Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

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lundi 5 janvier 2026

Toutes peines confondues de Michel Deville (1981) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Dans sa conformité, le cinéma de Michel Deville peut sans doute être comparé à celui d'Alain Resnais. La sophistication que prend la forme chez l'un comme chez l'autre peut insuffler chez certains spectateurs une profonde incommodité. Un certain rejet qui s'explique probablement avant tout à travers la distanciation de chacun de ces deux auteurs vis à vis de leurs personnages et de l'intrigue. Indiquant ainsi une approche parfois détachée de tout réalisme, créant à l'occasion, cynisme et théâtralité. Beaucoup plus intelligible lorsqu'il traite de la passion de Béatrice (Miou-Miou) pour la littérature dans La lectrice et à contrario, beaucoup plus complexe lorsqu'il nous livre ce que d'aucuns considèrent comme son chef-d’œuvre (Le Paltoquet en 1986), ou enfin lorsqu'il aborde le polar sous un angle déjà moins aisé mais à l'exacte croisée entre ses œuvres les plus accessibles et celles qui demandent un surcroît d'effort et de concentration avec Péril en la demeure, l'on considérera alors que Toutes peines confondues peut être considéré comme l'un de ses longs-métrages rejoignant cette dernière catégorie. Un pont entre l'exigence d'un cinéma qui peut paraître autocentré sur une certaine forme d'onanisme intellectuel et l'accès à un spectacle plus classique qui serait alors perverti par la vision excessivement ''autiste'' de son auteur... S'il y a un auteur et plus encore une œuvre que l'on pourrait comparer avec Toutes peines confondues, ce sont Bertrand Blier et son remarquable Buffet froid. Car si les thématiques ne partagent rien en commun, l'un comme l'autre des deux cinéastes jouent de la déshumanisation, mais également du détachement des personnages qui évoluent d'un côté comme dans l'autre dans des univers froids, sombres et parfois nocturnes. Si Buffet froid, malgré sa très forte tendance à distiller un humour noir des plus efficace et à demeurer un monument de mise en scène, d'interprétation, d'écriture et d'exploitation de son principal environnement est une œuvre qui semble faire vivre ses personnages sur les planches d'un théâtre imaginaire et à ciel ouvert, Toutes peines confondues consiste en un exercice de style déjà beaucoup moins brillant en la matière...


Écrit par Rosalinde Deville d'après le roman de l'écrivain américain de romans policiers Andrew Coburn, le script souffre de lourdeurs d'écriture qui lui sont inévitablement rédhibitoires ! L'écart qui s'opère en effet entre l'originalité de la mise en scène et de la direction d'acteurs et le peu d'inventivité des dialogues dont certains méritent malgré tout d'être retenus transforment une fantaisie qui aurait mérité d'être jusqu’au-boutiste dans sa manière d'aborder son sujet plutôt que d'hésiter en permanence entre anti-polar et film noir contemporain. Michel Deville offre aux spectateurs, un casting bigarré entourant les trois principaux interprètes que sont Patrick Bruel dans le rôle du flic qui enquête sur le double-meurtre du couple Rose et Sylvestre Gardella, Jacques Dutronc dans celui d'Antoine Gardella, le fils des deux victimes et avocat pénaliste apparemment rattaché à des affaires douteuses et enfin Mathilday May, laquelle incarne Jeanne, l'épouse d'Antoine. Une femme aussi trouble que troublante, dont la beauté participe de cet étrange jeu de séduction qui va naître entre le flic et celui que ce dernier est chargé d'infiltrer... Accompagné de manière permanente par la musique du compositeur russe Dimitri Chostakovitch, Toutes peines confondues mérite vraisemblablement d'être connu mais l'opacité avec laquelle Michel Deville insiste pour dénier le droit au spectateur lambda de s'y retrouver dans ce charabia de dialogues pas toujours très bien sentis et dans cette mise en scène froide et ostensiblement (im)personnelle empêche une lecture claire et limpide des événements. Il ne faudra donc pas envisager le long-métrage sous la forme la plus claire et concise qui soit mais davantage comme un objet qui choisit tout d'abord d'intensifier le regard désabusé et l'action déshumanisée de ses protagoniste pour ensuite s'intéresser réellement au propos du film... Au final, Toutes peines confondues est une œuvre ardue, assez peu divertissante, austère, mais aussi aux dialogues manquant cruellement de punch et d'inspiration...

dimanche 4 janvier 2026

L'union sacrée d'Alexandre Arcady (1989) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

''Cette histoire est une fiction. La réalité est tout aussi cruelle''


En Europe et de manière plus générale dans tout l'Occident, le terrorisme islamiste est devenu l'une des principales causes de préoccupation de la part des peuples et des politiques. Rien qu'en France et entre 2000 et 2025 l'on dénombre entre trois-cent cinquante et quatre-cent attentats motivés par l’extrémisme islamiste. Et c'est sans compter sur les tentatives avortées déjouées par différents services au titre desquels l'on peut notamment citer la DGSI, la DGSE, l'Armée ou la Police Nationale... Parmi les œuvres de fiction inspirées ou non de faits réels ayant traité plus ou moins directement du sujet, l'on peut citer L’Assaut de Julien Leclercq en 2010 sur la Prise d’otages du vol Air France Alger-Paris en 1994, Made in France de Nicolas Boukhrief en 2015 sur l'Infiltration d’une cellule djihadiste en région parisienne, Nos patriotes de Gabriel Le Bomin en 2017 sur la Radicalisation en prison et sur les dérives idéologiques ou plus récemment, Vous n’aurez pas ma haine de Kilian Riedhof et Revoir Paris d'Alice Winocour tous deux réalisés en 2022 et plus ou moins inspirés des attaques terroristes survenues sur notre territoire le 13 novembre 2015. Maintenant, s'agissant de la relation entre peuple arabe, juif et autres communautés, plusieurs longs-métrages français ont traité du sujet à divers degrés de sérieux, de réalisme ou de fantaisie. Parmi eux, l'un des plus notables demeure bien évidemment la comédie culte de Gérard Oury, Les aventures de Rabbi Jacob en 1973. Plus récemment, Philippe de Chauveron a réalisé entre 2014 et 2021 les trois volets de la série de films Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? Juif, Maghrébin, français dit ''de souche'' et asiatique y sont ainsi représentés de façon relativement légère. Maintenant, remontons jusqu'en 1989 avec L'union sacrée d'Alexandre Arcady, cinéaste dont les principales préoccupations sont généralement portées sur le communautarisme, l'immigration, les liens familiaux ou la criminalité. Des thèmes que l'on retrouve en grande partie dans ce polar qui réunit un fameux casting mettant tout d'abord en avant Patrick Bruel et Richard Berry. Originaire d'Algérie, le premier quitte son pays de naissance pour rejoindre la France durant son enfance. Quant au second, il naît à Paris au tout début des années cinquante. Patrick Bruel incarne Simon Atlan, un policier de la brigade des stupéfiants d'origine juive, père d'un jeune garçon et séparé de son ex-épouse Lisa Vernier (l'actrice Corinne Dacla). Quant à Richard Berry, il interprète le rôle de Karim Hamida, un flic de la DGSE infiltré parmi les membres de la brigade des stupéfiants dirigée par le commissaire Joulin (Bruno Cremer) sur commande de son supérieur, le colonel Revers (Claude Brasseur).


