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jeudi 19 mars 2026

Kyua de Kiyoshi Kurosawa (1997) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Cinéaste japonais très prolifique, le réalisateur, scénariste, acteur, directeur de la photographie et monteur Kiyoshi Kurosawa signait en 1997 le très étrange Kyua qui dans notre langue signifie guérir mais qui pour les besoins de sa distribution à l'internationale a été traduit sous le titre de Cure. Alors que certains s'escriment à faire le Bien, d'autres penchent du côté du Mal. C'est ainsi que l'on peut voir le personnage de Kunio Mamiya, incarné à l'écran par l'acteur Masato Hagiwara, acteur présent à plus de cent-cinquante reprises au cinéma et à la télévision japonaise et qui dans le cas de ce très énigmatique personnage qu'il interprète ici dispose d'une attitude ambivalente, trouble et indécise. Face à lui, l'inspecteur Kenichi Takabe qu'interprète de son côté Kōji Yakusho. Rompu à son métier de flic, il va à travers cette difficile enquête menée autour d'une série de meurtres rencontrer l'un de ses plus dangereux adversaires. La logique croisant la route du ''paranormal'' dans une œuvre très inconfortable, suivant deux ans plus tard le même chemin qu'un certain thriller psychologique américain brillamment orchestré par le réalisateur David Fincher, Se7en ! Au Pays du Soleil Levant, Kiyoshi Kurosawa ne traite cependant pas des sept péchés capitaux comme le fit deux ans auparavant son ''rival'' outre-atlantique mais du Mesmérisme, du nom de son fondateur, le médecin originaire du Grand-Duché de Bade, Franz Anton Mesmer. Reposant sur la théorie du magnétisme animal, le Mesmérisme se veut être selon celui-ci la capacité de guérir tout individu grâce à l'emploi d'un fluide magnétique influençant chaque être sur cette planète. De cette conception très particulière de mener à la guérison en brisant les obstacles qui empêchent la libre circulation du dit fluide magnétique, Kiyoshi Kurosawa développe l'idée d'une telle intervention à des fins beaucoup moins bienveillantes que ne le laisse supposer le procédé. Une manière, peut-être, pour le cinéaste, d'effectuer de manière très personnelle une critique très amère d'une pratique qui une fois mise entre de mauvaises mains peut donner lieu à de dangereuses dérives. Mais plus qu'une étude scientifico-psychologique portant principalement sur cette doctrine qui fit notamment des émules au dix-huitième siècle puisque la reine Marie-Antoinette s'y intéressa, Kiyoshi Kurosawa intègre le concept au cœur d'un thriller moite, sombre, dans lequel une série de meurtres particulièrement épouvantables sont commis non pas par un seul homme, mais par plusieurs...


En effet, chaque assassinat n'est relié que grâce à certains stigmates portés par les victimes. Une ''signature'' qui unit les meurtres les uns aux autres. Des égorgements en forme de X, toutes les victimes décédant ainsi rapidement par hémorragie massive ! L'un des aspects les plus curieux de toute cette affaire est que les tueurs étaient bien avant de devenir des assassins, des individus n'ayant jamais eu affaire avec la justice. Loin d'être un film grand public cherchant à systématiquement ''divertir'' son public, Kyua pénètre l'âme en profondeur, à travers un rythme parfois tellement lascif qu'il finit par engourdir l'esprit. Détournant ainsi le spectateur de son objectif principal consistant à suivre une banale histoire de meurtres en série suivie d'une enquête policière. On ne sait alors plus trop sur quel tableau mise le cinéaste japonais. Horreur ? Thriller ? Surnaturel ? Sans doute un peu des trois, entremêlés, liés par la volonté d'une approche psychologique jamais rébarbative même si parfois la lenteur du récit peut s'avérer agaçante... Avec sa personnalité si particulière, le personnage de Kunio Mamiya rejoint ainsi certains grands noms du cinéma mondial. Tel justement le John Doe de Se7en ou le Akira Yamada de l'incroyable Limbo, chef-d’œuvre signé du réalisateur hongkongais Soi Cheang en 2021. Visuellement, Kyua n'a rien à se reprocher vis à vis de la concurrence, décrivant un monde parfois déshumanisé mais aussi très réaliste et dans lequel Kiyoshi Kurosawa filme froidement et avec distanciation certains crimes (comme celui de l'agent devant l'entrée du commissariat). Ici, pas de mystère quant à l'identité réelle du responsable de ce que l'on pourrait évoquer comme étant une forme d'épidémie de meurtres commis par procuration ! Tout au plus le réalisateur conserve-t-il durant un temps le mystère quant à la méthode employée pour pousser d'innocentes personnes à commettre l'irréparable. Reste que Kyua demeure une œuvre pénétrante qui ne comblera pourtant pas toutes les attentes de certains amateurs de thrillers noirs ou d'autres attirés par les divertissements pour grand public en raison de son rythme parfois lymphatique et d'un climat qui ne convie jamais vraiment à la réjouissance...

 

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