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samedi 11 octobre 2025

La Cloche a Sonné de Burnot Herbulot 2004) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



Pour quelques milliers d'euros, Simon Arcos propose à tous celles et ceux qui en éprouvent le besoin, un stage de plusieurs jours afin de régler leurs problèmes. C'est ainsi donc que sont réunis Jean et son épouse Nathalie, Léa, Yolaine, Antoine et Hervé. Malgré son expérience dans le domaine, et aidé de sa compagne ancienne héroïnomane Vera, Simon aura bien du mal à maîtriser le séjour de ses nouveaux patients. Entre une Léa un brin nymphomane et en quête d'amitié, et un Jean totalement réfractaire à l'idée de suivre les curieux enseignements de leur hôte, ces quelques jours vont être l'occasion pour chacun de se révéler à eux-mêmes ainsi qu'aux autres. Du moins était-ce sans doute l'intention du cinéaste Bruno Herbulot qui signait en 2005, son second véritable long-métrage cinématographique. Jusqu'àlors assistant-réalisateur sur quelques longs-métrages plutôt réussis dans les années quatre-vingt (La Smala de Jean-Loup Hubert, Rive Droite, Rive Gauche de Philippe Labro, La Cloche a Sonné, L'Effrontée de Claude Miller), le voilà en roue libre en cette année 2004 avec La Cloche a Sonné. Une œuvre résultant d'un scénario écrit à quatre mains par Maud Baignères et Jérôme Boivin qui n'est autre que le réalisateur de l'excellent Baxter en 1989.

Le sentiment de s'être très largement fait flouer par Bruno Herbulot pourra être ressenti par le cinéphile qui verra dans La Cloche a Sonné, un étrange rapport avec une œuvre datant de 1981, signée par Philippe de Broca, scénarisé par Gérard Lauzier, et principalement interprétée par Patrick Dewaere et Anny Duperey. En effet, le scénario de Bruno Herbulot semble s’inspirer de Psy, dans lequel, déjà, un homme et sa femme s'improvisaient psychothérapeutes, et conviaient dans leur maison de campagne, des individus de tous bords à se débarrasser définitivement de leurs angoisses. Un long-métrage qui n'avait déjà en son temps rien de particulièrement remarquable si ce n'était l'interprétation de son principal acteur. La Cloche a Sonné est le parent pauvre d'une thématique finalement à peine survolée. L’œuvre de Bruno Herbulot pèche par un manque évidemment de maturité au niveau de l'écriture. Ce qui fait également défaut au film, c'est la caractérisation de ses personnages. Le cinéaste ne va jamais jusqu'au bout même s'il tend parfois à exagérer le trait de certains des patients conviés au stage.

Le film est surtout l'occasion de mettre en avant son manque de richesse au niveau des situations proposées. Bien que dès l'introduction elle a tendance à ouvrir l'appétit, le spectateur se retrouvera finalement devant une œuvre relativement creuse et peu divertissante. On ne sait si je cinéaste cherche à provoquer le rire et si son film oscille volontairement entre humour raté et situations à l'austérité mal venue. Convier l'orateur Fabrice Luchini et lui offrir finalement des dialogues loin d'être à la hauteur de son talent était inutile. François Cluzet est peut-être celui qui s'en sort le mieux. Son personnage refusant le concept se révèle parfois aussi amusant qu'agaçant. Quelques micros séquences auraient pu redorer le blason d'une œuvre échouant lamentablement à faire rire, mais l'austérité dominante désamorce chaque tentative. Le spectateur n'aura donc d'autre choix que de quitter la projection, ou la subir, un sourire gêné au coin des lèvres, jusqu'à ce que le mot fin vienne le libérer d'une contrainte à laquelle il n'était pas préparé...

samedi 4 octobre 2025

La Discrète de Christian Vincent (1990) - ★★★★★★★★☆☆



Bien décidé à quitter Solange, sa compagne, Antoine est pris au dépourvu quand, sur le quai de la gare de l'Est, c'est elle qui met un terme à leur relation. Désemparé, il en parle à son ami libraire et éditeur Jean Costal. Après réflexion, celui-ci propose à Antoine de se servir de sa propre histoire comme sujet de son nouveau roman. Antoine hésite, puis accepte. Non pas pour se venger de Solange, mais des femmes en général.
Le principe est simple : il doit trouver une femme, doit la séduire, s'en faire aimer, puis la quitter. Après avoir passé une petite annonce dans un journal, il a rendez-vous avec une certaine Catherine Legeay. Jeune et plutôt jolie, Antoine la trouve cependant plutôt rebutante. Mais acceptant de jouer le jeu, il confie à celle-ci l'écriture d'un manuscrit, prévoyant de la revoir dans les prochains jours. Chaque rendez-vous avec Catherine sera pour Antoine l'occasion de se venger et d'écrire son histoire. Un roman à venir que Jean lui a promis de faire ensuite éditer...


"Quand on regarde quelqu'un, on n'en voit que la moitié..."


Lorsque Judith Henry accepte le rôle de Catherine pour le compte de La Discrète, œuvre réalisée par le cinéaste Christian Vincent, elle n'a à son compte que deux autres films. Fabrice Luchini, lui, tourne déjà depuis la toute fin des années soixante. A l'époque, l'acteur n'est pas encore devenu la star qu'il est aujourd'hui mais déjà, il séduit de par sa verve si particulière, trait de caractère bien connu du personnage. La Discrète est l'occasion rêvée pour lui de donner corps à son talent d'orateur face une belle et troublante Judith Henry.

Une histoire d'amour éclipsant la vengeance originelle. Un duo magnifique jamais ennuyeux malgré un scénario, on en conviendra, plutôt mince. Mais de cela, justement, on se fiche ! Parce que l'essentiel est là. Ces deux présences, émouvantes, touchantes par la fragilité qu'elles expriment toutes les deux. On sent pointer la tragédie derrière l'amour naissant, exploité de manière pudique, presque gênante pour le spectateur mis en position de voyeur, complice des manigances orchestrées par les personnages campés par Luchini et Maurice Garrel.

