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vendredi 2 avril 2021

Haunted Honeymoon de Gene Wilder (1986) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

En terme général, l'humour outre-atlantique reposant sur le comique de situation et de gestuelle plutôt que sur la finesse de ses dialogues, il est parfois difficile de passer d'une comédie française brillamment écrite comme il en existe tant, à une comédie américaine misant tout ou presque sur la gestuelle de ses interprètes. Si l'on décide de faire un voyage dans cet univers qu'est la comédie, mieux vaut parfois d'abord passer par certaines frontières communes avec notre pays. Faire un tour en Espagne et y découvrir l’œuvre déjantée d'un Alex de la Iglesia ou traverser la Manche pour y retrouver l'univers poilant des Monthy Python. Puis une fois le billet en main, traverser l'Atlantique, débarquer, et pourquoi pas débuter par un Mel Brooks. Ou un ZAZ (Zucker, Abraham, Zucker). Ou encore un Gene Wilder. L'acteur ET le réalisateur de cet Haunted Honeymoon parodico-horrifique, témoignage de la passion de son auteur pour les vieux films d'épouvante. C'est pourtant bien sur le chemin de la parodie que s'engage cet acteur américain qui s'est fait une spécialité dans la comédie. Lui qui débuta sur le petit écran avant d'apparaître dans le Bonnie and Clyde de Arthur Penn en 1967 et surtout dans The Producers de Mel Brooks la même année... Surtout connu comme interprète chez les autres, Gene Wilder s'est lui aussi intéressé au métier de réalisateur puisqu'il a mis en scène quatre longs-métrages (dont le remake de Un Éléphant ça trompe énormément d'Yves Robert sous le titre The Woman in Red) et a même participé à la réalisation du film à sketchs Les Séducteur auprès des cinéastes français Édouard Molinaro, britannique Bryan Forbes et italien Dino Risi en 1980.


Haunted Honeymoon sera son dernier longs-métrage en tant que réalisateur. Il y incarne surtout le premier rôle... Celui de Larry Abbot, acteur de radio, qui s'apprête à épouser sa fiancée Vicky. Alors qu'il est victime de phobie, Larry et la jeune femme se rendent dans un vieux manoir familial, propriété de sa tante Kate où il vécu voilà de nombreuses années. Là-bas, Vicky y fait en outre la connaissance des membres de la famille Abbot à laquelle fait partie son futur époux. Alors que chacun espère toucher sa part de l'héritage lorsque décédera la tante Kate, celle-ci annonce que Larry en sera finalement le seul bénéficiaire... Haunted Honeymoon mélange parodie de film et d'épouvante et film policier à caractère mystérieux à la manière d'Agatha Christie. Loup-garou, être difforme marchant sur les murs, domestique dur d'oreille et ''igoresque'', cluedo, meurtres en série, manoir hanté, orages, le long-métrage de Gene Wilder est un salmigondis d'idées plus ou moins bienvenues. La première partie située dans une station de radio est relativement plaisante et nous en apprend sur les méthodes employées pour donner vie à une fiction radiophonique. La suite se déroule presque exclusivement entre les murs de l'impressionnant manoir des Abbot.


Tourné en partie à Stevenage situé dans le comté du Hertfordshire et dans les studios d'Elstree qui eux se trouvent dans la partie nord de Londres, à trop vouloir mélanger les styles, Haunted Honeymoon s'avère n'être qu'un mélange de situations sans réelle cohésion. À défaut d'être tout à fait rigoureux dans le déroulement du récit, le long-métrage ménage cependant quelques séquences sympathiques qui mèneront sans doute certains spectateurs à rire devant les facéties des différents interprètes. Parmi eux, nous retrouvons l'actrice Gilda Radner dans le rôle de Vickie Pearle. Décédée à l'âge de quarante-deux ans d'un cancer des ovaires, elle sera marié à Gene Wilder, son second époux dans la vie. Dans celui du majordome Pfister, l'impressionnant Bryan Pringle, le rôle de la tante Kate ayant été confié à l'acteur Dom DeLuise. Sont également présents Paul L. Smith (Crimewave de Sam Raimi), Jonathan Pryce (Brazil de Terry Gilliam) ou Roger Ashton-Griffiths (Le Secret de la pyramide) de Barry Levinson. Si on le compare à la plupart des parodies passées et celles qui restaient à venir, Haunted Honeymoon se situe dans une bonne moyenne. Le film bénéficie de très impressionnants décors, œuvre de Terence Marsh, et d'une ambiance retranscrivant parfois parfaitement celle des vieux films d'épouvante. Budgété à hauteur de neuf millions de dollars, le film n'en reportera cependant que huit...

