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dimanche 15 décembre 2024

Private Parts de Paul Bartel (1972) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Véritable cinéaste culte, le réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain Paul Bartel fut l'auteur de quelques œuvres cinématographiques devenues au fil des décennies de véritables mythes pour les cinéphiles. La course à la mort de l'an 2000 en 1975 auquel son grand ami Roger Corman offrit une suite tardive en 2017 en produisant La course à la mort de l'an 2050 de G.J. Echternkamp. Cannonball ! en 1976, dont la thématique sera reprise par trois fois à travers L'équipée du Cannonball de Hal Needham en 1981 ainsi que dans ses deux séquelles. Ou encore, l'absurde et néanmoins cultissime Eating Raoul en 1982. Mais remontons un peu dans le temps jusqu'en 1972. Année qui voit surgir sur grand écran le premier long-métrage d'un cinéaste hors-norme et qui malgré des moyens financiers rudimentaires parviendra à monter des projets très intéressants parmi lesquels l'on trouve donc Private Parts. Un drôle de film se déroulant très majoritairement entre les murs d'un hôtel tenu par une vieille dame du nom de Martha Atwood (Lucille Benson). Une propriétaire qui accueille plutôt froidement sa nièce Cheryl Stratton (Ayn Ruymen) descendue en ville pour quelques jours après avoir volé le portefeuille de son ancien colocataire. Le King Edward Hotel a pour habitude d'accueillir d'étranges clients. L'on y trouve son ancienne propriétaire, une vielle femme sénile qui passe son temps à chercher une certaine Alice et à nettoyer son dentier. Un révérend pédéraste du nom de Moon (Laurie Main) ou encore un photographe prénommé George (John Ventantonio) et qui n'est autre que le fils de Martha. Contre mauvaise fortune bon cœur, celle-ci accepte finalement d'abriter sa nièce dans l'une des chambres de cet hôtel plutôt sordide à une condition: que Cheryl ne se promène surtout pas dans les couloirs lorsque vient la nuit. Et l'on comprend rapidement pour quelle raison. George semble être effectivement atteint de troubles psychiatriques et son comportement ne serait pas étranger à la disparition d'Alice, cette jeune femme qui a disparu très peu de temps auparavant. Quant à elle, Cheryl aimerait qu'on la considère comme une femme et non plus comme une enfant. En apprenant que la chambre mitoyenne à la sienne abrite son cousin, elle se montre de plus en plus curieuse et pressente et contre l'avis de sa tante, la jeune femme décide de passer outre ses recommandations...


S'il est tout d'abord difficile de définir dans quel registre s'inscrit Private Parts, certains éléments du récit laissent entendre que l'on entre de plain-pied dans un univers où le cynisme prend une place prépondérante. Comme nous allons le découvrir et donc le comprendre assez rapidement et tout au long de l'histoire, le premier long-métrage de Paul Bartel, Private Parts devait à l'origine être financé à hauteur de soixante-cinq mille dollars mais devant l'engouement du producteur Gene Corman qui n'était autre que le jeune frère de Roger Corman, le long-métrage bénéficiera finalement d'une somme plus importante. Écrit par les scénaristes Philip Kearney et Les Rendelstein, le film fut à l'origine envisagé par son auteur comme un pur film d'horreur avant qu'en plein tournage, Paul Bartel ne se décide à lui donner un ton humoristique. Il s'agit donc ici d'une comédie horrifique très spéciale où l'on perçoit très clairement les diverses aspirations du cinéaste qui signe donc une œuvre gigogne. Passant ainsi d'une scène de décapitation à des séquences totalement absurdes comme lors de ce final où la police observe une attitude totalement détachée face à la découverte de deux cadavres ! Principalement incarné par la très jolie Ayn Ruymen qui débutait ici sa carrière, Private Parts évoque l'étrange émancipation d'une jeune femme au contact d'un psychopathe dont les étranges motivations ne seront concevables qu'une fois la révélation concernant l'identité de genre de George nous sera révélée. Le film est l'occasion de suivre des personnages plus barrés les uns que les autres. Entre Martha qui élève un rat comme s'il s'agissait d'un chien ou d'un chat, les locataires de l'hôtel qui tous adoptent une drôle d'attitude, un George complètement dément, un révérend pervers et même, une Cheryl dont on ne sait jamais si l'on doit la considérer comme une jeune femme ayant trop tôt quitté le monde de l'enfance ou s'il s'agit d'une véritable salope au vu des ''sacrifices'' qu'elle consent à adopter vis à vis de son cousin. Un poil de nudité (la séquence de la douche), de sang (la décapitation), de mystère (mais qui peut se cacher derrière le visage de George) mais surtout, une énorme rasade de dérision pour un premier film qui vient immédiatement rejoindre le statut de film mythique aux côtés des œuvres à venir de Paul Bartel que beaucoup de cinéphiles tiendront comme autant de longs-métrages cultes !

 

mercredi 23 novembre 2022

!!! 11 ans-3000 articles !!! Chronique remaniée de ''Maniac'' de William Lustig édité à l'origine le mardi 12 avril 2011



William Lustig, le clandestin

Né le 1er février 1955 dans le quartier du Bronx à New York, qui aurait pu penser que William Lustig, futur réalisateur du cultissime Maniac allait d'abord se spécialiser dans le X en tournant coup sur coup, les pornos The Violation of Claudia (en 1977) et Hot Honey (en 1978) ? Certainement pas ses parents comme on l'imagine. Ces deux longs-métrages expliquent cependant peut-être pourquoi Maniac sera aussi cru, réaliste, et surtout, terriblement malsain. Car si les exactions de son tueur demeurent fort heureusement du domaine de la fiction, et si certains effets dépassent parfois le cadre du portrait froid et méticuleux (la séquence de l'amant se faisant exploser la tête dans sa voiture est impressionnante mais relève de la pure fiction dans son traitement), après le cauchemar 'slashérien' qui éveille dans la moiteur de son sordide et minuscule appartement, le tueur dont on suivra les péripéties durant plus d'une heure-trente, la séquence suivante pourrait tout aussi bien ouvrir les hostilités d'une scène purement érotique si William Lustig n'avait pas choisi d'en faire une séwuence gore réaliste et particulièrement éprouvante.

L'agonie de l'enfance

Loin du charme d'un Ted Bundy, Frank Zito incarne le tueur en série chassant ses proies de nuit. Mais si ses exactions peuvent paraître inexcusables, il faut comprendre qu'elles ne sont en revanche, jamais gratuites. S'il tue, c'est pour une raison bien précise : sa maman, qu'il honore d'un autel à son effigie, le maltraitait lorsqu'il n'était qu'un tout jeune enfant. De cette période, il a conservé des stigmates physiques et psychologiques. Sur le torse, Frank arbore des cicatrices. Des brûlures de cigarettes que lui infligeait sa génitrice. On imagine le calvaire d'un enfant qui une fois parvenu à l'âge adulte, est devenu l'un des pires prédateurs nocturnes. Ses proies ? Essentiellement des femmes. Parfois, des hommes également. Mais principalement parce qu'ils demeurent au mauvais endroit, au mauvais moment. L'enfant est devenu adulte, certes, mais a conservé toute la rancœur qu'il a eu le temps de nourrir envers sa maman chérie. Un drôle de rapport oppose d'ailleurs l'enfant à la mère, puisque parvenu à l'âge adulte, il nourrit pour elle, une haine et un amour immodérés dont les meurtres sont une source d'apaisement, une manière de lui faire payer les tortures infligées, mais aussi et surtout, une méthode particulièrement tordue de la ressusciter.

Les méthodes de l'assassin

Henry Lee Lucas aurait pu glisser à l'oreille de Frank Zito que la meilleure méthode pour ne jamais éveiller les soupçons de la police  est d'utiliser à chaque fois, une arme différente (Henry, Portrait of a Serial Killer de John McNaughton, 1986). Meurtre au fusil, au couteau, étranglement, Frank Zito use de ce qu'il a sous la main. Mais invariablement, il choisit de conclure la chasse en prélevant sur ses proies, un trophée à l'aide d'un cutter. Toujours identique : le scalp de ses victimes féminines. Car Frank Zito, que parfois, l'on prendrait presque pour un individu normal (sa voisine ne soupçonne pas la bête qui se cache en lui) n'est jamais véritablement libéré de ses obsessions. Sortir la nuit et prendre une vie n'est pas qu'un exutoire qui lui permet, de retour dans son appartement, de passer à autre chose. Car chez lui, dans cette étouffante atmosphère, on comprend que le meurtre n'est que la première étape d'un processus qui mène le personnage au plaisir œdipien qui l'étreint. Plus que les crimes particulièrement sanglants dont Frank se rend coupable, la fascination qu'exerce Maniac se situe sans doute davantage dans ce portrait saisissant d'un homme incarnant le fils ET la mère. Parallèlement à ces tueurs qui prélèvent un 'souvenir' de leurs victimes afin de retrouver l'excitation du meurtre exécuté bien après les faits, Frank emporte le scalp de ses victimes pour une raison qui sera rapidement évoquée. Se procurant, lorsque le tueur en a besoin, des mannequins de vitrine, il y cloue les trophées des femmes dont il a ôté la vie. 
 
