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dimanche 4 octobre 2026

Heart of the Beast de David Ayer (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Tiraillé entre ma fascination quasi maladive pour tout ce qui touche au survival (-horror, je préfère le préciser) et ce désintérêt qui m'étreint lorsque l'on évoque en ma présence toute aventure impliquant le concept de survie en milieu naturel se contentant de mettre en scène un homme et son animal de compagnie, c'est un pas en avant et deux en arrière que j'ai pourtant passé la porte de la salle obscure de mon cinoche préféré pour découvrir le dernier long-métrage du réalisateur David Ayer et de l'acteur Brad Pitt. Non pas que le premier fasse partie de mes cinéastes préférés ni que le second me fasse le même effet qu'aux jeunes filles en fleurs qui dans les années quatre-vingt dix mouillaient leur culotte à la seule évocation de son nom mais bon, sans raison quelconque ou peut-être parce que le nouveau et tant attendu film de Nicolas Winding Refn n'y était pas projeté, j'ai donc opté pour Heart of the Beast. Ayant tout d'abord préféré échapper à l'avant-première qui eut lieu mardi dernier à 20h20 au CGR de Narbonne afin d'éviter de me frotter à un public dense et agité, c'est donc patiemment que j'ai attendu que les choses se tassent et que les salles se vident... Brad Pitt incarne l'ancien membre des forces spéciales à la retraite, James Belmont. Ayant choisi de s'éloigner de toute civilisation, il part à l'aventure en Alaska avec son chien Odin (Uber), un magnifique berger allemand, chien de combat qui lors d'un conflit à l'étranger fut gravement blessé à l'une des pattes et à la mâchoire. Après avoir fait la rencontre d'un vieil homme lors de leur périple en hydravion (J. K. Simmons dans le rôle de Watkins), ils remontent à bord de leur engin qui s'écrase au beau milieu de la forêt après que James ait eu une attaque. À son réveil, sous les eaux d'un lac, l'homme a perdu la trace de son chien. Une fois celui-ci retrouvé, James prends la route afin de rejoindre un site indiqué sur une carte..... Un homme, un chien et la nature comme élément de danger. Une nature hostile qui prend bien évidemment diverses apparences. Faune et flore semblent en effet s'est liguées afin de transformer l'aventure de James et d'Odin en véritable périple peuplé de dangers. Des loups, un ours, le froid ou encore une rivière en crue, causant tous ou presque des blessures chez l'un et l'autre de nos deux héros. Le concept étant évidemment minimaliste, David Ayer ne peut compter que sur l'interprétation de Brad Pitt mais aussi celle de Uber, lequel obéit au doigt et à l'oeil. Sans compter la nature elle-même, aussi belle que dangereuse...


Ici, la symbiose entre l'homme et l'animal est repoussée dans ses derniers retranchements puisque l'un sans l'autre, aucune survie ne semble possible. Une histoire d'amitié, d'amour même entre James et Odin, magnifiée par la caméra, filmant l'acteur et le chien dans une cohésion quasi totale qui touche forcément le cœur de celles et ceux qui savent ce que c'est que de vivre en compagnie d'un tel animal. Le premier dépendant du second et vice-versa, Heart of the Beast offre aux spectateurs leur comptant de séquences de bravoure. Des moments forts qui visent non seulement à activer certaines émotions comme l'empathie pour le personnage à quatre pattes mais aussi pour son maître, près à mettre sa propre existence en danger pour que survive à ses côtés son compagnon. L'aventure est en outre pour nos deux héros l'occasion d'oublier un tant soit peu les traumatismes de la guerre qu'ils ont ensemble partagés. Le peu de dialogues est ici contrecarré par une mise en scène de l'homme et de l'animal assez subtile exprimée à travers le regard de l'un et de l'autre. On en oublierait presque le statut de chien d'Odin/Uber tant l'humanité transparait ici à travers son regard. Élément essentiel du récit, le décor Néo-zélandais censé représenter l'Alaska est magnifié par la photographie de Mauro Fiore. Un environnement de toute beauté mais dégageant une certaine dureté qu'exploite très bien la mise en scène de David Ayer. La structure du récit a beau être on ne peut plus rudimentaire, Heart of the Beast n'en est pas moins doté de quelques fulgurances qui marquent instantanément les esprits. Comme lorsque James traverse une rivière en crue en marchant sur un tronc renversé avant de tomber dans les eaux et d'être sauvé in-extremis par son fidèle Odin. Au final, il n'est pas certain que l'on veuille se replonger une seconde fois dans cette aventure maintes fois vue sur grand écran mais au temps présent, l'expérience vaut à elle seule le coup d'œil. Ne serait-ce que pour échapper durant un peu plus d'une heure-trente aux tracas du quotidien. Un hymne à la nature, à l'homme et aux compagnons sur pattes qui gravitent autour de nous...

 

mercredi 4 mars 2026

Send Help de Sam Raimi (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Après être passé par la case Blockbusters par quatre fois avec sa trilogie Spider-Man entre 2002 et 2007 et avec Doctor Strange in the Multiverse of Madness en 2022, le réalisateur, scénariste et producteur américain Sam Raimi est revenu cette année avec un long-métrage beaucoup plus modeste mais pas forcément plus sobre. En effet, l'auteur de la cultissime saga de films gores Evil Dead et de son itération télévisuelle Ash vs Evil Dead revient en 2026 avec un ''petit'' film qui a tout du ''grand'' dans les domaines qu'il explore. Cette folie propre au cinéaste qu'il eu notamment l'occasion de mettre en scène dans le génial Crimewave écrit aux côtés des frères Ethan et Joel Coen en 1985... Depuis son Drag Me to Hell en 2009 et avant son précédent Doctor Strange in the Multiverse of Madness, Sam Raimi n'a tourné que quelques courts-métrages, mais ça y est, cette fois-ci le voilà réapparaissant avec ce qui est la promesse d'un retour aux sources. Send Help n'est pourtant pas le film gore auquel l'on pouvait s'attendre. Et ce, même si effectivement, un ou deux plans s'avèrent plutôt gratinés en la matière. Une première séquence durant laquelle l'héroïne incarnée par Rachel McAdams chasse le sanglier sur une île déserte où elle s'est échouée à la suite d'un crash d'avion avec son patron interprété quant à lui par Dylan O'Brien. Et une seconde, qui s'inscrit dans un gore de type ''émétophile'' assez... gerbant, justement ! Pour le reste, Send Help peut être vu comme l'émulsion parfaite entre le film d'aventures survivaliste, la comédie, le film d'horreur et la critique sociale... Empruntant ainsi leur concept à des émissions de type Koh Lanta ou à des longs-métrages mettant en scène un ou plusieurs individus échoués sur une île déserte. Mais ici, pourtant, rien d'aussi rageusement familiale que le très sympathique Seul au monde de Robert Zemeckis. L'auteur de Send Help en profite pour régler les comptes de ses deux principaux protagonistes que sont Linda Liddle et son patron Bradley Preston. Opposition entre une ambitieuse employée de bureau dont l'hygiène, semble-t-il, laisse à désirer et à laquelle l'ancien patron de l'entreprise qui l'emploie avait promis un poste de sous-directrice avant qu'il ne décède. Mais à la mort de celui-ci, son propre fils a repris les rênes de la boite et a offert le poste en question à l'un des concurrents de la jeune femme. Relativisant la situation mais choisissant malgré tout d'en parler avec son nouveau boss, Linda se voit offrir l'occasion de prouver sa valeur lors d'un voyage d'affaire à Bangkok...


