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dimanche 16 juillet 2023

Les Maîtresses du docteur Jekyll (El Secreto del Dr. Orloff) de Jess Franco (1964) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Dans l'article consacré à Gritos en la Noche, j'évoquais le fait que dans le deuxième volet de la franchise dédié à ce sinistre personnage qu'est le docteur Orloff, celui-ci n'y apparaissait pas. Ce qui en soit est une erreur puisque le véritable héros de cette nouvelle aventure toujours réalisée par l'espagnol Jesús Franco sous le pseudonyme de Jess Franck l'y croise dès les premiers instants. Souffrant et alité dans l'attente de son dernier souffle, le docteur Orloff offre au docteur Conrad Jekyll (l'acteur Marcelo Arroita-Jáuregui) le résultat de ses recherches concernant une étude sur l'hypnose. Un concept reposant sur l'utilisation des ultra-sons... Tiens, tiens.... Mais ne serait-ce pas le sujet invoqué un demi-siècle plus tard par le réalisateur et scénariste suédois de l'excellent LFO, Antonio Tublén ? Toujours est-il que dans ces Maîtresses du docteur Jekyll dont le titre français est éminemment racoleur (l'original, El Secreto del Dr. Orloff, ne l'étant pas moins puisqu'il laisse supposer la présence persistante de ce dernier dans le récit), le Docteur Jekyll va se servir du fruit des recherches de son homologue une fois décédé à des fins très particulières : en effet, persuadé que son épouse l'a trompé avec son propre frère, le Docteur Jekyll a assassiné ce dernier. Ici, l'objet de l'hypnose n'est pas tout à fait exact puisque si le célèbre scientifique parviendra à ses fins, le procédé semble plus proche du phénomène de ''zombification''. Mais rien à voir ou presque avec ces créatures que l'on voit sortir de leur tombe ou se réveiller dans la chambre froide d'une morgue, le teint pâle ou bleuté et les stigmates de la mort marquant leur visage ainsi que leur corps dans leur ensemble Non, Les Maîtresses du docteur Jekyll évoque tout d'abord ces affaires proprement hallucinantes concernant en particulier l'île d'Haïti et lors desquelles des individus sont drogués, tombant ainsi dans un état proche de la mort. Déclarés décédés, ils sont alors comme toute personne qui se respecte, mis en terre. Plusieurs heures après la cérémonie d'enterrement, l'homme qui les drogua vient alors les déterrer et exerce sur eux une véritable emprise cultivée par l'emploi régulier de drogues lui permettant ainsi de les manipuler à sa guise. C'est donc sur ce concept que repose Les Maîtresses du docteur Jekyll dans lequel, effectivement, le Docteur Jekyll emploie le résultat des recherches effectuées par Orloff afin de ramener à la vie son frère Andros (l'acteur Hugo Blanco)...


Débarque alors comme dans tout long-métrage du genre qui se respecte une jeune femme proche du héros (cas habituellement relaté dans le mythe de Frankenstein) dont la présence va contrecarrer les plans de celui-ci. Dans le cas présent, il s'agit de la nièce du docteur Jekyll, Melissa (qu'interprète l'actrice Agnès Spaak). Un prénom auquel le réalisateur espagnol semble très attaché puisque ce fut déjà celui de la fille au visage brûlé du docteur Orloff dans Gritos en la Noche. Si Melissa est la nièce de Jekyll, c'est qu'elle est donc la fille de son frère Andros. Débarque alors avec un certain retard l'inspecteur Klein (Pastor Serrador), lequel est chargé de l'enquête sur la mort de plusieurs danseuses, toutes étranglées des mains d'Andros ainsi ''zombifié''. L'on découvrira bientôt que le docteur Jekyll est prêt à tout pour obtenir vengeance ! Bon, on l'aura compris, ça n'est pas pour les ''beaux yeux'' du docteur Orloff qu'il sera avisé de découvrir ces Maîtresses du docteur Jekyll. Quelques meurtres et paires de nichons plus tard, le constat est des plus désabusé : cette seconde incartade dans l'univers du Docteur Orloff dont la présence à l'écran n'atteindra même pas les deux minutes est relativement navrante. Non pas que sous l'un de ses nombreux pseudonymes Jesús Franco ait encore atteint le degré zéro de la série Z à laquelle il offrira de remarquables fleurons mais il faut bien avouer que dans cette histoire de vengeance au romantisme de pacotille (on se fiche dans les grandes largeurs de la relation qu'entretient la jeune Melissa avec son collant de fiancé (?) Jean Manuel qu'interprète l'acteur Pepe Rubio), rien de vraiment passionnant ou de notable ne se dégage de l'ensemble. Filmé comme le volet précédent en noir et blanc, Les Maîtresses du docteur Jekyll s'avère en fait très souvent soporifique. En dehors de quelques meurtres et de quelques glaçantes apparitions d'Andros (comparables à celles de Ricardo Valle qui incarnait le rôle de Morpho dans Gritos en la Noche), les actrices ont beau exhiber de jolies poitrines, c'est l'ennui qui prévaut. Surtout lors de ces séquences répétitives et bien trop longues situées dans le cabaret où ont lieu les meurtres. L'enquête policière n'est quant à elle pas vraiment passionnante même si elle relance quelque peu l'intérêt lors de la seconde moitié du long-métrage. Une œuvre donc largement en deçà du premier opus...

