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mardi 4 juillet 2023

Juste Ciel ! de Laurent Tirard (2023) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Juste ciel... pourrions-nous nous écrier devant cette indigence dont le titre est d'autant plus proche du ressentiment qu'évoque son contenu qu'il étonne plus ou moins lorsque l'on remonte le fil de la filmographie de son auteur. Car Laurent Tirard, dont les trois derniers longs-métrages étaient franchement très encourageants au regard d'un cinéma humoristique français périclitant, n'a pas toujours été prompt à signer des comédies de qualité. Sans pour autant penser aux deux premières adaptations du Petit Nicolas de René Goscinny et Jean-Jacques Sempé, Laurent Tirard démontra qu'il était capable du pire en signant le piteux Astérix et Obélix : au service de Sa Majesté en 2012. Après Un homme à la hauteur en 2016, Le retour du héros en 2018 et Le discours en 2020, le réalisateur français nous revient avec une comédie franchouillarde que l'on croirait presque sorti de l'esprit démesurément désuet de Michèle Laroque. Alors que jusqu'à présent Laurent Tirard s'était entouré de Grégoire Vigneron à l'écriture des scénarii de ses précédents films (en dehors du Discours qui reposait à l'origine sur le roman éponyme de Fabrice Caro), il confie celui de Juste ciel ! à Cécile Larripa et Philippe Pinel. Une ''chance'' pour ces deux là qui ne réussissent malheureusement pas à la saisir. Avant cela, d'un côté comme de l'autre, ils ne travaillèrent que sur une poignée de courts-métrages. D'emblée, le nouveau long-métrage de Laurent Tirard ne fait absolument pas mystère de son accointance avec le pire de la comédie hexagonale et s'en va rejoindre non plus la pléthorique liste des purges qui sont produites et réalisées depuis des années sur le sol français mais bien ce que l'on avait coutume d'appeler des ''comédies franchouillardes'' dans le courant des années soixante-dix et quatre-vingt. Consciemment ou pas, Laurent Tirard s'en va rejoindre les Max Pécas, Michel Gérard et autre Philippe Clair du cinéma le plus populaire qui soit, signant une excroissance à ce cinéma que l'on pensait perdu et oublié à tout jamais. Un film quasiment cent pour cent féminin où la masculinité n'est représentée que par Jean-Michel Lahmi qui interprète le Père Abbé et François Morel qui lui, interprète monsieur Pierre. On pourrait aussi évoquer Henri Guybet qui à une certaine époque était l'un des parangons de la comédie franchouillarde de qualité (les second et troisième volets de la trilogie La septième compagnie) mais celui-ci ne fait qu'une courte apparition dans le rôle d'un pensionnaire d'Ehpad. Ce mouroir qui depuis la sinistre affaire Orpea semble vouloir se rappeler au bon souvenir des scénaristes qui depuis exploitent ces lieux de fin de vie où patientent jusqu'à la mort nos anciens (Maison de retraite de Thomas Gilou)...


