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lundi 21 avril 2025

Toutes pour une de Houda Benyamina (2025) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Le voici arrivé, ce fameux jour où, toutes affaires cessantes, j'ai décidé de me vautrer dans mon canapé pour découvrir enfin l'objet du délit qui fit tant parler de lui lors de sa sortie sur les écrans français. Sans prendre de précautions et donc sans avoir fait usage du moindre anxiolytique, du moindre verre d'alcool ou de la plus petite substance illicite, j'ai donc découvert en ce début d'après-midi Toutes pour une de Houda Benyamina. Un long-métrage cent pour cent féminin, en dehors de quelques navrantes apparitions masculines qui font dire que l'homme n'est qu'une bête créature qui fait là où on lui demande. À poil et humilié après s'être rendu coupable d'une tentative de viol fort heureusement avortée, il n'aura eu droit comme remerciement pour s'être excusé de son méfait qu'une balle dans la tête. Pas grave vu qu'il n'est que l'outil d'un grossier message woke fournissant en partie la matière nécessaire à l'exploitation des Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas. On le sait, les femmes sont victimes d'oppressions perpétuelles. Et si l'on tient compte des propos tenus en boucle par ces myriades de pleurnicheuses en mode Féministes 2.0. qui revisitent le présent en arguant que rien n'a changé pour elle malgré l'évolution des mœurs, on comprend pourquoi est arrivé dans les salles comme un poil de cul dans la soupe, Toutes pour une le 22 janvier 2025. Par chance, n'ayant jamais lu l’œuvre de l'écrivain français, je ne suis pas de ceux qui vomirent il y a quelques mois, des rivières d'injures à l'encontre du film et de ses interprètes. Tout juste aurais-je pris le temps de lire une main dans le calbute et l'autre arrimée au rouleau de Sopalin les critiques les plus acerbes. Parce que même sans connaître l'histoire en profondeur, je sentais bien que le film de Houda Benyamina ne débarquait pas par simple envie de féminiser le contexte mais aussi et peut-être surtout parce que la méthode serait probablement la seule capable d'attirer du monde au cinéma ! Sauf que, les gens étant parfois moins cons qu'ils n'en ont l'air, ceux-ci ne se sont pas rués comme des dingues dans les salles obscures mais on préféré cracher leur fiel sur les réseaux sans pour autant avoir vu autre chose que la bande-annonce !


Excité comme une puce dépendante aux opiacés, j'avoue avoir espéré le détester suffisamment pour pondre l'un de ces petits articles qui me permettent généralement de me défouler sur tout ce qui me dérange dans notre société. Pourtant, c'est moins le contenu du long-métrage qu'une partie des propos lu ça et là qui me poussa à attendre patiemment qu'un pigeon de mon entourage m'invite chez lui à regarder les aventures de ces mousquetaires flanqués de fausses moustaches et de costumes que l'on croirait avoir été achetés sur un site de vente chinois ! Parce que le film fait un flop d'anthologie, parce qu'il n'attire qu'un peu plus de onze milles spectateurs lors de ses deux premières semaines d'exploitation et parce qu'il est victime d'une véritable curée de la part de nos concitoyens, voilà que ces derniers se voient accusés de racisme tout en étant méprisés par ses principales interprètes parmi lesquelles Sabrina Ouazani qui lors d'une interview disait emmerder le public ! Drôle de promotion me direz-vous, et la question reste en suspend : l'actrice a-t-elle, depuis, remboursé sa part du gâteau après avoir ruiné l'espoir des producteurs de voir affluer les spectateurs dans les salles de cinéma ? Pas sûr... Pour en revenir au film, tout ou presque de ce qui fut évoqué par ceux qui voyaient d'emblée arriver comme une catastrophe industrielle à travers la seule diffusion de la bande annonce, un film ni fait ni à faire, est vrai. Dix millions furent donc injectés dans cette adaptation d'Alexandre Dumas et il est vrai que l'on peut se demander où cette pharaonique somme d'argent est passée. Car si Toutes pour une pouvait théoriquement s'envisager comme un film de cape et d'épée à la sauce féministe, artistiquement parlant, celui-ci ferait presque passer Les Quatre Charlots mousquetaires et À nous quatre, Cardinal ! d'André Hunebelle avec les Charlots pour deux authentiques classiques du genre. L'on apprend ici que les mousquetaires Athos, Porthos et Aramis auraient en réalité été des femmes et que d'Artagnan fut une musulmane contrainte de se convertir au catholicisme lors de l'Espagne inquisitrice ! Pourquoi pas ?