 

samedi 15 juillet 2023

L'horrible Docteur Orloff (Gritos en la Noche) de Jesús Franco (1962) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Avant d'évoquer la toute première aventure du Docteur Orloff, évoquons donc cette franchise relativement bordélique à laquelle les complétistes névrosés rattacheront quelques œuvres qui n'ont de rapport avec elle que la simple évocation du personnage. Tout commence en 1962 avec Gritos en la Noche du réalisateur espagnol Jesús Franco. Un titre qui n'évoque pas d'emblée la présence du médecin en question. Il faudra donc tout d'abord pour cela, se tourner vers le titre français, L'horrible Docteur Orloff. Trois ans plus tard, Jesús Franco reprend le personnage et l'intègre cette fois-ci au titre original puisque ce long-métrage datant de 1965 s’intitule El Secreto del Dr. Orloff. La version française, elle, fait tout le contraire de ce qu'on lui demande et reprend le patronyme beaucoup plus célèbre d'un autre médecin rencontré dans le cinéma d'épouvante à maintes reprises en la personne du... Docteur Jekyll ! Ça s'appelle Les Maîtresses du docteur Jekyll et devinez quoi ? Pas la moindre trace du Docteur Orloff autrement que cité à plusieurs reprises. Quant au Docteur Jekyll à proprement parler, le prénom Henry du roman L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde de Robert Louis Stevenson disparaît au profit de... Conrad ! 1967. Jesús Franco abandonne un temps son ''iconique'' personnage et laisse le champ libre à son compatriote, le réalisateur espagnol Santos Alcocer, lequel réembauche à cette occasion l'acteur Howard Vernon qui interprétait en 1962 le rôle titre. Plus confus encore lorsque l'on détaille le film dans la chronologie du mythe, le titre original de ce troisième long-métrage est El Enigma del Ataúd (titre se désignant littéralement sous la traduction de ''L'énigme du cercueil''). Et si Howard Vernon y apparaît à nouveau dans le rôle principal, c'est sous le nom de Dam Gaillimh !


Une œuvre qui a priori n'a rien à faire dans la franchise si ce n'est son titre français qui opportunément renvoie toujours au même personnage : Les orgies du docteur Orloff. En 1970, le réalisateur français originaire du Calvados Pierre Chevalier semble vouloir remettre les pendules à l'heure puisqu'il réalise à son tour un long-métrage autour du personnage du Docteur Orloff. Au choix, deux titres : Orloff et l'homme invisible ou La vie amoureuse de l'homme invisible. Une fois encore, c'est l'acteur Howard Vernon qui reprend le rôle dont le véritable nom est cette fois-ci respecté. Tout se gâte encore davantage en 1972 lorsque Jesús Franco ose reprendre l'un des personnages emblématiques révélé sur grand écran par l'un des maîtres de l'expressionnisme allemand, Fritz Lang : Le Docteur Mabuse. Créé par l'écrivain luxembourgeois Norbert Jacques et publié sous forme de roman en 1921 sous le titre de Dr. Mabuse, der Spieler (Docteur Mabuse le joueur). Comme si les choses n'étaient pas suffisamment compliquées... Un personnage qui fut donc sublimé par l'auteur, entre autres chefs-d’œuvre, de Metropolis,M le Maudit ou encore Fury. Un individu dont se sont d'ailleurs également emparés par la suite d'autres cinéastes parmi lesquels Werner Klingler (Das Testament des Docktor Mabuse, en 1962), Claude Chabrol Docteur M, 1990) et donc, Jesús Franco en 1972 avec La Venganza del Doctor Mabuse (La Vengeance du Docteur Mabuse). Dans ce film, les deux Docteurs s'affrontent. Mabuse est incarné par Jack Taylor et Orloff, cette fois-ci par Siegfried Lowitz. Bon, nous évoquerons les cinq autres longs-métrages dans un prochain article puisque l'essentiel est pour l'instant d'évoquer l’œuvre séminale...


Comme l'officialisera Jesús Franco quatorze ans plus tard à travers sa version de Jack L'éventreur intitulée Jack the Ripper – Der Dirnenmörder von London, il est dès 1962, difficile de ne pas voir un lien entre le plus célèbre des tueurs en séries ayant réellement existé et le Docteur Orloff, ce personnage de fiction imaginé par l'un des réalisateurs les plus prolifiques du cinéma espagnol avec pas moins de deux-cent sept œuvres dont une grande majorité de longs-métrages. Sous divers pseudos, Jesús Franco a participé à la gigantesque élaboration du cinéma d'horreur et d'épouvante en signant des longs-métrages qui ne sont malheureusement pas demeurés dans les mémoires pour leurs qualités artistiques mais plutôt pour leur désœuvrement à tout point de vue ! Mais nous pouvons respirer un grand coup puisque L'horrible Docteur Orloff n'est pas le pire de tous et peut même se vanter d'être très recommandable pour quiconque désirerait découvrir le cinéma de cet artisan du cinéma bis (voire Z) espagnol et se faire la main sur l'une de ses créations. La source d'inspiration la plus évidente du réalisateur espagnol est ici l'un des classiques du cinéma fantastique français sorti seulement deux ans avant L'horrible Docteur Orloff. Il s'agit des Yeux sans visage de Georges Franju dont Jesús Franco reprend la trame de base puisque dans ce dernier, un chirurgien tentait de greffer la peau du visage de jeunes femmes sur celui de sa propre fille défigurée à la suite d'un accident de voiture. Dans le cas de L'horrible Docteur Orloff, Jesús Franco invoque un docteur ayant apparemment perdu tout ou partie de la raison après que sa fille ait été atrocement brûlée dans l'incendie de son laboratoire. La particularité du personnage de Melissa, la fille du Docteur Orloff, est que la jeune femme est incarnée par l'actrice Diana Lorys. Cette même Diana Lorys qui endosse également le rôle de Wanda Bronsky, la compagne de l'inspecteur Tanner (l'acteur Conrado San Martin) qui enquête sur plusieurs disparitions de femmes... Filmé en noir et blanc, le film bénéficie d'un travail sonore tantôt méticuleux, tantôt désarmant de naïveté. Entre mélodies moog poussiéreuses et expérimentations sonores, la bande musicale paraît parfois étonnamment novatrice pour l'époque. Côté ambiance, le spectateur sera servi par quelques séquences nocturnes situées dans des ruelles mal éclairées rappelant les coins les plus malfamés du Whitechapel où sévit Jack l'éventreur à la fin du dix-neuvième siècle. Sans être un chef-d’œuvre, L'horrible Docteur Orloff est une entrée en matière dans la carrière du réalisateur espagnol parmi les plus recommandables...

