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samedi 4 avril 2026

Mammuth de Benoît Delépine et Gustave Kervern (2010) - ★★★★★★★★☆☆



Mammuth, c'est l'histoire de Serge Pilardosse, ancien employé modèle dans un abattoir, qui vient tout juste de prendre sa retraite (ses collègues de travail lui ayant généreusement offert un puzzle de deux-milles pièces pour son départ), et auquel il manque malheureusement un certain nombre de documents pouvant lui permettre de toucher sa retraite. Poussé par son épouse Catherine à chevaucher de nouveau sa Munch Mammuth, une superbe moto qu'il a rangé au garage depuis un grave accident qui a coûté la vie à son ancienne compagne, le voilà repartit sur les routes.

Durant sa quête de documents administratifs, Serge retrouve d'anciens employeurs et constate avec stupeur qu'une partie des entreprises qui l'ont employé n'existent plus ou ont oublié de le déclarer. Ancien fossoyeur, videur dans une boite de nuit, forain, ou encore vendangeur, Serge constate que le monde autour de lui a bien changé. En chemin, il retrouve celle qu'il a aimé jadis et qui depuis est morte, ainsi que sa nièce Solange, une fille un peu perdue, artiste, et qui attend le retour de son père parti depuis plusieurs semaines...

Mammuth est le quatrième long-métrage, et pas forcément le plus évident de la filmographie des réalisateurs et scénaristes Benoît Delépine et Gustave Kervern qui en compte sept à ce jour. Autour de l'immense Gérard Depardieu qui campe ici le rôle de Serge Pilardosse, on retrouve avec beaucoup de plaisir l'actrice Yolande Moreau que le duo de cinéastes employa déjà dans l'excellent Louise-Michèle sorti deux ans auparavant en 2008. Autour de leurs deux personnages gravitent ceux interprétés par l'actrice, plasticienne et poétesse Miss Ming (en nièce totalement borderline), Bouli Lanners (en patron-recruteur auquel une secrétaire-fantôme prodigue une fellation), Albert Delpy (Père de l'actrice Julie Delpy), qui en compagnie de Depardieu se masturbent mutuellement, Benoît Poelvoorde, sillonnant les plages armé d'un détecteur de métaux Siné, en ancien patron viticulteur, Le génial Philippe Nahon en directeur d'hospice apparemment aussi sénile que ses patients. On a même droit à l'étonnante présence d'Isabelle Adjani dans le rôle de l'amour perdu.

Dire que Mammuth est atypique serait encore très loin de la vérité. En fait, l’œuvre du duo est un OVNI. Ou plutôt, comme on à communément l'habitude de nommer ce genre de films, un OFNI. On retrouve une fois encore la poésie qui émaille l’œuvre de Benoît Delépine et Gustave Kervern. Une fois encore, il s'agit d'un road-movie au centre duquel les héros sont des petites gens, issus de milieux sociaux inférieurs. De la poésie, oui, mais quelques moments savoureusement trashs auxquels nous ont habitués les deux réalisateurs depuis l'émission télévisée Groland. Gérard Depardieu y est égal à lui-même : se fichant des apparences, il ne se refuse pas une petite promenade au guidon d'une pétrolette, vêtu comme un hippie, le cheveu long et surtout, gras et emmêlé.

Mammuth est une comédie douce, amère, et même tendre au milieu. Un homme à la recherche non seulement de documents administratifs, mais aussi et surtout de son passé. On y découvre les ravages du temps sur lequel le monde n'a aucune emprise. La totalité des curieuses et, il faut le dire, angoissantes créations entourant la demeure du personnage du père de Solange sont l’œuvre de l'actrice Miss Ming elle-même. Celle-là même qui interprète la nièce de Serge. L'image granuleuse baigne l'oeuvre d'une nostalgie renvoyant directement aux années soixante-dix, l'époque justement où le personnage central passait d'un métier à l'autre en l'espace de quelques mois seulement. Une esthétique particulière qui tranche singulièrement avec le noir et blanc de leurs deux premiers longs-métrages. La musique est signée Gaëtan Roussel. Le budget alloué à Mammuth fut de deux-millions d'euros et demi et en rapporta un peu plus de trois millions trois-cent mille...

vendredi 20 mars 2026

La bonne étoile de Pascal Elbé (2025) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

La seconde guerre mondiale ayant fait l'objet de nombreuses adaptations cinématographiques, il n'est pas étonnant que certains réalisateurs et scénaristes aient pris le parti de l'évoquer sous l'angle de la comédie. Allant chez nous de l'extrême ''franchouillardise'' avec Le Führer en folie de Philippe Clair en 1974 en passant par la comédie populaire avec Papy fait de la résistance de Jean-Marie Poiré et la trilogie de La 7ème compagnie de Robert Lamoureux et même jusqu'à ce que l'on aurait pu considérer à l'époque de sa sortie comme un ''Blockbuster'', La grande vadrouille, malgré un budget minime dépassant à peine les deux millions deux-cent mille euros pour une œuvre qui attira au moment de sa sortie et uniquement sur le territoire hexagonal, plus de dix-sept millions de spectateurs... Écrit et réalisé par Pascal Elbé, La bonne étoile est son quatrième long-métrage en tant que réalisateur, il est surtout connu pour sa carrière d'acteur, ce qui ne l'a donc pas empêché de débuter son métier de cinéaste dès 2010 avec Tête de turc. Suivront en 2015 Je compte sur vous et en 2020 On est fait pour s'entendre. Originaire d'une famille juive d'Algérie, le sujet central de La bonne étoile éclaire sous un jour qui n'est malheureusement pas tout neuf le cas du juif en France. comme en témoignent certains événements récents ou comme Pascal Elbé, lequel constate que depuis la fin de la guerre rien n'a vraiment changé. Les préjugés perdurent et il n'est pas certain que La bonne étoile permette ou pousse les esprits réfractaires à changer d'opinion s'agissant de la communauté juive. Et pourtant... Relativement mal perçu par une partie des critiques qui n'ont peut-être pas réellement saisi de ce que voulait témoigner à son public Pascal Elbé, La bonne étoile est un petit bijou qui gagne en force et en intérêt au fil de l'intrigue. Après des débuts hésitants dont quelques passages pourtant forts drôles réunis dans une bande-annonce qui laissait présager une pure comédie débarrassée de toute forme de dramaturgie, le dernier film écrit et réalisé par Pascal Elbé est en fait beaucoup plus profond qu'il n'y paraît. Et ce, même s'il convie dans le rôle de Jean Chevalin, un Benoît Poelvoorde qui comme souvent oscille entre drôlerie et infortune. Tout commence pourtant par une idée absurde : soldat de l'armée française, Jean Chevalin déserte au bout d'une journée seulement. Et alors que d'autres qui comme lui ont lâchement abandonné leur poste en s'enfuyant avant d'être retrouvés puis condamnés au peloton d'exécution, l'homme entend faire passer son épouse Paulette (Audrey Lamy), leur fils Marcel (Louis Lagorce Douce-Doussière) et lui pour une famille juive.