Frank Zito est sans doute l'un des tueurs les plus étranges auquel le septième art ait donné vie. Plus que le désir de faire de Maniac un simple film de tueur bête et méchant à l'allure de slasher, William Lustig dépasse son simple statut de 'serial killer film' et plonge littéralement le spectateur dans la tête de son assassin. Comme le fera d'ailleurs trois ans plus tard le cinéaste autrichien Gerald Kargl avec son traumatisant Schizophrenia (Angst). Frank Zito s'adresse à sa mère disparue. Mais pas seulement puisque c'est à travers ces mêmes lèvres qu'elle aussi s'exprime. Mais on s'éloigne ici du pur produit fantastique puisque l'on a bien compris que c'est Frank et personne d'autre qui persévère à la faire revivre au delà de la mort et à lui dicter son attitude. Amour immodéré pour sa génitrice ou 'syndrome de Stockholm' ?

L'incarnation de Joe Spinell

Né le 28 octobre 1936 et décédé le 13 janvier 1989, l'acteur Joe Spinell (de son vrai nom Joseph J. Spagnuolo) aura marqué de son incroyable faciès différents genres cinématographiques. De ses débuts dans Le Parrain de Francis Ford Coppola pour lequel il ne sera pas crédité, jusqu'à son ultime interprétation dans l'épisode pilote de la courte série Dream Street (une saison, six épisodes), en passant par Starcrash de Luigi Cozzi dans lequel il côtoyait pour la première fois deux ans avant Maniac, l'actrice britannique Caroline Munro, Rocky 2 de Sylvester Stallone, Les Frénétiques (encore aux côtés de Caroline Munro), Vigilante (une autre bande culte signée William Lustig), ou Rapid Fire de David A. Prior, sa dernière incarnation sur grand écran. Joe Spinell aura également été l'auteur de deux scénarii. Celui du film qui nous intéresse ici, mais également de ce qui aurait dû devenir la suite des aventures du maniaque, Maniac 2 : Mr Robbie. Un projet que devait réaliser Buddy Giovinazzo, auteur du traumatisant Combat Shock (produit par Troma Entertainment) mais qui demeurera à l'état de court-métrages, quelques séquences ayant tout de même été tournées. De ces deux films, l'acteur et scénariste en est également le producteur. Co-produit par Andrew W. Garroni et co-scénarisé par C.A.Rosenberg, Maniac est donc en partie le bébé de Joe Spinell. Au moins autant que celui de William Lustig.
La mort de Joe Spinell a non seulement laissé la place à sa légendaire interprétation, mais également à plusieurs hypothèses concernant sa disparition. Si officiellement, l'acteur est mort d'une crise cardiaque en raison de sa très grande consommation de drogue et d'alcool consécutive au traumatisme engendré par le décès de sa mère deux ans auparavant, certains cultivent une autre théorie qui veut que le personnage de Frank Zito qu'il incarna neuf ans plus tôt le hanta au point qu'il se mit à prendre des drogues et à boire de l'alcool plus que de raison. Hémophile, Joe Spinell serait rentré ivre, la veille de la découverte de son corps, se serait blessé, aurait fini par s'endormir et se serait lentement, mais inexorablement, vidé de son sang. Légende ou pas, ce détail plutôt sordide renvoie évidemment au délirant et très sanglant final de Maniac. Vrai ou faux, toujours est-il que l'acteur est devenue depuis, l'une des icônes du cinéma d'épouvante les plus reconnues dans le monde. Depuis, l'homme repose au cimetière de 'Calvary Cemetary' (littéralement, le Cimetière du Calvaire) dans le Queens.

La bande originale, Les Meurtres et les effets-spéciaux

Ce qui marque presque instinctivement les esprits avec Maniac, c'est son ambiance extraordinairement pesante, morbide, glauque, malsaine, incommodante... appelez-là comme vous voudrez. Outre l'apparence inquiétante d'un Joe Spinell bedonnant, le visage grêlé, respirant et gémissant bruyamment, l'un des aspects qui y participent demeure dans la composition de thèmes musicaux dus au compositeur américain Jay Chattaway, notamment auteur de plusieurs œuvres pour les diverses séries télévisées Star Trek (pour lesquelles il a reçu à plusieurs reprises les fameux Emmy Awards américains) et d'un peu plus de vingt longs-métrages pour le cinéma, dont le Vigilante de William Lustig, Peur Bleue de Daniel Attias, The Ambulance de Larry Cohen, ainsi que de plusieurs séries et téléfilms documentaires. La bande originale de Maniac, principalement produite à l'aide de sonorités électroniques, demeure parmi les plus angoissantes que le septième art ait produit. L'un des points culminants demeurant lors de la séquence de poursuite dans le métro où, avec une brillante économie de moyens, le compositeur imagine un air de piano désaccordé que tous ceux qui l'entendirent à l'époque ont sans doute encore en mémoire. Entrecoupée de musique disco bien dans l'air du temps (je rappelle que nous sommes alors en 1980), la partition accompagne parfaitement les exactions d'un 'héros' libérant ses frustration sexuelles au cœur d'un New York nocturne et fiévreux. Sans distinction aucune, Frank élimine en effet tout ce que ses congénères (avec une nette préférence pour la gente féminine) préfigurent sous la forme de débauche. Couple dormant sur une plage, prostituée, amants batifolant à l'arrière d'une voiture, et même mannequins. Tout commence comme dans un cauchemar. Celui, sordide, de Frank qui avant de se réveiller, va se rêver en train de tuer un homme et sa petite amie sur une plage. Un double homicide encore bien 'propre' en comparaison de ce qui va suivre.

William Lustig pousse le réalisme de la séquence suivante lors de laquelle le tueur s'en prend à une prostituée dans l'une des chambres d'un hôtel de passe miteux tenu par un gérant incarné par... William Lustig lui-même (le gros type au cigare qui fait du gringue à une 'pute à perruque', c'est lui) en ne faisant intervenir qu'un programme radio en lieu et place de bande-son. En matière d'effets gore, le maquilleur Tom Savini (qui débuta sa carrière quelques années auparavant avec deux autres films cultes, Martin et Dawn of the Dead, tous deux signés par George Romero) commence à s'en donner à cœur joie et après l'étranglement que subit la prostituée de la part d'un Frank Zito pris d'une rage meurtrière, la pauvre jeune femme est scalpée devant la caméra à l'aide de l'instrument favori du tueur : un cutter. L'effet est saisissant. C'est le début d'une orgie sanglante qui connaîtra son apogée lors d'une séquence relativement amusante à évoquer puisque l'une des victimes voyant littéralement exploser sa tête à l'aide d'un fusil à pompe n'est autre que Tom Savini, lui-même concepteur de l'effet plutôt cradingue. La jeune femme qui l'accompagnait sans doute pour une relation adultère se verra, hors-champ, subir le même sort avant d'être elle aussi scalpée. Chaque scène de meurtre étant entrecoupée d'interludes particulièrement éprouvants montrant un Frank Zito de retour à la maison et plantant ses trophées au sommet du crânes des mannequins de vitrine qu'il s'est procuré au préalable, William Lustig et Joe Spinell nous concoctent alors, l'une des scènes d'épouvante les plus marquantes de l'histoire du septième art. 
 
La fameuse séquence durant laquelle, Frank parcourt les rues sombres de New York à la recherche d'une nouvelle proie avant de trouver celle qui lui convient : une infirmière qui plutôt que de patienter jusqu'à ce qu'on vienne la récupérer, choisit la mauvaise option en parcourant la distance qui la sépare de la rame de métro qu'elle a finalement décidé de prendre. Une poursuite infernale entre rues désertes et métro qui prend des allures de lieu désaffecté. La dernière rame venant d'abandonner la jeune femme à son triste sort (impressionnante Kelly Piper dans son rôle le plus marquant), la scène se termine dans des toilettes publiques aux murs 'tatoués' de graffitis en tous genres... Puis c'est au tour du mannequin Rita de faire les frais de la folie de Frank lors d'une séquence qui en comparaison avec le spectacle sanglant et morbide auquel nous venons d'assister, paraît relativement sobre. Entre temps, Frank aura eu le loisir de nous faire découvrir un autre aspect de sa personnalité en se sociabilisant auprès de la belle photographe Anna d'Antoni, incarnée par la superbe Caroline Munro. On pourrait croire pendant un instant que le tueur s'est définitivement effacé au profit d'un Frank séducteur, mais les apparences sont parfois trompeuses...

