Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

Labels


Affichage des articles dont le libellé est André Dussollier. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est André Dussollier. Afficher tous les articles

jeudi 26 septembre 2024

N'avoue jamais d'Ivan Calbérac (2024) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

La comédie française des années 2010 et 2020 représente tout le paradoxe du cinéma hexagonal. À trop produire des mauvais films, les spectateurs désertent les salles tandis que n'y retournent invariablement que ceux qui espèrent toujours y dénicher la perle rare. C'est ainsi que parfois l'on passe à côté de très belles surprises dont N'avoue jamais fait indéniablement partie. Des œuvres devenues si rares qu'elles se posent comme d'authentiques ovnis dans un paysage français dont la qualité baisse d'année en année. Découvert il n'y a pas si longtemps que ça à travers Venise n'est pas en Italie en 2019 et La dégustation il y a deux ans, l'écrivain, réalisateur, scénariste et producteur français semble devoir faire partie de ceux qui comptent. Du moins entendons-nous cette petite musique qui nous pousse à aller voir ce que cache chacune de ses nouvelles apparitions sur grand écran. Le couple Sabine Azéma/André Dussolier au cinéma est devenu l'une de ces habitudes qui n'ont pas échappées aux spectateurs français amoureux de leur langue et des personnalités qui la représentent... Dans le registre de la comédie, la référence qui vient immédiatement à l'esprit est Tanguy d'Étienne Chatiliez et nettement moins sa tardive et médiocre séquelle Tanguy, le retour réalisé dix-huit ans plus tard. On pourrait également citer Les Herbes folles d'Alain Resnais de 2008, ou encore la petite dizaine d'autres longs-métrages qui les réunirent en l'espace de plusieurs dizaines d'années de carrière. N'avoue jamais, lui, les réunit et en fait le duo principal d'une comédie aussi drôle que touchante. L'une de ces belles surprises qui justement n'attendait plus que son public pour révéler une fois encore le jeu tout en finesse et en expressions de Sabine Azéma et André Dussolier. L'un et l'autre incarnent un couple marié depuis un demi-siècle environ. Parents de trois enfants prénommés Capucine (Joséphine de Meaux), Adrien (Sébastien Chassagne) et Amaury (Gaël Giraudeau), ils vivent heureux dans une très belle demeure. Lui est en un ancien général de l'armée française prénommé François qui un jour, alors qu'il est en train d'effectuer du rangement dans le grenier, découvre que son épouse Annie l'a trompé il y a quarante ans en arrière...


La lecture de lettres enflammées écrites à l'époque par l'ancien amant Boris Pelleray (Thierry Lhermitte) lui cause un choc. Demandant des explications à Annie, celle-ci avoue mais veut le convaincre qu'après toutes ces années, il y a prescription. Sauf que pour François, il s'agit de laver son honneur. Décidant sur un coup de tête de divorcer de sa femme, l'ancien militaire choisit tout d'abord d'aller rendre visite à celui qu'il cru être son ami voilà quarante ans afin de lui mettre son poing sur la figure. Annie qui affirme qu'après toutes ces années elle sera capable de le reconnaître décide d'accompagner son mari furieux. Arrivés à Nice où vit toujours Boris, le couple part s'installer chez leur fille Capucine dont ils ignorent tous les deux qu'elle est en couple avec une femme... Difficile que d'aborder le thème de l'infidélité même si après tant d'années l'on peut être de l'avis d'Annie et supposer qu'il y a prescription. Mais face au personnage de François, comment réagir ? André Dussolier incarne un ancien général de l'armée française absolument savoureux. Fermé, voire irascible, usant sans cesse de terminologies propres à l'armée, l'acteur est extrêmement drôle, le faciès grimaçant, en totale opposition avec celui de Sabine Azéma dont la fraîcheur malgré ses soixante-quinze ans traverse littéralement l'écran. En incarnant ce couple aux caractères apparemment antinomiques, l'occasion est offerte aux deux acteurs de donner le plein talent qui est le leur. Entourés d'une brochettes d'interprètes tous aussi remarquables, notre duo fonctionne parfaitement. Mais le sujet du couple ainsi que ceux de l'adultère et de l'infidélité ne prêtant pas toujours à rire, le scénario d'Ivan Calbérac nous assène quelques beaux moments d'émotion (les larmes de François lors de la représentation théâtrale de son fils Adrien). Le réalisateur fait certains choix plutôt judicieux, d'ailleurs. Comme de ne surtout pas nous infliger une séquence que l'on voyait pourtant pointer de très loin en découvrant que Boris est professeur de karaté... Le choix de ses principaux interprètes est en outre l'élément clé du récit. Sabine Azéma et André Dussolier se connaissant parfaitement, le couple François/Annie est parfaitement crédible. Ajouté à cela la très belle partition musicale du compositeur Laurent Aknin, on tient là l'une des plus belles surprise de l'année en matière de comédie française et sans doute l'une des plus chaleureuses...