Afin, ensuite, de se mettre à l'abri chez Madeleine (Zabou Breitman), une Comtesse qui a pour habitude d'abriter des familles pourchassées par l'armée allemande... Pleutre, Jean va pourtant bien malgré lui se retrouver embrigadé dans la résistance et devenir cet homme courageux qui jusqu'à maintenant lui faisait défaut... En chemin, il rencontrera Sam Goldstein (Pascal Elbé lui-même) qui par sa faute a été séparé de son fils Salomon (Camille Sagols)... Quand la France se met à la comédie dramatique plutôt qu'à la comédie ''tout court'', il n'est pas rare d'être agréablement surpris. Car sous ses atours de parodie dont l'essentiel tourne autour de la poltronnerie du personnages incarné par Benoît Poelvoorde, c'est l'attitude même des français lors de l'invasion de notre pays par l'Allemagne nazie qui intéresse ici Pascal Elbé. Traduisant la Collaboration à travers quelques individus manifestement plus enclins à traverser la guerre en se positionnant autrement que du côté de l'envahisseur que de celui de leurs propres concitoyens, La bonne étoile décrit les agissements de ceux qui assurèrent leurs arrières en s'associant à la police politique du Troisième Reich connue sous le nom de Gestapo ou les bassesses notamment fomentées ici par une horrible bonne femme dénonçant une famille juive qu'elle côtoie pourtant depuis des années. Mais surtout, La bonne étoile pousse un homme à côtoyer ceux-là mêmes qu'il était prédisposé à voir comme le veulent les clichés, jusqu'à prendre son courage à deux mains afin de reconquérir le cœur de son épouse. Parfois drôle même si l'on ne rigole pas à gorge déployée, mais aussi très émouvant (l'on remerciera d'ailleurs le duo de musiciens Romain Allender et Valentin Couineau pour certaines de leurs compositions), La bonne étoile se range finalement du côté du meilleur de la ''comédie de guerre à la française''. Bien loin de ce que laissait présager la bande-annonce... et c'est tant mieux !

 

dimanche 2 février 2025

Un ours dans le Jura de Franck Dubosc (2025) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Camping, Disco, Bienvenue à bord, trois exemples de comédies françaises ringardes notamment interprétées par un comique dont le style entre lui-même dans ce registre. Une catégorie que l'humoriste, acteur, scénariste et réalisateur Franck Dubosc semble par ailleurs assumer parfois avec un certain panache. Comme d'autres avant lui, il a décidé de passer derrière la caméra en 2018 en réalisant son tout premier long-métrage intitulé Tout le monde debout. Et par un fait qui pourrait passer comme tout à fait extraordinaire, le film s'avère convaincant, connaît un grand succès dans les salles françaises, auprès des critiques, que celles-ci soient professionnelles ou non. Une popularité d'ailleurs méritée. Quatre ans plus tard, Franck Dubosc se lance dans la périlleuse aventure consistant à passer sans encombres le cap de la deuxième réalisation. Mais sans être un mauvais film, Rumba la vie n'en est pas moins une petite déception en ce sens où sa seconde comédie s'avère déjà beaucoup plus ordinaire. Toujours est-il que l'on ne lui prêtera malgré tout pas les mêmes basses ambitions qu'une Michèle Laroque qui elle, s'enferre dans une carrière de réalisatrice médiocre, dont l'approche ringarde et passéiste de l'humour en font le souffre-douleur des vrais amateurs de comédies françaises. Passée l'épreuve finalement pas toujours très convaincante du second film en tant que réalisateur malgré d'assez bons retours de la presse spécialisée et d'une partie du public, Franck Dubosc revenait en tout début d'année 2025 avec un troisième long-métrage qui plus qu'une simple comédie mêle avec un certain talent l'humour noir et le thriller.


Dans ce nouveau film où il s'invite en tant qu'interprète principal aux côtés de Laure Calamy et de Benoît Poelvoorde, l'acteur, réalisateur et scénariste s'offre et nous offre par la même occasion un véritable bain de jouvence en allant en outre côtoyer le cinéma de Jean-Christophe Meurisse qui en deux films (Oranges sanguines en 2021 et Les pistolets en plastique en 2024) s'est fait l'un des portes-drapeaux d'un cinéma humoristique hexagonal quelque peu transgressif en y apportant une touche de noirceur particulièrement jouissive. Sans juger ses concitoyens, Franck Dubosc se fait ici en de raisonnables quantités, le transfuge des maux qui atteignent notre société en les transposant sur les terres jurassiennes. C'est donc dans le Jura, à Morbier, à Vaudioux et à Bois-D'Amont qu'il transporte toute son équipe technique et ses interprètes pour aborder le sujet des migrants, du trafic de drogues et des moyens limités dont est pourvue sa petite brigade de gendarmes à la tête de laquelle nous retrouvons donc le belge Benoît Poelvoorde. Dans le rôle du major Roland, l'acteur y déploie le talent qui est le sien, un humour tragi-comique qui depuis longtemps maintenant est devenu l'une de ses marques de fabrique. En père divorcé d'une gamine en pleine crise d'adolescence (Kim Higelin dans le rôle de Blanche), Roland va devoir faire face à ce qui restera sans doute l'affaire criminelle la plus ''remarquable'' de sa carrière. En effet, le gendarme va devoir résoudre aux côtés de son adjointe Florence (Joséphine de Meaux) la mort d'une femme et de deux hommes retrouvés morts dans d'affreuses circonstances à l'intérieur d'un véhicule abandonné. Le scénario de Franck Dubosc ne laisse planer aucune zone d'ombre s'agissant du ''mystère'' qui éventuellement pourrait entourer ces trois individus dont on devine immédiatement qu'ils furent liés à un trafic de drogue.


