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dimanche 4 janvier 2026

L'union sacrée d'Alexandre Arcady (1989) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

''Cette histoire est une fiction. La réalité est tout aussi cruelle''


En Europe et de manière plus générale dans tout l'Occident, le terrorisme islamiste est devenu l'une des principales causes de préoccupation de la part des peuples et des politiques. Rien qu'en France et entre 2000 et 2025 l'on dénombre entre trois-cent cinquante et quatre-cent attentats motivés par l’extrémisme islamiste. Et c'est sans compter sur les tentatives avortées déjouées par différents services au titre desquels l'on peut notamment citer la DGSI, la DGSE, l'Armée ou la Police Nationale... Parmi les œuvres de fiction inspirées ou non de faits réels ayant traité plus ou moins directement du sujet, l'on peut citer L’Assaut de Julien Leclercq en 2010 sur la Prise d’otages du vol Air France Alger-Paris en 1994, Made in France de Nicolas Boukhrief en 2015 sur l'Infiltration d’une cellule djihadiste en région parisienne, Nos patriotes de Gabriel Le Bomin en 2017 sur la Radicalisation en prison et sur les dérives idéologiques ou plus récemment, Vous n’aurez pas ma haine de Kilian Riedhof et Revoir Paris d'Alice Winocour tous deux réalisés en 2022 et plus ou moins inspirés des attaques terroristes survenues sur notre territoire le 13 novembre 2015. Maintenant, s'agissant de la relation entre peuple arabe, juif et autres communautés, plusieurs longs-métrages français ont traité du sujet à divers degrés de sérieux, de réalisme ou de fantaisie. Parmi eux, l'un des plus notables demeure bien évidemment la comédie culte de Gérard Oury, Les aventures de Rabbi Jacob en 1973. Plus récemment, Philippe de Chauveron a réalisé entre 2014 et 2021 les trois volets de la série de films Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? Juif, Maghrébin, français dit ''de souche'' et asiatique y sont ainsi représentés de façon relativement légère. Maintenant, remontons jusqu'en 1989 avec L'union sacrée d'Alexandre Arcady, cinéaste dont les principales préoccupations sont généralement portées sur le communautarisme, l'immigration, les liens familiaux ou la criminalité. Des thèmes que l'on retrouve en grande partie dans ce polar qui réunit un fameux casting mettant tout d'abord en avant Patrick Bruel et Richard Berry. Originaire d'Algérie, le premier quitte son pays de naissance pour rejoindre la France durant son enfance. Quant au second, il naît à Paris au tout début des années cinquante. Patrick Bruel incarne Simon Atlan, un policier de la brigade des stupéfiants d'origine juive, père d'un jeune garçon et séparé de son ex-épouse Lisa Vernier (l'actrice Corinne Dacla). Quant à Richard Berry, il interprète le rôle de Karim Hamida, un flic de la DGSE infiltré parmi les membres de la brigade des stupéfiants dirigée par le commissaire Joulin (Bruno Cremer) sur commande de son supérieur, le colonel Revers (Claude Brasseur).


'' - Ils sont Nombreux ? (Simon Atlan) - '' Une poignée. Mais si on ne les arrête pas, ils seront partout !'' (Karim Hamida)


Le duo Bruel/Berry fait figure de personnages centraux d'un Buddy Movie dans lequel deux hommes qui ne partagent ni la foi religieuse, ni les origines et ni les méthodes de travail vont devoir bosser ensemble. Si Simon se montre ''instable'', Karim est nettement plus ''réfléchi''. Les deux hommes vont devoir démanteler un réseau de cocaïne non coupée qui fait des ravages parmi les étudiants qui meurent en général d'avoir consommé la drogue pure ! Si les rapports entre les deux hommes sont d'abord compliqués, ils vont laisser leurs différences de côté pour mener à bien leur mission et ainsi faire tomber un certain Ali Radjani (excellent Saïd Amadis), un diplomate du Moyen-Orient impliqué dans un réseau d'islamistes radicalisés directement responsables de la diffusion de la cocaïne dans les lycées français... Tout en retrouvant plusieurs de ses acteurs fétiches, Alexandre Arcady se rapproche déjà à l'époque de sujets qui continuent aujourd'hui à alimenter les médias et la peur des citoyens. Reposant sur un script du réalisateur lui-même et des scénaristes Daniel Saint-Hamont et Pierre Aknine, L'union sacrée s'inspire en outre de divers événements. À commencer par l'affaire Wahid Gordji. Un diplomate iranien soupçonné quelques années auparavant d'avoir supervisé des réseaux islamistes dans l'hexagone avant d'être discrètement extradé dans son pays d'origine. Le long-métrage illustre sur le ton du polar le lien entre trafic de drogue et terrorisme. Toujours attaché à la famille, Alexandre ne manque pas d'évoquer les liens qui unissent Simon à son fils, son ex-femme, son oncle ou encore sa mère Blanche qui à l'écran est interprétée par Marthe Villallonga qui dix ans après avoir incarné le rôle de Marguerite Narboni dans Le coup de sirocco déjà signé Alexandre Arcady joue pour la seconde fois celui de la mère du héros interprété ici par Patrick Bruel. Plus de trente-cinq ans après sa sortie en salle, L'union sacrée reste une œuvre divertissante, réaliste, quelque peu visionnaire et donc tout à fait d'actualité...

