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vendredi 20 mars 2026

La bonne étoile de Pascal Elbé (2025) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

La seconde guerre mondiale ayant fait l'objet de nombreuses adaptations cinématographiques, il n'est pas étonnant que certains réalisateurs et scénaristes aient pris le parti de l'évoquer sous l'angle de la comédie. Allant chez nous de l'extrême ''franchouillardise'' avec Le Führer en folie de Philippe Clair en 1974 en passant par la comédie populaire avec Papy fait de la résistance de Jean-Marie Poiré et la trilogie de La 7ème compagnie de Robert Lamoureux et même jusqu'à ce que l'on aurait pu considérer à l'époque de sa sortie comme un ''Blockbuster'', La grande vadrouille, malgré un budget minime dépassant à peine les deux millions deux-cent mille euros pour une œuvre qui attira au moment de sa sortie et uniquement sur le territoire hexagonal, plus de dix-sept millions de spectateurs... Écrit et réalisé par Pascal Elbé, La bonne étoile est son quatrième long-métrage en tant que réalisateur, il est surtout connu pour sa carrière d'acteur, ce qui ne l'a donc pas empêché de débuter son métier de cinéaste dès 2010 avec Tête de turc. Suivront en 2015 Je compte sur vous et en 2020 On est fait pour s'entendre. Originaire d'une famille juive d'Algérie, le sujet central de La bonne étoile éclaire sous un jour qui n'est malheureusement pas tout neuf le cas du juif en France. comme en témoignent certains événements récents ou comme Pascal Elbé, lequel constate que depuis la fin de la guerre rien n'a vraiment changé. Les préjugés perdurent et il n'est pas certain que La bonne étoile permette ou pousse les esprits réfractaires à changer d'opinion s'agissant de la communauté juive. Et pourtant... Relativement mal perçu par une partie des critiques qui n'ont peut-être pas réellement saisi de ce que voulait témoigner à son public Pascal Elbé, La bonne étoile est un petit bijou qui gagne en force et en intérêt au fil de l'intrigue. Après des débuts hésitants dont quelques passages pourtant forts drôles réunis dans une bande-annonce qui laissait présager une pure comédie débarrassée de toute forme de dramaturgie, le dernier film écrit et réalisé par Pascal Elbé est en fait beaucoup plus profond qu'il n'y paraît. Et ce, même s'il convie dans le rôle de Jean Chevalin, un Benoît Poelvoorde qui comme souvent oscille entre drôlerie et infortune. Tout commence pourtant par une idée absurde : soldat de l'armée française, Jean Chevalin déserte au bout d'une journée seulement. Et alors que d'autres qui comme lui ont lâchement abandonné leur poste en s'enfuyant avant d'être retrouvés puis condamnés au peloton d'exécution, l'homme entend faire passer son épouse Paulette (Audrey Lamy), leur fils Marcel (Louis Lagorce Douce-Doussière) et lui pour une famille juive.


Afin, ensuite, de se mettre à l'abri chez Madeleine (Zabou Breitman), une Comtesse qui a pour habitude d'abriter des familles pourchassées par l'armée allemande... Pleutre, Jean va pourtant bien malgré lui se retrouver embrigadé dans la résistance et devenir cet homme courageux qui jusqu'à maintenant lui faisait défaut... En chemin, il rencontrera Sam Goldstein (Pascal Elbé lui-même) qui par sa faute a été séparé de son fils Salomon (Camille Sagols)... Quand la France se met à la comédie dramatique plutôt qu'à la comédie ''tout court'', il n'est pas rare d'être agréablement surpris. Car sous ses atours de parodie dont l'essentiel tourne autour de la poltronnerie du personnages incarné par Benoît Poelvoorde, c'est l'attitude même des français lors de l'invasion de notre pays par l'Allemagne nazie qui intéresse ici Pascal Elbé. Traduisant la Collaboration à travers quelques individus manifestement plus enclins à traverser la guerre en se positionnant autrement que du côté de l'envahisseur que de celui de leurs propres concitoyens, La bonne étoile décrit les agissements de ceux qui assurèrent leurs arrières en s'associant à la police politique du Troisième Reich connue sous le nom de Gestapo ou les bassesses notamment fomentées ici par une horrible bonne femme dénonçant une famille juive qu'elle côtoie pourtant depuis des années. Mais surtout, La bonne étoile pousse un homme à côtoyer ceux-là mêmes qu'il était prédisposé à voir comme le veulent les clichés, jusqu'à prendre son courage à deux mains afin de reconquérir le cœur de son épouse. Parfois drôle même si l'on ne rigole pas à gorge déployée, mais aussi très émouvant (l'on remerciera d'ailleurs le duo de musiciens Romain Allender et Valentin Couineau pour certaines de leurs compositions), La bonne étoile se range finalement du côté du meilleur de la ''comédie de guerre à la française''. Bien loin de ce que laissait présager la bande-annonce... et c'est tant mieux !