Quant à leur mort, là encore, aucune énigme à devoir déchiffrer pour le spectateur qui d'emblée assiste aux deux séquences qui mises en parallèle expliquent la mort des uns et des autres. Franck Dubosc et Laure Calamy interprètent les rôles de Michel et Cathy. Un couple de paysans, parents d'un ''Doudou'' (Timéo Mahaut) atteint de troubles psychiatriques légers. Après avoir involontairement causé un accident qui a provoqué la mort d'un homme et d'une femme, Michel rentre chez lui. Accueilli par son épouse qui l'interroge sur sa blessure au front, l'homme lui avoue avoir tué deux personnes. Se rendant ensemble sur le lieu du drame, Cathy prend la décision de ''nettoyer'' la scène de crime afin de faire disparaître tout élément pouvant incriminer son mari. Mais alors que Michel ouvre le coffre de la voiture des deux victimes, les événements vont prendre une toute nouvelle tournure... La comparaison avec le cinéma des frères Coen n'étant pas excessive, il est vrai que l'on retrouve dans le ton d'Un ours dans le Jura celui d'un Fargo ou de tout autre thriller auquel les deux réalisateurs américains s'amusent à injecter un brin d'humour noir. Même écourté, le temps de présence du charismatique Louka Meliava dans le rôle de l'iroquois semble plus ou moins se référer au personnage d'Anton Chigurh qu'incarna le génial Javier Bardem dans No Country for old Men... toutes proportions gardées, bien évidemment. Calmant ses ardeurs d'humoriste beauf depuis un certain temps en dehors de ponctuelles piqûres de rappel, Franck Dubosc forme aux côtés de Laure Calamy un couple touchant, au bord de la rupture sentimentale tandis que Benoît Poelvoorde incarne un gendarme mais aussi et surtout un père de famille blessé par sa rupture d'avec son ex femme qui depuis a refait sa vie et par l'absence de communication avec sa fille qui pourtant vit sous son toit. Drôle, saignant, cynique et touchant, Un ours dans le Jura réussit haut la main son mélange des genres. Après deux heures ou presque de projection, l'on sort de la salle avec la certitude d'un réalisateur et d'un scénariste né qui trop longtemps est resté caché dans l'ombre des autres...

 

lundi 9 décembre 2024

Sur la branche de Marie Garel-Weiss (2023) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Six ans après avoir réalisé son tout premier long-métrage La fête est finie, la réalisatrice et scénariste française Marie Garel-Weiss revenait l'année dernière avec la comédie dramatico-fantaisiste, Sur la branche. Une œuvre tout d'abord portée par un excellent duo d'interprètes. D'un côté, le plus français des acteurs belges, Benoît Poelvoorde. Dans ce long-métrage dont la durée n'excède par les quatre-vingt onze minutes, il incarne Paul Rousseau, avocat au barreau qui bientôt va voir son sort scellé par une commission qui le déchoira de son poste. De l'autre, l'actrice belgo-grecque Daphné Patakia interprète le rôle de Mimi, jeune femme atteinte de troubles psychiatriques et qui dès sa sortie de l’hôpital décide de postuler pour un emploi dans le cabinet d'avocats théoriquement tenu par Claire Bloch (Agnès Jaoui) et Paul, justement. Mais ce dernier reste enfermé chez lui. Et parce que devant l'étrange attitude de la jeune femme, Claire ne sait pas comment s'en débarrasser, elle choisit de lui ''confier'' une mission que personne d'autre au cabinet ne peut se résoudre à accomplir : se rendre chez Paul et lui demander l'un des dossiers qu'il garde jalousement enfermé chez lui. Lorsque Mimi frappe à la porte de l'avocat, celui-ci refuse tout d'abord de lui ouvrir. Mais contraint devant l'urgence (la jeune femme a une envie pressente), il accepte finalement. Après qu'elle se soit enfermée dans les toilettes de l'appartement, elle n'accepte d'en sortir qu'à une condition : que Paul consente à lui remettre le dossier en question. Tout aurait pu s'arrêter là si le soir-même Mimi ne s'était pas introduite dans le bureau personnel de Paul dans le cabinet qu'il partage avec Claire. En effet, alors qu'elle y fouille compulsivement des documents, le téléphone de l'avocat sonne. Mimi répond et tombe sur Christophe (Raphaël Quenard). Un jeune détenu qui aimerait que Paul l'aide à se dépêtrer d'une délicate situation et ainsi sortir de prison. Pressé par Mimi de l'aider à résoudre le litige qui oppose le jeune homme aux membres d'une famille aisée, Paul refuse tout d'abord, avant d'accepter... Bien que Marie Garel-Weiss et les scénaristes Ferdinand Berville, Benoît Graffin et Salvatore Lista aient choisi de mettre en scène des personnages dont l'attitude semble relativement marginale, il ne demeure de l'approche foncièrement dramatique qu'impose un tel sujet que de rares réminiscences...


Les auteurs privilégiant tout d'abord l'humour à travers non seulement les dialogues savamment ciselés mais également à travers certaines situations inattendues. Car il faut le savoir, le rôle qu'interprète Daphné Patakia permet à son personnage, toutes les excentricités. Jeune femme sans filtre ayant peur de la vie mais dont les maux semblent la doter de capacités de réflexions hors du commun, mimi débuta des études de droits qui n'aboutirent malheureusement pas. Désormais, la jeune femme, libérée de sa camisole chimique veut aller de l'avant. Trouver du travail, histoire de penser à autre chose que les démons qui la hantent. Et pourquoi ne pas en faire profiter Paul, incarné par un Benoît Poelvoorde qui, comme d'habitude, s'avère magistral. Les deux interprètes campent un duo étonnant mais néanmoins attachant, drôle et parfois émouvant... jusqu'à produire parfois une certaine gêne. Comme lorsque par exemple, Paul se prend sans broncher une série de baffes administrées par une ancienne et menaçante cliente qui l'accuse de lui avoir pris son argent sans assurer son rôle d'avocat en échange. En ce sens, Sur la branche procure de drôles de sensations. Car si le rire est franc et objectivement justifié, on se demande parfois si s'esclaffer devant telle ou telle situation est déplacé ou non. Entre la jeune femme affaiblie psychologiquement mais pétillante de désirs et ce vieux briscard qui se traîne chez lui en robe de chambre, le long-métrage de Marie Garel-Weiss témoigne d'existences brisées qui au contact l'une de l'autre reviennent à la vie. En résulte une œuvre sincère, comme le sont ses deux principaux interprètes auxquels le récit accole des seconds rôles tout aussi sympathiques. Et si Sur la branche n'est certes pas la comédie du siècle, de la décennie et sans doute pas celle non plus de l'année 2023, sa fraîcheur suffit à rendre divertissante cette histoire mise en scène de manière fort simple...

