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lundi 15 septembre 2025

La Légende de Zatoïchi (XI) : Le Maudit de Kazuo Mori (1965) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Au départ de cette onzième aventure mettant en scène le valeureux et héroïque rônin aveugle Zatôichi, ce défenseur de la veuve, de l'orphelin ou de toute victime innocente rencontrée sur son chemin est en très mauvaise posture. Zatôichi Sakate-Giri ou La Légende de Zatoïchi : Le Maudit marque tout d'abord le retour du réalisateur japonais Kazuo Mori qui avait signé en 1962 le second volet de la franchise intitulé Zoku Zatōichi Monogatari (La Légende de Zatoïchi : Le Secret) et qui en 1972 réalisera le vingt-troisième opus du nom de Zatōichi Goyō-Tabi (La Légende de Zatoïchi : Voyage à Shiobara). Lorsque les nouvelles péripéties de l'excellent sabreur toujours incarnées à l'écran par l'emblématique Shintaro Katsu débutent, notre homme est à genoux et subit de très nombreux coups de fouets après avoir été reconnu coupable pour jeu illégal. Notons que la séquence, abordée sous cette même forme humoristique qui préserve parfois la franchise de tout sérieux demeure l'une des plus drôles que le spectateur puisse imaginer parmi toutes les œuvres qui précèdent jusqu'à maintenant cette dernière... Zatôichi présentant presque ainsi, une indifférence à la douleur, plus préoccupé par les nombres de coups qui lui reste à subir. La séquence est également l'occasion d'un flash-back lors duquel nous est présenté un personnage secondaire dont l'existence aura malgré tout son importance. En effet, lui-même emprisonné pour avoir été injustement accusé de vol, d'incendie volontaire et du meurtre d'un villageois, Shimazo (Koichi Mizuhara) demande à son compagnon de cellule d'avertir à sa sortie de prison son frère de sang Senpachi Kurouma de Oarai ainsi que le chef du clan Araiso, Jubei (Kenjiro Ishiyama), situé quant à lui à Choshi afin qu'ils lui viennent en aide. Mais alors que rien ne le prédispose à aider ce dernier puisqu'il doute de la véracité de ses propos, Zatôichi va naturellement être porté vers sa seconde ville de destination après avoir fait la rencontre de Hyakutaro et celle du porteur d'un certificat qui doit lui assurer la préservation de son commerce. Un contrat qui placé entre les mains de Jubei Araiso devrait permettre à ce dernier de prendre le contrôle d'un territoire. L'on comprend alors que celui-ci n'est pas l'homme décrit par un Shimazo trahit par les deux seuls hommes sur lesquels il pensait pouvoir avoir confiance...


Kazuo Mori signe pour l'instant avec Zatôichi Sakate-Giri, l'un des tout meilleurs épisodes. Bourré d'humour, accompagné de combats au sabre propres à la saga, avec un Shintarô Katsu toujours aussi drôle et attachant, le long-métrage, dont le script est dû au scénariste Shôzaburô Asai qui fut l'auteur de ceux des épisodes sept (Zatōichi Abare Tako) et neuf (Zatōichi Sekisho Yaburi) est effectivement l'une des plus formidables aventures de notre héros. Un protagoniste qui malgré sa cécité est capable de viser juste lorsqu'il s'agit de gagner de l'argent dans un concours visant à atteindre une cible à l'aide d'une flèche de reconnaître un personnage féminin rien qu'à son odeur (l'actrice japonaise Eiko Takashiro dans le rôle de la ''prostituée'' Yone). Le récit introduit en outre le personnage de Monk Hyakutarô qu'incarne à l'image Kanbi Fujiyama. Ajoutant à ce onzième long-métrage une petite note façon Buddy Movie qui n'est pas pour déplaire. D'autant plus que celui se fait alors passer pour un moine est un escroc de petite envergure, relativement peu courageux et qui en usurpant l'identité de notre héros va se retrouver au centre de savoureux quiproquos  (Hyakutarô qui sous l'identité de Zatoïchi ordonne qu'on lui amène un masseur qui ne sera autre que Zatoïchi lui-même !!!). Zatôichi Sakate-Giri, c'est aussi une photographie et une bande originale absolument magnifiques. La première est due au directeur de la photographie Hiroshi Imai, lequel magnifie les côtes japonaises jusqu'à ce final brumeux et grisâtre sublimé par les décors de Seiichi Ôta. Quant à la seconde, elle est due au compositeur Seitarô Ômori, auteur de près de cent-quatre dix bandes-sons durant sa carrière. Ses compositions emportent littéralement le spectateur lorsque l’œuvre prend parfois une tournure beaucoup plus grave. Le scénario de Shôzaburô Asai et Kan Shimozawa choisit de délivrer les informations au compte-goutte. Et c'est donc au fil du récit qu'on en apprend davantage sur le positionnement des divers personnages qui enrichissent tous et à leur manière le récit. Le douzième opus Zatōichi Jigoku Tabi (La Légende de Zatoïchi : Voyage en enfer) arrivera peu de temps après la sortie de celui-ci mais sera cette fois-ci réalisé par Kenji Misumi qui fut l'auteur du premier, du huitième et sera plus tard celui du dix-septième, du dix-neuvième ainsi que du vingt et unième...

