrapé (et donc sauvé) par ses émotions lors d'un dernier quart-d'heure qui explose les certitudes concernant l'issue de cette comédie plus légère que vraiment grave tout en se concluant de manière relativement touchante. Chacun y est à sa place, et même si l'on ne vit jamais de grands moments comme cela pu être le cas devant des classiques tels que Un Air de Famille de Cédric Klapisch en 1996, Cuisine et Dépendances de Philippe Muyl en 1992, Le Prénom d'Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte en 2012 ou de manière plus grave comme par exemple dans le cas de Préjudices d'Antoine Cuypers en 2015, on ne s'ennuie pas un seul instant. Medi Sadoun sort un peu de ses rôles de français d'origine maghrébine un peu lourds (Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu de Philippe de Chaveron et sa séquelle) pour celui d'un individu ivre de reconnaissance (faire croire que son père est sur le point de mourir pour parvenir à convaincre Simon de participer au dîner, il fallait oser!). Sans être un chef-d’œuvre ni proposer d'étourdissants dialogues, Baby Phone est cependant divertissant et permet de réunir une brochette d'interprètes attachants. Le film d' Olivier Casas est d'abord une sympathique comédie. Simple et sans prétentions...


dimanche 7 avril 2019

Chamboultout d'Eric Lavaine (2019) - note d'Anna et moi : ★★★★★★★★☆☆




Si l'on avait dû parier sur la pérennité du cinéaste Eric Lavaine dans le paysage cinématographique français après la sortie de son désastreux Poltergay en 2006, ceux qui l'avaient peut-être d'ors et déjà enterré lui auraient sans doute ri au nez s'il leur avait lui-même prédit qu'il changerait son fusil d'épaule en se laissant glisser de la comédie vulgaire, bourrée de clichés et surtout pas drôle, à celle un peu plus profonde et surtout, beaucoup mieux écrite, treize ans plus tard. C'est donc le cas en cette année 2019 avec Chamboultout qui derrière son titre qui n'éclaire pas vraiment sur ses intentions (Humour dévastateur ou émotion portée à son paroxysme?) change carrément son fusil d'épaule, mais sans brutalité puisqu'au fil de sa filmographie, Eric Lavaine est parvenu à adoucir son approche de la comédie. Du plutôt convainquant Incognito, en passant par le médiocre Protéger et Servir, jusqu'aux sympathiques Barbecue (qui réconcilie Florence Foresti et Franck Dubosc avec leurs détracteurs), Retour Chez ma Mère (les débuts d'Alexandra Lamy chez le cinéaste) et L'Embarras du Choix, Eric Lavaine est parvenu à se rendre de plus en plus indispensable dans un pays où la comédie se veut de plus en plus formatée...

Chamboultout, effectivement, chamboule... tout... Ou presque puisque le réalisateur choisit davantage d'appuyer là où ça fait du bien plutôt que d'insister trop lourdement là où ça fait mal. Pourtant, le sujet écrit à six mains par le cinéaste lui-même aidé par Bruno Lavaine et Barbara Halary-Lafond aurait pu donner lieu à un authentique drame mais les dialogues et les différentes situations donnent surtout lieu à une succession de séquences savoureusement drôles. Il faut dire qu'Eric Lavaine est accompagné en cela par un casting des plus remarquable : à commencer par Alexandra Lamy et José Garcia qui, touchés par un drame (le second incarne Frédéric qui après un grave accident de la route et un coma de quatre mois environs est demeuré aveugle et victime de troubles cognitifs) tentent de surmonter cette épreuve depuis maintenant cinq années. C'est ainsi que Béatrice décide de faire publier « La Grande Traversée », un ouvrage qu'elle a décidé de consacrer à l'histoire qu'elle partage auprès de Frédéric mais à laquelle a participé leur entourage. Un livre dont le contenu ne plaira malheureusement pas à tout le monde puisqu'elle y a inscrit des anecdotes plus ou moins élogieuses envers ses proches. Un ouvrage qui sera au centre de discussions bruyantes et houleuses lors d'un week-end organisé par Béatrice...