 

vendredi 9 novembre 2018

Mil Gritos Tiene la Noche de Juan Piquer Simon (1982) - ★★★★☆☆☆☆☆☆



Derrière le titre espagnol Mil Gritos Tiene la Noche se cache un long-métrage que tous les amateurs de bisseries se doivent de connaître, au moins à travers sa réputation de nanar. Réalisé par le cinéaste espagnol Juan Piquer Simon, et plus connu dans nos contrées sous les divers titres Pieces et Le Sadique à la Tronçonneuse, la promesse faite par ces deux derniers respecte assez bien le contenu d'une œuvre qu'il sera bien difficile de considérer comme un classique honorable du genre « slasher » puisqu'il accumule bien trop de défauts pour que l'on ose le gratifier d'un tel louange. Par contre, culte, il le demeure dans le cœur et l'esprit d'une certaine catégorie de spectateurs capables de passer outre une mise en scène radicalement opposée aux vrais classiques du genre (Halloween de John Carpenter pour ne citer que le plus évident), une interprétation souvent calamiteuse, et un nombre invraisemblable d'incohérences qui donne le vertige. S'il fallait comparer Mil Gritos Tiene la Noche à un seul et unique long-métrage, ce serait sans aucun doute au Cauchemars à Daytona Beah du (parait-il) narcissique Romano Scavolini. En effet, il demeure dans le portrait de ce tueur dont nous ne connaîtrons l'identité qu'à la toute fin du film, ce même traumatisme qui a façonné l'esprit dérangé d'un gamin qui attendra quarante ans avant de littéralement péter un câble et de s'en prendre aux jolies minettes d'un campus. Autant d'années durant lesquelles, d'ailleurs, on ne saura rien de la vie qu'aura pu mener l'enfant devenu adolescent, puis adulte, et enfin, l'un des pires tueurs schizophrènes du septième art. Du moins, dans le fond, car dans la forme, Mil Gritos Tiene la Noche est relativement décevant. Les non habitués qui ne seraient pas coutumiers du cinéma de Juan Piquer Simon, surtout. Parce que pour les autres, ceux qui l'ont accompagné à travers son œuvre (et notamment Supersonic Man ou Slugs, Muerte Viscosa), il est de coutume d’appréhender avec une étonnante facilité les long-métrages d'un auteur capable de signer de bonnes petites daubes sans sourciller.

Et ce Mil Gritos Tiene la Noche ne fait pas exception à la règle. Pourtant, dès le générique, l'espagnol tente de nous rassurer à travers un casting étonnant. De Christopher George, connu chez nous grâce à la série L'Immortel ou le morbide Paura nella Città dei Morti Viventi de Lucio Fulci (et là je m'adresse aux fans du cinéaste italien), en passant par Lynda Day George (Casey dans la série Mission Impossible) et Frank Brana (qui jouera notamment pour Sergio Leone, Amando de Ossorio, et même pour Gérard Oury), et jusqu'à Paul L. Smith qui fut un gardien de prison violent dans Midnight Express d'Alan Parker ou un dératiseur dans le délirant Crimewave de Sam Raimi. D'ailleurs, à propos de ce dernier, Juan Piquer Simon se croit sans doute très malin en insistant sur le caractère plus qu'ambigu du personnage de Willard qu'incarne l'acteur, le rendant auprès des autorités (et donc du public), le plus amène à être le tueur du campus dont l'arme de prédilection (et ce ne sera pas la seule) est comme le titre français le précise, une tronçonneuse. Un outil de jardinage qui dans le cas présent fait des ravages puisque l'auteur des meurtres décapite et démembre chacune de ses victimes avant d'emporter divers trophées.

Si la mise en scène est vraiment navrante, et que l'interprétation est tout juste acceptable, le scénario est lui, en dessous de tout et fait de Mil Gritos Tiene la Noche un slasher tout à fait dispensable aux côtés d'un The Prowler autrement plus réjouissant. Mais il serait mentir que d'affirmer que le film de l'espagnol n'est qu'une accumulation de fautes de gouts. Car si les meurtres ne sont que très rarement commis devant l'objectif, la conséquence de l'utilisation d'un tel outil de mort réjouira tout de même les amateurs de gore pas trop regardant. Mil Gritos Tiene la Noche est en effet très sanglant et Juan Piquer Simon expose des scènes de crimes parfois vraiment dégueulasses (le cadavre démembré sur le bord de la piscine, ou celui découvert dans les toilettes des vestiaires). Concernant le tueur à proprement parler, le scénario est tellement affligeant que l'on finit par se foutre de son identité même si dans un premier temps, le spectateur désire découvrir son visage parmi les quelques personnages dans la cinquantaine qui rodent autour du campus. Un nanar dont le seul intérêt se situe donc dans les scènes gore...