La Discrète se clôt comme il se doit, avec sagesse, même si l'on aurait peut-être aimé une fin alternative pour que ce joli conte se termine comme dans les plus belles histoires. La profession a semble-t-il reconnu les qualités de cette œuvre dort réussie puisque lui furent attribués cinq César, dont ceux des meilleurs acteurs et actrice pour Judith Henry, Fabrice Luchini et Maurice Garrel, ainsi que le prix de la semaine critique à la Mostra de Venise. La Discrète demeure plus de trente ans après sa sortie, une œuvre toujours aussi forte...


mardi 9 septembre 2025

Natacha (presque) hôtesse de l'air de Noémie Saglio (2025) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Et dire que j'ai bien failli passer à côté... Oh, pas à cause de son horrible affiche qui semble être un copier/coller de toutes celles qui se rapportent aux comédies françaises actuelles mais parce que, la pauvre, j'ai cru que l'actrice qui y trône au centre était... Judith Godrèche. Oui, celle qui en mal de reconnaissance et dont la carrière est au point mort s'est affichée dans la presse, les médias et les réseaux sociaux afin de révéler le viol dont elle aurait victime de la part de Jacques Doillon avant de se prendre un retour de bâton sous forme de plainte pour diffamation de la part du cinéaste français. Adios donc à cette pauvre Judith et à son rire de faux-cul et Benvenuto à la charmante Camille Lou dont la carrière au cinéma n'a malheureusement pas été marquée pour l'instant par de grandes œuvres. Habituée des comédies, on l'a notamment découverte dans Pourris gâtés de Nicolas Cuche en 2021, l'infâme Notre tout petit petit mariage de Frédéric Quiring en 2023 ou dans Chasse gardée d'Antonin Fourlon et Frédéric Forestier la même année et dont la suite est prévue pour le 10 décembre prochain. Mis en scène par la réalisatrice et scénariste française Noémie Saglio à laquelle on doit notamment Connasse, princesse des cœurs en 2015 ou Parents d'élèves en 2020, Natacha (presque) hôtesse de l'air est la toute première adaptation sur grand écran de la bande dessinée Natacha du dessinateur belge François Walthéry et du scénariste lui aussi d'origine belge, Gos (de son vrai nom Roland Goossens). Contrairement à la bande dessinée dans laquelle l'héroïne est hôtesse de l'air, le film met en scène une Natacha qui rêve depuis sa plus tendre enfance de voyager à travers le monde et trouve à travers le métier d'hôtesse la possibilité de le concrétiser. Sauf qu'ici, la jeune et charmante femme rate à trois reprises le concours. Notons d'ailleurs que le concours en question n'existe pas du tout et que pour atteindre leur objectifs, les candidates au poste n'ont en réalité d'autre contrainte que celle d'avoir au minimum le Bac ou un diplôme de niveau Bac +2.


Concernant le film de Noémie Saglio, celui-ci est, davantage qu'une comédie, une comédie d'aventures. En effet, alors que par un subterfuge Natacha s'apprête à monter à bord d'un avion réservé à l'attention du Ministre des Affaires culturelles André Molrat (référence évidente à l'ancien écrivain, résistant et homme politique français André Malraux incarné à l'image par l'inépuisable Didier Bourdon), lequel est chargé de veiller sur le transport de la Joconde peinte par Léonard de Vinci entre 1503 et 1506, le célèbre tableau est volé par des malfrats qui prennent en outre en otage Natacha et le steward Walter (Vincent Dedienne). Tandis qu'ils sont jetés hors du véhicule conduit par leurs kidnappeurs en rase campagne, Natacha et Walter se lancent à leur poursuite jusqu'à un petit aérodrome où la jeune femme parvient à reprendre la main sur la Joconde dans le but précis de le rendre au Ministre. Du moins jusqu'à ce qu'elle se rende compte que l'homme est peut-être lui-même au centre du vol du tableau... Dans cette comédie d'aventures bourrées de rebondissements, d'action et de dialogues tantôt drôles, tantôt poussifs, le spectateur aura l'agréable plaisir de découvrir qu'il n'aura pas eu le temps de s'ennuyer. Et ce, grâce au rythme sportif appliqué à l'héroïne interprétée par une Camille Lou craquante, impliquée et non dénuée d'une énergie folle. Accompagnée par un Vincent Dedienne/Walter peu courageux (et c'est peu de le dire), pas très malin et par une galerie de personnages secondaires plutôt sympathique, l'on fait la connaissance des parents de l'héroïne, Madeleine et Roger Malo tout deux respectivement interprétés par Anne Charnier et Philippe Vieux. Et plus tard, de Colette (Elsa Zylberstein), une peintre-faussaire. Le film nous plonge tout d'abord littéralement dans les années 60 grâce à la bande musicale d'Erwann Chandon, des costumes d'isabelle Matthieu ou des décors de Gladys Garot et Stanislas Reydellet pour ensuite téléporter ses héros un quart de siècle plus tard. Noémie Saglio et le scénariste Laurent Turner en profitent pour revenir sur le statut des femmes à l'époque tout en usant de certains anachronismes plutôt amusants et qui trouveront un sens des années, voire des décennies plus tard. Comme l'intervention de l'humoriste et acteur français Baptiste Lecaplain, lequel incarne le personnage de Bernard Fouard-Michel, ou BFM, un complotiste qui vit sur un rafiot et qui évoque notamment la future pilule contraceptive ou les voitures électriques ! Sans être une grande comédie, Natacha (presque) hôtesse de l'air reste un très bon divertissement qui ne souffre d'aucune faiblesse concernant le rythme. Quant aux dialogues, si tous ne font pas forcément mouche l'on se surprend à minima à sourire devant certaines réflexions, ce qui en soit n'est déjà pas si mal face à la sécheresse que représente actuellement la comédie française ! Bref, le long-métrage de Noémie Saglio s'avère être un sympathique divertissement...

 

samedi 9 août 2025

Potiche de François Ozon (2010) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

1997.... Cette année là, un réalisateur allait bouleverser mon opinion sur l'état du cinéma français et conforter l'idée que même dans notre beau pays, il était possible de produire l'équivalent de l’œuvre toute entière du cinéaste américain John Waters. Mon maître à penser, comme le fut en littérature un certain Charles Bukowski. Des Pink Flamingos, des Female Trouble et plus encore des Desperate Living, chez nous, semble-t-il, la chose était inconcevable. Il y eu semble-t-il quelques tentatives underground mais pourtant remarquables (le Mongolitos de Stéphane Ambiel disponible en double programme chez Haxan Films aux côtés du cultissime Hated: GG Allin and the Murder Junkies de Todd Philips) mais rien de véritablement officiel. Jusqu'en 1997, donc, et le moyen-métrage Regarde la mer de François Ozon. Signe avant coureur de ce qui allait jaillir sur les grands écrans l'année suivante sous le titre Sitcom. Une flèche pointant directement vers ces programmes médiocres mais ô combien populaires. Et pourtant, si ce dernier s'était montré d'un cynisme réjouissant, il dénotait déjà une légère baisse de régime en la matière de la part du réalisateur François Ozon. En effet, on y riait sans doute davantage que devant Regarde la mer, mais il n'avait probablement pas la capacité de déranger autant que dans cette aventure d'un peu moins d'une heure détaillant la rencontre entre une touriste anglaise prénommée Sasha et Tatiana (Marina de Van, impressionnante), une jeune marginale apparaissant comme immédiatement menaçante...