Le troisième âge étant ''à la mode'', l'on remarquera tout de même qu'il est difficile d'envisager d'exploiter ses représentants ailleurs que dans des productions qui produisent autant de désagréments que cette inconfortable odeur de rance que dégagent les vielles armoires ! Juste ciel ! ne déroge malheureusement pas à cette règle et la présence au générique de Valérie Bonnetion, de Camille Chamoux, de Claire Nadeau (dont les scénaristes exploitent désormais sa capacité à faire silence ou exprimer sa pensée sous forme de borborygmes comme dans le cas de la franchise Les Tuche) ou de Guilaine Londez (l’irrésistible secrétaire de Richard Berry dans Une journée de merde de Miguel Courtois en 1999) dans le rôle de religieuses n'y changera rien et aura même tendance à appuyer là où ça fait mal. Ici, aucune profondeur. On est dans la comédie d'entrée de gamme que l'on trouvera sans doute bientôt à l'entrée des caisses de supermarchés au format DVD pour une poignée d'euros. Pour sauver l'Ehpad du petit village de campagne où Mère Véronique et ses nonnes sont installées, celles-ci décident de participer à une course de cyclisme lors de laquelle le vainqueur remportera la somme de trente-cinq mille euros et une visite à Rome. De quoi satisfaire le rêve de Mère Véronique dont l'objectif est d'y rencontrer le souverain pontife et d'empocher l'argent qui permettrait de rénover l'Ehpad. Malheureusement pour elle et les sœurs Augustine, Bernadette, Béatrice et la stagiaire Gwendoline, une vieille connaissance débarque et s'installe à l'abbaye (le long-métrage a été tourné à celle de Saint-Pierre de Baume-les-Messieurs) afin de participer elle aussi à la course. Rivale depuis des décennies de Mère Véronique, Mère Joséphine (l'actrice danoise Sidse Babett Knudsen) lui a toujours fait de l'ombre. Ce sera cette fois-ci l'occasion pour la première de prendre sa revanche sur la seconde ! À scénario basique, mise en scène basique. Ce qui ne l'est pas en revanche, c'est l'interprétation abusivement théâtrale des principales intéressées qui en font des tonnes. En France comme en Belgique, le film sort sur les écran le 15 février dernier alors qu'il ne méritait sans doute qu'un passage à la télévision. Juste ciel ! est pathétique. Et même si lors de quelques très courtes occasions le film pourra faire sourire, dans sa globalité, le long-métrage de Laurent Tirard indispose. Sa carence en matière de séquences réellement amusantes et son aspect hautement ringard font de son dernier film l'une des pires comédies de cette première moitié de l'année 2023. Difficile donc d'imaginer derrière Juste ciel ! l'auteur du Discours ou du Retour du Héros...


 

lundi 19 juillet 2021

Benedetta de Paul Verhoeven (2021) - ★★★★★★★★★☆

 



La dernière fois que je suis entré dans une salle de cinéma pour y découvrir une œuvre signée du réalisateur néerlandais Paul Verhoeven, c’était il y a presque vingt ans. Et contrairement à beaucoup de critiques et de téléspectateurs, j’avais aimé sans pour autant avoir été totalement séduit par son Basic Instinct. Après que Benedetta m’ait été vendu comme un film parcouru de nombreuses séquences filmées à l’horizontale entre Virginie Efira et Daphné Patakia, j’avoue être entré dans la salle avec hésitation. Mais comme un Verhoeven sur grand écran ne se refuse pas, et comme seule la comédie Présidents le concurrençait en ce dimanche 18 juillet à 13h30 au cinéma CGR de Narbonne, c’est ainsi donc que ma compagne et moi avons opté pour l’adaptation de Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne de Judith C. Brown. Sans connaître ni l’ouvrage ni même la vie personnelle de cette religieuse catholique italienne du dix-septième)) siècle, le film intrigue. D’abord parce que l’on sait le réalisateur capable de belles et grandes reconstitutions. Ensuite parce que l’on ne peut douter un seul instant que Paul Verhoeven y intégrera tout ou partie des éléments qui constituent son œuvre...


Deux heures et quart après le début du récit, une chose est certaine. Showgirls est loin, très loin de ce Benedetta qui, comparé à certaines des œuvres les plus crues de son auteur s’avère parfois tout en retenue. Très peu de scènes de sexe, aussi osées pourront-elles paraître dans l’esprit de certains, un peu de violence, chose essentielle dans l’esprit du néerlandais, mais surtout, un film qui interroge beaucoup sur l’authenticité du personnage incarné par une Virginie Efira éblouissante. Entre mysticisme, hystérie et manipulation, Paul Verhoeven ne cesse de faire douter le spectateur. Soeur Benedetta est-elle une mystique que ses nombreuses visions semblent confirmer? Son cas relève-t-il de la psychiatrie? Ou plus simplement s’agirait-il de manipulation? Le film évoque même l’hypothèse d’une possession diabolique...


