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dimanche 4 janvier 2026

L'union sacrée d'Alexandre Arcady (1989) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

''Cette histoire est une fiction. La réalité est tout aussi cruelle''


En Europe et de manière plus générale dans tout l'Occident, le terrorisme islamiste est devenu l'une des principales causes de préoccupation de la part des peuples et des politiques. Rien qu'en France et entre 2000 et 2025 l'on dénombre entre trois-cent cinquante et quatre-cent attentats motivés par l’extrémisme islamiste. Et c'est sans compter sur les tentatives avortées déjouées par différents services au titre desquels l'on peut notamment citer la DGSI, la DGSE, l'Armée ou la Police Nationale... Parmi les œuvres de fiction inspirées ou non de faits réels ayant traité plus ou moins directement du sujet, l'on peut citer L’Assaut de Julien Leclercq en 2010 sur la Prise d’otages du vol Air France Alger-Paris en 1994, Made in France de Nicolas Boukhrief en 2015 sur l'Infiltration d’une cellule djihadiste en région parisienne, Nos patriotes de Gabriel Le Bomin en 2017 sur la Radicalisation en prison et sur les dérives idéologiques ou plus récemment, Vous n’aurez pas ma haine de Kilian Riedhof et Revoir Paris d'Alice Winocour tous deux réalisés en 2022 et plus ou moins inspirés des attaques terroristes survenues sur notre territoire le 13 novembre 2015. Maintenant, s'agissant de la relation entre peuple arabe, juif et autres communautés, plusieurs longs-métrages français ont traité du sujet à divers degrés de sérieux, de réalisme ou de fantaisie. Parmi eux, l'un des plus notables demeure bien évidemment la comédie culte de Gérard Oury, Les aventures de Rabbi Jacob en 1973. Plus récemment, Philippe de Chauveron a réalisé entre 2014 et 2021 les trois volets de la série de films Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? Juif, Maghrébin, français dit ''de souche'' et asiatique y sont ainsi représentés de façon relativement légère. Maintenant, remontons jusqu'en 1989 avec L'union sacrée d'Alexandre Arcady, cinéaste dont les principales préoccupations sont généralement portées sur le communautarisme, l'immigration, les liens familiaux ou la criminalité. Des thèmes que l'on retrouve en grande partie dans ce polar qui réunit un fameux casting mettant tout d'abord en avant Patrick Bruel et Richard Berry. Originaire d'Algérie, le premier quitte son pays de naissance pour rejoindre la France durant son enfance. Quant au second, il naît à Paris au tout début des années cinquante. Patrick Bruel incarne Simon Atlan, un policier de la brigade des stupéfiants d'origine juive, père d'un jeune garçon et séparé de son ex-épouse Lisa Vernier (l'actrice Corinne Dacla). Quant à Richard Berry, il interprète le rôle de Karim Hamida, un flic de la DGSE infiltré parmi les membres de la brigade des stupéfiants dirigée par le commissaire Joulin (Bruno Cremer) sur commande de son supérieur, le colonel Revers (Claude Brasseur).


'' - Ils sont Nombreux ? (Simon Atlan) - '' Une poignée. Mais si on ne les arrête pas, ils seront partout !'' (Karim Hamida)


Le duo Bruel/Berry fait figure de personnages centraux d'un Buddy Movie dans lequel deux hommes qui ne partagent ni la foi religieuse, ni les origines et ni les méthodes de travail vont devoir bosser ensemble. Si Simon se montre ''instable'', Karim est nettement plus ''réfléchi''. Les deux hommes vont devoir démanteler un réseau de cocaïne non coupée qui fait des ravages parmi les étudiants qui meurent en général d'avoir consommé la drogue pure ! Si les rapports entre les deux hommes sont d'abord compliqués, ils vont laisser leurs différences de côté pour mener à bien leur mission et ainsi faire tomber un certain Ali Radjani (excellent Saïd Amadis), un diplomate du Moyen-Orient impliqué dans un réseau d'islamistes radicalisés directement responsables de la diffusion de la cocaïne dans les lycées français... Tout en retrouvant plusieurs de ses acteurs fétiches, Alexandre Arcady se rapproche déjà à l'époque de sujets qui continuent aujourd'hui à alimenter les médias et la peur des citoyens. Reposant sur un script du réalisateur lui-même et des scénaristes Daniel Saint-Hamont et Pierre Aknine, L'union sacrée s'inspire en outre de divers événements. À commencer par l'affaire Wahid Gordji. Un diplomate iranien soupçonné quelques années auparavant d'avoir supervisé des réseaux islamistes dans l'hexagone avant d'être discrètement extradé dans son pays d'origine. Le long-métrage illustre sur le ton du polar le lien entre trafic de drogue et terrorisme. Toujours attaché à la famille, Alexandre ne manque pas d'évoquer les liens qui unissent Simon à son fils, son ex-femme, son oncle ou encore sa mère Blanche qui à l'écran est interprétée par Marthe Villallonga qui dix ans après avoir incarné le rôle de Marguerite Narboni dans Le coup de sirocco déjà signé Alexandre Arcady joue pour la seconde fois celui de la mère du héros interprété ici par Patrick Bruel. Plus de trente-cinq ans après sa sortie en salle, L'union sacrée reste une œuvre divertissante, réaliste, quelque peu visionnaire et donc tout à fait d'actualité...

