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dimanche 14 juin 2026

Jusqu'en enfer (Drag Me to Hell) de Sam Raimi (2009) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Tout commence ou presque comme dans le roman de Stephen King Thinner adapté à l'écran sous son titre d'origine aux États-Unis et chez nous sous celui de La peau sur les os. Dans cette adaptation piteuse de Tom Holland, pourtant réalisateur dans les années quatre-vingt des excellents Fright Night et Child's Play, un avocat new-yorkais était victime d'une malédiction jetée par le père d'une gitane qu'il avait renversé en voiture après qu'il ait été acquitté lors de son procès. Dès lors, l'homme se mettait à perdre un kilo par jour jusqu'à devenir squelettique... S'agissant de Jusqu'en enfer (Drag Me to Hell) de Sam Raimi, pas d'accident de voiture causant la mort d'une vieille femme provoquée par un avocat mais une ambitieuse jeune femme, responsable des prêts d'une banque mise sous pression par son directeur qui l'a mise en concurrence avec l'un de ses collègues pour le poste à pourvoir de directeur adjoint ! Lorsque débarque à la banque une vieille tzigane qui pour la troisième fois demande une prolongation de son hypothèque, le directeur (David Paymer dans le rôle de James Jacks) fait indirectement comprendre à sa jeune employée que si elle ne s'affirme pas en refusant de soutenir la demande de la vieille femme, les chances pour Christine Brown d'obtenir le poste tant convoité risquent de s'amenuiser. Contre bonne fortune mauvais cœur, la jeune femme annonce à la cliente qu'elle est contrainte de refuser la prolongation de son hypothèque. Cette dernière entre alors dans une furie incontrôlable avant d'être chassée de l'établissement par deux agents de sécurité. À la sortie du travail, Christine part retrouver sa voiture garée dans un parking souterrain lorsque la vieille dame surgit pour l'agresser. Après un duel digne des meilleurs affrontements de Evil Dead et de ses séquelles que réalisa des années en arrière Sam Raimi, la tzigane arrache un bouton au manteau de Christine et lui jette un sort... Dès lors, l'enfer se déchaîne sur la jeune femme qui va n'avoir de cesse que d'être victime d'hallucinations dont elle seule sera la témoin... Jusqu'en enfer, c'est tout le savoir-faire de Sam Raimi résumé en cent minutes, qui après la trilogie Evild Dead, le moins connu mais néanmoins tout aussi jouissif Crimewave (notamment scénarisé par les frères Ethan et Joel Coen) et avant le récent Send Help ne fait pas que signer ici un classique instantané du cinéma fantastique et d'horreur mais termine de convaincre si besoin était qu'il demeure l'un des grands maîtres de l'épouvante matinée d'une certaine idée de la gaudriole façon ''Tex Avery''...


Un film ''gore'' pour les familles, qui fait rire plutôt qu'il n'effraie. Bref, un film pour les spectateurs de sept à soixante-dix sept ans comme il est de coutume de nommer ce genre de production... Écrit en collaboration avec son frère Ivan auquel l'on doit notamment les scripts de Darkman, de Army of Darkness : Evil Dead III ou encore des trente épisodes de la génialissime série Ash vs Evil Dead entre 2015 et 2018, Sam Raimi signe une bande-dessinée live, bourrée de moments de bravoures, de scènes choc, un tourbillon de folie et de scènes plutôt crades qui font moins intervenir l'hémoglobine que des matières aussi peu appétissantes que de la salive, de la bile et autres matières provenant du tube digestif. Le réalisateur abusant parfois du procédé lorsque vivante ou morte la tzigane, alors incarnée par Lorna Raver, ''embrasse'' notre pauvre employée de banque incarnée par Alison Lohman tout en déversant quelques hectolitres d'une matière dont on se refuse de connaître l'origine. Notons d'ailleurs le superbe maquillage de l'actrice alors âgée de soixante-six ans, transformée en sorcière tzigane en ''kit'' avec son œil crevé, ses fausses dents et sa tendance à régurgiter une matière franchement peu ragoutante... Grand-guignolesque, Jusqu'en enfer s'amuse avec son personnage de jeune femme ambitieuse, arriviste, confrontée à des impératifs qui la dépassent, avec l'image qu'elle renvoie aux autres (la confrontation lors du dîner organisé par les parents de son petit ami incarné par Justin Long) et surtout avec ces phénomènes surnaturels contre lesquels elle va devoir trouver une solution si elle veut pouvoir s'en débarrasser. De bout en bout, le long-métrage de Sam Raimi se déroule tel un train fantôme, entre humour, horreur et hystérie... Notons que la fin ouverte promettait à l'époque une hypothétique séquelle. Ce qui semble être effectivement le cas puisque dans le planning du réalisateur américain est annoncé pour 2028 un Drag me to Hell 2 ! Vivement...