 

mardi 16 août 2022

Sous le sable de François Ozon (2000) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Sentir, voir, toucher ou entendre sont des facultés inestimables. Mais ce qui l'est peut-être encore davantage est cette aptitude à ressentir en soi des émotions. Celles-ci irriguent notre cerveau mais aussi notre corps tout entier. IMAX, 4DX, ces nouveaux systèmes qui permettent sur grand écran de vivre le cinéma beaucoup plus intensément que par le passé. Une alternative coûteuse (entre 15 et 20 euros dans le meilleur des cas) et qui, me semble-t-il, n'a pas encore été mis à disposition des foyers (rectifiez si je me trompe). Et pourtant, avec un peu d'ingéniosité et de patience, il est possible de vivre chez soi, de telles expériences. Mais alors, comment s'y prendre ? Faire comme aujourd'hui, par exemple. Et attendre que la pluie se décide enfin à tomber, comme elle s'est déclarée voilà une quinzaine de minutes. C'est dans ces conditions un peu particulières où le Soleil a disparu derrière les nuages et où le bruit de millions de gouttes tombant successivement sur le pavé dénigre tout besoin de silence que j'ai démarré la projection de Sous le sable de François Ozon. Son quatrième long-métrage seulement et pourtant, sans doute, l'un des plus riches émotionnellement et néanmoins des plus sobres. Dix ans avant qu'il ne surenchérisse dans la caricature et le théâtral avec son Potiche qui selon moi fut beaucoup trop surestimé, Sous le sable revient à ce climat particulièrement trouble qui gravitait autour de cette histoire simple que partageaient les deux interprètes féminines du moyen-métrage Regarde la mer. Énigmatique et empli de sous-entendus, le titre lui-même soulève des questions alors même que le générique d'ouverture n'a pas encore débuté. S'il pleut ici à grosses gouttes pour un temps indéterminé, le contraste avec ce qu'il adviendra de Bruno Cremer/Jean Drillon, disparu après s'être jeté dans la mer, renforce ce sentiment de malaise qui persiste autant que la moiteur du climat qui nous est imposé depuis deux mois. Point culminant (parmi tant d'autres) d'une œuvre profondément intrigante, la caméra de François Ozon pose un regard insistant sur celui de l'actrice britannique Charlotte Rampling...


Une Charlotte Rampling dont on ne célèbre d'ailleurs que très rarement la chaleur... Visage froid, presque de marbre, regard triste... François Ozon a pourtant su saisir ici toute sa beauté, la rendant ainsi plus rayonnante que jamais. Filmant l'actrice de manière obsessionnelle, la caméra, toujours elle, la cadre au plus près, sous tous les angles et dans des ébats amoureux puis sexuels terriblement voluptueux. Curieusement, Sous le sable projette l'image d'un long-métrage qui sera réalisé longtemps plus tard, en 2017 et aux États-Unis, par le cinéaste américain David Lowery. Car en effet, rien ne rapproche davantage A Ghost Story que le film de François Ozon avec sa thématique renversée dans laquelle ça n'est plus tant l'héroïne qui cherche à conserver l'image de son défunt mari mais le fantôme de ce dernier qui se détermine à demeurer dans l'entourage de sa bien aimée. Si David Lowery allait dix-sept ans plus tard tourner un drame ouvertement fantastique, François Ozon fait œuvre en 2010 d'une ambiguïté renforcée par la disparition avérée de l'époux dont la mort, elle, reste encore à déterminer. Car Sous le sable est d'abord et avant tout un vibrant et très puissant hommage à l'amour. Épaulé par Marina de Van mais également par Emmanuèle Bernheim et Marcia Romano à l'écriture, le réalisateur français signe un long-métrage profond, discret, sensible, touchant et se distinguant par une force d'évocation remarquable. Discrète, la partition musicale de Philippe Rombi, fidèle collaborateur de François Ozon depuis Les amants criminels réalisé un an auparavant, nuance au même titre que la mise en scène et l'interprétation un sujet éminemment grave porté par la sensibilité de chacun. Le cynisme coutumier du français s'efface derrière les sourires parfois inattendus de son héroïne qui ne semble pas se chercher de raison d'oublier celui que l'on suppose avoir disparu à jamais. Triple hommage à la passion, l'amour et son interprète principale, vingt-deux ans après sa sortie, Sous le sable demeure parmi les plus brillantes réussites de François Ozon...