Nous sommes fin 2010 lorsque sort sur les écrans français Potiche, le treizième long-métrage du réalisateur français. Et les choses, depuis, ont bien changées. Les vedettes, depuis quelques années déjà, se sont bousculées au portillon du cinéma estampillé '' François Ozon'' ! Ne faisant pas fi de cette règle, Potiche réunit en son sein des noms aussi prestigieux que ceux de Gérard Depardieu, Catherine Deneuve, Fabrice Luchini ou Jérémie Rénier. Aux côtés desquels l'on découvre la présence étonnante de la chanteuse Elodie Frégé. François Ozon aura eu la bonne idée d'attendre sept ans avant de débaucher la gagnante de la troisième saison de l'émission de télé-réalité musicale, Star Academy. Histoire de faire taire avant qu'ils n'ouvrent la bouche ceux qui auraient sans doute prétendu que le cinéaste aurait par ce choix, tenté d'attirer les amateurs de ce genre de shows télévisuels ! S'il n'entretient aucun rapport avec le contexte propre aux Sitcoms des années quatre-vingt dix puisqu'il situe son intrigue deux décennies auparavant, c'est parce que Potiche multiplie les références à cette époque. Pulls à col roulé bordeaux et en acrylique. Foulards soyeux, coupe au bol (Jérémie Rénier, qui deux ans plus tard incarnera Claude François dans Cloclo de Florent-Emilio Siri ressemble déjà à s'y méprendre à l'un des plus populaires chanteurs français des années 60/70), mode vestimentaire, véhicules et fond sonore, tout ou presque renvoie à cette période de vague insouciance que beaucoup n'ont malheureusement pas eu la chance de connaître...


Vu le pedigree de François Ozon, on rêve d'un retour aux sources et pourquoi pas, de dialogues aussi incisifs que ceux des débuts de Bertrand Blier (dont les premiers films cultes, je le précise, datent tous de cette période là). Mais à moins que François Ozon n'ait décidé de montrer que rien n'a vraiment changé depuis ces cinquante dernières années, plonger ses protagonistes dans le courant des années soixante-dix n'a d'intérêt pour lui que de ne citer personne en particulier tout en évoquant la société et le monde politiques tels qu'ils demeurent de nos jours. Quant aux spectateurs, ceux-ci se réjouiront certainement davantage de l'esthétique du long-métrage que des dialogues poussifs dont on ne sait jamais vraiment si François Ozon les a choisi pour leur éventuelle corrélation avec l'époque évoquée. Essentiellement constituée de standards de la variété française (Michèle Torr, Il était une fois, Bee Gees, Jean Ferrat ou Julio Iglesias), la bande musicale à laquelle participe le compositeur Philippe Rombi est typique de cette nouvelle génération de comédies françaises assez creuses qui pullulent depuis la sortie de Potiche. Comme si François Ozon avait posé les bases d'un cinéma fade, dénué d'imagination et de sentiments vrais. Le pire étant d'y voir Fabrice Luchini souvent sous-exploité. Même Bruno Dumont saura prendre le contre-pied de son talent d'orateur en 2016 en sous-exploitant son phrasé dans l'excellent Ma loute. Le treizième long-métrage du réalisateur français donne surtout à se remémorer l'excellente émission Message à caractère informatif de Nicolas et Bruno qui détournait avec talent d'anciens films d'entreprises et qui pour le coup, s'avérait autrement plus drôle. Ennuyeux, dénué (ou presque) du cynisme qui chez François Ozon transpirait par tous les pores par le passé, Potiche est anecdotique. Pour ne pas dire, totalement dispensable...

lundi 7 avril 2025

Le secret de Khéops de Barbara Schutz (2025) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Il y a six ans, Fabrice Luchini avait endossé le rôle du critique littéraire Jean-Michel Rouche dans le mémorable Mystère Henri Pick de Rémi Bezançon. Une adaptation du roman éponyme de l'écrivain, réalisateur et scénariste français David Foenkinos dans lequel l'acteur se lançait dans une passionnante enquête visant à retrouver l'auteur d'un roman devenu depuis son édition, un best-seller... Six ans plus tard, le voici de nouveau dans le rôle principal d'un long-métrage s'inscrivant dans l'exploration d'un Paris où semble-t-il, le trésor du pharaon Khéops aurait été emporté durant la campagne d’Égypte du général Napoléon Bonaparte entre 1798 et 1801. C'est ainsi que l'on retrouve donc Fabrice Luchini dans la peau de Christian Robinson, un succédané du célèbre aventurier américain Indiana Jones créé au tout début des années quatre-vingt par George Lucas et mis en scène dès 1981 dans Les Aventuriers de l'arche perdue par Steven Spielberg. Si cette franchise a donné naissance à nombre de productions du même acabit dont le diptyque À la poursuite du diamant vert de Robert Zemeckis et Le Diamant du Nil de Lewis Teague demeurent parmi les plus célèbres, en France, recenser ce genre de productions s'avère rapide puisque ces dernières sont relativement rares... voire même désastreuses (qui se souvient par exemple du désastreux 600 kilos d'or pur d'Éric Besnard en 2009 ou de Jack Mimoun et les secrets de Val Verde de Malik Bentalha et de Ludovic Colbeau-Justin en 2022 ?). Le secret de Khéops est le tout premier long-métrage réalisé par Barbara Schulz. Une cinquantenaire qui donc semble avoir décidé de passer derrière la caméra après plus de trente ans de présence devant l'objectif de cinéastes aussi variés que Xavier Gélin, Pascal Thomas, Laurent Tuel, Elie Chouraqui ou Nicolas Vanier dans la comédie post-apocalyptique C'est le monde à l'envers ! Écrit par la réalisatrice ainsi que par Christophe Turpin et Jérôme Tonnerre, Le secret de Khéops réunit autour de Fabrice Luchini l'excellente Julia Piaton dans le rôle d'Isis, la fille du héros ainsi que Gavril Dartevelle dans celui de Julien, le fils de la jeune femme et donc petit-fils de Christian Robinson. Mais également Johann Dionnet dans le rôle de Guillaume, le compagnon d'Isis, Camille Japy en galeriste et ancienne maîtresse de l'archéologue, ainsi qu'un duo de flics ou encore l'acteur belge Sam Louwyck dans le rôle du trafiquant d'objets d'art Markus Gasburger.