 

mercredi 4 mars 2026

Send Help de Sam Raimi (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Après être passé par la case Blockbusters par quatre fois avec sa trilogie Spider-Man entre 2002 et 2007 et avec Doctor Strange in the Multiverse of Madness en 2022, le réalisateur, scénariste et producteur américain Sam Raimi est revenu cette année avec un long-métrage beaucoup plus modeste mais pas forcément plus sobre. En effet, l'auteur de la cultissime saga de films gores Evil Dead et de son itération télévisuelle Ash vs Evil Dead revient en 2026 avec un ''petit'' film qui a tout du ''grand'' dans les domaines qu'il explore. Cette folie propre au cinéaste qu'il eu notamment l'occasion de mettre en scène dans le génial Crimewave écrit aux côtés des frères Ethan et Joel Coen en 1985... Depuis son Drag Me to Hell en 2009 et avant son précédent Doctor Strange in the Multiverse of Madness, Sam Raimi n'a tourné que quelques courts-métrages, mais ça y est, cette fois-ci le voilà réapparaissant avec ce qui est la promesse d'un retour aux sources. Send Help n'est pourtant pas le film gore auquel l'on pouvait s'attendre. Et ce, même si effectivement, un ou deux plans s'avèrent plutôt gratinés en la matière. Une première séquence durant laquelle l'héroïne incarnée par Rachel McAdams chasse le sanglier sur une île déserte où elle s'est échouée à la suite d'un crash d'avion avec son patron interprété quant à lui par Dylan O'Brien. Et une seconde, qui s'inscrit dans un gore de type ''émétophile'' assez... gerbant, justement ! Pour le reste, Send Help peut être vu comme l'émulsion parfaite entre le film d'aventures survivaliste, la comédie, le film d'horreur et la critique sociale... Empruntant ainsi leur concept à des émissions de type Koh Lanta ou à des longs-métrages mettant en scène un ou plusieurs individus échoués sur une île déserte. Mais ici, pourtant, rien d'aussi rageusement familiale que le très sympathique Seul au monde de Robert Zemeckis. L'auteur de Send Help en profite pour régler les comptes de ses deux principaux protagonistes que sont Linda Liddle et son patron Bradley Preston. Opposition entre une ambitieuse employée de bureau dont l'hygiène, semble-t-il, laisse à désirer et à laquelle l'ancien patron de l'entreprise qui l'emploie avait promis un poste de sous-directrice avant qu'il ne décède. Mais à la mort de celui-ci, son propre fils a repris les rênes de la boite et a offert le poste en question à l'un des concurrents de la jeune femme. Relativisant la situation mais choisissant malgré tout d'en parler avec son nouveau boss, Linda se voit offrir l'occasion de prouver sa valeur lors d'un voyage d'affaire à Bangkok...


Mais alors qu'elle, Bradley et plusieurs employés sont à bord d'un avion, ce dernier s'écrase en pleine mer. À son réveil sur une plage de sable fin, Linda constate qu'elle et son patron sont les seuls survivants de la tragédie. Bradley étant gravement blessé, la jeune femme va user de ses connaissances en survivalisme pour subsister à la surface de cette île recelant maints dangers... Avec Send Help, Sam Raimi nous offre un voyage exotique sur une île perdue au milieu des océans. Un décor superbe qui va servir de cadre de règlement de comptes entre une employée certes ''arriviste'' mais ô combien sympathique interprétée de manière très enjouée par l'actrice Rachel McAdams. Cabotinant sans cesse mais révélant des ressources inépuisables, Linda profite de cette occasion pour montrer à Bradley ses capacités. Celles-là mêmes qui pourraient potentiellement lui servir à décrocher le poste qu'elle briguait avant la tragédie. Face à elle, un Dylan O'Brien/Bradley Preston bien dans son rôle de patron de grande entreprise, arrogant, autoritaire, mais qui très rapidement va devoir composer avec les talents de son employée s'il veut pouvoir survivre aux multiples dangers que le duo rencontrera sur la surface de l'île (nature sauvage, animaux dangereux, climat capricieux). Sur un script des plus simples, Sam Raimi et les scénaristes Damian Shannon et Mark Swift composent une œuvre socialement chargée, entre despotisme, patriarcat, ambition professionnelle, toxicité patron/employée, capitalisme, survivalisme et manipulation. Car aussi limpide que puisse apparaître le récit, Sam Raimi se joue de la forme apparemment simpliste de l'histoire pour nous convier à quelques twists plutôt bien fichus dont l'un d'entre eux au moins n'aurait sans doute pas laissé indifférent un auteur tel que M. Night Shyamalan. À contrario, pour celles et ceux qui espéraient un déluge de sang, il faudra repasser. Mais Send Help est tellement jouissif et le duo fonctionne tellement bien que l'absence régulière d'hémoglobine n'est en réalité pas un problème. Bref, c'est l'éclate totale...

 

jeudi 17 novembre 2022

Evil Dead... Dans le titre...

 


 