'' - Ils sont Nombreux ? (Simon Atlan) - '' Une poignée. Mais si on ne les arrête pas, ils seront partout !'' (Karim Hamida)


Le duo Bruel/Berry fait figure de personnages centraux d'un Buddy Movie dans lequel deux hommes qui ne partagent ni la foi religieuse, ni les origines et ni les méthodes de travail vont devoir bosser ensemble. Si Simon se montre ''instable'', Karim est nettement plus ''réfléchi''. Les deux hommes vont devoir démanteler un réseau de cocaïne non coupée qui fait des ravages parmi les étudiants qui meurent en général d'avoir consommé la drogue pure ! Si les rapports entre les deux hommes sont d'abord compliqués, ils vont laisser leurs différences de côté pour mener à bien leur mission et ainsi faire tomber un certain Ali Radjani (excellent Saïd Amadis), un diplomate du Moyen-Orient impliqué dans un réseau d'islamistes radicalisés directement responsables de la diffusion de la cocaïne dans les lycées français... Tout en retrouvant plusieurs de ses acteurs fétiches, Alexandre Arcady se rapproche déjà à l'époque de sujets qui continuent aujourd'hui à alimenter les médias et la peur des citoyens. Reposant sur un script du réalisateur lui-même et des scénaristes Daniel Saint-Hamont et Pierre Aknine, L'union sacrée s'inspire en outre de divers événements. À commencer par l'affaire Wahid Gordji. Un diplomate iranien soupçonné quelques années auparavant d'avoir supervisé des réseaux islamistes dans l'hexagone avant d'être discrètement extradé dans son pays d'origine. Le long-métrage illustre sur le ton du polar le lien entre trafic de drogue et terrorisme. Toujours attaché à la famille, Alexandre ne manque pas d'évoquer les liens qui unissent Simon à son fils, son ex-femme, son oncle ou encore sa mère Blanche qui à l'écran est interprétée par Marthe Villallonga qui dix ans après avoir incarné le rôle de Marguerite Narboni dans Le coup de sirocco déjà signé Alexandre Arcady joue pour la seconde fois celui de la mère du héros interprété ici par Patrick Bruel. Plus de trente-cinq ans après sa sortie en salle, L'union sacrée reste une œuvre divertissante, réaliste, quelque peu visionnaire et donc tout à fait d'actualité...

 

jeudi 14 mars 2024

Dany Boon - Le code a changé de Danièle Thompson (2009) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Un an après le phénoménal succès rencontré par son second long-métrage en tant que réalisateur, scénariste et interprète, Dany Boon choisit de mettre de côté sa carrière d'auteur pour se laisser porter par d'autres cinéastes que lui. Et notamment à travers Le code a changé de Danièle Thompson. Film dans lequel il se frotte à diverses générations d'interprètes parmi lesquels Pierre Arditi, Karin Viard, Emmanuelle Seigner, Patrick Chesnais ou encore Marina Foïs... Au vu du pedigree de la réalisatrice, on part confiant en espérant qu'elle parviendra à se hisser à la hauteur de son célèbre papa Gérard Oury. Sachant que Danièle Thompson participa elle-même à l'écriture de plusieurs comédies dont celles de La grande vadrouille en 1966, La folie des grandeurs en 1971, Les aventures de Rabbi Jacob en 1973 ou de La caparate cinq ans plus tard. Autant dire que Le code a changé, son quatrième long-métrage en tant que réalisatrice risque de proposer un spectacle aux dialogues aussi dignes d'intérêt que ceux des œuvres signées de Francis Veber, celles dont Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui furent les auteurs ou encore de l'excellent Prénom de Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte... Hein, quoi ? Ah, on me dit expressément de raviser mon jugement puisque Danièle Thompson fut également scénariste sur La Vengeance du serpent à plumes et Vanille fraise tout deux signés de son père en 1984 et 1989. Bref, autant dire que l'on n'est jamais sûr de rien et que ce qui peut paraître alléchant au premier abord peut être tout à fait indigeste au final ! Ne nous précipitons pas et voyons voir de quoi retourne Le code a changé. Première bonne chose, la réalisatrice s'est entourée d'une brochette d'interprètes hétéroclite plutôt attrayante. Quant au scénario, elle l'a écrit elle-même en compagnie de son fils, l'acteur, scénariste et réalisateur franco-américain Christopher Thompson auquel sa mère offrira dans le cas présent l'un des dix principaux rôles de cette comédie collégiale où chacun aura droit à sa part du gâteau en matière de dialogues. Au centre de ce petit groupe d'amis qui se retrouvent deux ans de suite au 21 juin lors d'un dîner l'on retrouve Karin Viard et Dany Boon, lesquels incarnent le couple formé par Marie-Laurence et Piotr Claverne. Elle est avocate et lui au chômage.


Ils convient donc en cette soirée estivale, leurs amis Mélanie et Patrick Carcassonne, Sarah et Lucas Mattei, Juliette et son compagnon Erwann ou encore le cuisiniste Jean-Louis Mauzard et la prof de flamenco Manuela. Alors que chacun se prépare à venir sonner à la porte de leurs hôtes, en voiture, les langues se délient. Certains traînent de force leur compagne à la soirée tandis que le père de Marie-Laurence et Juliette que cette dernière maudit (et (qu'incarne Pierre Arditi) doit débarquer plus tard dans la soirée. Bon autant le dire tout de suite, Le code a changé n'a pas l'ampleur du Dîner de cons de Francis Veber, de Cuisine et dépendances de Philippe Muyl, d'Un air de famille de Cédric Klapisch ou de Carnage de Roman Polanski (pour voir plus loin que le seul territoire français). Preuve que les réunions de famille ou entre amis ne sont pas forcément synonymes de grandes comédies où les bons mots fusent toutes les cinq ou dix secondes. Pourtant peu avares en la matière, ce qui différencie le quatrième long-métrage de Danièle Thompson des quelques grands exemples cités ici est la qualité des dialogues. Entre adultères, mensonges, cruauté et cynisme, Le code a changé se déroule non pas au présent (ou si peu) mais remonte un an en arrière sous forme de flash-back. L'occasion pour les dix convives de se livrer à des joutes verbales sur les thèmes du couple et du travail. Patrick Bruel campe un médecin qui ment à ses patients, Christopher Thompson incarne un Lucas méprisant envers Sarah qu'il se complaît à humilier et qu'interprète Emmanuelle Seigner. Laurent Stocker est Jean-Louis, l'ancien amant de Marie-Laurence pour laquelle il continue d'éprouver de l'attirance alors qu'elle l'a jeté hors de son lit. Patrick Chesnais est ce sexagénaire qui vit au bras de Juliette, laquelle recherche probablement chez lui le père avec lequel elle ne désire pourtant plus entrer en contact. Bref, la galerie de portraits est relativement savoureuse même si là encore, la finesse des dialogues n'est pas toujours au rendez-vous. Académique, Le code a changé a bien du mal à réellement décoller et à se détacher de la concurrence. Reste une petite comédie plutôt sympatoche mais très rapidement oubliable...