Mais alors qu'elle, Bradley et plusieurs employés sont à bord d'un avion, ce dernier s'écrase en pleine mer. À son réveil sur une plage de sable fin, Linda constate qu'elle et son patron sont les seuls survivants de la tragédie. Bradley étant gravement blessé, la jeune femme va user de ses connaissances en survivalisme pour subsister à la surface de cette île recelant maints dangers... Avec Send Help, Sam Raimi nous offre un voyage exotique sur une île perdue au milieu des océans. Un décor superbe qui va servir de cadre de règlement de comptes entre une employée certes ''arriviste'' mais ô combien sympathique interprétée de manière très enjouée par l'actrice Rachel McAdams. Cabotinant sans cesse mais révélant des ressources inépuisables, Linda profite de cette occasion pour montrer à Bradley ses capacités. Celles-là mêmes qui pourraient potentiellement lui servir à décrocher le poste qu'elle briguait avant la tragédie. Face à elle, un Dylan O'Brien/Bradley Preston bien dans son rôle de patron de grande entreprise, arrogant, autoritaire, mais qui très rapidement va devoir composer avec les talents de son employée s'il veut pouvoir survivre aux multiples dangers que le duo rencontrera sur la surface de l'île (nature sauvage, animaux dangereux, climat capricieux). Sur un script des plus simples, Sam Raimi et les scénaristes Damian Shannon et Mark Swift composent une œuvre socialement chargée, entre despotisme, patriarcat, ambition professionnelle, toxicité patron/employée, capitalisme, survivalisme et manipulation. Car aussi limpide que puisse apparaître le récit, Sam Raimi se joue de la forme apparemment simpliste de l'histoire pour nous convier à quelques twists plutôt bien fichus dont l'un d'entre eux au moins n'aurait sans doute pas laissé indifférent un auteur tel que M. Night Shyamalan. À contrario, pour celles et ceux qui espéraient un déluge de sang, il faudra repasser. Mais Send Help est tellement jouissif et le duo fonctionne tellement bien que l'absence régulière d'hémoglobine n'est en réalité pas un problème. Bref, c'est l'éclate totale...

 

lundi 2 mars 2026

Les Bodin's partent en vrille de Frédéric Forestier (2025) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Sur grand écran, à la télévision et sur scène, Les Bodin's sont partout. Créé en 1994 par Vincent Dubois et Jean-Christian Fraiscinet, le duo fut pourtant tout d'abord un spectacle solo écrit et interprété par le premier. Intitulé Les aventures Solexines de Maria Bodin, c'est donc en 1989 qu’apparaît pour la toute première fois cette vieille dame un brin despotique de quatre-vingt sept ans qui sera rejointe cinq ans plus tard par son fils Christian. De trente-sept ans son cadet, pas très finaud et surtout relativement naïf, il rejoint donc sa mère Marie dans toute une série de spectacles joués sur scène jusqu'à leur première apparition hors planches, au cinéma, dans Mariage chez les Bodin's d'Éric Le Roch en 2008. Suivi deux ans plus tard par Amélie au pays des Bodin's, toujours réalisé par Éric Le Roch, la série de longs-métrages sera complétée par le réalisateur Frédéric Forestier par deux fois lui aussi avec le très réussi Les Bodin's en Thaïlande en 2021 et Les Bodin's partent en vrille l'année dernière... Côté fiction télévisuelle, le duo est apparu dans pas moins de huit téléfilms. Sans compter leur participation à divers événements, tel le jeu télévisé Fort Boyard auquel ils ont participé à quatre reprises en 2018. Bien qu'ayant reçu des critiques plutôt mitigées, Les Bodin's en Thaïlande demeure parmi les meilleures fictions ayant mises en scène Maria Bodin et son fils Christian. Une œuvre plutôt drôle, mouvementée, dépaysante et même parfois très émouvante, oui, oui ! En reprenant le concept de voyage à l'étranger, Frédéric Forestier semble avoir à cœur de reproduire quatre ans plus tard le même type de spectacle avec, toujours dans les rôles principaux, les inénarrables Vincent Dubois et Jean-Christian Fraiscinet. L'un et l'autre arborant toujours leur improbable dentition, Marie demeurant toujours cachée derrière un foulard et des lunettes rondes tandis que Christian arbore encore une fois une subtile couperose, témoignant que chez les Bodin's, boire de l'alcool est un sacerdoce. Dans leurs nouvelles aventures écrites par le duo ainsi que par le réalisateur, Maria et Christian découvrent que le Président Directeur Général de l'entreprise Mondialacta Albert de Beauharnais (interprété par l'acteur Michel Bompoil) a fomenté aux côtés du maire de Pouziou (Michel Vivier) un projet de construction d'une usine de production de fromage de chèvre tout près de leur ferme...


Tandis que les habitants espèrent que l'implantation de cette nouvelle usine permettra à leur petit village de rester en vie, Marie se révolte contre cette situation nouvelle et le fait clairement savoir au maire ainsi qu'au PDG de l'entreprise ! Mais alors qu'ils se retrouvent tous au Salon de l'Agriculture où le bouc des Bodin's va remporter une médaille d'or, Maria convie Albert de Beauharnais et l'un des cadres de Mondialacta (Guillaume Clérice dans le rôle de Guy Laval) à boire en sa compagnie. Lors du Salon, elle et son fils retrouvent en outre un ancien habitant de Pouziou, Khalid (Kamel Abdelli), qui depuis s'est réinstallé dans son pays d'origine, le Maroc, avec sa fille Leila (Hajar Abourachid). Mais tandis que Maria, Christian, le PDG et son bras droit se sont enivrés plus que de raison, à leur réveil, ils constatent avec désarroi que Khalid les a fait traverser la Méditerranée pour atterrir au Maroc ! Surtout, Marie va rapidement découvrir qu'elle détient grâce à son fils Christian une vidéo compromettante d'Albert de Beauharnais datant de la veille et tournée au beau milieu de la soirée alors qu'ils étaient tout ivres... Le message de Frédéric Forestier, Vincent Dubois et Jean-Christian Fraiscinet est ici très clair. Car au delà des pitreries habituelles amorcées dès l'ouverture du long-métrage par Marie et Christian, Les Bodin's partent en vrille est pour le duo ainsi que le pour le réalisateur l'occasion de dénoncer la désertification des campagnes. Le film situe ainsi son action à Pouziou-les-trois-Galoches, petit village fictif reconstitué au cœur des ruelles de Preuilly-sur-Claise en Touraine. Comme en témoigne d'ailleurs le nombre réduit d'habitants, passant de cinq-mille durant sa plus florissante période, à quelques centaines d'âmes aujourd'hui... Le film est également l'occasion de traiter de l'arrivée d'une concurrence féroce entre l'industrialisation des productions fermières face à l'artisanat dont Maria et Christian semblent être désormais les seuls à se préoccuper. Reste que l'on ne change pas une équipe qui gagne et que tout comme Les Bodin's en Thaïlande, les gags et les bons mots s'enchaînent sans réel temps morts même si d'un point de vue qualitatif Les Bodin's partent en vrille se situe un cran en dessous de son prédécesseur...

