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jeudi 12 février 2026

Rocky II : la Revanche de Sylvester Stallone (1979) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Avant d'évoquer la suite directe de Rocky de John G. Avildsen, j'en profite pour revenir sur deux points que j'avais oublié de rappeler. À commencer par la présence de l'acteur Joe Spinell, inoubliable interprète du film d'horreur de William Lustig Maniac en 1980 et qui dans le premier volet de la saga ainsi que dans le second incarne l'usurier italien Tony Gazzo. Employeur de Rocky Balboa dans le premier Rocky, ce dernier y recouvre des dettes. Bien que jouant de son physique impressionnant afin de faire pression sur les mauvais payeurs, le boxeur est pourtant incapable de faire le moindre mal autour de lui. Ensuite, il serait bien indélicat de passer à côté de la bande musicale composée par l'italo-américain Bill Conti qui avec Rocky premier du nom et surtout le célèbre thème Gonna Fly Now à durablement marqué les esprits, lequel demeure encore aujourd'hui un classique. Si Sylvester Stallone incarne toujours le rôle iconique de Rocky Balboa, l'acteur est aussi désormais derrière la caméra en lieu et place de John G. Avildsen qui deux ans après le premier opus signera de son côté la comédie romantico-musicale Slow Dancing in the Big City. Toujours écrit par Sylvester Stallone lui-même, Rocky II : La Revanche n'est pas le premier long-métrage que l'acteur signe en tant que réalisateur. Avant cela, il mis en scène La taverne de l'enfer en 1978 et signera plus tard Les faucons de la nuit, Rocky III : L’œil du Tigre, Staying Alive ou encore les épisodes quatre et six de la saga et même le volet le plus violent de la franchise Rambo avec John Rambo... Lorsque démarre le second chapitre, le récit revient sur les dernières minutes qui opposèrent Rocky à Apollo Creed, toujours incarné ici par Carl Weathers. Parmi les principaux interprètes l'on retrouve d'ailleurs ceux du premier long-métrage. Et parmi eux, Talia Shire dans le rôle d'Adrian, Burt Young dans celui de Paulie, Burgess Meredith dans la peau de l'entraîneur Mickey et donc Joe Spinell dans celle de Tony Gazzo. L'on connaît bien sûr l'issue du match puisque le champion du monde conserva son titre bien que pour beaucoup, le combat fut remporté par Rocky. Face à la curée, Apollo propose sa revanche à Rocky. Mais ce dernier, qui depuis s'est marié à Adrian et vit désormais confortablement avec elle grâce aux gains qu'il a remporté lors du match, a promis à sa nouvelle femme qu'il arrêtait les combats ! Malheureusement, l'argent n'étant pas inépuisable et sa jeune épouse étant enceinte, cette dernière est contrainte de reprendre son ancien travail d'employée à l'animalerie...


Rocky trouve grâce à son beau-frère Paulie un emploi précaire à l'abattoir. Mais le contexte social étant ce qu'il est et l'entreprise n'étant pas vraiment florissante, une compression du personnel oblige son employeur à renvoyer Rocky au bout de quelques jours seulement. Pendant ce temps, dans les médias, Apollo Creed ne cesse d'humilier son ancien adversaire qui s'est juré de ne plus remonter sur un ring. Dans l'entourage du boxeur, tout le monde se moque de celui que l'on ne nomme plus ''L'étalon italien'' mais ''La poule-mouillée italienne''. Après plusieurs péripéties, Rocky acceptera finalement de remonter sur le ring comme on le devine et comme le laisse de toute manière présager le titre... On ne change pas une équipe et des thématiques qui fonctionnent et pour cette séquelle du mythique Rocky, Sylvester Stallone continue d'opposer l'ego des deux boxeurs. D'un côté l'on a un Rocky demeuré humble, accompagné des mêmes qualités et des mêmes défauts. Désormais marié à Adrian et dilapidant l'argent gagné à travers l'achat d'une voiture, la location d'un appartement et de cadeaux offerts à ses plus proches amis. De l'autre, l'on a un Apollo Creed obnubilé à l'idée d'affronter de nouveau son ancien adversaire afin de prouver définitivement qu'il mérite bien son titre de champion du monde. Le script de Sylvester Stallone joue en outre sur le contraste entre les milieux sociaux des deux hommes à travers l'entraînement de l'un et de l'autre. Rocky s'entraînant dans des conditions rudes et précaires tandis qu'Apollo peut compter sur une formation optimale... La place d'Adrian et plus importante que jamais au sein de la saga. Son personnage crée le lien entre les événements et cette émotion qui déjà était présente dans le premier opus prend une place bien plus importante dans Rocky II : La Revanche. Notamment lorsque celle-ci tombe dans le coma après avoir mis au monde son enfant... Le film est axé sur la célébrité, l'échec et l'envie de réussir. À ce titre, Rocky II : La Revanche peut être vu comme une allégorie. Le combat permanent d'un homme qui chute, puis se relève, puis tombe à nouveau pour enfin atteindre son but. Plus intense encore que le premier combat opposant Rocky et Apollo, le match est aussi et surtout beaucoup plus violent. D'un point de vue technique, cette longue séquence est aussi bien mieux gérée au niveau du cadre, du montage et de la chorégraphie...

 

mercredi 11 février 2026

Rocky de John G. Avildsen (1976) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Avec la série de films Rambo le premier volet réalisé par Ted Kotcheff a vu le jour en 1982, Rocky est l'un des deux héros du cinéma américain à avoir rendu mondialement célèbre l'acteur Sylvester Stallone. L'un prenant pour cadre la petite ville forestière de Hope, cité imaginaire servant de premier point de chute à un ancien béret vert venu simplement se restaurer. Mais en chemin, il croisera la route du shérif Will Teasle, lequel refusera la présence de John Rambo et le ramènera à la sortie de la ville. Ce dernier choisissant alors d'ignorer les recommandations du représentant de la loi en se présentant de nouveau en ville. Six ans avant de traiter du retour particulièrement difficile à la vie civile d'un ancien soldat ayant combattu durant la guerre du Vietnam, à l'origine du scénario de Rocky, un combat. Celui qui opposa alors le 24 mars 1975, le champion du monde des poids lourds WBA et WBC Mohamed Ali à Charles Wepner, un autre américain qui contrairement au héros incarné par Sylvester Stallone dans le film a déjà à l'époque une importante carrière de boxeur derrière lui puisqu'elle débuta onze ans en arrière, à l'âge de vingt-cinq ans et qu'il était déjà connu des amateurs de boxe grâce à son surnom de Saigneur de Bayonne dû à ses fréquentes blessures lors des combats. Écrit par Sylvester Stallone lui-même, le script de Rocky n'est pas qu'un scénario bête et méchant conçu sur un coin de table en quelques lignes seulement. Tout comme Rambo après lui, le film de John G. Avildsen, auteur plus tard des trois Karate Kid entre 1984 et 1989 et du cinquième opus de la saga Rocky en 1990, dresse le portrait intimiste et sociologique d'une Amérique à deux facettes. Celle de l'argent, du pouvoir et de la célébrité, comme l'incarne l'acteur afro-américain Carl Weather dans le rôle d'Apollo Creed, qui plus que le champion du monde des poids lourds est surtout une star que les médias s'arrachent. Puis celle de l'américain moyen, vivant dans de pitoyables appartements situés eux-mêmes dans des quartiers relativement pauvres. L'accent est ici majoritairement mis sur cette frange de la société, incarnée non seulement par un Sylvester Stallone/Rocky Balboa qui veut s'en sortir et prouver qu'il n'est pas un bon à rien, mais également par un entourage du même milieu. À commencer par Adrian (Talia Shire), charmante employée d'une animalerie, timide et réservée et dont est amoureux notre boxeur amateur. Vient ensuite Paulie (Burt Young), le frère plus âgé de la jeune femme. Homme issu de la classe ouvrière travaillant dans un abattoir et ayant conservé une certaine rancœur vis à vis d'une existence qu'il considère ratée et qu'il noie dans l'alcool. Le futur succès et la nouvelle popularité de Rocky n'auront d'ailleurs de cesse que de cultiver chez Paulie une certaine agressivité mâtinée de jalousie...