Anecdotes

Tourné à New York et majoritairement de nuit, Maniac a rencontré quelques difficultés puisque William Lustig ayant décidé de tourner le film sans autorisations légales adéquates, il lui a fallut faire vite et ce, notamment lors de la séquence de la tuerie à bord de la voiture. Le coup de feu ayant attiré l'attention de passants, il a fallut au réalisateur ainsi qu'à l'équipe technique et les interprètes, se dépêcher de quitter les lieux à l'issue du tournage avant que ne débarquent les autorités. Trente huit ans après sa sortie, Maniac n'a pas perdu de sa superbe et face à la concurrence actuelle, il demeure encore très largement au dessus du niveau de référence actuel. Plusieurs anecdotes entourent le film bien au delà de la légende qui entoure le décès de Joe Spinell. La plus évidente demeurant autour de la réception de ce qui restera comme l'un des quelques longs-métrages horrifiques à avoir connu le (dés)honneur de la censure en France puisqu'il fut interdit pendant un an (ce qui en comparaison des cinq années d'interdiction de Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper peut paraître anecdotique). Le film connaîtra tout d'abord les honneurs d'une édition au format VHS avec sa parution dans la cultissime collection 'Les Classique de l'Horreur et de l’Épouvante' de René Château Vidéo, à l'arrière des jaquettes desquelles était mentionnée la fameuse citation :'Les Films que Vous ne Verrez Jamais à la Télévision !'. Pire qu'en France, le film connut de sévères coupes selon les pays où il fut distribué. Notamment en Angleterre et en Australie. L'anecdote la plus surprenante demeure sans doute celle entourant la célèbre chanson 'She's a Maniac' que l'on entend dans la comédie musicale Flashdance d'Adrian Lyne. Il faut savoir qu'à l'origine, elle fut composée pour le long-métrage de William Lustig mais n'étant pas de la même inspiration que le reste de la bande originale, elle fut finalement rejetée avant de devenir le succès que l'on sait...

Diverses affiches, posters et éditions VHS, DVD et Blu-Ray de Maniac...


Bande annonce


Bande annonce Remake 2012 


jeudi 17 novembre 2022

Evil Dead... Dans le titre...

 


 

Evil Dead... dans le titre ! Cela veut dire que l'on va évoquer quelques longs-métrages dont les titres font directement référence au film culte de Sam Raimi. Nous ne parlerons ni de celui-ci, ni de Evil Dead II : Dead by Dawn qui sortit sur les écrans en 1987 mais du documentaire Swallowed Souls : The Making of Evil Dead II qui fut réalisé en 2011 par Michael Felsher, de Evil Dead III : Army of Darkness que Sam Raimi réalisa en 1992 et des deux premiers volets de la trilogie japonaise Evil Dead Trap qui malgré leur titre n'ont en réalité aucun rapport avec les bobines du réalisateur américain... Comme dans tout bon documentaire axé sur le tournage de n'importe quel long-métrage, Swallowed Souls : The Making of Evil Dead II se penche sur les différentes étapes nécessitant la création d'une destinée à devenir comme ici, une œuvre culte. Sous forme de chapitres, le documentaire de Michael Felsher commence par nous présenter les différents intervenants. Comme l'acteur Bruce Campbell, vedette indissociable du projet, ses différents partenaires à l'écran (dont Ted Raimi, le frère du réalisateur Sam Raimi) ainsi que leurs personnages respectifs. D'autres membres de l'équipe de tournage interviennent également. Et ce, lors du chapitre consacré aux effets-spéciaux. Une partie du documentaire qui nous permet de découvrir des individus sympathiques, bourrés d'imagination et formant une cohésion parfaite. Swallowed Souls : The Making of Evil Dead II est l'occasion d'en apprendre beaucoup et de découvrir des facettes demeurées inédites jusque là. Sam Raimi lui-même demeure finalement celui qui reste le plus rare à l'image. En dehors de quelques interventions filmées à l'époque, ce sont surtout les membres de l'équipe technique et les interprètes qui apporteront leur lot d'anecdotes (l'on apprend notamment que le projet fut lancé contre l'opinion initiale de son réalisateur alors que son précédent film, le pourtant génial Mort sur le grill scénarisé par les frères Ethan et Joel Coen, fut un bide au cinéma). Swallowed Souls : The Making of Evil Dead II est un documentaire précieux, rendant concrète la visite du plateau de tournage d'un authentique mythe du cinéma gore et fantastique. Est-il nécessaire de préciser que le documentaire est indispensable pour tous les amoureux de cinéma fantastique en général et de Sam Raimi en particulier... ?


1992 est l'année de sortie de Evil Dead III : L'armée des tenèbres. Et comme son nom l'indique, il s'agit du troisième volet de la franchise Evil Dead prenant comme lieu d'action non plus la célèbre cabane qui fut le théâtre des monstruosités commises dans les deux premiers opus mais le royaume du roi Arthur (l'acteur Marcus Gilbert) en l'an 1300. Alors que ce dernier pressent que son ennemi juré le duc de Schale Henry le Rouge (Richard Grove) est à l'origine de la présence en leur temps de Ash (le héros des deux premiers longs-métrages de la franchise toujours interprété par Bruce Campbell), ce dernier va devoir collaborer avec le roi, son armée et un alchimiste (Ian Abercrombie) s'il veut pouvoir retourner dans le présent. Contraint, pour cela, de devoir mettre la main sur le Necronomicon, Ash se lance dans de dangereuses péripéties. Mais alors que l'alchimiste lui avait ordonné de réciter la formule Klaatu barada nikto avant de se saisir de l'ouvrage maléfique, Ash se trompe et réveille les forces du Mal. Son double maléfique et l'armée des ténèbres essentiellement constituées de squelettes plus ou moins décharnés vont sortir de terre et se diriger tout droit vers le royaume d'Arthur afin de se réapproprier le Necronomicon... Dans le ton du précédent Evil Dead II : Dead by Dawn, le réalisateur Sam Raimi propose ici une œuvre mêlant fantastique, horreur et comédie. Visuellement, et malgré un budget de onze millions de dollars nettement plus important que pour les premier et second long-métrage de la franchise (350 000 dollars pour le premier, 3 000 000 pour le deuxième), Sam Raimi ne semble pas avoir pu réaliser le film tel qu'il l'avait foncièrement envisagé. Si la mise en scène, l'interprétation et le scénario qu'il a lui-même écrit en compagnie du fidèle réalisateur, acteur et scénariste Scott Spiegel permettent à ce Evil Dead III : L'armée des ténèbres d'être en tous points fidèle à l'esprit de la saga, on imagine sans mal quel aurait été le film s'il avait pu bénéficier d'un budget nettement supérieur aux onze millions de billets verts engagés dans la production. On retrouve en effet le même délire graphique avec ses effets-spéciaux en Stop-Motion, ses démons survoltés et son humour cartoonesque dans lequel Bruce Campbell se fourvoie sans retenue. Avec Evil Dead III : L'armée des ténèbres, Sam Raimi signe un Retour du Roi avant l'heure avec des moyens éminemment moins importants. Ici, les figurants (majoritairement constitués d'images de synthèse) sont certes moins nombreux que ne le seront ceux de l'adaptation du chef-d’œuvre de Tolkien par Peter Jackson dans les années 2000 Le Seigneur des anneaux : Le Retour du roi mais tous y mettent un tel cœur à l'ouvrage que le résultat est au moins à la hauteur des deux précédents films de la franchise. Bricolé, aussi délirant qu'un dessin animé réalisé dans l'esprit de Tex Avery, le troisième long-métrage de la franchise mérite comme ses prédécesseurs le terme de film culte ! Alors qu'un reboot de l'original vit le jour en 2003 sous la houlette de Fede Álvarez, et qu'une série intitulée Ash vs. Evil Dead est visible depuis 2015, on attend toujours que sorte sur les écrans le cinquième opus de la franchise sous le titre Evil Dead Rise. Une sortie en France est prévue sur notre territoire pour le 19 avril prochain...