 

samedi 30 octobre 2021

Si j'étais un espion de Bertrand Blier (1967) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Bien avant Les Valseuses, Calmos, Préparez vos mouchoirs, Buffet Froid ou Tenue de soirée, le réalisateur, scénariste et écrivain français Bertrand Blier tournait en 1967 son tout premier long-métrage de fiction. Quatre ans après avoir mis en scène le documentaire Hitler, connais pas, ce jeune homme alors âgé de vingt-huit ans seulement (il en a quatre-vingt deux aujourd'hui) réalisait un long-métrage qui ne se situait pas encore dans la veine satirique de ses futures œuvres même si l'on sentait déjà pointer la verve corrosive de ce dialoguiste de génie, digne fils spirituel de Michel Audiard. Tourné en noir et blanc et déjà interprété par son père Bernard Blier avec lequel il tournera à deux autres occasions en 1976 dans Calmos, chef-d’œuvre absolu de l'antiféminisme ainsi que trois ans plus tard en 1979 dans Buffet Froid qui reste sans doute, le meilleur film de Bertrand Blier. Mais revenons en 1967. Bernard Blier incarne dans Si j'étais un espion, le docteur Lefèvre. Un médecin généraliste comme il en existe des milliers dans notre pays. Parmi ses patients se trouve un certain Guérin. Et c'est justement à lui que Lefèvre doit rendre visite ce jour là. Mais alors que le médecin se trouve devant sa porte, il a beau sonner mais personne ne vient lui ouvrir. Après avoir croisé le chemin de Geneviève Laurent (l'actrice Suzanne Flon) qui elle aussi aimerait savoir où se trouve Guérin, le docteur Lefèvre tourne les talon et repart à son cabinet pour recevoir bientôt la visite de Kruger (l'acteur Pierre Le Rumeur), le chef d'une bande qui tente de lui soutirer des informations concernant Guérin. Mais le médecin n'étant pas du genre à délivrer des renseignements au premier venu, et surtout pas lorsqu'il s'agit de l'un de ses patients, celui-ci refuse. Kruger met alors entre les pattes de Lefèvre l'un de ses hommes de main, Matras (Bruno Cremer) et le menace de s'en prendre à sa fille Sylvie (Patricia Scott) s'il ne fait pas exactement tout ce qu'il lui dit...


L'avantage avec Bernard Blier, c'est que quel que soit le film dans lequel il apparaît l'on est sûr de passer un agréable moment. Le genre d'acteur qui vous transforme un bousin sinon en lingot d'or, du moins en un produit beaucoup moins malodorant. Ce qui n'est heureusement pas le cas ici puisque pour un premier long-métrage, Si j'étais un espion révèle déjà un talent certain pour la mise en scène chez Bertrand Blier que l'on compare alors plus ou moins justement au célèbre Alfred Hitchcock. Mais à dire vrai, une grosse dizaine d'années plus tard, les critiques auraient surtout pu comparer ce premier long-métrage avec non pas l’œuvre du cinéaste britannique naturalisé américain, mais avec un film. Signé de Jacques Deray et sorti dans les salles françaises le 3 mai 1978. Car en effet, rien ne semble vouloir diriger son personnage principal dans une même impasse que celui de Roland Fériaux qu'interprétera alors Lino Ventura dans Un papillon sur l'épaule. Le docteur Lefèvre qu'incarne admirablement le père du réalisateur se retrouve dans une situation pas tout à fait ubuesque, mais presque. Disons, kafkaïenne. Surtout que Bertrand Blier cultive le mystère autour de ces individus passablement noctambules. Le docteur Lefèvre n'échappe d'ailleurs pas lui non plus à cette approche trouble de son personnage. Majoritairement tourné de nuit, l'aspect ''obscurantiste'' du scénario et cette volonté étroite de n'en point révéler davantage que nécessaire sème un certain désordre et pourra faire naître dans l'esprit du spectateur un sentiment d'angoisse.


