Au pied des montagnes situées dans le sud marocain, une rave-party a
lieu lorsque Luis, un père de famille, accoste les participants afin
de leur demander s'ils ont vu sa fille. En effet, depuis plusieurs
mois qu'elle n'a pas donné de ses nouvelles, son père a décidé de
prendre la route vers le Maroc et précisément lors du déroulement
de cette fête principalement dédiée aux rythmes binaires où il a
entendu dire que sa fille y serait peut-être. Accompagné de son
fils Estéban (le jeune Bruno Núñez Arjona), Luis va faire la
connaissance d'un groupe de ''ravers'' qu'il va suivre sur le chemin
d'un autre événement prévu loin de là dans l'espoir d'y retrouver
sa fille, parcourant avec eux un désert qui va s'avérer beaucoup
moins accueillant que prévu... Dire que Sirāt,
le dernier long-métrage réalisé par Oliver Laxe est un choc est un
euphémisme. Autant j'ai tendance à me méfier de ce genre de
''superlatif'' qui n'est me semble-t-il pas toujours vraiment
approprié, autant ici le terme employé va comme un gant à cette
expérience qui offre à peu près tout ce que l'on peut attendre du
septième art. L'intensité des regards, l'immensité des décors
espagnol et marocains, cette musique également, entêtante,
obsédante, hypnotique et agissant donc comme une drogue inoffensive
et pourtant formidablement ''immergeante''. Les fondations, solides,
de Sirāt tiennent
bien évidemment tout d'abord à travers la mise en scène d'Oliver
Laxe qui depuis ses débuts rend hommage à notre planète ainsi
qu'aux cultures diverses et variées qui la composent. Le contraste
est d'ailleurs ici relativement saisissant. Confrontant le ''Beat
Techno'' à des paysages sauvages, rudes, mais d'une beauté à
couper le souffle. Ouvrant le récit à travers la préparation d'un
événement consacré à la techno, musique ici répétitive et
sombre due au musicien et DJ français Kangding Ray, pseudo sous
lequel se cache David Letellier. Lequel signe une bande-son en total
accord avec le sujet. Beat régulier, nappes discrètes, noires, et
dont l'ampleur résonne encore très longtemps après la fin du
récit. D'un point de vue scénaristique, Sirāt
peut
paraître très sommaire. En effet, le script d'Oliver Laxe et de
Santiago Fillol se résume en quelques mots seulement. Un père de
famille part à la recherche de sa fille dans le désert et suit les
pas d'un petit groupes de technophiles...
Mais
là où le scénario fait preuve d'assez peu d'originalité, c'est
bien dans la mise en scène, dans l'interprétation et dans le
caractère stupéfiant des décors et des interprètes que le film
tire toute son essence. Une interprétation si juste et réaliste des
compagnons de route de l'acteur espagnol Sergi López (qui incarne
donc le rôle de Luis) que l'on a souvent l'impression que Stefania
Gadda, Tonin Janvier, Jade Oukid, Joshua Liam Herderson et Richard
Bellamy ne sont rien de plus, rien de moins que de véritables
teufeurs amateurs de rassemblements technos... Véritable
Road-trip...pant, Sirāt
est une invitation au voyage, dans des contrées dont la beauté n'a
d'égal que le danger pernicieux qui parfois rode notamment au détour
d'une route étroite située à des dizaines de mètres de hauteur.
Si les héros de cette traversée du désert promue parfois au
parcours du combattant savent très bien ce qu'ils risquent en
employant certains chemins de traverse, le spectateur n'est par
contre absolument pas préparé aux événements tragiques qui vont
parsemer le parcours de nos sept personnages. Reparti du festival de
Cannes avec le très mérité Prix
du Jury
de 2025, le long-métrage d'Oliver Laxe est une onde de choc qui se
répercute au delà des festivals ou des salles de cinéma, résonnant
à plus ou moins long terme sur des spectateurs savoureusement
''choqués'' par le spectacle qui s'est étalé devant leurs yeux.
Entre émerveillement dû à des paysages à couper le souffle et à
des séquences nocturnes d'une intensité hors du commun, effroi et
sidération imputables à des événements tragiques (pratiquement)
inattendus, ou effet de transe attribué à cette musique
enveloppante qui marque chaque séquence d'une intensité folle, OUI,
Sirāt
est un choc. Sans doute LE choc de l'année qui s'est écoulée. Un
film dont on n'oubliera sans doute pas l'univers sonore et visuel
mais aussi la parfaite incarnation et la sublime émulsion qui naît
entre chacun des personnages/interprètes. Bref, une expérience
ultime, intense, belle, touchante et parfois effroyable. À découvrir
absolument...
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