 

dimanche 29 mai 2022

La comtesse perverse de Jess Franco (1975) - ★★★★★★☆☆☆☆

 

 


 

Avant-dernier article consacré au réalisateur espagnol Jess Franco, celui-ci concerne désormais La comtesse perverse qu'il réalisa en 1974. Bien qu'il traite le sujet sous l'angle de l'érotisme, Jess Franco a ici en outre comme objectif de mettre en scène l'adaptation d'une nouvelle écrite en 1925 par le romancier et scénariste américain Richard Connell. Il s'agit effectivement pour lui d'offrir une alternative quelque peu ''brûlante'' de The Most Dangerous Game qui chez nous sorti sous le titre Le plus dangereux des jeux. Une nouvelle dont Jess Franco ne sera d'ailleurs pas le seul à adapter le contenu puisque à la louche l'on compte une bonne quinzaine d'entre elles. Connaissant le réalisateur espagnol et sa propension à tourner des longs-métrages à petits budgets, il ne faudra pas s'attendre à y découvrir autre chose que l'habituel spectacle auquel il nous a toujours habitués. Pourtant, force est de reconnaître qu'en comparaison de certaines séries Z dont il se rendit coupable, La comtesse perverse n'est pas le pire des deux-cent films environ qu'il réalisa durant toute sa carrière. On ne s'étonnera pas non plus d'y retrouver quelques-uns de ses interprètes fétiches comme celle qui fut longtemps sa compagne (l'actrice Lina Romay, ici, délicieusement belle), la française Alice Arno ou l'acteur masculin le plus fidèle de Jess Franco, l'américain Howard Vernon ! Tourné sur la côte espagnole, La comtesse perverse débute par la découverte d'une jeune femme entièrement nue reposant sur le sable d'une plage par un couple interprété par Robert Woods (dans le rôle de Tom) et Tania Busselier (dans celui de Moira)...


Howard Vernon incarne quant à lui le comte Rabor Zaroff et Alice Arno son épouse Ivanna. La comtesse perverse du titre. Carole (la jeune fille nue en question, interprétée par Caroline Rivière) raconte alors au couple le cauchemar qu'elle a vécu sur une île où vivent justement les Zaroff. Un lieu isolé où Tom et sa complice et compagne s'empressent de la ramener. En effet, ces deux là sont des acolytes de ces tortionnaires qui gardent entre les murs de leur étrange demeure des hommes et des femmes qu'ils retiennent enchaînés et dont ils abusent à loisirs. Mais bientôt, Ivanna et Rabor Zaroff exigent de leurs complices qu'ils leur apportent une nouvelle proie. C'est là qu'entre alors en jeu l'actrice Lina Romay. Déjà nettement mieux mise en valeur que dans Shining Sexe : la fille au sexe brillant dans lequel son compagnon de réalisateur exploitait sa physionomie sous toutes ses coutures. S'il en est de même dans le cas qui nous intéresse ici, le film apparaît déjà largement moins crapoteux en terme d'érotisme. Multipliant les zooms comme il en a généralement l'habitude et en usant parfois de courtes focales déformant l'image (et donnant ainsi à ces séquences une aura légèrement fantasmagorique), Jess Franco installe son récit et ses personnages durant la seconde moitié du long-métrage dans une authentique demeure (laquelle n'est donc pas le fruit du travail acharné d'un quelconque décorateur) conçue à l'origine par l'architecte espagnol Ricardo Bofill et située dans la commune d'Espagne de la province d'Alicante, Calp !


Personnage à part entière, le lieu dégage une atmosphère assez particulière rendue plus étrange encore par sa couleur intérieure et extérieure de terre cuite rosée et par son architecture qui n'a pas vraiment d'équivalent. Connue par les habitants de Calp sous le nom de ''Muralla Roja'' (La Muraille Rouge), il s'agit d'un complexe d'habitations dont a donc pris possession Jess Franco pour tourner les plans censés se situer dans la demeure des Orloff. Si l'une des plus célèbres adaptations de la nouvelle de Richard Connell signifiait d'emblée ses objectifs (Les Chasses du comte Zaroff, réalisé en 1932 par les américains Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel), en ce qui concerne La comtesse perverse, rien n'est moins sûr. Si de perverse, la comtesse du titre en a effectivement l'attitude, on se demande quand va débuter la chasse promise à l'origine par le synopsis. Pour cela, il faudra au spectateur, patienter quatre-vingt minutes avant que de toute sa nudité, Lina Romay/Silvia Aguado ne soit poursuivie par Alice Arno/La Comtesse Ivanna Zaroff sur la surface de l'île. Rock progressif et musique tribale accompagnent une intrigue qui souffre comme d'habitude d'un rythme souvent trop lent. Les acteurs font le minimum syndical et seuls la compagne du réalisateur et Howard Vernon s'en tirent à bon compte. Les quelques séquences érotiques n'apportent finalement pas grand chose au contenu à part remplir les vides scénaristiques. La comtesse perverse demeure malgré tout un Jess Franco honnête...