Puis vient enfin le personnage de Mickey (Burgess Meredith), personnage central dans l'existence de son poulain auquel cependant il ne semble pas vraiment croire. En effet, après été entraîné par cet ancien boxeur raté, Rocky se voit mettre à la porte de la salle d'entraînement où il avait pourtant ses habitudes depuis six ans ! Ceux qui ne connaissent pas encore Rocky s'imaginent sans doute que le principal intérêt du long-métrage de John G. Avildsen se situe au niveau du monde de la boxe et du légendaire combat que son héros et Apollo Creed mèneront durant les dix ou quinze dernières minutes du récit mais tout comme Rambo ne sera pas six ans plus tard qu'un film de guerre urbaine entre un seul homme et une armée de soldats et de représentants de la loi, Rocky n'est pas qu'un film sur le sport en général et sur la boxe en particulier. On peut même dire qu'entre le combat final et les quelques séquences filmées dans la salle d'entraînement Mighty Mick’s, celles-ci ne représentent qu'une part congrue du récit. Notons d'ailleurs que si la salle existe réellement, le nom est lui tout à fait imaginaire puisque le lieu utilisé à l'occasion du tournage est le Front Street Gym, une véritable salle de sport ou amateurs et professionnels de la boxe avaient l'habitude de s'entraîner. Concrétisant l'aspect brut et réaliste des lieux et qui d'ailleurs est l'une des marques de fabrique de ce Rocky tourné dans le jus de la ville. Et notamment dans le quartier de Kensington situé dans la partie sud de Philadelphie. Manière de montrer la dureté de la vie pour ses habitants, parmi lesquels Rocky tentera donc de s'extraire à travers l'opportunité de changer d'existence lors du combat qui l'opposera à Apollo Creed. Rocky est donc d'abord un drame. Touchant, émouvant, Sylvester Stallone incarnant l'un de ses plus grands rôles au cinéma. Aux côtés d'interprètes très justes et dont les personnages se révèlent eux-mêmes très touchants. Comme la relation entre le boxeur et la timide employée d'animalerie. Ou les personnages de Paulie et de Mickey. Dans un autre ordre d'idée, nous avons Apollo Creed. Personnalité sûre d'elle et donc arrogante. Son manque de sérieux et de préparation face au combat qui l'attend témoignant d'ailleurs du caractère suffisant de la star de la boxe. On connaît d'ailleurs la suite et l'issue du récit. Car même si Rocky finit par perdre le combat, la légende est bien née. Sur grand écran et dans l'imaginaire des spectateurs... À tel point que cinq autres longs-métrages verront le jour entre 1979 et 2006. Sans compter les trois spin-off qui verront le jour entre 2015 et 2023 sous le titre Creed...

 

mercredi 23 novembre 2022

!!! 11 ans-3000 articles !!! Chronique remaniée de ''Maniac'' de William Lustig édité à l'origine le mardi 12 avril 2011



William Lustig, le clandestin

Né le 1er février 1955 dans le quartier du Bronx à New York, qui aurait pu penser que William Lustig, futur réalisateur du cultissime Maniac allait d'abord se spécialiser dans le X en tournant coup sur coup, les pornos The Violation of Claudia (en 1977) et Hot Honey (en 1978) ? Certainement pas ses parents comme on l'imagine. Ces deux longs-métrages expliquent cependant peut-être pourquoi Maniac sera aussi cru, réaliste, et surtout, terriblement malsain. Car si les exactions de son tueur demeurent fort heureusement du domaine de la fiction, et si certains effets dépassent parfois le cadre du portrait froid et méticuleux (la séquence de l'amant se faisant exploser la tête dans sa voiture est impressionnante mais relève de la pure fiction dans son traitement), après le cauchemar 'slashérien' qui éveille dans la moiteur de son sordide et minuscule appartement, le tueur dont on suivra les péripéties durant plus d'une heure-trente, la séquence suivante pourrait tout aussi bien ouvrir les hostilités d'une scène purement érotique si William Lustig n'avait pas choisi d'en faire une séwuence gore réaliste et particulièrement éprouvante.

L'agonie de l'enfance

Loin du charme d'un Ted Bundy, Frank Zito incarne le tueur en série chassant ses proies de nuit. Mais si ses exactions peuvent paraître inexcusables, il faut comprendre qu'elles ne sont en revanche, jamais gratuites. S'il tue, c'est pour une raison bien précise : sa maman, qu'il honore d'un autel à son effigie, le maltraitait lorsqu'il n'était qu'un tout jeune enfant. De cette période, il a conservé des stigmates physiques et psychologiques. Sur le torse, Frank arbore des cicatrices. Des brûlures de cigarettes que lui infligeait sa génitrice. On imagine le calvaire d'un enfant qui une fois parvenu à l'âge adulte, est devenu l'un des pires prédateurs nocturnes. Ses proies ? Essentiellement des femmes. Parfois, des hommes également. Mais principalement parce qu'ils demeurent au mauvais endroit, au mauvais moment. L'enfant est devenu adulte, certes, mais a conservé toute la rancœur qu'il a eu le temps de nourrir envers sa maman chérie. Un drôle de rapport oppose d'ailleurs l'enfant à la mère, puisque parvenu à l'âge adulte, il nourrit pour elle, une haine et un amour immodérés dont les meurtres sont une source d'apaisement, une manière de lui faire payer les tortures infligées, mais aussi et surtout, une méthode particulièrement tordue de la ressusciter.