 

vendredi 21 juin 2024

Cortex de Nicolas Boukhrief (2008) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Commençons donc par un peu de science : Le cortex cérébral, celui auquel se réfère objectivement le quatrième long-métrage mis en scène par le réalisateur et scénariste français Nicolas Boukhrief, est la couche externe du cerveau et implique un nombre important de fonctions cognitives. Les protéines Tau sembleraient entrer en contact directe avec la maladie d'Alzheimer. Pathologie dont est atteint le héros de Cortex, du nom donné à l'ancien policier désormais à la retraite, Charles Boyer, par ses anciens collègues. Une ambiguïté qui survient en toute fin de long-métrage si l'on prend en compte qu'une telle désignation puisse avoir un rapport avec ses qualités d'enquêteur tandis que les spectateurs font sa connaissance alors même qu'il est gravement malade. Touchant un individu dont les compétences sont non seulement justifiées à travers ce surnom mais également par l'entremise d'investigations ayant directement lieu dans l'enceinte d'une clinique où désormais il est admis, on peut admettre les efforts surhumains qu'il va devoir s'employer de mettre en place s'il veut pouvoir résoudre cette série de morts qui semble directement toucher certains résidents de la clinique. Considérant l'importance des personnages secondaires entourant l'admirable André Dussollier, Nicolas Boukhrief intègre au drame qui touche le principal protagoniste une trame nébuleuse que l'on pourrait raccorder à certains classiques du thriller américain. Dans Memento de Christopher Nolan, un homme atteint d'amnésie antérograde portait sur lui des tatouages tous relatifs à l'enquête qu'il menait afin de ne rien perdre des éléments qu'il avait jusqu'ici regroupé. Plus loin, un journaliste se faisait passer pour fou et intégrait un hôpital psychiatrique afin d'enquêter de son côté sur un meurtre dans l'excellent Shock Corridor de Samuel Fuller. Troubles de la mémoire d'un côté, immersion dans l'univers psychiatrique de l'autre.


Le réalisateur et scénariste consomme et digère ces deux approches de la science liée aux maladies ''mentales'' afin de décrire tout d'abord le combat éternel d'un homme contre la maladie qui s'attaque en partie à sa mémoire en cherchant à conserver les éléments de preuves et les indices dans un cahier. L'un des ressorts de l'intrigue se situe sur la réalité ou non de ce que perçoit Charles Boyer. Rapportant les faits auprès d'un fils incrédule (Julien Boisselier), persuadé que son père est victime d'hallucinations liées à la maladie d'Azheimer et questionnant des membres hospitaliers sur la cause des décès que l'on finit par trouver beaucoup trop bienveillants pour être tout à fait honnête. Nicolas Boukhrief nous emporte ainsi dans un dédale psychologiquement tendu, représentation physique de l'esprit délité d'un personnage seul face aux autres. Cortex cultive ainsi les soupçons sans jamais vraiment remettre en question les convictions de l'ancien flic. le directeur de la photographie Dominique Colin et le responsable du sound design Nicolas Becker exploitent un personnel et un cadre théoriquement sains qui pourtant prennent un visage souvent inquiétant. Surtout lorsque les lumières s'éteignent et que les intérieurs de la clinique se nimbent de teintes aussi sobres qu'étouffantes et anxiogènes. Porté par un André Dussollier personnalisant très efficacement cet ancien flic atteint d'une maladie dégénérative et par l'ensemble du casting au sein duquel nous reconnaîtront notamment Marthe Keller, Aurore Clément, Philippe Laudenbach ou encore Gilles Gaston-Dreyfus dans le rôle des principaux patients ainsi que Pascal Elbé, Claude Perron, Claire Nebout ou Chantal Neuwirth dans celui du médecins et des infirmières de la clinique, le long-métrage de Nicolas Boukhrief est plutôt une bonne surprise malgré une résolution quant à la réalité ou non des faits, un peu légère...