Evil Dead... dans le titre ! Cela veut dire que l'on va évoquer quelques longs-métrages dont les titres font directement référence au film culte de Sam Raimi. Nous ne parlerons ni de celui-ci, ni de Evil Dead II : Dead by Dawn qui sortit sur les écrans en 1987 mais du documentaire Swallowed Souls : The Making of Evil Dead II qui fut réalisé en 2011 par Michael Felsher, de Evil Dead III : Army of Darkness que Sam Raimi réalisa en 1992 et des deux premiers volets de la trilogie japonaise Evil Dead Trap qui malgré leur titre n'ont en réalité aucun rapport avec les bobines du réalisateur américain... Comme dans tout bon documentaire axé sur le tournage de n'importe quel long-métrage, Swallowed Souls : The Making of Evil Dead II se penche sur les différentes étapes nécessitant la création d'une destinée à devenir comme ici, une œuvre culte. Sous forme de chapitres, le documentaire de Michael Felsher commence par nous présenter les différents intervenants. Comme l'acteur Bruce Campbell, vedette indissociable du projet, ses différents partenaires à l'écran (dont Ted Raimi, le frère du réalisateur Sam Raimi) ainsi que leurs personnages respectifs. D'autres membres de l'équipe de tournage interviennent également. Et ce, lors du chapitre consacré aux effets-spéciaux. Une partie du documentaire qui nous permet de découvrir des individus sympathiques, bourrés d'imagination et formant une cohésion parfaite. Swallowed Souls : The Making of Evil Dead II est l'occasion d'en apprendre beaucoup et de découvrir des facettes demeurées inédites jusque là. Sam Raimi lui-même demeure finalement celui qui reste le plus rare à l'image. En dehors de quelques interventions filmées à l'époque, ce sont surtout les membres de l'équipe technique et les interprètes qui apporteront leur lot d'anecdotes (l'on apprend notamment que le projet fut lancé contre l'opinion initiale de son réalisateur alors que son précédent film, le pourtant génial Mort sur le grill scénarisé par les frères Ethan et Joel Coen, fut un bide au cinéma). Swallowed Souls : The Making of Evil Dead II est un documentaire précieux, rendant concrète la visite du plateau de tournage d'un authentique mythe du cinéma gore et fantastique. Est-il nécessaire de préciser que le documentaire est indispensable pour tous les amoureux de cinéma fantastique en général et de Sam Raimi en particulier... ?


1992 est l'année de sortie de Evil Dead III : L'armée des tenèbres. Et comme son nom l'indique, il s'agit du troisième volet de la franchise Evil Dead prenant comme lieu d'action non plus la célèbre cabane qui fut le théâtre des monstruosités commises dans les deux premiers opus mais le royaume du roi Arthur (l'acteur Marcus Gilbert) en l'an 1300. Alors que ce dernier pressent que son ennemi juré le duc de Schale Henry le Rouge (Richard Grove) est à l'origine de la présence en leur temps de Ash (le héros des deux premiers longs-métrages de la franchise toujours interprété par Bruce Campbell), ce dernier va devoir collaborer avec le roi, son armée et un alchimiste (Ian Abercrombie) s'il veut pouvoir retourner dans le présent. Contraint, pour cela, de devoir mettre la main sur le Necronomicon, Ash se lance dans de dangereuses péripéties. Mais alors que l'alchimiste lui avait ordonné de réciter la formule Klaatu barada nikto avant de se saisir de l'ouvrage maléfique, Ash se trompe et réveille les forces du Mal. Son double maléfique et l'armée des ténèbres essentiellement constituées de squelettes plus ou moins décharnés vont sortir de terre et se diriger tout droit vers le royaume d'Arthur afin de se réapproprier le Necronomicon... Dans le ton du précédent Evil Dead II : Dead by Dawn, le réalisateur Sam Raimi propose ici une œuvre mêlant fantastique, horreur et comédie. Visuellement, et malgré un budget de onze millions de dollars nettement plus important que pour les premier et second long-métrage de la franchise (350 000 dollars pour le premier, 3 000 000 pour le deuxième), Sam Raimi ne semble pas avoir pu réaliser le film tel qu'il l'avait foncièrement envisagé. Si la mise en scène, l'interprétation et le scénario qu'il a lui-même écrit en compagnie du fidèle réalisateur, acteur et scénariste Scott Spiegel permettent à ce Evil Dead III : L'armée des ténèbres d'être en tous points fidèle à l'esprit de la saga, on imagine sans mal quel aurait été le film s'il avait pu bénéficier d'un budget nettement supérieur aux onze millions de billets verts engagés dans la production. On retrouve en effet le même délire graphique avec ses effets-spéciaux en Stop-Motion, ses démons survoltés et son humour cartoonesque dans lequel Bruce Campbell se fourvoie sans retenue. Avec Evil Dead III : L'armée des ténèbres, Sam Raimi signe un Retour du Roi avant l'heure avec des moyens éminemment moins importants. Ici, les figurants (majoritairement constitués d'images de synthèse) sont certes moins nombreux que ne le seront ceux de l'adaptation du chef-d’œuvre de Tolkien par Peter Jackson dans les années 2000 Le Seigneur des anneaux : Le Retour du roi mais tous y mettent un tel cœur à l'ouvrage que le résultat est au moins à la hauteur des deux précédents films de la franchise. Bricolé, aussi délirant qu'un dessin animé réalisé dans l'esprit de Tex Avery, le troisième long-métrage de la franchise mérite comme ses prédécesseurs le terme de film culte ! Alors qu'un reboot de l'original vit le jour en 2003 sous la houlette de Fede Álvarez, et qu'une série intitulée Ash vs. Evil Dead est visible depuis 2015, on attend toujours que sorte sur les écrans le cinquième opus de la franchise sous le titre Evil Dead Rise. Une sortie en France est prévue sur notre territoire pour le 19 avril prochain...