Original, le script ? Oui, effectivement. Mais il faut voir par quel traitement est passé le scénario d'Houda Benyamina, Fabien Suarez et Juliette Sales. Car contrairement à beaucoup de films d'aventures de type Cape et Épée, Toutes pour une n'est jamais dépaysant, jamais épique et donc, ne fait jamais rêver. L'on a l'impression que le film a entièrement été tourné dans un Bois de Boulogne qui aurait été déserté par ses filles, ses garçons et ses transgenres de joie le temps du tournage. Bien que les quatre principaux personnages incarnés par Oulaya Amamra, Sabrina Ouazani, Déborah Lukumuena et Daphné Patakia traversent à cheval de grandes étendues herbeuses, l'on a souvent l'impression qu'ils reviennent sans cesse au même point de départ. Ne parlons même pas de cette bande originale épouvantable qui vient ponctuer l'action. Entre des chorégraphies gauchement orchestrées et accompagnée de chansons anachroniques ou par des compositions qui semblent avoir été générées par une intelligence artificielle, le montage est de son côté, un désastre. À croire que le technicien en charge de joindre chaque bout de séquence fut victime de terribles crises d'épilepsie. Se prenant apparemment pour Stanley Kubrick, Houda Benyamina semble avoir imposé au directeur de la photographie Christos Voudouris, au décorateur Philippe Chiffre et au personnel en charge des éclairages, une approche naturaliste de la lumière comme le fit en son temps l'immense réalisateur américain avec Barry Lindon. Un éclairage à la bougie qui, comme si dix millions d'euros n'avaient pas suffit, alterne ces dernières avec des cierges artificiels ! Après, tout est dans le détail. Qui a véritablement envie d'entendre Athos jacasser avec cet accent de racaille que l'on rencontre à chaque coin de rue ? Qui peut croire en ces quatre personnages que rien dans leur aspect ne peut convaincre qu'autour d'eux, quiconque peut se laisser piéger par leurs postiches et leurs accoutrements masculins ? Qui peut, enfin, accepter de voir disparaître un tel budget dans un film qui n'a ni la saveur du cinéma d'antan et qui n'arrive pas à arracher le moindre sourire ou la plus petite émotion ? Si Toutes pour une ne méritait sans doute pas d'être aussi scrupuleusement détruit par la populace hexagonale, le film de Houda Benyamina n'en est pas moins un très, très, très mauvais film...

 

lundi 9 décembre 2024

Sur la branche de Marie Garel-Weiss (2023) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Six ans après avoir réalisé son tout premier long-métrage La fête est finie, la réalisatrice et scénariste française Marie Garel-Weiss revenait l'année dernière avec la comédie dramatico-fantaisiste, Sur la branche. Une œuvre tout d'abord portée par un excellent duo d'interprètes. D'un côté, le plus français des acteurs belges, Benoît Poelvoorde. Dans ce long-métrage dont la durée n'excède par les quatre-vingt onze minutes, il incarne Paul Rousseau, avocat au barreau qui bientôt va voir son sort scellé par une commission qui le déchoira de son poste. De l'autre, l'actrice belgo-grecque Daphné Patakia interprète le rôle de Mimi, jeune femme atteinte de troubles psychiatriques et qui dès sa sortie de l’hôpital décide de postuler pour un emploi dans le cabinet d'avocats théoriquement tenu par Claire Bloch (Agnès Jaoui) et Paul, justement. Mais ce dernier reste enfermé chez lui. Et parce que devant l'étrange attitude de la jeune femme, Claire ne sait pas comment s'en débarrasser, elle choisit de lui ''confier'' une mission que personne d'autre au cabinet ne peut se résoudre à accomplir : se rendre chez Paul et lui demander l'un des dossiers qu'il garde jalousement enfermé chez lui. Lorsque Mimi frappe à la porte de l'avocat, celui-ci refuse tout d'abord de lui ouvrir. Mais contraint devant l'urgence (la jeune femme a une envie pressente), il accepte finalement. Après qu'elle se soit enfermée dans les toilettes de l'appartement, elle n'accepte d'en sortir qu'à une condition : que Paul consente à lui remettre le dossier en question. Tout aurait pu s'arrêter là si le soir-même Mimi ne s'était pas introduite dans le bureau personnel de Paul dans le cabinet qu'il partage avec Claire. En effet, alors qu'elle y fouille compulsivement des documents, le téléphone de l'avocat sonne. Mimi répond et tombe sur Christophe (Raphaël Quenard). Un jeune détenu qui aimerait que Paul l'aide à se dépêtrer d'une délicate situation et ainsi sortir de prison. Pressé par Mimi de l'aider à résoudre le litige qui oppose le jeune homme aux membres d'une famille aisée, Paul refuse tout d'abord, avant d'accepter... Bien que Marie Garel-Weiss et les scénaristes Ferdinand Berville, Benoît Graffin et Salvatore Lista aient choisi de mettre en scène des personnages dont l'attitude semble relativement marginale, il ne demeure de l'approche foncièrement dramatique qu'impose un tel sujet que de rares réminiscences...