 

samedi 28 mai 2022

Los Ojos Siniestros del Doctor Orloff de Jess Franco (1973) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Qu'il ait agit sous son véritable nom ou sous couvert de l'un de ses nombreux pseudonymes, le réalisateur espagnol Jesús Franco fut un artiste complet. Qu'on l'aime ou pas, son œuvre ne peut laisser indifférent. Que le rejet soit massif ou l'admiration sans bornes. Réalisateur, scénariste, il a composé la bande musicale de bon nombre de ses propres longs-métrages également sous pseudos. Parmi lesquels, un certain Pablo Villa. Ou encore, David Khunne, sous lequel il a produit l'une de ces créations immédiatement reconnaissables. Ce son d'orgue joué par un musicien qui en la matière semblait ne l'être que par le nom. Ou quand lorsque l'on ne connaît rien en matière de solfège et qu'on laisse faire le hasard. Trois notes au compteur, créant une ambiance tantôt trouble, tantôt psychédélique, tantôt cotonneuse. Pas de quoi se lever le matin en se disant qu'il faudrait se procurer d'urgence l'intégrale de ses compositions mais un marqueur, une valeur sûre permettant d'affirmer que l'on est bien chez l'auteur de plus de deux-cent longs-métrages en cinquante-six ans de carrière. Les plus réfractaires argueront qu'en autant d'années de labeur, le bonhomme n'aura engendré aucun chef-d’œuvre, aucun classique du septième art. Ses fans, eux, invoqueront par contre le fait qu'il aura tout de même réussi à pondre des films cultes par dizaines, quelles que soient leurs qualités et les moyens mis à disposition de leur auteur. Mais si l'on veut demeurer tout à fait objectif, force est de reconnaître que parmi ces derniers, nombreux sont ceux qu'il reste inenvisageable de garder au chaud pour une soirée entre potes. Le genre de rendez-vous consistant à leur faire découvrir l'une des légendes bis, voire Z, du cinéma espagnol. À moins que... à moins qu'après quelques verres... un peu d'herbe ou l'emploi d'inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine, qui sait... pourquoi pas !


Mais revenons à l'essentiel. L'objet de ce nouveau délit. L'un de ces treize Objets Filmiques Non Identifiés que Jess Franco réalisa en cette seule année 1973. Ce Los Ojos Siniestros del Doctor Orloff que l'on pourrait croire sorti du même imaginaire que celui de l'auteur des Chasses du comte Zaroff (nouvelle du scénariste et écrivain Richard Connell écrite en 1924) mais qui n'entretient en réalité de rapport avec celui-ci qu'à travers les trois dernières lettres qu'ils partagent en commun ! Le roi du zoom revient donc en 1973 avec sa vision de ce que l'on pourrait comparer à une télénovelas psychédélique sur fond d'intrigue familiale et (à minima) policière. De la bouche même du domestique d'une famille aisée, un certain Albert Mathews qu'interprète l'acteur José Manuel Martín, le patriarche était un gentleman. Depuis décédé, Albert a pris le parti de protéger la fille de son ancien employeur, Melissa (l'actrice Montserrat Prous) des hypothétiques attaques extérieurs ou internes. D'autant plus que les vautours n'ont pas tardé à voler autour de cette jeune proie aussi fragile que docile depuis la disparition de son père, clouée dans un fauteuil roulant et méconnaissant les intentions des quelques ''personnalités'' qui gravitent autour d'elle. Et parmi celles-ci, un certain Docteur Orloff qu'incarne l'acteur australien William Burger, dont la ressemblance avec le chanteur français Nino ''Gaston y a l'téléfon qui son''Ferrer est parfois troublante...


Second volet d'une trilogie complétée par Gritos en la Noche en 1962 et El Siniestro Doctor Orloff en 1984, Los Ojos Siniestros del Doctor Orloff met donc en scène William Burger dans le rôle titre qu'interprétait avant lui et se réappropriera à nouveau dans les années quatre-vingt l'acteur allemand Howard Vernon. Ses deux complices, qui s'avèrent être la tante Martha et la demi-sœur Flora de la jeune Melissa sont quant à elle respectivement interprétées par les actrices Loreta Tovar et Kali Hansa. Trahison et manipulation sont au cœur d'une intrigue dont le but particulièrement lucratif est de mettre la main sur la fortune de la principale héritière de la famille Comfort. Heureusement que le voisin de la famille (un musicien) passait par là car l'inspecteur responsable de l'enquête, un certain Crosby (l'acteur Edmund Purdom) est d'un ''je-m’en-foutisme'' assez sidérant ! Hypnose, emprise, contrôle de la pensée, somnambulisme, meurtres... on se dit qu'avec un tel tribu, le film a de quoi satisfaire les amateurs de machinations policières. Sauf qu'entre les mains de Jess Franco, le tout s'avère en fait relativement fade. Pas une goutte de sang, pas une épaule dénudée, et des séquences parfois très mal fichues (comme cette brume apparaissant en insert mais demeurant cependant non dénuée d'un certain magnétisme). William Burger n'aurait pas pu être plus figé dans son interprétation s'il avait eu le malheur de tomber dans un bain de botox. Si l'on a vu bien pire chez le cinéaste espagnol (qui fait ici une éphémère apparition dans le rôle de Lord Comfort), Los Ojos Siniestros del Doctor Orloff s'avère tout de même soporifique...