Maintenant, évoquons deux longs-métrages d'origine japonaise qui n'ont de rapport avec la franchise de Sam Raimi que le nom. Evil Dead Trap I et II. Le premier est l’œuvre de Toshiharu Ikeda et date de 1988 tandis que le second fut réalisé par Izô Hashimoto quatre ans plus tard. Au vu du synopsis de Evil Dead Trap premier du nom, on a d'emblée l'impression que le film est plus proche d'un Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato), voire d'un Tesis (Alejandro Amenábar) que du film culte du réalisateur italien. Et pour cause : le film se concentre non plus sur une bande magnétique, un ouvrage, une cabane dans les bois et des démons s'en prenant à une poignée de jeunes gens mais sur une présentatrice de télévision qui après avoir reçu une curieuse cassette vidéo sur laquelle semble avoir été enregistré un Snuff Movie décide d'enquêter sur les origines de l'enregistrement. Pas folle la guêpe puisque la miss se rend sur les lieux où semblent avoir été tournées les images en compagnie de son équipe constituée de quatre employés. Qui dès leur arrivée vont se séparer en deux groupes de deux et un groupe de... un ! (Tiens, tiens, ça me rappelle un sketch de Bigard sur les films d'horreur!!!). Une ancienne base militaire désaffectée où rôde un tueur mystérieux. Rien ne semblant devoir ressembler davantage à un film japonais qu'un autre film japonais, Evil Dead Trap est typique de cette vague de longs-métrages horrifiques dont l'un des portes-drapeaux est Shin'ya Tsukamoto. L’œuvre de Toshiharu Ikeda lui ressemble d'ailleurs parfois, lorsque la caméra devient folle et que l'image s'accélère à la manière du cultissime Tetsuo. À dire vrai, le titre paraît parfois n'être pas le seul point commun avec l’œuvre de Sam Raimi. Quelques passages paraissent effectivement avoir été inspirés par les deux premiers Evil Dead. À vouloir entrapercevoir des références cinématographiques, pourquoi ne pas y ajouter également quelques éléments diffusés de manière éparses et s'imprégnant quant à eux des univers chers au réalisateur italien Dario Argento. Oui, oui, le maître du giallo. Malheureusement, Toshiharu Ikeda n'a pas le génie du transalpin et les compositions de Tomohiko Kira n'ont pas la teneur de celles des Goblin ! L'un des principaux atouts de Evil Dead Trap, ce sont ses meurtres. Originaux et parfois très graphiques. D'autres argueront que l'étrangeté qui parcourt de long en large la pellicule est aussi l'un des points forts du film. À contrario, reconnaissons tout de même que le film s'étire sur une trop longue durée et que l'on s'y emmerde très souvent ! Des tunnels de dialogues et des tunnels... tout court. Un environnement aussi labyrinthique que le scénario et l'indescriptible récit. Un slasher/Giallo japonais dont on ressort essoré de n'avoir pas vraiment saisi l'intérêt. Si certains plans valent le coup d’œil, le bodycount est décevant et le rythme soporifique. Résultat, on se refera volontiers la filmographie de Shin'ya Tsukamoto plutôt que ce curieux objet filmique !


Autant dire que c'est avec prudence que l'on se jettera sur Evil Dead Trap II même si cette fois-ci Toshiharu Ikeda n'est plus de la partie et qu'il laisse Izô Hashimoto prendre le relais. Pour cette suite qui n'en n'est pas vraiment une puisque l'on ne retrouve ni l'intrigue ni les personnages du long-métrage sorti quatre ans auparavant, Izô Hashimoto signe une séquelle qui contrairement à certains avis mitigés me semble bien supérieure au premier Evil Dead Trap. Mais les films n'entretenant que comme uniques rapports leur titre et une passion immodérée pour les séquences gore, nous nous dispenserons d’émettre un quelconque avis comparatif. Moins foutraque et donc plus cohérent dans le déroulement du récit, Evil Dead Trap II met en scène Aki (l'actrice Shoko Nakajima ), jeune femme ronde apparemment atteinte psychologiquement par un traumatisme qui l'empêche de vivre pleinement son existence. Et ce, malgré l'amitié que lui voue Emi (Rie Kondoh), sa seule amie et l'attirance dont elle sera bientôt l'objet de la part de Kurahashi (Shirô Sano). Au delà de cette étrange relation ressemblant peu ou prou à un triangle amoureux, des meurtres abominables sont commis dans la région. En effet, un tueur s'en prend aux jeunes femmes qu'il tue et dont il prélève l'utérus. Les bases du scénario étant ainsi posées, Evil Dead Trap II semble apparemment moins délirant que son prédécesseur et pourtant, ses personnages naviguent dans un univers fantasmagorique. La matière est ici beaucoup plus consistante et compacte que dans le premier Evil Dead Trap dans lequel les interprètes semblaient être un peu trop en roue libre. Durant une grande partie, Aki apparaît comme une alternative féminine et japonaise au Frank Zito du film culte de William Lustig, Maniac (1980). Du moins, jusqu'à ce que nous soit révélée la vérité. Visuellement, ce second volet de la franchise n'a rien à envier au long-métrage de Toshiharu Ikeda. Cette suite bénéficie même de séquences absolument remarquables comme ce duel opposant les deux héroïnes au beau milieu de drapés immaculés qui au fil des coups de lames dans les chairs vont passer du blanc au rouge sang ! Shoko Nakajima interprète une Aki presque mutique, prostrée, malaisée et marginale. Outre ce portrait frappant d'une jeune femme qui à la suite d'un avortement semble avoir perdu toute illusion, le film regorge de séquences chocs dont la plupart s'avèrent radicales et vont crescendo dans leur traitement de la violence. Un cadavre découvert éventré sur une berge, un meurtre commis sous la pluie au sortir d'une boite de nuit, le résultat d'un carnage visible dans une salle de bain et l'affrontement sans fin entre les deux ''ex amies''... De quoi permettre aux amateurs de gore de se faire la main sur ce petit bijou méconnu. À noter qu'il existe un troisième volet intitulé Evil Dead Trap 3: Broken Love Killer signant le retour à la réalisation de Toshiharu Ikeda dont on peut cependant douter de la filiation réelle (le titre original n'est plus dans la continuité des deux premiers volets mais s'intitule Chigireta ai no satsujin tandis qu'il a été traduit à l'internationale sous le titre The Brutal Insanity of Love)...