 

lundi 18 mars 2019

Les Municipaux, ces Héros de Eric Carrière et Francis Ginibre (2018)



Les Municipaux, ces Héros est typiquement le genre de long-métrage difficile à évaluer dans le sens positif lorsque l'on a la prétention d'être cinéphile et SURTOUT PAS cinéphage. A travers ce film écrit et réalisé par Éric Carrière et Francis Ginibre, soit, le duo d'humoristes connu sous le nom des Chevaliers du Fiel, c'est un peu le principe du QCM inversé dans lequel on ne trouve qu'une question, et d'innombrables réponses. Genre, RCM ! Imaginez donc, ce pauvre cinéphile auquel, lors d'une soirée organisée par ses précieux amis sous le signe du Septième Art (avec majuscules, je vous prie), lui est posée la question suivante: « as-tu vu le dernier long-métrage avec Les Chevaliers du Ciel ? ». Et surtout : « Qu'en as-tu pensé ? ». Le genre de question qui transforme n'importe quelle soirée en dîner de cons ! Et notre pauvre cinéphile, déconfit, contraint de serrer tout d'abord les lèvres pour ne pas dire trop d'âneries tout en estimant pouvoir avouer qu'il a passé un agréable moment, puis les fesses, devant un parterre de requins, bave au lèvres, attendant le moindre faux pas de la victime désignée pour lui tomber dessus.

Les Municipaux, ces Héros, vous diront certains, c'est le genre de film dont les chômeurs de longue durée vivant dans des barres d'immeubles sans ascenseur et à l'entrée desquels des petites frappes font le guet pour leurs grands frères pourraient très largement se satisfaire. Eux, et les paysans de nos campagnes, qui une fois décrottés de leur dure journée de labeur pourraient bien avoir envie de se décontracter les zygomatiques devant la première connerie venue. Et pourquoi pas nos amis les Ch'tis, dont on sait tous que beaucoup donnent dans la consanguinité. La preuve, c'est sans doute chez eux que l'on trouve la plus grande concentration d'amateurs de tuning. Enfin, n'oublions pas les municipaux en question, qui parce qu'ils sont incapables de faire autre chose de leur mains et de leur cervelle, mais aussi parce qu'ils ont bénéficié de passes-droits, partagent cette même passion pour l'embellissement de nos cités (quand ils ne passent pas des heures à discuter à la terrasse d'un café, s'entend).

Et bien non, les amis. Car tout comme ce ramassis de conneries que vous venez de lire est faux (quoique, pas toujours), le film scénarisé, réalisé et principalement interprété par Éric Carrière et Francis Ginibre peut se concevoir comme une sympathique comédie, MEME pour ceux qui s'estiment bien au dessus de ce genre de produit. Encore faut-il se donner le courage de dépasser un premier tiers franchement mauvais. Des gags qui ne devraient jamais sortir du cadre d'un spectacle humoristique. Parce que sur grand écran, ça le fait pas, mais alors pas du tout. Ne vous attendez surtout pas à du grand art en matière de mise en scène et d'interprétation. Ici, c'est le minimum syndical... ce qui tombe plutôt bien, comme vous le comprendrez. Heureusement, quelques têtes bien connues du cinéma comique arrivent en renfort. A commencer par les toujours excellents Brunot Lochet, dans le rôle du chauffeur de bus scolaire alcoolique, et Lionel Abelanski, dans celui du maire de Port Vendres.