 

mardi 28 avril 2020

Rendez-vous chez les Malawas de James Huth (2019) - ★★★★★★☆☆☆☆



Contre la sinistrose, rien de mieux qu'une comédie. Bonne ou mauvaise, qu'importe. L'essentiel est de se vider la tête, rire un bon coup et pourquoi pas, en conserver un bon souvenir. On évitera donc d'avoir la dent trop dure contre le dernier long-métrage de James Huth, auteur auparavant de Brice de Nice, de Lucky Luke ou d'Un Bonheur n'arrive jamais Seul. Rien de transcendant, donc à part pour celles et ceux qui édifièrent une stèle autour du personnage incarné par Jean Dujardin, le fameux Brice en question. Si Rendez-vous chez les Malawas se digère relativement bien, cette petite comédie dans l'air du temps, avec ses gags grabataires et son contexte voilant à peine ses références télévisuelles, déroule son récit sans qu'aucune aspérité ne vienne gripper le train-train d'un cinéma français humoristique qui se mord la queue à force de toujours copier/coller le même concept. Il sera facile pour certains d'évoquer l'image d'une Afrique primitive comme élément de caricature. Mais ne l'oublions pas, si l’œuvre de James Huth évoque forcément la remarquable émission présentée par Frédéric Lopez (puis plus tard par Raphaël de Casabianca) Rendez-vous en terre inconnue, il n'y a aucune raison valable de n'y voir que le côté sombre des éternels clichés dont se font les pourfendeurs les marchands de la bien-pensance. Car qui oserait critiquer la dite émission ? Certainement pas ceux qui pourraient par contre éventuellement s'acharner sur l’œuvre de James Huth...

A dire vrai, ceux que le réalisateur/scénariste moque réellement dans ce long-métrage qui confronte quatre ''célébrités'' à un peuple d'Afrique, ce ne sont pas ces malawas que l'on aurait aimé voir réellement exister mais bien ce journaliste en perte de vitesse, animateur d'un ''télé-achat'' et leader autoproclamé. Cette actrice de sitcom dont aucun film n'a vu le jour sur grand écran. Cet humoriste qui parvient péniblement à remplir les salle de spectacle. Ou bien ce footballeur professionnel pas vraiment finaud. On le comprends assez rapidement : le réalisateur n'a pas choisi de faire dans la finesse et semble n'avoir pas la moindre tendresse pour ses ''héros''. Ici, le message tiendra dans quelques toutes petites phrases laissées derrière eux par celle et ceux qui par la force des choses sont devenus les vedettes préférées des français. James Huth a beau tourner son film sur des terres africaines absolument magnifiques, il n'en exploite malheureusement le potentiel que très superficiellement. Ou comment gâcher une opportunité en ne concentrant son intrigue qu'autour de son quatuor de pantins.

Sylvie Testud, Michaël Youn, Ramzy Bédia et Christian Clavier font ce qu'on leur demande et ils le font bien. Pascal Elbé incarne quant à lui l'alter ego de Frédéric Lopez en la personne de Léo Poli tandis que François Levantal interprète le cameraman Géronimo. La plus grosse déception de Rendez-vous chez les Malawas se situe dans son manque flagrant de profondeur. Ça n'est pas parce que le réalisateur a voulu une fois encore emprunter le terrain de la comédie que cela doit forcément l'empêcher à chaque fois d'y imposer une certaine dimension. D'autant plus qu'avec la référence télévisuelle que se traîne derrière lui son dernier long-métrage, le script co-écrit par James Huth, Michaël Youn et Sonja Shillito possédait des bases solides qui ne manquaient plus qu'un tout petit effort d'imagination de la part de ses auteurs. En l'état, Rendez-vous chez les Malawas est une comédie sympathique, drôle à certaines occasions si rares soient-elles, mais manquant, je le répète d'une certaine profondeur. Si son peuple imaginaire ne laisse pas indifférent, James Huth semble très rapidement s'en désintéresser pour ne concentrer son récit que sur son carré de vedettes. Un choix malheureux pour une comédie qui une fois encore, ne parvient pas à s'extraire du lot...

lundi 2 septembre 2019

Just a Gigolo d'Olivier Baroux (2019) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Just a Gigolo ou l'histoire d'un... gigolo prénommé Alex qui après 28 années de fidélité apportées à une richissime vieille dame est remplacé du jour au lendemain par un plus jeune que lui et se retrouve à dormir dans une maison de poupée rose-bonbon sur le terrain jouxtant l'immense demeure d'une bourgeoise qui entretient son ami Daniel. Pratiquement à la rue, Alex décide de renouer avec sa sœur Sarah qu'il n'a pas revu depuis des années et qui depuis est divorcée et a un fils qui se prénomme Hugo. Un jour, Alex propose à Sarah d'accompagner Hugo jusqu'à l'école et y tente de faire la connaissance avec la grand-mère de la jeune Eva dont est amoureux Hugo. Samantha Hirsch est une femme riche qu'il est difficile d'approcher. C'est donc en se servant de son neveu qu'Alex va tenter de nouer le contact avec elle...