jeudi 9 juin 2022

Intruder de Scott Spiegel (1989)



Le Ranch Market vient de fermer ses portes lorsque l'ancien petit ami de Jennifer, Craig, tout droit sorti de prison met les pieds dans le petit supermarché de quartier. Bien décidé à renouer avec son ex petite amie, le jeune voyou condamné pour meurtre se met tous les employé du magasin à dos et se fait jeter dehors. Après avoir promis de revenir, Craig s'en va, et comme si cela ne suffisait pas, le patron du Ranch Market annonce à tout le monde qu'il a vendu son bien et que tout le monde devra se trouver un emploi ailleurs.
Pour corser le tout, un maniaque choisit justement ce supermarché et cette nuit pour roder autour et dans le magasin afin de décimer tous ses occupants. Alors que chacun vaque à ses occupations en faisant l'inventaire, une première victime tombe. Puis une seconde. C'est l'hécatombe et les survivants sont persuadés que le coupable n'est autre que Craig, revenu se venger...

Ami des cinéastes Quentin Tarantino et Sam Raimi, le réalisateur et scénariste Scott Spiegel signe en 1989 son tout premier film. Intruder est un tout petit slasher dans lequel les amateurs du genre horrifique auront le plaisir de retrouver Sam raimi lui-même, ainsi que son frère Ted et l'acteur Bruce Campbell, héros des mythiques Evil Dead I, II et III. Les effets-spéciaux ont quant à eux été confiés à une équipe de quatre homme dont le maquilleur Greg Nicotero qui débuta véritablement sa carrière avec Le Jour des Morts-Vivants de George Romero en 1986. il travaillera notamment pour Sam raimi, Brian Yuzna, Don Coscarelli, Wes Craven Quentin Tarantino, John Carpenter ou même David Lynch.

Bien que le film soit assez gratiné en matière de scènes d'horreur, il faut reconnaître qu'elles tardent à arriver, comme c'est le cas dans la majorité des slashers tournés dans les années quatre-vingt. Il faut en effet attendre plus d'une demi-heure avant que le premier meurtre n'intervienne, et encore, film hors champ. De quoi se poser des questions d'autant plus que si certaines scènes contenteront les amateurs de scènes gores (la tête écrasée à l'aide d'une presse hydraulique ou celle coupée en deux à l'aide d'une scie circulaire), les effets sanglants sont plutôt chiche en matière d'hémoglobine.

Concernant l'interprétation, on peut être l'un des plus grands cinéastes du genre et passer à côté de son personnage. Bruce Campbell est si peu employé qu'on ne le remarque même pas, quand à Sam Raimi, à ce propos, son personnage demeure aussi insignifiant que tous les autres. Le cinéaste passe d'un acteur à l'autre, sans faire montre de la moindre imagination. Transposez Cristal lake dans un supermarché de banlieue, et vous aurez compris que Intruder ne se démarque jamais de la grande majorité des slashers. On pourra tout de même louer l'effort fourni par cette petite équipe jouant volontiers dans un film d'horreur à petit budget même si les meilleurs du genre ne risquent pas de trembler devant cette bande vidéo plutôt longue à démarrer.

Un conseil pour celles et ceux qui ne les auraient pas encore découvert : ruez-vous sur les deux meilleures bandes du genre : Non, pas Halloween ou Vendredi 13, mais The Burning de Tony Maylam et The Prowler de Joseph Zito, indéniablemen

lundi 16 mai 2022

Evil Dead de Sam Raimi (1981) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

C'était il y a plus de quarante ans et les heureux spectateurs d'une salle de cinéma de Détroit allaient découvrir pour la toute première fois l'un de ces films entrés dans la légende du cinéma d'horreur. Evil Dead, le bien nommé. Œuvre culte par excellence, le film est le tout premier long-métrage d'un jeune cinéaste qui jusque là n'a réalisé que de courts récits dont l'un apparaîtra comme un brouillon de son premier méfait sur grand écran. Winthin the Woods qui fut réalisé en 1978 repose sur un concept similaire à Evil Dead. On y retrouve d'ailleurs (plus ou moins) quatre des cinq personnages qui seront présents trois ans plus tard dans le long-métrage sauf que deux des interprètes auront été depuis remplacés. Si dans les deux cas nous retrouvons Bruce Campbell et Ellen Sandweiss, ils incarneront des personnages différents. On passera donc du couple Bruce/Ellen au duo Ashley/Cheryl. Mary Valenti et Scott Spiegel seront quant à eux remplacés par Richard DeManincor et Theresa Tilly dans les rôles respectifs de Scott et Shelley, lesquels étaient déjà présent dans le court-métrage. Viendra également s'ajouter au menu le personnage de Linda qu'interprétera l'actrice Betsy Baker. Le film nous présente donc cinq amis à bord d'une voiture et à destination d'une vielle cabane en bois isolée dans la forêt. Un concept qui dans le futur fera de très, très, très nombreux émules parmi les réalisateurs. Après avoir évité de justesse l'accident de route, les voilà qui arrivent sur les lieux qui serviront de principal décor à l'intrigue. Une minuscule bâtisse, des plus sommaire et dotée d'une cave renfermant ce qui deviendra bientôt l'élément déclencheur de leurs pires cauchemars...