Comme il ne pouvait en être autrement avec ce film, l'ensemble est terriblement caricatural. Mais qui en voudrait au duo d'avoir avec un tel luxe de détails, appuyé là où ça aurait normalement dû faire mal mais où au contraire, le rire fuse (avec modération, j'entends bien préciser la chose). Impossible d'en vouloir au duo de comiques qui d'une certaine manière rend hommage à ces individus étranges, venus d'ailleurs, vêtus de gilets jaunes (là encore, ça tombe bien), que l'on croise au quotidien. Et puis merde, quoi. Y'en a bien qui donneraient un rein pour redécouvrir l'intégrale des Charlots sur grand écran. Alors pourquoi ne pas avouer que Les Municipaux, ces Héros nous a fait rire Anna et moi... ? Léger, très léger même, mais sympathique...

dimanche 17 juin 2018

Un Éléphant ça Trompe Énormément d'Yves Robert (1976) - ★★★★★★★☆☆☆



Jean Rochefort, Claude Brasseur, Guy Bedos, Victor Lanoux. Quatre grand acteurs français, et pourtant, je ne sais pas si tel est le cas de beaucoup de spectateurs, mais malgré l'immense talent de chacun, le film me renvoie surtout systématiquement aux fugaces apparitions de Christophe Bourseiller, qui bien avant d'être journaliste et écrivain, montait déjà sur les planches. Ou plutôt, traînait sur les plateaux de tournage. Dès l'âge de quatre ans d'ailleurs, sur celui de La Guerre des Boutons, déjà réalisé par Yves Robert. Ensuite, Godard, à trois reprises, puis de nouveau Yves Robert avec le diptyque dont j'évoquerai ici pour commencer, le premier volet, Un Éléphant ça Trompe Énormément. Le genre de classique de la comédie française indémodable cadrant son objectif sur quatre amis de longue date. Une chronique irrésistible commentée en voix off par un Jean Rochefort qui sans les images, paraîtrait beaucoup plus à son aise que son personnage ne le montre en réalité. Christophe Bourseiller donc, l'inoubliable documentaliste vouant un culte à l'inactivité, à l'absolu liberté de ne rien faire, le quatrième comparse du quatuor incarné à ses côtés par Patrick Bruel, Laurent Gamelon et Fabrice Luchini dans P.R.O.F.S, c'est ici ce gamin qui déclare sa flamme à l'épouse d’Étienne Dorsay (Jean Rochefort), incarnée à l'écran par Danièle Delorme, lui avouant être tombé amoureux de ses seins. Mais attention, surtout le gauche ! Aussi vif qu'un adolescent sous perfusion de valium, Christophe Bourseiller fait de chacune de ses interactions avec l'actrice, une scène définitivement culte ! On regrette de ne pas l'y voir incarner un personnage plus important, du moins, plus présent à l'écran. Quoique. Peut-être sont-ce ces instantanés d'une durée insuffisamment longue qui font justement le sel de ses apparitions.
Ce qui bien entendu n'évacue pas les autres interprètes qui, chacun à leur manière, vont apporter leur pierre à l'édifice. Et pour commencer, Jean Rochefort. Presque le personnage principal, se détachant quelque peu des trois autres, se fabriquant un portrait fort séduisant mais qui à l'image lui fait quelque peu défaut. Marié de longue date à Marthe, il est 'victime' ce que l'on a communément l'habitude d'appeler un 'coup de foudre'. Et ce coup de foudre, c'est Charlotte, une belle jeune femme, grande, élancée, incarnée par l'actrice Anny Duperey. Un bouleversement dans l'existence habituellement bien ordonnée d’Étienne, car cette femme, le mari heureux va chercher à la revoir...