vendredi 13 juin 2025

Poséidon de Wolfgang Petersen (2006) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Le véritable héros a-t-il besoin de survivre aux péripéties pour qu'autour du personnage naisse la légende ? Non. Seuls les ''spectateurs'' de ses exploits sont condamnés à demeurer vivants afin de témoigner de sa bravoure et de son sacrifice. C'est en partie le message que nous livre le réalisateur, scénariste et producteur germano-américain Wolfgang Petersen à travers son avant dernier long-métrage, Poséidon. Derrière ce titre qui porte le nom du Dieu grec des Mers mais aussi celui du navire dans lequel va se dérouler l'intrigue, le cinéaste retourne pour une énième fois dans les eaux sombres des océans, six ans après The Perfect Storm dans lequel le capitaine Frank William Tyne, Jr (l'acteur George Clooney) et ses hommes affrontaient une terrible tempête en pleine mer. Et plus loin encore, un quart de siècle tout rond après son spectaculaire Das Boot dont Poséidon fait peut-être au fond figure de contre-pied dans son approche du récit. En effet, lorsque le public assistait médusé à cet incroyable spectacle sous-marin interprété du point de vue d'un équipage allemand lors de la Seconde Guerre Mondiale, l'angoisse naissait alors en partie de cet ''assourdissant'' silence qui n'était perturbé que par les bruits des moteurs, des hélices ou de la déformation de la coque soumise à une pression extérieure augmentant à mesure que l'engin s'enfonçait dans les profondeurs de l'océan. Et comment oublier cette démentielle séquence des grenades sous-marines lancées par une corvette ennemie ? Avec une certaine économie de moyens signifiant une énergie davantage adaptée au professionnalisme des ''acteurs'' du récit que lors de scènes d'action endiablées, c'est bien cette attitude réservée à ces héros de tous les jours que l'on observait alors et non pas la recrudescence de gros bras courant dans tous les sens et maniant le concept d'héroïsme au-delà de toute vraisemblance. Bref, tout le contraire de Poséidon dont certains reprochèrent apparemment à son auteur d'avoir choisi de proposer un véritable moment de détente plutôt qu'un spectacle reposant sur une étude scientifique rigoureusement attachée à rendre le plus crédible possible la catastrophe ! Si la plupart des affiches du film montrent le navire dans la position qui sera la sienne une fois frappé par une vague déferlante, d'autre exhibent deux des principaux protagonistes du récit. Au premier plan, l'acteur américain Josh Lucas. Et derrière lui, son compatriote Kurt Russell. Signifiant ainsi peut-être d'emblée lequel de ces deux héros survivra tandis que l'autre devra se sacrifier pour qu'à la fin, il n'en reste qu'un.


Car c'est bien là tout le problème de ces deux personnages et des deux personnalités qui les incarnent. L'un comme l'autre, Josh Lucas/Dylan Johns et Kurt Russell/Robert Ramsey n'opposent aucune forme d'opposition en terme de valeurs. C'est pour quoi, à la fin, l'un d'eux mourra pour que les autres survivent... Poséidon est, avant d'être un excellent blockbuster catastrophe, le remake d'un classique réalisé en 1972 par le réalisateur, scénariste et producteur britannique, Ronald Neame. À l'origine l'on trouve donc The Poseidon Adventure. Un film catastrophe à l'époque incarné par un très beau florilège d'interprètes parmi lesquels, Gene Hackman, Roddy McDowall, Ernest Borgnine, Stella Stevens, Shelley Winters ou encore Carol Lynley et Red Buttons... Oeuvre dont le succès sera soumis à l'implacable loi des suites sept ans plus tard avec le déjà nettement moins convaincant, Le Dernier Secret du Poseidon pourtant signé par Irwin Allen, autre spécialiste des fonds-marins puisque avant cela, il signa en 1961 Voyage to the Bottom of the Sea ainsi que City Beneath the Sea dix ans plus tard. L'un des aspects les plus remarquables que ne pourront nier ceux qui lui préfèrent la version de Ronald Neame se situe à travers les effets-spéciaux et les environnements de Poséidon. Entre le retournement du navire consécutif à la vague déferlante en passant par l'agencement des salles complétement bouleversé et jusqu'aux coursives et bouches d'aérations dans lesquelles s'engouffrent les eaux froides de l'océan, le spectacle est total et quasiment ininterrompu. Le spectateur ne trouve ainsi pas le temps de s'ennuyer. Wolfgang Petersen étant visiblement très attaché à la personnalité de ses personnages, le seul véritable antagoniste incarné par Kevin Dillon ne fera fort heureusement pas long feu. Poséidon a beau effectivement traîner dans son sillage une somme importante d'invraisemblances, pour être tout à fait sincère, on s'en tape! Une fois acquise la certitude que Wolgang Petersen cherche davantage à divertir son public qu'à proposer une œuvre rigoureusement réaliste, ne reste plus qu'à se laisser emporter par cette aventure très généreuse en terme d'effets-spéciaux, de décors et de séquences anxiogènes. Porté par d'excellents interprètes, Poséidon n'est certes pas un chef-d’œuvre mais il a au moins le mérite d'emmener très précisément ses personnages là où il sont attendus...

 

lundi 21 avril 2025

Toutes pour une de Houda Benyamina (2025) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Le voici arrivé, ce fameux jour où, toutes affaires cessantes, j'ai décidé de me vautrer dans mon canapé pour découvrir enfin l'objet du délit qui fit tant parler de lui lors de sa sortie sur les écrans français. Sans prendre de précautions et donc sans avoir fait usage du moindre anxiolytique, du moindre verre d'alcool ou de la plus petite substance illicite, j'ai donc découvert en ce début d'après-midi Toutes pour une de Houda Benyamina. Un long-métrage cent pour cent féminin, en dehors de quelques navrantes apparitions masculines qui font dire que l'homme n'est qu'une bête créature qui fait là où on lui demande. À poil et humilié après s'être rendu coupable d'une tentative de viol fort heureusement avortée, il n'aura eu droit comme remerciement pour s'être excusé de son méfait qu'une balle dans la tête. Pas grave vu qu'il n'est que l'outil d'un grossier message woke fournissant en partie la matière nécessaire à l'exploitation des Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas. On le sait, les femmes sont victimes d'oppressions perpétuelles. Et si l'on tient compte des propos tenus en boucle par ces myriades de pleurnicheuses en mode Féministes 2.0. qui revisitent le présent en arguant que rien n'a changé pour elle malgré l'évolution des mœurs, on comprend pourquoi est arrivé dans les salles comme un poil de cul dans la soupe, Toutes pour une le 22 janvier 2025. Par chance, n'ayant jamais lu l’œuvre de l'écrivain français, je ne suis pas de ceux qui vomirent il y a quelques mois, des rivières d'injures à l'encontre du film et de ses interprètes. Tout juste aurais-je pris le temps de lire une main dans le calbute et l'autre arrimée au rouleau de Sopalin les critiques les plus acerbes. Parce que même sans connaître l'histoire en profondeur, je sentais bien que le film de Houda Benyamina ne débarquait pas par simple envie de féminiser le contexte mais aussi et peut-être surtout parce que la méthode serait probablement la seule capable d'attirer du monde au cinéma ! Sauf que, les gens étant parfois moins cons qu'ils n'en ont l'air, ceux-ci ne se sont pas rués comme des dingues dans les salles obscures mais on préféré cracher leur fiel sur les réseaux sans pour autant avoir vu autre chose que la bande-annonce !