Il aura donc fallut patienter plus d'une décennie pour assister à l'accomplissement d'un cinéaste pas toujours inspiré mais qui aura peu à peu réussit à convaincre son auditoire au point de signer sinon un chef-d’œuvre, du moins son meilleur film cette année. Difficile de trouver le moindre défaut à ce Chamboultout très amusant qui délivre un message très optimiste tout en étant très clairvoyant sur le comportement adopté par un panel d'individus aux traits de caractère parfois diamétralement opposés. Même les plus rigoristes et les plus vertueux ne pourront être que touchés par la sensibilité et le soin apporté jusque dans la description des personnages les moins impliqués (on pense notamment à l'actrice Claudine Vincent qui incarne la mère de Frédéric, Mamoune ou à l'amant de Béatrice interprété par l'acteur protugais Nuno Lopes). Mais après avoir assisté à cet émouvant déballage de sentiments, de rancœurs et de pardons où le rire s'offre une place de choix, il demeure quasiment impossible de dissocier nos deux principaux interprètes des remarquables Michaël Youn (oui, oui), Anne Marivin, Medi Sadoun, Michel Vuillermoz, Olivia Côte, Anne Girouard, Jean-François Cayrey, Ludivine de Chastenet, Guilaine Londez, et Nuno Lopes... Chamboultout est (et demeurera très certainement) l'une des meilleures comédies de cette première moitié de l'année 2019. A voir absolument...

jeudi 26 juillet 2018

Podium de Yann Moix (2004) - ★★★★★★★☆☆☆



Prix Goncourt du premier roman pour Jubilations vers le Ciel en 1996, critique littéraire pour le magazine Marianne entre 1998 et 2002, chroniqueur dans l'émission de Laurent Ruquier On n'est pas Couché à partir de 2015 et ce jusqu'en 2018. Multipliant les casquettes, on ne peut pas dire que l'écrivain et réalisateur français Yann Moix ait chômé depuis ses débuts. En parallèle à ses différentes carrières de critique, d'écrivain et de chroniqueur, le bonhomme a eu le temps de réaliser deux longs-métrages qui ont tout deux obtenus des résultats auprès du public et de la presse diamétralement opposés. Le deuxième, pour commencer, qui fut un échec commercial et critique total et qu'il serait tant de réévaluer à sa juste valeur (Cineman, 2009). Quant au premier, Podium, que Yann Moix tourna cinq ans auparavant en 2004, il ne s'agit pas du biopic auquel certains s'attendaient sûrement (et en premier lieu, les fans du chanteur Claude François), mais d'une comédie, légère, décrivant avec beaucoup d'humour et de talent de la part de ses interprètes, les dérives consécutives à la passion dévorante pour une idole de la chanson française.

Ici, c'est l'acteur belge Benoît Poelvoorde qui s'y colle. Loin d’appesantir le récit sur l'aspect particulièrement sinistre de l'engouement pathologique pour une vedette de la chanson française ayant compté parmi les plus populaires de son époque, Yann Moix joue avec certains codes de la profession de sosie et délecte le spectateur en lui offrant en pâture toute une galerie de personnages aussi grotesques que pathétiques. Au centre desquels, donc, nous retrouvons Bernard Frédéric, vedette de sa propre existence. Petit employé dans une banque, il y a bien longtemps (cinq ans) que son épouse Véro (excellente Julie Depardieu) lui a imposé de stopper toute activité relative à sa passion dévorante. Le couple vit en compagnie de leur jeune fils dans une maison-témoin dont le sous-sol renferme les vestiges de l'ancienne passion de Bernard. Après avoir retrouvé son ancien compagnon de route Jean-Baptiste Coussaud dit « Couscous », sosie de Michel Polnareff sous le nom de Michel Polnar G, Bernard reçoit un coup de fil de Claude François lui-même sur le fameux téléphone rouge de la chanson Le téléphone pleure qu'il s'offrit cinq ans auparavant pour plusieurs milliers d'euros.
Bernard Frédéric décide alors de retourner à sa passion malgré l'avis de Véro, mais soutenu par Couscou. Le sosie de Claude François et son ami vont faire passer un casting à de jeunes danseuses afin de reformer les 'Bernadettes' et espèrent bien participer prochainement au concourt de sosie qu'animera la présentatrice Évelyne Thomas qui à cette occasion jouera son propre rôle...