 

vendredi 21 juin 2024

Cortex de Nicolas Boukhrief (2008) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Commençons donc par un peu de science : Le cortex cérébral, celui auquel se réfère objectivement le quatrième long-métrage mis en scène par le réalisateur et scénariste français Nicolas Boukhrief, est la couche externe du cerveau et implique un nombre important de fonctions cognitives. Les protéines Tau sembleraient entrer en contact directe avec la maladie d'Alzheimer. Pathologie dont est atteint le héros de Cortex, du nom donné à l'ancien policier désormais à la retraite, Charles Boyer, par ses anciens collègues. Une ambiguïté qui survient en toute fin de long-métrage si l'on prend en compte qu'une telle désignation puisse avoir un rapport avec ses qualités d'enquêteur tandis que les spectateurs font sa connaissance alors même qu'il est gravement malade. Touchant un individu dont les compétences sont non seulement justifiées à travers ce surnom mais également par l'entremise d'investigations ayant directement lieu dans l'enceinte d'une clinique où désormais il est admis, on peut admettre les efforts surhumains qu'il va devoir s'employer de mettre en place s'il veut pouvoir résoudre cette série de morts qui semble directement toucher certains résidents de la clinique. Considérant l'importance des personnages secondaires entourant l'admirable André Dussollier, Nicolas Boukhrief intègre au drame qui touche le principal protagoniste une trame nébuleuse que l'on pourrait raccorder à certains classiques du thriller américain. Dans Memento de Christopher Nolan, un homme atteint d'amnésie antérograde portait sur lui des tatouages tous relatifs à l'enquête qu'il menait afin de ne rien perdre des éléments qu'il avait jusqu'ici regroupé. Plus loin, un journaliste se faisait passer pour fou et intégrait un hôpital psychiatrique afin d'enquêter de son côté sur un meurtre dans l'excellent Shock Corridor de Samuel Fuller. Troubles de la mémoire d'un côté, immersion dans l'univers psychiatrique de l'autre.


Le réalisateur et scénariste consomme et digère ces deux approches de la science liée aux maladies ''mentales'' afin de décrire tout d'abord le combat éternel d'un homme contre la maladie qui s'attaque en partie à sa mémoire en cherchant à conserver les éléments de preuves et les indices dans un cahier. L'un des ressorts de l'intrigue se situe sur la réalité ou non de ce que perçoit Charles Boyer. Rapportant les faits auprès d'un fils incrédule (Julien Boisselier), persuadé que son père est victime d'hallucinations liées à la maladie d'Azheimer et questionnant des membres hospitaliers sur la cause des décès que l'on finit par trouver beaucoup trop bienveillants pour être tout à fait honnête. Nicolas Boukhrief nous emporte ainsi dans un dédale psychologiquement tendu, représentation physique de l'esprit délité d'un personnage seul face aux autres. Cortex cultive ainsi les soupçons sans jamais vraiment remettre en question les convictions de l'ancien flic. le directeur de la photographie Dominique Colin et le responsable du sound design Nicolas Becker exploitent un personnel et un cadre théoriquement sains qui pourtant prennent un visage souvent inquiétant. Surtout lorsque les lumières s'éteignent et que les intérieurs de la clinique se nimbent de teintes aussi sobres qu'étouffantes et anxiogènes. Porté par un André Dussollier personnalisant très efficacement cet ancien flic atteint d'une maladie dégénérative et par l'ensemble du casting au sein duquel nous reconnaîtront notamment Marthe Keller, Aurore Clément, Philippe Laudenbach ou encore Gilles Gaston-Dreyfus dans le rôle des principaux patients ainsi que Pascal Elbé, Claude Perron, Claire Nebout ou Chantal Neuwirth dans celui du médecins et des infirmières de la clinique, le long-métrage de Nicolas Boukhrief est plutôt une bonne surprise malgré une résolution quant à la réalité ou non des faits, un peu légère...