D'emblée, Le secret de Khéops signifie la volonté de ses auteurs de plonger l'intrigue dans un mélange entre aventure et comédie. L'équipe de tournage se retrouve tout d'abord à Casablanca pour une reconstitution du Caire. Une séquence lors de laquelle est mis en scène Fabrice Luchini lors d'une exploration qui se conclura de manière pittoresque ! Puis, retour à Paris où l'archéologue retrouve sa fille qu'il n'a pas revue depuis ces quatre dernières années. Isis est elle aussi devenue archéologues mais a vu ses ambitions revues à la baisse. En ersatz d'Indiana Jones et du professeur de sémiologie Robert Langton du Da Vinci Code de Ron Howard, l'on retrouve le Fabrice Luchini que l'on aime, en totale roue libre (parfois un peu trop d'ailleurs, comme lorsqu'il singe comme à la télévision le chanteur Johnny Hallyday) et doté de sa légendaire élocution. Tourné dans des lieux méconnus de la capitale mais également en région parisienne, Le secret de Khéops enchaîne quelques moments de bravoure comme lors de la séquence se déroulant dans le sous-sol de la colonne de Juillet ou celle se déroulant à l'intérieur de Musée du Louvre. Mélange de comédie, de film d'aventure, d'exploration, de thriller et d'histoire égyptienne, le premier long-métrage de Barbara Schultz a beau être un authentique divertissement, les nombreux raccourcis et facilités du scénario laisseront pantois et sceptiques celles et ceux qui apprécient tout récit s'inscrivant dans une certaine rigueur. Ici, le script de la réalisatrice et de ses deux scénaristes ne se contente que d'une seule chose : faciliter l'évolution du récit, la recherche du trésor et les déplacements des personnages qui la plupart du temps et COMME PAR HASARD se retrouvent très exactement au point précis des étapes suivant l'évolution de leurs investigations. Ce qui ne laisse malheureusement que peu de place à l'imagination. L'on a droit en outre à l’éternelle confrontation entre le héros et la fille délaissée au profit d'une passion dévorante (le héros n'a-t-il d'ailleurs pas donné à sa fille le prénom de l'une des plus célèbres déesses égyptiennes ?). Bref, Le secret de Khéops risque de plaire davantage au jeune public qu'à celles et ceux qui connaissent parfaitement les codes du cinéma d'aventure et qui par conséquent, en ont déjà vu assez pour se forger une idée concrète et précise du long-métrage de Barbara Schutz... Lequel demeure malgré tout très agréable à regarder...

 

mercredi 8 mars 2023

Un homme heureux de Tristan Séguéla (2023) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Pour cette nouvelle sortie cinéma au MÉGA CGR de Narbonne en cette matinée du 28 février, nous avons porté notre choix sur le dernier long-métrage de Tristan Séguéla dont nous connaissions déjà '' Docteur ? '' que nous étions allés découvrir en salle voilà trois ans. '' Un homme heureux '' met en scène Fabrice Luchini et Catherine Frot dans le rôle d'un maire déterminé à se faire réélire aux prochaines élections et de son épouse. Si la présence de l'un et de l'autre est plutôt rassurante, celle de Guy Laurent l'est déjà nettement moins. Pourquoi ? Pour une raison, au moins : sa participation aux projets '' Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu '', à sa première séquelle ainsi qu'à '' À bras ouverts''. Trois longs-métrages divertissants qui ont cependant été victimes de polémiques plus ou moins fondées sur de théoriques sous-entendus racistes. Après le noir, le maghrébin, le juif, le chinois et les ''roms'', voici que Tristan Séguéla s' attaque à un autre sujet de société à la mode : le transgenre ! L'on comprendra alors assez rapidement que l'homme du titre n'est pas celui auquel l'on croit (pas de panique ! L'info nous est dévoilée assez rapidement). Pour accompagner notre couple à l'écran (Édith/Catherine Frot et Jean Leroy/Fabrice Luchini), le réalisateur convie Philippe Katerine dans le rôle de l'ami et proche collaborateur du maire Francis, Artus dans celui de Thomas, un jeune homme chargé de communication sur les réseaux sociaux, Grégoire Bonnet dans le rôle de l'ami et confident d'Édith Gérald, ainsi que quelques seconds rôles incarnant les enfants du couple (dont l'humoriste sous lexomil Paul Mirabel) ou les membres d'un groupe réunissant divers transgenres. Mais alors que Philippe de Chauveron avait tendance à se '' moquer '' des origines ethniques de ses, personnages à travers tous les poncifs du genre, Tristan Séguéla aborde son sujet avec infiniment plus de délicatesse... 

 

Ce qui n'empêchera pas le personnage incarné par Fabrice Luchini d'évoquer sa pensée profonde vis a vis de celle qui ne se reconnaît plus dans son corps de femme et se sent homme. Parfois très amusant, '' Un homme heureux '' apporte également de très intéressantes réflexions sur le sujet sans porter aucun jugement que l'on appartienne à un camp ou à l'autre. Quand bien même l'on reste généralement stoïque (et je reste poli) devant cette nouvelle '' mode '' qui semble devoir faire de nombreux '' adeptes '', certaines séquences qui a priori peuvent paraître moralisatrices s'avèrent au contraire très enrichissantes (à l'image des deux séquences se déroulant au sein du groupe de discussion). Si le personnage qu'interprète Catherine Frot semble en total décalage avec l'univers dans lequel baignent les habitants du village où se situe l'action, Fabrice Luchini semble l'être vis à vis des nouvelles mœurs qui s'installent dans le paysage français actuel en incarnant le prototype du politique français de droite traditionaliste. Un contraste qui fait illusion un temps avant que ne se tasse l'intrigue à travers de décevants raccourcis. En effet, certains aspects du long-métrage sont assez vite balayés (les élections...) au profit d'une conclusion idéalisée, sans doute pour une question de temps puisque '' Un homme heureux '' ne dure que quatre-vingt neuf minutes au lieu des quatre-vingt dix-sept d'origine. Tourné dans la commune de Montreuil-sur-mer, le long-métrage de Tristan Séguéla est une très bonne surprise. Et même si les talents de conteur de Fabrice Luchini n'y sont pas totalement exploités (on l'a effectivement vu plus en verve dans d'autres circonstances), son interprétation est sublimée par la présence d'une Catherine Frot étonnante se délestant des apparats de la féminité pour incarner un '' homme '' plutôt crédible...