Yann Moix décrit la passion de son héros comme un subterfuge lui permettant d'oublier sa morne existence. Car bien que père d'un jeune Sébastien (Nicolas Jouxtel) et époux amoureux de Véro, on ne peut pas dire que Bernard soit particulièrement conquis par son mode de vie. Se fondre dans la peau de son idole est une manière pour lui de quitter l'obscurité pour la lumière. Mais le risque ici, est de se perdre définitivement comme semble être perdu son ami Couscous, talentueusement incarné par l'excellent Jean-Paul Rouve. Le cinéaste, qui s'inspire ici de son propre roman éponyme, se réapproprie les codes vestimentaires de l'époque tout en ringardisant le propos à travers le souvenir de galas effectués dans des parkings de supermarchés Podium aura sans doute inspiré sa descendance car comment ne pas voir la moindre trace d'opportunisme dans le peu convaincant Stars 80 que Frédéric Forestier et Thomas Langmann réalisèrent huit ans plus tard ?

On pourra regretter que Yann Moix n'exploite pas davantage la psychologie d'un personnage 'borderline', se contentant finalement de jouer avec le grotesque du propos, bien qu'il ne se moque jamais véritablement de son héros. Les fans de Claude François ont là, matière à se réjouir d'une bande-son faisant la part belle à leur idole tandis que d'autres pourront y déceler une certaine forme de cynisme. Mieux vaut choisir son camp avant de porter un jugement définitif. Et quoi de mieux que l'émouvant duo entre la star et son sosie ? Podium mérite d'être redécouvert... A noter qu'une suite est prévue depuis quelques années avec dans les deux principaux rôles, Benoît Poelvoorde et Jean-Paul Rouve. Bien que les rapports entre le cinéaste et l'acteur belge se soient ternis à la suite du premier Podium, les deux acteurs y devraient être présents. En outre, Yann Moix a promis que le personnage de Couscous y aurait un rôle plus important que dans Podium. Affaire à suivre...

mercredi 1 novembre 2017

L'Embarras du Choix d'Eric Lavaine (2017) - ★★★★★★★☆☆☆



Le cas Eric Lavaine est un peu particulier. En effet, l'auteur de L'Embarras du Choix, son dernier long-métrage, est capable de réaliser le pire en matière de comédie (Poltergay, son premier long-métrage en 2006, l'assez triste Protéger et Servir et le en 2010 et le ringard Bienvenue à Bord en 2011) tout en ayant réussi l'ahurissant le tour de force de me convaincre que Franck Dubosc et Florence Foresti avaient un réel potentiel. Le premier, dès Incognito, en 2008, et la seconde, en 2014 avec Barbecue. Alors, bien évidemment, l'auteur de Retour Chez ma Mère, lequel était déjà, principalement interprété par l'actrice Alexandra Lamy n'a jamais vraiment donné dans l'originalité. Mais quels que peuvent être les critiques formulées à l'encontre de ses meilleurs films, le cinéaste français y assure le spectacle. Et au fond, c'est tout ce qu'on lui demande.