 

dimanche 17 mars 2024

Dany Boon - Rien à déclarer de Dany Boon (2010) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Après avoir connu un immense succès grâce à son second long-métrage Bienvenue chez les ch'tis, l'acteur, réalisateur et scénariste français Dany Boon a abandonné un temps la mise en scène durant deux ans pour se consacrer à sa carrière d'acteur. Une poignée de films plus ou moins captivants jusqu'à son retour à la mise en scène avec Rien à déclarer en 2011. Comme l'on pourrait invoquer l'idée selon laquelle l'acteur et humoriste usa opportunément d'un thème qui lui était cher à l'époque de Bienvenue chez les ch'tis, certes, puisque le sujet allait aussi et surtout forcément atteindre émotionnellement toute une population originaire du Nord, Rien à déclarer arrive sur le marché pile poil à une période où se pose encore la question des frontières européennes tout en situant son action en 1993. Deux ans avant la mise en place de la libre circulation entre sept pays européens dont la France et la Belgique, et huit ans après la signature de l'Accord de Schengen en juin 1985. Le troisième long-métrage de Dany Boon prend pour scène la frontière franco-belge où vont intervenir deux brigades de douaniers. En préambule, le récit met en scène l'acteur belge Benoît Poelvoorde dans le rôle de Ruben Vandevoorde en 1986 lorsque celui-ci apprend que l'Acte unique européen vient d'être signé. Belge d'origine, de cœur et d'esprit, l'homme est un douanier bougon, agressif et ce, envers le peuple français en général et la douane française en particulier avec laquelle il apprend sept ans plus tard la fermeture très prochaine des contrôles douaniers au profit de la douane volante ! Les rapports qu'il entretient avec ses homologues hexagonaux sont des plus délicats. Le douanier français Mathias Ducatel (Dany Boon) a beau faire des efforts pour se montrer amical et se rapprocher de Ruben Vandevoorde, ceux-ci s'avèrent vains ! C'est donc dans un contexte fort hostile que Dany Boon met en scène cette pure comédie franco-belge réunissant quelques têtes bien connues du cinéma, issues des deux côtés de la frontière.


Une collaboration qui va s'avérer encore plus délicate que l'on croit puisque en secret, Mathias entretient une relation avec la sœur de son homologue belge, Louise (l'actrice Julie Bernard). Du côté des douaniers français l'on retrouve les acteurs Guy Lecluyse, Zinedine Soualem (le duo de bras cassés de la maison du bonheur) ainsi que l'actrice, chanteuse et chroniqueuse Nadège Beausson-Diagne. Leurs personnages sont sous les ordres de Mercier qu'interprète Philippe Magnan. Du côté des douaniers belges, leur nombre est plus restreint. Eric Godon y incarne leur chef, Willems, sous les ordres duquel nous retrouvons donc les personnages incarnés par Benoît Poelvoorde et Bouli Lanners. Afin de réajuster l'équilibre entre acteurs français et belges, la française Karin Viard et le belge François Damiens incarnent un couple de restaurateurs qui voient d'un mauvaise œil la future ouverture des frontières. Côtés interprètes belges, nous retrouvons également Olivier Gourmet dans l'étonnant rôle d'un prêtre auprès duquel vient régulièrement se confesser Ruben, ainsi que Christel Pedrinelli et Jean-Paul Dermont dans les rôles respectifs de l'épouse et du père de l'irascible douanier ! La liste est encore longue mais citons tout de même le trio de trafiquants de drogue à la tête duquel l'on retrouve Laurent Gamelon accompagné de ses sbires Laurent Capelluto et surtout, Bruno Lochet en passeur impayable ! Rien à déclarer repose peu ou prou sur le même principe que Bienvenue chez les ch'tis mais ne connaîtra malheureusement pas la même popularité. Pourtant, et au regard des quelques étrons dans lesquels à tourné Dany Boon, son troisième long-métrage en tant que réalisateur leur est nettement supérieur. Le film propose autant de situations qu'il y a de personnages. Bref, on n'a pas vraiment le temps de s'ennuyer. Le cahier des charges de la comédie française est bien rempli : l'affrontement entre les représentants de deux territoires pourtant voisins et amis, l'amour impossible entre l'un des deux principaux protagonistes et la sœur du second, deux ''classiques'' un brin démodés du genre auquel Dany Boon ajoute quelques savoureuses séquences avec, en point de muire, deux pieds nickelés du trafic de drogue !

lundi 24 juillet 2023

Mon pire cauchemar d'Anne Fontaine (2011) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

La réalisatrice française Anne Fontaine et l'acteur Benoît Poelvoorde se sont rencontrés il y a dix-huit ans sur le plateau de Entre ses mains. Une œuvre cultivant l’ambiguïté du personnage incarné par l'acteur belge qui y interprétait le rôle du vétérinaire Laurent Kessler. Une interprétation qu'il partagea avec la toujours aussi charmante Isabelle Carré. La complicité entre la réalisatrice et l'acteur s'est perpétuée au-delà de ce seul long-métrage puisque Benoît Poelvoorde apparaîtra également dans Coco avant Chanel en 2009, dans Blanche comme neige en 2019 et, entre les deux, dans Mon pire cauchemar en 2011. Pour ce dernier, l'un et l'autre quittent la noirceur de leur toute première collaboration inspirée du roman Les kangourous de la romancière Dominique Barbéris pour s'offrir ensemble un authentique moment de détente et de légèreté à travers une œuvre reposant sur un scénario écrit par Anne Fontaine ainsi que le scénariste et réalisateur Nicolas Mercier. Pour accompagner le plus français des acteurs belges, Anne Fontaine offre à Benoît Poelvoorde une partenaire de taille en la personne d'Isabelle Huppert. Rien moins que l'une des deux ou trois meilleures actrices de l'hexagone. Et encore, lorsque je dis ''l'une des deux ou trois meilleures'', c'est pour ne pas fâcher celles et ceux que je pourrais indisposer en affirmant que cette immense artiste est LA plus grande actrice de France. Maintenant que ce point est précisé, parlons de Mon pire cauchemar, cette comédie qui, en réalité, n'est pas aussi légère qu'il y paraît même si rien de fondamentalement grave ne s'y produira. Tout débute lors d'une réunion entre des parents d'élèves et les responsables d'un établissement scolaire d'excellente réputation (l'acteur Philippe Magnan y interprète le court rôle du principal). La directrice de galerie d'art Agathe Novic (Isabelle Huppert) y prend la parole afin de parler d'un sujet portant sur les tests d'orientation lorsque débarque en retard Patrick Demeuleu (Benoît Poelvoorde). Un français moyen, coupant la parole à la mère de famille et sautant avec ses grands sabots sur le sujet de la ''bouffe'' à la cantine. En seulement quelques phrases, le ton est donné. L'orientation qu'à donné Anne Fontaine à ses deux principaux personnages est clairement établi lors de cette savoureuse séquence qui permet de les confronter pour la première fois...