lundi 24 août 2020

Barnie et ses petites Contrariétés de Bruno Chiche (2001) - ★★★★★★★☆☆☆



Barnie Barnich aime son épouse Lucie. Malgré tout, cela ne l'empêche pas d'avoir une maîtresse et un amant. Il travaille à Londres, et loin de Lucie, il en profite pour retrouver l'un après l'autre Mark et Margot. La situation se complique lorsqu'il reçoit le même jours de la part de son amant, de sa maîtresse et de son épouse, le même cadeau d'anniversaire. Un billet de train pour l'Orient Express à destination de Venise prévu pour le 1er mai prochain. Barnie décide de renvoyer à Margot et Marc le billet qu'ils lui ont respectivement offert mais se trompe de destinataire. Il envoie une lettre écrite à l'attention de Margot, à Marc et une seconde à destination de Marc, à Margot. Ces deux là veulent avoir une explication et se rendent au bureau de Barnie où ils tombent l'un sur l'autre et en profitent pour faire connaissance. Barnie étant reparti à Calais entre temps et fâchés de constater qu'ils ne sont ni l'un, ni l'autre l'unique amour de Barnie, Margot et Marc décident de se rendre ensemble chez leur amant. Mais à leur arrivée, une nouvelle surprise les attend : il découvrent en effet que Barnie est également marié à Lucie et qu'il est le père de la jeune Cécile...

Sur un scénario écrit en collaboration avec Alain Layrac et Fabrice Roger-Lacan, le réalisateur et scénariste français Bruno Chiche signait en 2001 son tout premier long-métrage après une poignée de courts tournés entre 1985 et 1990. Barnie et ses petites Contrariétés met en scène un Fabrice Luchini déjà très volubile à l'époque. Face à Nathalie Baye dans le rôle de Lucie, Marie Gillain dans celui de Margot ou encore l'acteur britannique Hugo Speer dans la peau de l'amant Mark, son personnage tente de se dépêtrer d'une succession de situations dignes de figurer dans une pièce de théâtre. Très à l'aise dans le rôle de Barnie, Fabrice Luchini sera même exploité lors d'une excellent séquence le mettant face à sa bonne et sa mauvaise conscience. Un concept qui aurait pu faire des émules car comment résister à Trois Luchini pour le prix d'un seul ? Barnie et ses petites Contrariétés transpire littéralement la bonne humeur et ce, malgré la gravité de certains sujets, tels que le mensonge et l'infidélité...

Le charme de Nathalie baye et de Marie Gillain, le flegme purement britannique de Hugo Speer, et même l'arrivée comme un (nouveau) cheveu dans la soupe de Serge Hazanavicius dans le rôle de l'amant de Lucie et du professeur d'histoire de Cécile vient rajouter du piment à un film plutôt bien écrit même si Fabrice Luchini se verra offrir dans le futur des lignes de dialogue beaucoup plus ''raffinées''. Barnie et ses petites Contrariétés n'est au fond rien de plus, rien de moins qu'un vaudeville tourné pour le grand écran. Relativement court (moins d'une heure trente), le long-métrage de Bruno Chiche va droit à l'essentiel sans jamais se prendre totalement au sérieux. C'est peut-être aussi la raison pour laquelle le film ne dégage aucune sorte d'émotion. Le mensonge et l'infidélité ne faisant pas le poids face à la verve intarissable de Fabrice Luchini, on en ressort ravis d'avoir une fois encore assisté à une véritable leçon de narration. Au final, Lucie, Margot et Mark ne sont pas les seuls que Fabrice Luchini/Barnie aura su séduire. Les spectateurs eux-même ne peuvent que tomber sous le charme de ce personnage hors du commun, par le ''voyage'' à bord de l'Orient Express et par la mise en scène toute en simplicité de Bruno Chiche. Frais et divertissant...

vendredi 3 janvier 2020

Le Meilleur reste à Venir de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière (2019) - ★★★★★★★★★☆





Il faut se mettre dans la peau du spectateur qui comme ma compagne et moi vient de terminer la séance consacrée à la comédie Docteur ? de Tristan Séguéla pour se retrouver devant le nouveau film de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière qui signèrent sept en plus tôt le formidable Le Prénom. D'un côté, le rêve de voir se croiser dans le nouveau long-métrage les deux grands interprètes français que sont Fabrice Luchini et Patrick Bruel, de l'autre la crainte de n'être sans doute pas aussi réceptifs devant un sujet plus sérieux même si l'on envisage tout de même que les deux réalisateurs ont probablement consacré à Le Meilleur reste à Venir une part non négligeable à l'humour. Ce qui dans les faits semble être le cas. Pourtant, ça n'est très certainement pas cet humour beaucoup moins ''populaire'' que celui déployé par Tristan Séguéla qui fait du nouveau long-métrage de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière un très grand film qu'il est urgent, lui aussi, de découvrir au cinéma avant qu'il ne soit retiré de l'affiche...

Tout d'abord, bonne nouvelle : en ce réveillon du nouvel an, et alors qu'il est un peu plus de 22h20, le public est nombreux, massé devant l'écran qui bientôt va projeter le film dans lequel Patrick Bruel et Fabrice Luchini vont partager la vedette dans les rôles respectifs des deux amis d'enfance César Montesiho et Arthur Dreyfus. Preuve que le cinéma français se porte bien. Si la salle n'est pas comble, une grande partie des places est déjà prise. Confortablement installés dans nos sièges, seuls au monde puisque personnage n'a osé s'asseoir devant nous, les lumières s'éteignent et le film commence. Comme je le craignais, et même si dans la salle et qu'à côté de moi, les rires du public et ceux d'Anna résonnent, lorsque Le Meilleur reste à Venir démarre et se poursuit durant une bonne demi-heure, j'ai beaucoup de mal à me faire à cet humour qui ne parvient pas à me faire oublier celui de Docteur ? Et peut-être encore moins l'exceptionnelle écriture du Prénom. Pourtant, peu à peu, la magie finit par opérer...