Maintenant, évoquons deux longs-métrages d'origine japonaise qui n'ont de rapport avec la franchise de Sam Raimi que le nom. Evil Dead Trap I et II. Le premier est l’œuvre de Toshiharu Ikeda et date de 1988 tandis que le second fut réalisé par Izô Hashimoto quatre ans plus tard. Au vu du synopsis de Evil Dead Trap premier du nom, on a d'emblée l'impression que le film est plus proche d'un Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato), voire d'un Tesis (Alejandro Amenábar) que du film culte du réalisateur italien. Et pour cause : le film se concentre non plus sur une bande magnétique, un ouvrage, une cabane dans les bois et des démons s'en prenant à une poignée de jeunes gens mais sur une présentatrice de télévision qui après avoir reçu une curieuse cassette vidéo sur laquelle semble avoir été enregistré un Snuff Movie décide d'enquêter sur les origines de l'enregistrement. Pas folle la guêpe puisque la miss se rend sur les lieux où semblent avoir été tournées les images en compagnie de son équipe constituée de quatre employés. Qui dès leur arrivée vont se séparer en deux groupes de deux et un groupe de... un ! (Tiens, tiens, ça me rappelle un sketch de Bigard sur les films d'horreur!!!). Une ancienne base militaire désaffectée où rôde un tueur mystérieux. Rien ne semblant devoir ressembler davantage à un film japonais qu'un autre film japonais, Evil Dead Trap est typique de cette vague de longs-métrages horrifiques dont l'un des portes-drapeaux est Shin'ya Tsukamoto. L’œuvre de Toshiharu Ikeda lui ressemble d'ailleurs parfois, lorsque la caméra devient folle et que l'image s'accélère à la manière du cultissime Tetsuo. À dire vrai, le titre paraît parfois n'être pas le seul point commun avec l’œuvre de Sam Raimi. Quelques passages paraissent effectivement avoir été inspirés par les deux premiers Evil Dead. À vouloir entrapercevoir des références cinématographiques, pourquoi ne pas y ajouter également quelques éléments diffusés de manière éparses et s'imprégnant quant à eux des univers chers au réalisateur italien Dario Argento. Oui, oui, le maître du giallo. Malheureusement, Toshiharu Ikeda n'a pas le génie du transalpin et les compositions de Tomohiko Kira n'ont pas la teneur de celles des Goblin ! L'un des principaux atouts de Evil Dead Trap, ce sont ses meurtres. Originaux et parfois très graphiques. D'autres argueront que l'étrangeté qui parcourt de long en large la pellicule est aussi l'un des points forts du film. À contrario, reconnaissons tout de même que le film s'étire sur une trop longue durée et que l'on s'y emmerde très souvent ! Des tunnels de dialogues et des tunnels... tout court. Un environnement aussi labyrinthique que le scénario et l'indescriptible récit. Un slasher/Giallo japonais dont on ressort essoré de n'avoir pas vraiment saisi l'intérêt. Si certains plans valent le coup d’œil, le bodycount est décevant et le rythme soporifique. Résultat, on se refera volontiers la filmographie de Shin'ya Tsukamoto plutôt que ce curieux objet filmique !


Autant dire que c'est avec prudence que l'on se jettera sur Evil Dead Trap II même si cette fois-ci Toshiharu Ikeda n'est plus de la partie et qu'il laisse Izô Hashimoto prendre le relais. Pour cette suite qui n'en n'est pas vraiment une puisque l'on ne retrouve ni l'intrigue ni les personnages du long-métrage sorti quatre ans auparavant, Izô Hashimoto signe une séquelle qui contrairement à certains avis mitigés me semble bien supérieure au premier Evil Dead Trap. Mais les films n'entretenant que comme uniques rapports leur titre et une passion immodérée pour les séquences gore, nous nous dispenserons d’émettre un quelconque avis comparatif. Moins foutraque et donc plus cohérent dans le déroulement du récit, Evil Dead Trap II met en scène Aki (l'actrice Shoko Nakajima ), jeune femme ronde apparemment atteinte psychologiquement par un traumatisme qui l'empêche de vivre pleinement son existence. Et ce, malgré l'amitié que lui voue Emi (Rie Kondoh), sa seule amie et l'attirance dont elle sera bientôt l'objet de la part de Kurahashi (Shirô Sano). Au delà de cette étrange relation ressemblant peu ou prou à un triangle amoureux, des meurtres abominables sont commis dans la région. En effet, un tueur s'en prend aux jeunes femmes qu'il tue et dont il prélève l'utérus. Les bases du scénario étant ainsi posées, Evil Dead Trap II semble apparemment moins délirant que son prédécesseur et pourtant, ses personnages naviguent dans un univers fantasmagorique. La matière est ici beaucoup plus consistante et compacte que dans le premier Evil Dead Trap dans lequel les interprètes semblaient être un peu trop en roue libre. Durant une grande partie, Aki apparaît comme une alternative féminine et japonaise au Frank Zito du film culte de William Lustig, Maniac (1980). Du moins, jusqu'à ce que nous soit révélée la vérité. Visuellement, ce second volet de la franchise n'a rien à envier au long-métrage de Toshiharu Ikeda. Cette suite bénéficie même de séquences absolument remarquables comme ce duel opposant les deux héroïnes au beau milieu de drapés immaculés qui au fil des coups de lames dans les chairs vont passer du blanc au rouge sang ! Shoko Nakajima interprète une Aki presque mutique, prostrée, malaisée et marginale. Outre ce portrait frappant d'une jeune femme qui à la suite d'un avortement semble avoir perdu toute illusion, le film regorge de séquences chocs dont la plupart s'avèrent radicales et vont crescendo dans leur traitement de la violence. Un cadavre découvert éventré sur une berge, un meurtre commis sous la pluie au sortir d'une boite de nuit, le résultat d'un carnage visible dans une salle de bain et l'affrontement sans fin entre les deux ''ex amies''... De quoi permettre aux amateurs de gore de se faire la main sur ce petit bijou méconnu. À noter qu'il existe un troisième volet intitulé Evil Dead Trap 3: Broken Love Killer signant le retour à la réalisation de Toshiharu Ikeda dont on peut cependant douter de la filiation réelle (le titre original n'est plus dans la continuité des deux premiers volets mais s'intitule Chigireta ai no satsujin tandis qu'il a été traduit à l'internationale sous le titre The Brutal Insanity of Love)...

lundi 16 mai 2022

Evil Dead de Sam Raimi (1981) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

C'était il y a plus de quarante ans et les heureux spectateurs d'une salle de cinéma de Détroit allaient découvrir pour la toute première fois l'un de ces films entrés dans la légende du cinéma d'horreur. Evil Dead, le bien nommé. Œuvre culte par excellence, le film est le tout premier long-métrage d'un jeune cinéaste qui jusque là n'a réalisé que de courts récits dont l'un apparaîtra comme un brouillon de son premier méfait sur grand écran. Winthin the Woods qui fut réalisé en 1978 repose sur un concept similaire à Evil Dead. On y retrouve d'ailleurs (plus ou moins) quatre des cinq personnages qui seront présents trois ans plus tard dans le long-métrage sauf que deux des interprètes auront été depuis remplacés. Si dans les deux cas nous retrouvons Bruce Campbell et Ellen Sandweiss, ils incarneront des personnages différents. On passera donc du couple Bruce/Ellen au duo Ashley/Cheryl. Mary Valenti et Scott Spiegel seront quant à eux remplacés par Richard DeManincor et Theresa Tilly dans les rôles respectifs de Scott et Shelley, lesquels étaient déjà présent dans le court-métrage. Viendra également s'ajouter au menu le personnage de Linda qu'interprétera l'actrice Betsy Baker. Le film nous présente donc cinq amis à bord d'une voiture et à destination d'une vielle cabane en bois isolée dans la forêt. Un concept qui dans le futur fera de très, très, très nombreux émules parmi les réalisateurs. Après avoir évité de justesse l'accident de route, les voilà qui arrivent sur les lieux qui serviront de principal décor à l'intrigue. Une minuscule bâtisse, des plus sommaire et dotée d'une cave renfermant ce qui deviendra bientôt l'élément déclencheur de leurs pires cauchemars...


D'emblée, le personnage de Linda se détache très nettement de ses quatre compagnons. Sam Raimi lui offre le don d'écriture automatique (ou plutôt, de dessin automatique). Un détail moins anodin qu'il n'en a l'air puisqu'il permettra à la jeune femme de rapidement percevoir le mal qui se tapi en ces lieux. Reposant sur un budget de trois-cent cinquante mille dollars, Evil Dead se montre tout d'abord tel qu'il est : un film fauché, bricolé et parfois même bancal. Mais là où d'importantes failles de mise en scène, d'interprétation ou de technicité auraient pu se loger et avoir des conséquences désastreuses sur le projet, Sami Raimi parvient à renverser la vapeur de ce qui aurait pu n'être qu'une petite série d'horreur flirtant avec le Z pour transformer l'ensemble en un véritable monument de l'horreur non dénué d'un certain humour noir. Lors d'un dîner réunissant les quatre amis, une trappe donnant sur une cave s'ouvre comme par enchantement. À l'intérieur, Scott et Ash y découvrent une bande magnétique sur laquelle est enregistré un curieux message. Celui d'un explorateur qui indique l'existence d'un ouvrage occulte sur lequel sont inscrits des incantations dont la lecture permet l'éveil de démons. Et justement, le dit ouvrage se trouve justement posé à quelques centimètres du magnétophone. Les garçons ne peuvent s'empêcher de faire défiler la bande-magnétique sur laquelle l'explorateur récite quelques phrases du livre en question. Il n'en faut pas plus pour réveiller les forces du Mal qui bientôt vont se déchaîner sur les trois filles ainsi que sur les deux garçons...