Comme le voyage d'un individu en terrain méconnu, site privilégié pour une certaine forme d'appréhension. Car oui, Si j'étais un espion est traversé par une vague de suspicion qui mène directement à la paranoïa. Aidé non seulement par la présence à l'image de son père mais également par celles de Bruno Cremer qui incarne un ''gardien'' inquiétant bien qu'étant parfois... ''réconfortant'' (surtout si on le compare à celui qui donne les ordres), de Claude Piéplu dans le rôle de Monteil, ami du docteur Lefèvre ou de Suzanne Flon qui n'apparaît malheureusement que sporadiquement à l'écran, Bertrand Blier réalise avec Si j'étais un espion, un très bon premier film, déjà riche de promesses quant à la future carrière du réalisateur. Notons que le scénario reposa sur l'écriture à six mains de Jean-Pierre Simonot, Jacques Cousseau et Philippe Adrien. Que l'histoire originale est l’œuvre de Bertrand Blier lui-même ainsi que du dramaturge Antoine Tudal. Que la musique est signée de l'immense Serge Gainsbourg (certains passages évoquent même très vaguement son Requiem pour un con) et qu'elle fut orchestrée par l'arrangeur et compositeur français Michel Colombier. Ah, j'allais oublier. Notons également que Bertrand Blier fut tout de même aidé par l'assistant-réalisateur Gérard Guérin qui œuvre notamment sur les tournages du Corniaud ou de La grande Vadrouille de Gérard Oury. Deux solides références tout de même... Si j'étais un espion mérite donc d'être (re)découvert d'urgence, et notamment par les fans de celui qui demeure l'un des plus grands cinéastes hexagonaux même si depuis quelques années Bertrand Blier semble avoir malheureusement quelque peu perdu de sa verve (Convoi exceptionnel)...

 

vendredi 22 octobre 2021

Sorcerer de William Friedkin (1977) - ★★★★★★★★★☆

 


 À Jérusalem, une bombe explose en faisant de nombreuses victimes. Un attentat terroriste dont les trois responsables d'origine palestinienne sont immédiatement identifiés. Le premier est abattu. Le second est arrêté. Quant au troisième, prénommé Kassem, il parvient à se fondre dans la foule avant de disparaître... À Paris, Victor Manzon est convoqué dans le bureau du directeur de la Bourse. Accusé de fraude et de fausses déclarations ayant causé un déficit de quinze millions de francs, il lui reste moins de vingt-quatre heures pour fournir des preuves de crédit suffisantes qui lui permettront d'échapper à la justice... Elizabeth, dans l'état du New Jersey aux États-Unis. Après avoir subtilisé les fonds d'un parrain abrités au sein d'une église catholique, le chauffeur Jackie Scanlon, son patron ainsi que deux de ses hommes prennent la fuite au volant d'un véhicule qui malheureusement percute un camion et les laisse sur le carreau. Excepté Scanlon qui bientôt va se voir contraint de prendre la fuite en quittant le pays... On ne va pas commencer à tergiverser sur le fait que Sorcerer est le remake du Salaire de la peur de Henri-Georges Clouzot, les deux réalisateurs ayant suffisamment de personnalité pour que l'on ne prenne pas le risque de comparer telle ou telle séquence tournée par l'un et revisitée par l'autre. L’œuvre de William Friedkin semble d'ailleurs se rapporter davantage au roman éponyme de l'écrivain et journaliste Georges Arnaud que du long-métrage sorti le 22 avril 1953 dans notre pays. Quatre années après le choc L'exorciste, le réalisateur américain, contrairement à ce qu'évoque le titre original de son nouveau long-métrage Sorcerer (traduit par sorcier ou sorcière), ne fait plus appel au moindre élément fantastique. À moins que l'on suppose que la nature qui se déchaîne au sein du film ne soit le fait d'une divinité retorse quelle qu'elle soit...