 

lundi 1 janvier 2024

La Légende de Zatoïchi (X) : La Revanche (Zatōichi nidan-kiri) de Akira Inoue (1965) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Doucement, sûrement, mais aussi de manière très certainement laborieuse, je continue à me pencher sur la vaste franchise consacrée au Shogun aveugle Zatoïchi. Un personnage Ô combien attachant qui fut au centre d'un nombre impressionnant d’œuvres cinématographiques. En effet, à ce jour, vingt-sept longs-métrages ont été réalisés entre 1962 et 2003 et la plupart d'entre eux ont été principalement interprétés par l'acteur japonais Shintarō Katsu. Et comme si cela ne suffisait pas, une série vit le jour dès 1974 pour s'interrompre cinq ans plus tard. Au total : quatre saisons pour cent épisodes ! Le dernier article était consacré à La lettre, le neuvième film de la franchise. Il est donc logique qu'aujourd'hui j'aborde La revanche qui dans son pays est connu sous le titre Zatōichi Nidan-Kiri. Nous y retrouvons donc le protecteur de la veuve et de l'orphelin(e) pour une dixième aventure qui désormais, on le sait, s'offre sous la nouvelle esthétique de la couleur et qui s'inspire une fois encore de la nouvelle originelle du romancier japonais Kan Shimozawa. Après Kenji Misumi, Kazuo Mori, Tokuzō Tanaka, Kimiyoshi Yasuda ainsi que Kazuo Ikehiro, c'est au tour du réalisateur Akira Inoue, mort l'année dernière à l'âge de quatre-vingt quinze ans de se saisir du personnage de Zatoïchi pour en faire sien. Ce sera d'ailleurs pour lui l'unique occasion de pénétrer dans l'univers de ce personnage de l'ère Edo couvrant une période s'étalant entre le dix-septième siècle et le dix-neuvième. Dans cette nouvelle aventure, Zatoïchi remet les pieds dans un petit village de campagne qu'il n'a pas revu depuis dix ans. Sa tête étant toujours mise à prix, il est attaqué par deux hommes sur lesquels il parvient à garder le dessus. L'un meurt tandis que l'autre prend la fuite après avoir fait les poches de son ''regretté'' compagnon. Une fois arrivé au village, Zatoïchi apprend que son ancien chef, Maître Hikonoichi, est mort voilà deux semaines. Assassiné par un homme dont on ignore encore l'identité, sa fille prénommée Sayo est désormais enfermée dans une maison close du nom de Chojiro dont le propriétaire est l'intendant Tatsugoro. Un personnage vaniteux qui traite les femmes du village en esclaves sexuelles et vole les hommes quand il ne les tue pas purement et simplement.


Zatoïchi connaît bien Sayo à laquelle il chantait une berceuse lorsqu'elle n'était qu'une toute jeune enfant. Après avoir fait un bon repas et avoir bu du saké, Zatoïchi se met en route vers la maison close où il a l'intention de revoir Sayo afin de la faire libérer. La revanche débute par un magnifique plan plongé dans la brume et perpétue l'esprit même de la saga. Shintarō Katsu continue à interpréter ce personnage d'homme valeureux dont l'instinct n'a jamais été aussi proche d'un sixième sens que dans ce dixième long-métrage. Akira Inoue et le scénariste Minoru Inuzuka nous concoctent à leur tour un savant mélange entre humour, combats au sabre et drame. Dans ce récit cruel où les femmes sont contraintes d'offrir leurs corps à de libidineux clients à défaut de quoi elles sont durement battues à coups de planches de bois, surgit le fameux humour de notre principal protagoniste. La franchise s'éternise et rien ne change vraiment. Zatoïchi se montre toujours aussi friand de boulettes de riz tandis qu'il use de son sabre avec la même parcimonie qu'un scorpion économisant son venin. On rit donc parfois (le repas à son arrivée au village) mais surtout, l'on craint pour la vie de notre héros même s'il nous a habitué à se sortir de situations théoriquement inextricables. Aveugle mais capable de détecter la moindre présence, Zatoïchi, l'ancien samouraï déchu use de son arme comme s'il s'agissait de l'extension directe de son bras. Le grand méchant du film est personnifié par l'acteur Jun Katsumura qui se fond dans le rôle d'un individu perfide et fabulateur. Le plaisir de voir notre héros atteint de cécité s'en prendre à des êtres veules demeure intact. Comme de le retrouver une fois encore lors d'une partie de dés, entouré de tricheurs. Le cadre lui-même demeure authentique. Entre les costumes, les geishas et ces vieilles Minkas faites de planches de bois et de portes coulissantes, la reconstitution conserve tout son charme et participe de la fascination que l'on éprouve devant les mésaventures du plus célèbre masseur aveugle. La franchise a beau en être déjà à son dixième opus, on ne s'en lasse toujours pas. D'autant plus que le film nous offre d'authentiques moments de bravoures...