 

vendredi 20 mai 2022

Shining Sexe : la fille au sexe brillant de Jess Franco (1976) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆

 



 

6 heures du mat'. Après une nuit de travail harassante, une bonne douche et au lit. Mais comme en général le sommeil a du mal à venir, je me dis qu'avant de ronfler à en faire trembler les murs, je vais continuer le cycle que j'ai prévu de consacrer au cinéaste espagnol Jess Franco... Je ne sais pas comment je vais réussir à faire croire à ma compagne que j'ignorais qu'il s'agissait d'un film oscillant entre érotisme, pornographie et science-fiction sachant que le film s'intitule Shining Sexe : La fille au sexe brillant ! Je savais que Jess Franco parsemait pas mal de ses œuvres de plans érotiques somme toute très sages. Mais lorsqu'il passe à la vitesse supérieure en exhibant des vagins imberbes et béants, on se retrouve clairement dans une autre dimension. Des sexes rasés en veux-tu, en voilà... Chose qui me semble relativement inattendue puisque dans mes souvenirs d'adolescent ayant fait ma propre éducation sexuelle devant des pornos qu'un pote nous invitait à découvrir mes camarades de classe et moi, les Marilyn Jess, les Brigitte Lahaie et autres Tracy Lord étaient dotées de toisons généreuses ! Passé ce détail... pubien, venons-en au fait. Et le fait, justement, est que ce qui devait être une œuvre de science-fiction l'est en de si petites proportions que cela ne sautera pas immédiatement aux yeux. En réalité, Shining Sexe : La fille au sexe brillant est simplement l'un des plus mauvais films érotiques de la Création. Ce cochon de Jess Franco y use et abuse de l'apparente légèreté d'esprit de sa compagne Lina Romay pour l'employer ici comme d'un pantin. Ou plus justement, comme d'une poupée gonflable à laquelle aurait été insufflée la vie. La pauvre passe le plus clair de son temps dans une nudité complète, le corps huilé d'une substance graisseuse qui aura cependant son utilité...


D'emblée, la strip-teaseuse Cynthia (qu'incarne donc l'actrice d'origine espagnole) fait son show devant des spectateurs. Simplement vêtue d'une sorte de pagne constitué de centaines d'anneaux dorés, la jeune femme ne cache rien de ses atouts féminins avant d'aller s'asseoir à la table d'un drôle de couple. Une danse pénible avoisinant les sept minutes ! Une fois rhabillée, on se rend compte de la beauté et surtout, de la fragilité de la principale interprète du long-métrage. Débarquant vêtue d'une robe au décolleté plongeant, Lina Romay ne peut s'empêcher de jeter plusieurs regards vers la caméra. Mais vu le prix de la bobine, pas question pour Jess Franco de retourner la scène. Les spectateurs se démerderont avec ça ! Dès lors, la miss raconte son expérience à l'étranger dans le domaine du sexe et précise qu'elle fut contrainte de rentrer en Europe car un type voulait la kidnapper. On apprend donc que Cynthia serait méfiante ? C'est bien ! Sauf qu'à peine quinze secondes plus tard, cette même Cynthia accepte de suivre l'étrange couple chez lui. Étrange car l'on ne peut pas dire que l'attitude d'Alpha (l'actrice française Evelyne Scott) et d'Andros (qui n'a rien à voir avec une célèbre marque de jus de fruits mais qui est par contre interprété par Raymond Hardy) soit des plus encourageante. Leur mission : recouvrir le corps de Cynthia d'une substance au contact de laquelle les hommes qui oseront s'aventurer en elle périront !


Ouais, bon, pas TOUS les hommes non plus, vu qu'Andros pratiquera à plusieurs reprises des attouchements sur la jeune femme en justifiant de son immunité, comme de bien entendu. Shining Sexe : La fille au sexe brillant est.... comment dire.... érotique, oui ! Pornographique, oui, parfois ! Mais il est surtout expérimental. Probablement sous acides, Jess Franco (qui de surcroît assure le rôle du professeur Seward, un type vraiment pas net et en fauteuil roulant) a écrit (faut le dire vite) un scénario que se sont empressé d'adapter Pierre-Claude Garnier et Daniel Lesoeur. Le résultat ne se fait pas longtemps attendre. C'est le délire total, incohérent, indescriptible, incompréhensible. On a l'impression parfois d'un film d'art et d'essai basé sur des discours sans queue ni tête, vomis par des acteurs qui n'ont d'interprète que le nom. Jess Franco cadre ces derniers à l'arrache (incompréhensible lorsque l'on sait qu'il est capable de se donner les moyens de mettre en scène ses interprètes), zoome et dézoome à donner des hauts le cœur, multiplie les scènes érotiques, violant carrément de l'objectif sa compagne qui se laisse faire sans jamais broncher. Ça en devient même parfois très gênant tant elle et les autres semblent avoir été mis sous hypnose avant d'être jetés dans la fosse au lion. Le cul y est fadasse, ennuyeux, même pas excitant. Les acteurs baisent avec autant de motivation que des ouvriers travaillant à la chaîne. Le scénario tient sur un ticket de métro. La mise en scène et l'interprétation sont inexistantes. On aura rarement vu si peu d'expression sur les visages. Complètement perché, Shining Sexe : La fille au sexe brillant part dans tous les sens au point qu'il nous arrachera quelques sourires indignés. Dans l'immense filmographie de Jess Franco, celui-ci fait partie du bas du panier. Un panier percé de surcroît. Si vous survivez ou gardez l’œil ouvert sans vous assoupir ne serait-ce qu'une poignée de secondes, alors vous pourrez enchaîner avec Raiders of the Living Dead de Samuel M. Sherman. Sans doute l'un des rares films à se situer un cran en dessous de celui de Jess Franco...

