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jeudi 20 août 2026

Ice Cream Man d'Eli Roth (2026) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

On ne remerciera jamais assez Eli Roth d'avoir œuvré et de poursuivre d'ailleurs encore aujourd'hui, la voie du cinéma d'horreur. Même s'il se laisse parfois aller à quelques légèretés que nous n'aurons pas l'outrecuidance de lui reprocher. Des dates importantes, comme l'année 2002 avec son très épidermique Cabin Fever qui à n'en point douter provoqua probablement un taux de malaises viscéraux chez les personnes atteintes d'hypocondrie assez important. Ou 2005 et 2007, lorsqu'il repoussa certaines limites du Torture Porn auquel il offrit certaines de ses lettres de noblesse avec Hostel et Hostel 2. Ou 2013, année où il proposa avec Green Inferno, une relecture du film culte du cinéaste italien Ruggero Deodato, Cannibal Holocaust. Après le fort sympathique Thanksgiving : La Semaine de l'horreur en 2023 et la très dispensable adaptation du jeu vidéo éponyme Borderlands l'année suivante selon certaines sources plutôt crédibles, il est de nouveau réapparu sur le devant de la scène du cinéma d'horreur avec son dernier projet intitulé Ice Cream Man. Et à moins d'avoir passé les dernières semaines, voire les derniers mois enfermé dans une pièce sans lumière, sans électricité et sans aucun moyens de communication, il s'est avéré bien difficile de passer à côté des nombreuses news évoquant ce film que d'aucun aurait pu alors espérer être comme le renouveau du slasher ! Un film dont la promesse tient, quoi, tout au plus une petite demi-heure, entre des séquences gore plutôt jouissives et une folie enfantine, adolescente et collective toute aussi jubilatoire... Pourtant, l'ombre de pas mal de classiques de l'épouvante et de l'horreur plane au dessus de ce long-métrage courtement vêtu en matière de durée...


Ce qui est d'ailleurs d'abord une qualité lorsque d'autres prolongent Ad nauseam l'expérience, créant ainsi une épouvantable émulsion entre répétitivité et ennui. Deux critères rédhibitoires auxquels n'échappe fort malheureusement pas toujours le dernier film d'Eli Roth. De plus, en terme d'originalité, Ice Cream Man coince un peu. À commencer par son Boogeyman qui derrière le costume d'un vendeur de glace plutôt avare en paroles semble tout d'abord se référer au génial Art le Clown de la franchise Terrifier dont le quatrième opus ne semble pas être prévu avant la fin de l'année 2027 ! Malheureusement, et malgré tout les efforts décuplés par Eli Roth et son interprète Ari Millen pour que l'antagoniste de l'histoire apparaisse un tant soit peu effrayant, la distanciation avec laquelle le personnage est traité vis à vis du massacre qui va avoir lieu dans la petite et charmante ville où se déroule l'intrigue joue ici pour beaucoup s'agissant de cette hypothétique et vaine passion pour un croquemitaine pas vraiment au fond, d'un ''nouveau genre''... Car s'il peut évoquer bien sûr le clown Art, il est un boogeyman encore plus prestigieux et mythique qui remonte à la surface de nos mémoires lorsque l'on découvre le passé du vendeur de glace. Difficile en effet de ne point voir de corrélation entre ce bonhomme tout de blanc vêtu, à la moustache parfaitement taillée et au commandes d'un camion de glaces et un certain... Freddy Krugger au pull rayé.


Si le plus simple des spectateurs, celui qui regarde ''à l'occasion'' un film d'horreur lorsque celui-ci passe à la télévision où sur sa plateforme de streaming préférée, pense qu'ici, la grande originalité vient du principe qu'il n'y a pas ici UN tueur mais des dizaines ayant en outre l'apparente juvénilité de plus ou moins sympathiques ''têtes blondes'', c'est qu'il ne connaît certainement pas encore quelques-uns des grands classiques de la science-fiction ou du fantastique qui mirent en lumière des criminels de très bas âge. On pense bien entendu au Village of the Damned de Wolf Rilla et dans une moindre mesure au remake que réalisera des décennies plus tard John Carpenter, au dérangeant Les Révoltés de l'an 2000 (Who Can Kill a Child?) de Narciso Ibáñez Serrador ou encore à De si gentils petits... monstres ! (The Children) de Max Kalmanowicz de 1980 et dans lequel de jeunes élèves étaient intoxiqués au passage d'un nuage radioactif avant de se transformer en meurtriers ! Ice Cream Man est gore, et même très gore. Tous les enfants ayant ingéré une glace se transforment en garnements assoiffés de sang qui s'attaquent exclusivement aux adultes qu'ils décapitent, tronçonnent, démembrent avec tout les outils qui leurs passent par la main. On a même droit à une trépanation vraiment dégueu ! Bref, un véritable festival qui n'empêche malheureusement pas le film d'Eli Roth d'être assez répétitif ! Le réalisateur ainsi que le directeur de la photographie Simon Shohet, le compositeur Brandon Roberts et la costumière Jenifur Jarvis insufflent malgré tout au film une patte parfois vintage qui n'est pas inintéressante. Pour le reste, les vrais amateurs de cinéma d'horreur risquent de trouver le récit quelque peu redondant...

 

samedi 14 février 2026

The Secret de Pascal Laugier (2012) - ★★★★★★★☆☆☆



Il était vraiment temps de réévaluer le cinéma du cinéaste français Pascal Laugier qui depuis son passage par le Canada où il a signé ses deux derniers longs-métrages a radicalement changé son cinéma, celui outrancier de Martyrs pour un second, plus en accord sans doute avec ce que rechercherait le spectateur avide de sensations nouvelles. Du hardcore de son second long-métrage, il est passé à autre chose. A un cinéma émotionnellement accompli. Qu'il s'agisse de son tout dernier Ghostland ou bien même de The Secret dont il s'agit ici et qui date de 2012. ce qui manque à une grande majorité de films d'horreur et qui ici brille par son étonnante présence, c'est l'émotion, donc. Palpable dès les premières minutes. En filmant son infirmière tentant d'aider un nourrisson à revenir à la vie tout juste après sa naissance, le cinéaste parvient à bouleverser nos certitudes quant au contenu d'un film qui révélera, en effet, un secret tout à fait inattendu au beau milieu de l'intrigue.
Sans vouloir déflorer son contenu, disons que Pascal Laugier a réalisé à travers The Secret, une œuvre antinomique au puissant The Village du cinéaste américain d'origine indienne, M. Night Shyamalan.