 

lundi 24 juillet 2023

Mon pire cauchemar d'Anne Fontaine (2011) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

La réalisatrice française Anne Fontaine et l'acteur Benoît Poelvoorde se sont rencontrés il y a dix-huit ans sur le plateau de Entre ses mains. Une œuvre cultivant l’ambiguïté du personnage incarné par l'acteur belge qui y interprétait le rôle du vétérinaire Laurent Kessler. Une interprétation qu'il partagea avec la toujours aussi charmante Isabelle Carré. La complicité entre la réalisatrice et l'acteur s'est perpétuée au-delà de ce seul long-métrage puisque Benoît Poelvoorde apparaîtra également dans Coco avant Chanel en 2009, dans Blanche comme neige en 2019 et, entre les deux, dans Mon pire cauchemar en 2011. Pour ce dernier, l'un et l'autre quittent la noirceur de leur toute première collaboration inspirée du roman Les kangourous de la romancière Dominique Barbéris pour s'offrir ensemble un authentique moment de détente et de légèreté à travers une œuvre reposant sur un scénario écrit par Anne Fontaine ainsi que le scénariste et réalisateur Nicolas Mercier. Pour accompagner le plus français des acteurs belges, Anne Fontaine offre à Benoît Poelvoorde une partenaire de taille en la personne d'Isabelle Huppert. Rien moins que l'une des deux ou trois meilleures actrices de l'hexagone. Et encore, lorsque je dis ''l'une des deux ou trois meilleures'', c'est pour ne pas fâcher celles et ceux que je pourrais indisposer en affirmant que cette immense artiste est LA plus grande actrice de France. Maintenant que ce point est précisé, parlons de Mon pire cauchemar, cette comédie qui, en réalité, n'est pas aussi légère qu'il y paraît même si rien de fondamentalement grave ne s'y produira. Tout débute lors d'une réunion entre des parents d'élèves et les responsables d'un établissement scolaire d'excellente réputation (l'acteur Philippe Magnan y interprète le court rôle du principal). La directrice de galerie d'art Agathe Novic (Isabelle Huppert) y prend la parole afin de parler d'un sujet portant sur les tests d'orientation lorsque débarque en retard Patrick Demeuleu (Benoît Poelvoorde). Un français moyen, coupant la parole à la mère de famille et sautant avec ses grands sabots sur le sujet de la ''bouffe'' à la cantine. En seulement quelques phrases, le ton est donné. L'orientation qu'à donné Anne Fontaine à ses deux principaux personnages est clairement établi lors de cette savoureuse séquence qui permet de les confronter pour la première fois...