Excité comme une puce dépendante aux opiacés, j'avoue avoir espéré le détester suffisamment pour pondre l'un de ces petits articles qui me permettent généralement de me défouler sur tout ce qui me dérange dans notre société. Pourtant, c'est moins le contenu du long-métrage qu'une partie des propos lu ça et là qui me poussa à attendre patiemment qu'un pigeon de mon entourage m'invite chez lui à regarder les aventures de ces mousquetaires flanqués de fausses moustaches et de costumes que l'on croirait avoir été achetés sur un site de vente chinois ! Parce que le film fait un flop d'anthologie, parce qu'il n'attire qu'un peu plus de onze milles spectateurs lors de ses deux premières semaines d'exploitation et parce qu'il est victime d'une véritable curée de la part de nos concitoyens, voilà que ces derniers se voient accusés de racisme tout en étant méprisés par ses principales interprètes parmi lesquelles Sabrina Ouazani qui lors d'une interview disait emmerder le public ! Drôle de promotion me direz-vous, et la question reste en suspend : l'actrice a-t-elle, depuis, remboursé sa part du gâteau après avoir ruiné l'espoir des producteurs de voir affluer les spectateurs dans les salles de cinéma ? Pas sûr... Pour en revenir au film, tout ou presque de ce qui fut évoqué par ceux qui voyaient d'emblée arriver comme une catastrophe industrielle à travers la seule diffusion de la bande annonce, un film ni fait ni à faire, est vrai. Dix millions furent donc injectés dans cette adaptation d'Alexandre Dumas et il est vrai que l'on peut se demander où cette pharaonique somme d'argent est passée. Car si Toutes pour une pouvait théoriquement s'envisager comme un film de cape et d'épée à la sauce féministe, artistiquement parlant, celui-ci ferait presque passer Les Quatre Charlots mousquetaires et À nous quatre, Cardinal ! d'André Hunebelle avec les Charlots pour deux authentiques classiques du genre. L'on apprend ici que les mousquetaires Athos, Porthos et Aramis auraient en réalité été des femmes et que d'Artagnan fut une musulmane contrainte de se convertir au catholicisme lors de l'Espagne inquisitrice ! Pourquoi pas ?


Original, le script ? Oui, effectivement. Mais il faut voir par quel traitement est passé le scénario d'Houda Benyamina, Fabien Suarez et Juliette Sales. Car contrairement à beaucoup de films d'aventures de type Cape et Épée, Toutes pour une n'est jamais dépaysant, jamais épique et donc, ne fait jamais rêver. L'on a l'impression que le film a entièrement été tourné dans un Bois de Boulogne qui aurait été déserté par ses filles, ses garçons et ses transgenres de joie le temps du tournage. Bien que les quatre principaux personnages incarnés par Oulaya Amamra, Sabrina Ouazani, Déborah Lukumuena et Daphné Patakia traversent à cheval de grandes étendues herbeuses, l'on a souvent l'impression qu'ils reviennent sans cesse au même point de départ. Ne parlons même pas de cette bande originale épouvantable qui vient ponctuer l'action. Entre des chorégraphies gauchement orchestrées et accompagnée de chansons anachroniques ou par des compositions qui semblent avoir été générées par une intelligence artificielle, le montage est de son côté, un désastre. À croire que le technicien en charge de joindre chaque bout de séquence fut victime de terribles crises d'épilepsie. Se prenant apparemment pour Stanley Kubrick, Houda Benyamina semble avoir imposé au directeur de la photographie Christos Voudouris, au décorateur Philippe Chiffre et au personnel en charge des éclairages, une approche naturaliste de la lumière comme le fit en son temps l'immense réalisateur américain avec Barry Lindon. Un éclairage à la bougie qui, comme si dix millions d'euros n'avaient pas suffit, alterne ces dernières avec des cierges artificiels ! Après, tout est dans le détail. Qui a véritablement envie d'entendre Athos jacasser avec cet accent de racaille que l'on rencontre à chaque coin de rue ? Qui peut croire en ces quatre personnages que rien dans leur aspect ne peut convaincre qu'autour d'eux, quiconque peut se laisser piéger par leurs postiches et leurs accoutrements masculins ? Qui peut, enfin, accepter de voir disparaître un tel budget dans un film qui n'a ni la saveur du cinéma d'antan et qui n'arrive pas à arracher le moindre sourire ou la plus petite émotion ? Si Toutes pour une ne méritait sans doute pas d'être aussi scrupuleusement détruit par la populace hexagonale, le film de Houda Benyamina n'en est pas moins un très, très, très mauvais film...

 

lundi 7 avril 2025

Le secret de Khéops de Barbara Schutz (2025) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Il y a six ans, Fabrice Luchini avait endossé le rôle du critique littéraire Jean-Michel Rouche dans le mémorable Mystère Henri Pick de Rémi Bezançon. Une adaptation du roman éponyme de l'écrivain, réalisateur et scénariste français David Foenkinos dans lequel l'acteur se lançait dans une passionnante enquête visant à retrouver l'auteur d'un roman devenu depuis son édition, un best-seller... Six ans plus tard, le voici de nouveau dans le rôle principal d'un long-métrage s'inscrivant dans l'exploration d'un Paris où semble-t-il, le trésor du pharaon Khéops aurait été emporté durant la campagne d’Égypte du général Napoléon Bonaparte entre 1798 et 1801. C'est ainsi que l'on retrouve donc Fabrice Luchini dans la peau de Christian Robinson, un succédané du célèbre aventurier américain Indiana Jones créé au tout début des années quatre-vingt par George Lucas et mis en scène dès 1981 dans Les Aventuriers de l'arche perdue par Steven Spielberg. Si cette franchise a donné naissance à nombre de productions du même acabit dont le diptyque À la poursuite du diamant vert de Robert Zemeckis et Le Diamant du Nil de Lewis Teague demeurent parmi les plus célèbres, en France, recenser ce genre de productions s'avère rapide puisque ces dernières sont relativement rares... voire même désastreuses (qui se souvient par exemple du désastreux 600 kilos d'or pur d'Éric Besnard en 2009 ou de Jack Mimoun et les secrets de Val Verde de Malik Bentalha et de Ludovic Colbeau-Justin en 2022 ?). Le secret de Khéops est le tout premier long-métrage réalisé par Barbara Schulz. Une cinquantenaire qui donc semble avoir décidé de passer derrière la caméra après plus de trente ans de présence devant l'objectif de cinéastes aussi variés que Xavier Gélin, Pascal Thomas, Laurent Tuel, Elie Chouraqui ou Nicolas Vanier dans la comédie post-apocalyptique C'est le monde à l'envers ! Écrit par la réalisatrice ainsi que par Christophe Turpin et Jérôme Tonnerre, Le secret de Khéops réunit autour de Fabrice Luchini l'excellente Julia Piaton dans le rôle d'Isis, la fille du héros ainsi que Gavril Dartevelle dans celui de Julien, le fils de la jeune femme et donc petit-fils de Christian Robinson. Mais également Johann Dionnet dans le rôle de Guillaume, le compagnon d'Isis, Camille Japy en galeriste et ancienne maîtresse de l'archéologue, ainsi qu'un duo de flics ou encore l'acteur belge Sam Louwyck dans le rôle du trafiquant d'objets d'art Markus Gasburger.