Ensuite, nous retrouvons l'acteur humoriste Guy Bedos qui dans la peau de Simon est littéralement étouffé par sa mère, elle-même incarnée par Marthe Villalonga. Née en 1932 à Fort-de-l'Eau en Algérie, cette actrice célèbre pour avoir de nombreux seconds rôles n'est l’aînée de Guy Bedos que de deux ans, lui étant né en 1934. Et pourtant, le peu de différence qui sépare les deux interprètes demeure invisible. Ils campent tous les deux un formidable duo mère-fils, sans cesse tiraillé par les rapports beaucoup trop 'serrés' qu'ils entretiennent. Le troisième bon copain d’Étienne, c'est Bouly, incarné par Victor Lanoux. Contrairement à son ami qui va bientôt entamer sa première relation adultère, Bouly est un habitué de la chose. Ce qui mettra malheureusement son couple en péril. Enfin, il y a Daniel, interprété par Claude Brasseur. Le plus mystérieux des quatre hommes. On sait peu de choses sur le bonhomme, du moins jusqu'à ce que nous soit révélée son homosexualité. Comme le désirait l'acteur, qui contre l'avis de son agent accepta le rôle, il ne voulait surtout pas faire de Daniel, une image trop caricaturale de l'homosexuel. Le film bénéficiant ainsi d'un personnage conservant un certain mystère.

C'est la sixième fois qu'Yves Robert fait appel aux services de Vladimir Cosma pour composer la bande originale du film après, entre autres, Clérambard en 1969, et salut l'Artiste en 1973. Un Éléphant ça Trompe Énormément est une comédie joyeuse, traversée de moments plus délicats. C'est la troisième fois que le cinéaste écrit à quatre mains le scénario en compagnie du romancier, chansonnier, scénariste et dialoguiste (entre autres casquettes) Jean-Loup Dabadie. On peut affirmer sans risques que des œuvres telles que Le Cœur des Hommes et ses suites ne sont autre que les descendantes directes de Un Éléphant ça Trompe Énormément et de sa suite Nous Irons tous au Paradis qu'Yves Robert réalisera l'année suivante. À noter que le cinéaste américain Gene Wilder réalisera un remake en 1984 sous le titre La Fille en Rouge.
Au final, Un Éléphant ça Trompe Énormément demeure après toutes ces années comme l'une des meilleures comédies françaises de ce milieu des années soixante-dix. Les scènes plaçant Danièle Dselorme face à un Christophe Bourseiller amoureux sont irrésistiblement drôles, tout comme certains passages avec Jean Rochefort (la rencontre en pleine forêt et à cheval entre son personnage et celui incarné par Anny Duperey), la scène durant laquelle Simon-Guy Bedos reçoit l'un de ses patients dans son cabinet, ou encore celle où Claude Brasseur simule la cécité dans un restaurant afin de redonner le sourire à un Victor Lanoux plaqué par sa femme. Un classique indémodable, à revoir sans conditions...

vendredi 23 février 2018

Brillantissime de Michèle Laroque (2017) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆



Une étoile pour Kad Merad, une autre pour Gérard Darmon, et surtout, une dernière pour Françoise Fabian. Pas une de plus, et sur dix, ça ne pèse pas lourd. Brillantissime est le premier, et espérons-le, dernier long-métrage de et avec Michèle Laroque. Et un naufrage artistique à l'ampleur abyssale. Rien que le titre est un mensonge éhonté qui trompe sur la marchandise. L'actrice-réalisatrice aura beau avoir convoqué une belle brochette d'acteurs, la sauce ne prend pas. Si sa volonté fut de proposer un catalogue exhaustif de poncifs, de répliques éculées et de clichés, Michèle Laroque a alors parfaitement rempli sa mission. On ne peut concevoir Brillantissime comme l’œuvre d'une cinéaste accomplie. Comment s'expliquer que le long-métrage soit aussi triste ? Que la bande-musicale d'Alex Beaupain soit aussi désolante que la directions d'acteurs ?A ce titre, seul Bénabar semble avoir profité d'un scénario mort dans l’œuf pour composer la belle et mélancolique chanson Cimetière du Midi. Concernant les interprètes, pour revenir aux premiers évoqués, Kad Merad n'est pas le plus mauvais même si on l'a connu en plus grande forme. Gérard Darmon demeure peut-être l'un des rares à tirer son épingle du jeu même si son interprétation est parfois fade. Quant à Françoise Fabian, c'est bien elle qui incarne l'un des rares personnages à demeurer véritablement intéressant. Allez, ajoutons au tableau des quelques toutes petites bonnes idées, la participation de l'espagnole Rossy de Palma en meilleure et originale amie de l'héroïne Angela, interprétée, elle, par Michèle Laroque.