Pour son dernier long-métrage, Eric Lavaine convoque donc une nouvelle fois l'actrice révélée par la série télévisée Un Gars, une Fille aux côtés de Jean Dujardin. Alexandra Lamy. L'Embarras du Choix est une comédie fraîche, dans l'air du temps, mais qui souffre peut-être de ressembler à beaucoup de films traitant d'un même sujet. Ici, le triangle amoureux. Si ailleurs (Un Profil pour Deux de Stéphane Robelin) d'autres s'en sont sortis à merveille avec quelques bonnes idées originales, Eric Lavaine, lui, n'a d'autre choix que de compter sur une solide interprétation de ses personnages. Ici, l'émotion ne primant malheureusement pas sur le reste, c'est avant tout grâce au judicieux choix qu'a entreprit le réalisateur concernant les actrices et acteurs de son dernier né. Si les personnages incarnés par Anne Marivin et Sabrina Ouazani ne sont clairement pas des plus, originaux et des plus intéressants, ceux qu'interprètent Arnaud Ducret, Jamie Bamber et Lionnel Astier demeurent par contre fort sympathiques. Arnaud Ducret, découvert dans la série télévisée Caméra Café 2 : La Boîte du dessus (un échec retentissant malgré les immenses qualités de ses interprètes qui ne dénotent finalement pas du tout par rapport aux interprètes de la série originale Caméra Café) permet à L'Embarras du Choix de prendre un second souffle alors que le film démarrait sous les pires augures. On retrouve d'ailleurs derrière le personnage d’Étienne, celui qu'Arnaud Ducret campait dans Caméra Café 2. toujours le bon mot, il s'érige cette fois-ci en séducteur au bagout maîtrisé. Jamais lourd. Fin cuisinier et gastronome. Face à son personnage, celui qu'incarne l'acteur britannique Jamie Bamber. Le troisième pion d'un binôme qui aurait dû demeurer à l'état de couple si le personnage central interprété par Alexandra Lamy n'avait la fâcheuse habitude d'être incapable de faire des choix. Le personnage de Paul est l'occasion pour Eric Lavaine de transporter ses personnages hors de France, jusqu'en Écosse. Des paysages magnifiques. Des lacs et des hectares de verdure à perte de vue. Lionnel Astier, père d'un certain... Alexandre, c'est une histoire d'amour avec le cinéma et la télévision qui remonte à presque quarante ans. Un acteur qui durant de nombreuses années se fit discret mais que l'on redécouvre aujourd'hui avec beaucoup de plaisir. Un peu bougon, certes, mais diablement attachant, Richard est le père de Juliette, l'héroïne de cette histoire. Lionnel Astier, Jamie Bamber, Arnaud Ducret. Le trio gagnant d'une petite comédie légère qui offre aux spectateurs les moyens de se vider l'esprit sans trop avoir à se prendre la tête.

Car le récit de L'Embarras du Choix est on ne peut plus simple. Quittée par son compagnon, Juliette déprime. Depuis des mois. Logée chez son amie Joëlle (Anne Marivin), cette dernière ainsi que la très « libre » Sonia (Sabrina Ouazani) décident de l'aider à se trouver un nouveau compagnon. Sur un malentendu, la voici désormais amourachée de Paul. Malheureusement, celui-ci doit bientôt se marier.. Juliette passe donc à autre chose. C'est ainsi que débarque dans le restaurant de son père, Étienne, un jeune homme fort sympathique qu'elle a rencontré la veille lors d'une sortie trop arrosée. C'est le coup de foudre. Malheureusement, Paul débarque à ce moment-là et confie à Juliette qu'il vient d'annuler son mariage et qu'il a quitté celle qui aurait du être sa future épouse. Pourquoi ? Parce qu'il est tombé amoureux de Juliette. Désormais, la jeune femme va devoir faire un choix crucial : choisir entre Paul et Étienne. Mais la décision va, une fois de plus, se révéler difficile à prendre...

L'essentiel étant de passer un agréable moment, l’œuvre d' Eric Lavaine rempli parfaitement son contrat. Alexandra Lamy demeure toujours aussi sympathique, Jamie Bamber est tour à tour séduisant, puis touchant à travers ce personnage d'écossais au français parfois approximatif. Lionnel Astier campe un restaurateur au caractère bien trempé, difficile, mais reste fort attachant, quant à Arnaud Ducret, il continue à grimper dans l'échelle des humoristes qu'il faut suivre. L'Embarras du Choix est donc une réussite. On regrettera cependant quelques petites facilités. Comme celle dont use le cinéaste pour délier l'imbroglio dans lequel est tombée son héroïne en faisant d'un Étienne qui jusque là se révélait passionnant en un individu plutôt lourd (la scène du restaurant chic). Un changement de comportement qui ne peut s'expliquer que par la volonté du cinéaste de résoudre les problèmes de ce triangle amoureux sans vraiment chercher à se prendre la tête. Sinon, c'est un sans fautes... A noter la présence du toujours excellent Jérôme Commandeur et du chat... Carole, et le passage éclair de Franck Dubosc en prêtre écossais...
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