Les méthodes de l'assassin

Henry Lee Lucas aurait pu glisser à l'oreille de Frank Zito que la meilleure méthode pour ne jamais éveiller les soupçons de la police  est d'utiliser à chaque fois, une arme différente (Henry, Portrait of a Serial Killer de John McNaughton, 1986). Meurtre au fusil, au couteau, étranglement, Frank Zito use de ce qu'il a sous la main. Mais invariablement, il choisit de conclure la chasse en prélevant sur ses proies, un trophée à l'aide d'un cutter. Toujours identique : le scalp de ses victimes féminines. Car Frank Zito, que parfois, l'on prendrait presque pour un individu normal (sa voisine ne soupçonne pas la bête qui se cache en lui) n'est jamais véritablement libéré de ses obsessions. Sortir la nuit et prendre une vie n'est pas qu'un exutoire qui lui permet, de retour dans son appartement, de passer à autre chose. Car chez lui, dans cette étouffante atmosphère, on comprend que le meurtre n'est que la première étape d'un processus qui mène le personnage au plaisir œdipien qui l'étreint. Plus que les crimes particulièrement sanglants dont Frank se rend coupable, la fascination qu'exerce Maniac se situe sans doute davantage dans ce portrait saisissant d'un homme incarnant le fils ET la mère. Parallèlement à ces tueurs qui prélèvent un 'souvenir' de leurs victimes afin de retrouver l'excitation du meurtre exécuté bien après les faits, Frank emporte le scalp de ses victimes pour une raison qui sera rapidement évoquée. Se procurant, lorsque le tueur en a besoin, des mannequins de vitrine, il y cloue les trophées des femmes dont il a ôté la vie. 
 
Frank Zito est sans doute l'un des tueurs les plus étranges auquel le septième art ait donné vie. Plus que le désir de faire de Maniac un simple film de tueur bête et méchant à l'allure de slasher, William Lustig dépasse son simple statut de 'serial killer film' et plonge littéralement le spectateur dans la tête de son assassin. Comme le fera d'ailleurs trois ans plus tard le cinéaste autrichien Gerald Kargl avec son traumatisant Schizophrenia (Angst). Frank Zito s'adresse à sa mère disparue. Mais pas seulement puisque c'est à travers ces mêmes lèvres qu'elle aussi s'exprime. Mais on s'éloigne ici du pur produit fantastique puisque l'on a bien compris que c'est Frank et personne d'autre qui persévère à la faire revivre au delà de la mort et à lui dicter son attitude. Amour immodéré pour sa génitrice ou 'syndrome de Stockholm' ?

L'incarnation de Joe Spinell

Né le 28 octobre 1936 et décédé le 13 janvier 1989, l'acteur Joe Spinell (de son vrai nom Joseph J. Spagnuolo) aura marqué de son incroyable faciès différents genres cinématographiques. De ses débuts dans Le Parrain de Francis Ford Coppola pour lequel il ne sera pas crédité, jusqu'à son ultime interprétation dans l'épisode pilote de la courte série Dream Street (une saison, six épisodes), en passant par Starcrash de Luigi Cozzi dans lequel il côtoyait pour la première fois deux ans avant Maniac, l'actrice britannique Caroline Munro, Rocky 2 de Sylvester Stallone, Les Frénétiques (encore aux côtés de Caroline Munro), Vigilante (une autre bande culte signée William Lustig), ou Rapid Fire de David A. Prior, sa dernière incarnation sur grand écran. Joe Spinell aura également été l'auteur de deux scénarii. Celui du film qui nous intéresse ici, mais également de ce qui aurait dû devenir la suite des aventures du maniaque, Maniac 2 : Mr Robbie. Un projet que devait réaliser Buddy Giovinazzo, auteur du traumatisant Combat Shock (produit par Troma Entertainment) mais qui demeurera à l'état de court-métrages, quelques séquences ayant tout de même été tournées. De ces deux films, l'acteur et scénariste en est également le producteur. Co-produit par Andrew W. Garroni et co-scénarisé par C.A.Rosenberg, Maniac est donc en partie le bébé de Joe Spinell. Au moins autant que celui de William Lustig.
La mort de Joe Spinell a non seulement laissé la place à sa légendaire interprétation, mais également à plusieurs hypothèses concernant sa disparition. Si officiellement, l'acteur est mort d'une crise cardiaque en raison de sa très grande consommation de drogue et d'alcool consécutive au traumatisme engendré par le décès de sa mère deux ans auparavant, certains cultivent une autre théorie qui veut que le personnage de Frank Zito qu'il incarna neuf ans plus tôt le hanta au point qu'il se mit à prendre des drogues et à boire de l'alcool plus que de raison. Hémophile, Joe Spinell serait rentré ivre, la veille de la découverte de son corps, se serait blessé, aurait fini par s'endormir et se serait lentement, mais inexorablement, vidé de son sang. Légende ou pas, ce détail plutôt sordide renvoie évidemment au délirant et très sanglant final de Maniac. Vrai ou faux, toujours est-il que l'acteur est devenue depuis, l'une des icônes du cinéma d'épouvante les plus reconnues dans le monde. Depuis, l'homme repose au cimetière de 'Calvary Cemetary' (littéralement, le Cimetière du Calvaire) dans le Queens.

La bande originale, Les Meurtres et les effets-spéciaux

Ce qui marque presque instinctivement les esprits avec Maniac, c'est son ambiance extraordinairement pesante, morbide, glauque, malsaine, incommodante... appelez-là comme vous voudrez. Outre l'apparence inquiétante d'un Joe Spinell bedonnant, le visage grêlé, respirant et gémissant bruyamment, l'un des aspects qui y participent demeure dans la composition de thèmes musicaux dus au compositeur américain Jay Chattaway, notamment auteur de plusieurs œuvres pour les diverses séries télévisées Star Trek (pour lesquelles il a reçu à plusieurs reprises les fameux Emmy Awards américains) et d'un peu plus de vingt longs-métrages pour le cinéma, dont le Vigilante de William Lustig, Peur Bleue de Daniel Attias, The Ambulance de Larry Cohen, ainsi que de plusieurs séries et téléfilms documentaires. La bande originale de Maniac, principalement produite à l'aide de sonorités électroniques, demeure parmi les plus angoissantes que le septième art ait produit. L'un des points culminants demeurant lors de la séquence de poursuite dans le métro où, avec une brillante économie de moyens, le compositeur imagine un air de piano désaccordé que tous ceux qui l'entendirent à l'époque ont sans doute encore en mémoire. Entrecoupée de musique disco bien dans l'air du temps (je rappelle que nous sommes alors en 1980), la partition accompagne parfaitement les exactions d'un 'héros' libérant ses frustration sexuelles au cœur d'un New York nocturne et fiévreux. Sans distinction aucune, Frank élimine en effet tout ce que ses congénères (avec une nette préférence pour la gente féminine) préfigurent sous la forme de débauche. Couple dormant sur une plage, prostituée, amants batifolant à l'arrière d'une voiture, et même mannequins. Tout commence comme dans un cauchemar. Celui, sordide, de Frank qui avant de se réveiller, va se rêver en train de tuer un homme et sa petite amie sur une plage. Un double homicide encore bien 'propre' en comparaison de ce qui va suivre.