Les auteurs privilégiant tout d'abord l'humour à travers non seulement les dialogues savamment ciselés mais également à travers certaines situations inattendues. Car il faut le savoir, le rôle qu'interprète Daphné Patakia permet à son personnage, toutes les excentricités. Jeune femme sans filtre ayant peur de la vie mais dont les maux semblent la doter de capacités de réflexions hors du commun, mimi débuta des études de droits qui n'aboutirent malheureusement pas. Désormais, la jeune femme, libérée de sa camisole chimique veut aller de l'avant. Trouver du travail, histoire de penser à autre chose que les démons qui la hantent. Et pourquoi ne pas en faire profiter Paul, incarné par un Benoît Poelvoorde qui, comme d'habitude, s'avère magistral. Les deux interprètes campent un duo étonnant mais néanmoins attachant, drôle et parfois émouvant... jusqu'à produire parfois une certaine gêne. Comme lorsque par exemple, Paul se prend sans broncher une série de baffes administrées par une ancienne et menaçante cliente qui l'accuse de lui avoir pris son argent sans assurer son rôle d'avocat en échange. En ce sens, Sur la branche procure de drôles de sensations. Car si le rire est franc et objectivement justifié, on se demande parfois si s'esclaffer devant telle ou telle situation est déplacé ou non. Entre la jeune femme affaiblie psychologiquement mais pétillante de désirs et ce vieux briscard qui se traîne chez lui en robe de chambre, le long-métrage de Marie Garel-Weiss témoigne d'existences brisées qui au contact l'une de l'autre reviennent à la vie. En résulte une œuvre sincère, comme le sont ses deux principaux interprètes auxquels le récit accole des seconds rôles tout aussi sympathiques. Et si Sur la branche n'est certes pas la comédie du siècle, de la décennie et sans doute pas celle non plus de l'année 2023, sa fraîcheur suffit à rendre divertissante cette histoire mise en scène de manière fort simple...

 

lundi 19 juillet 2021

Benedetta de Paul Verhoeven (2021) - ★★★★★★★★★☆

 



La dernière fois que je suis entré dans une salle de cinéma pour y découvrir une œuvre signée du réalisateur néerlandais Paul Verhoeven, c’était il y a presque vingt ans. Et contrairement à beaucoup de critiques et de téléspectateurs, j’avais aimé sans pour autant avoir été totalement séduit par son Basic Instinct. Après que Benedetta m’ait été vendu comme un film parcouru de nombreuses séquences filmées à l’horizontale entre Virginie Efira et Daphné Patakia, j’avoue être entré dans la salle avec hésitation. Mais comme un Verhoeven sur grand écran ne se refuse pas, et comme seule la comédie Présidents le concurrençait en ce dimanche 18 juillet à 13h30 au cinéma CGR de Narbonne, c’est ainsi donc que ma compagne et moi avons opté pour l’adaptation de Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne de Judith C. Brown. Sans connaître ni l’ouvrage ni même la vie personnelle de cette religieuse catholique italienne du dix-septième)) siècle, le film intrigue. D’abord parce que l’on sait le réalisateur capable de belles et grandes reconstitutions. Ensuite parce que l’on ne peut douter un seul instant que Paul Verhoeven y intégrera tout ou partie des éléments qui constituent son œuvre...


Deux heures et quart après le début du récit, une chose est certaine. Showgirls est loin, très loin de ce Benedetta qui, comparé à certaines des œuvres les plus crues de son auteur s’avère parfois tout en retenue. Très peu de scènes de sexe, aussi osées pourront-elles paraître dans l’esprit de certains, un peu de violence, chose essentielle dans l’esprit du néerlandais, mais surtout, un film qui interroge beaucoup sur l’authenticité du personnage incarné par une Virginie Efira éblouissante. Entre mysticisme, hystérie et manipulation, Paul Verhoeven ne cesse de faire douter le spectateur. Soeur Benedetta est-elle une mystique que ses nombreuses visions semblent confirmer? Son cas relève-t-il de la psychiatrie? Ou plus simplement s’agirait-il de manipulation? Le film évoque même l’hypothèse d’une possession diabolique...


Dans un cadre qui rappelle de loin le cas des Sorcières de Loudin retranscrit il y a plusieurs décennies par le réalisateur Ken Russell à travers l’incroyable Les Diables, il règne au sein de Benedetta un réel climat d’hystérie. Reconstitution réussie d’une Italie rurale du dix-septième siècle en plein désarroi en raison d’une épidémie de peste. Verhoeven signe le portrait saisissant d’une église en proie à des démons de tous ordres. Entre cris de plaisirs, hurlements de douleur, tortures, foi et trahisons, Verhoeven égratigne l’église en imposant quelques visions qui n’appartiennent qu’à lui. Brillant jusque dans la moindre incarnation (les deux héroïnes sont superbes, Charlotte Rampling et Lambert Wilson formidables), les costumes et les décors sont dignes de ceux du Nom de la rose de Jean-Jacques Arnaud. Atout essentiel, la bande son d’Anne Dudley (Art of noise) est d’une très grande puissance. Pas un seul prix au festival de Cannes mais un grand moment de cinéma...

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