 

lundi 28 mars 2022

Le jaguar de Francis Veber (1996) - ★★★★★★★☆☆☆

 


Après avoir fait un passage vers les États-Unis le temps de deux longs-métrages (le remake des Fugitifs, Three Fugitives ainsi que Sur la corde raide), le réalisateur et scénariste français Francis Veber est revenu à ses premières amours en remettant en scène l'un de ses deux personnages les plus iconiques, François Perrin. Après Pierre Richard (le diptyque du Grand Blond, Le jouet, On aura tout vu et La chèvre), Patrick Dewaere (Coup de tête) et Jean-Pierre Marielle (Cause toujours... tu m'intéresses), c'est au tour de Patrick Bruel de jouer le jeu. Loin d'incarner le héros gaffeur cher à Pierre Richard, ce nouveau venu dans la famille Veber interprète un François Perrin aux abois. Poursuivi par les hommes de mains d'un certain Matecamu (incarné par l'acteur François Perrot) qui a racheté sa dette se montant à cinq-cent mille francs ! On retrouve d'ailleurs lors de cette dernière apparition de François Perrin au cinéma, une autre des nombreuses créations de personnages du cinéaste en la personne de Campana. Celui-là même qu'interprétait quinze ans avant Le jaguar un certain... Gérard Depardieu dans La chèvre. Même nom mais profession différente puisque l'on passe là du détective privé qui partait à la recherche de la fille du PDG d'une grande entreprise en compagnie du comptable malchanceux François Perrin, à l'interprète d'un chef indien d'Amazonie prénommé Wanù. L'acteur qui l'incarne et qui contre toute attente n'est pas d'origine indienne mais bien un acteur français, n'a malheureusement pas fait de grande carrière au cinéma. En effet, à part quatre téléfilms, Harrison Lowe n'a eu la chance d'apparaître sur grand écran que dans ce seul long-métrage réalisé et écrit par Francis Veber. Un personnage qui rappelle d'emblée le célèbre chef du peuple Kayapo Ropni Metyktire qui fit beaucoup parler de lui pour avoir lutté pour la préservation de la forêt amazonienne, popularisé ensuite par sa rencontre avec le chanteur Sting...


Mais dans le cas du Jaguar, il n'est nul question de sauver la forêt amazonienne de la déforestation mais plutôt de venir en aide à Wanù auquel l'âme a été volée par un certain Kumaré (l'acteur américain Danny Trejo que l'on a surtout coutume de voir dans des rôles de taulards ou en tout cas, dans toute une série de films particulièrement musclés). Le personnage qu'interprète Patrick Bruel est selon lui, l'élu. Le seul capable de sauver son âme. Et ça tombe bien car est offerte à François Perrin l'occasion de quitter la France et ainsi s'éloigner du danger pour suivre Campana qu'incarne désormais l'acteur Jean Reno. Si Le jaguar est considéré par certains comme le remake de La chèvre, ne nous y trompons pas. François Perrin et Campana ont beau s'y côtoyer, les deux films n'entretiennent en réalité aucun autre rapport.Tourné cette fois-ci dans la jungle Brésilienne, il confronte deux modes de vies. La superficialité et la spiritualité. D'un côté, François Perrin. Un individu au fond, moins attachant que celui qu'avait pu incarner à diverses reprises Pierre Richard. Matérialiste dans l'âme. Face à lui, un Grand petit homme, basant son existence sur les coutumes liées à son peuple. Le jaguar est l'occasion de transporter le parisien François Perrin dans un monde dont il ne détient aucune clé et sans doute, pas moins dangereux que ce qui l'attend si jamais il décide de rester à Paris. Sans être tout à fait du niveau de la célèbre trilogie interprétée à l'époque par Pierre Richard et Gérard Depardieu, le septième long-métrage de Francis Veber demeure tout de même relativement attachant. Harrison Lowe y est criant de vérité et même si les dialogues n'ont que rarement la force comique que l'on connaissait jusque là de Francis Veber, le voyage dans la jungle brésilienne vaut tout de même le détour. Un récit exotique, et la rencontre d'un peuple de guerriers dépaysant. Sans oublier la magnifique actrice et mannequin vénézuélienne Patricia Velásquez qui interprète la délicieuse Maya. Quant à Jean Reno, il incarne lui-même un Campana savoureux...

 

vendredi 3 janvier 2020

Le Meilleur reste à Venir de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière (2019) - ★★★★★★★★★☆





Il faut se mettre dans la peau du spectateur qui comme ma compagne et moi vient de terminer la séance consacrée à la comédie Docteur ? de Tristan Séguéla pour se retrouver devant le nouveau film de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière qui signèrent sept en plus tôt le formidable Le Prénom. D'un côté, le rêve de voir se croiser dans le nouveau long-métrage les deux grands interprètes français que sont Fabrice Luchini et Patrick Bruel, de l'autre la crainte de n'être sans doute pas aussi réceptifs devant un sujet plus sérieux même si l'on envisage tout de même que les deux réalisateurs ont probablement consacré à Le Meilleur reste à Venir une part non négligeable à l'humour. Ce qui dans les faits semble être le cas. Pourtant, ça n'est très certainement pas cet humour beaucoup moins ''populaire'' que celui déployé par Tristan Séguéla qui fait du nouveau long-métrage de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière un très grand film qu'il est urgent, lui aussi, de découvrir au cinéma avant qu'il ne soit retiré de l'affiche...

Tout d'abord, bonne nouvelle : en ce réveillon du nouvel an, et alors qu'il est un peu plus de 22h20, le public est nombreux, massé devant l'écran qui bientôt va projeter le film dans lequel Patrick Bruel et Fabrice Luchini vont partager la vedette dans les rôles respectifs des deux amis d'enfance César Montesiho et Arthur Dreyfus. Preuve que le cinéma français se porte bien. Si la salle n'est pas comble, une grande partie des places est déjà prise. Confortablement installés dans nos sièges, seuls au monde puisque personnage n'a osé s'asseoir devant nous, les lumières s'éteignent et le film commence. Comme je le craignais, et même si dans la salle et qu'à côté de moi, les rires du public et ceux d'Anna résonnent, lorsque Le Meilleur reste à Venir démarre et se poursuit durant une bonne demi-heure, j'ai beaucoup de mal à me faire à cet humour qui ne parvient pas à me faire oublier celui de Docteur ? Et peut-être encore moins l'exceptionnelle écriture du Prénom. Pourtant, peu à peu, la magie finit par opérer...