Le cinéaste situe son intrigue à Cold Rock, une ville au nom fictif découverte après de longues recherches. Le choix de Pascal Laugier s'est donc porté sur l'ancienne ville minière de Nelson, en Colombie-Britannique, une province du Canada. Pour incarner le rôle principal, celui de Julia, infirmière et ancienne épouse d'un médecin qui a beaucoup apporté à cette petite ville qui depuis la fermeture de la mine est considérée pour beaucoup comme morte, le réalisateur choisit d’engager l'actrice Jessica Biel qu'il a découverte dans le remake de Massacre à la Tronçonneuse de Marcus Nispel. Outre The Village, The Secret, dans l'esprit, se rapproche également de l’œuvre de l'écrivain américain Stephen King puisque les enfants sont l'un des éléments les plus importants d'une intrigue où l'ombre du Tall Man (on trouve le film également sous cette appellation), cet individu créé par les habitants de Cold Rock pour justifier la disparition de dix-huit d'entre eux, paraît être celui qui les enlève. Mais plutôt que de proposer une histoire ultra-convenue, Pascal Laugier bouleverse les conventions et assène au spectateur un twist au beau milieu du film et le laisse atterré !

Comme dit plus haut, l'une des grandes forces de The Secret, c'est l'émotion qui s'en dégage. Merveilleusement écrit, le film, également scénarisé par Pascal Laugier, est remarquablement touchant, et ce, dès les premiers instants. Celui qui aurait dû se situer en seconde position dans la carrière de son auteur mais qui à force de réécritures fut remis à plus tard au profit du tournage de Martyrs en 2008, est sans doute le plus émouvant. Jessica Biel y est bouleversante, tout comme la plupart des interprètes qui ne se posent ici pas en simples faire-valoir mais possèdent une caractérisation suffisamment travaillée pour qu'on accorde à leur personnage un certain intérêt. Mais bien évidemment, celle qui porte le film sur son épaule, c'est bien Jessica Biel, qui dans un décor de ville minière transformée en un bouge habité par des rednecks (même les flics n'ont pas l'air très nets), est prodigieuse. Difficile d'évoquer l'histoire de son personnage sans révéler des indices cruciaux. Il faut juste se mettre en tête que The Secret est une œuvre puissamment évocatrice, dont la morale finale laissera sans doute perplexes certains spectateurs mais dont la mise en scène offre un spectacle fort réjouissant. Une interprétation inoubliable, un décor de ville-fantôme saisissant, une mise en scène et un montage brillants. Que demander de plus... ?

jeudi 9 octobre 2025

(Après Projection) The Toxic Avenger de Macon Blair (2025) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Maintenant que la projection est ENFIN arrivée à son terme, sachons être objectif ! The Toxic Avenger (Unrated) version 2023 n'est pas tel que Lloyd Kaufman a pu l'affirmer. Si l'on veut demeurer en parfait accord avec ce que l'on pouvait déjà penser de la séquelle de Street Trash, il n'est pas interdit de croire ni d'affirmer que Macon Blair n'est pas parvenu à remplir le contrat que le ''Papa'' de la société de distribution et de production Troma Entertainment avait ambitionné de produire aux côtés de Legendary Pictures à laquelle l'on doit notamment le navrant Texas Chainsaw Massacre de David Blue Garcia (2022), les deux premiers volets de la trilogie Dune de Denis Villeneuve dont le troisième est prévu pour l'année prochaine ou encore l'adaptation sur grand écran du jeu vidéo Minecraft réalisé par Jared Hess. Sans compter l'arrivée prochaine d'un troisième long-métrage en vue réelle adapté de la franchise de jeux vidéos de Capcom, Street Fighter ! L'un des points noirs de cette nouvelle itération qui dans l'historique de la franchise arrive après quatre longs-métrages (The Toxic Avenger en 1985, The Toxic Avenger, Part II en 1989, The Toxic Avenger Part III: The Last Temptation of Toxie la même année et Citizen Toxie: The Toxic Avenger IV en 2000) ainsi qu'une série animée du nom de Toxic Crusaders venant s'intercaler entre les opus deux et trois, reste sa durée. Alors que l’œuvre séminale n'atteignait même pas les quatre-vingt dix minutes, le film de Macon Blair n'en aligne pas moins de cent-deux ! Et si l'on fait le calcul entre les scènes où il ne se passe pas grand chose (dont la plupart est concentrée lors des quarante premières), il n'est là aussi pas incohérent de penser que le film aurait sans doute gagné en énergie une fois débarrassé de toute séquence inutile accaparée par de trop longues lignes de dialogues et une caractérisation dont les véritables puristes de Toxie et de la Troma se fichent royalement. À dire vrai, The Toxic Avenger (Unrated) devrait tout d'abord faire office de porte d'entrée pour les futurs et éventuels adeptes de la cultissime franchise américaine. Comme l'on conseillera aux curieux qui voudraient s'essayer au cinéma de John Waters de s'y plonger en abordant sa filmographie par ses œuvres les plus récentes avant d'aller côtoyer le cinéma beaucoup plus trash dont il se fit l'un des parangons bien des années auparavant (de Mondo Trasho en 1968 jusqu'à Desperate Living en 1977). Entre comédie musicale, film de super-héros, de gangsters, humoristique et gore, The Toxic Avenger (Unrated) danse sur autant de pieds qu'il élargit son audience...


