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mercredi 23 novembre 2022

!!! 11 ans-3000 articles !!! Chronique remaniée de ''Maniac'' de William Lustig édité à l'origine le mardi 12 avril 2011



William Lustig, le clandestin

Né le 1er février 1955 dans le quartier du Bronx à New York, qui aurait pu penser que William Lustig, futur réalisateur du cultissime Maniac allait d'abord se spécialiser dans le X en tournant coup sur coup, les pornos The Violation of Claudia (en 1977) et Hot Honey (en 1978) ? Certainement pas ses parents comme on l'imagine. Ces deux longs-métrages expliquent cependant peut-être pourquoi Maniac sera aussi cru, réaliste, et surtout, terriblement malsain. Car si les exactions de son tueur demeurent fort heureusement du domaine de la fiction, et si certains effets dépassent parfois le cadre du portrait froid et méticuleux (la séquence de l'amant se faisant exploser la tête dans sa voiture est impressionnante mais relève de la pure fiction dans son traitement), après le cauchemar 'slashérien' qui éveille dans la moiteur de son sordide et minuscule appartement, le tueur dont on suivra les péripéties durant plus d'une heure-trente, la séquence suivante pourrait tout aussi bien ouvrir les hostilités d'une scène purement érotique si William Lustig n'avait pas choisi d'en faire une séwuence gore réaliste et particulièrement éprouvante.

L'agonie de l'enfance

Loin du charme d'un Ted Bundy, Frank Zito incarne le tueur en série chassant ses proies de nuit. Mais si ses exactions peuvent paraître inexcusables, il faut comprendre qu'elles ne sont en revanche, jamais gratuites. S'il tue, c'est pour une raison bien précise : sa maman, qu'il honore d'un autel à son effigie, le maltraitait lorsqu'il n'était qu'un tout jeune enfant. De cette période, il a conservé des stigmates physiques et psychologiques. Sur le torse, Frank arbore des cicatrices. Des brûlures de cigarettes que lui infligeait sa génitrice. On imagine le calvaire d'un enfant qui une fois parvenu à l'âge adulte, est devenu l'un des pires prédateurs nocturnes. Ses proies ? Essentiellement des femmes. Parfois, des hommes également. Mais principalement parce qu'ils demeurent au mauvais endroit, au mauvais moment. L'enfant est devenu adulte, certes, mais a conservé toute la rancœur qu'il a eu le temps de nourrir envers sa maman chérie. Un drôle de rapport oppose d'ailleurs l'enfant à la mère, puisque parvenu à l'âge adulte, il nourrit pour elle, une haine et un amour immodérés dont les meurtres sont une source d'apaisement, une manière de lui faire payer les tortures infligées, mais aussi et surtout, une méthode particulièrement tordue de la ressusciter.

Les méthodes de l'assassin

Henry Lee Lucas aurait pu glisser à l'oreille de Frank Zito que la meilleure méthode pour ne jamais éveiller les soupçons de la police  est d'utiliser à chaque fois, une arme différente (Henry, Portrait of a Serial Killer de John McNaughton, 1986). Meurtre au fusil, au couteau, étranglement, Frank Zito use de ce qu'il a sous la main. Mais invariablement, il choisit de conclure la chasse en prélevant sur ses proies, un trophée à l'aide d'un cutter. Toujours identique : le scalp de ses victimes féminines. Car Frank Zito, que parfois, l'on prendrait presque pour un individu normal (sa voisine ne soupçonne pas la bête qui se cache en lui) n'est jamais véritablement libéré de ses obsessions. Sortir la nuit et prendre une vie n'est pas qu'un exutoire qui lui permet, de retour dans son appartement, de passer à autre chose. Car chez lui, dans cette étouffante atmosphère, on comprend que le meurtre n'est que la première étape d'un processus qui mène le personnage au plaisir œdipien qui l'étreint. Plus que les crimes particulièrement sanglants dont Frank se rend coupable, la fascination qu'exerce Maniac se situe sans doute davantage dans ce portrait saisissant d'un homme incarnant le fils ET la mère. Parallèlement à ces tueurs qui prélèvent un 'souvenir' de leurs victimes afin de retrouver l'excitation du meurtre exécuté bien après les faits, Frank emporte le scalp de ses victimes pour une raison qui sera rapidement évoquée. Se procurant, lorsque le tueur en a besoin, des mannequins de vitrine, il y cloue les trophées des femmes dont il a ôté la vie. 
 
Frank Zito est sans doute l'un des tueurs les plus étranges auquel le septième art ait donné vie. Plus que le désir de faire de Maniac un simple film de tueur bête et méchant à l'allure de slasher, William Lustig dépasse son simple statut de 'serial killer film' et plonge littéralement le spectateur dans la tête de son assassin. Comme le fera d'ailleurs trois ans plus tard le cinéaste autrichien Gerald Kargl avec son traumatisant Schizophrenia (Angst). Frank Zito s'adresse à sa mère disparue. Mais pas seulement puisque c'est à travers ces mêmes lèvres qu'elle aussi s'exprime. Mais on s'éloigne ici du pur produit fantastique puisque l'on a bien compris que c'est Frank et personne d'autre qui persévère à la faire revivre au delà de la mort et à lui dicter son attitude. Amour immodéré pour sa génitrice ou 'syndrome de Stockholm' ?

L'incarnation de Joe Spinell

Né le 28 octobre 1936 et décédé le 13 janvier 1989, l'acteur Joe Spinell (de son vrai nom Joseph J. Spagnuolo) aura marqué de son incroyable faciès différents genres cinématographiques. De ses débuts dans Le Parrain de Francis Ford Coppola pour lequel il ne sera pas crédité, jusqu'à son ultime interprétation dans l'épisode pilote de la courte série Dream Street (une saison, six épisodes), en passant par Starcrash de Luigi Cozzi dans lequel il côtoyait pour la première fois deux ans avant Maniac, l'actrice britannique Caroline Munro, Rocky 2 de Sylvester Stallone, Les Frénétiques (encore aux côtés de Caroline Munro), Vigilante (une autre bande culte signée William Lustig), ou Rapid Fire de David A. Prior, sa dernière incarnation sur grand écran. Joe Spinell aura également été l'auteur de deux scénarii. Celui du film qui nous intéresse ici, mais également de ce qui aurait dû devenir la suite des aventures du maniaque, Maniac 2 : Mr Robbie. Un projet que devait réaliser Buddy Giovinazzo, auteur du traumatisant Combat Shock (produit par Troma Entertainment) mais qui demeurera à l'état de court-métrages, quelques séquences ayant tout de même été tournées. De ces deux films, l'acteur et scénariste en est également le producteur. Co-produit par Andrew W. Garroni et co-scénarisé par C.A.Rosenberg, Maniac est donc en partie le bébé de Joe Spinell. Au moins autant que celui de William Lustig.
La mort de Joe Spinell a non seulement laissé la place à sa légendaire interprétation, mais également à plusieurs hypothèses concernant sa disparition. Si officiellement, l'acteur est mort d'une crise cardiaque en raison de sa très grande consommation de drogue et d'alcool consécutive au traumatisme engendré par le décès de sa mère deux ans auparavant, certains cultivent une autre théorie qui veut que le personnage de Frank Zito qu'il incarna neuf ans plus tôt le hanta au point qu'il se mit à prendre des drogues et à boire de l'alcool plus que de raison. Hémophile, Joe Spinell serait rentré ivre, la veille de la découverte de son corps, se serait blessé, aurait fini par s'endormir et se serait lentement, mais inexorablement, vidé de son sang. Légende ou pas, ce détail plutôt sordide renvoie évidemment au délirant et très sanglant final de Maniac. Vrai ou faux, toujours est-il que l'acteur est devenue depuis, l'une des icônes du cinéma d'épouvante les plus reconnues dans le monde. Depuis, l'homme repose au cimetière de 'Calvary Cemetary' (littéralement, le Cimetière du Calvaire) dans le Queens.