Car l'aventure à laquelle nous convie William Friedkin est de celles dont on ne revient pas toujours. Après nous avoir présenté ses trois principaux protagonistes en les personnes du français Bruno Cremer, de l'américain Roy Scheider, du franco-marocain Amidou, bientôt rejoints par l'espagnol Francisco Rabal, nous les retrouvons ensuite tous réunis dans un trou perdu de l'Amérique du sud. Un endroit crasseux où la maladie et la faim mènent la danse. Mais peut-être aussi une planche de salut pour nos quatre hommes auxquels va bientôt être confiée la rude tâche de convoyer à bord de deux camions, une cargaison de nitroglycérine, un explosif extrêmement instable qui doit permettre à trois-cent kilomètres de là d’éteindre l'incendie qui s'est déclenché dans un puits de pétrole. Pour cela, la promesse est faite aux quatre hommes d'obtenir à l'issue de leur mission des papiers officiels ainsi que dix-mille dollars chacun. Mais comme l'on va très vite s'en rendre compte, l'aventure va être semée d'embûches... William Friedkin ne ménage ni son équipe technique, ni ses comédiens. Dans des conditions qui feraient presque sourire celles et ceux qui travaillèrent aux côtés du réalisateur allemand Werner Herzog à l'époque de Aguirre, la colère de Dieu ou de Fitzcarraldo, l'américain et son équipe s'enfoncent dans une jungle épaisse, humide, semée de pièges et de défis apparemment insurmontables pour ses personnages. On ne s'étonnera pas outre mesure d'y retrouver également la patte du scénariste Walon Green qui huit ans auparavant fut chargé de l'écriture d'un autre monument du septième art : La horde sauvage de Sam Peckinpah...

 

Alors que les présences de Steve McQueen, de Lino Ventura, de Marcello Mastronianni et d'Amidou sont tout d'abord envisagées dans les rôles principaux, seul ce dernier participera finalement au tournage. William Friedkin refuse d'accorder au premier la présence de sa nouvelle épouse, l'actrice Ali MacGraw, qu'il rencontra sur le tournage de
Guet-apens de Sam Peckinpah cinq ans auparavant. Lino Ventura refuse le rôle finalement tenu par Bruno Cremer et quant à l'acteur italien Marcello Mastronianni, la naissance de sa fille Chiara que Catherine Deneuve vient de mettre au monde remet tout en question. C'est finalement grâce à la société de production cinématographique américaine productrice du long-métrage que Roy Scheider se voit offrir le rôle que devait tenir la star américaine Steve McQueen ! Entre Paris, le New Jersey, Jerusalem, la République Dominicaine et le Mexique, le budget ne fait que gonfler jusqu'à atteindre un peu plus de vingt-deux millions de dollars dont deux seront entièrement consacrés à l'une des séquences les plus hallucinantes de l'histoire du septième art. Celle qui orne justement la célèbre affiche du film : un pari quasi insurmontable qui mettra plusieurs semaines à voir le jour pour un résultat surpassant presque l'incroyable séquence du bateau à vapeur gravissant une montagne dans l'un des chefs-d’œuvre de Werner Herzog, Fitzcarraldo. Une séquence qui marque profondément les esprits par son aura mystique accentuée par les intempéries et par l'étrange et hypnotique partition musicale du groupe allemand Tangerine Dream...


Dans son contenu ainsi que le contexte dans lequel baignent le réalisateur, son équipe technique et ses interprètes, Sorcerer fait œuvre de fiction paroxystique au même titre qu'un Apocalypse Now signé de Francis Ford Coppola deux ans plus tard. Le film prend énormément de retard, résultant d'un surcroît de financement de la part des sociétés de production. La fameuse séquence du pont suspendu est déplacée de la république Dominicaine jusqu'au Mexique à plus de trois-mille trois-cent kilomètres de distance. William Friedkin sort de l'expérience totalement essoré après avoir perdu plus de vingt kilos durant le tournage. Film-monstre, Sorcerer connaîtra une sortie nationale américaine dans de nombres salles de cinéma. Mais son auteur ne s'était semble-t-il pas préparé à connaître un adversaire de taille qui condamna son long-métrage à finir son existence avec des recettes loin d'atteindre ses qualités intrinsèques ou du moins, son budget de dépar. En effet, alors que le film sort en salle le 24 juin 1977 aux États-Unis, il est concurrencé par une œuvre de science-fiction qui elle est déjà sortie depuis un mois : La guerre des étoiles qui sur son territoire connaît un succès si fulgurant que la plupart des cinémas qui projettent Sorcerer décident de déprogrammer Scanlon, Manzon, Nilo et Kassem au profit de Luke Skywalker, Han Solo, Leïa Organa et les boites de conserve C-3PO et R2-D2... Un manque de reconnaissance flagrant, surtout si l'on analyse les immenses qualités du long-métrage de William Friedkin. Reste qu'aujourd'hui Sorcerer demeure un grand classique du cinéma d'aventure. Une œuvre à couper le souffle qui, oui, c'est vrai, n'est constituée en aucune manière d'éléments fantastiques mais qui demeure encore et toujours sous certaines apparences, une formidable expérience de cinéma sensoriel...