Quant aux autres... Pascal Elbé, Pierre Palmade, Marthe Villalonga ou Jean Benguigui, tous sont sous-exploités. Concernant Michael Youn, cela peut encore se comprendre. Un compagnon d'un soir, d'une nuit... Plutôt que de s'attarder sur quelques idées, Michèle Laroque semble avoir esquissé sur le papier une foule de propositions, sans faire le choix entre certaines d'entre elles, nous les imposant et constituant ainsi un catalogue complet de scènes convenues.
C'en est presque dérangeant. Surtout lorsque l'on apprécie l'artiste qui à plusieurs reprises à partagé la scène avec son complice, l'excellent Pierre Palmade. Puisque l'on ne rit que très rarement, on finit par espérer ce moment de tendresse ou d'émotion qui survient désormais dans la majeure partie des comédies. C'est ainsi qu'abandonnée par son petit ami, la fille d'Angela (Oriane Deschamps, la fille de Michèle Laroque dans la vie), chanteuse dans un petit groupe de rock, se retrouve seule sur scène. Rejointe par sa maman, mère et enfant interprètent ensemble la chanson La Vie au Ras du Sol. C'est mignon, sans plus. Pas de quoi verser sa petite larme ni de supporter les effluves des autres spectateurs, je l'espère, aussi médusés que j'ai pu l'être.

Je disais donc plus haut qu'il m'était arrivé de ressentir une réelle gêne devant certaines scènes. Michèle Laroque, Benjamin Morgaine et Lionel Dutemple semblent avoir eu si peu d'imagination (trois scénaristes et une majorité de scènes empruntées ailleurs, faut le faire !!!) que l'on assiste parfois à un étalage de scènes copiées, collées. Combien de fois avons-nous par exemple effectivement déjà vu ce classique concernant le personnage principal à mettre honteusement les pieds dans un sex-shop planqué sous un imperméable et sous une épaisse paire de lunettes ? Ce passage n'est que l'une des très nombreuses scènes piochant dans l'immense banque cinématographique. Brillantissime transpire la naïveté à plein nez, mais lorsque l'on paye sa place pour voir un film qui mériterait déjà à peine que l'on s'y abandonne devant son propre écran de télévision, on a plus vraiment envie de sourire de tendresse pour cette première et pauvre tentative ratée. On s'apitoie. Ô, non pas pour l'humoriste-actrice-réalisatrice-scénariste. Non pas pour ses interprètes ou pour son équipe technique. Mais plutôt pour soi-même, et pour tous ceux qui tomberont dans le piège. Peut-être l'un des plus mauvais films qu'il m'ait été donné d'aller voir au cinéma. Pas aussi désastreux que le néant absolu que fut Paranormal Activity, mais quand même sacrément décevant...

jeudi 22 février 2018

Au Secours, J'ai 30 ans ! de Marie-Anne Chazel (2004) - ★★★★★★☆☆☆☆



Au Secours, J'ai 30 ans !... de... de... de... ? Marie-Anne Chazel ! Alors bien entendu, on imagine la membre de la cultissime troupe du Splendid demeurer à sa place d'actrice. On a du mal à l'imaginer derrière une caméra, dirigeant d'autres interprètes, basant sa mise en scène sur un script écrit de ses propres mains ainsi que celles de l'écrivain Benjamin Legrand, sur la base d'un ouvrage dont le titre est Le Club de la dernière chance et l'auteur l'écrivainE irlandaise Marian Keyes. Certes, le premier et seul long-métrage en tant que réalisatrice de la compagne de l'acteur Christian Clavier ressemble davantage à un téléfilm programmable sur le réseau de chaînes France Télévisions qu'à une œuvre produite pour les salles obscures. Mais de là à le mépriser au point d'en faire un point de comparaison avec certaines émissions télévisées (Aden) ou d'arguer qu'il n'est que naïveté, proche de l'amateurisme, caricatural, et alors ? Quel est donc le problème ? Sans doute que Marie-Anne Chazel a-t-elle voulu troquer son uniforme d'actrice pour celui de réalisatrice. Alors oui, pour ne reprendre que les propos du Monde ou des Inrockuptibles, Au Secours, J'ai 30 ans ! est naïf, et caricatural. Sans doute amateur, je l'accorde. Mais certaines de ces remarques ne sont-elles pas le lien commun de beaucoup d'autres comédies ? Prenons comme exemple ce pauvre Franck Dubosc qui jusqu'à maintenant (et à part en quelques rares occasions) ne nous a offert que des rôles à la hauteur des personnages qu'il incarne sur scène. Cela n'a pourtant pas gêné certains d'encenser une œuvre telle que l’infâme Camping lors de sa sortie alors que dans le genre comédie ringarde et dépassée, on a rarement fait mieux.