mercredi 16 août 2017

Cycle les Frères Coen: Crimewave de Sam raimi (1985) ★★★★★★★★☆☆



Je sais ce que vous allez me dire. Que Crimewave n'est pas l’œuvre de Joel et Ethan Coen mais de Sam Raimi. Je vous répondrai que oui. Mais qu'en ayant participé activement à l'écriture du scénario, la présence de ce film dans ce cycle consacré aux frères Coen y gagne une certaine légitimité. D'ailleurs, si l'on oppose les œuvres séminales respectivement réalisées par les trois hommes (d'un côté Evil Dead, le film culte que tourna Sam Raimi en 1981, et le second que réalisèrent les frères Coen en 1987, Arizona Junior), le fait est que Crimewave demeure comme une sorte de conglomérat mixant l'esprit fertile des trois cinéastes. Une comédie totalement déjantée qui pour son propre malheur est certainement sortie trop vite. Alors que la comédie de Joel et Ethan Coen allait patienter encore deux ans avant de voir le jour dans les salles obscures, Crimwave (connu chez nous sous le titre Mort sur le Grill) allait frapper les esprits de par son aspect cartoonesque parfaitement assumé par son auteur. Un esprit qu'il conservera d'ailleurs lors de la réalisation de Evil Dead 2 en 1987, assurant ainsi lui-même l'écriture du scénario en collaboration avec un certain Scott Spiegel.
Décrire Crimewave en seulement quelques mots serait réducteur. Dire qu'il s'agit d'une comédie loufoque est vrai, mais pas seulement. Sam Raimi dit temporairement adieu au gore mais les frères Coen et lui impriment au film le même état d'esprit que dans les films cités plus haut. Rien n'est plus flagrant que la collaboration entre les trois hommes. Nombreux sont les éléments qui viennent étayer l'hypothèse selon laquelle le film a été écrit à six mains. Du pénitencier Hudsucker dont le nom sera repris dans l'excellent et tout autant cartoonesque The Hudsucker Proxy (Le Grand Saut) des frères Coen, jusqu'à la présence de l'acteur Bruce Campbell, principal interprète de la trilogie Evil Dead.

Le récit de Crimewave s'articule autour du personnage de Vic Ajax, triste victime d'une erreur judiciaire, reconnu coupable de meurtres, et condamné à griller sur la chaise électrique (d'où l'étonnante traduction française du titre original, Crimewave signifiant en réalité vague de crimes). Le principe du film de Sam Raimi étant de remonter dans le temps jusqu'aux prémices de l'intrigue devant mener le héros à la mort. Fou amoureux d'une jolie blonde qui l'ignore copieusement, Vic Ajax va se retrouver au centre d'un jeu de massacre commandité par un certain Ernest Trend, de l'entreprise Trend-Odegard Security, laquelle est en partie la propriété d'un certain Odegard. Celui-ci ayant l'intention de vendre très prochainement ses parts de l'entreprise à Renaldo The Heel, Ernest Trend propose à deux dératiseurs d'éliminer Odegard. Mais alors que Faron Crush et Arthur Coddish, les deux dératiseurs en question mettent un terme à l'existence de Odegard, la présence d'un témoin inattendu en la personne d'Helene, l'épouse d'Ernest va faire basculer ce qui devait être un meurtre unique en une vague d'assassinats. A mesure que la nuit s'écoule, Crush et Coddish vont malencontreusement tuer leur employeur et tenter d'éliminer tous les témoins de l'affaire...

Crimewave peut se voir comme une comédie déjantée absolument géniale comme un parfait nanar. Le jeu outré participant au rejet d'une partie du public qui ne s'attendait très certainement pas à un tel déferlement de scènes absurdes, c'est sans doute cet aspect de l’œuvre de Raimi qui en fait aujourd'hui un film aussi essentiel que son tout premier long-métrage. Autant certains y voient un navet, autant d'autres considèrent Crimewave comme une œuvre culte. Un délire total, fourmillant de dialogues farfelus et de scènes à l'imagination incroyablement fertile. Le film de Sam Raimi est l'ancêtre des mangas-live et peut-être considéré, lui, comme un Tex Avery-live tant le travail sur l'éclairage et le son rappellent parfois, et même très souvent les célèbres œuvres du réalisateur de films d'animations. Mort sur le Grill est l'exemple type d'une collaboration réussie entre deux univers qui s'entrechoquent. Une véritable réussite...

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