L'alchimie qui opère entre la mise en scène et le scénario de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière et l'interprétation de Fabrice Luchini et Patrick Bruel d'un côté, mais également celles de Pascale Arbillot et Zineb Triki de l'autre est absolument remarquable. Rien d'improbable dans ce récit pourtant parfois ubuesque où le quiproquo se mêle à un sens du tragique qui vous cloue sur votre fauteuil. On rit, certes... Mais surtout, l'émotion que dégage ce récit de la mort programmée de l'un des héros dans un contexte où le personnage de César pense que son ami va bientôt mourir d'un cancer alors que le malade c'est lui, s'avère parfois étouffant tant les deux réalisateurs ont su appuyer très exactement là où ça fait mal. Tout en laissant leur œuvre baigner dans un environnement où l'absurde l'emporte fort heureusement à quelques occasions. Confiant le poids de l'interprétation à Luchini, Bruel, Arbillot ; Triki, et même, ne l'oublions pas Jean-Marie Winling (qui incarne le père de César, Bernard), les deux réalisateurs signent une comédie dramatique absolument formidable, bouleversante, drôle, magnifiquement interprétée, sur l'amitié, le pardon et qui signe le retour du duo Fabrice Luchini-Patrick Bruel trente-quatre ans après le cultissime P.R.O.F.S de Patrick Schulmann.

jeudi 6 décembre 2018

Force Majeure de Pierre Jolivet (1989) - ★★★★★★★☆☆☆



Troisième long-métrage du cinéaste Pierre Jolivet (qui offre ici un tout petit rôle à son frère humoriste Marc), Force Majeure, étudie le cas de conscience de deux français qui, deux ans après leur retour d'un long voyage en Asie, sont contactés par l'avocat d'Amnesty International Malcom Forrest qui leur confie que Hans, un ami rencontré sur place a été arrêté avec une grosse quantité d'herbe. Suffisamment pour que ce hollandais d'origine ait été condamné à mort. Le problème, c'est que deux ans auparavant, Philippe et Daniel avaient confié leur part à Hans, ce dernier constituant ainsi un total de 350 grammes de marijuana. Et trois cent cinquante grammes, c'est cent-cinquante de trop pour les autorités d'un pays qui l'a jugé et donc condamné à la peine capitale. Pour sauver le jeune homme de la mort, Malcom Forrest va tenter de convaincre les deux jeunes hommes d'accepter de prendre à leur charge une part des responsabilités. Si Daniel accepte s'en réfléchir, l'étudiant Philippe refuse d'abandonner ses études et de prendre le risque de passer deux années en prison dans un pays où la vie carcérale est bien différente de celle en France. C'est là qu'intervient alors Katia, l'ancienne petite amie de Hans, dépêchée de Hollande afin de convaincre Philippe d'accepter de se rendre à l'étranger...

Force Majeure fait écho au terrible Midnight Express que réalisa le cinéaste britannique Alan Parker onze ans auparavant. Mais si celui-ci avait choisi de tourner son film au cœur même de la prison de Sağmalcılar en Turquie, Pierre Jolivet prend ses distance avec le personnage incarné par l'acteur néerlandais Thom Hoffman et s'intéresse davantage à ceux qu'interprètent magistralement Patrick Bruel et François Cluzet. Deux amis qui ne se sont pas revus depuis leur voyage en Asie. Le premier est posé, calme, et étudie. Le second lui, après avoir bossé trois mois dans des conditions difficiles est au chômage et vit avec Jeanne dans le Nord. Daniel est père d'un tout jeune enfant et pourtant, c'est lui qui accepte de partir sans réfléchir afin d'aider Hans. Le contraste entre ces deux personnages est saisissant. Volubile, agité et surtout instable, Pierre Jolivet décrit Daniel comme un individu dont le comportement varie en fonction des événements. Le film génère un sentiment d'angoisse terrifiant, le cinéaste optant pour une approche réaliste du comportement humain. Entre l’égoïsme de l'un, et l'engouement irréfléchi de l'autre, le récit tente à vaciller vers une conclusion dramatique. Les comportements changent, et la ligne d'arrivée demeure incertaine. Patrick Bruel et François Cluzet sont impeccables. Pierre Jolivet crée un climat de torpeur accentué par l'angoissante partition de Serge Perathoner et Jannick Top.

L'acteur britannique Alan Bates incarne un Malcom Forrest tout en retenue. Un volcan en phase d'éruption dont on comprendra plus tard les enjeux. Superbe, Kristin Scott Thomas interprète quant à elle la belle Katia, venue au secours de son ancien compagnon et « jouant » le jeu de la séduction auprès d'un Philippe pas tout à fait près à affronter ses responsabilités. Pierre Jolivet réalise une œuvre poignante, tragique et refroidissante à la fois. Un sujet qui de part son approche semble être tiré d'un banal fait divers. Une grande réussite qui a la pudeur de n'en point faire trop et qui pose de vraies questions. En réalisant Force Majeure, Pierre Jolivet semble s'adresser aux spectateurs en leur posant une seule question : VOUS, que feriez-vous dans une telle situation ? Comment réagiriez-vous ? L’œuvre du cinéaste tend en cela à travers cette courte séquence qui oppose le spectateur au regard interrogé d'une katia fixant longuement l’œil de la caméra...

mercredi 10 octobre 2018

Ma Femme s'appelle Reviens de Patrice Leconte (1982) - ★★★★★★★☆☆☆



Bernard Fizet s'est fait plaquer par sa femme. Nadine par son mec. Lui est médecin, elle photographe et tous les deux sont voisins. Unis dans un même chagrin, ils vont apprendre à se connaître et à s'apprécier. Lui est incarné par Michel Blanc et elle par Anémone. La même année, ils tourneront ensemble Viens chez Moi, j'habite chez une Copine, réalisé lui aussi par Patrice Leconte, lequel participera en grande partie au succès de l'équipe du Splendid en les faisant tourner dans l'adaptation de leur propre pièce de théâtre Amour, Coquillages et Crustacés en 1978. Pour l'heure, le cinéaste tourne une comédie sympathique aussi drôle que tendre qui verra un écho l'année suivante avec Le Quart d'Heure Américain dans lequel Anémone connaîtra une histoire compliquée avec le personnage de Ferdinand, incarné cette fois-ci par Gérard Jugnot, l'un des fondateurs de l'équipe du Splendid.
Inutile de dire que les spectateurs sont en terrain connu. Difficile de ne pas adhérer au style de Patrice Leconte qui à l'époque et d'une certaine manière, produisait à peu de chose près le même type de long-métrage à chaque fois. Les dialogues de Michel Blanc font mouche à chaque fois et Anémone est amusante dans le rôle de cette jeune femme délaissée par un jeune musicien prénommé Terry et interprété par le tout jeune Christophe Malavoy. En dehors de ce dernier et des deux principaux interprètes, l'occasion est donnée d'apercevoir à l'écran l'acteur Xavier Saint-Macary (Les Hommes Préfèrent les Grosses, avec Josiane Balasko), qui dans la peau de Philippe, le meilleur ami de Bernard, doit supporter son ami dépressif. Un mal-être qui d'ailleurs s'exprime relativement rarement au vu de sa situation, contrairement à une Anémone qui passe de l'anorexie à la boulimie avec une certaine aisance... suivie de crampes d'estomacs !