 

lundi 1 mai 2017

La légende de Zatoïchi (VIII) : Voyage Meurtrier "Zatōichi kesshô-tabi" de Kenji Misumi (1964) - ★★★★★★★★☆☆



Pour cette nouvelle aventure de Zatoichi, maître dans l'art du sabre, notre héros est confronté à Waheiji et ses hommes dont l'intention est une fois de plus de tuer le masseur aveugle. Deux porteurs proposent leurs services à Zatoichi, mais après quelques dizaines de mètres, il décide de faire chemin à pieds, laissant une femme portant un très jeune enfant prendre sa place. Ceux qui l'épient et le suivent ne s'étant pas aperçus de l'échange attaquent le palanquin et le traversent de leur sabre, croyant ainsi tuer le masseur. Lorsque Zatoichi entend les porteurs hurler, il est déjà trop tard. La mère est morte serrant dans une étreinte de mort son bébé, lui, encore en vie.
Persuadé d'avoir lui-même livré la jeune femme à la mort en lui offrant sa place à l'intérieur du palanquin, Zatoichi décide de prendre soin du bébé jusqu'à ce qu'il retrouve son père. Il apprendra plus tard que l'homme ayant contracté une dette, il avait envoyé sa femme louer ses services pour rembourser la dette auprès d'un parrain local. Sur la route, Zatoichi fait la connaissance de Ishuko, une pickpocket, qui va l'accompagner lors de son voyage.

Après sept volets consacrés à la légende de Zatoichi, le masseur itinérant, c'est l'homme qui mit en scène l'acteur Shintaro Katsu pour la première fois dans le rôle deux ans plus tôt qui retourne à la réalisation. Entre temps, Kenji Misumi a tourné plusieurs longs-métrages et tournera à partir de 1972 plusieurs volets de la saga Baby Cart. Une saga inspirée du manga Lone Wolf and Cub, et pourtant, La Légende de Zatoichi : Voyage meurtrier semble déjà comme le brouillon de ce qui fera la légende du loup à l'enfant.
Dès les premiers instants, on est saisis par la superbe partition musicale de Akira Ifukube qui accompagnera le héros durant toute l'intrigue. Une histoire bien différente des précédentes car si les combats sont toujours présents (et toujours aussi magnifiquement chorégraphiés), nous sommes plus proches désormais du drame que du simple film de combat et d'aventures. L'humour est omniprésent grâce au jeu parfois caricatural et théâtral de l'excellent Shintaro Katsu, mais c'est à une véritable déchirure affective à laquelle on assiste. D'abord cette mère que le cinéaste tue sans ménagement. Rares sont les fois une la gente féminine est morte sous les coups de sabres. Mais ce que l'on retient surtout de ce récit en lévitation, c'est l'attachement de Zatoichi et de Ishuko pour ce jeune enfant dont ils auront bien du mal à se détacher.

On y découvre un Zatoichi beaucoup plus sensible, déversant des larmes lorsqu'il s'agit de rendre l'enfant à son père. Sensible et pudique puisqu'à l'arrivée d'Ishuko, il séchera ses larmes pour ne pas être vu dans cette gênante situation. Kenji Misumi se réapproprie totalement le sujet en bouleversant la donne établie par des cinéastes qui se concentraient de plus en plus sur les combats et bien moins sur la psychologie de leur héros. On découvre un Zatoichi fin prêt à prendre le rôle de père. Plus grave qu'auparavant, l'acteur Shintaro Katsu campe avec toujours autant de maestria ce personnage déjà attachant, mais qui gagne aux yeux des fans, des gallons supplémentaires. Contre toute attente, et malgré le propos, La Légende de Zatoichi : Voyage meurtrier fait jusqu'à maintenant partie des meilleurs épisodes. Moins centré sur les combats, Kenji Misumi y dévoile donc un Zatoichi nouveau, rafraîchissant ainsi de belle manière la saga. Ainsi se clôt la première partie du cycle consacré à La Légende de Zatoichi...

samedi 29 avril 2017

La légende de Zatoïchi (VII) : La Lame "Zatōichi abare tako" de Kazuo Ikehiro (1964) - ★★★★★★☆☆☆☆



« Finalement, le monde n'est pas peuplé que de démons... ». C'est ainsi que Zatoichi, le masseur aveugle, découvre qu'un bienfaiteur se dirigeant vers Kajikazawa lui a sauvé la vie en le tirant d'un faux pas (un homme a tenté de le tuer en lui tirant dans le dos à l'aide d'un mousquet) et en lui offrant un médecin, une chambre et le couvert.