Dans un cadre qui rappelle de loin le cas des Sorcières de Loudin retranscrit il y a plusieurs décennies par le réalisateur Ken Russell à travers l’incroyable Les Diables, il règne au sein de Benedetta un réel climat d’hystérie. Reconstitution réussie d’une Italie rurale du dix-septième siècle en plein désarroi en raison d’une épidémie de peste. Verhoeven signe le portrait saisissant d’une église en proie à des démons de tous ordres. Entre cris de plaisirs, hurlements de douleur, tortures, foi et trahisons, Verhoeven égratigne l’église en imposant quelques visions qui n’appartiennent qu’à lui. Brillant jusque dans la moindre incarnation (les deux héroïnes sont superbes, Charlotte Rampling et Lambert Wilson formidables), les costumes et les décors sont dignes de ceux du Nom de la rose de Jean-Jacques Arnaud. Atout essentiel, la bande son d’Anne Dudley (Art of noise) est d’une très grande puissance. Pas un seul prix au festival de Cannes mais un grand moment de cinéma...

dimanche 7 avril 2019

Chamboultout d'Eric Lavaine (2019) - note d'Anna et moi : ★★★★★★★★☆☆




Si l'on avait dû parier sur la pérennité du cinéaste Eric Lavaine dans le paysage cinématographique français après la sortie de son désastreux Poltergay en 2006, ceux qui l'avaient peut-être d'ors et déjà enterré lui auraient sans doute ri au nez s'il leur avait lui-même prédit qu'il changerait son fusil d'épaule en se laissant glisser de la comédie vulgaire, bourrée de clichés et surtout pas drôle, à celle un peu plus profonde et surtout, beaucoup mieux écrite, treize ans plus tard. C'est donc le cas en cette année 2019 avec Chamboultout qui derrière son titre qui n'éclaire pas vraiment sur ses intentions (Humour dévastateur ou émotion portée à son paroxysme?) change carrément son fusil d'épaule, mais sans brutalité puisqu'au fil de sa filmographie, Eric Lavaine est parvenu à adoucir son approche de la comédie. Du plutôt convainquant Incognito, en passant par le médiocre Protéger et Servir, jusqu'aux sympathiques Barbecue (qui réconcilie Florence Foresti et Franck Dubosc avec leurs détracteurs), Retour Chez ma Mère (les débuts d'Alexandra Lamy chez le cinéaste) et L'Embarras du Choix, Eric Lavaine est parvenu à se rendre de plus en plus indispensable dans un pays où la comédie se veut de plus en plus formatée...

Chamboultout, effectivement, chamboule... tout... Ou presque puisque le réalisateur choisit davantage d'appuyer là où ça fait du bien plutôt que d'insister trop lourdement là où ça fait mal. Pourtant, le sujet écrit à six mains par le cinéaste lui-même aidé par Bruno Lavaine et Barbara Halary-Lafond aurait pu donner lieu à un authentique drame mais les dialogues et les différentes situations donnent surtout lieu à une succession de séquences savoureusement drôles. Il faut dire qu'Eric Lavaine est accompagné en cela par un casting des plus remarquable : à commencer par Alexandra Lamy et José Garcia qui, touchés par un drame (le second incarne Frédéric qui après un grave accident de la route et un coma de quatre mois environs est demeuré aveugle et victime de troubles cognitifs) tentent de surmonter cette épreuve depuis maintenant cinq années. C'est ainsi que Béatrice décide de faire publier « La Grande Traversée », un ouvrage qu'elle a décidé de consacrer à l'histoire qu'elle partage auprès de Frédéric mais à laquelle a participé leur entourage. Un livre dont le contenu ne plaira malheureusement pas à tout le monde puisqu'elle y a inscrit des anecdotes plus ou moins élogieuses envers ses proches. Un ouvrage qui sera au centre de discussions bruyantes et houleuses lors d'un week-end organisé par Béatrice...

Il aura donc fallut patienter plus d'une décennie pour assister à l'accomplissement d'un cinéaste pas toujours inspiré mais qui aura peu à peu réussit à convaincre son auditoire au point de signer sinon un chef-d’œuvre, du moins son meilleur film cette année. Difficile de trouver le moindre défaut à ce Chamboultout très amusant qui délivre un message très optimiste tout en étant très clairvoyant sur le comportement adopté par un panel d'individus aux traits de caractère parfois diamétralement opposés. Même les plus rigoristes et les plus vertueux ne pourront être que touchés par la sensibilité et le soin apporté jusque dans la description des personnages les moins impliqués (on pense notamment à l'actrice Claudine Vincent qui incarne la mère de Frédéric, Mamoune ou à l'amant de Béatrice interprété par l'acteur protugais Nuno Lopes). Mais après avoir assisté à cet émouvant déballage de sentiments, de rancœurs et de pardons où le rire s'offre une place de choix, il demeure quasiment impossible de dissocier nos deux principaux interprètes des remarquables Michaël Youn (oui, oui), Anne Marivin, Medi Sadoun, Michel Vuillermoz, Olivia Côte, Anne Girouard, Jean-François Cayrey, Ludivine de Chastenet, Guilaine Londez, et Nuno Lopes... Chamboultout est (et demeurera très certainement) l'une des meilleures comédies de cette première moitié de l'année 2019. A voir absolument...

