La seconde guerre
mondiale ayant fait l'objet de nombreuses adaptations
cinématographiques, il n'est pas étonnant que certains réalisateurs
et scénaristes aient pris le parti de l'évoquer sous l'angle de la
comédie. Allant chez nous de l'extrême ''franchouillardise'' avec
Le Führer en folie
de Philippe Clair en 1974 en passant par la comédie populaire avec
Papy fait de la résistance de
Jean-Marie Poiré et la trilogie de La 7ème
compagnie
de Robert Lamoureux et
même jusqu'à ce que l'on aurait pu considérer à l'époque de sa
sortie comme un ''Blockbuster'', La grande
vadrouille,
malgré un budget minime dépassant à peine les deux millions
deux-cent mille euros pour une œuvre qui attira au moment de sa
sortie et uniquement sur le territoire hexagonal, plus de dix-sept
millions de spectateurs... Écrit et réalisé par Pascal Elbé, La
bonne étoile
est son quatrième long-métrage en tant que réalisateur, il est
surtout connu pour sa carrière d'acteur, ce qui ne l'a donc pas
empêché de débuter son métier de cinéaste dès 2010 avec Tête
de turc.
Suivront en 2015 Je compte sur vous
et en 2020 On est fait pour s'entendre.
Originaire d'une famille juive d'Algérie, le sujet central de La
bonne étoile
éclaire sous un jour qui n'est malheureusement pas tout neuf le cas
du juif en France. comme en témoignent certains événements récents
ou comme Pascal Elbé, lequel constate que depuis la fin de la guerre
rien n'a vraiment changé. Les préjugés perdurent et il n'est pas
certain que La bonne étoile
permette ou pousse les esprits réfractaires à changer d'opinion
s'agissant de la communauté juive. Et pourtant... Relativement mal
perçu par une partie des critiques qui n'ont peut-être pas
réellement saisi de ce que voulait témoigner à son public Pascal
Elbé, La bonne étoile
est un petit bijou qui gagne en force et en intérêt au fil de
l'intrigue. Après des débuts hésitants dont quelques passages
pourtant forts drôles réunis dans une bande-annonce qui laissait
présager une pure comédie débarrassée de toute forme de
dramaturgie, le dernier film écrit et réalisé par Pascal Elbé est
en fait beaucoup plus profond qu'il n'y paraît. Et ce, même s'il
convie dans le rôle de Jean Chevalin, un Benoît Poelvoorde qui
comme souvent oscille entre drôlerie et infortune. Tout commence
pourtant par une idée absurde : soldat de l'armée française,
Jean Chevalin déserte au bout d'une journée seulement. Et alors que
d'autres qui comme lui ont lâchement abandonné leur poste en
s'enfuyant avant d'être retrouvés puis condamnés au peloton
d'exécution, l'homme entend faire passer son épouse Paulette
(Audrey Lamy), leur fils Marcel (Louis Lagorce Douce-Doussière) et
lui pour une famille juive.
Afin,
ensuite, de se mettre à l'abri chez Madeleine (Zabou Breitman), une
Comtesse qui a pour habitude d'abriter des familles pourchassées par
l'armée allemande... Pleutre, Jean va pourtant bien malgré lui se
retrouver embrigadé dans la résistance et devenir cet homme
courageux qui jusqu'à maintenant lui faisait défaut... En chemin,
il rencontrera Sam Goldstein (Pascal Elbé lui-même) qui par sa
faute a été séparé de son fils Salomon (Camille Sagols)... Quand
la France se met à la comédie dramatique plutôt qu'à la comédie
''tout court'', il n'est pas rare d'être agréablement surpris. Car
sous ses atours de parodie dont l'essentiel tourne autour de la
poltronnerie du personnages incarné par Benoît Poelvoorde, c'est
l'attitude même des français lors de l'invasion de notre pays par
l'Allemagne nazie qui intéresse ici Pascal Elbé. Traduisant la
Collaboration à travers quelques individus manifestement plus
enclins à traverser la guerre en se positionnant autrement que du
côté de l'envahisseur que de celui de leurs propres concitoyens, La
bonne étoile
décrit les agissements de ceux qui assurèrent leurs arrières en
s'associant à la police politique du Troisième Reich connue sous le
nom de Gestapo ou les bassesses notamment fomentées ici par une
horrible bonne femme dénonçant une famille juive qu'elle côtoie
pourtant depuis des années. Mais surtout, La
bonne étoile
pousse un homme à côtoyer ceux-là mêmes qu'il était prédisposé
à voir comme le veulent les clichés, jusqu'à prendre son courage à
deux mains afin de reconquérir le cœur de son épouse. Parfois
drôle même si l'on ne rigole pas à gorge déployée, mais aussi
très émouvant (l'on remerciera d'ailleurs le duo de musiciens
Romain Allender et Valentin Couineau pour certaines de leurs
compositions), La bonne étoile
se range finalement du côté du meilleur de la ''comédie de guerre
à la française''. Bien loin de ce que laissait présager la
bande-annonce... et c'est tant mieux !
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