 

samedi 11 septembre 2021

Effraction de Daniel Duval (1983) - ★★★★★★★☆☆☆


Pour ce second article du cycle consacré aux thrillers français, j'ai choisi d'aborder Effraction. Une œuvre méconnue qui mérite cependant d'être célébrée pour ses qualités. Et parmi ces dernières, l'interprétation de ses trois principaux acteurs dont deux au moins se retrouvent ici dans une situation contraire à celle à laquelle on pourrait s'attendre. Bruno Cremer, pour commencer. Son charisme, ses un mètre quatre-vingt trois et son gros timbre de voix ne l'empêchent pas ici d'incarner le rôle de l'une des deux victimes qui vont avoir maille à partir avec Jacques Villeret et ses dix-sept centimètres de moins. Petit, trapu, mais nerveux en sociopathe à la gâchette facile. La seule des trois que l'on s'attend à voir dans le rôle qui lui est confié reste encore la superbe Marlène Jobert, plus séduisante que jamais. Avec Bruno Cremer, ils forment un couple dont la passion amoureuse pourtant fort récente (ils viennent de se rencontrer dans un aéroport) crève l'écran. Une soif d'amour qui les poussera jusqu'aux portes d'un hôtel qu'ils regretteront sans doute ensuite toute leur existence d'avoir franchi. Car c'est là qu'est venu se réfugier pour une nuit Valentin Tralande qu'interprète donc Jacques Villeret, qui à la suite d'un hold-up meurtrier (affolé, il va tué plus tôt dans la journée tous ses complices ainsi que les clients et les employés de la banque qu'il a braquée) n'est pas encore tout à fait en cavale puisque la police n'a toujours pas idée de son identité...


En route, il croise divers individus qui échappent de peu à la mort (on notera notamment la furtive apparition du chanteur Florent Pagny dans le rôle de l'une de ses victimes contraintes de l'aider à fuir)... Rencontre avec une prostituée, passage dans un bar à l'ambiance morose... quelques séquences sans réelle interaction avec les événements mais qui sont d'une manière générale entrecoupées par des scénettes mettant en avant le couple Marlène Jobert/Kristine-Bruno Cremer/Pierre dans leur ''cavale'' amoureuse, entre un petit restaurant de campagne et l'hôtel en question dont le principal intérêt est tout d'abord de clore cette première partie d'une durée avoisinant les trente-cinq minutes lors desquelles le réalisateur Daniel Duval utilise ce temps afin de caractériser ses personnages. Et cela fonctionne plutôt bien puisque alors que Jacques Villeret déploie tout son talent pour faire de son personnage un individu particulièrement inquiétant, Marlène Jobert et Bruno Cremer se révèlent tout les deux fort attachants. Une fois cette première partie achevée, Effraction prend une tournure beaucoup plus dramatique quoique fort divertissante.


Après un acte d'une noirceur moite, le long-métrage de Daniel Duval mue en une cavale sans réelle issue, le criminel poursuivant sa fuite aveugle accompagné de ses deux otages Kristine et Pierre tandis que les autorités déploient voitures de gendarmerie et hélicoptères afin de retrouver le meurtrier au cœur d'un décor parfois grandiose (les impressionnantes gorges de Vésubie situées dans le département des Alpes-Maritimes)... Se terminant de manière fort violente, le sentiment d'angoisse lié au sort qui pourrait être accordé à Kristine et Pierre est prégnant. N'abusant jamais du moindre artifice stérile, Daniel Duval signe une œuvre efficace, entre drame et thriller sur fond de course-poursuite entre un criminel notoire et les autorités. Notons également la présence à l'écran de Jean-Pierre Dravel et Robert Darame dans les rôles respectifs du commissaire et de son adjoint ou de Magali Leris dans celui de la prostituée. Daniel Duval parvient à saisir le moindre regard et à transformer chaque individu qu'est amené à croiser Valentin Tralande en un témoin hypothétique de sa cavale. Signalons également la musique entêtante signée du pianiste de jazz français Maurice Vander qui parcourt le long-métrage de son ouverture jusqu'à sa conclusion. Effraction est donc une excellente surprise, interprété par trois acteurs solides et surtout, un film qui mérite d'être redécouvert presque quarante ans après sa sortie sur les écrans français...