Mon pire cauchemar, c'est deux monde qui se distinguent, se télescopent et s'affrontent. Celui d'Agathe, femme d'affaire en tailleur, stricte, froide, hautaine et vivant dans un quartier huppé de la capitale aux côtés de son compagnon François Dambreville (le toujours excellent André Dussollier) et de leur fils, le jeune Adrien (Donatien Suner dont la carrière semble stagner depuis sa participation au court-métrage Saint Désir réalisé par Caroline Detournayet Paulina Pisarek en 2016). Celui également de Patrick, ouvrier belge qui vit avec son fils Tony (Corentin Devroey, dont ce film sera la seule apparition sur grand écran) dans une misérable loge. D'un côté, nous avons la femme responsable, très attentive à sa manière de se comporter en société mais relativement rude envers ses collaborateurs. Patrick, lui, est nature, amateur de bière et au langage parfois on ne peut moins châtié ! Deux mondes qui a priori ont peu de chance de se croiser. Oui mais voilà, le destin en a décidé autrement et contre mauvaise fortune, l'un et l'autre vont apprendre à s'apprivoiser. Et dans ce genre de circonstances, on imagine aisément que le bout du chemin sera plus rude pour Agathe que pour Patrick. Isabelle Huppert et Benoît Poelvoorde campent un duo attachant, drôle et même parfois émouvant. Elle, semble avoir tout réussi et lui, inversement paraît n'avoir pas fait grand chose de remarquable dans sa vie... à part son fils Tony dont le quotient intellectuel dépasse de loin celui du fils d'Agathe. Si la comédie est enlevée et parfaitement interprétée, ça n'est certes pas seulement dû au hasard ou à la simple performance de ses deux principaux acteurs (au demeurant, parfaitement accompagnés par André Dussollier, les deux adolescents ou bien même la séduisante Virginie Efira dont la carrière ne s'était pas encore envolée puisqu'en une douzaine d'années, on ne la vit que dans quelques séries télévisées, téléfilms ainsi qu'une poignée de longs-métrages) mais aussi et surtout parce que les personnages centraux renvoient directement à l'image que l'on connaît bien de l'un et l'autre de leurs interprètes. C'est donc du pain béni pour Anne Fontaine qui n'a plus qu'à laisser tourner sa caméra, pour Isabelle Huppert, Benoît Poelvoorde et André Dussollier qui n'ont qu'à laisser éclater leur talent, et pour les spectateurs qui sont certains,avec Mon pire cauchemar, de passer un très agréable moment en leur compagnie...

 

dimanche 11 décembre 2022

Le torrent d'Anne le Ny (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Actrice, scénariste et réalisatrice française, on connaît surtout Anne le Ny pour ses rôles au cinéma et peut-être un peu moins pour les films qu'elle a elle-même mis en scène. Non pas que ces derniers soient inintéressants, mais bon, son visage sonne sans doute plus familièrement que la poignée de longs-métrages qu'elle a mis en scène en quinze ans de réalisation. Seule ou accompagnée, celle qui dans son dernier film s'offre le rôle secondaire du capitaine Da Silva est non seulement à la réalisation mais également à l'écriture. Pour Le torrent, elle s'adjoint les services de l'actrice Axelle Bachman qui collabora déjà avec elle sur On a failli être amies en 2014. Loin de la comédie Les invités de mon père qu'elle tourna en 2011, Anne le Ny ouvre son dernier long-métrage sur l'un de ces faits-divers qui noircissent régulièrement les pages de la presse papier et font parfois la une des journaux télévisés. La disparition d'une jeune femme (Ophélia Kolb dans le rôle de Juliette), puis la découverte de son corps sous une coulée de boue après qu'un torrent ait emporté son corps. D'emblée, la réalisatrice ne fait pas mystère du décès de l'épouse d'Alexandre (José Garcia) puisqu'à la suite d'une dispute de couple (il découvre qu'elle l'a trompé avec un amant) et après qu'elle ait quitté à pieds et en pleine nuit la demeure familiale, Juliette tombe dans un fossé alors qu'Alexandre tentait de la convaincre de monter dans sa voiture. On sait donc dès le départ que le mari et innocent. Là où le scénario de Anne le Ny et Axelle Bachman diffère de ce que l'on a l'habitude de découvrir sur grand écran, c'est l'attitude même d'Alexandre, homme innocent qui pourtant a tout du coupable. Une attitude qui le rend parfois éminemment antipathique. Surtout lorsque pour éviter que la police ait des soupçons contre lui, il va demander à sa fille de mentir. Comme pour justifier par exemple les éraflures présentes sur la carrosserie de sa voiture. Mais alors que Le torrent arbore les atours du thriller à la française avec tout ce que cela comporte d'investigation de la part des autorités ainsi que la présence de l'amant en question (Victor Pontecorvo dans le rôle d'Antoine), le film prend un virage nettement plus intimiste lorsque débarquent les parents de la victime. Christiane Millet dans le rôle de Brigitte, mais aussi et surtout André Dussolier dans celui de Patrick...