Mon pire cauchemar, c'est deux monde qui se distinguent, se télescopent et s'affrontent. Celui d'Agathe, femme d'affaire en tailleur, stricte, froide, hautaine et vivant dans un quartier huppé de la capitale aux côtés de son compagnon François Dambreville (le toujours excellent André Dussollier) et de leur fils, le jeune Adrien (Donatien Suner dont la carrière semble stagner depuis sa participation au court-métrage Saint Désir réalisé par Caroline Detournayet Paulina Pisarek en 2016). Celui également de Patrick, ouvrier belge qui vit avec son fils Tony (Corentin Devroey, dont ce film sera la seule apparition sur grand écran) dans une misérable loge. D'un côté, nous avons la femme responsable, très attentive à sa manière de se comporter en société mais relativement rude envers ses collaborateurs. Patrick, lui, est nature, amateur de bière et au langage parfois on ne peut moins châtié ! Deux mondes qui a priori ont peu de chance de se croiser. Oui mais voilà, le destin en a décidé autrement et contre mauvaise fortune, l'un et l'autre vont apprendre à s'apprivoiser. Et dans ce genre de circonstances, on imagine aisément que le bout du chemin sera plus rude pour Agathe que pour Patrick. Isabelle Huppert et Benoît Poelvoorde campent un duo attachant, drôle et même parfois émouvant. Elle, semble avoir tout réussi et lui, inversement paraît n'avoir pas fait grand chose de remarquable dans sa vie... à part son fils Tony dont le quotient intellectuel dépasse de loin celui du fils d'Agathe. Si la comédie est enlevée et parfaitement interprétée, ça n'est certes pas seulement dû au hasard ou à la simple performance de ses deux principaux acteurs (au demeurant, parfaitement accompagnés par André Dussollier, les deux adolescents ou bien même la séduisante Virginie Efira dont la carrière ne s'était pas encore envolée puisqu'en une douzaine d'années, on ne la vit que dans quelques séries télévisées, téléfilms ainsi qu'une poignée de longs-métrages) mais aussi et surtout parce que les personnages centraux renvoient directement à l'image que l'on connaît bien de l'un et l'autre de leurs interprètes. C'est donc du pain béni pour Anne Fontaine qui n'a plus qu'à laisser tourner sa caméra, pour Isabelle Huppert, Benoît Poelvoorde et André Dussollier qui n'ont qu'à laisser éclater leur talent, et pour les spectateurs qui sont certains,avec Mon pire cauchemar, de passer un très agréable moment en leur compagnie...

 

vendredi 14 juillet 2023

Normale d'Olivier Babinet (2023) - ★★★★★★★★☆☆


Le plus français des acteurs belges est pour le moment réapparu sur grand écran une seule fois cette année 2023. Au fil du temps, Benoît Poelvoorde s'est en partie affranchi du cynisme qu'il revêtait à travers certains de ses personnages. Comme Ben, le héros tueur en série deC'est arrivé près de chez vous dont il écrivit le scénario et qu'il réalisa aux côtés de Rémy Belvaux et André Bonzel ou le personnage central de la série télévisée Les carnets de Monsieur Manatane sur CANAL+. Si tout au long de sa carrière l'acteur belge a persévéré dans la comédie, on a pu notamment constater son immense talent à travers des rôles plus sombres, plus durs, plus dramatique et dans lesquels il semble particulièrement à l'aise puisque c'est bien à travers eux que Benoît Poelvoorde a pu démontrer ses capacités d'adaptation. Son compatriote belge, le réalisateur Fabrice Du Welz, semble d'ailleurs être devenu son pygmalion en lui offrant nombre d'occasions de s'exprimer à l'écran bien que l'acteur n'ait plus rien à prouver depuis bien longtemps. Normale n'est pas l’œuvre de Fabrice Du Welz mais celle du français Olivier Babinet, auteur notamment de l'étonnant Poissonsexe en 2019, lequel renoue avec la particularité de son cinéma. Drôle, émouvant et poétique tout en descendant tout de même d'une marche côté folie tout en conservant malgré tout l'émotion, allant même jusqu'à la démultiplier grâce à l'impeccable performance de Benoît Poelvoorde et de la formidable Justine Lacroix dont la courte carrière est inversement proportionnelle à l'étendue de ses capacités d'interprète. Ancienne footballeuse dans l'équipe féminine de Saint-Avold, une commune française située dans le département de la Moselle en Lorraine, puis au FC Metz, la jeune femme âgée de vingt ans cette année n'en est pas à son premier rôle puisqu'elle débuta sa carrière au cinéma en 2018 dans le rôle de Frida Messina dans C'est ça l'amour de Claire Burger. Suivront un court-métrage, deux téléfilms et une série télévisée avant qu'elle n'apparaisse donc dans le dernier long-métrage d'Olivier Babine. La jeune femme y interprète le rôle de Lucie, jeune étudiante dont la mère et décédée dans un grave accident de moto tandis que son père souffre de sclérose en plaque à un stade très avancé. L'un et l'autre vivent dans un appartement de classe très moyenne...


Lucie se concentre sur sa passion pour l'écriture et son attirance pour le bel Étienne qu'interprète Joseph Rozé. Un étudiant lui aussi, qui se maquille les yeux et porte des vêtements dont se moquent ses camarades. D'abord jugé d'homosexuel, Lucie et lui vont se rapprocher peu à peu l'un de l'autre tandis que la vie ''tranquille'' du père et de sa fille risque de rencontrer de grandes difficultés à l'issue de leur rendez-vous à venir avec l'assistant social, Dominique Toussaint (l'acteur Steve Tientcheu). Entre des séquences situées dans l'enceinte de l'établissement scolaire peuplé par des cassos de très, très haute volée, et d'autre se déroulant au sein même du foyer que partagent le père et sa fille, Normale est un véritable bain de jouvence dans un cinéma français délétère qui a urgemment besoin d'un nouveau souffle pour se reconstruire. On parle évidemment ici de cinéma où l'humour a une place prépondérante. Mais comme le démontre à son tour l’œuvre d'Olivier Babinet,il semblerait que seul le mélange des genres parvienne à redorer le blason de la comédie hexagonale. Si quelques séquences amusent et nous arrachent des sourires polis, l'émotion prévaut sur le reste. L'émulsion entre Benoît Poelvoorde et Justine Lacroix fonctionne à plein régime et du haut de ses vingt ans, la jeune actrice ne se laisse pas émouvoir par la présence de ce vieux briscard d'acteur belge qui au fil des décennies a pris de la bouteille pour devenir l'un des interprètes les plus essentiels du cinéma français. Le postulat de base de Normale pourrait paraître des plus convenu. Mais plutôt que de traiter son sujet sous une forme strictement scolaire, le réalisateur français originaire de Strasbourg dissémine ça et là quelques très bonnes idées qui poétisent l'ensemble et lui donnent un cachet tout particulier. Sur la base d'une pièce écrite par le dramaturge et metteur en scène écossais David Craig intitulée Le Monstre du couloir (Monster in the Hall), Olivier Babinet et ses scénaristes Juliette Sales et Fabien Suarez nous offrent un joli moment de fraîcheur, poétique, drôle et émouvant. À voir...