Le cinéaste japonais Kazuo Ikehiro semble avoir fait fi depuis longtemps de l'honneur des samouraïs puisque depuis l'épisode précédent qu'il réalisa lui-même la même année, les opposants à la présence de Zatoichi font preuve d'une lâcheté sans égal, sublimant dans ce septième épisode la médiocrité des bandits qui s'attaquent au héros en jouant de sa cécité. En ressort alors une grande satisfaction pour les spectateurs de voir leur « héros » vaincre avec la facilité qu'on lui connaît ses ennemis. Il revêt ainsi la tenue de super-anti-héros proche des faibles et adversaire des puissances qui régissent souvent avec malhonnêteté les contrées qu'il est amené à traverser.
Face à Zatoichi, pas de méchant aussi charismatique que dans l'épisode précédent mais toujours ces clans qui se déchirent pour un bien. Celui auquel prétend un certain Yasugoro (l'excellent Tatsuo Endo), monstre de cruauté qui assistera le sourire aux lèvre au meurtre de celui qui lui refuse la concession d'une rivière pouvant lui rapporter beaucoup d'argent.

Cruauté dans le comportement de ce chef de clan donc, mais également dans les combats car si La Légende De Zatoichi - La lame demeure un cran au dessous des œuvres précédentes, son auteur possède parfois un sens de la démesure lorsqu'il s'agit de montrer des batailles opposant deux clans. Quelques gerbes de sang, et surtout, une brutalité animale parfois incommodante. Toute l'horreur de la guerre à échelle réduite sur fond de complot dont les premières victimes sont les plus faibles.
Zatoichi, le maître es-sabre déploie tout son talent sur terre, et même sous l'eau lorsque cela semble indispensable. Shintarō Katsu cabotine de plus en plus pour notre seul bonheur, Kazuo Ikehiro s'employant à offrir à son acteur le moyen de rendre son personnage toujours plus attachant. Qu'il s'agisse de combattre ou de se mettre en scène dans des situations amusante, le public et forcément conquis, et ce, quel que soit la qualité du titre.

L'action et l'aventure flirtent de plus en plus avec l'humour Zatoichi tombant dans un trou ou se gavant de riz). Quant à elle, la sensualité est mise au rabais pour un temps, le cinéaste s'affranchissant pourtant lors d'un minuscule plan de plus en plus des limites imposée au début avec, une fois encore, le corps dénudé d'une belle et jeune geisha que l'on découvrira sous des coutures différentes de l'épisode précédent. Difficile d'isoler La Légende De Zatoichi - La lame du reste de la licence. Entre ceux qui sont tombés sous le charme du masseur aveugle et qui sont prêt à prendre tout ce qu'on leur met sous les yeux et ceux dont les exigences ne souffrent d'aucune baisse de régime, le combat (virtuel) s'impose. Ce septième volet n'est sans doute pas l'un des tout meilleurs de la saga La Légende de zatoichi, mais il demeure d'une honnête facture. En attendant le prochain...

jeudi 27 avril 2017

La légende de Zatoïchi (VI) : Mort ou Vif "Zatōichi senryō-kubi" de Kazuo Ikehiro (1964) - ★★★★★★★★☆☆



Zatoichi le masseur itinérant. Zatoichi l'aveugle. Zatoichi le joeur. De dés, de flute,et désormais, de tambour. Zatoichi le sarcastique, le cynique. Cet éternel voyage qui parcourt le Japon Féodal avec à ses trousses, des hordes de yakuza. Tous n'en veulent qu'à sa vie. Sa réputation le précède où qu'il aille. Partout sauf à Itakura, petit village où se déroule une fête à laquelle notre héros est convié de participer. Ici, personne ne connaît Ichi. Personne ne le craint, et donc, personne n'a la moindre raison d'en vouloir à sa vie. Les habitants de dix-huit villages fêtent la réunion des mille pièces d'or qui devront être bientôt remises en impôts à l'intendant local. Mais c'est compter sans les bandits qui rôdent, et qui au nombre de trois vont dérober la fortune accumulée durant toute une année de labeur.
Trois rônins vont en effet s'emparer des mille pièces d'or mais c'est Zatoichi, qui se trouvait au mauvais endroit, au mauvais moment qui va être soupçonné. A lui de prouver son innocence...

Nouvel épisode et donc, nouveau réalisateur. C'est cette fois-ci le cinéaste Kazuo Ikehiro qui est en charge de diriger l'acteur Shintaro Katsu qui campe ici pour la sixième fois le personnage de Zatoichi. Alors que l'on pouvait noter une légère baisse de régime dans l'épisode précédent, La Légende de Zatoichi : Mort ou vif démontre que la franchise en a encore sous le pied et surtout que le cinéaste Kazuo Ikehiro a des choses à nous raconter. On retrouve l'un des personnages les plus importants du premier opus en la personne de Chuji Kunisada, réfugié au sommet du mont Akagi avec une poignée d'homme depuis qu'il a été humilié par sa défaite lors du conflit qui opposait les clans de Iioka et Sasagawa. Réupdié par son parrain, Zatoichi va retrouver une certaine forme de reconnaissance en sauvant celui auquel ses ennemis ont juré de tendre un piège lorsqu'il redescendra de la montagne.
Beaucoup plus violents que dans les épisodes précédents, les combats de La Légende de Zatoichi : Mort ou vif sont aussi, beaucoup plus sanglants. Pour la première fois on y voit le sang couler. Kazuo Ikehiro oppose au personnage de Zatoichi un adversaire à la mesure de son talent. En effet, dans le rôle du rônin Jushiro, on retrouve l'acteur Tomisaburo Wakayama, surtout connu pour avoir interprété le rôle de Ogami Itto dans la série de films cultes Kozure Ôkami (Chez nous, Baby Cart), le plus cocasse demeurant dans le fait que dans la vie réelle, il ne s'agit rien d'autre que du propre frère de l'acteur Shintaro Katsu.