Faussement subversif, le Toxie de Macon Blair a plutôt l'air d'un gnome verdâtre se moquant du mythique super-héros radioactif de la saga d'origine que celui d'une nouvelle race de braves défenseurs de la veuve et de l'orphelin venus en découdre avec les méchants qui gangrènent la ville où se déroule l'action. Les vieux de la vieille, ceux qui parcoururent en long et en large les rayons des vidéoclubs voilà près de quarante ans, laisseront sans regret leur place de cinéma aux petits jeunes pour redécouvrir de leur côté le charme de ces bonnes vieilles VHS dégoulinantes de sang, de tripaille et de matières malodorantes ! Macon Blair tente pourtant d'attirer dans ses filets les fans d'antan. Mais si cela fonctionne parfois, comme lorsque l'on découvre notamment la pancarte de bienvenue de la ville de St. Roma's Village dont les quelques lettres effacées laissent apparaître le nom de la mythique Tromaville ( t. Roma Vill e), The Toxic Avenger (Unrated) n'est pas le digne descendant de la franchise. Macon Blair a beau montrer des têtes qui explosent, des intestins qui s'échappent par le fondement de leur propriétaire où un Toxic Avenger qui pour se débarrasser de ses chaînes urine sur elles, une pisse acide, le film n'aura pas su convaincre votre serviteur. Moins crade, provocateur et outrancier qu'il ne semble vouloir nous le faire croire, The Toxic Avenger (Unrated) n'est rien moins qu'une comédie américaine aux dialogues surfaits, alourdie par des personnages secondaires qui gigotent de manière stérile, foirant la plupart des gags que son auteur voudrait probablement hilarants... Macon Blair a presque changé de fond en comble le récit d'origine. Si l'idée est louable, on se rend rapidement compte qu'il aurait finalement mieux fait de s'en tenir au script originel et de ne point se doter de personnages inutiles. Comme peut l'être notamment Bob Garbinger qu'incarne le pourtant très bon Kevin Bacon. Tout juste l'on aurait peut-être aimé voir étoffé le personnage interprété par Elijah Wood, Fritz, frère monstrueux et parfois touchant de Bob. Peut-être certains ne l'auront-ils pas remarqué mais lors de l'attaque finale se situant sur la propriété des Garbinger, Macon Blair semble rendre hommage au Commando que réalisa Mark L. Lester en 1985. En y repensant, la chose aurait été fort amusante si Arnold Schwarznegger (qui incarnait alors le rôle du Colonel John Matrix) avait finalement accepté d'interpréter le double rôle de Winston Gooze/The Toxic Avenger quarante ans plus tard...

 

mercredi 8 octobre 2025

(Avant Projection) The Toxic Avenger de Macon Blair (2025)

 


 

Avant toute chose et surtout, avant de faire la critique post-projection du remake de The Toxic Avenger, j'avais très envie de connaître le sentiment du fondateur de la société de production et de distribution américaine Troma Entertainment, Lloyd Kaufman. Connaissant le bonhomme et surtout son appétence pour le gore, le trash et d'une manière générale tout ce qui touche à l'irrévérencieux, son avis me semblait donc primordial s'agissant de ce reboot dont les origines remontent tout de même à 2010. Avant que le projet ne soit finalement confié à Macon Blair, acteur mais aussi réalisateur et scénariste d'un premier long-métrage en 2017 sorti sous le titre de I Don't Feel at Home in This World Anymore et disponibles sur la plateforme de streaming Netflix, The Toxic Avenger version 2023 fut tout d'abord envisagé sous la direction de Steve Pink, puis celle de Conrad Vernon avant que le projet n'échoue donc entre les mains de Macon Blair qui selon Lloyd Kaufman était le plus à même de mettre en scène le plus célèbre super-héros de la fameuse société américaine ! Considérant en outre que le script, lui-même écrit par le cinéaste, est bien meilleur que celui qu'écrivit à l'époque Joe Ritter. Un scénario basé alors sur une idée de Lloyd Kaufan lui-même. Côté interprétation, si l'on peut trouver étonnant, voire amusant d'y découvrir Kevin Bacon et Elijah Wood dans les rôles respectifs de Bob et Fritz Garbinger, une autre idée, assez folle fut d'envisager rien moins qu'Arnold Schwarzenegger dans celui de Winston Gooze (en lieu et place du frêle Mark Torgl qui en 1985 interprétait le rôle de Melvin Junko), héros malheureux, diagnostiqué en phase terminale d'une maladie incurable avant de tomber dans une fosse remplie de produits toxiques. Pourtant, Arnold Schwarzenegger préférera à l'époque rendosser le costume du T-800 dans Terminator Genisys d'Alan Taylor... Et donc, arriva ce qui devait arriver, le rôle principal fut finalement confié à......... Peter Dinklage !


Ouais, le nai.... pardon, l'homme de petite taille qui ouvrit grandes les portes de la polémique en arguant que la représentation de nains vivant dans une grotte était rien moins qu'arriérée... Une remarque parfaitement idiote si l'on tient comme une vérité irréfutable le fait que les nains, dans le cas de Blanche Neige, le dernier reboot en date et en mode live des putrides écuries Disney, n'ont évidemment rien de commun avec le nanisme mais sont fondés sur de petites créatures appartenant au folklore que l'on rencontre en général dans les jardin... Tiens, prends ça dans ta face, petite chose inculte qui a osé mettre certains représentants de la ''communauté des hommes et des femmes de petite taille'' au chômage ! N'empêche qu'aujourd'hui, l'emblème de la société Troma Entertainment est désormais représenté par un wokiste d'un mètre trente-cinq tandis que dans l’œuvre originale, une fois transformé en une créature visuellement dégueulasse mais aux intentions pacifistes, Mark Torgl laissait la place à l'acteur Mitch Cohen et à ses cent-quatre vingt-treize centimètres de hauteur... ! Mais bon, qu'est-ce que vous voulez.... Si Lloyd Kaufman affirme que le remake enterre l’œuvre originale, on ne va pas mettre en doute la parole de l'un des grands prophètes du trash et du mauvais goût ! Quoique, l'exemple de Steven Spielberg qui de son propre aveu témoigna avoir ''mouillé sa culotte'' lors de la projection de l'effarante merde que fut Paranormal Activity prouve qu'il faut savoir garder à l'esprit qu'une vérité peut en cacher une autre. Bref, très chers amis, c'est le cœur pas tout à fait léger mais avec l'appétit du glouton en matière de gore, de trash et d'irrévérence que je m'apprête à sauter le pas tout en espérant que l'expérience sera différente de celle vécue au contact du faux remake mais véritable suite de Street Trash de Jim Muro. Autre classique gore des années quatre-vingt que se réappropria Ryan Kruger pour un résultat mi-figue, mi-raisin. Bonne nouvelle il ne semble pas qu'un projet de séquelle ou de reboot du cultissime Bad Taste de Peter Jackson soit encore dans les rouleaux. Ouf !