jeudi 11 mai 2023

Fumer fait tousser de Quentin Dupieux (2022) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Il doit quand même bien se gausser, l'ami Quentin Dupieux, chaque fois qu'il consulte les critiques cinéma qui se montrent dithyrambiques à chacune de ses sorties sur grand écran. N'empêche, il y a chez ce monsieur qui donne également dans la mélodie sous le pseudonyme Mr Oizo, quelque chose qui finit par devenir dérangeant. Voire, agaçant ! Cet étrange sentiment qui donne à penser qu'il se fiche un peu du public qui chaque fois se laisse tenter par son approche nonsensique du septième art. C'était déjà le cas en février 2022 lorsqu'il osait réaliser Incroyable mais vrai en employant une caméra volontairement défaillante (d'ailleurs, merci Quentin pour les atroces maux de tête à la sortie de la projection), gâchant ainsi en partie le potentiel de ce qui s'avérait sans doute être son œuvre la plus ambitieuse en terme d'écriture. Ce fut également confirmé avec Fumer fait tousser qui vit le jour dans les salles obscures neuf mois plus tard en novembre dernier. Accélérant le rythme au point de produire deux œuvres dans la même année (Daaaaaali !et Yannick connaîtront-il le même sort?), Quentin Dupieux signait donc avec son onzième film une œuvre dont les dernières pages du scénario semblent s'être envolées lors d'une forte rafale de vent. En effet, Fumer fait tousser débute sous les meilleurs augures avec cet hommage très appuyé aux séries Super sentai japonaises du style Bioman qui bercèrent nos jeunes années et qui dans le cas présent trouvent une alternative française qui ressemble à vrai dire autant aux séries mythiques des années 70/80 qu'aux parodies produites dans la foulée et notamment le Biouman des Inconnus. Une première phase se terminant dans un bain de sang jouissivement disproportionné ! À scénario improbable, casting improbable. Gilles Lellouche rejoint une équipe constituée de Vincent Lacoste, Anaïs Demoustier (''blondifiée'' à cette occasion), Oulaya Amamra ou encore Jean-Pascal Zadi et son incroyable (mais authentique) ratelier. Des personnages justiciers/super-héros aux noms tout aussi invraisemblables, Benzène, Methanol, Nicotine, Mercure et Ammoniaque pour un récit qui subitement va bifurquer vers une retraite censée ressouder les membres du groupe. Débute alors une succession de sketchs contés devant un feu de camp comme des légions de longs-métrages outre-atlantiques nous l'ont déjà proposé à maintes reprises...
 
 
Si tout démarre de façon plutôt intéressante avec ce récit conté par Gilles Lellouche/Benzène lors duquel deux couples passent le week-end ensemble et découvrent un étrange masque qui va faire dérailler leur séjour, les choses se gâtent malheureusement en route. Comme si, je le répète, Quentin Dupieux avait égaré les dernières pages de son script et s'était contenté de meubler le reste de son dernier long-métrage à l'aide de '' bouts de ficelles'' scénaristiques assez peu convaincants. D'où ce sentiment compréhensible que l'auteur de Rubber, de Réalité ou de Wrong Cops prend les spectateurs pour des imbéciles. Surtout que comme cela est devenu une tendance chez lui, Fumer fait tousser se termine en queue de poisson. À vrai dire, il est surtout visiblement désormais possible que l'on puisse voir autre chose que le délire génial d'un cinéaste français hors-norme. Plutôt un bon gros foutage de gueule auquel l'on accorde sans doute un peu trop d'importance. Car même si Fumer fait tousser est bien dans l'esprit de ce que réalise Quentin Dupieux depuis ses débuts derrière la caméra, son cinéma devient en fait de plus en plus ennuyeux, finissant par ne plus surprendre autant qu'avant. Une certaine lassitude s'installe donc en plein milieu de la projection... au point que l'oeil sdu spectateur pourrait se fermer avant que le générique de fin n'intervienne. Et cela même alors que le film, comme à son habitude, ne dépasse pas les quatre-vingt minutes. Ce qui chez Quentin Dupieux reste tout de même un exploit. Que retiendrons-nous, alors, de ce dernier jet ? Sans doute une Anaïs Demoustier amoureuse d'un rat bavant une infecte bave verte ou un Gilles Lellouche vêtu, comme ses acolytes, d'un costume de super-héros tendance Super sentai. Mais certainement pas le pourtant génial Benoit Poelvoorde, ici, sous-employé (pour ne pas dire inutile)... Bof bof !

 

samedi 9 juillet 2022

Inexorable de Fabrice du Welz (2021) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Fabrice du Welz est belge. Pourtant, lorsque l'on découvre pour la première fois l'un de ses longs-métrages, ses origines n'évoquent pas d'emblée ces blagues de plus ou moins bon goût qu'en France on aime réciter lors de soirée œnologiquement endiablées. Non, dans son approche de la chose cinématographique, on pourrait le considérer comme l'enfant terrible de la comédie dramatique dans son versant le plus sombre. Qu'il se soit brillamment inspiré des classiques du survival des années soixante-dix à travers '' Calvaire '' ou d'un authentique fait-divers pour mettre en scène ce qui d'un point de vue personnel demeure son meilleur film ('' Alléluia ''). Constant dans la qualité de sa mise en scène et dans le choix des scripts, Fabrice du Welz explore sans cesse les tréfonds de l'âme humaine. Offrant, parfois mais rarement, quelques alternatives plus divertissantes ('' Colt 45 '', '' Message from the King '') que les habituelles pérégrinations de ses personnages dans des contrées tantôt majestueuses et exotiques ('' Vinyan '') et tantôt austère et plus terre à terre ('' Adoration ''). Bon, c'est bien beau tout ça, mais que vaut le dernier bébé de ce passionnant réalisateur que l'on aimerait considérer tout aussi français que son compatriote Benoît Poelvoorde ? Petite anecdote personnelle : il n'y a pas si longtemps de cela, j'étais à la recherche d'un film que je n'avais pas revu depuis de très nombreuses années. '' La petite sirène '' de Roger Andrieux. L'histoire d'une gamine amoureuse d'un garagiste quadragénaire (Philippe Léotard) ! Si '' Inexorable '' ne traite pas véritablement le même sujet, il est difficile de ne pas faire le rapprochement entre l'un et l'autre tant le sentiment de malaise et de bourdon persistent bien au delà des deux projections. Pour la seconde fois, les deux belges se retrouvent sur un même projet. Mais cette fois ci, le réalisateur offre à l'acteur le rôle principal. Ou plutôt, l'un des rôles principaux. Car à sa suite est projetée comme le reflet du passé mystérieux du personnage qu'il incarne, la jeune et troublante Alba Gaïa Bellugi. Actrice à la carrière peu foisonnante mais qui le temps d'un film (en l'occurrence '' Inexorable '') va hanter les spectateurs avec ses faux airs de Charlotte Gainsbourg. 
 