C'est toujours avec un réel plaisir que l'on retrouve nos deux acteurs. Les dialogues finement ciselés de Michel Blanc collent parfaitement au dialogue qu'il a écrit en compagnie de Patrice Leconte sur la base d'un scénario original écrit par Joseph Morhaim. La bande musicale est l’œuvre du chanteur et compositeur William Sheller tandis que la chanson "C'est peut-être aussi bien comme ça" est interprétée par la chanteuse Marie-Paule Belle.


Ma Femme s'appelle Reviens remplit parfaitement son contrat en instaurant une belle complicité entre les deux comédiens qui nous livrent une comédie qui ne fait jamais vraiment l'impasse sur l'émotion même si tout est évidemment à prendre au second degré. Au détour de quelques scènes, Patrice Leconte convoque des têtes bien connues des cinéphiles et autres amateurs de comédies puisqu'apparaissent à l'écran l'acteur-chanteur Patrick Bruel, l'actrice-réalisatrice et humoriste Charlotte de Turckheim, le fidèle Guy Laporte, ou encore le metteur en scène, scénariste et réalisateur Jean-Michel Ribes. On y découvre même la jeune Pascale Rocard que les amateurs de séries de l'été auront pu voir six ans plus tard dans le rôle de Nicole Châtel dans l'excellent feuilleton Le Vent des Moissons de Jean Sagols. On pourra noter que pour l'une des premières fois de sa carrière (et là, j'évoque seuls les films dans lesquels il tient un rôle important), Michel Blanc n'incarne non pas le beauf tant attendu mais un personnage au contraire, plutôt responsable de ses actes, véritable ange protecteur auprès d'une Anémone complètement perdue. Malgré les années qui séparent Ma Femme s'appelle Reviens de sa sortie sur les écrans français le 27 janvier 1982, l'oeuvre de Patrice Leconte a su conserver toutes ses qualités. Un film que l'on prend toujours autant de plaisir à redécouvrir...

lundi 10 juillet 2017

Un Sac de Billes de Christian Duguay (2017) - ★★★★★★★★☆☆



Un Sac de Billes, c'est avant tout un roman écrit à quatre mains, principalement par Joseph Joffo, lequel se fit aidé par l'écrivain Claude Klotz, plus connu sous le nom de Patrick Cauvin, son pseudonyme. L'ouvrage, depuis sa sortie en 1973 est devenu un classique de la littérature française. Connu à travers le monde, il a été adapté dans dix-huit langues et a connu une première adaptation cinématographique deux ans après sa parution sous la houlette du cinéaste Jacques Doillon. Plus étonnant, le dessinateur Vincent Bailly et le scénariste Kris en ont proposé une adaptation en bande dessinée en trois parties respectivement publiées en 2011, 2012 et 2014. Trois ans après la sortie du dernier volume, le cinéaste québécois Christian Duguay propose une relecture du roman que son auteur à jugé de fidèle. 
Une adaptation que le public semble avoir majoritairement apprécié contrairement à une partie de la presse qui s'est empressée de juger que Un Sac de Billes était « desservi par une réalisation laborieuse et convenue »« déjà vu et ennuyeux »« inutile et prévisible », ou encore possédant « moins de sensibilité » que la version proposée par Jacques Doillon quarante-deux ans auparavant. Quant à exprimer le fait que « le film ressemble trop souvent à une compilation de clichés du septième art », avis proféré par un journaliste de La Croix, un quotidien français (lequel manifeste son appartenance à la chrétienté et au christianisme), fondé par la congrégation des assomptionnistes, on imagine alors fort aisément ses membres et partisans répandre de manière régulière et métronomique de tels propos dans ses pages puisque le cinéma possède cette faculté (comme toute forme d'art) de digérer et de mimer ses propres sources d'inspiration.
Des critiques pas toujours constructives et justifiées assez naïvement par des individus qui n'ont rien trouver de mieux à moudre que quelques inefficaces diatribes qui tomberont assez facilement la face chaque fois que le public aura l'opportunité de découvrir cette œuvre magistralement mise en scène par Christian Duguay. Je vous avouerai qu'au premier abord, je n'avais pas très envie de voir ce film. Je n'étais pourtant pas tombé dans les mêmes travers que ceux qui pensaient découvrir un énième long-métrage centrant son intrigue sur la « question juive » durant la Seconde Guerre Mondiale. Je n'avais simplement jamais lu le roman et n'avais pas envie de replonger durant cette période de mon enfance o avoir lu les grands classiques de la littérature français « signifiait » une certaine forme de normalité.

Du casting, je n'avais entendu parler que de Patrick Bruel. Cet artiste dont j'ai toujours cherché à ignorer la carrière musicale mais qui m'a toujours ravi au cinéma. Puis en cherchant un peu, je découvris les présences d'Elsa Zylberstein, de Bernard Campan de Christian Clavier et d'Etienne Chicot. Je m'inquiétais davantage de celle de l'humoriste Kev Adams. Si jusqu'à maintenant j'avais toujours estimé qu'il était incapable de jouer autre chose que son propre rôle, j'ai très vite changé d'avis. Dans celui de Ferdinand, Christian Duguay lui offre enfin un rôle à la mesure du talent que le jeune homme semblait cacher jusqu'à maintenant. Mais plus que ce casting hétéroclite, le film repose presque entièrement sur les épaules du duo formé par les jeunes acteurs Dorian Le Clech et Batyste Fleurial Palmieri qui campent respectivement les rôles de Joseph et Maurice Joffo. Presque puisqu'au delà de leur extraordinaire interprétation, le cinéaste québécois est parvenu à recréer un climat et une ambiance vraiment particuliers grâce aux talents conjugués de Jimena Esteve, responsable des décors, et de ceux de Christophe Graillot et Thibault Gabherr, tout deux responsables de la photographie.

Étrange carrière que celle de Christian Duguay qui a débuté au cinéma avec deux suites inutiles du classique de David Cronenberg Scanners, avant de donner dans l'action, l'espionnage et la science-fiction. Ensuite, il poursuit avec un biopic consacré au cheval de sauts d'obstacles Jappeloup de Luze et réalise deux ans plus tard en 2015, Belle et Sébastien, l'Aventure Continue, suite de l'adaptation cinématographique de la série éponyme écrite et réalisée par Cécile Aubry dans les années 60. Un Sac de Billes est actuellement son dernier long-métrage.