La bande originale, Les Meurtres et les effets-spéciaux

Ce qui marque presque instinctivement les esprits avec Maniac, c'est son ambiance extraordinairement pesante, morbide, glauque, malsaine, incommodante... appelez-là comme vous voudrez. Outre l'apparence inquiétante d'un Joe Spinell bedonnant, le visage grêlé, respirant et gémissant bruyamment, l'un des aspects qui y participent demeure dans la composition de thèmes musicaux dus au compositeur américain Jay Chattaway, notamment auteur de plusieurs œuvres pour les diverses séries télévisées Star Trek (pour lesquelles il a reçu à plusieurs reprises les fameux Emmy Awards américains) et d'un peu plus de vingt longs-métrages pour le cinéma, dont le Vigilante de William Lustig, Peur Bleue de Daniel Attias, The Ambulance de Larry Cohen, ainsi que de plusieurs séries et téléfilms documentaires. La bande originale de Maniac, principalement produite à l'aide de sonorités électroniques, demeure parmi les plus angoissantes que le septième art ait produit. L'un des points culminants demeurant lors de la séquence de poursuite dans le métro où, avec une brillante économie de moyens, le compositeur imagine un air de piano désaccordé que tous ceux qui l'entendirent à l'époque ont sans doute encore en mémoire. Entrecoupée de musique disco bien dans l'air du temps (je rappelle que nous sommes alors en 1980), la partition accompagne parfaitement les exactions d'un 'héros' libérant ses frustration sexuelles au cœur d'un New York nocturne et fiévreux. Sans distinction aucune, Frank élimine en effet tout ce que ses congénères (avec une nette préférence pour la gente féminine) préfigurent sous la forme de débauche. Couple dormant sur une plage, prostituée, amants batifolant à l'arrière d'une voiture, et même mannequins. Tout commence comme dans un cauchemar. Celui, sordide, de Frank qui avant de se réveiller, va se rêver en train de tuer un homme et sa petite amie sur une plage. Un double homicide encore bien 'propre' en comparaison de ce qui va suivre.

William Lustig pousse le réalisme de la séquence suivante lors de laquelle le tueur s'en prend à une prostituée dans l'une des chambres d'un hôtel de passe miteux tenu par un gérant incarné par... William Lustig lui-même (le gros type au cigare qui fait du gringue à une 'pute à perruque', c'est lui) en ne faisant intervenir qu'un programme radio en lieu et place de bande-son. En matière d'effets gore, le maquilleur Tom Savini (qui débuta sa carrière quelques années auparavant avec deux autres films cultes, Martin et Dawn of the Dead, tous deux signés par George Romero) commence à s'en donner à cœur joie et après l'étranglement que subit la prostituée de la part d'un Frank Zito pris d'une rage meurtrière, la pauvre jeune femme est scalpée devant la caméra à l'aide de l'instrument favori du tueur : un cutter. L'effet est saisissant. C'est le début d'une orgie sanglante qui connaîtra son apogée lors d'une séquence relativement amusante à évoquer puisque l'une des victimes voyant littéralement exploser sa tête à l'aide d'un fusil à pompe n'est autre que Tom Savini, lui-même concepteur de l'effet plutôt cradingue. La jeune femme qui l'accompagnait sans doute pour une relation adultère se verra, hors-champ, subir le même sort avant d'être elle aussi scalpée. Chaque scène de meurtre étant entrecoupée d'interludes particulièrement éprouvants montrant un Frank Zito de retour à la maison et plantant ses trophées au sommet du crânes des mannequins de vitrine qu'il s'est procuré au préalable, William Lustig et Joe Spinell nous concoctent alors, l'une des scènes d'épouvante les plus marquantes de l'histoire du septième art. 
 
La fameuse séquence durant laquelle, Frank parcourt les rues sombres de New York à la recherche d'une nouvelle proie avant de trouver celle qui lui convient : une infirmière qui plutôt que de patienter jusqu'à ce qu'on vienne la récupérer, choisit la mauvaise option en parcourant la distance qui la sépare de la rame de métro qu'elle a finalement décidé de prendre. Une poursuite infernale entre rues désertes et métro qui prend des allures de lieu désaffecté. La dernière rame venant d'abandonner la jeune femme à son triste sort (impressionnante Kelly Piper dans son rôle le plus marquant), la scène se termine dans des toilettes publiques aux murs 'tatoués' de graffitis en tous genres... Puis c'est au tour du mannequin Rita de faire les frais de la folie de Frank lors d'une séquence qui en comparaison avec le spectacle sanglant et morbide auquel nous venons d'assister, paraît relativement sobre. Entre temps, Frank aura eu le loisir de nous faire découvrir un autre aspect de sa personnalité en se sociabilisant auprès de la belle photographe Anna d'Antoni, incarnée par la superbe Caroline Munro. On pourrait croire pendant un instant que le tueur s'est définitivement effacé au profit d'un Frank séducteur, mais les apparences sont parfois trompeuses...

Anecdotes

Tourné à New York et majoritairement de nuit, Maniac a rencontré quelques difficultés puisque William Lustig ayant décidé de tourner le film sans autorisations légales adéquates, il lui a fallut faire vite et ce, notamment lors de la séquence de la tuerie à bord de la voiture. Le coup de feu ayant attiré l'attention de passants, il a fallut au réalisateur ainsi qu'à l'équipe technique et les interprètes, se dépêcher de quitter les lieux à l'issue du tournage avant que ne débarquent les autorités. Trente huit ans après sa sortie, Maniac n'a pas perdu de sa superbe et face à la concurrence actuelle, il demeure encore très largement au dessus du niveau de référence actuel. Plusieurs anecdotes entourent le film bien au delà de la légende qui entoure le décès de Joe Spinell. La plus évidente demeurant autour de la réception de ce qui restera comme l'un des quelques longs-métrages horrifiques à avoir connu le (dés)honneur de la censure en France puisqu'il fut interdit pendant un an (ce qui en comparaison des cinq années d'interdiction de Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper peut paraître anecdotique). Le film connaîtra tout d'abord les honneurs d'une édition au format VHS avec sa parution dans la cultissime collection 'Les Classique de l'Horreur et de l’Épouvante' de René Château Vidéo, à l'arrière des jaquettes desquelles était mentionnée la fameuse citation :'Les Films que Vous ne Verrez Jamais à la Télévision !'. Pire qu'en France, le film connut de sévères coupes selon les pays où il fut distribué. Notamment en Angleterre et en Australie. L'anecdote la plus surprenante demeure sans doute celle entourant la célèbre chanson 'She's a Maniac' que l'on entend dans la comédie musicale Flashdance d'Adrian Lyne. Il faut savoir qu'à l'origine, elle fut composée pour le long-métrage de William Lustig mais n'étant pas de la même inspiration que le reste de la bande originale, elle fut finalement rejetée avant de devenir le succès que l'on sait...