 

mardi 30 septembre 2025

Clown in a Cornfield d'Eli Craig (2025) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Film entrant dans la catégorie des Slashers, Clown in a Cornfield d'Eli Craig repose sur des lauriers acquis depuis belle lurette... Si vous cherchiez une alternative originale et différente de tout ce que vous avez vu jusqu'à maintenant, vous pouvez d'ors et déjà passer votre chemin. Sorti le 20 août dernier dans plus de deux-cent salles de cinéma en France, le film est en effet un catalogue quasiment exhaustif de tout ce que le genre est capable de drainer comme idées. À commencer par l'arrivée dans un petit bled plus ou moins paumé d'un médecin et de sa fille après le décès par overdose de l'épouse du premier et de la mère de la jeune fille. C'est donc dans l'intention de laisser derrière eux ce passé douloureux que le docteur Maybook choisit pour le bien de sa fille Quinn de venir s'installer à Kettle Spring. Une petite localité plutôt chaleureuse qui a la particularité de fêter chaque été sa mascotte Frendo le Clown. Adaptation cinématographique de la nouvelle éponyme de l'écrivain américain Adam Cesare dont le premier volume est sorti en 2020 (suivi d'un second en 2022 et d'un troisième l'année dernière), le long-métrage d'Eli Craig met principalement en scène la jeune actrice Katie Douglas, à la beauté certes évidente mais aussi très conventionnelle dans ce genre de production. Ayant débuté sa carrière voilà près de vingt ans en arrière, elle interprète une adolescente très droite dans sa tête, qui n'avait pas vraiment envie de venir s'installer à Kettle Spring mais qui malgré tout va savoir très rapidement se constituer un petit cercle d'amis. À commencer par le charmant Cole qu'incarne de son côté Aaron Abrams. Le courant passe immédiatement entre ces deux là et Quinn rejoint très vite le groupe d'amis de ce dernier. Lequel compte en ses rangs, la blonde Janet (Cassandra Potenza), la brune Ronnie (Verity Marks) et le black (Tucker) Ayo Solanke. Réalisateur en 2010 de l'excellent film d'horreur plus ou moins parodique Tucker and Dale vs Evil (dont on aurait aimé à l'époque qu'une suite fut mise en chantier), l'on pouvait espérer que Clown in a Cornfield soit du même tonneau. Pourtant, on déchante assez rapidement. En effet, le film tient si bien sur les rails forcément usés du genre Slasher qu'aucun effet de surprise (ou presque, pour ceux qui n'auraient pas été attentifs au titre français) ne vient le stupéfier ! Quelques meurtres qui s'enchaînent, plutôt gore, mais aussi et surtout un twist que vient ruiner l'idée saugrenue des distributeurs français d'ajouter un S au mot clown du titre... ce qui laisse par avance présager de ce qui va suivre...


 Car si, en effet, le clown du titre va surgir pour perpétrer un massacre (tandis que nos adolescents s'amusent eux-même du mythe autour de Frendo pour tourner de petits films d'horreur le mettant en scène), lors d'une fête qui bat son plein aux abords d'une grange où la bière coule à flots, ce ne sont pas un ou deux clowns tueurs qui débarquent mais bien davantage. Bref, Kettle Spring semblerait être le repaire d'un vivier de psychopathes qui profitent de l'événement annuel pour dégainer tronçonneuses et autres armes blanches afin d'éliminer la lie de la société. Du moins, celle de Kettle Spring, apparemment personnifiée par les adolescents. Dont font alors partie nos jeunes héros qui vont devoir combattre ces clowns au faciès peu engageant. Si le premier d'entre eux s'amuse à se la jouer second degré, l'ombre d'Art le Clown de la franchise Terrifier est tellement imposante depuis qu'il est apparu pour la première fois sur grand écran que toute comparaison entre le clown le plus iconique du septième art et n'importe quel de ses concurrents est impossible. D'ailleurs, tandis qu'il osa franchir toutes les barrières du mauvais goût et du gore le plus décomplexé notamment lors du troisième opus lorsqu'il découpa scrupuleusement l'une de ses victimes à la tronçonneuse, cet outil de jardinage mais aussi de mort est ici sous employé. Trop timide, pas assez méchant, Clown in a Cornfield fait donc pâle figure ! Lorsque le visage des antagonistes est révélé, là encore, l'on n'est pas vraiment surpris de constater que le maire Arthur Hill (Kevin Durand), le shérif Dunne (Will Sasso) ou encore l'un des professeurs de l'école font partie des tueurs. Porteurs d'une morale viciée, ils campent une belle brochette de tarés malheureusement peu caractérisés. Chose étonnante, le black Tucker sera la première victime à mourir devant la caméra. Ce qui de nos jours est plutôt rare puisque les cinéastes, généralement plutôt frileux, leur réserve une mort plutôt tardive.... lorsqu'ils ne font sûrement et simplement pas partie des survivants. Clown in a Cornfield semble donc se prémunir d'une idéologie Woke, ce qui est plutôt une bonne nouvelle... jusqu'à ce qu'en fin de projection Eli Craig tombe bassement dans le piège du communautarisme homosexuel...

 

samedi 18 janvier 2025

The Being de Jackie Kong (1983) - ★★★★★☆☆☆☆☆



The Being est le premier long-métrage du cinéaste, producteur et scénariste américain Jackie Kong. Comme bon nombre de films avant et après le lui, The Being explore l'éventualité d'une mutation génétique s'opérant sur l'un des habitants d'une petite ville où sont stockés des produits radioactifs et contre lesquels le maire de Spotville Gordon Lane (l'acteur José Ferrer) n'a apparemment pas l'intention de faire quoi que ce soit. Une mauvaise publicité et c'est l'économie de la ville toute entière qui en pâtira. Surtout en cette journée de festivité célébrant Pâques, l'une des plus importantes fêtes du christianisme, religion chère à une population américaine vivant recluse dans l'un des nombreux trous du cul du pays. Spotville, un coin de l'Amérique perdu, où vivent des habitants forcés de vivre aux côtés d'un important dépôt de déchets radioactifs causant de curieux phénomènes dont le dernier n'est pas des plus anodin puisque l'un de ses habitants a muté pour devenir une créature visqueuse particulièrement vigoureuse puisqu'en l'espace d'une nuit seulement, elle va faire un maximum de victimes parmi la population.

Parmi les premières d'entre elles, une poignée d'adolescents venus baiser dans un cinéma drive-in durant la projection d'un film d'épouvante. Le détective Mortimez Lutz (Bill Osco) enquête sur cette curieuse affaire qui laisse derrière elle des preuves singulières puisque des traces d'une substance verte et visqueuse accompagnent chaque meurtre. L'état d'urgence n'étant pas déclaré, Mortimez est aidé du scientifique Garson Jones (Martin landau) dans sa recherche du coupable : l'époux d'une vieille dame que les gamins du coin s'amusent à traiter de sorcière.
The Being ressemble à beaucoup de longs-métrages abordant ce même type de sujet. Alors que le Japon préfère le traiter sous l'angle du kaijū eiga (films de monstres géants), aux États-Unis et en Grande Bretagne, les cas de mutations génétiques ne sont pas rares dans le septième art et le sujet est récurrent dans les années cinquante avec quelques titres fort populaires tel que l'une des plus célèbres série de longs-métrages, la saga des Quatermass dont les origines remontent à l'année 1955. Bien que la transformation de son héros soit consécutive à un événement n'ayant aucun rapport avec la créature du film de Jackie Kong, certaines similitudes demeurent. Comme le lien très évident que l'on pourrait notamment faire entre The Being et son plus proche semblable, le film C.H.U.D que réalisera le cinéaste américain Douglas Cheek un an après Jackie Kong.