Comme la fille d'un ancien chanteur qui aurait troqué sa timidité de jeune adolescente d'alors contre le costume d'une toute jeune femme psychologiquement défaillante et '' amoureuse '' d'un écrivain qui est donc interprété par l'immense Benoît Poelvoorde. Époux de la fille d'un célèbre éditeur récemment décédé, Marcel est sur le point d'entamer l'écriture de son prochain roman. Installée, dans un luxueux domaine dont la propriétaire n'est autre que son épouse Jeanne (Mélanie Doutey) avec leur fille Lucie (Janaïna Halloy Fokan) et leur chien Ulysse (sans oublier la domestique Paola qu'interprète Anael Snoek), la petite famille va recevoir bientôt la visite d'une jeune inconnue prénommée Gloria. Le genre d'individu qui d'emblée ne nous apparaît pas vraiment net et qui est du genre à faire le vide autour d'elle pour mieux se rapprocher de l'auteur de romans à succès. Une bonne partie de l'intrigue repose donc sur les personnalités complexes qu'incarnent Benoît Poelvoorde et Alba Gaïa Bellugi ainsi que sur leur passé respectif qui, grâce au miracle du scénario et de la mise en scène vont se rejoindre lors d'un climax/twist particulièrement intense. L'acteur belge possède cette faculté relativement rare de pouvoir si bien se fondre dans ses personnages qu'on oublie assez rapidement qu'il n'est qu'un simple interprète. Benoît et Marcel ne font alors plus qu'un. Une composition proche de celles qui l'ont toujours poussé à aborder ses incarnations sur un mode borderline. Accompagné par le sublime '' Nisi Dominus '' de Vivaldi, '' Inexorable '' est le digne descendant du polar '' Mort un dimanche de pluie '' que réalisa Joël Santoni en 1986, en moins froid sans doute, mais tout aussi percutant dans sa manière d'aborder le drame et ainsi le transformer en un authentique film d'épouvante...

 

vendredi 20 mai 2022

Adoration de Fabrice du Welz (2021) - ★★★★★★★★☆☆

 


En l’espace d’une quinzaine d’années, le réalisateur belge Fabrice du Welz a bâtit une œuvre unique en faisant souvent évoluer ses personnages dans des contrées d’une angoissante beauté. Passé grand maître dans l’art d’incommoder les spectateurs, ses films se suivent mais ne se ressemblent pas vraiment. Qui pourra dire lequel est le plus réussi et lequel est le plus contestable ? « Calvaire » ? « Vinyan » ? « Colt 45 » ? « Alléluia » ? « Message from the King » ? Ou bien le tout dernier en date « Adoration » ? Lequel mérite que l’on s’y attarde le plus ? 
 
Six ans après « Alléluia », on pouvait craindre que le charme soit rompu. Que le belge ne parviendrait sans pas à retrouver une telle inspiration dans la mise en scène. Mais très vite il nous rassure. « Adoration » arrive sans doute subjectivement en seconde place dans une carrière qui espérons le ne fait que commencer . Deuxième mais pas des moindres puisque cette histoire passionnée et passionnante nous présente l’un de ces couples qu’il sera difficile d’oublier. Deux gamins en perdition, mais unis pour la vie. Un Road movie pédestre et à bord d’une barque pour un voyage terriblement troublant. Thomas Gioria et Fantine Harduin interprètent respectivement Paul et Gloria. Lui vit avec sa mère tandis qu’elle est traitée pour troubles psychiatriques. Ensemble ils prennent la fuite dans l’espoir de retrouver le grand-père de Gloria qui vit en Bretagne…
 
Entre hystérie, passion, plongée dans des contrées brumeuses et rencontres (clin d’œil à l’immense Benoît Poelvoorde) diverses, « Adoration » dépasse tout ce que l’on a l’habitude de découvrir sur grand écran. Si la passion, dévorante, est belle, elle revêt également une certaine forme de morbidité. Fabrice du Welz filme son histoire d’amour de manière aussi poétique que dérangeante. On est séduits par ces deux gamins franchement paumés tout en ressentant parfois un inconfort qui peu même glisser jusqu’au malaise. 
 
La photographie de Manuel Dacosse est parfois sublime et confine au surréalisme. Un sentiment que l’on partage devant certains décors de Emmanuel de Meulemeester. Quant à l’incroyable partition musicale de Vincent Cahay, elle colle à la peau comme une mauvaise sueur. Fabrice du Welz signe une fois encore un très grand long-métrage. Il faudra cependant s’armer d’un solide moral car l’expérience est parfois rude. Mais alors, quelle récompense en retour…

dimanche 14 novembre 2021

Profession du père de Jean-Pierre Améris (2020) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Je m'étonne toujours de voir combien mon ressenti peut parfois diverger de celui de nombre de critiques. Profession du père est un bon exemple de ce genre de désarroi lorsque je lis ça et là qu'un long-métrage est au mieux un sympathique film ou au pire, une œuvre ratée. C'est à se demander si parfois certains spectateurs manquent d'émotion ou que d'autres, comme moi, en débordent un peu trop. Benoît Poelvoorde est en sa matière d'interprète tragi-comique, ce que le septième art a enfanté de meilleur depuis ses débuts cinématographiques. N'en déplaisent aux vieilles rombières qui s'offusqueront toujours devant C'est arrivé près de chez vous, le plus français des belges et du moins, celui qui parvient à sauver notre cinéma humoristique de l'indigence dans laquelle certains scénaristes, réalisateur, producteurs et interprètes se complaisent, parvient encore une fois à nous émouvoir dans cette étrange chose filmique qui intrigue bien avant l'entrée dans la salle de cinéma pour mieux nous tromper d'ailleurs avec son affiche en totale inadéquation avec son contenu. Une comédie comme semblent vouloir l'afficher (par contrainte?) Benoit Poelvoorde et le jeune Jules Lefebvre quand en réalité, Profession du père, c'est d'abord le drame d'une petite famille vivant dans les années soixante au cœur d'une petite ville de province. Une famille qui a tout pour être heureuse mais dont l'existence est minée par un traumatisme. Celui du père qu'interprète justement l'acteur belge avec toute la puissance qu'on lui connaît, entre retenue et terribles crises de démence. Parce qu'il a vécu les horreurs de la guerre d'Algérie, André Choulans a développé de drôles d’obsessions qu'il va très rapidement reporter sur son fils auquel il va confier des missions périlleuses est inconcevables pour un enfant de douze ans. Traumatisme, oui. Mais aussi sûrement, mythomanie et paranoïa, lesquelles semblent diriger les propos et les actes de ce père aussi bouleversant qu'inquiétant. D'où cette qualité qu'à Benoît Poelvoorde à camper ce père avec toute la fragilité qui semble émaner de l'acteur, bien avant qu'elle ne transparaisse chez lui une fois démarré le tournage...