D'emblée, Le secret de Khéops signifie la volonté de ses auteurs de plonger l'intrigue dans un mélange entre aventure et comédie. L'équipe de tournage se retrouve tout d'abord à Casablanca pour une reconstitution du Caire. Une séquence lors de laquelle est mis en scène Fabrice Luchini lors d'une exploration qui se conclura de manière pittoresque ! Puis, retour à Paris où l'archéologue retrouve sa fille qu'il n'a pas revue depuis ces quatre dernières années. Isis est elle aussi devenue archéologues mais a vu ses ambitions revues à la baisse. En ersatz d'Indiana Jones et du professeur de sémiologie Robert Langton du Da Vinci Code de Ron Howard, l'on retrouve le Fabrice Luchini que l'on aime, en totale roue libre (parfois un peu trop d'ailleurs, comme lorsqu'il singe comme à la télévision le chanteur Johnny Hallyday) et doté de sa légendaire élocution. Tourné dans des lieux méconnus de la capitale mais également en région parisienne, Le secret de Khéops enchaîne quelques moments de bravoure comme lors de la séquence se déroulant dans le sous-sol de la colonne de Juillet ou celle se déroulant à l'intérieur de Musée du Louvre. Mélange de comédie, de film d'aventure, d'exploration, de thriller et d'histoire égyptienne, le premier long-métrage de Barbara Schultz a beau être un authentique divertissement, les nombreux raccourcis et facilités du scénario laisseront pantois et sceptiques celles et ceux qui apprécient tout récit s'inscrivant dans une certaine rigueur. Ici, le script de la réalisatrice et de ses deux scénaristes ne se contente que d'une seule chose : faciliter l'évolution du récit, la recherche du trésor et les déplacements des personnages qui la plupart du temps et COMME PAR HASARD se retrouvent très exactement au point précis des étapes suivant l'évolution de leurs investigations. Ce qui ne laisse malheureusement que peu de place à l'imagination. L'on a droit en outre à l’éternelle confrontation entre le héros et la fille délaissée au profit d'une passion dévorante (le héros n'a-t-il d'ailleurs pas donné à sa fille le prénom de l'une des plus célèbres déesses égyptiennes ?). Bref, Le secret de Khéops risque de plaire davantage au jeune public qu'à celles et ceux qui connaissent parfaitement les codes du cinéma d'aventure et qui par conséquent, en ont déjà vu assez pour se forger une idée concrète et précise du long-métrage de Barbara Schutz... Lequel demeure malgré tout très agréable à regarder...

 

mardi 18 mars 2025

A toute allure de Lucas Bernard (2024) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Le président honoraire du musée du Louvre Pierre Rosenberg disait : ''Il faut voir le maximum d’œuvres et prendre son temps pour les regarder, un peu comme l’œnologue goûte le vin.'' Pas de bol, j'aime pas le vin ! Une bonne bière suffisant à me combler de joie après une dure journée de labeur dans notre petit paradis terrestre qu'est notre Jardin aux Succulentes, j'ai quand même choisi de laisser sa chance au dernier long-métrage de Lucas Bernard. Parce que je n'étais pas seul devant l'écran et que je n'allais pas immédiatement imposer mon point de vue à ma compagne après seulement quinze minutes de projection, mais aussi parce qu'il ne faut pas toujours se fier à sa première impression. Qui fut ? Ben... que le film avait quand même l'air d'être une belle grosse merde ! Pour paraphraser la citation de Laurent Outang ''L'indifférence, c'est le contraire de la différence'' mais aussi pour avoir l'air moins bête et sans doute pour paraître moins rigide que je ne le suis auprès de celle qui partage ma vie, j'ai donc choisi de ronger mon frein. D'autant plus que le film ne dura que quatre-vingt cinq minutes. C'est quand même pas la fin du monde, hein ? Surtout, si en comparaison, il avait dû nous falloir choisir durant des plombes une autre option que A toute allure. Rarement déçus par Pio Marmaï ou par José Garcia, c'est bien plus en raison de leur présence à l'image que pour le sujet invoqué que nous avons donc visionné le film de Lucas Bernard. Et moins pour l'éventualité d'assister à une comédie... romantique ! Aussi fantaisiste qu'elle puisse être. Et en matière de cocasserie, justement, le film en est perclus. Au point que l'indigestion allait me semblait-il, se pointer après seulement quelques dizaines de minutes. Celles qui en général servent à présenter les personnages et le lieu de l'action. La folie des personnages et des dialogues aidant, la bluette entre Marco Mariani (Pio Marmaï, donc) et Marianne (l'actrice franco-malienne Eye Haïdara) est à l'aune de l'incongruité d'un récit dans lequel les personnages dans leur ensemble sont plongés. Alors, que l'on y croit fermement ou pas, la pilule de cette étrange relation qui se noue entre les deux protagonistes passe crème.