Oui, Au Secours, J'ai 30 ans ! est léger. Oui les situations décrites l'ont déjà été mille fois auparavant. Bien entendu, Marie-Anne Chazel ne convoque pas les spectateurs à une conférence intellectuelles sur les affres de l'existence et sur le positionnement à adopter face aux obstacles que chacun pourrait rencontrer. Mais merde, quoi. Qu'ils se décoincent un peu, ces journaleux qui ont la prétention de détenir la vérité en torchant des articles qui serviront davantage de papier hygiénique que de Bible à celles et ceux qui comme moi ont apprécié ce tout petit film qu'est Au Secours, J'ai 30 ans !

Pierre Palmade n'étant pas connu pour avoir fait une immense carrière au cinéma (une grosse dizaine de longs-métrages, ce qui n'est tout de même pas mal), il était donc intéressant de le découvrir dans le rôle de Yann, ami depuis l'enfance de Khaty (l'actrice italienne Giovanna Mezzogiorno) et Tara (Nathalie Corré). Un trio qui s'est promis de toujours s'entraider. Et l'occasion va se présenter lorsque le jeune homme annonce à ses deux amies qu'il est atteint d'un cancer. Mais alors qu'aux côtés de son compagnon Alfredo, Yann va se battre contre la maladie, le jeune homme va tout faire pour pousser Khaty et Tara à améliorer leur existence. Car en effet, la première s'acharne à vivre seule et refuse catégoriquement tout rapport avec les hommes. Quant à Tara, elle vit en compagnie de Thomas avec lequel, malgré ses affirmations, la jeune femme n'est pas vraiment épanouie...

Si l'on doit faire un reproche au long-métrage de Marie-Anne Chazel, c'est d'avoir quelque peu zappé le personnage incarné par Pierre Palmade qui du coup, devient secondaire alors que le portrait de cet homme s'accrochant à la vie tout en faisant face à toutes les étapes comportementales liées à la maladie (le combat, la résignation, l'acceptation) était des plus intéressant. Non, Marie-Anne Chazel s'intéresse davantage au personnage de Khaty et dans une moindre mesure, à celui de Tara. Ce qui ne réduit pas l'intérêt puisqu'entre le charme de l'une et le désordre affectif de l'autre, le spectateur n'a pas le temps de s'ennuyer. La cinéaste convoque pour l'occasion Marthe Villalonga pour un rôle qui tient plus de l'hommage puisque son personnage, en demeure fort peu développé, n'est pas vraiment intéressant. Le beau Arnaud Giovaninetti participe également à l'aventure dans la peau de Romain, séducteur et collègue de Khaty. Plusieurs petits clins d'oeil viennent émailler le récit, comme l'apparition de Thierry Lhermitte dans son propre rôle ou Alain Doutey en prêtre.

Quant à Franck Dubosc, Marie-Anna Chazel l'emploie dans le registre qui l'a fait connaître : celui du beauf intégral. Situation qu'il partage d'ailleurs avec le toujours excellent François Morel qui dans le rôle de Thomas n'a rien à envier à son acolyte. D'un côté, l'acteur raté. De l'autre, le professeur des collèges. Comme quoi, la ringardise n'est pas l’apanage d'un seul et unique milieu social et peut toucher toutes les couches. Au Secours, J'ai 30 ans ! n'est pas un grand film, loin de là. Pas le genre de long-métrage à remporter le moindre prix ni à bouleverser la ménagère de plus de quarante ans. Tout ce même, le spectateur relèvera sans doute l'interprétation toute en justesse d'un Pierre Palmade-Yann épuisé par la maladie mais conservant sa bonne humeur (du moins, jusqu'à un certain point), la beauté magnétisante (toute italienne) et l'incarnation touchante de Giovanna Mezzogiorno, ainsi que l'incarnation « marilou-berrienne » de l'excellente Nathalie Corré...
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