Diverses affiches, posters et éditions VHS, DVD et Blu-Ray de Maniac...


Bande annonce


Bande annonce Remake 2012 


mercredi 16 février 2022

Centre Terre : 7e Continent (At the Earth's Core) de Kevin Connor (1976) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Centre Terre : 7e Continent (At the Earth's Core) est le second volet de la trilogie réalisée par Kevin Connor entre 1974 et 1977. Bien qu'il s'agisse là encore d'une adaptation du romancier américain Edgar Rice Burroughs deux ans après Le sixième continent et bien que l'acteur Doug McClure y tienne encore la vedette, les deux films n'entretiennent aucun rapport entre eux. Si une fois encore le réalisateur britannique se penche sur l'un des romans d'aventures fantastiques du célèbre écrivain, l'intrigue de Centre Terre : 7e Continent se déroule non pas en 1916 comme cela était le cas dans le premier volet de la trilogie mais cette fois-ci à la fin du dix-neuvième siècle lorsqu'à l'issue de sa présentation, l'ingénieur David Innes et le docteur Abner Perry décident de prendre place dans le cockpit de l'excavateur nommé la taupe d'acier qu'a créé le second afin de tester ses performances. Mais les deux hommes perdant le contrôle de l'engin, celui-ci s'enfonce plus profondément que prévu dans le sous-sol de notre planète, à environ huit-cent kilomètres de profondeurs, jusqu'à atteindre un continent inconnu connu par ses habitants sous le nom de Pellucidar. Un univers créé par Edgar Rice Burroughs lui-même et qui profite à un certain nombre d'ouvrages de l'écrivain puisque parmi le cycle que ce dernier a constitué autour de ce continent totalement imaginaire théorisant sur le concept d'une Terre creuse, un volet consacré au plus célèbre des hommes singes de fiction avec Tarzan au cœur de la Terre entre 1929 et 1930...


Alors que Le sixième continent tentait d'exhiber des créatures préhistoriques plus ou moins crédibles (ptérodactyles, tricératops, etc...), avec Centre Terre : 7e Continent, le spectateur est désormais confronté à de la fantaisie pure. Le long-métrage de Kevin Connor rappelle sous certains aspects La Planète des singes de Franklin Schaffner qui lui est bien antérieur alors même que le roman du français Pierre Boulle dont s'inspirait celui-ci fut écrit longtemps après l'ouvrage éponyme de l'américain. En effet, l'on y retrouve là aussi des hommes et des femmes contraints à l'esclavage par des créatures humanoïdes physiquement et intellectuellement beaucoup moins évoluées et sur lesquelles de drôles d'oiseaux/divinités ont par contre cette fois-ci un ascendant certain. Là où Centre Terre : 7e Continent s'inspire d'un ouvrage bien plus ancien que celui d'Edgar Rice Burroughs se situe dans la description d'un monde souterrain dans lequel la végétation s'avère parfois commune avec celle rencontrée par les personnages du roman d'aventures de l'écrivain français Jules Verne, Voyage au centre de la Terre. C'est ainsi donc que l'on aperçoit notamment d'immenses champignons comme ceux décrits pourtant plus d'un siècle plus tôt dans cet ouvrage qui fait partie d'un sous-genre de récits intitulé Fiction Souterraine dont les origines remontent peut-être au tout début du dix-neuvième siècle avec l'ouvrage d'Adam Seaborn, Symzonia: A Voyage of Discovery...


Dans cette aventure ô combien souterraine et pas vraiment réconfortante, l'acteur Doug McClure est désormais accompagné du Britannique Peter Cushing qui, loin des mythiques Frankenstein et Dracula respire ici un air bien différent en parcourant un continent éclairé grâce au magma en fusion et croise la route d'un peuple de sauvages capables de s'exprimer aussi bien que ceux de sa propre génération. Parmi ces sauvages, nous retrouvons la sexy Caroline Munroe (Starcrash : Le Choc des étoiles de Luigi Cozzi, Maniac de William Lustig) dans le rôle de la princesse Dia sous le charme de laquelle tombera l'explorateur David Innes ainsi que divers personnages dont un traître et une force de la nature. Concernant les effets-spéciaux, rien de miraculeux même si Centre Terre : 7e Continent s'avère éminemment dépaysant. Ses créatures demeurent par contre terriblement ringardes. Au titre de deux monstres hybrides combattant sous l'apparence de rhinocéros à la crinière de chevaux dont l'un finira par périr en agonisant dans un gémissement digne d'une mobylette asthmatique ! Les divinité-oiseaux (qui ressemblent en réalité davantage à des chauve-souris au bec de perroquets) sont raides et volent/planent avec difficulté. À noter que l'une des scènes d'action qui d'une manière générale paraissent bricolées fut la cause d'un accident lors duquel l'acteur Bobby Parr (qui incarnait déjà l'homme préhistorique Ahm dans Le sixième continent) perdit un doigt. Kitch à mort, totalement désuet dans la conception des effets-spéciaux, Centre Terre : 7e Continent n'en est pas moins une excellente aventure pleine de surprises, de décors et de créatures délirants auxquels s'ajoutent donc les charmes de Caroline Munroe en sauvageonne...

 

dimanche 3 décembre 2017

Les Prédateurs de la Nuit de Jess Franco (1988) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Le synopsis des Prédateurs de la nuit de Jess Franco est on ne peut plus simple : La clinique du docteur Frank Flamand est spécialisée dans la chirurgie esthétique. Mais depuis quelques temps, les activités médicales de Flamand se sont muées en actes criminels. En effet, depuis qu'une vieille bourgeoise mécontente du résultat a brûlé par accident le visage d'Ingrid, la sœur du chirurgien à l'aide d'un acide alors que celui-ci était visé. Lui et sa maîtresse Nathalie kidnappent de jeunes et jolies femmes afin de prélever la peau de leur visage et de la greffer sur celui d'Ingrid. Mais alors qu'ils viennent d'enlever le jeune mannequin américain Barbara Hallen, son père, Terry Hallen, engage un détective afin d'enquêter sur la disparition de sa fille...
La première chose qui saute aux yeux, c'est l'étonnant casting du film. Aussi hétéroclite qu'impensable, nous retrouvons autour du personnage principal interprété par l'acteur autrichien Helmut Berger (Les Damnés, Ludwig ou le Crépuscule des dieux, Salon Kitty, etc...), une pléthore d'interprètes qui, à l'origine, n'ont rien à faire ensemble. Extraite du carcan humide de la pornographie dix ans plus tôt par le cinéaste français Jean Rollin (LE fétichiste français de la vampe au cinéma), Brigitte Lahaie campe le personnage de Nathalie, Maîtresse du docteur Frank Flamand, prête à donner de sa personne pour ramener à la clinique les victimes des expériences qu'il finira par mener auprès d'un certain docteur Orloff, personnage préexistant depuis 1961, date de sortie de L'Horrible Docteur Orlof (vous noterez la présence d'un seul F à la fin du nom), un personnage que s'appropriera le cinéaste Santos Alcocer en 1969 pour Les Orgies du Docteur Orloff (le deuxième F faisant cette fois-ci son apparition), puis le réalisateur et scénariste Pierre Chevalier en 1971 avec Orloff et l'Homme Invisible, et enfin, El Sinistro Doctor Orloff, réalisé par Jess Franco qui pour le coup, se réapproprie son personnage avant de lui offrir une dernière apparition dans le film qui nous intéresse ici et qui demeure comme la suite directe de l’œuvre signée par l'espagnol vingt-sept ans auparavant. Un personnage qui à chaque occasion, fut interprété par un seul et même acteur, le suisse Howard Vernon.