Profession du père tourne autour de très peu de personnages à vrai dire. Car en dehors de Benoît Poelvoorde, de l'excellent Jules Lefebvre dont certains regards et certaines attitudes sont bluffantes de maturité, on retiendra aussi l'actrice Audrey Dana dans le rôle de Denise Choulans, cette épouse aimante, patiente, mais jamais tout à fait innocente dans cette attitude qu'elle adopte parfois lorsque son époux s'emporte contre leur enfant. Graduellement, le film s'enfonce dans un cauchemar ordinaire qui tend à évoquer ces cas d'enfants battus mais qui trouve ici une explication. Voire, il est terrible de l'énoncer, une justification. Benoît Poelvoorde passe du père héroïque qui fait rêver son fils, au dangereux paranoïaque qui finit même par se méfie même de ses proches. Adapté du roman éponyme de l'écrivain français Sorj Chalandon réputé pour être particulièrement sombre, Benoît Poelvoorde retrouve le réalisateur Jean-Pierre Améris avec lequel l'acteur avait déjà tourné à deux reprises dans les comédies Les émotifs anonymes en 2010 et Une famille à louer cinq ans plus tard. Autant dire qu'avec Profession du père, le ton emprunté est bien différent. On ne s'y jette pas pour rire. Ou alors faut-il avoir l'esprit sacrément tordu pour se délecter du climat tendu qui peu à peu s'installe au sein de cette attachante famille et qui se termine sur un final pas vraiment joyeux avec un Benoît Poelvoorde qui rejoint au panthéon de la folie, celles et ceux que réalisateur et scénariste ont choisi d'abandonner à leur triste sort. Profession du père est une expérience fascinante qui nous offre la subtilité de ne pas juger ses personnages pour ce qu'ils portent de ''mauvais'' en eux. Si l'on s'attache immédiatement au jeune Émile grâce au talent et à la grande expressivité de son interprète et si Audrey Dana est elle-même très touchante dans le rôle de cette épouse ''coincée'' entre son amour pour André et son instinct maternel, c'est pourtant bien Benoît Poelvoorde qui continue de nous hanter longtemps après la fin de la projection... Troublant...

 

dimanche 11 juillet 2021

Je n'aime pas les super-héros donc j'adore : Comment je suis devenu super-héros de Douglas Attal (2021) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Produit par Alain Attal, Comment je suis devenu super-héros n'est très clairement et très officiellement pas une œuvre qui a l'intention de marcher sur les plates-bandes du cinéma fantastique outre-atlantique. On est loin des blockbusters américains produits à la chaîne et à coups de centaines de millions de dollars puisque le budget alloué au long-métrage de Douglas Attal (qui se trouve être le fils du producteur) s'élève à 15 millions d'euros. Adapté du roman éponyme écrit par le sociologue français Gérald Bronner, le projet cinématographique de Comment je suis devenu super-héros est à l'origine né dans l'esprit de Douglas Attal en 2015 lors du festival consacré à la pop culture et à l'imaginaire, le Comic Con Paris. Comme on le constate assez rapidement, le film ne s'inscrit pas dans un univers fantastique jusqu’au-boutiste où le réel n'a plus vraiment sa place comme c'est le cas dans le cinéma américain. Ici, le contexte est volontairement réaliste, faisant des super-pouvoirs des héros et des antagonistes un élément presque secondaire servant tout d'abord une intrigue policière. Au regard de celle-ci ,menée par l'inspecteur Gary Moreau et sa nouvelle coéquipière Cécile Schaltzmann, et débarrassée de son habillage fantastique, Comment je suis devenu super-héros est relativement classique. Nous sommes loin en effet de l'enquête policière labyrinthique qui habille souvent les cinémas américains ou scandinaves. On est même très loin de l'univers du pourtant... très proche Olivier Marchal, ancien flic reconverti dans l'écriture et la réalisation de longs-métrages...


Les films de supers-héros français sont rares. C'est pourquoi il faut les prendre pour ce qu'ils sont et non pas ce que l'on pourrait attendre d'eux. Pourtant, si Comment je suis devenu super-héros pouvait être attendu comme le nouveau messie sept ans après l'excellent Vincent n'a pas d'écailles de Thomas Salvadore, sans être tout à fait décevant, le film est au dans le fond, d'un classicisme déconcertant. Comme si allait débarquer à l'image le fantôme du commissaire Navarro qu'interpréta l'acteur Roger Hanin durant plus de quinze ans. Non pas que le long-métrage de Douglas Attal soit ennuyeux mais ses enjeux narratifs n'ont malheureusement rien d'exceptionnels. À poil, sans le moindre effet-spécial et dénué de tout aspect fantastique, le film n'en serait que plus anodin. Principalement interprété par Pio Marmai et Vimala Pons, le duo ne vaut pas celui qu'incarna le premier avec l'actrice Audrey Tautou dans le poétique et parfois absurde En liberté ! de Pierre Salvadori en 2018. Vimala Pons/Cécile Schaltzmann y est arrogante et donc, peu attachante. Presque un antagoniste au fond, face à un Pio Marmai/Gary Moreau addict aux bonbons qui heureusement, se montre aussi indifférent que sa nouvelle collègue peut être insolente. Aux côtés du duo, l'actrice Leïla Bekhti, qui après avoir été coach sportive dans Le grand bain de Gilles Lellouche trois ans auparavant se retrouve une fois de plus à gérer une équipe sportive. Sauf qu'elle y tient également le rôle de l'ancienne super-héroïne Callista qui forma par le passé aux côtés de Monté Carlo et Gigaman, l'équipe du Pack Royal, un trio de supers-héros qui s'est dissout à la mort de l'un d'entre eux (Gigaman, qu’interprète Clovis Cornillac)...


Monté Carlo, justement, qu'incarne l'acteur belge Benoît Poelvoorde dont la présence à elle seule renforce l'intérêt du film. Pourtant peu présent à l'écran, on oscille entre rire et émotion grâce à la présence du plus français des comiques belges. Notamment lorsqu'on le voit utiliser ses pouvoirs de façon désordonnée ou lorsqu'il tente de cacher son émotion en toute fin de métrage. Discrets mais redondants, les effets-spéciaux sont tout juste efficaces et ne font que servir la cause du récit. Images de synthèse sont couplées à des costumes tout de tissus composés, rapprochant ainsi davantage le film de Douglas Attal de certaines productions signées du japonais Takashi Miike (Zebraman 1 & 2) que des blockbusters américains. Accompagné par la musique parfois épique de Nino Vella et Adrien Prévost, Comment je suis devenu super-héros est l'histoire simple d'un duo de flics enquêtant sur une série d'actes criminels reliés à la vente d'une substance permettant d'acquérir des supers pouvoirs. Dans le rôle du grand méchant loup prénommé Naja, nous retrouvons l'excellent Swann Arlaud. Un film sympathique, sans plus...

 

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