On remarquera également que pour la toute première fois, un cinéaste ose dénuder un personnage féminin au cœur de la série. Libérée des contraintes vestimentaires qui on cours à l'époque, on y découvre effectivement une geisha plongée dans un bain, épaules nues jusqu'à la naissance de la poitrine. La Légende de Zatoichi : Mort ou vif est donc une œuvre beaucoup moins pudique qui laisse s'exprimer sensualité et violence sur un mode beaucoup plus expressif.
On notera également, et cela était déjà visible dans l'épisode précédent, que la saga se rapproche de plus en plus du genre western-spaghetti cher à Sergio Leone, lequel tournait à l'époque les premiers du genre avec l'acteur américain Clint Eastwood. Kazuo Ikehiro redore le blason d'une licence qui, si elle n'était pas tombée dans la désuétude, pouvait en convaincre certains que la saga allait peut-être bientôt connaître une fin tragique. Le cinéaste japonais signe avecLa Légende de Zatoichi : Mort ou vif , un excellent épisode. Il prolongera d'ailleurs l'expérience et ce, dès l'épisode suivant...

mercredi 26 avril 2017

La légende de Zatoïchi (V) : Voyage sans repos "Zatōichi kenka-tabi" de Kimiyoshi Yasuda (1963) - ★★★★★★★☆☆☆



Cinquième aventure du masseur itinérant Zatoichi, La Légende de Zatoichi : Voyage sans repos est l’œuvre d'un certain Kimiyoshi Yasuda qui à son tour prend la relève et dirige l'acteur emblématique de cette fabuleuse et gargantuesque saga constituée de vingt-six épisodes, Shintarō Katsu. Cette fois-ci, Zatoichi est convoqué par un parrain du crime auquel est opposé le clan rival de Doyoma. Les hommes de ce dernier tentent d'empêcher le masseur d'arriver à destination et les attaquent lui et son guide, ce dernier mourant sous les coups de sabre de leurs ennemis.
Se retrouvant désormais seul, Zatoichi poursuit son chemin et tombe sur un vieil homme mourant qui le supplie de prendre soin de sa jeune protégée Mitsu. Mais des hommes sont à la recherche de la jeune femme et une fois de plus, Zatoichi est contraint de faire parler la lame de son sabre. Une fois parvenus jusqu'à une auberge, Mitsu et Zatoichi prennent une chambre, mais n'ayant pas les moyens de la payer, il offre ses services de masseur afin de gagner quelques pièces d'or. Durant son absence, l'épouse de l'un des hommes que Zatoichi a tué durant le guet-apens s'introduit dans la chambre de Mitsu et lui tient des propos inquiétants au sujet de son bienfaiteur. Lorsque Zatoichi retourne dans leur chambre, la jeune femme a disparue...

Toujours aussi peu respecté (ses ennemis le comparant le plus souvent à un chien) mais continuellement craint (son nom à lui seul suffit à faire trembler ses adversaires), Zatoichi n'a jamais eu l'air aussi sûr de lui, allant jusqu'à jouer avec la peur de ses détracteurs, bien qu'il ait une opinion de lui-même assez défavorable. Plus que jamais, l'acteur Shintarō Katsu incarne avec talent ce masseur aveugle, mimant parfois avec exagération mais éminemment d'humour ce personnage qui désormais fait preuve d'une tendresse toute particulière envers sa petite protégée. On y perçoit des gestes pouvant s'apparenter à de l'amour, et même du désir quand jusqu'à maintenant, la pudeur du personnage l'empêchait d'être trop démonstratif.
Un aveugle qui se dénigre perpétuellement mais dont l'étonnant charisme séduit la plupart des femmes. Contrairement aux autres épisodes, il n'est pas référence dans La Légende de Zatoichi : Voyage sans repos au péripéties passées du héros. Serait-ce la volonté d'un Kimiyoshi Yasuda décidé à faire table rase sur le passé de Zatoichi, toujours est-il que son œuvre demeure dans la droite lignée des épisodes précédents. Des combats au sabre, des bandits TRÈS nombreux. Guerre des clans. Yakuza. Jeune femme victime de convoitises. La vie à l'époque du Japon féodal n'a jamais parue aussi périlleuse. Les plus faibles finissent toujours le ventre transpercé par une lame.