Le sujet est identique et la ressemblance frappante. Et même si C.H.U.D n'est sorti aux États-Unis qu'un an après (et le 27 février 1985 chez nous), The Being demeure bien celui qui a lancé sur les écrans de cinéma sa créature le premier. Bien qu'interprété par quelques grands acteurs américains, le film de Jackie Kong demeure en contrepartie d'une extrême faiblesse. Pas loin d'être du niveau d'un nanar, son auteur laisse en plan quelques idées évoquées et auxquelles il ne donne pas la moindre suite.
Les effets-spéciaux sont relativement sobres (pour ne pas dire) navrant et l'interprétation honnête. The Being n'est, au final, pas un très bon film. Pour autant, il conserve un certain charme. Celui de ces bandes vidéos américaines des années quatre-vingt qui mettaient en avant l'Amérique profonde. Ses snacks, ses drive-in, et son autorité...

mercredi 13 novembre 2024

It's What Inside de Greg Jardin (2024) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Jusqu'à maintenant, le réalisateur, scénariste et chef monteur américain Greg Jardin s'était exercé sur divers courts-métrages et clips vidéos. Ces derniers semblent d'ailleurs avoir été une source d'inspiration inépuisable puisque sa première tentative sur le grand format est gorgée de visuels propres à la pop-music. Un délire artistique permanent qui peut très rapidement filer le tournis mais qui ne dépasse pas le cadre relativement nauséeux, voire kitschissime, de notre Bertrand Mandico national (Les Garçons sauvages, After Blue (Paradis sale)). Passé ce choix qui fait montre d'une ingéniosité technique assez remarquable, un point particulièrement noir vient percer la carapace du travail effectué par cet artiste talentueux : la bande musicale. Si l'implication de protagonistes dont l'âge mental ne dépasse que très rarement celui d'adolescents semble opportunément indiquer que le long-métrage s'adresse d'abord et avant tout à un public compris entre quinze et trente ans, le principal soucis du film est plutôt d'ordre technique. Comme l'ont évoqué nombre de spectateurs qui se sont lancés avant nous dans l'aventure de cette bande d'amis réunis lors de l'enterrement de vie de garçon de l'un d'entre eux, le choix plus ou moins éclairé de musique classique parfois réinterprétée à la manière d'un Walter Carlos (Orange Mécanique) a ceci de contraignant qu'elle est d'un volume souvent trop important. Parfois prétentieuse, surtout lorsqu'elle évoque la fameuse Elevated Horror dont trop de films d'horreur se revendiquent, la bande son de It's What Inside étouffe une partie des dialogues qui, fort heureusement, ne sont pas toujours d'une importance capitale. Il est donc conseillé, au mieux, de découvrir le long-métrage de Greg Jardin dans sa version d'origine sous-titrée en français ou au pire, accompagné d'un logiciel d'ajustement sonore qui permettra de rééquilibrer l'ensemble. Une supposition, si l'idée de lancer la version française accompagnée de ses sous-titres afin de pouvoir lire les dialogues en cas de problèmes d'écoute, rangez-bien au fond de votre sac cette idée car l'expérience se trouve rapidement être aussi désagréable que de coller son oreille contre les enceintes de votre téléviseur afin de percevoir ce qu'il se dit au détour d'un dialogue.


La raison ? Comme cela est généralement le cas avec ce genre de production, les doublages ne collent pas tout à fait aux sous-titres. Autant dire qu'il est aussi peu agréable de passer des uns aux autres que d'effectuer un exercice du périnée ! Autre chose : si Greg Jardin semble bien connaître ses personnages, il n'en va pas de même pour nous, téléspectateurs. Il est donc tout à fait envisageable de s'imaginer faire une pause une fois chaque protagoniste présenté à l'image afin de noter sur un petit carnet, le prénom de chacun tant l'intrigue va se révéler, du moins dans un premier temps, relativement alambiquée. Car si l'on en vient maintenant à évoquer l'atout principal de cette œuvre que l'on croirait n'être qu'un énième film d'horreur autour d'une réunion de décérébrés nombrilistes (ce qu'est d'ailleurs parfois le film),des démangeaisons, des vésicules, des œdèmes ou plus naturellement, des boutons surgirent sans doute sur l'épiderme de ceux qui eurent bien du mal à décortiquer l'intrigue et ses soubassements. D'ailleurs, celui ou celle qui vous dira qu'il a dès la première projection compris le film au mot ou à la virgule près, hum, hum, méfiez-vous en ! Pour autant, et malgré les défauts, qu'ils soient énumérés de façon objective ou non, It's What Inside demeure une expérience très intéressante. D'un point de vue artistique, cette nouvelle itération du concept de body Snatchers a le mérite d'être très créative. On sent d'ailleurs la patte toute personnelle de Greg Jardin qui semble s'éclater. Tout comme celle de l'équipe technique qui s'en donne à cœur-joie. Concernant le casting, on a droit à un groupe d'interprètes bigarré mais bien dans l'air du temps. Ce qui confirme que le film vise d'abord un public très ciblé. S'il prétend entrer dans le genre Horreur Psychologique, It's What Inside reste cependant assez ''Gentillet'' et ne causera aucun dommage collatéral (aucun cauchemars à redouter !). Comme l'on s'en doute, le concept d'échange de corps va apporter son lot de surprises, éclatant la cohésion du groupe. Si certains auront besoin de bien s'accrocher au wagon pour comprendre raisonnablement l'intrigue, le long-métrage de Greg Jardin est une curiosité à découvrir sur... Netflix !