Ici, pas de camp de concentration et une présence allemande que l'on sent menaçante mais assez peu représentée en dehors d'une terrible scène d'interrogatoire. Un Sac de Billes est surtout le témoignage d'un enfant vu à travers son regard (et donc celui de son auteur, Joseph Joffo), parcourant une partie du territoire français occupé avec ce que cela sous-entend à l'époque de danger. Résistance, collaboration, déportation vue de loin par Joseph et son frère Maurice. Leurs parents sont admirablement interprétés par le couple Bruel-Zylberstein qui, avec une grande sensibilité campent un Roman et une Anna Joffo contraints de se séparer durant un temps de leurs enfants pour leur sécurité. L’œuvre s'étend de l'année 1941 durant l'Occupation allemande, jusqu'à la libération progressive du pays, et notamment de Paris, événement mettant un terme au difficile « voyage » entreprit par Joseph et Maurice. Le cadre est époustouflant de beauté. Le tournage s'effectue entre Nice, Avignon, La Brigue et Marseille et le travaille sur la reconstitution de celle époque est bluffante. Un Sac de Billes est magnifiquement mis en lumière et les cadrages souvent judicieux (entre plans serrés, larges et contre-plongées) donnent au film de Christian Duguay un visuel parfois féerique. Quant à l'interprétation, elle est magnifique. Qu'il s'agisse des acteurs et actrices confirmés comme des nouvelles têtes, à l'image, donc, du jeune Dorian Le Clech que l'on espère retrouver bientôt au cinéma. Un drame parfois drôle, mais toujours tendre et émouvant retraçant les pas d'un enfant de dix ans au cœur d'un conflit qui a marqué la France entière...

samedi 16 avril 2016

P.R.O.F.S de Patrick Schulmann (1985) - ★★★★★★★★☆☆



Professeur de littérature et de lettres modernes, Frédéric Game intègre un nouvel établissement scolaire après avoir rencontré des problèmes au lycée Baudelaire. Durant l'accueil des professeurs par la directrice et Bonnet, le censeur, ce jeune professeur aux méthodes originales fait la connaissance de Michel, professeur d'arts plastiques, de Gérard, professeur d'éducation physique et sportive, et de Francis, documentaliste et responsable, aux côtés de la déléguée syndicale Josiane, du centre de documentation et d'information. Dès cette première journée, Frédéric se fait remarquer en arrivant en retard. Puis se sont ses élèves qu'il tente d'élever au dessus de leur habituelle façon d'étudier.

Frédéric, Michel, Gérard et Francis vont très vite monter un tripot au sein du CDI contre l'avis de Josiane. Se mettant à dos la plupart des plus vieux enseignants et de la hiérarchie, ils vont fomenter des stratagèmes afin de vider l’établissement de ses professeurs les plus récalcitrants, du moins ceux qui pointent les travers de ces quatre révolutionnaires de l'enseignement...

P.R.O.F.S fait partie de ces comédies cultes des années quatre-vingt que l'on ne se lasse jamais de revoir. Signé Patrick Schulmann dont la mort prématurée en 2002 à l'âge de 53 ans a remis en question le projet d'une suite pourtant prévue de longue date, le film est l'exemple type de long-métrage parfaitement jouissif qui contentera avant tout les réfractaires à toute forme d'ordre. Bourré de scènes cultes, P.R.O.F.S est surtout l’œuvre d'une bande de copains qui s'en donnent à cœur joie en inversant les rôles professeurs/élèves, ces derniers se révélant finalement beaucoup moins amusant que ceux censés leur servir d'exemple. Patrick Bruel, le professeur à la gueule d'ange, Laurent Gamelon, l'éducateur physique et sportif un peu bourru, Fabrice Luchini en professeur d'arts plastiques intellectuel et Christophe Bourseiller en documentaliste amorphe et peu enclin à faire son métier.

L'éducation a été souvent malmenée sur notre territoire. Sans avoir envie d'aborder la frange dramatique du sujet et en se basant uniquement sur les œuvres humoristiques, on ne peut pas dire que l'éducation ait toujours beaucoup inspiré leurs créateurs. On se souviendra pourtant des Sous-Doués de Claude Zidi, du Maître d’École de Claude Berri avec Coluche, des Diplômés du Dernier Rang de Christian Gion déjà avec Patrick Bruel, mais aussi dernièrement de la renaissance du genre à travers les plutôt mauvais Profs 1 et 2 apparemment très inspirés par les films de Claude Zidi et de Patrick Schulmann.

Face à nos quatre principaux interprètes, le cinéaste convoque Guy Montagné, Jean-René Gossart, Etienne Draber ou encore Charlotte Julian. Des personnages détestables, représentation parfaite de cette société qui marche droit et refuse la moindre aspérité. Plus qu'une comédie, P.R.O.F.S est une critique cynique de notre société dont le cadre scolaire sert d'exemple.

On ne compte plus les scènes d'anthologie : Le professeur de philosophie Charles Max (!!!) tondu et rasé afin de ressembler au dictateur Hitler, Gérard se rasant la moitié du crâne et donnant son cours de plongée entièrement nu devant le regard effaré de ses élèves et d'un inspecteur, Francis redéfinissant, la prof de physique projetée au plafond de sa classe durant une expérience chimique ou encore Michel redéfinissant le principe du Land-art en décorant la cours de récréation à l'aide de centaines de couches-culotte. Et que dire de Frédéric qui sèche les cours comme le ferait un élève, ou Francis qui décide de ne plus venir au lycée, sans raison particulière, mais comme il le précise au téléphone, parce qu'il se trouve trop gros !!!

P.R.O.F.S est donc définitivement une comédie culte, aux nombreuses répliques savoureuses et nantie de certaines situations fort pittoresques. Un régal !


mardi 22 décembre 2015

Marche à L'Ombre de Michel Blanc (1984)



François et Denis débarquent ensemble sur le port de Marseille après avoir passé un temps à Athènes en vivant de petits boulots. Ils ont prévu de remonter en stop jusqu'à Paris où les attend leur ami Gérard qui doit selon François les sortir de la galère, car les deux hommes sont sans domicile fixe. François est un excellent musicien et Denis un boulet passant son temps à râler et à se trouver des maladies imaginaires.
Arrivés dans la capitale, ils apprennent que leur ami a dû quitter Paris précipitamment. Contraints de faire la manche, ils dorment dans un hôtel miteux avant de faire la connaissance d'un homme qui les invite à dormir dans un squat habité par de nombreux immigrés originaires d'Afrique. Là ils vont se mêler à la population, Denis essayant d'entretenir une pseudo relation avec une certaine Marie-Gabrielle et François avec la jolie Mathilde, une danseuse rencontrée près d'un cinéma où les deux hommes firent la manche...