Au menu également, l'acteur Telly Savalas, surtout connu pour son rôle de flic dans la série Kojak mais qui tourna dans de nombreux films parmi lesquels Le Prisonnier d'Alcatraz, Les Douze Salopards, Au Service Secret de Sa Majesté, ou encore Terreur dans le Shanghaï Express auprès des britanniques Christopher Lee et Peter Cushing. La principale victime de chirurgien fou autour de laquelle sera menée l'enquête, est quant à elle la pauvre Caroline Munroe qui six et huit ans en arrière fut déjà la victime de deux tarés campés tous les deux par le même (et génial) acteur Joe Spinell (dans Maniac de William Lustig en 1980, puis dans Les Frénétiques de David Winters deux ans après). Plus étonnant encore, les présences plus que discordantes de Marcel Philippot (la série télévisée Palace ou la publicité pour MAAF), et Stéphane Audran (notamment l'une des égéries, du moins l'actrice fétiche du cinéaste Claude Chabrol avec lequel elle tourna plus de vingt longs-métrage).

Au delà d'un casting véritablement original, l’œuvre de Jess Franco n'est pas totalement raté. Bien qu'il souffre d'un rythme qui confine très souvent à l'ennui, quelques effets gore sont du plus bel effet. De l'amputation d'une paire de bras dont se souviendra peut-être l'année suivante (quoique je doute qu'il ait eu comme source d'inspiration le film de Franco) le cinéaste chilien Alejandro Jodorowsky pour son monumental Santa Sangre, jusqu'au couteau planté dans une gorge ou une seringue dans l’œil gauche de Stéphane Audran, Les Prédateurs de la nuit se révèle un minuscule (et donc, non exhaustif) catalogue d'atrocités qui paraissent aujourd'hui, presque totalement dépassés. Tout comme d'ailleurs les trop nombreuses scènes de softporn qui n'ont d'autre utilité que de remplir les vides scénaristiques. Mais ne boudons pas notre plaisir d'amateur de bisseries à la française d'autant plus qu'à l'époque, la chose était relativement rare pour être soulignée. A noter enfin, que le film de Jess Franco est sans doute plus encore qu'une suite de L'Horrible Docteur Orlof, le remake d'un film que tout cinéphile se doit de connaître : Les Yeux sans Visage que le cinéaste français Georges Franju réalisa vingt-huit ans auparavant...

samedi 30 septembre 2017

1000 !!!

Pour ce millième article sur Cinémart, j'avais tout d'abord envisagé de vous parler de mon polar français préféré. Une œuvre que je tiens en haute estime. Si haute d'ailleurs, que je le considère encore aujourd'hui comme le meilleur de sa catégorie. Ce film, c'est Mort un Dimanche de Pluie. Certains, et même sans doute beaucoup lui en préféreront un autre, et c'est tout à fait leur droit. J'ai débuté l'écriture de l'article consacré à ce film de Joël Santoni il y a des mois mais je l'ai arrêté, n'étant pas très content du travail que j'avais fourni à son sujet. Alors qu'il me faut généralement entre quinze et vingt minutes pour écrire un article et le publier, je butais là sur des considérations disproportionnées qui m'ont ôté toute envie de poursuivre son écriture. J'y reviendrai un jour. Ce jour où je serai prêt à vous livrer un article digne de ce chef-d’œuvre intemporel. J'ai ensuite pensé à travailler sur un glossaire du cinéma. Non exhaustif, le travail que j'ai fourni jusque là est, il me semble, beaucoup trop long pour qu'il apparaisse lors d'une seule et même publication. C'est alors qu'une idée quelque peu saugrenue m'est apparue. Retourner en arrière. Un voyage dans le temps. Jusqu'au 12 avril 2011, date à laquelle je publiais mon tout premier article sur Cinémart. Partant d'une page et d'un blog vierges, j'entamais la longue aventure qu'est devenu Cinémart depuis avec Maniac de William Lustig. Pourquoi ne pas revenir dessus ? Non pas sur l'article, mais sur le film ? Afin de boucler la boucle. Un article sensiblement différent puisqu'il ne s'agirait alors pas vraiment d'une critique mais plutôt d'une histoire, d'un conte, raconté aux grands enfants que nous sommes. Ceux qui me connaissent, je veux parler de ceux, en chair et en os, que je bassine quotidiennement en leur parlant cinéma (tandis qu'ils font de même lorsque je les entends parler football) savent que j'adore Maniac. Que je l'aime tant qu'il fait partie de la petite dizaine de films que j'ai dû voir plus d'une trentaine de fois. J'avais envie de lui prouver mon amour en revenant vers lui. Sans même me donner la peine de le revoir à nouveau. La dernière fois, c'était très certainement en 2014 ou 2015. C'est donc à travers ces souvenirs pas si anciens que cela que je vous propose de vivre l'aventure Maniac à travers le texte suivant. Certains oublis volontaires ou non seront forcément présents. De nombreux spoilers également. J'invite tous ceux qui n'ont jamais vu l’œuvre de William Lustig de ne pas lire cet article qui ne se concentre pas sur l'étude (ou si peu) des scènes clés mais ne fait que raconter l'histoire pas tout à fait complète de Frank Zito. Et par là même, de Joe Spinell, celui qui l'incarna si brillamment sur les écrans de cinéma...