mercredi 30 octobre 2019

Tenue de Soirée de Bertrand Blier (1986) - ★★★★★★★★☆☆



Planté comme un furoncle au beau milieu du paysage français en cette année 1986, entre le Mocky de La Machine à Découdre, le Veber des Fugitifs (également interprété par Gérard Depardieu en compagnie de l'irrésistible Pierre Richard), le Jean-Marie Poiré de Twist Again à Moscou ou le Bernard Nauer de l'assez vulgaire (et beaucoup moins bon que la pièce de théâtre qui en est à l'origine) Nuit d'Ivresse, le dixième long-métrage du réalisateur, scénariste, écrivain et fils de l'immense Bernard Blier, Bertrand de son prénom, devait précéder une certaine rupture dans la continuité, sans doute entamée deux ans auparavant avec Notre Histoire. Dans une veine similaire aux quelques films cultes qui ont firent sa renommée (et que je ne ferai l'affront à personne de citer), Tenue de Soirée est l'un des longs-métrages les plus acerbes, frondeurs, libres et radicaux de leur auteur. Drôle, tendre, parfois très osé dans sa forme et dans le fond, il ne s'agit assurément pas du dernier grand film de Bertrand Blier, mais sans doute celui qui dans la course effrénée à laquelle le réalisateur semble vouloir se raccrocher, est de ceux qui demeurent indissociables de ses première et brillantes tentatives dans le domaine de la comédie.

Si évidemment les plus coutumiers du cinéaste reconnaîtront ici l'immense valeur de son écriture, Bertrand Blier a aussi une nouvelle fois su s'entourer des plus grands. Qu'ils agissent à l'écran en tant que principaux interprètes, ou qu'ils ne nous honorent de leur présence que pour un trop court instant (Jean-Pierre Marielle, Bruno Cremer, Mylène Demongeot ou bien Jean-François Stévenin), chaque apparition à l'écran est un moment de pure magie voluptueuse et incisive que l'on ne retrouve que très rarement chez d'autres cinéastes français. Du moins, rares sont ceux bénéficiant d'une écriture aussi mordante et maîtrisée.

''Pauvre type, espèce de con, t'es vraiment rien qu'une merde...''
Monique (Miou-Miou) à Antoine (Michel Blanc)

... Bertrand Blier a l'art et la manière de faire entrer ses personnages en scène. Ici, une salle de bal où dansent quelques couples sur un air d'accordéon et en arrière-plan, un autre, isolé, et au bord de la rupture. Entre une Monique qui ne supporte plus ses conditions d'existence et Antoine, son homme, qui dans l'esprit, rêve sans doute encore pour longtemps de vivre d'amour et d'eau fraîche. Puis débarque Bob. Premier contact, une gifle. Celle que se prend Monique. Les choses sont d'ors et déjà mises en place. D'un côté l'amoureux transit, de l'autre, la brute épaisse, ancien taulard, cambrioleur à ses heures. Et puis Monique, la troisième roue. Celle que veut à tout prix conserver auprès de lui Antoine mais dont Bob aimerait bien se défaire...