Kimiyoshi Yasuda se permet même une incartade dans le genre western avec un final dantesque opposant les deux clans dans le décor désaffecté d'une ville laissée à l'abandon, théâtre d'un combat auquel, malheureusement, Zatoichi ne pourra échapper. On notera quelque incongruités au niveau du montage. Pour preuve, la scène de combat final que le cinéaste semble juger bon de couper en son milieu pour nous montrer un Zatoichi abandonnant la jeune Mitsu (l'actrice Shiho Fujimora) à son prétendant Matsu (Matasaburo Niwa). On notera également que le héros aveugle use pour une fois, et à plusieurs reprises, du décor pour se défendre contre ses ennemis et fait plus que jamais preuve de sarcasme face à ses tremblants adversaires. Un bon cru...

samedi 22 avril 2017

La légende de Zatoïchi (IV) : Le Fugitif "Zatōichi kyojo tabi" de Tokuzo Tanaka (1963) - ★★★★★★★☆☆☆



En prenant les commandes du troisième volet des aventures de Zatoichi, et en succédant donc à Kenji Misumi et Kazuo Mori, le cinéaste japonais Tozuko Tanaka avait apporté une profondeur dramatique qui manquait sans doute aux deux premiers opus de la saga La Légende de Zatoichi. Avec Un Nouveau Voyage, il était parvenu à concrétiser une intrigue tournant cette fois-ci davantage autour du passé de son héros et d'une romance entre lui et la fille du maître qui le forma à l'art du sabre. C'est donc avec plaisir que l'on retrouve Tozuko Tanaka à la réalisation de ce quatrième épisode nommé Le Fugitif, l'une des questions importantes étant de savoir s'il allait réussir pour sa seconde incartade dans l'univers du masseur aveugle, à réaliser une œuvre à la hauteur des précédentes.

Une fois encore, Zatoichi va être pourchassé par un certain nombre d'individus. Des yakuza attirés par la prime offerte pour la mort du masseur. L'un d'eux s'improvisant pour l'occasion assassin meurt après avoir espéré touché l'argent afin de l'offrir à sa mère vieillissante. Touché par ce sacrifice, Zatoichi retrouve la vieille dame et lui offre une somme identique à la prime offerte contre sa tête. Reconnaissante, elle lui pardonne la mort de son fils, mais le danger continue de guetter dans la région car ceux qui veulent la tête du masseur aveugle sont de plus en plus nombreux.
D'autant plus que le prix augmente et est multiplié par dix. Bientôt, un samouraï expérimenté arrive au village avec la ferme intention de tuer Zatoichi et de repartir avec les trois-cent ryo de la prime. Entre temps, notre héros fait la connaissance de la jeune Nobu et de son prétendant Yagiri Tokyuro, tout deux appartenant à des clans différents. Les propriétaires d'autres tribus somment Tokyuro de tuer Zatoichi où il perdra les droits sur sa propriété. Malheureusement, ce dernier fait preuve d'une grande lâcheté et met en péril ses chances d'épouser un jour la jolie Nobu. Malgré le danger qui pèse sur lui, Zatoichi va leur consacrer une partie de son temps...

Soyons clairs, Le Fugitif n'atteint pas les objectifs que nous espérions. Le quatrième volet des aventures du masseur aveugle n'est pas un mauvais film, mais au regard des trois précédents épisodes, il demeure un cran en dessous. La faute n'en incombe sans doute pas au scénario mais à l'origine de l’œuvre qui pour nous, pauvres occidentaux, apparaît comme brouillonne. La faute à un important nombre de personnages dont l'identité individuelle est malheureusement difficile à retenir.
Mais le plus grave, sans doute, demeure dans la présence d'un personnage féminin emblématique revenant après une longue absence, et pour lequel le cinéaste Tozuko Tanaka ne parvient pas à rendre la charge émotionnelle qui lui était pourtant due lors d'une fin particulièrement tragique.

De plus, et cela n'est par contre pas forcément un mal, Le Fugitif est beaucoup amusant qu'il n'apparaît dramatique. En effet, l'acteur Shintarō Katsu semble cabotiner de plus en plus. Le cinéaste met également en présence de l'acteur des personnages cette fois-ci beaucoup moins soucieux des codes d'honneur du samouraï. A en voir certains user d'armes à feu pour enfin venir à bout de Zatoichi, on est loin ici du respect de l'adversaire. Et que dire de ce crime affreux et gratuit dont fera les frais une innocente victime, bafouée jusque dans sa mémoire ?
Le Fugitif n'est donc pas un mauvais film, mais de la part de celui qui signa l'excellent Nouveau Voyage, on peut être un peu déçu...

vendredi 21 avril 2017

La légende de Zatoïchi (III) : Un Nouveau Voyage "Shin Zatōichi monogatari" de Tokuzo Tanaka (1963) - ★★★★★★★★☆☆