Cauchemars
New-York, 1980. Une plage, en début de matinée. On entend les mouettes pousser leur cri. Pleurent-elles ? Rient-elles ? Quel néologisme évoquer devant ce triste chant qui ne parviendra pas à couvrir les cris de ce couple d'amoureux qui après avoir partagé un feu de camp, un baiser, et leurs bras respectifs, vont mourir sous les assauts d'un tueur en série ? Si l'ombre de Jason Voorhees et Michael Myers plane sur ces premières minutes, Maniac n'est cependant pas le slasher auquel il semble se référer. Frank Zito, lui, est une autre espèce de croque-mitaine. Plus réaliste qu'un tueur masqué survivant à d’invraisemblables coups de couteaux, fusils, marteaux et autre tronçonneuse, c'est le fils d'une mère monstrueuse. Torturé, bafoué, sans cesse réprimé, comment veut-on que d'une enfance aussi malheureuse éclose un homme suffisamment mûr pour être capable de faire la différence entre le Bien et le Mal ? Frank s'éveille d'un cauchemar terrifiant. Cet homme et cette femme qu'il vient de tuer dans son sommeil, ça n'est pas que l'expression nocturne d'un fantasme. Non, plutôt le souvenir d'un acte barbare accompli la veille. D'ailleurs, prenons-en pour preuve, les médias qui s'en feront très bientôt l'écho. Tombons-nous au bon moment lorsque survient cet événement incroyablement sanglant ? La radio, seule compagne de Frank et de ses mannequins de cire lorgnant les quatre coins de son minuscule studio de leur regard mort, diffuse une information dont l'importance est considérable. Un maniaque rôde, la nuit, et vient de faire ses premières victimes. Mais pas les dernières, non, puisqu'ensuite, voici que Frank est accosté par une prostituée. Ça n'est pas lui qui l'a cherchée, mais elle qui l'a arrêté alors qu'il s’apprêtait à poursuivre son chemin sur un trottoir crasseux d'un quartier de New-York. La violence et le sexe suintent de l'asphalte et des murs aveugles des édifices. Derrière l'on y devine des spectacles obscènes. Des filles de la rue baisées par des clients ventripotents et aux pensées salaces. Contre quelques billets verts, ces putes à paillettes et jupes très courtes attirent le client potentiel en jouant de leurs charmes. Frank tombe dedans. Mais le piège, le vrai piège, c'est elle qui y plonger. La fille de joie sans nom. Incarnée par l'actrice Rita Montone. Quatre films au compteur, pas un de plus. Dont un Blood Sucking Freaks déjanté. Une fois les règles établies par la professionnelle, elle et Frank s'engouffrent dans un hôtel miteux tenu par un gérant sous les traits duquel se cache William Lustig. Et William Lustig, ça n'est autre que le réalisateur de Maniac. Au fait ! J'allais oublier un point crucial. Frank Zito, cet homme bedonnant, au visage grêlé et au regard monstrueusement flippant, c'est le formidable Joe Spinell. Lequel a, en compagnie du cinéaste, participé à la création et à l'écriture du scénario original.
Lustig crée l'ambiance en y incorporant le son d'un petit poste de radio. Pourquoi y mettre de la musique quand dans le monde tel qu'on le connaît, un meurtre se perpètre dans le silence ? Le cinéaste crée un climat épouvantable. Ultra-réaliste. Ultra-gore. Ultra-morbide. En cinq ou six minutes, il définit selon lui ce qu'est le cinéma d'épouvante. Une ambiance lourde, chargée, cauchemardesque et s'inscrivant dans un cadre incroyablement réaliste. A cela, il ajoute le sang. Pas autant qu'un Peter Jackson du temps de Braindead. Seul quelques lignes d'hémoglobines pour souligner l'acte barbare dont est victime la prostituée qu'il vient tout juste de terminer d’exécuter en l'étranglant. D'ailleurs, plus encore que l'acte de scalpe, c'est la mise à mort qui est terrifiante. Entre cette pauvre enfant dont le poids ne doit pas dépasser les soixante kilos et cette masse énorme qui se penche sur elle de son quintal mal assumé, la gorge serrée comme dans un étau, ses chances de s'en sortir vivantes sont nulles.

Déviances
De retour chez lui, Frank nous invite à l'une des deux ou trois séances les plus traumatisantes de l'histoire du cinéma. Recouvert d'un linceul de plastique noir, il découvre le corps dévêtu de son nouveau modèle de cire. Tête nue. Lisse comme l'épiderme fraîchement éclot d'un nouveau-né. Frank crée sans le vouloir une nouvelle forme de nécrophilie. Alors que le meurtre reflète un acte matricide symbolique, le scalpe avec lequel le tueur rentre chez lui sert à la continuité du fantasme. Et par là, à la valeur incestueuse ajoutée qui sera bientôt définie par un acte sexuel déroutant. Cloutant au sommet du crâne du mannequin le scalpe de la prostituée précédemment exécutée, Frank la transforme ainsi en une poupée inerte. Raide comme un cadavre durant le passage à l'état de rigor mortis (ou rigidité cadavérique) que rencontre chaque personne au moment de sa mort. D'une certaine manière, Frank rend service à ces filles dont il fait indifféremment l'amalgame, mélangeant les genres entre prostituée, infirmière, mannequin de mode ou photographe. En les tuant, et en ne leur prélevant que le scalpe, il les immortalise ensuite en leur offrant une toute nouvelle apparence à travers le corps des mannequins de cire qui jonchent son appartement. Une fois encore, Frank innove. Sous la pulsion salvatrice de la mort, il est un Créateur. Un génie redonnant vie à ses victimes comme l'aurait fait en son temps un certain docteur Frankenstein. Frank embaume. Parle aux mannequins. Les caresse, et plus si affinités... et affinité, il y a ! Frank leur fait l'amour. Heureusement, hors champ. L'ambiance est assez lourde comme ça. Inutile d'en rajouter, on a bien compris que le bonhomme était irrécupérable... Comme tout bon tueur en série, penser à changer régulièrement de technique pour ne pas se faire repérer. Une arme différente pour chaque meurtre. Principe que s'imposait Henry Lee Lucas, le tueur aux 250 victimes. Après, le cutter, le fil à couper le beurre et l'étranglement à mains nues, choisir une arme à feu. Un fusil à pompe fera l'affaire. Frank se croirait-il dans l'un de ces vieux polars dans lequel un tueur à gage planque son arme dans un étui à guitare ? Toujours est-il que son contrat, à lui, est chaque fois identique : tuer cette mère castratrice qui revient sans cesse le hanter. Qui parle à travers les lèvres de Frank. Mais c'est elle bien entendu. Qui le prévient qu'à chaque fois qu'il sort, il risque de replonger. De tuer à nouveau ces femmes aguichantes. Son prochain objectif, c'est ce couple adultère. Une femme et un homme qui ne trouveront rien de mieux que de baiser à l'arrière d'une voiture. Garés en dehors de la ville, ils finissent par se rendre compte qu'un individu les épie. Enfin, surtout elle car lui, en pleine action, n'a pas très envie de reboutonner son pantalon. Alors elle insiste, une fois, deux, puis trois, et lui se décide enfin à enclencher la première et à allumer les phares avant. Donnant sur une brume crépusculaire et sur une silhouette que nous commençons à bien connaître. Meurtre beaucoup plus ludique que celui de la prostituée, Frank jaillit on ne sait par quel miracle sur le capot du véhicule du couple adultère et fait feu. Le projectile atteint parfaitement sa cible. La tête du bonhomme explose comme une pastèque. Du sang, des bouts d'os et de la cervelle giclent un peu partout dans la cabine et surtout au visage de sa maîtresse. Laquelle est choquée, puis hurle lorsqu'apparaît de son côté du véhicule, un Frank qui la tue après s'être repaît de la peur lue dans le visage de sa victime. De retour chez lui, Frank se met au lit, avec l'un de ses mannequins. Le scalpe qui y est clouté et les vêtements que recouvrent le corps laissent envisager que ceux-ci appartiennent à sa précédente victime. Un rituel immuable. L'acte vengeur d'un homme contre une mère qu'il ne cesse de tuer encore et encore...