 

jeudi 19 mai 2022

L'abîme des morts-vivants (La Tumba de los Muertos Vivientes) de Jess Franco (1983) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Après s'être penché à plusieurs reprises sur la Nunsploitation (Le trône de feu, Les démons, Lettres d’amour d’une nonne portugaise), le réalisateur espagnol Jess Franco s'est également intéressé durant sa carrière à un autre sous-genre du cinéma d'exploitation : la Nazisploitation qui, comme son nom l'indique inclus dans son propos le thème du nazisme. Nous pourrions évoquer Ilsa, la louve des SS de Don Edmonds et ses succédanés qui demeurent parmi les plus connus du genre, mais c'est à une autre sorte de long-métrage auquel va avoir à faire le spectateur en cette année 1983. S'il est encore question ici de soldats nazis, Jess Franco, comme tant d'autres avant et après lui, va les mixer avec l'un des genres horrifiques les plus populaires auprès des amateurs de cinéma d'horreur et d'épouvante : le zombie. L'espagnol n'ayant pas été le seul à s'intéresser à cet étonnant brassage, on a pu notamment découvrir des œuvres telles que Le commando des morts-vivants (Shock Waves) du réalisateur américain Ken Wiederhorn en 1977 ou celle du français Jean Rollin intitulée Le lac des morts-vivants en 1981. Le film dont nous allons parler dans cet article semble être d'ailleurs très officiellement la suite de ce dernier, le réalisateur français abandonnant alors sont titre de metteur en scène au profit de l'espagnol Jess Franco. À dire vrai, malgré la thématique reposant sur la Nazisploitation, les deux longs-métrage n'ont en réalité que peu de choses en commun si ce n'est de faire partie des pires films du genre ! Dans les années 2000, la Nazisploitation semble avoir retrouvé le chemin des salles de cinéma avec quelques exemples notables parmi lesquels les volets de la franchises Dead Snow de Tommy Wirkola en 2009 et 2014 ou Frankenstein's Army de Richard Raaphorst en 2013...


Mais retournons en 1983, près de trente ans en arrière. Un voyage dans le temps qui risque de s'avérer particulièrement douloureux pour les amateurs de zombies d'origines diverses et (a)variées. Immunisés depuis longtemps, les fans de Jess Franco n'auront sans doute aucune difficulté à subir ce navrant spectacle qu'offre comme cadeau empoisonné L'abîme des morts-vivants (La Tumba de los Muertos Vivientes). Un titre qui pour une fois mérite bien sa traduction française tant son contenu semble mériter d'être oublié après avoir été jeté dans un abîme sans fond. Un bon moyen de réévaluer les œuvres authentiquement cultes que sont L'Avion de l'apocalypse de Umberto Lenzi et Virus cannibale de Bruno Mattei. Deux classiques du nanar absolument indispensables que continuera sans doute malgré tout de renier une partie du public allergique à ce type de produit cinématographique (tant pis pour eux). L'abîme des morts-vivants, lui, mérite tout à fait sa réputation de film Z. Une sous-catégorie moins élogieuse que celle qui enferme pour notre plus grand plaisir les nanars de toutes sortes. Il faut dire que l’œuvre de Jess Franco est si peu agréable à regarder qu'on ne lui accordera qu'un intérêt tout relatif. Également écrit par le réalisateur espagnol lui-même, L'abîme des morts-vivants bénéficie pourtant d'un scénario prometteur auquel son auteur n'a malheureusement pas été capable de rendre hommage. Tourné dans l'archipel des Îles Canaries et en Espagne, l'action se déroule majoritairement dans le désert et se compose de deux actes très précis...


Convoquant la présence de l'acteur Javier Maiza (dont la carrière au cinéma se comptera sur les doigts d'une seule main), celui-ci incarne le rôle du capitaine Blabert de l'armée britannique qui durant le second conflit mondial l'opposant à l'armée allemande, combattit auprès de ses hommes une section nazie constituée par le tristement célèbre officier Erwin Rommel et transportant un très important chargement de lingots d'or. Le massacre est tel que le capitaine Blabert est seul à survivre à la bataille. Retrouvé inanimé dans le désert près de l'oasis où eut lieu le massacre par un Sheik du nom de Mohamed Al-Kafir (Antonio Mayans), il est emporté jusqu'à la très luxueuse demeure de son sauveteur où à son réveil, il fera la connaissance de sa fille Aisha (l'actrice Doris Regina). Si un premier ''soulèvement'' des zombies nazis morts lors du massacre s'est déjà produit, cette première partie de L'abîme des morts-vivants ressemble moins à film d'horreur et d'épouvante qu'à un film d'aventures fauché mâtiné d'une intrigue romantique entre le capitaine de l'armée britannique et la jeune et exotique Aisha. De cette première partie qui aurait sans doute gagné en valeur artistique si elle ne s'appesantissait pas temps sur des plans d'une longueur et d'une lenteur astronomiques, l'on retiendra somme toute la beauté qui incarne le personnage d'Aisha, une certaine ambition, mais aussi une séquence de guerre totalement brouillonne lors de laquelle, soldats britanniques et allemands portent tous le même uniforme. De quoi se perdre littéralement dans ce champ de bataille où les tirs et les explosions se multiplient !