Le coup de foudre entre ces deux là va amener le premier, chef de cabine d'une compagnie aérienne, à se faire involontairement enfermer à bord du sous-marin nucléaire Le Fringant (en réalité, l'escorteur d'escadre de la Marine nationale, Maillé-Brézé). Embarqué comme passager clandestin dans un bâtiment aux commandes duquel le capitaine de frégate Benazech (José Garcia) en est le commandant, Marco va jouir de la complicité de l'un des officiers (Victor Potecorvo dans le rôle de Fred) et se retrouver à faire la cuisine pour l'équipage aux côtés du très grincheux Gueguen (Frédéric Maranber). Une comédie romantique en huis-clos glorifiant à sa manière très particulière la Marine Nationale lors des fêtes de fin d'année. A toute allure oppose un Marco habitué des conquêtes féminines à une officière engoncée dans ses principes et qui ne s'en laisse pas compter devant ce séducteur un peu trop entreprenant. Plutôt laborieux lors d'un premier quart poussif et théâtral, il faut surtout se faire à l'idée que l'approche de Lucas Bernard (également à l'écriture) n'est pas inscrite dans le marbre d'une écriture ordinaire. Une œuvre absurde mais non dénué de quelques envolées qui laisse songeur vis à vis de ce qu'aurait pu donner le film si seulement Lucas Bernard avait su maintenir le cap de bout en bout. Car à vrai dire, le film repose davantage sur la relation entre les personnages et la spontanéité de leurs interprètes respectifs que sur les dialogues qui malheureusement ne sont pas toujours au top ! D'où ces émotions, diverses, qui nous traversent. Entre l'impression de nous être fait enfumés par un artiste qui se croyait pouvoir jouer dans le même registre qu'un Bruno Podalydès et le sentiment d'avoir bien fait, finalement, d'être allés à terme d'une comédie loufoque, volontairement surjouée et parfois bénie des dieux par la seule présence de José Garcia qui en capitaine de frégate nous régale de ses anecdotes autant qu'il exaspère son équipage. Par contre, si vous vous attendiez à ce qu'il s'agisse d'une parfaite émulsion entre comédie romantique et film d'aventures, vous en serez pour vos frais. Est-ce parce que le ton ne s'y prête pas vraiment ou parce que la facticité de certains environnements échappe à toute crédibilité, mais côté voyage et sensations fortes, A toute allure demeure en ce point très précis, malheureusement lettre morte...

 

jeudi 7 novembre 2024

Soudain seuls de Thomas Bidegain (2024) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Après avoir tourné son premier long-métrage Les cowboys en 2015 et avoir participé au film à sketchs Selfie quatre ans plus tard à travers le segment Vlog, le réalisateur et scénariste français Thomas Bidegain est revenu cette année avec une œuvre d'un tout autre genre. Le type de long-métrage particulièrement tendu et qui plus encore que sur la mise en scène repose sur l'interprétation de ses deux seuls acteurs, Mélanie Thierry et Gilles Lellouche. Si de prime abord le genre Survival est majoritairement inspiré par un certain nombre d'œuvres horrifiques produites outre-atlantique, en Australie, ou sur d'autres recoins de la planète méconnus, dans un désert où la présence humaine est prétendument absente ou dans n'importe quelle forêt abritant une quelconque menace, il faut en fait voir beaucoup plus loin que le Délivrance de John Boorman, le Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, La colline a des yeux de Wes Craven ou la franchise Wrong Turn réalisée par divers cinéastes. Qu'il s'agisse de drame, de science-fiction, d'épouvante ou d'aventure, tous les héros sont généralement logés à la même ancienne et sont donc contraints de survivre face à des menaces d'ordre naturel, climatique, matériel ou physiologique (manque d'eau et de nourriture). En ce sens, Soudains seuls est le premier (ou l'un des premiers) exemple de film français sortant de carcan étriqué de l'horreur pour oser s'aventurer dans cet enfer blanc que peuvent très rapidement devenir les côtes antarctiques. Bien que Laura (Mélanie Thierry) ne soit pas très chaude à l'idée de faire un détour avant que son couple ne se rende en Amérique du sud, la jeune femme accepte malgré tout d'accompagner Ben (Gilles Lellouche) jusqu'à une usine baleinière désaffectée et dans un état déplorable. A bord de leur voilier, ils se dirigent donc vers une île magnifique et sauvage, balayée par le vent et où nulle trace de vie n'est présente sur place en dehors d'un groupe important de manchots. Jusqu'ici, tout va bien. Laura et Ben accostent puis partent se promener dans les hauteurs de l’île. Mais très vite, un orage gronde au loin, des nuages sombres et menaçants se rapprochent alors très rapidement du couple qui décide finalement de rebrousser chemin. Malheureusement, Laura et Ben constatent à leur retour sur la berge que le voilier a disparu. Condamné à demeurer sur l'île jusqu'à l'hypothétique arrivée des secours, le couple va devoir survivre en s'adaptant à ce milieu particulièrement hostile..


On l'aura compris, c'est à un tout autre type d'horreur ou plutôt d'effroi que nous convie Soudains seuls. Inspiré du roman éponyme de la navigatrice Isabelle Autissier publié en 2015 et donc adapté près d'une décennie plus tard pour le grand écran, le long-métrage de Thomas Bidegain est une œuvre absolument remarquable et terriblement efficace qui ne souffre jamais de sa durée approchant les cent-dix minutes. La mise en scène pointilleuse du réalisateur mais aussi et surtout la performance du duo d'interprètes transforme cette aventure humaine hors du commun en un périple cauchemardesque auquel va s'ajouter la houleuse relation entre un homme et une femme dont les rapports laissent d'emblée envisager qu'ils sont en ''fin de cycle''. Il faut savoir qu'à l'origine et en lieu et place de Mélanie Thierry et Gilles Lellouche, Vanessa Krby et Jake Gyllenhaal furent les premiers acteurs à être pressentis pour les rôles de Laura et Ben pour une œuvre qui à l'origine devait s'appeler Suddenly. Mais l'attitude déplorable de ce dernier fit capoter le projet qui fut malgré tout relancé un an plus tard pour prendre la forme telle que nous la connaissons désormais. Tourné entre le Finistère et l'Islande, Soudain seuls, c'est tout d'abord des décors à couper le souffle. Des roches tantôt noires comme le charbon, tantôt comparables à l'écorce de l'eucalyptus deglupta. Des icebergs également, de couleur blanche ou parfois d'un bleu remarquable. Et puis, un décor planté sur place, amalgame de métaux rouillés qui va servir de toit au couple. Entre drame intimiste voyant une femme et son compagnon se déchirer avant de se rabibocher et survival dont le rendu est exceptionnel, Soudains seuls repose notamment sur le délitement physiologique et intellectuel du couple. Les visages et les corps s’abîment, entre le froid qui s'attaque à l'épiderme et le péril qui dégrade les sentiments. Un moment de grâce porté par deux excellents acteurs et par un cinéaste de talent qui retranscrivent tous les trois le cauchemar vécu par les deux seuls personnages que l'on rencontrera durant l'aventure. Bref, Soudain seuls est une aventure de l'extrême fort convaincante et qui mettrait presque finalement au pilori Seul au monde de Robert Zemeckis qui, en fin de compte, paraît fort ''gentil'' en comparaison...