L'infirmière
C'est ensuite qu'apparaît pour la première fois celle qui peut-être modifiera le comportement du psychopathe. Une photographe qui innocemment prend Frank en photo alors que celui-ci se promène dans un parc apparemment, sans mauvaises intentions. A moins qu'il ne chasse ? Cela voudrait-il dire alors que les meurtres perpétrés de nuit sont préparés à l'avance ? Frank commettrait-il des meurtres avec préméditation ? Une réponse que l'on connaît déjà puisqu'alors, pourquoi sortir le soir armé si ce n'est pour tuer ? Frank patiente jusqu'à ce que la photographe en question tourne la tête ailleurs pour aller fouiner dans le sac que la belle brune à posé par terre un peu plus loin. Anna d'Antoni, c'est son prénom. Et le 13 E. 14th Street, quelque part à New-York, c'est son adresse. La nuit retombe très vite dans la cité. Frank parcourt les rues. Contemple les mannequins d'exposition dans les vitrines, puis se met en planque devant l'entrée d'un hôpital d'où sortent deux jeunes infirmières. L'une propose à l'autre de la raccompagner en voiture mais cette dernière refuse. Quelle erreur. Se dirigeant alors vers la station de métro la plus proche, elle sent une présence. Frank la suit. La musique de Jay Chattaway, lugubre, participe à l'angoisse qui ne fait que monter. L'infirmière pressent tellement le danger qu'elle se met à courir... mais manque le dernier métro. Se réfugiant dans des toilettes publiques sordides dont les murs sont tapissés de graffitis, elle se planque au fond. Dans les dernières toilettes, espérant que l'homme qui la poursuit n'en a aucune idée, elle attend, le souffle coupé. Le prédateur l'a pourtant suivie. A petit pas, comme s'il voulait prendre son temps. Savourer chaque seconde en imaginant sa proie retenir son souffle, là-bas, tout au fond des chiottes, Frank passe devant chaque toilette. Vérifie la présence ou non de l'infirmière qui, l'air de rien, est incarnée de manière assez fascinante par l'actrice américaine Kelly Piper dont les talents ne seront malheureusement exploités que dans de très rares occasions.
Plus fort encore. Frank abandonne les lieux au moment où il s’apprêtait à vérifier les dernières toilettes. La porte d'entrée des lieux claque comme une soupape permettant enfin à l'infirmière de reprendre son souffle. La voici désormais seule, enfin. La situation lui paraît tellement stupide qu'elle en rit. Ce qui ne l'empêche malgré tout pas de faire très attention à ne pas faire de bruit. La tension était à son comble, désormais, elle retombe... mais pas trop. Parce qu'on le sait, dans ce genre de situation, on peut s'attendre à un retournement de situation ! Elle, comme les autres, mourra. Frank, le malin, le vicieux, le monstre était tapi. L'infirmière passe ainsi de vie à trépas. Le rituel reprend ensuite son cours. Frank, dans sa chambre, grimé en garçon-coiffeur. Presque ridicule en fin de compte. Lunettes noires, robe de chambre bleue. Le marteau remplaçant la brosse à cheveux. Drôle de situation. Pittoresque. Burlesque...

L'humanité du tueur
Dès lors, le film change de ton. Frank qui jusqu'ici incarnait la démence, se montre désormais sous un nouveau jour. Retrouvant la trace de la photographe Anna d'Antoni, il sonne chez elle, s'invite, accueilli avec le sourire par la belle Caroline Munroe avec laquelle Joe Spinell partagea par trois fois l'affiche (Maniac, donc, mais également Les Frénétiques et Starcrash : le Choc des Étoiles). Frank se présente comme un peintre. Abstrait, natures mortes (quel plaisantin). Séduite, Anna se laisse inviter au restaurant. Puis c'est au tour de Frank de visiter le studio de photographe où exerce la jeune femme. En réalité, l'occasion pour le tueur d'assouvir ses pulsions et de choisir parmi un vivier de jeunes et jolies mannequins, celle dont il fera sa prochaine victime. Désormais, Frank ne tue plus au hasard. Sa victime, il l'a belle et bien choisie au moment de lui voler son bracelet. Le soir-même, il frappe à sa porte en prétextant lui avoir ramené l'objet qu'elle avait malencontreusement oublié au studio durant sa séance de photos. Une fois reparti, nous pénétrons l'intimité d'une femme qui s'apprête à vivre un long calvaire. Mais avant cela, la caméra la suit jusque dans sa salle de bain. Jusqu'à ce que Frank, qui a bloqué la serrure de la porte d'entrée quelques minutes auparavant, lui saute dessus, les angles de caméras, laissent entrevoir de multiples possibilités d'agression. Quand va-t-il agir ? Une fois sa victime attaquée, son agresseur se comporte de manière sensiblement différente qu'à son habitude. Cette fois-ci, il ne la tue pas (encore) sa victime. Il l'attache sur son propre lit et lui tient des propos que la jeune femme, on le voir bien sur son visage, juge très certainement comme incohérents. C'est à sa mère que Frank s'adresse, pas à la jeune mannequin. On le devine à l'avance, Rita (l'actrice Gail Lawrence notamment entrevue dans Rêve de Singe de Marco Ferreri) ne survivra pas à cette soirée. Quant à Frank, lui, il ne retrouvera plus cette toute petite étincelle de lucidité qu'il a connu la veille en compagnie d'Anna. Invitant la photographe a sortir diner dès le lendemain soir, c'est alors qu'ils passent faire un détour au cimetière où est enterré la mère de Frank qu'Anna comprend. Au courant de la mort de Rita, la jeune femme sait désormais que Frank est celui qui l'a tuée. Pire : Anna est la prochaine sur sa liste. Le désaxé tient devant la tombe de sa mère des propos incohérents. Une course-poursuite s'engage entre Anna et lui, mais cette fois-ci, le tueur ne le remportera pas. Armée d'une pelle qui traînait quelque part dans le cimetière, Anna frappe Frank de toutes ses forces. Et le blesse gravement au bras. Suffisamment pour qu'à son retour chez lui, l'homme meurt ?