Pas plus d'un quart-d'heure plus tard environ, le long-métrage prend un virage à trois-cent soixante degrés en convoquant brouillard et esprits maléfiques. Des phénomènes qui ne se contenteront pas de s'attaquer à nos vacanciers se croyant bien à l'abri de leur cabane mais s'en prenant également à quiconque osera foutre les pieds dehors. Comme le constatera malheureusement Linda, violée par la végétation alentour. La force de Sam Raimi, c'est son imagination et la conception d'effets-spéciaux bricolés dont on ne revendiquera cependant pas une quelconque inefficacité. Sur fond de musique parfois incantatoire et de voix d'outre-tombe, Evil Dead file à cent à l'heure. Pas le temps pour le spectateur de respirer ni pour les personnages de reprendre leur souffle. Moins long que celui de Bad Taste de Peter Jackson qui s'étala sur des années, le tournage de Evil Dead aura malgré tout duré douze longs mois. Toujours pour des questions budgétaires, le tournage sera en effet régulièrement interrompu. Sans ses nombreux effets gore, le film n'aurait sans doute pas eu la même portée. Des séquences très sanglantes parmi lesquelles un crayon enfoncé dans une cheville, le démembrement de l'une des filles à l'aide d'une hache, la décapitation de l'autre par l'emploi d'une pelle, ainsi qu'une succession de scènes lors desquelles des corps se décomposent à vue d’œil. Des séquences particulièrement ingénieuses dans leur conception. Lors de son passage à Cannes, le film fait sensation et s'avère notamment très apprécié d'un certain... Stephen King. Non seulement le long-métrage devient mythique, mais son acteur principal Bruce Campbell deviendra une icône du cinéma d'épouvante et d'horreur...


De ce succès inattendu naîtra une carrière florissante pour Sam Raimi avec pas moins de dix-sept longs-métrages (dont l'un est en pré-production et un autre déjà annoncé). Les gens ne le savent peut-être pas mais la monteuse Edna Ruth Paul sera épaulée par un certain Joel Coen. Oui, le frère d'Ethan Coen avec lequel les deux hommes n'ont jamais cessé de réaliser une carrière de cinéastes brillants. Concernant les deux frangins, on les verra quatre ans plus tard dans le double rôle des journalistes dans le démentiel Crimewave (Mort sur le grill), le second long-métrage de leur pote Sam Raimi, film dont ils auront en outre signé le scénario. Quant à Evil Dead, deux suites signées de son auteur verront le jour en 1987 et qu'en 1992 ainsi qu'une série télévisée intitulée Ash vs Evil Dead dont Sam Raimi signera le premier épisode. En 2013, le réalisateur urugayen Fede Alvarez réalisera quant à lui un très efficace remake du premier volet de la franchise. Plus sombre et bien plus gore. Depuis, on attend toujours fébrilement que Sam Raimi revienne à ses premières amours avec l'arlésienne Evil Dead 4...

 

lundi 26 juin 2017

Rétrospective (non exhaustive) consacrée au plus grand film d'horreur de tous les temps, ainsi qu'à sa suite (que vous soyez de mon avis, ou non !)



Imaginons-nous un instant ressentir de la peine pour un stupide gallinacé enfermé dans une cage pas plus grande que lui. Ressentir la troublante sensation que le sol va bientôt se dérober sous nos pieds si la jeune femme qui nous est présentée ne parvient pas dans les secondes qui viennent à s'enfuir du piège dans lequel elle est tombée. Rêver secrètement de voir le garçon assis sur son fauteuil roulant se faire découper en rondelles par un fou sanguinaire armée d'une tronçonneuse. Et sans aucun doute même, croire voir s'écouler des milliers de litres de sang dans un film qui n'en propose que quelques gouttes.
Tout ceci est une part infime, presque ridicule même, de ce qui fait de "Massacre à La Tronçonneuse" un monumental film d'épouvante. Le plus grand peut-être de tous les temps. L'un des plus fous aussi. Un portrait de famille unique en son genre. Trois générations qui ont eu le temps de se relever après la catastrophique crise de chômage qui les a touchées. 


Comment se recycler lorsque l'on travaille dans un abattoir et que l'on vous met à la porte, si ce n'est en continuant à exercer sa passion dans les entrailles de touristes malheureux? Du pompiste à l'auto-stoppeur en passant par la maison aux atours luxueux, l'humain, ce qu'il a créé de ses mains et l'environnement qui l'a vu naître, tout devient d'une cruelle incertitude. Il y a dans ce soleil accablant qui laisse pourrir un tatou renversé sur l'asphalte, quelque chose d'inquiétant. Comme le visage inouï du type installé sur sa chaise et qui se complait à griller ce qu'il lui reste de santé sous le regard cyclopéen de l'astre luminescent. Que dire de cette immense bâtisse, seule entité qu'il est aisé de reconnaître dans un premier temps comme unique forme de civilisation face à l'immense et menaçant territoire d'où semblent originaires les individus les plus louches? Cette demeure, source des plus effroyables tragédies est le théâtre de forfaits que même le plus agité d'entre nous serait incapable d'imaginer. 




Si à l'époque beaucoup de personnes ont affirmé sans sourciller que le film de Tobe Hooper était sanglant sans même l'avoir jamais vu, c'est sans doute à cause de son titre et de l'affiche qui laissaient présager de nombreuses scènes croustillantes. A dire vrai, "Massacre à La Tronçonneuse" joue plutôt la carte de la suggestion et ne contient aucune scène gore, si ce n'est à la toute fin lorsque Leatherface ("Tronche de cuir") se coupe la cuisse par accident avec sa tronçonneuse. Le film repose sur une ambiance pesante, étouffante et angoissante. L'image granuleuse du 16mm, la bande-son et les décors participent à cette terrible impression que la joie et la bonne humeur du petit groupe d'amis qui traverse l'état du Texas va bientôt se transformer en véritable cauchemar. Sally, son frère Franklyn et leur trois amis vont croiser sur la route des individus plus étranges les uns que les autres. Les résidus d'une société qui les a exploité durant des années avant de les pousser sur le bas-côté de la route et d'en faire ainsi des prédateurs sanguinaires incapables de faire la différence entre le bien et le mal. Encore insouciants, les jeunes gens n'hésitent pas à faire monter dans leur van un auto-stoppeur à l'allure étrange et au visage marqué d'une tache de vin. C'est l'occasion idéale pour entrer en contact avec les autochtones du coin et découvrir le mal qui gangrène le pays, créant ainsi la nécessité pour chacun de survivre par tous les moyens quitte à se fourvoyer dans la pire des exactions. Une fois débarrassés de l'inquiétant personnage, chacun se promet de ne plus faire monter qui que ce soit dans le véhicule. Si l'apparence générale de l'auto-stoppeur avait de quoi inquiéter même bien avant de le voir s'agiter parmi ses hôtes, d'autres habitants du coin, d'apparence tout à fait normale, sont peut-être eux-mêmes des individus peu recommandables. Mais comment imaginer que derrière le visage serein d'un pompiste d'une cinquantaine d'années se cache l'un des pires membres d'une famille de dégénérés? Ou qu'une maison d'apparence anodine puisse avoir été reconvertie en abattoir familial? 






Nos jeunes amis vont connaître un destin tragique, tombant l'un après l'autre entre les griffes de personnages grand-guignolesques. Si Tobe Hooper prend son temps pour installer l'intrigue, c'est pour mieux forcer le spectateur à s'attacher aux adolescents et rendre ainsi leur mort plus effroyable encore que s'ils n'étaient que les simples pions d'un jeu de massacre sanguinaire. La mise en scène, tour à tour languissante puis subitement nerveuse, parvient à 

maintenir une pression qui ne se relâchera qu'avec le 
générique de fin. Si la famille d'anthropophages compte autant de portraits saisissants qu'elle compte de membres, c'est celui de Leatherface qui retient l'attention. Caché derrière un masque de chair prélevé sur une anciennes victime, il n'est, malgré toute la folie qui le caractérise, qu'un enfant immature qui joue avec ses proies comme l'aurait fait un autre avec de simples poupées de chiffon. D'une imposante stature, vêtu, outre de son masque, d'un tablier de boucher crasseux, il ne nous sera jamais donné l'occasion de découvrir son visage. Et c'est peut-être ce qui le rend si terrifiant. Car en effet, il devient alors impossible de l'identifier en tant qu'homme mais plutôt comme une forme de monstre façonné par le monde moderne. Impossible donc de se reconnaître en lui et d'accepter ses méfaits. 


L'autre personnage important du film, c'est cette immense bâtisse, agréable vue de l'extérieur mais qui derrière ses murs cache un décor proprement monstrueux. Outre une cuisine qui sert de pièce à l'abattage et au reconditionnement des victimes, le salon possède un "design" cauchemardesque. La "visite" de Pam, la première victime, est l'occasion pour le spectateur d'entrer de plain-pied dans l'univers morbide de Leatherface et sa petite famille. Des centaines d'outils rouillés, d'ossements animaux et même humains, un tapis de plumes ainsi qu'une poule enfermée dans une minuscule cage participent à l'une des scène les plus malsaines de toute l'histoire du cinéma. C'est en apnée et proches du vertige que l'on assiste abasourdis à cette scène véritablement angoissante. On devine déjà que découvert, ce décor va très bientôt servir de tombeau à la jeune femme. 