Marche à L'Ombre est le premier long-métrage réalisé par l'acteur comique Michel Blanc. Il y interprète lui-même le rôle de Denis aux côtés de Gérard Lanvin dans celui de François. Le film a sa sortie est un énorme succès puisqu'il réalise 6,1 millions d'entrées. Trente ans plus tard, le film demeure toujours aussi irrésistible. Cela peut se comprendre à travers la qualité des répliques qui rappellent évidemment celles des films de l’Équipe du Splendid dont Michel Blanc fut l'un des membres les plus importants. Si son personnage rappelle celui qu'il campait dans l'excellente comédie Viens Chez moi, J'habite Chez une Copine, ça n'est pas un hasard. En compagnie du cinéaste Patrice Leconte, c'est déjà lui qui en avait écrit le scénario. Marche à L'Ombre raconte donc l'amitié entre deux hommes qui pourtant sont bien différents. Denis est un loser hypocondriaque vivant aux crochets de son ami François, guitariste et saxophoniste hors-pair mais qui a l'air d'avoir baissé les bras après de nombreuses années de galère.

Aux côtés des deux principaux interprètes, on a le plaisir d'apercevoir quelques seconds rôles plutôt... sympathiques. Jean-François Derec en patron d'hôtel infecte et raciste, Bernard Farcy dans le rôle de Christian, un type trè peu recommandable, Patrick Bruel en musicien qui fait la manche, François Berléand en receleur, Domnique Besnehard en barman, et surtout la délicieuse Sophie Duez qui débute ici au cinéma après avoir été choriste et danseuse auprès de Patrick Bruel, et après avoir posé dans le magazine de charme Lui. Son interprétation dans Marche à L'Ombre lui vaudra une nomination pour le César du meilleur espoir féminin.

Citer toutes les scènes et toutes les répliques du film qui valent le coup d’œil prendrait un temps fou tant elles s'enchaînent à une vitesse folle. Celle du pub irlandais ou le tee-shirt de Michel Blanc boit sa chope de bière à sa place, celle où défoncé, il n'est, comme va le répéter sa compagne du moment Marie-Gabrielle (Mimi Felixine), plus étanche. Toujours malade (entre infection consécutive à une entorse de la cheville et un décollement de la plèvre pour ne citer que ces deux cas), jamais content et pas courageux pour un sou, c'est à un véritable festival que l'on assiste. François, lui, est plus posé. C'est l'homme fort du duo, du moins, lorsqu'il n'est pas entre les bras de la jolie Mathilde dont il est tombé follement amoureux. Derrière la comédie, Marche à L'Ombre cache aussi une certaine critique sociale à travers ces immigrés obligés de vivre dans des squats délabrés et que la caméra du comédien-cinéaste parvient à rendre attachant. Marche à L'Ombre demeure une très belle réussite dans le domaine de la comédie française et un excellent premier film en tant que réalisateur pour Michel Blanc qui pourtant, attendra dix années avant de retourner derrière la caméra avec Grosse Fatigue...


dimanche 28 octobre 2012

Le Prénom de Alexandre de La Patellière (2012)

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Vincent et son épouse Anna sont invités chez sa soeur Élisabeth, mariée à Pierre, professeur spécialiste de la Renaissance à la Sorbonne. Un vieil ami d'enfance, Claude, est lui aussi convié à cette soirée durant laquelle Vincent va donner le prénom qu'Anna et lui ont choisi de donner à leur futur enfant. Alors qu'Élisabeth passe le plus clair de son temps aux fourneaux, Pierre et Claude tente de deviner le prénom qu'ont choisi les futurs parents. Les deux hommes dressent une liste mais ne parviennent pas à le deviner. Vincent les aide alors en leur précisant que le prénom commence par la lettre A. Affairée, Élisabeth est outrée de constater que les hommes ne l'ont pas attendue pour essayer de de trouver la bonne réponse.
Devant l'échec du trio, Vincent annonce finalement à Élisabeth, Pierre et Claude le prénom du futur enfant. Et là, c'est le choc. La sœur, le beau-frère et l'ami d'enfance de Vincent ne comprennent pas le choix d'Anna et Vincent. Durant un moment, même, Pierre et Claude sont persuadés qu'il s'agit d'une plaisanterie. Pourtant Vincent semble n'avoir jamais été si sérieux. Cette annonce sera le départ d'une soirée mouvementée au cœur de laquelle les esprits vont s'échauffer au point de faire resurgir de vieilles et tenaces rancœurs...


L'ouverture du film se fait sur les chapeaux de roues d'un scooter parcourant une capitale française, berceau d'une histoire pleine de tragédies. Un peu à la manière du Fabuleux Destin D'Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet, le film débute sur la présentation des personnages au travers d'une voix-off interprétée par Patrick Bruel. Le choix du prénom, après avoir été durant la première partie le centre de toutes les discussions, ne devient plus qu'un lointain prétexte pour développer ce qui fait la trame principale du récit. Comme une boule immense gardée durant de nombreuses années en travers de la gorge, chacun va en profiter pour dire ce qu'il a sur le cœur. Et le spectacle devient alors grandiose, même s'il se concentre majoritairement sur une seule pièce, le salon, véritable champ de bataille verbal. On ressent les origines du film qui s'inspire de la pièce éponyme mise en scène par les mêmes auteurs Alexandre de La Patellière (dont c'est ici la première œuvre cinématographique) et Matthieu Delaporte (réalisateur d'un premier film, La Jungle).

Patrick Bruel, Valérie Benguigui, Guillaume de Tonquelec et Judith El Zein reprennent le rôle qu'ils interprétaient sur scène. Quand à Charles Berling, il remplace Jean-Michel Dupuis dans celui de Pierre. Son personnage, vanté comme un homme pourvu d'un humour dévastateur ne fait plus le poids devant son ami Vincent qui ne loupe jamais une occasion de se montrer cynique. Claude (Guillaume de Tonquelec) est tromboniste dans un grand orchestre symphonique. Tendre et élégant, il est le pont entre Pierre et Vincent. Celui qui temporise, dans la mesure du possible les joutes verbales de ses deux amis. Valérie Benguigui, qui dans une grande partie du film reste relativement sobre se lâche littéralement vers la fin et démontre son éblouissant talent d'actrice.

On notera également la courte présence de Françoise Fabian qui illumina de sa présence de nombreux films ( Au Rendez-Vous De La Mort Joyeuse de Luis Bunuel, Salut L'Artiste de Yves Robert) dans le rôle de la mère d'Élisabeth et Vincent. Un Vincent interprété par le chanteur-acteur Patrick Bruel, comédien de talent découvert au cinéma en 1979 grâce au film d'Alexandre Arcady, Le Coup De Sirocco.