D'emblée, le personnage de Linda se détache très nettement de ses quatre compagnons. Sam Raimi lui offre le don d'écriture automatique (ou plutôt, de dessin automatique). Un détail moins anodin qu'il n'en a l'air puisqu'il permettra à la jeune femme de rapidement percevoir le mal qui se tapi en ces lieux. Reposant sur un budget de trois-cent cinquante mille dollars, Evil Dead se montre tout d'abord tel qu'il est : un film fauché, bricolé et parfois même bancal. Mais là où d'importantes failles de mise en scène, d'interprétation ou de technicité auraient pu se loger et avoir des conséquences désastreuses sur le projet, Sami Raimi parvient à renverser la vapeur de ce qui aurait pu n'être qu'une petite série d'horreur flirtant avec le Z pour transformer l'ensemble en un véritable monument de l'horreur non dénué d'un certain humour noir. Lors d'un dîner réunissant les quatre amis, une trappe donnant sur une cave s'ouvre comme par enchantement. À l'intérieur, Scott et Ash y découvrent une bande magnétique sur laquelle est enregistré un curieux message. Celui d'un explorateur qui indique l'existence d'un ouvrage occulte sur lequel sont inscrits des incantations dont la lecture permet l'éveil de démons. Et justement, le dit ouvrage se trouve justement posé à quelques centimètres du magnétophone. Les garçons ne peuvent s'empêcher de faire défiler la bande-magnétique sur laquelle l'explorateur récite quelques phrases du livre en question. Il n'en faut pas plus pour réveiller les forces du Mal qui bientôt vont se déchaîner sur les trois filles ainsi que sur les deux garçons...


Pas plus d'un quart-d'heure plus tard environ, le long-métrage prend un virage à trois-cent soixante degrés en convoquant brouillard et esprits maléfiques. Des phénomènes qui ne se contenteront pas de s'attaquer à nos vacanciers se croyant bien à l'abri de leur cabane mais s'en prenant également à quiconque osera foutre les pieds dehors. Comme le constatera malheureusement Linda, violée par la végétation alentour. La force de Sam Raimi, c'est son imagination et la conception d'effets-spéciaux bricolés dont on ne revendiquera cependant pas une quelconque inefficacité. Sur fond de musique parfois incantatoire et de voix d'outre-tombe, Evil Dead file à cent à l'heure. Pas le temps pour le spectateur de respirer ni pour les personnages de reprendre leur souffle. Moins long que celui de Bad Taste de Peter Jackson qui s'étala sur des années, le tournage de Evil Dead aura malgré tout duré douze longs mois. Toujours pour des questions budgétaires, le tournage sera en effet régulièrement interrompu. Sans ses nombreux effets gore, le film n'aurait sans doute pas eu la même portée. Des séquences très sanglantes parmi lesquelles un crayon enfoncé dans une cheville, le démembrement de l'une des filles à l'aide d'une hache, la décapitation de l'autre par l'emploi d'une pelle, ainsi qu'une succession de scènes lors desquelles des corps se décomposent à vue d’œil. Des séquences particulièrement ingénieuses dans leur conception. Lors de son passage à Cannes, le film fait sensation et s'avère notamment très apprécié d'un certain... Stephen King. Non seulement le long-métrage devient mythique, mais son acteur principal Bruce Campbell deviendra une icône du cinéma d'épouvante et d'horreur...


De ce succès inattendu naîtra une carrière florissante pour Sam Raimi avec pas moins de dix-sept longs-métrages (dont l'un est en pré-production et un autre déjà annoncé). Les gens ne le savent peut-être pas mais la monteuse Edna Ruth Paul sera épaulée par un certain Joel Coen. Oui, le frère d'Ethan Coen avec lequel les deux hommes n'ont jamais cessé de réaliser une carrière de cinéastes brillants. Concernant les deux frangins, on les verra quatre ans plus tard dans le double rôle des journalistes dans le démentiel Crimewave (Mort sur le grill), le second long-métrage de leur pote Sam Raimi, film dont ils auront en outre signé le scénario. Quant à Evil Dead, deux suites signées de son auteur verront le jour en 1987 et qu'en 1992 ainsi qu'une série télévisée intitulée Ash vs Evil Dead dont Sam Raimi signera le premier épisode. En 2013, le réalisateur urugayen Fede Alvarez réalisera quant à lui un très efficace remake du premier volet de la franchise. Plus sombre et bien plus gore. Depuis, on attend toujours fébrilement que Sam Raimi revienne à ses premières amours avec l'arlésienne Evil Dead 4...

 

mardi 15 octobre 2019

Clockwork & The Sappy Sap de Sam Raimi (1978 & 1985)



S'il est reconnu que le court-métrage Within the Woods de Sam Raimi a servi de matériau de base au premier long-métrage qu'il réalisa en 1981 (Evil Dead), un second, méconnu du tout venant semble lui aussi avoir été source d'inspiration pour le réalisateur. Clockwork met en scène une jeune femme qui, retranchée dans sa demeure, subit les assauts d'un harceleur qui parviendra à pénétrer chez elle afin de la tuer à l'aide d'un couteau de boucher. Celle qui interprète la victime n'est autre que l'actrice Cheryl Guttridge, qui fut à l'initiative de Sam Raimi, l'un des ''Fake shemp'' de son cultissime long-métrage horrifique. D'une durée approchant les sept minutes, Clockwork repose sur un script du réalisateur lui-même qui le temps d'une poignée de minutes met en place l'observation lointaine d'un tueur à venir filmé à travers l'une des fenêtres de sa proie (l'acteur Scott Spiegel, autre''Fake Shemp'' visible dans Evil Dead et fidèle interprète de Sam raimi puisqu'il apparaîtra dans la plupart de ses films jusqu'en 2009, année de sortie de Jusqu'en enfer). La voix-off du prédateur apparaît comme l'inquiétante complainte d'un fou homicide venu prendre son dû. Un timbre angoissant accompagné par une bande-son électronique particulièrement glauque que n'arrange pas la piètre qualité visuelle du document, mais qui laisse déjà entrevoir le goût de son auteur pour le sang. Image floue, son étouffé, cris apeurés et monologue délirant sont au programme d'un Clockwork visible sur la toile...