William Lustig pousse le réalisme de la séquence suivante lors de laquelle le tueur s'en prend à une prostituée dans l'une des chambres d'un hôtel de passe miteux tenu par un gérant incarné par... William Lustig lui-même (le gros type au cigare qui fait du gringue à une 'pute à perruque', c'est lui) en ne faisant intervenir qu'un programme radio en lieu et place de bande-son. En matière d'effets gore, le maquilleur Tom Savini (qui débuta sa carrière quelques années auparavant avec deux autres films cultes, Martin et Dawn of the Dead, tous deux signés par George Romero) commence à s'en donner à cœur joie et après l'étranglement que subit la prostituée de la part d'un Frank Zito pris d'une rage meurtrière, la pauvre jeune femme est scalpée devant la caméra à l'aide de l'instrument favori du tueur : un cutter. L'effet est saisissant. C'est le début d'une orgie sanglante qui connaîtra son apogée lors d'une séquence relativement amusante à évoquer puisque l'une des victimes voyant littéralement exploser sa tête à l'aide d'un fusil à pompe n'est autre que Tom Savini, lui-même concepteur de l'effet plutôt cradingue. La jeune femme qui l'accompagnait sans doute pour une relation adultère se verra, hors-champ, subir le même sort avant d'être elle aussi scalpée. Chaque scène de meurtre étant entrecoupée d'interludes particulièrement éprouvants montrant un Frank Zito de retour à la maison et plantant ses trophées au sommet du crânes des mannequins de vitrine qu'il s'est procuré au préalable, William Lustig et Joe Spinell nous concoctent alors, l'une des scènes d'épouvante les plus marquantes de l'histoire du septième art. 
 
La fameuse séquence durant laquelle, Frank parcourt les rues sombres de New York à la recherche d'une nouvelle proie avant de trouver celle qui lui convient : une infirmière qui plutôt que de patienter jusqu'à ce qu'on vienne la récupérer, choisit la mauvaise option en parcourant la distance qui la sépare de la rame de métro qu'elle a finalement décidé de prendre. Une poursuite infernale entre rues désertes et métro qui prend des allures de lieu désaffecté. La dernière rame venant d'abandonner la jeune femme à son triste sort (impressionnante Kelly Piper dans son rôle le plus marquant), la scène se termine dans des toilettes publiques aux murs 'tatoués' de graffitis en tous genres... Puis c'est au tour du mannequin Rita de faire les frais de la folie de Frank lors d'une séquence qui en comparaison avec le spectacle sanglant et morbide auquel nous venons d'assister, paraît relativement sobre. Entre temps, Frank aura eu le loisir de nous faire découvrir un autre aspect de sa personnalité en se sociabilisant auprès de la belle photographe Anna d'Antoni, incarnée par la superbe Caroline Munro. On pourrait croire pendant un instant que le tueur s'est définitivement effacé au profit d'un Frank séducteur, mais les apparences sont parfois trompeuses...

Anecdotes

Tourné à New York et majoritairement de nuit, Maniac a rencontré quelques difficultés puisque William Lustig ayant décidé de tourner le film sans autorisations légales adéquates, il lui a fallut faire vite et ce, notamment lors de la séquence de la tuerie à bord de la voiture. Le coup de feu ayant attiré l'attention de passants, il a fallut au réalisateur ainsi qu'à l'équipe technique et les interprètes, se dépêcher de quitter les lieux à l'issue du tournage avant que ne débarquent les autorités. Trente huit ans après sa sortie, Maniac n'a pas perdu de sa superbe et face à la concurrence actuelle, il demeure encore très largement au dessus du niveau de référence actuel. Plusieurs anecdotes entourent le film bien au delà de la légende qui entoure le décès de Joe Spinell. La plus évidente demeurant autour de la réception de ce qui restera comme l'un des quelques longs-métrages horrifiques à avoir connu le (dés)honneur de la censure en France puisqu'il fut interdit pendant un an (ce qui en comparaison des cinq années d'interdiction de Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper peut paraître anecdotique). Le film connaîtra tout d'abord les honneurs d'une édition au format VHS avec sa parution dans la cultissime collection 'Les Classique de l'Horreur et de l’Épouvante' de René Château Vidéo, à l'arrière des jaquettes desquelles était mentionnée la fameuse citation :'Les Films que Vous ne Verrez Jamais à la Télévision !'. Pire qu'en France, le film connut de sévères coupes selon les pays où il fut distribué. Notamment en Angleterre et en Australie. L'anecdote la plus surprenante demeure sans doute celle entourant la célèbre chanson 'She's a Maniac' que l'on entend dans la comédie musicale Flashdance d'Adrian Lyne. Il faut savoir qu'à l'origine, elle fut composée pour le long-métrage de William Lustig mais n'étant pas de la même inspiration que le reste de la bande originale, elle fut finalement rejetée avant de devenir le succès que l'on sait...

Diverses affiches, posters et éditions VHS, DVD et Blu-Ray de Maniac...


Bande annonce


Bande annonce Remake 2012 


mercredi 1 juin 2022

La neuvième configuration de William Peter Blatty (1980) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

La seule évocation de William Peter Blatty réveille de vieux souvenirs. De ces cauchemars qui sur pellicule ont empêché de dormir des générations de cinéphiles. Car derrière ce nom se cache l'auteur de L'exorciste, roman qui eut les honneurs d'une adaptation sur grand écran en 1973. Et pas par n'importe quel cinéaste puisque William Friedkin réalisa lui-même ce qui demeure toujours comme l'une des expériences les plus traumatisantes ayant vu le jour dans les salles de cinéma. Si la légende aura d'abord retenu le nom du réalisateur, William Peter Blatty n'en est pas moins rattaché à l’œuvre pour l'éternité. De son côté, ce dernier aura réalisé en tout et pour tout, deux films. Pas un de plus. En 1990, il réalisera The Exorcist III: Legion, le troisième volet d'une franchise qui aurait peut-être dû s'arrêter à l'issue du chef-d’œuvre de William Friedkin. Une bouture bien fade au regard de l'original même si elle possède des qualités qui lui sont propres. Il est par contre relativement intéressant de revenir dix ans en arrière, soit en 1980. Cette année là, William Peter Blatty se lance lui-même dans la réalisation avec La Neuvième Configuration. Une œuvre logiquement écrite par ses soins mais qui n'a plus rien à voir avec le Diable tel qu'il le décrivait presque dix ans plus tôt en 1971 dans son plus célèbre roman. Ce premier longs-métrage que l'on aurait tôt fait de ranger dans la catégorie des O.F.N.I.s est effectivement une œuvre très particulière. Le genre de film qui peut incommoder de diverses manières ou réjouir les amateurs de bizarreries...