 

dimanche 20 octobre 2024

White Mile (ou Les rapides de la mort) de Robert Butler (1994) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Réalisé par Robert Butler, le téléfilm White Mile ou Les rapides de la mort mêle différents genres pour un résultat plus que satisfaisant. L'un de ses principaux atouts est son casting. Et même si certains interprètes n'y feront pas long feu comme l'excellent Robert Loggia, Alan Alda, Peter Gallagher et plus tard Fionnula Flanagan portent sur leurs épaules cette œuvre hybride qui se décompose en deux parties. La première s'inscrit dans un mélange entre survival et film d'aventures. La seconde, qui est aussi la plus courte, met face à ses responsabilités lors de son procès, le cadre d'une grande entreprise qui a su convaincre dix de ses employés de participer à une séance de rafting. Alan Alda interprète le rôle de Dan Cutler, PDG d'une entreprise de publicité située à Los Angeles qui convainc Jack Robbins, Nick Karas, David Koening, Andy Thornell, Tom Horton et cinq autres employés de le suivre lors d'une escapade en pleine nature aux abords d'une rivière des Rocheuses canadiennes dont ils devront traverser plusieurs rapide de catégorie 5. Il est clair qu'au vu de certains comportements que la plupart d'entre eux n'ont aucune envie de participer à cette sortie. S'agissant de déterminer le courage et les motivations de ces hommes de différents âges, personne ne viendra évidemment remettre en question le peu de sécurité qui sera engagée lors de la traversée. Car après avoir été succinctement mis au courant de certaines règles à respecter par un moniteur expérimenté, voilà que Dan et ses employés se lancent à bord d'un raft gonflable pourtant jugé insuffisant pour dix personnes. Si tous s'amusent tout d'abord de la traversée, la tragédie survient lorsque leur embarcation percute un rocher et qu'ils se retrouvent tous à l'eau. Si Jack parvient à remonter à bord et à aider Andy à en faire de même, d'autres n'auront pas cette chance. Trois autres parviendront à remonter vers la berge tandis que cinq de leurs compagnons trouveront la mort... Pour commencer, White Mile est dans sa première partie relativement saisissant. Si la bande originale de Dan Wool accentue le malaise ressenti par une majorité des participants à l'aventure, les séquences de rafting sont véritablement impressionnantes...


Robert Butler nous plonge effectivement au cœur de l'aventure, dans des eaux glacées et démontées laissant présager le pire. De ce point de vue là, le téléfilm est une réussite. Cinq hommes y perdront donc la vie. Comme le personnage de Nick Karas qu'interprète Robbert Loggia qui avant cela joua notamment dans Scarface de Brian De Palma, The Believers de John Schlesinger ou Innocent Blood de John Landis ou celui de Tom Horton qui quant à lui est incarné par Robert Picardo que les fans de l'univers Star Trek connaissent sûrement pour avoir interprété le rôle de l'hologramme médical d'urgence (HMU) dans la série Star Trek: Voyager. Une fois le drame passé, les survivants, toujours hantés par ce qu'il s'est passé ce jour là retournent à leurs activités habituelles. Comme Jack Robbins, qui est le personnage central du récit ou le PDG de l'entreprise Dan Cutler dont l'absence d'empathie en fait un individu véritablement abjecte et n'assumant pas totalement sa responsabilité. Basé sur un scénario écrit par le frère du réalisateur Michael Butler, White Mile délivre tout d'abord un message relativement fort sur la dépendance de subalternes vis à vis de leur patron et ce, même si les risques encourus sont réels. La seconde partie du téléfilm met en avant l'actrice Fionnula Flanagan qui dans le rôle de l'épouse de l'une des victimes, Gena karas, ira jusqu'au procès après avoir porté plainte contre la société de Dan Cutler. S'ensuit donc un jugement qui fait tout d'abord la part belle au positionnement des uns et des autres (mais surtout celui de Jack Robbins, les autres personnages étant généralement relégués au dernier plan) avant de mettre devant le fait accompli un Dan Cutler se dédouanant de la manière la plus abjecte qui soit (Alan Alda est à ce titre parfaitement remarquable dans son rôle). Cette seconde moitié du récit est assez pauvre en comparaison de la première. Assez rapidement évacué, le procès n'est qu'un brouillon de jugement qui aurait sans doute mérité un déploiement et une attention beaucoup plus importants. Reste que White Mile est un sympathique téléfilm, jamais ennuyeux et interprété par d'excellents acteurs...

 

mercredi 9 octobre 2024

Les Bodin's en Thaïlande de Frédéric Forestier (2021) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Première question post-projection que nous nous sommes posée, brute, courte et concise : ''Alors ?''. Et aussi surpris que nous aurions pu l'être si la question nous avait été posée avant même d'avoir osé braver l'incertitude de passer un bon début de soirée, nous avons a-do-ré ! Sans déc' et avec le plus grand sérieux, ma compagne et moi avons objectivement pris du plaisir à faire connaissance avec les Bodin's, ce duo de comiques formé autour de Vincent Dubois et Jean-Christian Fraiscinet. Deux comédiens et metteurs en scène qui fêtent cette année les trente ans d'existence du duo. Dans l'idée, les Bodin's sont plus proches des Vamps (dont l'existence leur est antérieure de six années) que de n'importe quel autre comique ou humoriste hexagonal. En une dizaine de spectacles, le duo a su se rendre populaire au sein d'un public de fidèles que Vincent Dubois et Jean-Christian Fraiscinet conduisirent même jusqu'aux petit et grand écrans. Au cinéma, les deux comparses ont jusqu'à maintenant partagé l'affiche à trois reprises et s'apprêtent à réapparaître dans les salles obscures l'année prochaine avec Les Bodin's partent en vrille de Frédéric Forestier. Ce dernier n'en est ici pas à son coup d'essai puisqu'il débuta en 1993 avant de co-réaliser Le boulet auprès d'Alain Berberian en 1997, Astérix aux jeux olympiques ainsi que Stars 80 aux côtés de Thomas Langmann en 2008 et 2012 ou encore, tout seul, comme un grand, Chasse gardée l'année dernière. En 2021, Frédéric Forestier réalise Les Bodin's en Thaïlande dans lequel Vincent Dubois et Jean-Christian Fraiscinet rendossent les costumes respectifs de Maria et Christian Bodin. Une mère et son fils issus du milieu rural qui après la tentative de suicide du second partent pour un voyage vers la Thaïlande afin de redonner le goût de la vie à Christian dont la compagne l'a quitté. L'un des principaux atouts de cette comédie qui nous avait parue d'emblée possiblement lourdingue, c'est le cadre choisi par le réalisateur et ses deux principaux interprètes qui tous trois ont conçu le scénario ensemble. Les amateurs de comédies conviant de grandes et dépaysantes aventures vont être comblés. Entre les boites de strip-tease nocturnes de Bangkok, les ruelles encombrées de vendeurs et d'autochtones motorisés de Phuket mais aussi et surtout les merveilleux archipels de la Thaïlade, le spectateur va voir du pays. Comédie, aventure, action et thriller se conjuguent ici pour le meilleur et rarement pour le pire malgré nos craintes.