L'alchimie qui opère entre la mise en scène et le scénario de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière et l'interprétation de Fabrice Luchini et Patrick Bruel d'un côté, mais également celles de Pascale Arbillot et Zineb Triki de l'autre est absolument remarquable. Rien d'improbable dans ce récit pourtant parfois ubuesque où le quiproquo se mêle à un sens du tragique qui vous cloue sur votre fauteuil. On rit, certes... Mais surtout, l'émotion que dégage ce récit de la mort programmée de l'un des héros dans un contexte où le personnage de César pense que son ami va bientôt mourir d'un cancer alors que le malade c'est lui, s'avère parfois étouffant tant les deux réalisateurs ont su appuyer très exactement là où ça fait mal. Tout en laissant leur œuvre baigner dans un environnement où l'absurde l'emporte fort heureusement à quelques occasions. Confiant le poids de l'interprétation à Luchini, Bruel, Arbillot ; Triki, et même, ne l'oublions pas Jean-Marie Winling (qui incarne le père de César, Bernard), les deux réalisateurs signent une comédie dramatique absolument formidable, bouleversante, drôle, magnifiquement interprétée, sur l'amitié, le pardon et qui signe le retour du duo Fabrice Luchini-Patrick Bruel trente-quatre ans après le cultissime P.R.O.F.S de Patrick Schulmann.

lundi 10 septembre 2018

L'Hermine de Christian Vincent (2015) - ★★★★★★★★☆☆




Hier soir France 2 consacrait son émission Un jour, un Destin à l'acteur Fabrice Luchini. Mais avant cela, la chaîne proposait l'une de ses dernières incarnations au cinéma avec L'Hermine de Christian Vincent, l'auteur de l'excellent La Séparation avec Daniel Auteuil, ou même La Discrète, lequel était déjà incarné par Fabrice Luchini, auquel le cinéaste opposait l'actrice Judith Henry. Un an avant que le réalisateur et scénariste Bruno Dumont ne prenne tout le monde à revers en utilisant ce maître es éloquence dans un rôle où ses qualités d'interprète étaient mises à mal, Christian Vincent propose aux spectateurs de prendre place dans un tribunal où va se jouer le procès d'un homme (Martial Beclin, incarné par Victor Pontecorvo), accusé d'avoir porté des coups sur sa petite fille de sept mois, la menant tout droit à la mort. Face à lui, son épouse (Incroyable Candy Ming dans la peau de Jessica Marton), un public, des témoins (à charge et à décharge), des jurés, et surtout, un président d'assises à la très mauvaise réputation qui de surcroît, semble de très mauvaise humeur pour cette première journée d'audience. Parmi les jurés se trouve Ditte Lorensen-Côtelet. Pour le président Michel Racine, cette jeune femme d'une quarantaine d'années n'est pas une inconnue puisque quelques années en arrière, elle fut celle qui lui sauva la vie après qu'il fut emmené d'urgence à l’hôpital à la suite d'un grave accident. Michel n'a jamais oublié cette belle danoise naturalisée française depuis vingt ans. Entre le procès qui devra déterminer la culpabilité ou l'innocence de Martial Beclin et la flamme ravivée d'un amour qui ne s'est jamais concrétisé entre eux, Michel va devoir composer entre l'éloquence due à son rang de président de cours d'assises et ses sentiments qui n'ont jamais vraiment cessé d'exister envers Ditte...

Vingt-cinq ans après La Discrète, Christian Vincent et Fabrice Luchini se retrouvent donc à nouveau pour une œuvre qui rassure sur la capacité du cinéaste à faire transpirer une certaine émotion entre les individus parcourant son cinéma, la puissance de son écriture (il est également l'auteur du scénario original), et l'interprétation exceptionnelle de son principal interprète. L'Hermine possède les contours d'un docu-fiction sans l'aspect rébarbatif du procédé. C'est donc dans l'univers très particulier d'un tribunal des assises que pénètre la caméra du cinéaste, conviant à l'occasion une brochette d'interprètes exceptionnels, lesquels vont littéralement donner vie et corps à leur personnage respectif. Aux côtés de l'immense Fabrice Luchini, des valeurs sûres qui montent peu à peu. Dans le rôle de Jourd'hui, l'avocat de la défense, l'acteur Michaël Abiteboul. D'abord excessivement distant (certains jurés lui reprocheront d'ailleurs de passer davantage de temps au téléphone qu'assis près de son client), son personnage ne s'exprimera véritablement qu'à une unique occasion, mais alors, quel moment ! Vient ensuite Corinne Masiero, qui dans la peau d'un juré brut de décoffrage fait montre d'une capacité à s'adapter à tout type de rôle, ses origines douaisiennes, dans le Nord, l'ayant sans doute beaucoup aidée.

Mais celle qui demeure peut-être parmi les plus convaincants des interprètes reste encore l'actrice Candy Ming, dont le visage si particulier collera finalement parfaitement au rôle que lui confiera Christian Vincent. Dans la peau de l'épouse de l'accusé, elle incarne à la perfection cette mère de famille d'un milieu social très modeste. Une interprétation sublimée en partie par la présence au casting de plusieurs seconds rôles incarnés par des acteurs amateurs. En effet, il est difficile alors de distinguer pour qui ne connaîtrait pas encore Candy Ming, qui d'elle et des témoins qui passent à la barre sont professionnels ou non. N'oublions pas non plus l'actrice danoise Sidse Babett Knudsen qui dans le rôle de Ditte, incarne la femme fantasmée par un Fabrice Luchini au sommet de son art. Une fois encore, et vingt-cinq ans plus tard, Christian Vincent oppose à l'acteur une alter ego à la féminité extrêmement touchante. De ces histoires d'amour presque aussi innocentes que bouleversante dont l'issue n'est jamais déterminée avant la fin.