Et à dire vrai, plus que José Garcia, c'est le duo que forme véritablement l'un des plus grands acteurs du cinéma français avec la jeune et talentueuse Capucine Valmary qui incarne la fille d'Alexandre, Lison qui donne sa force au dernier long-métrage d'Anne le Ny. Passant ainsi du thriller ''convenu'' au drame intimiste porté par un André Dussolier incroyablement touchant. Sobre, le regard terriblement expressif, l'acteur adopte une attitude faussement détachée qui cache en réalité une douleur infinie. José Garcia, lui, incarne un père et un beau-fils froid, calculateur, manipulant son entourage et en premier lieu sa fille Lison. L'empathie n'étant pas l'un des critères qui le définissent, il apparaît le visage fermé, dénué d'émotion, plus préoccupé par ce qui lui arrive que par les conséquences de l'accident sur les parents de Juliette, sur son jeune fils Darius (Zéphyr Elis) ou l'implication de Lison, prête à mentir pour son père bien aimé. Tourné fin 2020 dans la région du Grand Est, Le torrent est une totale réussite qu'il faut avant tout aborder sous l'angle du drame que celui du thriller. Ici, tout est fait pour que l'intrigue soit la plus réaliste possible, au risque d'étonner celles et ceux qui s'attendaient à un thriller pur jus conclu par un twist. Lequel, bien évidemment n'arrivera pas. Comme à son habitude, André Dussolier est formidable. Tout comme l'est Capucine Valmary qui dans le rôle de Lison est déchirée entre son amour pour son père et l'impossibilité de vivre dans le mensonge. Anne le Ny s'offre un rôle secondaire qui marque cependant les esprits par la rigueur prescrite par la contrainte liée à son personnage. Tourné en plein hiver, dans de magnifiques décors enneigés qui n'aident cependant pas à réchauffer l'atmosphère parfois mortifère du sujet, Le torrent confirme s'il était besoin les talents de réalisatrice et de scénariste d'Anne le Ny. Visible actuellement dans les salles de cinéma... 

 

lundi 10 janvier 2022

Attention au départ de Benjamin Euvrard (2021) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Ben voilà, une fois de plus, nous nous sommes laissés embarquer par une bande-annonce qui, si elle ne laissait jamais envisager que l'on allait tomber sur le renouveau de la comédie française, nous a tout de même donné une fois encore l'envie de pousser les portes du cinéma CGR de Narbonne pour aller y découvrir Attention au départ! de Benjamin Euvrard. Non pas pour que s'y révèle qu'en fiction, la SNCF respecte davantage les horaires de trains que dans la vie réelle (et croyez-moi, je sais de quoi je parle!) mais, pourquoi pas, rire un bon coup. En compagnie de l'éternel André Dussollier qui décidément, ne change jamais, de Jérôme Commandeur que j'apprécie un peu moins depuis cette comédie (et son dernier spectacle nettement moins amusant que par le passé) et Jonathan Lambert en roue libre façon contrôleur désaxé. Le pitch ? Oh, rien de plus simple : Benjamin et Antoine ont la charge d'emmener une poignée de gamins en vacances à bord d'un train, devinez-quoi ! Annoncé avec du retard ! Sauf que, ben, je le répète, ici, on est n'est plus vraiment dans la vraie vie mais dans un film et donc, le retard annoncé est rattrapé de telle manière que les gosses, confortablement installés dans leur wagon-couchette, partent sans Benjamin (Jérôme Commandeur) et Antoine (André Dussolier)... lesquels ont gentiment accepté d'aider une ''granny'' à monter ses bagages dans un autre train, voyant ainsi, désespérés, les garnements leur échapper. Ce qui ne semble pas trop démoraliser ces derniers qui vont mener la vie dure à Michaud (Jonathan Lambert), un type un peu spécial ''mis à la retraite'' par la SNCF, obsédé par son ancien métier qui contre toute attente a décidé de rendosser son uniforme de contrôleur...


