Cinéaste japonais très
prolifique, le réalisateur, scénariste, acteur, directeur de la
photographie et monteur Kiyoshi Kurosawa signait en 1997 le très
étrange Kyua
qui dans notre langue signifie guérir mais qui pour les besoins de
sa distribution à l'internationale a été traduit sous le titre de
Cure.
Alors que certains s'escriment à faire le Bien, d'autres penchent du
côté du Mal. C'est ainsi que l'on peut voir le personnage de Kunio
Mamiya, incarné à l'écran par l'acteur Masato Hagiwara, acteur
présent à plus de cent-cinquante reprises au cinéma et à la
télévision japonaise et qui dans le cas de ce très énigmatique
personnage qu'il interprète ici dispose d'une attitude ambivalente,
trouble et indécise. Face à lui, l'inspecteur Kenichi Takabe
qu'interprète de son côté Kōji Yakusho. Rompu à son métier de
flic, il va à travers cette difficile enquête menée autour d'une
série de meurtres rencontrer l'un de ses plus dangereux adversaires.
La logique croisant la route du ''paranormal'' dans une œuvre très
inconfortable, suivant deux ans plus tard le même chemin qu'un
certain thriller psychologique américain brillamment orchestré par
le réalisateur David Fincher, Se7en !
Au Pays du Soleil Levant, Kiyoshi Kurosawa ne traite cependant pas
des sept péchés capitaux comme le fit deux ans auparavant son
''rival'' outre-atlantique mais du Mesmérisme,
du nom de son fondateur, le médecin originaire du Grand-Duché de
Bade, Franz Anton Mesmer. Reposant sur la théorie du magnétisme
animal, le Mesmérisme
se veut être selon celui-ci la capacité de guérir tout individu
grâce à l'emploi d'un fluide magnétique influençant chaque être
sur cette planète. De cette conception très particulière de mener
à la guérison en brisant les obstacles qui empêchent la libre
circulation du dit fluide magnétique, Kiyoshi Kurosawa développe
l'idée d'une telle intervention à des fins beaucoup moins
bienveillantes que ne le laisse supposer le procédé. Une manière,
peut-être, pour le cinéaste, d'effectuer de manière très
personnelle une critique très amère d'une pratique qui une fois
mise entre de mauvaises mains peut donner lieu à de dangereuses
dérives. Mais plus qu'une étude scientifico-psychologique portant
principalement sur cette doctrine qui fit notamment des émules au
dix-huitième siècle puisque la reine Marie-Antoinette s'y
intéressa, Kiyoshi Kurosawa intègre le concept au cœur d'un
thriller moite, sombre, dans lequel une série de meurtres
particulièrement épouvantables sont commis non pas par un seul
homme, mais par plusieurs...
En
effet, chaque assassinat n'est relié que grâce à certains
stigmates portés par les victimes. Une ''signature'' qui unit les
meurtres les uns aux autres. Des égorgements en forme de X, toutes
les victimes décédant ainsi rapidement par hémorragie massive !
L'un des aspects les plus curieux de toute cette affaire est que les
tueurs étaient bien avant de devenir des assassins, des individus
n'ayant jamais eu affaire avec la justice. Loin d'être un film grand
public cherchant à systématiquement ''divertir'' son public, Kyua
pénètre l'âme en profondeur, à travers un rythme parfois
tellement lascif qu'il finit par engourdir l'esprit. Détournant
ainsi le spectateur de son objectif principal consistant à suivre
une banale histoire de meurtres en série suivie d'une enquête
policière. On ne sait alors plus trop sur quel tableau mise le
cinéaste japonais. Horreur ? Thriller ? Surnaturel ?
Sans doute un peu des trois, entremêlés, liés par la volonté
d'une approche psychologique jamais rébarbative même si parfois la
lenteur du récit peut s'avérer agaçante... Avec sa personnalité
si particulière, le personnage de Kunio Mamiya rejoint ainsi
certains grands noms du cinéma mondial. Tel justement le John Doe de
Se7en
ou le Akira Yamada de l'incroyable Limbo,
chef-d’œuvre signé du réalisateur hongkongais Soi Cheang en
2021. Visuellement, Kyua
n'a rien à se reprocher vis à vis de la concurrence, décrivant un
monde parfois déshumanisé mais aussi très réaliste et dans lequel
Kiyoshi Kurosawa filme froidement et avec distanciation certains
crimes (comme celui de l'agent devant l'entrée du commissariat).
Ici, pas de mystère quant à l'identité réelle du responsable de
ce que l'on pourrait évoquer comme étant une forme d'épidémie de
meurtres commis par procuration ! Tout au plus le réalisateur
conserve-t-il durant un temps le mystère quant à la méthode
employée pour pousser d'innocentes personnes à commettre
l'irréparable. Reste que Kyua
demeure une œuvre pénétrante qui ne comblera pourtant pas toutes
les attentes de certains amateurs de thrillers noirs ou d'autres
attirés par les divertissements pour grand public en raison de son
rythme parfois lymphatique et d'un climat qui ne convie jamais
vraiment à la réjouissance...
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