S'il est difficile pour un cinéaste de reprendre à son compte l’œuvre d'un autre, le réalisateur Kazuo Mori s'en était fort bien accommodé et avait signé un Secret presque en tout point aussi réussi que Le Masseur Aveugle, lui, signé par l'immense Kenji Misumi. Pour ce Nouveau Voyage, c'est un autre qui encore prend la relève. Il s'agit ici du cinéaste Tokuzo Tanaka. Il en signera deux autres épisodes. L'un en 1963, soit la même année que Le Nouveau Voyage, puis plus tard en 1966 avec La Vengeance. Entre Le Nouveau Voyage et les deux qui l'ont précédé, il existe de nombreuses différences. D'abord, et cela n'est pas anecdotique, cette troisième aventure du masseur aveugle Zatoichi est en couleur. Si durant les quelques secondes qui ouvrent l'intrigue de ce Nouveau Voyage on a la sensation d'y perdre un peu du charme des précédents volets, ce détail est très vite relégué au second plan car Tokuzo Tanaka a réussi à se hisser au niveau de ses prédécesseurs et propose un voyage véritablement excitant.
De part l’attrait d'un retour sur le passé du héros. Pas de flash-back mais la rencontre d'anciens compagnons dont l'un, et non des moindres, va cimenter un scénario qui diffère en partie du Masseur Aveugle et du Secret. Si l'on a droit comme on s'en doute à un combat final de haute volée entre Zatoichi et une bande de voleurs, l'intrigue tourne surtout autour du personnage de Banno qui n'est autre que le maître de Zatoichi. Celui qui lui appris le maniement du sabre.

Un homme que l'on suppose forcément bon mais qui va révéler un visage bien sombre. Alors qu'il a marié sa première sœur à un homme par convenance, la seconde Yayoi, alors âgée de dix-huit ans, est déjà promise à un homme qu'elle n'aime pas. En tombant follement amoureuse de Zatoichi, elle espère ne plus épouser celui auquel elle a été promise et cela, avec l'accord de son frère Banno. Mais celui-ci n'entend pas respecter le vœu de Yayoi et chasse alors Zatoichi...

La Légende de Zatoichi : Le Nouveau Voyage parvient miraculeusement à dominer très nettement les deux épisodes précédents. Moins de combats (qui déjà étaient plutôt rares), mais surtout, davantage d'émotion. Une émotion que l'on doit en partie au compositeur Akira Ifukube qui accompagne avec une grande sensibilité des instants de tragédie formidablement mis en scène (il faut voir comment Tokuzo Tanaka place sa caméra) et interprété avec autant de grâce et de pudeur par l'acteur Shintarō Katsu qui continue à incarner le personnage de Zatoichi.
Un Zatoichi prêt à renoncer à son statut de yakuza pour l'amour d'une Yayoi émouvante (l'actrice Mikiko Tsubouchi). On aurait pu craindre une certaine redondance mais non, le miracle a lieu. Les aventures de Zatoichi demeurent toujours aussi passionnantes à suivre et l'on prend toujours autant de plaisir à le voir évoluer. A aller de l'avant tout en en apprenant davantage sur son passé. Sur qui il est vraiment. Et à force d'en connaître un peu plus sur ce personnage charismatique à chaque épisode, forcément, on s'y attache de plus en plus. Tokuzo Tanaka signera lui-même l'épisode suivant, Le Fugitif...

mercredi 19 avril 2017

La légende de Zatoïchi (II) : Le Secret "Zoku Zatōichi monogatari" de Kazuo Mori (1962) - ★★★★★★★★☆☆



Un an après la fin du conflit qui opposa les clans Sasagawa et Iioka, le masseur itinérant Zatoichi retourne au temple Joshoji afin d'y honorer la tombe de son ami Hirate qu'il tua lui-même lors d'un duel. Zatoichi est devenu célèbre depuis qu'il a à lui seul mis un terme à guerre qui opposait les deux clans. Un soir, alors qu'il est a été payé pour masser un puissant seigneur, il remarque que l'individu se comporte de manière étrange. Les hommes à son service ne désirant pas que la rumeur selon laquelle leur seigneur est fou s'ébruite décident de faire tuer Zatoichi de peur qu'il ne révèlent l'information autour de lui.
Protégé par une prostituée qui l'abrite chez elle, Zatoichi passe la nuit avec elle alors même qu'on le recherche dans tout le village. C'est alors qu'un certain Yoshiro pénètre dans la pièce et découvre avec stupéfaction à quel point la jeune femme ressemble à celle qu'il aimait mais qui malheureusement est morte. Setsu ressemble en effet à Chiyo. Le prénom que portait également celle qu'aimait Zatoichi mais qui l'abandonna lorsqu'elle se rendit compte qu'il était aveugle.
Les deux hommes se retrouvent plus tard alors que Zatoichi honore la tombe de Hirate. Le masseur se retrouve bientôt face au clan du seigneur qui a décidé de l'éliminer tandis que Yoshiro se retrouve bientôt encerclé par ceux de Sukegoro. Cet ancien ami de Yoshiro s'est juré d'avoir sa peau depuis qu'il a appris qu'il nétait qu'un voleur, un violeur et un assassin...