Christian Vincent opte donc pour le réalisme. Un choix fort judicieux qui ne pouvait qu'être mis à contribution par un Fabrice Luchini épatant, face auquel le cinéaste oppose un myriade d'excellents interprètes. L'Hermine a beau sembler parfois modeste dans la forme, il n'en demeure pas moins que le film de Christian Vincent est une réussite totale...

mercredi 5 septembre 2018

Les Invités de mon Père d'Anne Le Ny (2009) - ★★★★★★★★☆☆



Second long-métrage de l'actrice et réalisatrice Anne Le Ny, plus connue pour ses différentes interprétation au cinéma qu'en tant que cinéaste, Les Invités de mon Père est une excellente surprise. Débutant sur le ton d'une comédie savoureuse, le film va peu à peu glisser vers un courant plus émouvant que drôle. Conviant les personnages incarnés par Fabrice Luchini, Karin Viard, Michel Aumont et Valérie Benguigui à accueillir dans leur existence deux clandestines d'origine moldave, Tatiana (Veronica Novak) et sa fille Sorina (Emma Siniavski), le fils, la fille et leur conjoint respectifs vont être les témoins de la transformation de leur père, Lucien. Un homme au grand cœur, veuf, aux convictions profondément ancrées, médecin retraité, qui accepte d'accueillir chez lui une mère et sa fille en situation irrégulière. Alors qu'il s'est marié avec Tatiana sans en avoir touché un mot à ses enfants, ces derniers vont constater peu à peu que la jeune et jolie moldave semble avoir une grande emprise sur lui, bouleversant non seulement la vie du patriarche, mais également celle de ses enfants qui finissent par ne plus le reconnaître. Alors que la jeune Sorina s'intègre parfaitement dans sa nouvelle école, bien qu'elle ait trouvé un emploi de femme de ménage dans un hôtel, Tatiana rencontre encore de nombreuses difficultés avec l'administration. Bien qu'ayant accueilli la mère et la fille les bras ouverts, Arnaud et Babette vont cependant constater le changement qu'opère la présence de Tatiana envers un Lucien qui ne semble plus avoir toute sa raison. De manière inattendue, le vieil homme est tout simplement tombé amoureux de sa jeune compagne. Ce qui engendre alors des conséquences qui vont se révéler dramatiques pour toute la famille...

D'abord très drôle, Les Invités de mon Père glisse peu à peu sur une pente vertigineuse. Anne Le Ny réalise une œuvre pleine de tendresse, admirablement interprétée, étudiant avec une réelle maîtrise le cas des clandestins dans notre pays : mariage blanc, difficulté d'intégration, clichés, xénophobie. La cinéaste y montre de manière exemplaire les différents comportements d'individus d'une même famille ayant des points de vue divergents. Elle y démontre surtout que même avec un luxe de prudence, il arrive que rien ne se déroule comme prévu. Michel Aumont est émouvant dans le rôle de Lucien, ce vieil homme pourtant bien entouré depuis la disparition de son épouse. Impliqué dans des œuvres humanitaires, sa nature humaine ne pourra cependant pas l'empêcher de tomber amoureux de la jolie Tatiana. Une Tatiana dure, parfois inflexible... un comportement qui laisse entrevoir son existence passée et ses nouvelles ambitions de mère préoccupée par l'avenir de son enfant. Fabrice Luchini et Karin Viard campent quant à eux un couple de frère et sœur remarquables, pris dans un ouragan d'émotions dont la jeune moldave n'est évidemment pas étrangère.

Anne Le Ny ne prend aucune précaution avec ses personnages et nous les livre tels qu'ils en existe dans la vie. Entre prise de conscience et choix cornéliens aboutissant sur des conséquences qui forcément auront des répercussions, la réalisatrice réussit là où d'autres se sont cassés les dents : Les Invités de mon Père ne juge à aucun moment les faits et gestes de ses différents personnages et évite surtout toute démagogie. Rien à voir donc avec la légèreté d'une comédie telle que À bras ouverts de Philippe de Chauveron dont le fond ne sert que la forme pour un résultat qui se révèle au final désastreux. Anne Le Ny réalise une comédie dramatique dont le propos, même huit ans après sa sortie, n'a pas pris une ride puisqu'éternellement d'actualité. Une totale réussite...

vendredi 31 août 2018

Rien sur Robert de Pascal Bonitzer (1999) - ★★★★★★★☆☆☆



Réalisé en 1999, Rien sur Robert est le second long-métrage du cinéaste français Pascal Bonitzer et fait partie du club très fermé des films qui titillent autant la curiosité qu'ils dérangeant par leur approche peu commune de l'affectif. Récit d'une et de plusieurs rencontres. Entre le critique Didier Temple, engoncé dans une relation tumultueuse avec l'insatisfaite Juliette Sauvage, et la jeune Aurélie Coquille, une gamine un peu perdue, 'séquestrée' par un beau-père qu'elle déteste. Pascal Bonitzer laisse déjà entrapercevoir l'état d'esprit de ses principaux protagonistes à travers leur patronyme respectif. Exemple : Juliette, qui, oui, est sauvage. Jusque dans l'absolu liberté des mots qu'elle choisit consciencieusement de proférer lorsqu'elle fait état auprès de l'homme qu'elle aime, des rapports sexuels qu'elle entretient avec son amant rencontré un jour dans un parc et qui depuis lui ouvre les portes d'un plaisir que Didier lui a toujours refusé. Sandrine Kiberlain, lumineuse, tantôt insatiable, tantôt aigrie, éprouvant autant de plaisir à se faire... 'enculer' par son nouvel amant que de décrire avec un luxe de détails ses rapports sexuels à un Didier aussi médusé que contrit. 
 
Didier, justement. Abordons ce personnage, l'individu central d'un récit kafkaïen dans lequel s'invitent les personnages d'un roman déjanté. Lors de sa rencontre avec le Lord Ariel Chatwick-West admirablement interprété par l'immense Michel Piccoli, ce dernier semble avoir avant tout le monde, saisi cet homme s'octroyant le droit de critiquer une œuvre sans l'avoir vue. En somme, l'apogée du narcissisme pour un critique habituellement salué et dénudé lors d'un dîner particulièrement glaçant se terminant dans la chambre de la jeune et jolie Aurélie, laquelle servira d'exutoire à un Didier en mal d'amour et de reconnaissance.

Rien sur Robert bat régulièrement le froid tout en refusant sa place à la chaleur. Point d'émotion à l'horizon, mais une écriture des plus efficace servie sur un plateau au bénéfice d'un casting en or : Fabrice Luchini et Sandrine Kiberlain en tête de gondole, suivis de près par une Valentina Cervi troublante et magnifique. À ses côtés, Michel Piccoli, posant en empereur de la connaissance contre lequel, aucun disciple n'ose s'insurger des propos parfois démesurés. Denis Podalydès est convié à la fête dans un rôle malheureusement ténu. Laurent Lucas a lui, par contre, beaucoup plus de chance et offre aux spectateurs la douceur de son timbre, doublé d'un charme excentrique.