Une certitude rejoindra cependant ces différents cas de figures : La Neuvième Configuration ne laissera personne indifférent. On pourrait en parler durant des heures. Discuter de ces quatre-vingt premières minutes lors desquelles la folie des personnages rejoint celle du script et à la suite desquelles, le spectateur finira par cesser de rire. La farce se mue en une tragédie et l'on se demande alors pour quelles raisons William Peter Blatty a attendu si longtemps pour nous servir ce drame que l'on aurait aimé voir gagner du terrain sur les trop longues divagations qui l'ont précédé. Après avoir lâché ses interprètes durant plus des deux tiers du récit, à les laisser jouer comme des enfants indisciplinés entre les murs d'un stupéfiant château à l'architecture gothique situé au sommet d'une montagne, le réalisateur durcit le ton. Son équipe technique et ses deux principaux interprètes (les formidables Stacy Keach et Scott Wilson) sont transportés dans un bar sordide tenu par une bande de bikers particulièrement violents à la tête desquels trônent l'acteur Steve Sandor et son ''lieutenant'' Richard Lynch. Jusque là, La Neuvième Configuration nous promena dans un drôle d'établissement consacré au traitement psychiatrique d'anciens soldats supposément atteints de folie. Le Colonel Vincent Kane (Stacy Keach) intègre donc l'endroit en tant que psychiatre afin d'y étudier les patients et de voir qui parmi eux est vraiment malade et qui simule...


Et là, le spectateur a droit à une galerie de personnages hauts en couleurs. À commencer par le duo formé autour des lieutenants Frankie Reno et Spinell (le second empruntant le nom authentique de celui qui l'interprète, soit l'acteur Joe Spinell, formidable monstre humain dans le traumatisant Maniac de William Lustig sorti la même année), le premier faisant passer des castings à des chiens dans le but de monter une pièce de théâtre inspirée de William Shakespeare. En passant par un schizophrène dont l'une des personnalités n'hésite pas à revêtir une robe chasuble de nonne ! Mais surtout, ce sera pour le colonel Vincent Kane, l'occasion de faire la connaissance du capitaine Billy Cutshaw (l'acteur Scott Wilson). Un ancien astronaute qui lors du lancement d'une fusée à destination de la Lune fut pris de panique et interrompit le décollage. Quatre-vingt minutes d'un grand n'importe quoi, lors desquelles les dialogues perdent complètement le spectateur dans le même esprit que ces improvisations dont seuls ceux qui en sont les acteurs savent de quoi ils parlent. Notons que la présence à l'image de Stacy Keach tempère quelque peu le climat de folie qui baigne littéralement et qu'il sera lui-même l'objet central d'un très intéressant Twist. Ensuite, c'est le choc. Dix ou quinze minutes lors desquelles William Peter Blatty plonge la tête du spectateur dans une bassine remplie d'eau et le contraint à vivre une double humiliation sous apnée ! Une longue séquence rendue plus difficile encore par l'aspect humoristique (et plus ou moins drôle) de tout ce qui a précédé cette séquence pénible à supporter. Dans le genre ''changement de ton'', le réalisateur a réussi l'exploit de plomber l'ambiance sans espoir pour le spectateur de retrouver le sourire. D'une manière générale, soit on adhère au concept de départ, soit l'on abandonne au bout d'une demi-heure. Ce qui serait au fond, une grave erreur puisque la patience des spectateurs étant mise à rude épreuve, la récompense n'en sera que plus grande. Un film unique en son genre et une vraie curiosité servie par une jolie brochette d'interprètes...

 

samedi 30 septembre 2017

1000 !!!

Pour ce millième article sur Cinémart, j'avais tout d'abord envisagé de vous parler de mon polar français préféré. Une œuvre que je tiens en haute estime. Si haute d'ailleurs, que je le considère encore aujourd'hui comme le meilleur de sa catégorie. Ce film, c'est Mort un Dimanche de Pluie. Certains, et même sans doute beaucoup lui en préféreront un autre, et c'est tout à fait leur droit. J'ai débuté l'écriture de l'article consacré à ce film de Joël Santoni il y a des mois mais je l'ai arrêté, n'étant pas très content du travail que j'avais fourni à son sujet. Alors qu'il me faut généralement entre quinze et vingt minutes pour écrire un article et le publier, je butais là sur des considérations disproportionnées qui m'ont ôté toute envie de poursuivre son écriture. J'y reviendrai un jour. Ce jour où je serai prêt à vous livrer un article digne de ce chef-d’œuvre intemporel. J'ai ensuite pensé à travailler sur un glossaire du cinéma. Non exhaustif, le travail que j'ai fourni jusque là est, il me semble, beaucoup trop long pour qu'il apparaisse lors d'une seule et même publication. C'est alors qu'une idée quelque peu saugrenue m'est apparue. Retourner en arrière. Un voyage dans le temps. Jusqu'au 12 avril 2011, date à laquelle je publiais mon tout premier article sur Cinémart. Partant d'une page et d'un blog vierges, j'entamais la longue aventure qu'est devenu Cinémart depuis avec Maniac de William Lustig. Pourquoi ne pas revenir dessus ? Non pas sur l'article, mais sur le film ? Afin de boucler la boucle. Un article sensiblement différent puisqu'il ne s'agirait alors pas vraiment d'une critique mais plutôt d'une histoire, d'un conte, raconté aux grands enfants que nous sommes. Ceux qui me connaissent, je veux parler de ceux, en chair et en os, que je bassine quotidiennement en leur parlant cinéma (tandis qu'ils font de même lorsque je les entends parler football) savent que j'adore Maniac. Que je l'aime tant qu'il fait partie de la petite dizaine de films que j'ai dû voir plus d'une trentaine de fois. J'avais envie de lui prouver mon amour en revenant vers lui. Sans même me donner la peine de le revoir à nouveau. La dernière fois, c'était très certainement en 2014 ou 2015. C'est donc à travers ces souvenirs pas si anciens que cela que je vous propose de vivre l'aventure Maniac à travers le texte suivant. Certains oublis volontaires ou non seront forcément présents. De nombreux spoilers également. J'invite tous ceux qui n'ont jamais vu l’œuvre de William Lustig de ne pas lire cet article qui ne se concentre pas sur l'étude (ou si peu) des scènes clés mais ne fait que raconter l'histoire pas tout à fait complète de Frank Zito. Et par là même, de Joe Spinell, celui qui l'incarna si brillamment sur les écrans de cinéma...