La suite ne fera que confirmer nos craintes et c'est à une succession de scènes incroyable auxquelles nous aurons droit. Chaque plan semble avoir été étudié pour que ne subsiste que l'essentiel. C'est d'ailleurs dans les scènes coupées proposées dans certaines éditions dvd que l'on constate le choix judicieux effectué sur ce qui devait être montré et sur les scènes inutiles et abandonnées. Dès lors que l'on entre pour la première fois dans l'impressionnante maison de la "famille tronçonneuse", le rythme est si bien soutenu qu'il nous est presque impossible de retenir notre souffle.


Un point important est à noter concernant le confort supplémentaire qu'apporte la version originale par rapport à la version française car même si les dialogues sont rares, le caractère du film change sensiblement et nous projette davantage au cœur de l'action en partie grâce aux prises directes. Ce qui évidemment n'est pas le cas lors d'un doublage.
La bande-son est un intelligent mélange de musique country et de bruitages "suspects". La tronçonneuse participe elle-même au festival de "musique industrielle" auquel nous sommes conviés. Tobe Hooper expliquait justement que cette dernière lui avait permis de faire des économies sur le budget en proposant le son caractéristique de machine de mort plutôt qu'en investissant dans une bande-son classique. La country devient tout au long de l'histoire un simple fil d'Ariane reliant pour un temps le groupe d'amis au monde civilisé. Pour nous, français, cette musique ne faisant pas partie de notre patrimoine culturel, entendre les radios la digérer en sourdine renforce peut-être encore davantage cette terrifiante impression de voir rouler vers des territoires hostiles, lointains et méconnus, les cinq camarades. 



Il est difficile de reprocher au film le moindre défaut et même son "grand âge" lui offre l'avantage de posséder un charme désuet, celui d'une époque définitivement révolue.





Ma note : ★★★★★★★★★★


Suppléments:

Suites et remakes:

Il n'y a en fait pas grand-chose à dire sur les suites et remakes du chef-d'œuvre de Tobe Hooper tant aucun d'entre eux ne parvient à rendre l'atmosphère putride de ce dernier. Pas même le second volet pourtant réalisé par Hooper lui-même qui a préféré abandonné le coté malsain de son œuvre originale pour plonger ses personnages dans une sorte de comédie noire ponctuée de scènes gores malgré tout réussies. Certains personnages se révèlent pourtant intéressants comme celui du "cuisinier", toujours interprété par Jim Siedow ou encore "Chop Top", version moderne de l'auto-stoppeur, victime du Vietnam nantie d'une plaque de métal dans le crâne. Gunnar Hansen (l'acteur planqué sous le masque de Leatherface dans le premier "Massacre...") est cette fois-ci remplacé par Bill Johnson et Dennis Hooper campe le rôle déjanté du Lieutenant "Lefty" Enright. En comparaison des autres suites celle-ci n'est pas catastrophique mais on reste néanmoins quelque peu déçus par le traitement choisi par Tobe Hooper. Les décors quand à eux connaissent un lifting et se situent dans un décor dantesque du plus bel effet. 
 
"Massacre à la tronçonneuse 3, Leatherface" et "Massacre à la tronçonneuse 4, la nouvelle génération" ne parviennent jamais à rendre hommage au film culte de Tobe Hooper et ne sont rien de plus que deux navets à oublier définitivement. 




"Massacre à la tronçonneuse (le remake)" quand à lui parvient, grâce à de plus amples moyens, à redorer le blason d'une série qui petit à petit a semble-t-il tout fait pour ruiner la réputation du film original. Mais si parfois on retrouve l'ambiance glauque du film de Hooper, c'est davantage au travers d'une multitudes de scènes gores particulièrement crades que de la mise en scène générale. Son statut de remake lui offre l'opportunité de piller sans vergogne sur son ancêtre et fait donc preuve de peu d'originalité. Il ne se démarque donc de lui qu'au travers des scènes d'horreur.


Avec "Massacre à la tronçonneuse : Le Commencement", on atteint cette fois-ci des sommets de nullité. On tente de nous faire croire qu'il va traiter des origines du mal mais évacue cette idée après seulement quelques instants pour nous plonger dans un scénario décevant, une interprétation tout juste passable et surtout des attitudes grotesques. Comme celle de Leatherface par exemple. Il suffit de le voir se déhancher à la manière d'un jeune de banlieue pour rire (involontairement) aux éclats. Le film tente par tous les moyens de choquer au travers de scènes peut-être même plus sanglantes encore que dans le film précédent et ne repose finalement sur rien d'autre. Ce qui faisait la force du tout premier "Massacre..."était cette volonté de suggérer sans jamais montrer afin de forcer l'imaginaire du spectateur. Ici tout n'est qu'un prétexte à étaler des monceaux de barbaque et ainsi écœurer le public. Mais à force de trop en montrer, c'est l'effet inverse qui finit par se produire. On devine toujours ce à quoi l'on va assister sans plus jamais détourner le regard de l'écran.

Massacre à la tronçonneuse 2: ★★★★★☆ ☆ ☆ ☆
Massacre à la tronçonneuse 3, Leatherface:  ☆ ☆ ☆ ☆☆ ☆
Massacre à la tronçonneuse 4, la nouvelle génération: ☆ ☆ ☆ ☆
Massacre à la tronçonneuse, le remake ★★★★★☆ ☆ ☆ ☆ 
Massacre à la tronçonneus, au commencement: ★★☆ ☆ ☆ ☆☆ ☆

Source d'inspiration:


Si "Massacre à la Tronçonneuse" fait aujourd'hui partie des grands classiques de l'épouvante, il ne faut pas oublier qu'il s'inspire de faits-divers qui ont eu lieu dans la région du Wisconsin, à Plainfield très exactement. Edward Gein a, en effet, tué deux femmes dans le courant des années cinquante. Ce qui aurait pu ressembler à un banal fait divers s'est révélé bien plus sordide encore. Car cet homme, vaguement considéré comme l'idiot du village a aussi déterré une trentaine de cadavres de femmes qu'il a ensuite emportées chez lui. Sa ferme, il en a fait un abattoir. Et notamment la cuisine dans laquelle il a dépecé les deux femmes qu'il a tué. Ce tueur nécrophile a donc vécu durant des années au milieu des cadavres dont il coupait les crânes en deux afin de s'en servir comme bol pour le petit déjeuner. Cette histoire inspira Hitchcock pour son film "Psychose" qui lui, aborde davantage l'esprit tourmenté d'un jeune homme toujours en conflit avec sa mère pourtant morte. Hooper retient de l'histoire sordide de Gein, les aspects les plus horribles. Comme la maison qui d'un point de vue extérieur semblait tout à fait quelconque mais dont l'intérieur révélait les fantasmes de son propriétaire. Un tombeau dans lequel il révérait sa mère au point de s'accaparer tout ce qui la lui rappelait.



Lorsque la police est intervenue chez lui après des soupçons portés sur lui, c'est à un décor des plus sordides qu'elle a dû faire face. Cadavres sans tête suspendus par les chevilles et éviscérés dans la cuisine. Une quinzaine de corps pourrissant étendus sur le lit de Gein et sur les montants duquel étaient fixés quatre crânes soigneusement nettoyés. La maison était dans un tel désordre que les investigations furent des plus difficiles. Un policier tomba même nez à nez avec une tête fraîchement découpée (celle de sa seconde victime) et enfermée dans un sac de toile taché de sang.


 

Tout ça parce que la mère d'Ed Gein n'a jamais cessé de lui transmettre sa haine des femmes. Lorsqu'elle est morte, le fils s'est retrouvé seul et à laissé libre cours à ses fantasmes et à développé un étrange rituel consistant à se coudre des vêtements en peau humaine prélevée sur les cadavres de ses deux victimes. Il sortait alors le soir et dansait ainsi vêtu devant sa ferme.
Edward Gein est mort d'un cancer en Aout 1984 alors qu'il purgeait une peine de prison pour ses méfaits...





Attention! cet article comporte une grande somme de spoils et est avant tout dédié aux grands fans de la première heure et à tous ceux qui ont déjà vu le film...


Pour fêter les 40 bougies de l’œuvre mythique de Tobe Hooper, celle-ci se voit remastérisée au format 4K (Le terme 4K fait référence à la définition (finesse, précision) de l'image : dans la norme initiale, une base formée de 4 096 pixels — ce qui est aussi la taille de kibioctets — en format 16/9, soit deux fois plus de pixels en hauteur et en largeur par rapport à la norme Full HD, ce qui en fait une image ayant quatre fois plus de pixels (en fait 3 840 × 2 160 pixels contre 1 920 × 1 080 en full HD) soit, à finesse égale, une image quatre fois plus grande. Wikipedia). Les magazines s'empresse de révéler la précieuse information et certains en font la couverture de leur plus récente parution, à l'image de l'excellent Mad Movies qui nous offre quatorze pages consacré à ce qu'il est convenu de considérer comme LE film d'épouvante par excellence. Le magazine nous propose toute une série de témoignage dont deux des plus intéressants: Tobe Hooper, le réalisateur lui-même, et René Château qui a participé durant de longues années à la reconnaissance de cette œuvre ultime que tous ceux qui ne l'ont toujours pas vu vont pouvoir rattraper leur retard. Le moyen ultime de leur faire découvrir (et pourquoi pas reconnaître) l'importance de ce film...