Dixième long-métrage d'Olivier Baroux réalisateur, Just a Gigolo est une fois encore une comédie, et une fois encore interprétée par son fidèle ami Kad Merad qu'il rencontre en 1991 sur la radio parisienne OUI FM avant d'intégrer entre autre la chaîne Comédie où ils animeront ensemble La Grosse Émission créée par l'ancien Nul, Dominique Farrugia. La carrière de cinéaste d'Olivier Baroux oscillant entre excellence (L'Italien en 2010) et désastre artistique (Mais qui a re-tué Pamela Rose ? En 2012), Just a Gigolo maintient une certaine moyenne même si en comparaison des poids lourds en matière de comédie, son dernier film est carrément à la ramasse. Ici, tout est sur un ton léger et une écriture sans éclats particuliers. Quelques séquences qui auraient pu tendre au statut de scènes cultes si elles n'étaient pas noyées dans une mare où les stéréotypes font bon ménage avec la niaiserie.

L'un des atouts de cette petite comédie familiale Olivier Baroux et Kad Merad mais d'abord inspirée par le film américain réalisé par le cinéaste Ken Marino en 2017, How to be a Latin Lover, demeure sans doute dans la découverte du jeune Léopold Moati qui incarne un Hugo surdoué très attachant. Quant à l'actrice Anne Charrier qui incarne la sœur du héros, on la vit auprès du Kad Merad réalisateur dans la comédie Marseille sortie trois ans auparavant. Just a Gigolo est également l'occasion de retrouver l'actrice Anny Duperey dans le rôle de Samantha Hirsch, l'acteur Pascal Elbé dans celui de Daniel, ou encore Thierry Lhermitte qui fait ici une courte apparition dans la peau d'un vieux Gigolo, ainsi que Guy Lecluse et Lionel Abelanski dans celles des frères Serge et Gilles. Si tout y est déjà couru d'avance en matière d'humour et donc de réaction de la part des spectateurs, Just a Gigolo est pourtant une comédie qui se laisse regarder sans réel déplaisir. On retiendra malheureusement une fois de plus le jeu plus qu'approximatif de Kad Merad qui, dès lors que lui est demandé d'exprimer certaines émotions, est peu crédible. Une comédie dans la moyenne de celles dont la qualité a malheureusement tendance à se généraliser (celles d'exception se faisant rares). Vite vue, vite oubliée...

lundi 2 avril 2018

L'Emmerdeur (seconde partie) - les Remakes (1981-2008)



LES remakes ? Pourquoi ? Le film d'Edouard Molinaro aurait-il généré tant de passion que plusieurs cinéastes auraient ressenti le besoin d'en offrir une version personnelle ? Oui... et non. Car en réalité, les deux spécimens dont il est question ici ne remettront jamais en cause le statut de comédie culte du cinéaste français. Pas même la version proposée en 2008 par l'auteur de la pièce et du scénario originaux, Francis Veber. Quelle mouche a donc piqué le scénariste et réalisateur de quelques fleurons du genre telle que la trilogie incarnée par le duo Pierre Richard-Génard Depardieu (et que je ne vous ferai pas l'affront de citer les titres) ? Certainement pas un manque d'imagination lorsque l'on réalise que Veber a signé durant plusieurs décennies, parmi les scripts les plus originaux en matière de comédie française. Non, en fait, le 'coup de chaud' du cinéaste survient après l'immense succès de la pièce reprise en 2005, et dans laquelle on retrouvait justement Patrick Timsit et Richard Berry dans la peau respective de François Pignon et de Ralf Milan. Sauf que trois ans plus tard, lorsque le remake sort sur les écrans, le succès n'est pas au rendez-vous. Un flop pour une œuvre que son auteur regrette finalement d'avoir réalisé. Et cela se comprend.