mardi 4 juillet 2017

Boucles Temporelles dans les Séries Télévisées II



Pour ce second article consacré aux boucles temporelle, c'est au tour de l'épisode quatre de la quatrième saison de la série policière française Cherif (du nom de son personnage principal interprété par l'acteur algérien Abdelhafid Metalsi) d'être mis en avant. Une série qui à l'origine n'a pas pour vocation de proposer des intrigues mâtinées de fantastique mais qui à l'occasion de son trente-deuxième épisode nommé La Mort de Kader Cherif va tourner autour du sujet qui nous intéresse ici. Une boucle temporelle mettant en scène le commissaire Cherif au cœur d'une enquête qui n'aura rien de commun avec celles qu'il a pour habitude d'élucider. Comme dans toute bonne histoire tournant autour de ce curieux phénomène, l'événement se produit parce que le héros lui-même y est directement confronté. Qu'il s'agisse d'une expérience scientfico-militaire qui tourne mal (comme dans l'épisode Déja-Vu de la série Au-Delà du Réel, l'aventure Continue), d'une action devant mener le héros à sauver l'un de ses proches (comme nous le verrons dans un prochain article consacré à l'épisode Un Journal sans Fin de l'excellente série américaine Demain à la Une), ou comme ici parce que lui-même est en danger, la boucle temporelle semble étroitement liée à ses personnages.
L'une des particularités de cet épisode est le rapport entre le héros et cette vieille femme qui traverse l'écran à diverses reprises et que l'on reconnaît immédiatement comme étant liée aux événements qui vont avoir lieu durant cette interminable journée durant laquelle le commissaire Cherif va revivre sans cesse les mêmes événements. Autre point commun entre cet épisode et le phénomène de la boucle temporelle abordé ailleurs au cinéma et à la télévision, le fameux paradoxe temporel définissant la problématique du voyage dans le temps. Puisqu'à partir du moment où le plus petit acte est commis dans l'intention de modifier les événements à venir (ici, sauver sa propre peau ainsi que celles de deux autres individus), on constate une nouvelle fois que ceux-ci ne font que dévier un destin de toute manière immuable. Du moins sur le papier puisqu'on s'en doute, la fin tragique qui renvoie perpétuellement le héros à revivre sans cesse la même journée trouvera une fin heureuse.
Du point de vue de la mise en scène et de l'interprétation, La Mort de Kader Cherif demeure irréprochable. Un Abdelhafid Metalsi et une Carole Bianic parfaits et des seconds rôles impeccables (Francis Renaud et Guilaine Londez). Un hommage appuyé à l'excellent Un Jour sans Fin (le réveil en musique) et des changements de ton parfois radicaux entre l'humour un peu lourdingue du brigadier-chef Joël Baudemont (l'excellent François Bureloup) et le face à face entre le commissaire Cherif et l'individu tentant de se suicider. Le seul petit regret que l'on pourrait émettre est l'absence de points de vue différents lors de la reprise des événements. on appréciera tout de même l'écriture intelligente de cet épisode qui parvient à rendre crédible l'hypothèse selon laquelle il serait possible d'imaginer pouvoir manipuler ce destin que certain considèrent immuable. le réalisateur s'amuse à jouer avec les différents éléments mis en place durant le véritable parcours du combattant auquel se livre le héros de cette série. Il y place en effet divers éléments que le commissaire Cherif s'emploiera à modifier afin d'atteindre le but réel de cette aventure: que cette journée puisse enfin s'accomplir pleinement et que le jour d'après ne soit plus un éternel recommencement. Mission réussie pour La Mort de Kader Cherif. Nous verrons dans le prochain article que déjà bien avant Cherif, certaine séries s'étaient employées à faire de leur épisode consacré à une boucle temporelle, un spectacle hautement addictif...
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