Près de cent minutes de récit pour finalement, très peu de déchets. L'avantage de ces Bodin's en Thaïlande, c'est son rythme et l'incessant spectacle de ces deux ''ploucs'' de la campagne françaises à peine perdus dans un pays aux charmes divers qui va les confronter à l'histoire personnelle de la jeune et jolie danseuse/strip-teaseuse thaïlandaise Malee qu'interprète l'actrice française Bella Boonsang. Pour son troisième rôle au cinéma après être notamment apparue dans le remarquable The Medium de Banjong Pisanthanakun la même année, l'actrice incarne une jeune femme aux prises avec le propriétaire d'une boite de strip-tease qui l'a engagée. Un certain Monsieur Ping (l'acteur tahïlandais Sahajak Boonthanakit), homme excessivement violent qui n'hésite pas à faire tuer tous ceux qui lui mettent des bâtons dans les roues. Si le film ne montre tout d'abord pas la Thaïlande sous ses plus beaux atours, la suite, en revanche, sera d'un tout autre ordre. D'une beauté parfois sidérante et doté d'une superbe photographie, Les Bodin's en Thaïlande est une véritable invitation au voyage qui dans de larges proportions rappelle sensiblement certaines séquences d'Un Indien dans la ville d'Hervé Palud ou Le jaguar de Francis Veber. La communion entre nos deux héros et un peuple dont la gentillesse est formidablement retranscrite à l'image font du long-métrage de Frédéric Forestier la parfaite évocation d'un lieu de retraite rêvé pour quiconque voudrait quitter la France ou sa capitale une fois ses obligations arrivées à terme ! Si les dialogues sont typiques du langage qui sort en général de la bouche des Bodin's et notamment de celle de la très inspirée Maria et s'ils ne sont pas toujours très fins, on rit malgré tout assez régulièrement. Entre la séquence lors de laquelle Christian s'échine à éteindre les lumière de la chambre d'hôtel qu'il partage avec sa mère, la course-poursuite à pied puis en Tuk-Tuk avant le très long passage situé dans le village d'enfance de Malee, le combat dans la cage et tous ces petits moments de complicité que partagent Christian et sa mère, pas le temps de s'ennuyer un seul instant. Bref, Les Bodin's en Thaïlande tient presque du miracle. De la comédie grotesque et peu fine dont nous nous attendions à découvrir le même état d'indigence que Les Municipaux, trop c'est trop !, Les Bodin's en Thaïlande est tout le contraire. Inspiré, drôle, divertissant et dépaysant...

 

samedi 13 avril 2024

L'Isola degli Uomini Pesce (Le Continent des hommes poissons) de Sergio Martino (1978) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Auteur de nombreux longs-métrages dont plusieurs gialli et films d'horreur, le réalisateur italien Sergio Martino est au même titre que Dario Argento, Michele Soavi, Mario Bava, Luigi Cozzi, Lucio Fulci, Bruno Mattei ou encore Umberto Lenzi l'un des cinéastes transalpins les plus reconnus par les amateurs de cinéma fantastique ou d'épouvante des années 60, 70 et 80. L'Isola degli Uomini Pesce sorti chez nous sous le titre Le Continent des hommes poissons fait partie de ces œuvres dont le titre est devenu peu ou prou légendaire mais dont le contenu n'est pas toujours à la hauteur de sa réputation. Mais qu'il s'agisse de La montagna del dio cannibale ou de Assassinio al Cimitero Etrusco, tout ce qui touche de loin ou de près au cinéma de Sergio Martino mérite un moment d'attention... qui devra cependant perdurer au delà d'une première moitié de récit que l'on pourrait évoquer de terriblement ennuyeuse. En effet, durant trente ou quarante bonnes minutes, l'intrigue s'appesantit sur ses personnages en ne laissant que peu d'alternatives au sujet qui plus tard préoccupera notamment le docteur Claude de Ross (l'acteur Claudio Cassinelli) qui au départ du récit était en route pour le bagne de Cayenne lorsque le navire qui les transportait lui et un certain nombre de futurs bagnards fit naufrage sur la côte d'une petite île dirigée de main de fer par l'immonde Edmond Rackham. Ce dernier, incarné par l'acteur britannique Richard Johnson tente de maintenir en vie le professeur Ernest Marvin (Joseph Cotten). Ancien biologiste radié de l'ordre des médecins pour avoir osé se lancer dans des expériences visant à pratiquer d'étranges mutations entre hommes et animaux, ce dernier évoque très sensiblement le roman de l'écrivain britannique H. G. Wells qui en 1895 écrivit l'essai The Limits of Individual Plasticity avant de prolonger sa théorie sur l'expérimentation animale en publiant l'année suivante l'une de ses œuvres les plus célèbres, The Island of Dr. Moreau ! Roman de science-fiction ayant connu nombre d'adaptations au cinéma, à la télévision et même en littérature, l'ouvrage pénètre littéralement les esprits des spectateurs lorsque sont décrites, assez grossièrement d'ailleurs, les expériences menées par le professeur Ernest Marvin.


Les hommes-poissons du film demeurant donc comme l'un des fruits de ses recherches même si certaines affirmations semblent aller en totale contradiction avec plusieurs propos tenus notamment par Edmond Rackham, individu avare, peu scrupuleux et ne possédant pas une once de morale lorsqu'il s'agit de faire du profit ! L'idée principale de Sergio Martino n'étant pas de se contenter de reprendre le concept de l'écrivain britannique, le réalisateur et ses scénaristes Sergio Donati, Cesare Frugoni et Luciano Martino intègrent un sujet qui a fait et continue de faire fantasmer et parler de lui. Un sujet inépuisable malgré son grand âge puisque sa première évocation semble remonter à l'époque de Platon lors de l'écriture des dialogues Timée et Critias plus de quatre-cent ans avant Jésus Christ. On parle là de l'Atlantide, une île qui se situerait au delà des montagnes délimitées par le détroit de Gibraltar et qui aurait été engloutie lors d'un cataclysme provoqué par Zeus. Si Sergio Martino se désintéresse du récit propre à sa construction dans l'antiquité, il permet au principal antagoniste de L'Isola degli Uomini Pesce de justifier ''l'incarcération'' du professeur Ernest Marvin qu'il utilise à des fins strictement pécuniaires. Ayant localisé le site situé sous les fondations de son île, l'homme utilise une substance créée par le professeur afin de garder le contrôle sur des créatures amphibiennes auxquelles il ordonne de récupérer les trésors enfouis sous l'océan dans ce qu'il juge être justement l'Atlantide. Richard Johnson incarne un individu véritablement affreux, amoral, détenant un certain pouvoir et maintenant de force auprès de lui, la propre fille du professeur, Amanda Marvin. Incarnée par Barbara Bach, la jeune femme nourrit les créatures à l'aide de l'étrange substance, laquelle peut être comparée à une drogue. Si dans un premier temps le film de Sergio Martino s'avère on ne peut plus inintéressant, au fil de l'aventure, l'attention du spectateur finit par se focaliser autour de Claude de Ross, de la jeune femme et de leur... ''geôlier'' ! L'Isola degli Uomini Pesce gagne alors en intensité même si d'un point de vue strictement technique, on est loin du blockbuster et très proche du cinéma Z. Mais ce qui empêche le film de tomber dans de basses besognes est la générosité du cinéaste à multiplier les actes de bravoure. Et même si ses créatures font plus généralement pouffer de rire par leur esthétique foireuse que par réellement faire peur, on quitte l'aventure avec la conviction d'avoir passé un très agréable moment de cinéma bis...

 

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