Cauchemars
New-York, 1980. Une plage, en début de matinée. On entend les mouettes pousser leur cri. Pleurent-elles ? Rient-elles ? Quel néologisme évoquer devant ce triste chant qui ne parviendra pas à couvrir les cris de ce couple d'amoureux qui après avoir partagé un feu de camp, un baiser, et leurs bras respectifs, vont mourir sous les assauts d'un tueur en série ? Si l'ombre de Jason Voorhees et Michael Myers plane sur ces premières minutes, Maniac n'est cependant pas le slasher auquel il semble se référer. Frank Zito, lui, est une autre espèce de croque-mitaine. Plus réaliste qu'un tueur masqué survivant à d’invraisemblables coups de couteaux, fusils, marteaux et autre tronçonneuse, c'est le fils d'une mère monstrueuse. Torturé, bafoué, sans cesse réprimé, comment veut-on que d'une enfance aussi malheureuse éclose un homme suffisamment mûr pour être capable de faire la différence entre le Bien et le Mal ? Frank s'éveille d'un cauchemar terrifiant. Cet homme et cette femme qu'il vient de tuer dans son sommeil, ça n'est pas que l'expression nocturne d'un fantasme. Non, plutôt le souvenir d'un acte barbare accompli la veille. D'ailleurs, prenons-en pour preuve, les médias qui s'en feront très bientôt l'écho. Tombons-nous au bon moment lorsque survient cet événement incroyablement sanglant ? La radio, seule compagne de Frank et de ses mannequins de cire lorgnant les quatre coins de son minuscule studio de leur regard mort, diffuse une information dont l'importance est considérable. Un maniaque rôde, la nuit, et vient de faire ses premières victimes. Mais pas les dernières, non, puisqu'ensuite, voici que Frank est accosté par une prostituée. Ça n'est pas lui qui l'a cherchée, mais elle qui l'a arrêté alors qu'il s’apprêtait à poursuivre son chemin sur un trottoir crasseux d'un quartier de New-York. La violence et le sexe suintent de l'asphalte et des murs aveugles des édifices. Derrière l'on y devine des spectacles obscènes. Des filles de la rue baisées par des clients ventripotents et aux pensées salaces. Contre quelques billets verts, ces putes à paillettes et jupes très courtes attirent le client potentiel en jouant de leurs charmes. Frank tombe dedans. Mais le piège, le vrai piège, c'est elle qui y plonger. La fille de joie sans nom. Incarnée par l'actrice Rita Montone. Quatre films au compteur, pas un de plus. Dont un Blood Sucking Freaks déjanté. Une fois les règles établies par la professionnelle, elle et Frank s'engouffrent dans un hôtel miteux tenu par un gérant sous les traits duquel se cache William Lustig. Et William Lustig, ça n'est autre que le réalisateur de Maniac. Au fait ! J'allais oublier un point crucial. Frank Zito, cet homme bedonnant, au visage grêlé et au regard monstrueusement flippant, c'est le formidable Joe Spinell. Lequel a, en compagnie du cinéaste, participé à la création et à l'écriture du scénario original.
Lustig crée l'ambiance en y incorporant le son d'un petit poste de radio. Pourquoi y mettre de la musique quand dans le monde tel qu'on le connaît, un meurtre se perpètre dans le silence ? Le cinéaste crée un climat épouvantable. Ultra-réaliste. Ultra-gore. Ultra-morbide. En cinq ou six minutes, il définit selon lui ce qu'est le cinéma d'épouvante. Une ambiance lourde, chargée, cauchemardesque et s'inscrivant dans un cadre incroyablement réaliste. A cela, il ajoute le sang. Pas autant qu'un Peter Jackson du temps de Braindead. Seul quelques lignes d'hémoglobines pour souligner l'acte barbare dont est victime la prostituée qu'il vient tout juste de terminer d’exécuter en l'étranglant. D'ailleurs, plus encore que l'acte de scalpe, c'est la mise à mort qui est terrifiante. Entre cette pauvre enfant dont le poids ne doit pas dépasser les soixante kilos et cette masse énorme qui se penche sur elle de son quintal mal assumé, la gorge serrée comme dans un étau, ses chances de s'en sortir vivantes sont nulles.

Déviances
De retour chez lui, Frank nous invite à l'une des deux ou trois séances les plus traumatisantes de l'histoire du cinéma. Recouvert d'un linceul de plastique noir, il découvre le corps dévêtu de son nouveau modèle de cire. Tête nue. Lisse comme l'épiderme fraîchement éclot d'un nouveau-né. Frank crée sans le vouloir une nouvelle forme de nécrophilie. Alors que le meurtre reflète un acte matricide symbolique, le scalpe avec lequel le tueur rentre chez lui sert à la continuité du fantasme. Et par là, à la valeur incestueuse ajoutée qui sera bientôt définie par un acte sexuel déroutant. Cloutant au sommet du crâne du mannequin le scalpe de la prostituée précédemment exécutée, Frank la transforme ainsi en une poupée inerte. Raide comme un cadavre durant le passage à l'état de rigor mortis (ou rigidité cadavérique) que rencontre chaque personne au moment de sa mort. D'une certaine manière, Frank rend service à ces filles dont il fait indifféremment l'amalgame, mélangeant les genres entre prostituée, infirmière, mannequin de mode ou photographe. En les tuant, et en ne leur prélevant que le scalpe, il les immortalise ensuite en leur offrant une toute nouvelle apparence à travers le corps des mannequins de cire qui jonchent son appartement. Une fois encore, Frank innove. Sous la pulsion salvatrice de la mort, il est un Créateur. Un génie redonnant vie à ses victimes comme l'aurait fait en son temps un certain docteur Frankenstein. Frank embaume. Parle aux mannequins. Les caresse, et plus si affinités... et affinité, il y a ! Frank leur fait l'amour. Heureusement, hors champ. L'ambiance est assez lourde comme ça. Inutile d'en rajouter, on a bien compris que le bonhomme était irrécupérable... Comme tout bon tueur en série, penser à changer régulièrement de technique pour ne pas se faire repérer. Une arme différente pour chaque meurtre. Principe que s'imposait Henry Lee Lucas, le tueur aux 250 victimes. Après, le cutter, le fil à couper le beurre et l'étranglement à mains nues, choisir une arme à feu. Un fusil à pompe fera l'affaire. Frank se croirait-il dans l'un de ces vieux polars dans lequel un tueur à gage planque son arme dans un étui à guitare ? Toujours est-il que son contrat, à lui, est chaque fois identique : tuer cette mère castratrice qui revient sans cesse le hanter. Qui parle à travers les lèvres de Frank. Mais c'est elle bien entendu. Qui le prévient qu'à chaque fois qu'il sort, il risque de replonger. De tuer à nouveau ces femmes aguichantes. Son prochain objectif, c'est ce couple adultère. Une femme et un homme qui ne trouveront rien de mieux que de baiser à l'arrière d'une voiture. Garés en dehors de la ville, ils finissent par se rendre compte qu'un individu les épie. Enfin, surtout elle car lui, en pleine action, n'a pas très envie de reboutonner son pantalon. Alors elle insiste, une fois, deux, puis trois, et lui se décide enfin à enclencher la première et à allumer les phares avant. Donnant sur une brume crépusculaire et sur une silhouette que nous commençons à bien connaître. Meurtre beaucoup plus ludique que celui de la prostituée, Frank jaillit on ne sait par quel miracle sur le capot du véhicule du couple adultère et fait feu. Le projectile atteint parfaitement sa cible. La tête du bonhomme explose comme une pastèque. Du sang, des bouts d'os et de la cervelle giclent un peu partout dans la cabine et surtout au visage de sa maîtresse. Laquelle est choquée, puis hurle lorsqu'apparaît de son côté du véhicule, un Frank qui la tue après s'être repaît de la peur lue dans le visage de sa victime. De retour chez lui, Frank se met au lit, avec l'un de ses mannequins. Le scalpe qui y est clouté et les vêtements que recouvrent le corps laissent envisager que ceux-ci appartiennent à sa précédente victime. Un rituel immuable. L'acte vengeur d'un homme contre une mère qu'il ne cesse de tuer encore et encore...