Spoilons un peu...

Les premières images de Massacre A La Tronçonneuse ressemblent à celles de ces œuvres qui promettent le témoignage fictif d’événements terribles s'étant déroulés dans le sud des États-Unis, et très exactement au Texas. Un nom qui sonne dan notre contrée comme un voyage ou une promesse d'évasion particulièrement inquiétants. Nous nous imaginons tout et n'importe quoi sur cette région. Les moins informés d'entre nous doivent avoir encore du mal à imaginer l'aérospatiale et la biotechnologie implantée dans un décor que l'on imagine parcouru de grandes plaines, sources de nourriture pour de grands élevage de bovins. Ces mêmes créatures que l'on imagine vivre dans d'immenses fermes perdues, propriétés de culs-terreux aux mœurs particulièrement douteuses. Si l'intrigue de Massacre A La Tronçonneuse se déroule effectivement dans cette région, peut-être est-ce parce que cette dernière est auréolée d'une réputation particulière ? Ou bien parce que l'équipe de tournage est entièrement originaire de la région ? Toujours est-il que la source d'inspiration, le tueur nécrophile (mais pas du tout en série comme le supposent certains) Ed Gein vivait quand à lui à Plainfield. Petite bourgade du nord des États-Unis. Un garçon gentil, effacé, et un peu dérangé auquel sa maman inculquait de fausses valeurs morales et qui à la mort de cette dernière à tué deux femmes et en a déterré plus d'une trentaine d'autres dans les cimetières de la région.  

Une ouverture crépusculaire

Une ouverture donc, qui laisse la place à un écran devenu tout noir parcouru par une série de flashs d'appareils-photos nous montrant deux cadavres pourrissant. S'ensuit un travelling arrière en contre-plongée nous montrant ces mêmes corps exhibés près d'une tombe dans une posture profanatrice du plus bel effet. Une musique étrange. Qui le restera de bout en bout et une radio émettant l'information qui nous intéresse ici, ainsi qu'une fumée (sable?) qui accentue l'atmosphère lugubre que l'on a le droit d'exiger dans ce type de lieu.  




Quelqu'un s'est-il déjà demandé qui pouvait être celui ou celle qui prenait ces fameuses photos des cadavres ? Et pourquoi pas cet auto-stoppeur fou que nos prochaines victimes vont bientôt malencontreusement prendre à bord de leur van ? Il fait déjà très chaud, une moiteur déjà palpable, accentuée par un générique à la bande-son expérimentale et cacophonique qui sublime (?) toute une série d'éruptions solaires.  
Puis une Lune, prémices de toute l'horreur à venir. Pleine et généreuse. Naturelle et qui va bientôt exposer à nos yeux de voyeurs ébahis un monstre de course-poursuite...

Un tatou, mort, écrasé par un soleil implacable, et, en arrière-plan, l'image floue d'un van vert qui s'arrête au bord de la route. Deux filles et trois garçons, dont l'un est handicapé. Un boulet, un poids, qui va le devenir bientôt davantage encore. S'il n'avais pas ce fichu caractère et ce « courage » dont il va montrer très vite les limites, il pourrait presque devenir attachant. Nous sommes bien dans les années soixante-dix : pattes d'éph, favoris, chemises à fleurs. Et puis surviennent les premiers autochtones. Chapeaux de cow-boys, santiags, le dépaysement n'est pas encore total. Il va bientôt nous submerger mais pour l'instant, Tobe Hooper et son équipe nous l'infligent en douceur. Un cimetière, le même que plus tôt. On sait pourquoi Sally, son frère Franklin et leurs trois compagnons sont venus s'enterrer dans ce trou perdu. Pas pour y faire la fête, non, pour s'assurer que le corps des ancêtres n'a pas été exhumé. S'il y a un vieux cow-boy alcoolique pour déblatérer d'inquiétantes prévisions, c'est pour Franklin. D'ailleurs, durant une grande partie du film, on se demande parfois si ce dernier n'est pas responsable des tragédies qui vont se succéder. Le quintette reprend la route, serré dans un van pas très confortable. Le soleil tape fort dehors et les auréoles de sueur sont davantage marquées que tout à l'heure. Au passage d'un abattoir, Franklin se fait plus bavard, contant les pratiques un peu morbides des bouchers qui y travaill(ai)ent. 

Première rencontre avec les autochtones de la région


Un auto-stoppeur marche sur le bord de la route et le voilà embarqué à bord du van. Les filles font la moue, les garçons aussi d'ailleurs. Il y a comme une lueur de regret dans leur regard, expression qui va s'accentuer au fil des minutes, voire des secondes, surtout lorsque le dingue, ancien boucher au chômage, va se saisir du couteau de Franklin et se taillader la main avec. Merde ! Le gars se trimballe avec un vieil appareil-photo sur lui. Bien que l'atmosphère tendue soit rendue à la perfection au point que l'on y soit collés comme une mouche à merde sur un étron, on ne peut éloigner de son esprit l'image de ces cadavres photographiés juste avant le générique. Si l'auto-stoppeur n'a pas encore montré de signe de violence gratuite, on imagine déjà, et bien avant les personnages eux-même, des possibilités qu'il a de rentrer dans un état de pure folie. Edwin Neal, qui interprète le rôle de ce dingue, est à ce titre totalement crédible. Et même, si au moment il est armé du couteau de Franklin, une arme aux dimensions proprement ridicules vu que le bonhomme est seul devant cinq jeunes gens, on se dit que le pauvre Franklin, placé dans la ligne de mire du taré n'a que peu de chance de s'en sortir s'il venait à l'auto-stoppeur l'envie d'en dessouder un ou deux. Une fois de plus, c'est le handicapé qui en prend plein la gueule. Une petite saignée, et voilà que par miracle, la bande réussi à se débarrasser de l''encombrant passager. C'est à ce moment très précis que l'on reprend son souffle pour la première fois et que l'on se rend compte de l'imprégnation qu'a pu exercer ce doux moment de terreur que l'on a pu vivre. Tobe Hooper jette quelques indices notoires, comme cette photo que l'auto-stoppeur prend, cette empreinte de sang qui laisse sur la portière du van et qui laissent présager du pire. Tout est fait pour que le spectateur soit mis en condition. Ce fameux indigène que l'on imagine vivre là-bas, le voilà enfin personnifié.



[CUT] 
  
Histoire d'un accouchement difficile...

Massacre A La Tronçonneuse fête donc ses quarante ans cette année. 1974, date de sa sortie théorique, le film n'aura connu les honneurs des salles françaises que par trois fois, en 75, 76 et 79. Huit ans, c'est le nombre d'années qu'il aura fallut attendre pour le voir au cinéma et encaisser un choc visuel qui devait être à l'époque encore plus fort qu'aujourd'hui, tant le cinéma, depuis, nous a offert l'occasion d'assister à des horreurs viscéralement saisissantes. Le film écopera d'une interdiction totale avant que Jack Lang, alors ministre de la culture, n'ait l'intelligente idée de faire sauter cette très gênante barrière. René Château, cet homme précieux qui lança grâce à cette œuvre la cultissime collection « Les Films Que Vous Ne Verrez Jamais A La Télévision » afin de rentabiliser l'acquisition du film de Hooper, le propose directement à la vente en VHS. Une manière pour le public de ne pas avoir à attendre tant d'années pour ressentir le malaise que procurent Massacre A La Tronçonneuse et sa famille de dégénérés...


Aparté...

Lorsque l'on n'a que douze ou treize ans au beau milieu des années quatre-vingt, que l'espoir de pouvoir entrer dans une salle de cinéma pour y contempler cet obscur objet du désir est vain et qu'il n'y a aucun vidéoclub pour vous proposer le film à un prix encore décent, il n'y a pas mille solution pour se le procurer. La chance, parfois, sonne à votre porte. Il suffit de lui ouvrir, de l'accompagner en ville, et de la suivre jusqu'à cet endroit où vous avez l'habitude de dénicher des objets parfois inattendus: le marché.
Très peu d'argent en poche (lorsqu'encore, vous avez la chance d'en avoir au moins un peu sur vous), et pas d'idée précise sur ce que vous allez chercher, vous flâner le long des étals. Ça sent bon le fromage, la saucisse et la volaille rôtie. Il y a du bruit partout où que vous tendiez l'oreille. De la musique là-bas, vers votre droite, et à gauche, un type qui gueule en essayant de refourguer aux ménagères des éplucheurs miraculeux. Et puis en face, il y a un immense étal recouvert de cassettes vidéos et audios, de vieux livres de poche abîmés et de disques vinyles. Parmi tout ce que son propriétaire a à vendre, il y a bien quelques chose que vous allez lui prendre. Il faudra être patient, fouiner durant de longues minutes jusqu'à trouver LA perle rare.