Mettre la main sur les courts-métrages de Sam Raimi n'est pas chose facile. S'il en demeure certains visibles sur le net, il faut être un fan absolu du réalisateur pour supporter l'image et le son souvent catastrophiques de petits films ayant souffert du poids des années et l'impossibilité de les regarder autrement qu'en version originale non sous-titrée. C'est ainsi donc que l'on peut également (re)découvrir The Sappy Sap, autre curiosité réalisée par Sam Raimi que l'on peut traduire chez nous sous le titre ''plein de sève'', réalisé en 1985 et d'une durée de quatre minutes et quinze secondes environs. Alors que le réalisateur à déjà tourné ses deux premiers longs-métrages, celui cité plus haut ainsi que le génial, cartoonesque et délirant Mort sur le Grill (scénarisé par les frères Coen, ça n'est pas rien). On appréciera tout d'abord le générique du début qui, même s'il s'avère des plus sommaire, fait état de la grande imagination de son auteur de part son approche originale (maison de production, interprète et titre du court tagués au sol). Là encore, nous retrouvons les deux interprètes de Clockwock, mais désormais dans un court-métrage qui fait l'éloge du cinéma muet en général (mais en couleurs) et de celui des trois Stooges en particulier que le réalisateur semble beaucoup apprécier. Pas mal de créativité est à mettre sur le compte de Sam Raimi dont le héros fait la toupie ou exécute un vol plané. Aucun dialogue, pas de musique ni le moindre son (les anglophobes seront ravis), The Sappy Sap porte pourtant visuellement la marque de fabrique de Sam Raimi...

À noter que ces deux courts-métrages font partie d'une anthologie regroupant ceux qu'il réalisa entre 1972 et 1985, et dans certains desquels ont peut notamment retrouver l'acteur Bruce ''Ash'' Campbell. À savoir également que la chose ne semble pas avoir franchi les frontières de son pays d'origine. Inutile, donc, d'espérer découvrir cette quinzaine de ''pépites'' dans notre langue...

lundi 11 juin 2018

Evil Dead II : Dead By Dawn de Sam Raimi (1986)



Ash et Linda se rendent dans une cabane perdue au fond des bois, propriété d'un certain Knowby. docteur en archéologie ayant disparu après avoir parcouru les pages d'un livre ancien nommé Naturum Demonto. Ce même livre qui repose sur l'une des tables de la cabane, près d'un magnétophone. Ash ne peut s’empercher de lancer la bande qui y est installée et découvre que l'ouvrage a été découvert par Knowby lui-même alors qu'il visitait le château de Kandar en compagnie de son épouse Henrietta, de leur fille Annie et du professeur Ed Getley. Knoby est alors revenu aux Etats-Unis et s'est installé dans cette cabane avec sa femme afin d'étudier l'ouvrage et d'en traduire les textes.

Ash apprend grâce à l'enregistrement que le livre explique la présence de force démoniaques parcourant les forêts et s'attaquant au personnes vivant dans des demeures isolées. Il apprend également que certains termes retranscrits profitent aux démons qui alors s'emparent de l'esprit de ceux qui osent les déranger. A la fin de l'enregistrement, l'archéologue termine par quelques mot clés qui réveillent alors des forces démoniaques dont la première victime sera Linda. Une bataille s'engage alors entre elle et Ah, qui sort vainqueur du combat avant de réaliser que sa fiancée, décapitée et enterrée, n'est peut-être pas tout à fait morte.

Pendant ce temps là, le professeur Ed Getley et Annie, la fille de l'archéologue, s'apprêtent à venir rendre visite au père de la jeune femme sans se douter que ce qui les attend risque d'être leur dernier voyage...

Ash victime d'amnésie, ou reboot mal assumé ?

Vendu comme une suite, Evil Dead II : Dead By Dawn a dans sa première partie, les allures d'un reboot. La faute à un changement de société de distribution, la nouvelle imposant qu'un flashback du précédent volet soit tourné. Exit la bande de copains partis passer un week-end à la campagne. Le personnage de Ash, pour cette nouvelle excursion au cœur de l'enfer, ne sera accompagné que d'un seul personnage, sa petite amie Linda.
On s'en bien que cette intro qui dure à peu de chose près un quart d'heure n'est qu'une commande. Malgré l'intensité des événements qui y sont décrits (mis en scène dans un esprit très Tex Avery déjà présent dans le délirant Crimewave, précédente œuvre de Sam Raimi scénarisée par les talentueux frère Coen), C'est véritablement lorsque le quatuor débarque dans la cabane que le film démarre.