 

mardi 30 janvier 2024

Birth/Rebirth de Laura Moss (2023) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Le PREMIER long-métrage de la réalisatrice Laura Moss est aussi et surtout l'un des DERNIERS représentants d'une catégorie de films à laquelle les hypocondriaques et les Nosocomephobes ont souvent beaucoup de mal à se confronter : Le Body-Horror. Sous-genre du cinéma d'horreur qui trouve avec Birth/Rebirth l'un de ses plus récents et plus brillants représentants. Situant son action entre l’hôpital où travaillent ses deux principales interprètes et le domicile de l'une d'entre elles, le film risque au mieux de donner des boutons aux mâles qui se sentiraient rejetés par cette histoire dans laquelle leur présence est quasiment bannie et au pire causer des malaises chez tout individu, qu'il soit de sexe féminin ou masculin, réagissant assez mal lorsque l'organisme qui le constitue est à ce point maltraité. Quoique lorsque l'on évoque ici la tourmente physique dans laquelle certains personnages secondaires sont plongés, nous comprenons qu'il y va malgré tout de la survie d'une gamine ressuscitée après avoir perdu la vie à la suite d'une méningite bactérienne. Une thématique qui remonte à des temps anciens, lorsque la romancière britannique Mary Shelley fit publier pour la toute première fois en janvier 1818, son roman le plus célèbre intitulé Frankenstein ou le Prométhée moderne. Une œuvre littéraire mondialement célèbre qui connu d'innombrables adaptations cinématographiques parmi lesquelles les remarquables Frankenstein et La fiancée de Frankenstein de James Whale en 1931 et 1935 ainsi que télévisuelles à travers, notamment, l'excellente mini-série britanico-américaine, Frankenstein: la véritable histoire de Jack Smight en 1973. Birth/Rebirth, lui, se situe dans un contexte très contemporain, où le féminisme transpire par tous les pores. La réalisatrice et scénariste semble d'ailleurs ne pas s'en cacher puisque la quasi totalité de ses interprètes sont du même sexe. Une très grande majorité de femmes,donc, les hommes étant réduits à la part congrue comme ce personnage qui au départ accepte de se faire masturber par l'une des deux héroïnes dans les toilettes d'un pub irlandais ! Un acte pas si anodin qu'il y paraît puisque la jeune femme du nom de Rose Casper prélèvera la semence de l'homme afin de se l'inséminer une fois de retour chez elle. Le ton est donné. Ici, on ne rigole pas. L'humour n'ayant apparemment pas sa place, l'ambiance de Birth/Rebirth est relativement chargée, lourde, anxiogène et même parfois particulièrement morbide. Un constat appuyé par la pesante partition musicale d'Ariel Marx, d'ailleurs.


Quoi ? Oui, effectivement, encore une femme au compteur des artisans ayant propulsé cette énième relecture du classique littéraire de l'épouvante et du fantastique au rang de classique immédiat. À travers ce seul long-métrage, Laura Moss peut prétendre être le pendant féminin de l'immense réalisateur canadien David Cronenberg dont nous n'énumérerons pas la somme conséquente d’œuvres cultes ayant réussies à repaître tous les amateurs de Body-Horror depuis de nombreuses décennies. Si la relève semble avoir été prise par son propre fils Brandon, il faudra sans doute désormais compter sur Laura Moss. Ici, l'actrice Marin Ireland incarne l'employée d'une morgue se fournissant en matières placentaires afin de poursuivre d'étranges recherches. Vivant seule ou presque puisqu'à ses côtés se présente rapidement à l'image une truie prénommée Muriel, fruit de ses explorations médicales nées dans sa plus tendre enfance lorsqu'elle fut le témoin de la régénération de l'un des membres d'une étoile de mer. Depuis, la vocation de cette femme étrange et antisociale est de redonner la vie. C'est là qu'interviennent Celie Morales (l'actrice Judy Reyes) et sa fille Lila (A.J.Lister). La première est obstétricienne et accuse forcément très mal le décès de la seconde... qui disparaît alors de la morgue où elle fut prétendument transportée. Remarquant l'inquiétant comportement de Rose qui était chargée de faire transférer sa fille à la morgue, Celie va bientôt découvrir l'impensable : Lila se trouve allongée sur un lit, dans l'appartement de Rose, branchée à un respirateur artificiel ainsi qu'à une transfusion. Mieux : Lila n'est pas morte mais bien en vie comme en témoignent certains signes... Voici donc à quoi le spectateur devra s'attendre. Au manège incessant de deux femmes qui vont tout entreprendre afin de garder en vie la petite fille, quitte à transgresser l'éthique morale propre à leur profession. Si le personnage de Lila intervient ponctuellement, la réalisatrice s'intéresse surtout aux deux femmes. Totalement acquises à la cause du féminisme dont est empreint le long-métrage, Laura Moss et ses deux interprètes plongent leurs héroïnes dans un film à double tranchant. Entre beauté et monstruosité. Birth/Rebirth est d'une efficacité redoutable. Les scènes gore chirurgicales sont réalistes et bien que l'on puisse remettre en cause la technique employée par Rose Casper afin de mettre en place le protocole de renaissance, on se laisse totalement berner par cette excellente réinterprétation à la sauce ''féministe'' du mythe de Frankenstein...

 

samedi 27 janvier 2024

Darlin' de Pollyanna McIntosh (2019) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Commençons par remettre un peu d'ordre dans la franchise Off Season. À l'origine il y eut une œuvre littéraire signée du romancier et scénariste américain Jack Ketchum disparu voilà six ans le 24 janvier 2018, à l'âge de soixante et onze ans. Auteur en 1989 de l'ouvrage The Girl Next Door adapté en 2007 sous son titre éponyme par Gregory M. Wilson, le film fera vivre aux spectateurs une expérience réellement éprouvante, sachant qu'en plus, le roman et son adaptation furent tirés d'un fait-divers sordide ayant réellement eu lieu au beau milieu des années soixante aux États-Unis. La première fois que le public hexagonal entendra vraiment parler de Jack Ketchum dans notre pays sera à l'occasion de la sortie dans la collection culte Gore des Éditions Fleuve Noir de son roman Off Season sous le titre Saison de mort. Un roman parmi les plus cruels de la collection et premier véritable traumatisme de l'auteur à atteindre nos frontières. En 1991, puis vingt ans plus tard, seront ensuite publiés Offspring et The Woman, lesquels seront à leur tour respectivement adaptés sous forme de fictions sous leur nom d'origine par Andrew Van den Houten puis par Lucky McKee. Principalement interprétés par l'actrice et réalisatrice écossaise Pollyanna McIntosh qui dans l'un comme dans l'autre incarnait le rôle de ''la femme'', ce fut à son tour en 2019 de mettre un terme à la saga de la famille d'anthropophages (inspirée du même fait-divers ayant servi de base au script de La colline a des yeux de Wes Craven en 1977) en réalisant elle-même ce qui deviendra Darlin'. Étant désormais aux manettes et bien qu'interprétant toujours le rôle de ''la femme'', Pollyanna McIntosh s'y fait relativement discrète et offre le principal rôle à la jeune actrice Lauryn Canny qui incarne quant à elle le personnage de Darlin Cleek, une gamine ayant été enlevée par ''la femme''. Une protagoniste qui dans The Woman apparaissait déjà mais cette fois-là sous les traits de l'actrice Shyla Molhusen. Maintenant que les bases de l'intrigue sont clarifiées, passons donc au récit qui concerne Darlin'. Dans ce troisième et sans doute dernier opus de la franchise dans lequel la réalisatrice et scénariste rend hommage à l'auteur d'origine Jack Ketchum, des années ont passé alors qu'au terme du précédent long-métrage la jeune fille ainsi que Peggy et Socket Cleek s'étaient réfugiées auprès de ''la femme'' en pleine nature.