Après avoir parcouru des yeux et des doigts des dizaines, des centaines d'articles, l'un d'eux vous "accroche". La VHS d'un film d'horreur coincée entre un porno et une comédie.
Vous ne lisez les magasines spécialisés dans le cinéma fantastique et d'horreur que depuis peu et pourtant, vous avez déjà entendu parler de ce film: Massacre A La Tronçonneuse. Pour être tout à fait honnête, vous n'avez encore jamais espéré le voir au cinéma. Le titre pompeux ne vous donnait déjà alors, pas envie de voir des œuvres aux titres aussi racoleurs.
Pourtant, si Mad Movies, ce magasine pour lequel vous vouez un véritable culte, en parle si bien, c'est parce qu'il doit être important de le découvrir, ici, et maintenant. Quelle vaine. Vos parents ont cheté un magnétoscope il n'y a pas plus d'un mois en arrière. Vous vous saisissez de la jaquette, la retournez dans tous les sens, pas moyen de connaître son prix. "30 francs" vous souffle à l'oreille le vendeur. Vous souriez jusqu'aux oreilles car vous savez que vous aller pouvoir acquérir cet objet de curiosité. Une fois la cassette en main, vous n'avez plus d'autre raison de vivre que de pouvoir l'enfourner dans la gueule du magnétoscope et de découvrir ce qui justifie autant d'éloges de la part d'un magasine en qui vous avez toute confiance. Mais ça, c'est une autre histoire.

Fin de l'aparté...

Quarante ans... trop tard?


Maintenant que Massacre A La Tronçonneuse va enfin ressortir sur les écrans de cinéma, la nouvelle génération va-t-elle saisir toute la teneur du contenu de l’œuvre de Tobe Hooper? Quand on lit que certains ont hurlé de peur devant la projection de Paranormal Activity et que d'autres ne comprennent pas quel puissance peut avoir un classique tel que le Maniac de William Lustig, on peut se demander quel vont être leurs réactions. Ce grain, cette folie... Aujourd'hui, ces aspects sont devenus tellement banals dans le cinéma d'horreur, que seule l'accumulation d'atrocités peuvent avoir encore un impact sur la conscience des adolescents d'aujourd'hui. Faut-il le rappeler? Massacre A La Tronçonneuse n'est pas un film gore ni un film d'horreur dans la mouvance classique. Il s'agit d'un film d'épouvante, un survival, à la manière de La Dernière Maison Sur La Gauche et La Colline A Des Yeux de Wes Craven. Des œuvres, qui, en évitant toute surenchère inutile, parviennent à rendre réaliste les événements auxquels on assiste en tant que spectateurs. Il faut espérer d'ailleurs que l'image de la version remastérisée ne soit pas trop "nettoyée" du grain et des poussières qui font une partie de son charme.


Une séquelle à l'autodérision totalement assumée par son auteur


Six ans après avoir ouvert les hostilités avec trois de mes films d'horreur préférés, Maniac de William Lustig, American Nightmares de Buddy Giovinazzo et Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper, c'est bien grâce à ce dernier qu'a été créé Cinémart. Et même si dans l'ordre chronologique il n'est apparu qu'en troisième position, il demeure dans mon cœur et dans mes tripes, le numéro UN. Tous genres confondus. Car comme l'écrivait un journaliste (dont j'ai oublié le nom depuis) de l'excellent magazine Mad Movies, Massacre à la Tronçonneuse n'est pas un chef-d’œuvre de l'horreur, mais un chef-d’œuvre du cinéma tout court. La suite, on l'apprendra assez vite, n'aura jamais été aussi glorieuse pour Tobe Hooper qui signa une ribambelle de longs-métrages dont seuls deux ou trois demeurent dignes de faire partie d'une vidéothèque qui se respecte. L'amour-haine que je cultive envers Massacre à la Tronçonneuse II (toujours réalisé par Tobe Hooper) s'explique de plusieurs manières.
Il y a dans cette suite, autant d'hommage au premier que de trahison. Un culte envers une famille monstrueuse, sans doute, mais également terriblement charismatique. Et même si elle n'est constituée que d'individus dégénérés personnifiant la société américaine, tels que Tobe Hooper put imaginer qu'elle fusse capable d'engendrer, on leur accordera une attirance-répulsion, deux émotions qu'aucune autres « famille » ne parviendra à nous faire ressentir (La Colline a des Yeux ou bien Wrong Turn et ses succédanés). Presque de l'amour. Pour un Leatherface dont les visionnages multiples des aventures duquel ont finit par le rendre presque sympathique. Si l'idée même d'une suite apparaissait comme une idée terriblement saugrenue (à l'époque, le principe des séquelles était assez mal perçu), nous n'avions d'autres choix que d'accepter que Tobe Hooper s'y colle à nouveau. Tant qu'un autre ne lui piquait pas l'idée, nous étions encore en mesure d'en accepter le principe.

Contre toute attente, le cinéaste choisissait alors de prendre un virage à trois cent soixante degrés et de nous offrir un spectacle auto-parodiant presque l’œuvre lui ayant précédé. De cet univers étouffant et attirant les amateurs de films d épouvante comme un aimant ne subsistait plus grand chose. A part des décors toujours plus sordides et une famille s'enrichissant d'un Chop Top (l'acteur Bill Moseley qui n'avait joué jusque là que dans un seul long-métrage) plutôt charismatique. Tobe Hooper octroie à cette suite une dose d'humour presque inattendue, éclipsant par là même tout l'aspect terrifiant de l’œuvre originale. Et c'est d'ailleurs là que le bat blesse. Le public américain ne s'y étant pas reconnu, le film ne connaîtra pas le succès escompté. Il gagnera finalement ses gallons de film culte au fil des années. Au regard des suites catastrophiques qui sont sorties par la suite, Massacre à la Tronçonneuse II revêt finalement l'apparence d'une assez bonne séquelle, toutefois, incapable de faire de l'ombre au premier du nom.

Maintenant, pourquoi ai-je donc choisi d'attendre aussi longtemps avant d'écrire un article sur la suite de MON film d'épouvante préféré ? Parce que jusqu'à maintenant, je n'ai jamais été fervent de cette séquelle. Et ne l'ayant jamais vue autrement que dans sa version française, j'attendais d'avoir l'occasion de le découvrir dans sa langue d'origine. Et cette occasion s'est enfin présentée. Hier soir, vers minuit...
La déception n'en a été que plus grande car que le film soit en version originale ou doublé en français, rien n'y change. Après une ouverture qui réveille nos souvenirs et nous met en appétit en nous rappelant le triste sort accordé à Sally, Franklin et leur trois compagnons, l'histoire de ce second volet démarre accompagné d'une bande-son qui n'a plus rien à voir avec l'étrange score du long-métrage original signé Tobe Hooper et Wayne Bell. Une musique rock, country, diffusée par la station de radio animée par la nouvelle héroïne Stretch (l'actrice Caroline Williams). La brune a remplacé la blonde mais ne possède pas les cordes vocales de l'une des plus grandes scream-girls du septième art. On retrouve l'acteur Jim Siedow dans le rôle de Drayton « the Cook » Sawyer et plusieurs nouveaux venus, tels Bill Johnson qui remplacera au pied levé un Gunnar Hansen (Leatherface premier du nom) qui refusera de jouer pour un cachet qu'il jugera insuffisant. Face à cette famille de dégénérés, Tobe Hooper impose un Dennis Hooper aussi barré que le personnage qu'il interprétera la même année dans l'un des chefs-d’œuvre de David Lynch, Blue Velvet.
Le grand Tom Savini assure des effets-spéciaux relativement sobres lorsque l'on sait que la même année, il produira des maquillages extraordinaires (et terriblement gore) pour le troisième volet de la saga zombiesque de son ami George Romero, Le Jour des Morts-Vivants. Par sa seule existence, cette suite démontre s'il en était besoin, que Massacre à la Tronçonneuse contient à lui seul toute la matière nécessaire pour fait un excellent film d'horreur et d'épouvante. Il était donc parfaitement inutile de réaliser une suite. D'autant plus que l'histoire se révèle peu passionnante. Il ne subsiste pratiquement aucune scène à retenir, à part peut-être quelques bouts par-ci, par-là (Dennis Hooper testant les tronçonneuses qu'il vient d'acquérir). Au final, Massacre à la Tronçonneuse II se révèle particulièrement ennuyeux...
Petite anecdote amusante: l'affiche du film reprend très exactement celle du cultissime Breakfast Club de John Hughes (que j'espère chroniquer un jour en ces pages) sorti un an plus tôt...
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