La seconde partie débute lorsque le propre fils du Capitaine Blabert consulte le journal de voyage de son père, lequel a été depuis assassiné par un certain Colonel Kurt Meitzell (l'acteur Eduardo Fajardo dans le rôle d'un ancien officier nazi espérant mettre la main sur le chargement de lingots toujours enfoui sous le sable du désert). Avec quelques amis, Robert (l'acteur Manuel Gélin), qui vient de découvrir l'existence du chargement d'or, décide de quitter l'Angleterre pour rejoindre l'oasis et mettre la main dessus. Toujours aussi peu enclin à insuffler de l'énergie à son film, Jess Franco fait se croiser tous les protagonistes du film avant d'en confronter une grande partie à la poignée de zombies disponibles sur le tournage. Des maquillages encore moins dignes que les pizzas étalées sur le visages des morts-vivants de L'Avion de l'apocalypse. Une vitesse de déplacement qui ne justifie jamais qu'aucun des vivants ne puisse leur échapper. Un jeu d'acteur aussi pathétique du côté des morts que de celui des vivants. Un tout petit brin d'érotisme (toujours très gratuit chez l'espagnol) et surtout, oui surtout, un rythme lent.... à se cogner la tête contre les murs ! Considéré comme l'un des pires représentants du film de zombies, L'abîme des morts-vivants mérite amplement sa réputation...

 

mercredi 18 mai 2022

Les démons de Jess Franco (1973) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Démarrage d'un court cycle consacré au réalisateur espagnol Jesús Franco Manera plus connu sous le nom de Jess Franco. Nous allons débuter avec Les Démons datant de 1973. Réalisateur frénétique, amateur d'horreur et d'érotisme, grand pourvoyeur de séries Z, Jess Franco signe cette année là l'un de ses meilleurs longs-métrages. Du moins, l'un de ceux qui paraissent visuellement les plus maîtrisés et donc, les plus intéressants d'un point de vue technique. Surtout, le film s'inscrit au cœur d'une trilogie consacrée à l'inquisition. Effectivement, trois ans auparavant il aura signé Le trône de feu et reviendra sur le sujet en 1977 avec Lettres d’amour d’une nonne portugaise. Nous retrouverons d'ailleurs dans le premier l'un des charismatiques antagonistes des Démons en la personne du juge George Jeffreys. Un authentique personnage historique ayant vécu au dix-septième siècle où il fut membre du Conseil privé avant de devenir Lors Chancelier sous le règne de Jacques II. Surnommé le ''Juge qui pend'', c'est bien de lui dont il s'agit ici et non pas de son homonyme qui vécut entre la fin du dix-neuvième siècle et le milieu du vingtième et qui lui fut un célèbre évangéliste, leader du mouvement de Pentecôte. Incarné dans Les démons par l'acteur sud-azerbaïdjanais Cihangir Gaffari (qui apparaîtra notamment dans la série télévisée britannique Dick Turpin restée célèbre chez nous sous le titre Dick le rebelle), il fut à l'origine incarné par Christopher Lee dans Le trône de feu.


S'inscrivant dans toute une série de films basant leur thématique sur l'inquisition, donc, et malgré le soin apporté à la mise en scène, le long-métrage de Jess Franco a bien du mal à s'aligner face aux mastodontes du genre que représentent Le grand inquisiteur de Michael Reeves réalisé en 1968, La marque du Diable que tourna Michael Armstrong en 1970 ou le chef-d’œuvre absolu du genre que s'avère être Les diables auquel donna naissance le réalisateur Ken Russell en 1971. Pourtant, on ne se plaindra pas trop du résultat qui s'affiche à l'écran puisque si Les démons n'est très clairement pas un grand film, on sent bien que Jess Franco y a mis tout son potentiel créatif . Les décors se situent au sein d'un monastère où vivent enfermées des nonnes et où sont pratiquées dans l'indifférence presque générale, des tortures sur celles qui sont soupçonnées d'être des sorcières. En effet, le film s'ouvre sur le procès d'une vieille femme. Reconnue comme faisant partie de l'une d'elles, elle est brûlée sur le bûcher mais a le temps de prononcer une malédiction à l'attention des trois personnalités qui l'ont condamnée : Lord Justice Jeffries (Cihangir Gaffari, donc, qui à cette occasion usa de l'un de ses pseudonymes, John Foster), Thomas Renfield qu'incarne Alberto Dalbés, mais aussi et surtout Lady de Winter qu'interprète l'actrice Karin Field. Un visage angélique mêlé de perversité dont le personnage fait preuve d'une moralité plus que douteuse. Excitée par les tortures infligées, s'offrant à son amant Thomas Renfield et s'adonnant tout autant au saphisme, la jeune femme se rend au couvent de Blackmoor où sont supposées être Kathleen et Margaret, les filles de la sorcière brûlée récemment et dont le destin sera de tuer les trois bourreaux de leur mère...


D'une durée avoisinant les deux heures, Les démons est une co-production franco-portugaise qui sans doute aurait mérité d'être quelque peu élaguée. Trop long et donc parfois très ennuyeux, le film bénéficie cependant d'un budget relativement confortable qui se voit à l'écran. Les paysages extérieurs bien que rarement exploités sont souvent magnifiques. Quant au village et surtout le couvent dans lequel le film situe la plupart des séquences, ils n'ont absolument pas à rougir face à la concurrence. Les décors parviennent à rendre crédible cette chasse aux sorcières perverse à la tête de laquelle trône l'actrice Karin Field, véritable garce, sadique, licencieuse, se complaisant comme pas mal des personnages d'ailleurs, dans la luxure. D'où un certain nombre de séquences érotiques justifiant la présence d'actrices plutôt remarquables parmi lesquelles nous retrouvons la belge Anne Libert et la portugaise Britt Nichols, deux fidèles interprètes du réalisateur espagnol. Tout ou presque n'est que prétexte à foutre à poil telle ou telle actrice. Qu'il s'agisse de lui demander de faire l'amour avec l'une de ses ''camarades'' ou lors de tortures dont on aurait sans doute aimé que ces dernières se montrent beaucoup plus cruelles et sanglantes, les interprètes féminines passent davantage de temps dénudées qu'habillées de l'une des tenues d'époque. On s'amusera par contre cependant de la musique signée de Jean-Bernard Raiteux qui parfois s'éloigne de la thématique pour nous offrir des plages de rock psychédélique qui n'ont rien à voir avec le contexte mais créent un climat délirant que l'on ne reprochera malgré tout pas au film de Jess Franco. Au final Les démons doit s'envisager comme une sympathique alternative aux classiques évoqués plus haut. Une œuvre qui souffre d'une lenteur relativement importante, bénéficiant de nombreuses séquences érotiques qui satisferont les amateurs du genre mais qui manque par contre d'hémoglobine...