L'enfant est devenue depuis une adolescente rendue à l'état de sauvage que l'on découvre d'emblée devant l'entrée d'un hôpital où elle est violemment percutée par une ambulance. Soignée, elle est ensuite dirigée vers un internat catholique du nom de St. Philomena's conduit par un évêque et où elle est accueillie par le personnel qui va alors tenter de l'éduquer. Darlin' tourne donc autour de cette adolescente qui peu à peu va recevoir l'instruction qui va la révéler à Dieu mais aussi faire poindre toutes ces fausses idées qui lui sont apparues durant sa captivité auprès de 'la femme''. Bien que le long-métrage de Pollyanna McIntosh mette en scène une jeune héroïne portant le poids d'une régression psychologique et comportementale très importante, le film est bien dans l'air du temps, se dispersant parfois lors de courtes séquences décrivant l'état actuel de l'institution religieuse. Où l'adoption d'un enfant par des couples homosexuels est encore proscrite et où le représentant de la plus Haute instance religieuse cache des abus sexuels sur des mineurs dans l’Église catholique. Autant dire que le message de la réalisatrice écossaise est très claire en ce sens. Œuvre d'apparence nettement plus posée que ses deux prédécesseures, Darlin' n'en distille pas moins un message et un regard sur notre société assez crus. Et si le film repose à l'origine effectivement sur le même fait-divers que celui employé dans La colline a des yeux quatre décennies en arrière, ces laissés pour compte, ces fantômes, ces pauvres ères qui hantent le long-métrage arborent un visage qui s'éloigne assez facilement des consanguins de Wes Craven pour se rapprocher de ces schizophrènes qui aux États-Unis errent dans les rues. Lesquels sont bandonnés par les hôpitaux et dont les réalisateurs Doug Gerber & Caleb Pennypacker avaient donné une représentation assez juste en 2014 dans leur glauquissime Crazy Murder dont le personnage incarné à l'époque par l'impressionnant Kevin Kenny est désormais remplacé par son pendant féminin, Pollyanna McIntosh ! Bryan Batt incarne dans Darlin' un évêque transpirant littéralement le Mal qui touche l’Église (la pédophilie), tandis qu'entourée d'une brochette de toutes jeunes interprètes, Lauryn Canny mue, passant de l'adolescente crasseuse et grognante à la jolie jeune femme en devenir...

 

samedi 13 janvier 2024

Alien Crossover : Aliens VS Predator : Requiem de Greg et Colin Strause (2007) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Trois ans après la sortie de Alien VS Predator de Paul W. S. Anderson, les frères Greg et Colin Strause réalisent à leur tout un crossover des sagas Alien et Predator. Toujours située sur Terre, l'intrigue n'oppose cette fois-ci plus les deux célèbres mythes fantastiques à des explorateurs à la recherche d'une pyramide située dans une immense grotte souterraine du Pôle Nord. Désormais, ce sont les habitants de Gunnison, petite ville du Colorado située aux abords d'une forêt où s'est écrasé le vaisseau du premier épisode, qui vont faire les frais de la guerre qui oppose les Predators aux Xénomorphes. L’œuvre des Strause s'ouvrant sur une traque forestière, tout en étant assez éloignée de l'esprit de la Saga Alien, offre une ouverture se rapprochant par contre de l'intrigue du premier Predator réalisé en 1987 par le cinéaste américain John McTiernan. Des passages assez plaisants mais qui ne dureront qu'un instant puisque très vite l'intrigue échappe au cadre de la forêt environnante pour s'établir ensuite, et ce, jusqu'à la fin du film, dans la localité de Gunninson. Une bourgade où vit son comptant d'adolescents abrutis, son shérif d'origine mexicaine Eddie Morales, l'ancien repris de justice Dallas Howard et frère aîné de Ricky, le livreur de pizza amoureux de la belle Jesse. Eux mais également Kelly O 'Brien, une ancienne soldate qui, heureusement pour le déroulement de l'intrigue à choisi le bon moment pour revenir en ville.
Si l'on ne peut à aucun moment reprocher à Aliens vs. Predator: Requiem d'être ennuyeux (l'action y est en effet permanente), le film de Greg et Colin Strause pose d'épineux problèmes d'incohérences. A commencer par la présence du vaisseau des predators en orbite autour de la Terre. En effet, épaulés par la guide de haute montagne Alexa lors du combat final de Alien vs. Predator, les predators auraient dû logiquement rebrousser chemin jusqu'à leur planète, leur mission d'extermination des xénomorphes ayant été achevée. Pourtant, on ne sait pour quelle raison (et n'attendez pas que les frères Strause vous en donne une), voilà que celui qui était déjà présent dans le premier crossover traîne à dire adieu à notre jolie planète.

S'ensuit alors une violente extraction du thorax du predator valeureux du premier volet qui gît, mort sur un autel du vaisseau de ses compagnons. La créature qui apparaît alors n'est plus celle à laquelle nous étions habitués. L'un des rares intérêts que les fans de la franchise Alien pourraient porter à ce nouveau crossover est la naissance d'une toute nouvelle créature. Un nouvel hybride. Après ceux de Alien, le Huitième Passager (le Xénomorphe), Aliens, le Retour et Alien, la Résurrection (les Aliens Warriors), et celui de Alien3 ( le Dog Alien), Greg et Colin Strause inventent ce qui deviendra logiquement le Predalien. Un hybride, on l'aura compris, du Predator qui hébergea l'embryon et du Facehugger qui l'insémina. Une belle idée sur le papier mais qui à l'écran s'avère décevant. Et ce pour la même raison que les combats apparaissent illisibles à l'écran : le film étant majoritairement tourné de nuit, et sachant que les décors industriels et la couleurs même des créatures sont dans un ton similaire, on n'y pratiquement rien. Le style est brouillon, les éclairages se font rares et les mouvements de caméra trop imprécis pour que l'on distingue quoi que ce soit à l'écran. 
 