L'infirmière
C'est ensuite qu'apparaît pour la première fois celle qui peut-être modifiera le comportement du psychopathe. Une photographe qui innocemment prend Frank en photo alors que celui-ci se promène dans un parc apparemment, sans mauvaises intentions. A moins qu'il ne chasse ? Cela voudrait-il dire alors que les meurtres perpétrés de nuit sont préparés à l'avance ? Frank commettrait-il des meurtres avec préméditation ? Une réponse que l'on connaît déjà puisqu'alors, pourquoi sortir le soir armé si ce n'est pour tuer ? Frank patiente jusqu'à ce que la photographe en question tourne la tête ailleurs pour aller fouiner dans le sac que la belle brune à posé par terre un peu plus loin. Anna d'Antoni, c'est son prénom. Et le 13 E. 14th Street, quelque part à New-York, c'est son adresse. La nuit retombe très vite dans la cité. Frank parcourt les rues. Contemple les mannequins d'exposition dans les vitrines, puis se met en planque devant l'entrée d'un hôpital d'où sortent deux jeunes infirmières. L'une propose à l'autre de la raccompagner en voiture mais cette dernière refuse. Quelle erreur. Se dirigeant alors vers la station de métro la plus proche, elle sent une présence. Frank la suit. La musique de Jay Chattaway, lugubre, participe à l'angoisse qui ne fait que monter. L'infirmière pressent tellement le danger qu'elle se met à courir... mais manque le dernier métro. Se réfugiant dans des toilettes publiques sordides dont les murs sont tapissés de graffitis, elle se planque au fond. Dans les dernières toilettes, espérant que l'homme qui la poursuit n'en a aucune idée, elle attend, le souffle coupé. Le prédateur l'a pourtant suivie. A petit pas, comme s'il voulait prendre son temps. Savourer chaque seconde en imaginant sa proie retenir son souffle, là-bas, tout au fond des chiottes, Frank passe devant chaque toilette. Vérifie la présence ou non de l'infirmière qui, l'air de rien, est incarnée de manière assez fascinante par l'actrice américaine Kelly Piper dont les talents ne seront malheureusement exploités que dans de très rares occasions.
Plus fort encore. Frank abandonne les lieux au moment où il s’apprêtait à vérifier les dernières toilettes. La porte d'entrée des lieux claque comme une soupape permettant enfin à l'infirmière de reprendre son souffle. La voici désormais seule, enfin. La situation lui paraît tellement stupide qu'elle en rit. Ce qui ne l'empêche malgré tout pas de faire très attention à ne pas faire de bruit. La tension était à son comble, désormais, elle retombe... mais pas trop. Parce qu'on le sait, dans ce genre de situation, on peut s'attendre à un retournement de situation ! Elle, comme les autres, mourra. Frank, le malin, le vicieux, le monstre était tapi. L'infirmière passe ainsi de vie à trépas. Le rituel reprend ensuite son cours. Frank, dans sa chambre, grimé en garçon-coiffeur. Presque ridicule en fin de compte. Lunettes noires, robe de chambre bleue. Le marteau remplaçant la brosse à cheveux. Drôle de situation. Pittoresque. Burlesque...

L'humanité du tueur
Dès lors, le film change de ton. Frank qui jusqu'ici incarnait la démence, se montre désormais sous un nouveau jour. Retrouvant la trace de la photographe Anna d'Antoni, il sonne chez elle, s'invite, accueilli avec le sourire par la belle Caroline Munroe avec laquelle Joe Spinell partagea par trois fois l'affiche (Maniac, donc, mais également Les Frénétiques et Starcrash : le Choc des Étoiles). Frank se présente comme un peintre. Abstrait, natures mortes (quel plaisantin). Séduite, Anna se laisse inviter au restaurant. Puis c'est au tour de Frank de visiter le studio de photographe où exerce la jeune femme. En réalité, l'occasion pour le tueur d'assouvir ses pulsions et de choisir parmi un vivier de jeunes et jolies mannequins, celle dont il fera sa prochaine victime. Désormais, Frank ne tue plus au hasard. Sa victime, il l'a belle et bien choisie au moment de lui voler son bracelet. Le soir-même, il frappe à sa porte en prétextant lui avoir ramené l'objet qu'elle avait malencontreusement oublié au studio durant sa séance de photos. Une fois reparti, nous pénétrons l'intimité d'une femme qui s'apprête à vivre un long calvaire. Mais avant cela, la caméra la suit jusque dans sa salle de bain. Jusqu'à ce que Frank, qui a bloqué la serrure de la porte d'entrée quelques minutes auparavant, lui saute dessus, les angles de caméras, laissent entrevoir de multiples possibilités d'agression. Quand va-t-il agir ? Une fois sa victime attaquée, son agresseur se comporte de manière sensiblement différente qu'à son habitude. Cette fois-ci, il ne la tue pas (encore) sa victime. Il l'attache sur son propre lit et lui tient des propos que la jeune femme, on le voir bien sur son visage, juge très certainement comme incohérents. C'est à sa mère que Frank s'adresse, pas à la jeune mannequin. On le devine à l'avance, Rita (l'actrice Gail Lawrence notamment entrevue dans Rêve de Singe de Marco Ferreri) ne survivra pas à cette soirée. Quant à Frank, lui, il ne retrouvera plus cette toute petite étincelle de lucidité qu'il a connu la veille en compagnie d'Anna. Invitant la photographe a sortir diner dès le lendemain soir, c'est alors qu'ils passent faire un détour au cimetière où est enterré la mère de Frank qu'Anna comprend. Au courant de la mort de Rita, la jeune femme sait désormais que Frank est celui qui l'a tuée. Pire : Anna est la prochaine sur sa liste. Le désaxé tient devant la tombe de sa mère des propos incohérents. Une course-poursuite s'engage entre Anna et lui, mais cette fois-ci, le tueur ne le remportera pas. Armée d'une pelle qui traînait quelque part dans le cimetière, Anna frappe Frank de toutes ses forces. Et le blesse gravement au bras. Suffisamment pour qu'à son retour chez lui, l'homme meurt ?