Surtout lorsque l'on suit les nouvelles pérégrinations de ce duo de personnages hors du commun qui faisait tant d'étincelles en 1973 mais qui trente-cinq ans plus tard semble s'être éteint. Le triste sort accordé aux personnages et à ses interprètes demeure toujours incompréhensible de la part de Francis Veber. Comment l'auteur a-t-il pu laisser tel désastre se produire, tel film sortir sur les écrans ? En regardant les rushs, le bonhomme a bien dû saisir que quelque chose clochait ? Nous ne reviendrons pas sur l'évident talent des deux principaux interprètes (ici notamment accompagnés par Pascal Elbé dans le rôle du psychiatre et de Virginie Ledoyen dans celui de Louise, l'épouse de François Pignon), mais dans le cas présent, le résultat est désastreux. Car forcément, le public ne pourra s'empêcher de faire la comparaison entre l’œuvre de Molinaro et celle de Veber. Entre Jacques Brel et Patrick Timsit, il demeure un gouffre immense dans l'appropriation du personnage de François Pignon. A aucun moment le second n'apparaît crédible dans la peau d'un homme prêt à se pendre ou à se jeter par la fenêtre par amour pour celle qui a choisi de le quitter pour son amant. Brel campait si bien cet individu collant comme la poisse, incarnant à la perfection cet état dépressif dans lequel plongent certains individus et auquel leurs proches tentent d'échapper, que Timsit fait pâle figure à ses côtés. Trop de scènes le voient sautiller, cabotiner, sourire même, face à quelques rares (et ratés) instants durant lesquels il joue très mal son rôle de bonhomme au bout du rouleau.

Quant à Richard Berry, malgré tout le talent qu'on lui connaît, face au rouleau-compresseur qu'était Lino Ventura de part son physique imposant et son regard impénétrable, l'acteur paraît ridiculement chétif. L'Emmerdeur version 2008 fera peut-être sourire en de très rares occasions (je pense notamment à Milan sous amphétamines), mais au regard du poids que représentent l’œuvre originale et ses charismatiques interprètes, le remake n'avait pratiquement aucune chance de connaître le même engouement trente-cinq ans plus tard.

Francis Veber n'est pas le seul à avoir tenté sa chance. Bien avant lui, loin de chez nous, aux États-Unis, le cinéaste américain originaire de Pologne Billy Wilder s'est essayé lui aussi au remake avec ce qui devait demeurer comme son dernier long-métrage en tant que cinéaste. Connement traduit chez nous sous le titre Victor la Gaffe, le film Buddy Buddy (signifiant en réalité Copain Copain) demeure sans doute à ce jour comme l'un des rares remakes américains de comédies françaises à rester agréable à regarder. Mais certainement pas plaisant au point de détrôner l’œuvre d’Édouard Molinaro qui demeure, une fois de plus, la seule véritable référence sur laquelle l'amateur doit s'attarder. Loin de la gestuelle qui habituellement creuse le fossé entre l'humour français davantage basé sur des dialogues brillamment écrits (je pense ici aux meilleures comédies et certainement pas aux séries Z franchouillardes) et le comique américain souvent accès sur le comportement 'physique' de ses personnages, Buddy Buddy respecte presque trop scrupuleusement le scénario original pour nous, français, déjà coutumier d'une histoire déjà évoquée dans l’œuvre originale huit ans auparavant.
Plus proche de Lino Ventura que Richard Berry, Walter Matthau campe un Milan convenable, qui dans cette version américaine semble être très étrangement misogyne. Un trait de caractère qui s'explique sans doute par le passif du personnage mais qui alors, dans le récit qui nous est conté ici, n'est d'aucune utilité. Passons. Face à lui, l'acteur Jack Lemmon avec lequel il tournera pas moins de dix longs-métrages. C'est sans chauvinisme aucun que d'affirmer une fois de plus que l'acteur ne parvient pas lui non plus à se hisser à la hauteur de l'immense Jacques Brel. Non pas que son talent soit remis en cause, mais certaines des spécificités relatives au personnage de dépressif qu'incarnait le BELGE (d'où l'absence de chauvinisme... humpf!) étant passablement effacées, les contradictions opposant ceux qui désormais à l'écran se nomme non plus Milan et Pignon mais Trabucco et Victor Clooney sont moins flagrantes.