Car au delà des rapports complexes qui vont être bientôt mis en place dans ce trio on ne peut plus discordant, Bertrand Blier réinvente les codes du romantisme à sa sauce pour un résultat inédit et haut en couleurs. Si de prime abord, les dialogues échouent entre les lèvres des interprètes comme un assemblage (sophistiqué) de termes propre aux charretiers, il n'en demeure pas moins qu'il se dégage de Tenue de Soirée, une très grande poésie. Des dialogues sur lesquels pose surtout son incroyable timbre, un Gérard Depardieu au sommet de son art. Ses deux complices et lui participent à un étrange numéro qui, même s'il a un peu de mal à être aussi rondement mené que LE chef-d’œuvre de Bertrand Blier, Buffet Froid, demeure une expérience de cinéma rare, portée par un jeu d'acteur sublime et des dialogues au diapason. Plus encore qu'une succession de scènes à la cohérence qui pour un néophyte pourrait paraître douteuse, le découpage et le scénario de Tenue de Soirée recèlent une richesse évocatrice incroyable. Car le réalisateur ne se contente pas d'une simple accumulation de séquences portées uniquement sur les bons mots de son propre cru. Non, Bertrand Blier ose avec intelligence aborder des sujets de fond tels que la prostitution, la solitude, le désespoir, mais aussi l'amour et l'amitié. Tout ceci, bien entendu, sous un angle qui n'appartient qu'à lui. Un grand ''Putain de film'' qui aura révélé au public, un Michel Blanc formidable et surtout très largement éloigné des rôles qu'il tenait jusqu'à maintenant...

dimanche 29 mai 2016

L'Alpagueur de Philippe Labro (1975)



L'Alpagueur, c'est un homme chargé par les hommes d'une organisation secrète, d'agir dans l'ombre des autorités afin de mettre fin aux agissements des criminels en tous genres. Pour sa nouvelle mission, l'inspecteur Doumecq le charge de faire tomber le commissaire Gavarni, flic pourri et grand bonnet d'un réseau de prostitution qui s'est étendu à un niveau international.
L’épervier, c'est Gilbert. S'il travaille officiellement pour une grande compagnie aérienne, il agit dans l'ombre dans le but exclusif de voler les banques. Il s'est surtout fait connaître dans la presse pour être l'auteur de nombreux assassinats. Non seulement il tue les employés des banques qu'il dévalise, mais également ses complices qu'il va chercher parmi les délinquants.

Les autorités étant impuissantes à tenir en échec le criminel, l'inspecteur Doumecq fait une fois de plus appel à l'Alpagueur afin de mettre un terme aux agissements de l’épervier. Et pour cela, il se fait enfermer dans une prison où est retenu prisonnier le jeune Costa Valdes qui n'est autre que l'un des complices passés de l’épervier auquel il a réussi miraculeusement à échapper. Profitant de son séjour en prison, l'Alpagueur va sympathiser avec Costa et en profiter pour faire tomber un certain Salicetti qui depuis des années organise contre de l'argent, des évasions...

Pendant des années il a chassé les fauves les plus dangereux du monde. Un jour il m'a dit: "Le seul animal intéressant qu'il me reste à chasser, c'est l'homme..." 
L'inspecteur Doumecq          

On sent derrière le scénariste et le réalisateur de L'Alpagueur, l'écrivain. En effet, Philippe Labro, aidé de Jacques Lanzman pour l'adaptation du scénario et l'écriture des dialogues, aurait pu se contenter d'une chasse à l'homme entre deux hommes solitaires dont la principale similitude de caractère est de manœuvrer toujours dans l'ombre, l'un travaillant non-officiellement pour la police, le second se débarrassant sans scrupules de ses complices. Mais plus que cette traque efficace, le cinéaste abreuve son long-métrage de scènes ayant ou non un quelconque rapport avec le sujet principal de L'Alpagueur.

Entre la scène durant laquelle Jean-Paul Belmondo se charge de faire arrêter des trafiquants de drogue à Rotterdam, celle durant la quelle il démasque un commissaire corrompu jusqu'à la moelle, celle où il fait tomber le prisonnier d'une geôle presque totalement sous son emprise, et la traque dont fait l'objet l’Épervier, le film n'est jamais avare en terme de situations et d'action. Le scénario, habillement mené, ira même jusqu'à introduire une scène durant laquelle l'Alpagueur sera confronté à un certain Spitzer lors d'une mémorable action située dans une ferme. Spitzer... l'homme justement à la tête du réseau de trafic de drogue démantelé au tout début du film. La boucle est donc blouclée.

Enfin presque, puisque l'on a droit à un excitant final entre notre Bebel national et l'excellent Bruno Cremer qui pour l'occasion, campe un Épervier impressionnant de part sa stature, son timbre de voix, et cette habitude qu'il a de nommer ses complices, « Coco ». Aux côtés de ces deux grands interprètes, on retrouve Patrick Fierry, Victor Garrivier, Claude Brosser, ou encore Jean-Pierre Jorris.. L'Alpagueur est un excellent Belmondo, dans la veine de ce qu'il a interprété de mieux dans les années 70-80...


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