La mort de Frank Zito, qui décède à la suite de ses blessures fera écho presque dix ans plus tard lorsque Joe Spinell sera retrouvé chez lui, allongé sur son canapé, vidé de son sang. Mort de manière presque aussi violente que le personnage qui le hantera jusqu'à la fin de ses jours. En effet, Joe Spinell qui s'était sans doute blessé en tombant (l'acteur était devenu alcoolique et prenait des drogues) et était hémophile, s'est littéralement vidé de son sang. Une anecdote que le cinéaste William Lustig rapporte parfois concernant cette macabre découverte faite par la police le lendemain de sa mort concerne la présence de la tête coupée de Frank qui à la fin du film, lors d'une scène délirante dans laquelle le tueur s'imagine être attaqué par les mannequins entreposés dans son studio, est décapité par l'une d'entre elles. L'acteur conservait chez lui, au dessus de la télé du salon, la fausse tête de Frank créée par le spécialiste des effets gore Tom Savini (lequel interprète l'homme dont la tête explose dans la voiture). Joe Spinelle buvait énormément. Surtout depuis le décès de sa mère. Une mort que l'acteur n'accepta jamais vraiment. Certains des comportements du tueur de Maniac trouvèrent également leur écho dans le comportement de l'acteur qui refusait d'accepter la mort de sa mère. Il lui arrivait parfois de se travestir avec les robes de celle-ci. D'une certaine manière, Joe Spinell commence alors à ressentir le besoin d'en finir avec la vie. Son hémophilie ne l'empêche pas, à cet égard, de provoquer des bagarres très violentes dans les bars qu'il fréquente. L'émulsion négative provoquée par la mort de sa mère et sa magistrale interprétation de Frank dans Maniac ont fini d'achever cet immense acteur qui s'est éteint le 13 janvier 1989. Son personnage, SES personnages, lui ont tous, fort heureusement, survécu...

mardi 26 septembre 2017

Les Frénétiques de David Winters (1982) - ★★★★★☆☆☆☆☆



ATTENTION !!!! Cet article est inspiré d'un fait divers authentique !!!!

Les Frénétiques, c'est un fantasme vieux de plus d'une trentaine d'années. Inassouvi jusqu'à aujourd'hui. Tout ça parce qu'en France, à l'époque de sa sortie, on jugeait moins grave de mettre à la disposition d'un adolescent tout juste promu à l'âge de treize ans, la cassette vidéo d'une œuvre aussi poisseuse que Maniac tandis qu'on lui interdisait l'entrée dans une salle de cinéma diffusant Les Frénétiques s'il ne montrait pas patte blanche devant l'ouvreuse. Et patte blanche, à l'époque, je m'en souviens encore comme un vieux rêve, c'était prouver que l'on avait l'âge nécessaire pour entrer découvrir un film interdit aux moins de treize ans. Atteints depuis six mois environ et persuadé que la caissière me laisserait passer d'un œil morne sans rien me demander en échange, j'ai omis de prendre sur moi, le précieux sésame. Moi et mon meilleur ami avions patienté de longues heures, montant de notre Seine et Marne chérie jusqu'à Paris, seul endroit où nous pouvions espérer voir Les Frénétiques. Au final, nous avons été tous les deux refoulés jusqu'à la sortie, très énervés. Et pour ne pas être montés dans la capitale pour rien, nous avons choisi d'aller voir Moonraker. Sympathique film d'espionnage dont le héros n'est autre que le célèbre agent 007, James Bond. Les Frénétiques aurait surtout été l'occasion de retrouver Joe Spinell et Caroline Munro, les deux principaux interprètes du chef-d’œuvre de William Lustig, Maniac. Un authentique film d'épouvante. L'un des rares (avec Schizophrénia) à m'avoir laissé un véritable sentiment de malaise à l'époque. Caroline Munro, dont la carrière est émaillée d'une trentaine de longs-métrages a partagé la vedette avec Joe Spinell au court de trois films. Les deux cité précédemment ainsi que Starcrash : le Choc des Étoiles de Luigi Cozzi. Les Frénétiques, dont le titre original The Last Horror Film colle davantage au scénario, n'est jamais sorti sur les écrans américains et à surtout connu une carrière en vidéo. Par contre, s'il est bien sorti dans les salles françaises, le long-métrage de David Winters se révèle fort décevant. Et ce, à plusieurs titres :

L'ombre de Maniac plane tellement sur ce film qu'il est pratiquement impossible de passer outre la comparaison. Et c'est là que le bat blesse. David Winters tente de redonner vie au personnage créé deux ans auparavant par Joe Spinell et William Lustig sans jamais vraiment y parvenir. C'est d'autant plus navrant que quelques courtes scènes laissaient présager du meilleur. Vinny Durand (le personnage interprété par Joe Spinell) recouvrant sa chambre d'hôtel de photos de la star Jana Bates (Caroline Munroe) dont il est fan (fanatique?). Ou bien, toujours ce même Vinny, filmé en gros plans, suant à grosses gouttes, et grimaçant comme le faisait son alter ego Frank Zito. Mieux : la scène de poursuite dans l'hôtel. L'un des rares moments à être véritablement réussi. David Winters anéanti toutes ses chances en faisant appel aux compositeurs Jesse Frederick et Jeff Koz alors qu'il aurait été nettement plus judicieux de recourir aux services de Jay Chattaway qui fit des prodiges en composant la partition morbide et terriblement anxiogène de Maniac.

Tourné durant le festival de Cannes en 1982, vous pourrez toujours tenter de remarquer la présence de plusieurs personnalités telles qu'Isabelle Adjani, Karen Black ou encore Marcello Mastroianni. Pour ce qui est du film, rien de remarquable n'est à noter. On se doute assez rapidement de l'identité du tueur (ça aurait été tellement plus simple de faire de Joe Spinell le responsable d'une série de meurtres horribles), et , de plus, le cinéaste se fiche un peu des spectateurs en évoquant la présence d'une lettre de menaces à l'attention du tueur, histoire de faire croire à sa « non culpabilité ». Le twist final s'avère donc relativement décevant. Terme reflétant l'état général ressenti durant la projection. Reste le plaisir de revoir Joe Spinelle et Caroline Munroe...
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