dimanche 3 décembre 2017

Les Prédateurs de la Nuit de Jess Franco (1988) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Le synopsis des Prédateurs de la nuit de Jess Franco est on ne peut plus simple : La clinique du docteur Frank Flamand est spécialisée dans la chirurgie esthétique. Mais depuis quelques temps, les activités médicales de Flamand se sont muées en actes criminels. En effet, depuis qu'une vieille bourgeoise mécontente du résultat a brûlé par accident le visage d'Ingrid, la sœur du chirurgien à l'aide d'un acide alors que celui-ci était visé. Lui et sa maîtresse Nathalie kidnappent de jeunes et jolies femmes afin de prélever la peau de leur visage et de la greffer sur celui d'Ingrid. Mais alors qu'ils viennent d'enlever le jeune mannequin américain Barbara Hallen, son père, Terry Hallen, engage un détective afin d'enquêter sur la disparition de sa fille...
La première chose qui saute aux yeux, c'est l'étonnant casting du film. Aussi hétéroclite qu'impensable, nous retrouvons autour du personnage principal interprété par l'acteur autrichien Helmut Berger (Les Damnés, Ludwig ou le Crépuscule des dieux, Salon Kitty, etc...), une pléthore d'interprètes qui, à l'origine, n'ont rien à faire ensemble. Extraite du carcan humide de la pornographie dix ans plus tôt par le cinéaste français Jean Rollin (LE fétichiste français de la vampe au cinéma), Brigitte Lahaie campe le personnage de Nathalie, Maîtresse du docteur Frank Flamand, prête à donner de sa personne pour ramener à la clinique les victimes des expériences qu'il finira par mener auprès d'un certain docteur Orloff, personnage préexistant depuis 1961, date de sortie de L'Horrible Docteur Orlof (vous noterez la présence d'un seul F à la fin du nom), un personnage que s'appropriera le cinéaste Santos Alcocer en 1969 pour Les Orgies du Docteur Orloff (le deuxième F faisant cette fois-ci son apparition), puis le réalisateur et scénariste Pierre Chevalier en 1971 avec Orloff et l'Homme Invisible, et enfin, El Sinistro Doctor Orloff, réalisé par Jess Franco qui pour le coup, se réapproprie son personnage avant de lui offrir une dernière apparition dans le film qui nous intéresse ici et qui demeure comme la suite directe de l’œuvre signée par l'espagnol vingt-sept ans auparavant. Un personnage qui à chaque occasion, fut interprété par un seul et même acteur, le suisse Howard Vernon.

Au menu également, l'acteur Telly Savalas, surtout connu pour son rôle de flic dans la série Kojak mais qui tourna dans de nombreux films parmi lesquels Le Prisonnier d'Alcatraz, Les Douze Salopards, Au Service Secret de Sa Majesté, ou encore Terreur dans le Shanghaï Express auprès des britanniques Christopher Lee et Peter Cushing. La principale victime de chirurgien fou autour de laquelle sera menée l'enquête, est quant à elle la pauvre Caroline Munroe qui six et huit ans en arrière fut déjà la victime de deux tarés campés tous les deux par le même (et génial) acteur Joe Spinell (dans Maniac de William Lustig en 1980, puis dans Les Frénétiques de David Winters deux ans après). Plus étonnant encore, les présences plus que discordantes de Marcel Philippot (la série télévisée Palace ou la publicité pour MAAF), et Stéphane Audran (notamment l'une des égéries, du moins l'actrice fétiche du cinéaste Claude Chabrol avec lequel elle tourna plus de vingt longs-métrage).

Au delà d'un casting véritablement original, l’œuvre de Jess Franco n'est pas totalement raté. Bien qu'il souffre d'un rythme qui confine très souvent à l'ennui, quelques effets gore sont du plus bel effet. De l'amputation d'une paire de bras dont se souviendra peut-être l'année suivante (quoique je doute qu'il ait eu comme source d'inspiration le film de Franco) le cinéaste chilien Alejandro Jodorowsky pour son monumental Santa Sangre, jusqu'au couteau planté dans une gorge ou une seringue dans l’œil gauche de Stéphane Audran, Les Prédateurs de la nuit se révèle un minuscule (et donc, non exhaustif) catalogue d'atrocités qui paraissent aujourd'hui, presque totalement dépassés. Tout comme d'ailleurs les trop nombreuses scènes de softporn qui n'ont d'autre utilité que de remplir les vides scénaristiques. Mais ne boudons pas notre plaisir d'amateur de bisseries à la française d'autant plus qu'à l'époque, la chose était relativement rare pour être soulignée. A noter enfin, que le film de Jess Franco est sans doute plus encore qu'une suite de L'Horrible Docteur Orlof, le remake d'un film que tout cinéphile se doit de connaître : Les Yeux sans Visage que le cinéaste français Georges Franju réalisa vingt-huit ans auparavant...
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