Privilégiant une fois de plus la technique de l'image par image (procédé qui demande de la patience et consistant à animer des personnages fictifs une image après l'autre), Sam Raimi retrouve la sa virevoltante caméra et la fait évoluer dans tous les sens sans jamais oublier de nous donner le tournis et de nous offrir des plans tordus. L'hémoglobine jaillit, beaucoup, mais s'il lui arrive d'être rouge sang, elle est parfois bleue ou verte. Il est d'ailleurs amusant de noter qu'un autre film (Street Trash) sorti seulement deux semaines plus tôt avait déjà comme particularité de proposer des scènes gore hautes en couleurs.

Concernant l'interprétation, on est loin du rôle de composition. Les acteurs font ce qu'on leur demande et c'est bien suffisant, l'intrigue reposant presque exclusivement sur les situations cocasses, burlesques et absurdes auxquelles ils sont confrontés. La mise en scène est folle et vertigineuse, le film baigne dans un bain de sang beaucoup moins surprenant que dans le premier volet et l'humour déjà omniprésent par le passé est ici un élément fondamental.

Evil Dead II : Dead By Dawn est donc une belle réussite qui demeure cependant très légèrement inférieure au premier...

mercredi 16 août 2017

Cycle les Frères Coen: Crimewave de Sam raimi (1985) ★★★★★★★★☆☆



Je sais ce que vous allez me dire. Que Crimewave n'est pas l’œuvre de Joel et Ethan Coen mais de Sam Raimi. Je vous répondrai que oui. Mais qu'en ayant participé activement à l'écriture du scénario, la présence de ce film dans ce cycle consacré aux frères Coen y gagne une certaine légitimité. D'ailleurs, si l'on oppose les œuvres séminales respectivement réalisées par les trois hommes (d'un côté Evil Dead, le film culte que tourna Sam Raimi en 1981, et le second que réalisèrent les frères Coen en 1987, Arizona Junior), le fait est que Crimewave demeure comme une sorte de conglomérat mixant l'esprit fertile des trois cinéastes. Une comédie totalement déjantée qui pour son propre malheur est certainement sortie trop vite. Alors que la comédie de Joel et Ethan Coen allait patienter encore deux ans avant de voir le jour dans les salles obscures, Crimwave (connu chez nous sous le titre Mort sur le Grill) allait frapper les esprits de par son aspect cartoonesque parfaitement assumé par son auteur. Un esprit qu'il conservera d'ailleurs lors de la réalisation de Evil Dead 2 en 1987, assurant ainsi lui-même l'écriture du scénario en collaboration avec un certain Scott Spiegel.
Décrire Crimewave en seulement quelques mots serait réducteur. Dire qu'il s'agit d'une comédie loufoque est vrai, mais pas seulement. Sam Raimi dit temporairement adieu au gore mais les frères Coen et lui impriment au film le même état d'esprit que dans les films cités plus haut. Rien n'est plus flagrant que la collaboration entre les trois hommes. Nombreux sont les éléments qui viennent étayer l'hypothèse selon laquelle le film a été écrit à six mains. Du pénitencier Hudsucker dont le nom sera repris dans l'excellent et tout autant cartoonesque The Hudsucker Proxy (Le Grand Saut) des frères Coen, jusqu'à la présence de l'acteur Bruce Campbell, principal interprète de la trilogie Evil Dead.

Le récit de Crimewave s'articule autour du personnage de Vic Ajax, triste victime d'une erreur judiciaire, reconnu coupable de meurtres, et condamné à griller sur la chaise électrique (d'où l'étonnante traduction française du titre original, Crimewave signifiant en réalité vague de crimes). Le principe du film de Sam Raimi étant de remonter dans le temps jusqu'aux prémices de l'intrigue devant mener le héros à la mort. Fou amoureux d'une jolie blonde qui l'ignore copieusement, Vic Ajax va se retrouver au centre d'un jeu de massacre commandité par un certain Ernest Trend, de l'entreprise Trend-Odegard Security, laquelle est en partie la propriété d'un certain Odegard. Celui-ci ayant l'intention de vendre très prochainement ses parts de l'entreprise à Renaldo The Heel, Ernest Trend propose à deux dératiseurs d'éliminer Odegard. Mais alors que Faron Crush et Arthur Coddish, les deux dératiseurs en question mettent un terme à l'existence de Odegard, la présence d'un témoin inattendu en la personne d'Helene, l'épouse d'Ernest va faire basculer ce qui devait être un meurtre unique en une vague d'assassinats. A mesure que la nuit s'écoule, Crush et Coddish vont malencontreusement tuer leur employeur et tenter d'éliminer tous les témoins de l'affaire...

Crimewave peut se voir comme une comédie déjantée absolument géniale comme un parfait nanar. Le jeu outré participant au rejet d'une partie du public qui ne s'attendait très certainement pas à un tel déferlement de scènes absurdes, c'est sans doute cet aspect de l’œuvre de Raimi qui en fait aujourd'hui un film aussi essentiel que son tout premier long-métrage. Autant certains y voient un navet, autant d'autres considèrent Crimewave comme une œuvre culte. Un délire total, fourmillant de dialogues farfelus et de scènes à l'imagination incroyablement fertile. Le film de Sam Raimi est l'ancêtre des mangas-live et peut-être considéré, lui, comme un Tex Avery-live tant le travail sur l'éclairage et le son rappellent parfois, et même très souvent les célèbres œuvres du réalisateur de films d'animations. Mort sur le Grill est l'exemple type d'une collaboration réussie entre deux univers qui s'entrechoquent. Une véritable réussite...

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