En fait, l'un des principaux soucis qui allaient demeurer dans le remake de 2008, c'est que les situations proposées dans cette version américaine ne prêtent quasiment jamais à rire. Du moins, si l'on connaît déjà la version de Molinaro. Il ne sera certes pas stupide que d'apprécier cette version outre atlantique tout de même interprétée par de solides acteurs...

vendredi 23 février 2018

Brillantissime de Michèle Laroque (2017) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆



Une étoile pour Kad Merad, une autre pour Gérard Darmon, et surtout, une dernière pour Françoise Fabian. Pas une de plus, et sur dix, ça ne pèse pas lourd. Brillantissime est le premier, et espérons-le, dernier long-métrage de et avec Michèle Laroque. Et un naufrage artistique à l'ampleur abyssale. Rien que le titre est un mensonge éhonté qui trompe sur la marchandise. L'actrice-réalisatrice aura beau avoir convoqué une belle brochette d'acteurs, la sauce ne prend pas. Si sa volonté fut de proposer un catalogue exhaustif de poncifs, de répliques éculées et de clichés, Michèle Laroque a alors parfaitement rempli sa mission. On ne peut concevoir Brillantissime comme l’œuvre d'une cinéaste accomplie. Comment s'expliquer que le long-métrage soit aussi triste ? Que la bande-musicale d'Alex Beaupain soit aussi désolante que la directions d'acteurs ?A ce titre, seul Bénabar semble avoir profité d'un scénario mort dans l’œuf pour composer la belle et mélancolique chanson Cimetière du Midi. Concernant les interprètes, pour revenir aux premiers évoqués, Kad Merad n'est pas le plus mauvais même si on l'a connu en plus grande forme. Gérard Darmon demeure peut-être l'un des rares à tirer son épingle du jeu même si son interprétation est parfois fade. Quant à Françoise Fabian, c'est bien elle qui incarne l'un des rares personnages à demeurer véritablement intéressant. Allez, ajoutons au tableau des quelques toutes petites bonnes idées, la participation de l'espagnole Rossy de Palma en meilleure et originale amie de l'héroïne Angela, interprétée, elle, par Michèle Laroque.

Quant aux autres... Pascal Elbé, Pierre Palmade, Marthe Villalonga ou Jean Benguigui, tous sont sous-exploités. Concernant Michael Youn, cela peut encore se comprendre. Un compagnon d'un soir, d'une nuit... Plutôt que de s'attarder sur quelques idées, Michèle Laroque semble avoir esquissé sur le papier une foule de propositions, sans faire le choix entre certaines d'entre elles, nous les imposant et constituant ainsi un catalogue complet de scènes convenues.
C'en est presque dérangeant. Surtout lorsque l'on apprécie l'artiste qui à plusieurs reprises à partagé la scène avec son complice, l'excellent Pierre Palmade. Puisque l'on ne rit que très rarement, on finit par espérer ce moment de tendresse ou d'émotion qui survient désormais dans la majeure partie des comédies. C'est ainsi qu'abandonnée par son petit ami, la fille d'Angela (Oriane Deschamps, la fille de Michèle Laroque dans la vie), chanteuse dans un petit groupe de rock, se retrouve seule sur scène. Rejointe par sa maman, mère et enfant interprètent ensemble la chanson La Vie au Ras du Sol. C'est mignon, sans plus. Pas de quoi verser sa petite larme ni de supporter les effluves des autres spectateurs, je l'espère, aussi médusés que j'ai pu l'être.

Je disais donc plus haut qu'il m'était arrivé de ressentir une réelle gêne devant certaines scènes. Michèle Laroque, Benjamin Morgaine et Lionel Dutemple semblent avoir eu si peu d'imagination (trois scénaristes et une majorité de scènes empruntées ailleurs, faut le faire !!!) que l'on assiste parfois à un étalage de scènes copiées, collées. Combien de fois avons-nous par exemple effectivement déjà vu ce classique concernant le personnage principal à mettre honteusement les pieds dans un sex-shop planqué sous un imperméable et sous une épaisse paire de lunettes ? Ce passage n'est que l'une des très nombreuses scènes piochant dans l'immense banque cinématographique. Brillantissime transpire la naïveté à plein nez, mais lorsque l'on paye sa place pour voir un film qui mériterait déjà à peine que l'on s'y abandonne devant son propre écran de télévision, on a plus vraiment envie de sourire de tendresse pour cette première et pauvre tentative ratée. On s'apitoie. Ô, non pas pour l'humoriste-actrice-réalisatrice-scénariste. Non pas pour ses interprètes ou pour son équipe technique. Mais plutôt pour soi-même, et pour tous ceux qui tomberont dans le piège. Peut-être l'un des plus mauvais films qu'il m'ait été donné d'aller voir au cinéma. Pas aussi désastreux que le néant absolu que fut Paranormal Activity, mais quand même sacrément décevant...
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