La mort de Frank Zito, qui décède à la suite de ses blessures fera écho presque dix ans plus tard lorsque Joe Spinell sera retrouvé chez lui, allongé sur son canapé, vidé de son sang. Mort de manière presque aussi violente que le personnage qui le hantera jusqu'à la fin de ses jours. En effet, Joe Spinell qui s'était sans doute blessé en tombant (l'acteur était devenu alcoolique et prenait des drogues) et était hémophile, s'est littéralement vidé de son sang. Une anecdote que le cinéaste William Lustig rapporte parfois concernant cette macabre découverte faite par la police le lendemain de sa mort concerne la présence de la tête coupée de Frank qui à la fin du film, lors d'une scène délirante dans laquelle le tueur s'imagine être attaqué par les mannequins entreposés dans son studio, est décapité par l'une d'entre elles. L'acteur conservait chez lui, au dessus de la télé du salon, la fausse tête de Frank créée par le spécialiste des effets gore Tom Savini (lequel interprète l'homme dont la tête explose dans la voiture). Joe Spinelle buvait énormément. Surtout depuis le décès de sa mère. Une mort que l'acteur n'accepta jamais vraiment. Certains des comportements du tueur de Maniac trouvèrent également leur écho dans le comportement de l'acteur qui refusait d'accepter la mort de sa mère. Il lui arrivait parfois de se travestir avec les robes de celle-ci. D'une certaine manière, Joe Spinell commence alors à ressentir le besoin d'en finir avec la vie. Son hémophilie ne l'empêche pas, à cet égard, de provoquer des bagarres très violentes dans les bars qu'il fréquente. L'émulsion négative provoquée par la mort de sa mère et sa magistrale interprétation de Frank dans Maniac ont fini d'achever cet immense acteur qui s'est éteint le 13 janvier 1989. Son personnage, SES personnages, lui ont tous, fort heureusement, survécu...

mardi 26 septembre 2017

Les Frénétiques de David Winters (1982) - ★★★★★☆☆☆☆☆



ATTENTION !!!! Cet article est inspiré d'un fait divers authentique !!!!

Les Frénétiques, c'est un fantasme vieux de plus d'une trentaine d'années. Inassouvi jusqu'à aujourd'hui. Tout ça parce qu'en France, à l'époque de sa sortie, on jugeait moins grave de mettre à la disposition d'un adolescent tout juste promu à l'âge de treize ans, la cassette vidéo d'une œuvre aussi poisseuse que Maniac tandis qu'on lui interdisait l'entrée dans une salle de cinéma diffusant Les Frénétiques s'il ne montrait pas patte blanche devant l'ouvreuse. Et patte blanche, à l'époque, je m'en souviens encore comme un vieux rêve, c'était prouver que l'on avait l'âge nécessaire pour entrer découvrir un film interdit aux moins de treize ans. Atteints depuis six mois environ et persuadé que la caissière me laisserait passer d'un œil morne sans rien me demander en échange, j'ai omis de prendre sur moi, le précieux sésame. Moi et mon meilleur ami avions patienté de longues heures, montant de notre Seine et Marne chérie jusqu'à Paris, seul endroit où nous pouvions espérer voir Les Frénétiques. Au final, nous avons été tous les deux refoulés jusqu'à la sortie, très énervés. Et pour ne pas être montés dans la capitale pour rien, nous avons choisi d'aller voir Moonraker. Sympathique film d'espionnage dont le héros n'est autre que le célèbre agent 007, James Bond. Les Frénétiques aurait surtout été l'occasion de retrouver Joe Spinell et Caroline Munro, les deux principaux interprètes du chef-d’œuvre de William Lustig, Maniac. Un authentique film d'épouvante. L'un des rares (avec Schizophrénia) à m'avoir laissé un véritable sentiment de malaise à l'époque. Caroline Munro, dont la carrière est émaillée d'une trentaine de longs-métrages a partagé la vedette avec Joe Spinell au court de trois films. Les deux cité précédemment ainsi que Starcrash : le Choc des Étoiles de Luigi Cozzi. Les Frénétiques, dont le titre original The Last Horror Film colle davantage au scénario, n'est jamais sorti sur les écrans américains et à surtout connu une carrière en vidéo. Par contre, s'il est bien sorti dans les salles françaises, le long-métrage de David Winters se révèle fort décevant. Et ce, à plusieurs titres :

L'ombre de Maniac plane tellement sur ce film qu'il est pratiquement impossible de passer outre la comparaison. Et c'est là que le bat blesse. David Winters tente de redonner vie au personnage créé deux ans auparavant par Joe Spinell et William Lustig sans jamais vraiment y parvenir. C'est d'autant plus navrant que quelques courtes scènes laissaient présager du meilleur. Vinny Durand (le personnage interprété par Joe Spinell) recouvrant sa chambre d'hôtel de photos de la star Jana Bates (Caroline Munroe) dont il est fan (fanatique?). Ou bien, toujours ce même Vinny, filmé en gros plans, suant à grosses gouttes, et grimaçant comme le faisait son alter ego Frank Zito. Mieux : la scène de poursuite dans l'hôtel. L'un des rares moments à être véritablement réussi. David Winters anéanti toutes ses chances en faisant appel aux compositeurs Jesse Frederick et Jeff Koz alors qu'il aurait été nettement plus judicieux de recourir aux services de Jay Chattaway qui fit des prodiges en composant la partition morbide et terriblement anxiogène de Maniac.

Tourné durant le festival de Cannes en 1982, vous pourrez toujours tenter de remarquer la présence de plusieurs personnalités telles qu'Isabelle Adjani, Karen Black ou encore Marcello Mastroianni. Pour ce qui est du film, rien de remarquable n'est à noter. On se doute assez rapidement de l'identité du tueur (ça aurait été tellement plus simple de faire de Joe Spinell le responsable d'une série de meurtres horribles), et , de plus, le cinéaste se fiche un peu des spectateurs en évoquant la présence d'une lettre de menaces à l'attention du tueur, histoire de faire croire à sa « non culpabilité ». Le twist final s'avère donc relativement décevant. Terme reflétant l'état général ressenti durant la projection. Reste le plaisir de revoir Joe Spinelle et Caroline Munroe...

mardi 12 avril 2011

MANIAC de William Lustig (1982)


   De Franck Zito on ne sait, et on n'apprendra, pas grand chose. Il se dit artiste mais l'est-il vraiment, lui qui traîne la nuit dans les rues crasseuses de New-York à la recherche de ses futures proies? Derrière le masque de cet homme se cache l'un des plus effroyables serial killer de toute l'histoire du cinéma. Il ne ressemble en rien à ces super-héros de l'homicide qui se planquent derrière les visages sereins d'acteurs mondialement connus. Joe Spinell campe cet homme malade. Cet enfant dont la mère décédée hante malgré tout encore son existence. Castratrice, elle a façonné à sa manière l'homme qu'est devenu plus tard le jeune Franck au travers de pratiques abominables.

   Le torse brûlé à l'aide de mégots de cigarettes, l'enfant est devenu aujourd'hui un tueur impitoyable qui s'en prend essentiellement aux femmes. Mais ces être fragiles dont le scalpe finit cloué au sommet d'un mannequin de cire ne sont-elles pas la déviante représentation qu'en fait l'esprit tourmenté de Franck? Il n'a jamais réussi à se soustraire de l'autorité de sa mère, même bien après la mort de celle-ci, et l'emprise qu'elle avait sur lui existe toujours. Mais cette aversion profonde qui pousse le tueur à éliminer toutes celles qui ont le malheur de croiser sa route se mêle à une certaine forme d'amour œdipien. Et même jusqu'à la déification de la mère qui prend forme lors des extraordinaires mais très inquiétants monologues durant lesquels on ne sait plus vraiment qui s'exprime devant la caméra. Certains détails ajoutent à cet aspect comme la photo de la mère, véritable icône, entourée de cierges allumés.