Second volet de la saga La légende de Zatoïchi étalée sur vingt-six longs-métrages, Le Secret demeure dans la continuité de l’œuvre précédente tournée la même année bien que le cinéaste Kenji Misumi ai laissé la place au réalisateur japonais Kazuo Mori qui ne tournera que cinq longs-métrages dont trois volets de la saga mettant en scène les prodigieuses capacités du masseur itinérant Zatoichi.
Le personnage central de la saga est toujours interprété par l'acteur Shintarō Katsu, et l'on y retrouve également quelques-uns des principaux interprètes du premier volet comme l'actrice chinoise Masayo Banri qui campait le rôle de la jeune femme éprise du héros. Cette fois-ci, le récit se déroule un an très exactement après les événements de La légende de Zatoïchi : Le masseur aveugle. Maintenant que le conflit entre les clans Sasagawa et Iioka a pris fin et que Hirate est mort, il fallait bien trouver un personnage aussi charismatique que ce dernier pour prendre sa place. C'est l'acteur Tomisaburō Wakayama qui endosse la responsabilité de cette tâche en s'en tirant avec les honneurs. Si Le Secret est un peu moins passionnant que Le Masseur Aveugle, le plaisir de retrouver notre héros atypique demeure, lui, intact. Tout comme le personnage de Hirate donnait une dimension particulière au Masseur Aveugle, celui de Yoshiro revêt une importance considérable et qui donne tout son sens au titre de ce second volet. Peu de combats encore une fois mais une très belle scène de combat, admirablement chorégraphiée, et opposant les personnages de Zatoichi et Yoshiro aux deux factions lancées à leurs trousses.
Dès l'année suivante en 1963, c'est encore un nouveau cinéaste qui prendra la relève pour la troisième aventure du masseur aveugle...

lundi 17 avril 2017

La légende de Zatoïchi (I) : Le masseur aveugle "Zatōichi monogatari" de Kenji Misumi (1962) - ★★★★★★★★☆☆



Premier volet d'une immense saga constituée de vingt-six longs-métrages, La légende de Zatoïchi : Le masseur aveugle est censé se dérouler dans la région de Shimosa. C'est dans un petit village de cette province japonaise qu'arrive le masseur itinérant Zatoichi qui sur demande du chef de clan de Iioka a accepté de le servir en échange de quelques pièces d'or afin de défaire l'autorité de son ennemi juré, le chef du clan Sasagawa. Ce dernier à lui-même loué les services du samouraï Hirate afin de s'assurer de sa victoire lors d'une bataille qui paraît inévitable.
Un matin, alors que Zatoichi pêche au bord d'un étang, il est rejoint par Hirate. Les deux hommes se lient très vite d'amitié. Le premier ne concevant pas d'avoir à se battre en duel contre son nouvel ami, Hirate, lui, est prêt à mourir s'il faut de la lame même de Zatoichi le yakuza. Le conflit semble prendre forme le jour où le clan Sasagawa renvoie chez ceux du clan Iioka le cadavre de l'un de ses hommes. La guerre est désormais déclarée. Mais entre Zatoichi qui décide de ne plus intervenir dans le conflit et Hirate qui se meurt de tuberculose, les deux clans risquent de devoir s'affronter sans les hommes qu'ils ont respectivement engagé.Le clan Sasagawa risque d'ailleurs d'en pâtir puisque ses rangs comptent deux fois moins d'hommes que ceux de Iioka...

S'il ne faisait pas preuve de sa grande maîtrise dans l'art du sabre, le héros Zatoichi incarné par l'acteur Shintarō Katsu nous serait apparu comme un être faible, diminué par la cécité, et d'une roublardise à toutes épreuves (on le voit en effet monnayer sa participation au combat prochain sans montrer de réelles motivations quant à sa future participation). Aveugle mais pas sourd, ce personnage immédiatement attachant possède des valeurs qu'il est difficile de dénicher au départ et qui n'apparaîtront effectivement qu'après une bonne moitié du film. D'un comportement débonnaire qui laisse songeur quant à sa capacité à régler des conflits opposant deux factions de yakuzas qui se détestent royalement, on le découvre en réalité maître de lui et n'usant de son arme qu'en dernier recours.
Shintarō Katsu campe un Zatoichi merveilleux de sagesse. Priant dans un temple séculaire au cœur d'un minuscule village reconstitué où se révèle un art de vivre qui n'appartient qu'au pays qui l'accueille, le sombre projet des deux clans n'est pas l'unique centre d'intérêt d'une œuvre peu généreuse en combats. C'est presque autour de l'amitié entre Zatoichi et Hirate que s'articule en réalité l'intrigue de La légende de Zatoïchi : Le masseur aveugle.

Une amitié si soudaine et si puissante que l'on se demande parfois dans quelle mesure l'amour n'y est pas inscrit lui-même. C'est le très grand cinéaste japonais Kenji Misumi qui s'est attelé à l'immense tâche de mettre en scène pour la toute première fois le personnage de Zatoichi et il y parvient avec beaucoup de talent et une très grande sensibilité. Un cinéaste qui se fera également connaître grâce à sa participation à la saga des Baby Cart dont il réalisera plusieurs épisodes. La légende de Zatoïchi, il ne s'est pas arrêté là puisqu'après cette première incursion dans l'univers du héros aveugle, il y reviendra avec les 8ème, 12ème, 17ème, 19ème et 21ème volets...
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