L’œuvre de Pascal Bonitzer convie le spectateur à s'enfoncer dans l'univers opaque des arts représentés à diverses occasions. Cinéma, télévision, peinture et littérature sont l'occasion de traverser un miroir renvoyant une image peu flatteuse, parcourue d'ombres humaines inquiétantes. Plus dramatique que comique, Rien sur Robert charme sous certains aspects (les relations ambiguës qu'entretient Didier avec sa compagne Juliette et avec la jeune Aurélie), trouble à diverses occasions (le dîner et l'étrange demeure du Lord Ariel Chatwick-West), et ne laisse jamais le spectateur sur la paille lorsqu'il s'agit de lui asséner des coups de poing à l'âme. Étrange sensation d'attirance envers une œuvre parfois profondément dépressive, mais dont l'admirable écriture de Pascal Bonitzer permet la digestion facile de certaines séquences sinistres. Seule faiblesse au tableau. La petite baisse de régime durant la seconde moitié du film qui abandonne alors quelque peu le côté surréaliste du récit pour développer une suite plus classique. Il n'empêche que Rien sur Robert est une excellente surprise. A voir, absolument...

vendredi 1 juin 2018

Ces actrices et acteurs qui ont commencé leur carrière dans l'érotisme ou le porno !



Avant de devenir dans les années quatre-vingt parmi les plus populaires des humoristes et des caricaturistes français, Michel Leeb, de son vrai nom Michel Edouard Nicolas Leeb, rendu célèbre grâce à ses imitations des chinois ou des africains, a d'abord débuté sa carrière au cinéma. Et pas dans n'importe quel courant puisqu'il participa effectivement au tournage de Godefinger ou certaines chattes n'aiment pas le mou (vous remarquerez toute la finesse qui englobe le titre) de Jean-Pierre Fougéa, film érotique dont il existerait, paraît-il, une version hard...

La sublime Anne Parillaud qui à quelques occasions a pu émoustiller la libido de la gente masculine dans des longs-métrages qui n'avaient cependant pas pour autre vocation que de présenter un Alain Delon dans son éternel rôle de flic (Pour la Peau d'un Flic et Le Battant que l'acteur-producteur réalisa et interpréta lui-même), a elle aussi tourné dans une œuvre érotique signée Hubert Frank : Patricia, un voyage pour l'amour. Pas de quoi véritablement rougir et plus proche de cinéma de David Hamilton que des films hardcore qui malheureusement aujourd'hui, pullulent à la vue de toutes et tous sur la toile.

S'il n'a pas débuté sa carrière d'acteur dans l'érotisme, notre fameux Fabrice Luchini national a pourtant par la suite fait une apparition dans les quatrième aventures de la célèbre Emmanuelle. En effet, il y joue le rôle d'Oswaldo le magicien. Outre l'actrice Sylvia Kristel, rendue célèbre pour son interprétation du personnage éponyme, on peut remarquer à l'écran de ce film érotique, l'une des grandes et des plus séduisantes actrices porno des années soixante-dix et quatre-vingt, Marilyn Jess de son vrai nom Dominique Troyes.

Bon, elle, est un cas à part. Catherine Ringer ne pouvant être véritablement considérée comme une actrice à part entière (je parle évidemment en terme de circuit traditionnel) puisqu'elle est d'abord connue pour être la chanteuse du célèbre groupe de rock français Les Rita Mitsouko. On l'aura tout de même vue dans son propre rôle en 1987 dans Soigne ta Droite de Jean-Luc Godard, mais sa filmographie est pour l'essentiel, contenue dans le circuit pornographique. Et là, on n'évoque plus simplement l'érotisme, mais bien le hard. Ceux qui regardaient déjà Canal Plus à l'époque se souviennent sans doute qu'en 1986, sur le plateau de Mon Zénith à Moi, Michel Denisot avait accueilli la chanteuse ainsi que l'immense Serge Gainsbourg qui n'était pas réputé pour avoir la langue dans sa poche et avait notamment traîté Catherine Ringer de pute !

Nous parlions justement du photographe et réalisateur David Hamilton dont la réputation est des plus sulfureuse puisqu'accusé d'avoir violé Flavie Flament (l'animatrice oubliée), lequel tourna plusieurs longs-métrages érotiques parmi lesquels, Premiers Désirs dans lequel nous pouvions découvrir la délicieuse Emmanuelle Béart avant que la chirurgie ne gâche son immense beauté. Au titre du cinéaste, spécialisé dans les flous artistiques et l'érotisme chiant, d'autres vedettes du cinéma français firent leur apparition dans plusieurs de ses longs-métrages. Le regretté Bernard Giraudeau dans Bilitis, ou bien encore Élisa Servier, Macha Méril, Fanny Bastien, Catherine Rouvel ou encore Jean Rougerie, tous les cinq aperçus dans Tendres Cousines. Il n'y a là tout de même pas de quoi avoir le palpitant qui s'affole. Bien au contraire, le cinéma de David Hamilton est bien moins scabreux que sa désastreuse réputation...

Pourquoi je n'aime pas particulièrement Arielle Dombasle ? Peut-être parce que l'épouse de Bernard-Henri Levy s'est montrée un peu trop virulente la fois où, invitée de l'émission 40° à l'Ombre (veuillez rectifier si je me trompe), elle a fait part de son mécontentement lors d'une chronique présentée par une jeune animatrice en maillot de bain, laquelle fut renvoyée sur le champ par la chaîne !!! N'oublions-pas tout de même de rappeler que... l'actrice (évitez de pouffer de rire derrière mon dos, je vous prie) fut l'interprète des Fruits de la Passion du cinéaste japonais Shuji Terayama, et dans lequel cette sainte nitouche se faisait prendre par derrière par le cultissime (et déjanté) acteur allemand, Klaus Kinski.

Pour finir, petite émotion personnelle en évoquant la troublante Carole laure, qui outre sa participation à des œuvres signées de Bertrand Blier, Denis Amar, Alain Corneau, John Huston, Jean-Pierre Mocky, ou encore Jean-Charles Tacchella allait apparaître en 1974 dans le très libre et parfois hallucinant Sweet Movie du cinéaste yougoslave Dušan Makavejev. Hallucinant, et assez choquant dans le sens où le cinéaste allait passer un cap dans la sexualité déviante en proposant des thèmes à l'époque, relativement rares, et loin des débordements actuels. Pipi, caca, vomi... heureusement contrebalancés par une Carole Laure nue, se recouvrant de chocolat fondu...

à suivre... ? Peut-être pas, non.
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