   Chaque meurtre est d'un point de vue graphique, d'une épouvantable noirceur. Comme s'il on assistait en direct à des meurtres réels filmés avec distance et sans recul, le premier degré est de mise et rien ne permet d'échapper à l'étouffante impression d'être les spectateurs volontaires de faits divers sordides bientôt révélés dans la presse.


   Si le film de William Lustig reste encore plus de trente ans après sa sortie comme l'une des plus terrifiantes expériences cinématographiques, ce n'est pas seulement grâce aux fantastiques effets-spéciaux signés Tom Savini qui laisse ici s'exprimer en totale liberté son immense talent mais bien parce que le cinéaste insuffle au long métrage une ambiance malsaine, glauque et même parfois terrifiante. Ce qui, en toute objectivité, et pour avoir vu de très nombreux films d'épouvante, est tout de même très rare au cinéma.

   Pour s'en convaincre, il suffit de jeter un œil sur la scène qui voit notre serial killer suivre jusque dans le métro une jeune infirmière qui rentre chez elle tard le soir. Accompagné par un piano désaccordé, Franck Zito prend tout son temps et traque sa proie comme un chat le ferait avec la sienne. La victime se sait suivie. Elle prend peur, accélère le pas, se retourne et court se réfugier dans les toilettes publiques d'une station de métro. Le souffle coupé et parvenue jusqu'au piège dans lequel elle vient elle-même de s'enfermer, on assiste épouvantés au drame qui se joue et l'on attend avec appréhension la conclusion que l'on sait jouée d'avance pour elle.


   La tension atteint ici son point culminant mais n'est encore rien en comparaison du long et "glauquissime" monologue qui va suivre. Le visage bouffi et marqué. L’œil rond et le regard éteint. Joe Spinell n'a besoin d'aucun artifice pour faire naître l'angoisse chez le spectateur.

   Il est intéressant de noter que la version française parvient à égaler la version originale. Ce qui ravira les anglophobes. La bande-son signée Jay Chattaway colle parfaitement à ce monument de l'épouvante qu'est "Maniac". William Lustig dégage du scénario toute idée d'inclure la moindre enquête afin d' hypnotiser son public et ainsi lui permettre de pénétrer au mieux l'esprit du tueur comme le fit à la même époque Gerald Kargl avec son très curieux "Schizophrenia".

EXTRAIT:



   Le tueur est incapable de mener une vie sexuelle normale et ne trouve son exutoire que dans la collection de scalpes qu'il cloue sur des mannequins de cire et dont les visages lisses et impersonnels tranchent avec la forte personnalité de sa mère. 


   Chaque fois que Franck tue, il ne se débarrasse pas de sa victime de manière aléatoire mais bien dans le but de croiser le fer avec le fantôme de sa génitrice et ainsi prouver son détachement et sa supériorité sur elle.
A l'instar du Henry, "Portrait Of A Serial Killer" de John McNaughton, William Lustig choisi de montrer le visage de son tueur et d'en faire ainsi un homme presque anodin, que l'on pourrait aisément croiser dans la rue ou bien avoir comme voisin. A tel point même qu'il n'est pas rare d'éprouver de la pitié pour cet homme au physique repoussant et à la morale parfois douteuse. On est loin du boogeyman défiguré par d'atroces marques de brûlures ( Freddy Krueger dans "Nightmares On Elm Street") ou de celui qui porte sur le visage le masque de chair de ses victimes (Leatherface dans "Texas Chainsaw Massacre"). Si contrairement à ce dernier ce n'est pas le soleil qui a tapé un peu trop fort sur la tête de Franck, c'est au contraire l'obscurité qui fait resurgir les mauvais démons. On peut ou pas fantasmer sur des événements aussi sordides que ceux auxquels on assiste et trouver là, matière à étudier l'esprit tourmenté d'un serial killer, toujours est-il que d'après un certains nombre de témoignages et de critiques, le film semble toucher une majorité de spectateurs quand d'autres ne semblent pas s’émouvoir du portrait de Franck Zito.

   La sensibilité de chacun étant ce qu'elle est, on ne pourra reprocher ni aux uns, ni aux autres l'engouement ou le rejet que provoque "Maniac", tout juste serait-il judicieux pour ceux qui aujourd'hui encore ne connaissent pas ce grand classique de l'épouvante, de faire abstraction des avis lus dans la presse écrite, sur le net ou à travers le bouche à oreille, et de se faire une opinion toute personnelle.

Ma note : ★★★★★★★★☆ ☆

Suppléments:

Joe Spinell (28/10/36 – 13/01/89) : Mort d'un Maniac - Légende ou réalité?

   Les hypothèses quand au décès de Joe Spinell sont multiples et par conséquent, il devient évident que la majeure partie d'entre elles sont fantaisistes. L'une d'elle tout particulièrement, peut-être la moins réaliste mais qui aux yeux des cinéphiles paraîtrait la mieux "adaptée", veut que Joe Spinell, atteint d'hémophilie, se soit mis aux drogues dures et à l'alcool après sa trop grande implication dans le rôle du tueur. Il aurait été retrouvé mort vidé de son sang après s'être cogné et s'être endormi sur le canapé du salon. Cette version est bien sûr la plus "sensationnelle" mais pas nécessairement la plus juste.
L'acteur avait prévu de jouer dans une suite sobrement intitulée "Maniac 2: Mr. Robbie" mais sa disparition semble avoir mis un terme définitif au projet mis en chantier à l'époque par Buddy Giovinazzo, auteur d'un craspec et pessimiste "Combat Shock" (une variante glauque du "Taxi Driver" de Martin Scorsese ).


Les victimes face à leur bourreau :

   Si cet article fait volontairement l'impasse sur Caroline Munroe, c'est parce que j'estime que sa participation au film est anecdotique et que son interprétation n'a rien d'inoubliable. C'est peut-être le seul point négatif du film si l'on juge par dessus tout que le grain de la bobine, la minceur du scénario ainsi que la redondance de certaines actions n'entachent pas l’intérêt du film. Concernant le premier point, il est indéniable que l'utilisation du 16 mm, qu'il soit volontaire ou découlant de moyens ridicules, est un détail qui a son importance sur l'ambiance générale du film. Certaines rues de New-York y sont plus sales que dans la réalité. Si les meurtres semblent au premier abord s’enchaîner sans véritable cohérence, il suffit de se pencher sur l'activité des victimes pour trouver chaque fois le rapport qui les unie et les condamne forcément aux yeux de leur bourreau. S'il paraît normal et même presque romantique de croiser la route d'un couple d'amoureux qui s'éveille tout juste de la nuit qu’il vient de passer sur une plage déserte, qu'en est-il de ce que peut ressentir un homme qui s'érige en justicier pourfendeur de femmes libertines? Quand à celles qui vendent leurs corps pour quelques billets verts (dans l'une des chambres crasseuses d'un hôtel de passe pour la première et devant l'objectif d'un photographe pour la seconde), ne méritent-elles pas finalement d'être châtiées? Si l'infirmière est la seule victime dont on reste incertains des dispositions, nul doute que le tueur, lui, sait pourquoi elle doit mourir. Et pourquoi Caroline Munroe? Peut-être parce qu'elle participe elle-même au grand sabbat. Certains détails ne viennent-ils pas conforter cette curieuse impression?

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