Le Prénom est une œuvre de qualité, aux dialogues et situations savoureux. On passe outre l'étroitesse du décor et l'on s'invite à ce diner qui n'a rien de con, qui provoque de grandes vagues d'hilarité et de petites touches d'émotion. A ranger aux côtés de Cuisine Et Dépendances, Un Air De Famille, ou bien encore Carnage.

vendredi 16 mars 2012

La Maison Assassinée de Georges Lautner (1988)



A la veille de la Saint Michel de l'année 1996, trois individus masqués et armés de couteaux pénètrent dans la Burlière, vieille demeure où vivent les membres de la famille Monje. Du père, de la mère, du grand-père et des trois enfants, seul séraphin, alors âgé de quatre mois survit au massacre qui s'ensuit. Pour la justice, aucun doute : les coupables sont les trois étrangers qu'un compagnon originaire du Juras a formellement reconnu. Hébergé un peu plus tôt dans la soirée par les Monje, et accompagné ensuite par l'un des fils jusque dans l'écurie, ce dernier a vu trois hommes suspects tourner autour de la demeure familiale. Tentant vainement de clamer leur innocence dans une langue étrangère, les accusés finissent tous les trois guillotinés.

La première guerre mondiale éclate. Séraphin Monje, jusqu'alors élevé par les sœurs de la charité, est mobilisé jusqu'en 1920, année de son retour dans le petit village près duquel sa famille à été massacrée vingt-quatre ans plus tôt. L'arrivée du jeune homme est perçue comme une malédiction et la plupart des villageois évite de s'y frotter. Tout juste Rose Pujol et Marie Dormeur parviennent-elles à s'en approcher avant d'en être éloignées par leurs pères respectifs. En dehors de Brigue et des deux jeunes femmes, Zorme est l'un des rares à également oser le côtoyer.
Pourvu d'une chambre et d'un emploi de cantonnier, c'est de la bouche de son collègue Brigue que Séraphin apprend que sa famille à été massacrée. Alors que Brigue meurt d'un mal étrange, le jeune homme choisit de brûler les meubles de la Burlière et de détruire les murs de la maison devant un parterre de villageois qui finissent tous par le croire devenu fou. Seul Patrice Dupin prend sa défense lorsque Séraphin est pris à parti par quatre hommes décidés à le faire tourner en ridicule. Ce jeune homme a la gueule cassée prend sous son aile Séraphin et l'invite dans la demeure familiale dans laquelle il vit en compagnie de sa mère, de sa sœur, ainsi que de son père. 


Alors que Séraphin s'acharne à vouloir détruire la cheminée de la Burlière, il découvre cachée derrière la hotte une cassette renfermant trois reconnaissances de dettes signées Dormeur, Pujol et Dupin, les pères respectifs de Marie, Rose et Patrice. Trois hommes. Comme autant que ceux qui tuèrent sa famille vingt ans plus tôt et dont la justice ainsi que le village firent des coupables faciles.

Avant de mourir Brigue avait fait part de ses doutes quand à la culpabilité des trois étrangers. Séraphin comprend alors que les véritables responsables du massacre de sa famille sont le boulanger Celestat Dormeur, le meunier Didon Pujol ainsi que Gaspard Dupin, le père de Patrice. Ne subsiste alors dans l'esprit de Séraphin qu'une idée : Venger sa famille en tuant les trois hommes.
Un soir, alors qu'il s'apprête à tuer l'un des assassins en la personne de Gaspard Dupin, il est surpris au milieu de la propriété par la troublante Charmaine, sœur de Patrice, qui l'invite à le suivre jusque dans sa chambre. Tous les deux allongés sur le lit de la jeune femme, ils entendent tirer des coups de feu. Affolée, Charmaine se précipite dehors, suivie de Séraphin, persuadée que son frère Patrice s'est donné la mort. Ce dernier est penché au dessus du corps sans vie de son père, tout juste mort noyé et allongé non loin des cadavres de deux de ses chiens qu'il avait l'habitude de sortir la nuit venue. D'abord soupçonné de meurtre, Patrice est ensuite relâché grâce au témoignage de Rose Pujol qui confirme qu'ils étaient ensemble au moment du crime.

Lorsque le boulanger et le meunier apprennent que leur ami Gaspard Dupin a été assassiné, ils sont inquiets. Surtout Celestat Dormeur puisque Didon Pujol perd la vie à son tour, écrasé par son propre moulin à huile. C'est devant Séraphin que l'homme meurt alors qu'il allait tout révéler au jeune homme sur ce qui s'était passé la nuit du massacre. Malheureusement pour ce dernier, quelqu'un semble en avoir décidé autrement et exécute les projets de Séraphin à sa place.


D'abord connu pour être le réalisateur de quelques-uns des très bons policiers et comédies françaises des années 60-70 ("Les Tontons Flingueurs", "Ne Nous Fâchons Pas", "Laisse Aller... C'Est Une Valse", "Il Était Une Fois Un Flic", "La Valise"ou bien encore "Mort D'Un Pourri"), Georges Lautner s'est ensuite lancé dans une série de films au contenu beaucoup plus "léger". Jusqu'en 1988, année où il tourna cette "Maison Assassinée", deux ans après le très moyen "La Vie De Gérard Floque" avec Roland Giraud. Interprétant le rôle de Séraphin Monje Patrick Bruel campe un personnage torturé par un passé trouble qu'il n'a pourtant pas vraiment connu étant trop jeune. Seul moyen pour ce jeune homme d'exorciser ses démons : détruire la demeure familiale et venger la mort de sa famille en tuant les coupables. Le milieu austère dans lequel il est plongé et la bizarrerie de certains événements auxquels n'est pas étranger le vieux Zorme confèrent au film une aura toute particulière. Peut-être même davantage à l'ouverture du récit avec ce brouillard dense, ces éclairages fantomatiques et le curieux silence qui baigne la Burlière dans un climat oppressant. Quand à l'impression d'une présence maléfique, elle ne fait que s'accentuer à mesure que l'histoire progresse et ce, à travers la curieuse implication d'une tierce personne dans les meurtres que projette de commettre Séraphin. On aime ou pas l'aspect rustique des dialogues qui collent pourtant magnifiquement au cadre choisit par le cinéaste. Un petit village de France, avec ses rumeurs, ses secrets et ses rancœurs... 


Patrick Bruel n'est pas l'unique responsable de la réussite du film. On retrouve avec plaisir l'excellent Yann Colette ("L'Amour Braque", "Bunker Palace Hotel") en jeune homme passablement détruit par la guerre et qui tombe sous le charme d'une Rose qu'il ne se croit d'abord pas le droit de pouvoir aimer et qui trouve en Séraphin un ami, un alter ego. Roger Jendly ("Espion, Lève-Toi", "Ripoux Contre Ripoux") quand à lui est ce personnage énigmatique que tout le monde craint dans le village. Un peu fou mais capable d'invoquer le Diable et de pratiquer la magie noire, il suit Séraphin comme un ange protecteur. Anne Brochet, Jean-Pierre Sentier, Ingrid Held et quelques-autres finissent de dresser la liste de personnages hauts en couleurs... Des teintes qui pourtant rappellent plus souvent la mort et la solitude...
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