Autre point éminemment négatif : il s'agit ici du comportement du predator dont on attend toujours de la part des cinéastes et du scénariste Shane Salerno, une explication. Celui envers l'espèce humaine. Car si l'on prend en compte les rapports qui s'établissent entre cette race extraterrestre et l'héroïne du premier Alien VS Predator, il est clair que l'animosité qui les opposait avait disparu au moment où ils s'alliaient pour combattre la reine des aliens. Sauf qu'apparemment Greg et Colin Strause ont oublié cet aspect du récit et laissent leur predator tuer sans fondements quelques humains, en oubliant parfois même leurs valeurs de chasseurs en tuant d'innocentes victimes.
Alors que les deux frères cinéastes ne parviennent jamais à mettre en valeur leurs créatures, Aliens vs. Predator: Requiem demeure tout de même de meilleure qualité que le premier crossover. Malgré les difficultés que l'on éprouve à suivre dans le noir les aventures de ces héros multiples dont on s'étonnera parfois de la mort, le film est beaucoup plus plaisant à regarder que le précédant. De plus, Aliens vs. Predator: Requiem nous réserve une toute petite surprise à la fin en nous présentant le personnage qui jusqu'à maintenant était demeuré caché : Miss Yutani qui n'est autre que la moitié du binôme ayant bâtit la compagnie Weyland-Yutani formé de deux empires qui par le passé étaient rivaux...

jeudi 22 septembre 2022

The Boogey Man de Ulli Lommel (1980) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

En ce début des années quatre-vingt, la mode semble être aux slashers. Opposés à Jason Voorhees et à la passion dévorante de sa maman chérie qui pour venger la mort de son enfant massacra à tour de rôle les moniteurs du camp de Crystal Lake dans le premier volet de la franchise Friday the 13th, certains auteurs ont choisi d'édifier des cathédrales aux pires représentants de notre espèce. Des individus dont les traumatismes de l'enfance justifient à peu près tous les actes qui sont décrits dans des pellicules crapoteuses parmi lesquelles l'on retrouve le glauquissime Maniac de William Lustig dont le tueur assassinait de jeunes et jolies femmes, figures maternelles d'une mère qui lui brûlait le torse à l'aide de mégots de cigarettes. Moins réussi mais relativement réaliste dans sa vision de la folie schizophrène, le Cauchemars à Daytona Beach de Romano Scavolini impliquait un monstre à visage humain atteint de psychose incroyablement malsain. Témoin dans son enfance d'un rapport sexuel entre ses parents, George Tatum ne put alors se résoudre à faire autrement que les tuer l'un et l'autre à coups de hache. De quoi perturber l'homme qu'il deviendra plus tard. On pourrait citer nombre de cas similaires même si peu auront réussi à générer autant de malaise devant la caméra. Chez nous, ces deux là sortirent sur les écrans en 1981. L'année même de production d'une œuvre déjà nettement plus obscure réalisée par un allemand. Un certain Ulli Lommel qui déjà en 1973 signa le très marquant La tendresse des loups (Die Zärtlichkeit der Wölfe), long-métrage inspiré des méfaits de Fritz Haarman, un authentique tueur en série surnommé le Boucher ou le vampire de Hanovre qui fut responsable de la mort d'une trentaine d'enfants entre 1918 et 1924. Sept ans plus tard, donc, ce réalisateur allemand très prolifique revenait avec The Boogey Man, un film au titre passe-partout...


Également connu sous le titre Spectre, le film de Ulli Lommel laisse tout d'abord planer l'éventualité d'une œuvre profondément dérangeante. Ce que semble d'ailleurs tout d'abord confirmer la bande-originale de Tim Krog, pas très éloignée de celle que signa notamment le compositeur allemand Klaus Schulze à l'attention du cauchemardesque Schizophrenia de Gerald Kargl qui allait quant à lui sortir deux ans plus tard. Des nappes de synthétiseurs glaçantes, mélancoliques et désespérées ! De quoi donner des sueurs froides d'autant plus que d'emblée le récit débute à la manière de Cauchemars à Daytona Beach puisque là encore, un gamin va être témoin des rapports entre sa mère et (cette fois-ci) son amant avant de tuer ce dernier à coup de couteau de cuisine ! Un certain malaise s'installe presque immédiatement. Surtout lorsque la mère assiste sans broncher à la scène durant laquelle son amant attache son propre fils à son lit, pieds et poings liés et bouche bâillonnée. De quoi diffuser un parfum de scandale (ici, l'amour maternel n'existe pas). Les années ont passé et Willy (Nicholas Love) et sa sœur Lacey ((Suzanna Love) ont bien grandit mais ont conservé un profond traumatisme de cette nuit-là. Alors qu'ils ont depuis été élevés par un couple de parents adoptifs ils reçoivent un jour une lettre de leur mère qu'ils n'ont pas revue depuis vingt ans et le cauchemar recommence. Alors que Nicholas est devenu mutique, Lacey est victime de terribles cauchemars. Sur les conseils du psychiatre Warren (John Carradine), la jeune femme retourne sur les lieux du massacre qui depuis a été racheté par une autre famille. La jeune femme y retrouve dans l'ancienne chambre de sa mère un miroir à travers lequel elle aperçoit la silhouette de l'amant assassiné. Perdant momentanément la raison, Lacey fait exploser le miroir en mille morceaux. Son mari prend alors l'étrange décision de ramasser les débris et de les ramener chez eux...


Et c'est là que tout part en vrille. Pas seulement les événements que vont vivre les personnages mais le scénario lui-même, écrit par le réalisateur, l'actrice Suzanne Love ainsi que David Herschel. L'on ne s'étonnera d'ailleurs pas de découvrir qu'ils s'y mirent à trois tant The Boogey Man semble partir dans autant de directions. On ne sait plus s'il s'agit d'un slasher, d'un film fantastique où rôde l'ombre d'un fantôme (le Spectre en question du titre français) ou d'une histoire de possession. Celle d'un miroir dont les débris semblent être à l'origine d'une multitude d'événements. Devenant de plus en plus alambiqué, le film de Ulli Lommel ira jusqu'à plonger dans le ridicule avec cette vision éminemment kitsch d'une Suzanne Love/Lacey visiblement possédée en fin de long-métrage. Un film qui d'ailleurs se terminera en queue de poisson. Si ce n'était la partition glaçante de Tim Krog, l'attitude inquiétante de Nicholas Love et quelques rares passages sanguinolents, The Boogey Man n'aurait d'autre intérêt que l'étrangeté permanente qui le parcours. Entre slasher et paranormal, le film ne sait malheureusement pas vraiment sur quel pied danser... Curieux... !

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