Si le long-métrage de Benjamin Euvrard démarre plutôt bien, tout l'intérêt de Attention au départ! se gâte assez rapidement. Partagé entre le duo d'acteurs qui n'auront de cesse de multiplier les ''prouesses'' afin de rattraper le train dans lequel les gosses ont pris place et de jeunes interprètes qui très sûrement, se sont bien davantage amusés que les spectateurs enfermés dans la salle de cinéma, le film s’essouffle à une telle vitesse que sans être un calvaire, l'ennui s'impose très rapidement. Au mieux, Attention au départ! est un téléfilm. Au pire, une comédie sans autre intérêt que de nous livrer une succession de séquences qui ont pour principal défaut de toutes se ressembler. Jonathan Lambert que l'on attendait dans ce registre un peu (voire même terriblement) fou des personnages qu'il avait su façonner à l'époque de La Grosse Émission sur la chaîne Comédie (genre, Damien Baizé, Rémi Primeur et Blue Michou) reprend certes le concept sans pour autant jamais aller aussi loin dans la démesure. À croire que le film visant un public familial, Benjamin Euvrard n'ait pas eu le courage de pousser le bouchon trop loin. Quant aux pérégrinations des deux adultes, à part nous rejouer la comédie façon Road Movie humoristique comme tant d'autres l'ont fait avant eux, le film tourne malheureusement en rond et n'est finalement efficace que sur le quai de la gare, au début, ou lorsque Antoine et Benjamin se retrouvent bloqués dans le second train. Avouons que cette courte partie du long-métrage est plutôt drôle, avec cette ''mamie'' qui semble préférer la séduction aux pots de confiture. Pour le reste, Attention au départ! soufre également de faiblesses en terme d'écriture. Les dialogues sont d'une pauvreté parfois affligeante. Quant aux gamins qui font les cons dans le train, avec en point de mire un Jonathan Lambert/ Michaud perdant les pédales, ça peut faire (sou)rire une fois, mais pas deux...

mardi 28 septembre 2021

Boite Noire de Yann Gozlan (2021) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Si 2021 aura été l'année de toutes les attentes de l'autre côté de l'Atlantique parmi lesquelles le nouveau James Bond Mourir peut attendre de Cary Joji Fukunaga, le retour de la franchise Matrix et son quatrième volet ou l'adaptation du roman de science-fiction culte de Frank Herbert Dune par Denis Villeneuve, en France les ambitions allaient se trouver d'un tout autre ordre avec l'adaptation sur grand écran de la série télévisée humoristique Kaamelott. Bref, rien de vraiment joyeux à se mettre sous la dent, surtout pour les non-initiés. Mais c'était sans compter sur le dernier long-métrage du réalisateur français Yann Gozlan qui avec son quatrième long-métrage allait signer l'un des meilleurs films de l'année, tous genres et toutes origines compris. Pour la seconde fois de sa carrière le réalisateur fait appel au talent de l'acteur Pierre Niney qui depuis quelques années est enfin entré de plain pied dans le Cinéma avec un grand C. Ici, il incarne le rôle de l'analyste-acousticien Mathieu Vasseur. Un jeune employé du bureau d'enquête et d'analyse pour la sécurité de l'aviation civile. Ambitieux et rigoureux, il se fait très vite remarquer pour ses qualités mais se confronte très vite à certains mécanismes qui entrent en jeu dans son métier et qui malheureusement brident son talent. Alors qu'un avion de modèle 800 de la compagnie Atrion s'est écrasé, emportant avec lui ses seize membres d'équipage ainsi que trois-cent passagers, l'analyse de la boite noire de l'avion est confiée au plus expérimenté des collègues de Mathieu, Victor Pollock (excellent Olivier Rabourdin). Mais alors que celui-ci est chargé de déchiffrer les enregistrements, il disparaît dès le lendemain sans donner de nouvelles. Alors que les médias, les familles des victimes et l'état attendent d'avoir des explications concernant le crash du 800, le directeur de la BEA Philippe Rénier (André Dussolier) choisi en dernier recours de confier l'enquête à Mathieu...


Voici à peu de chose près comment débute l'aventure de Boite noire. Ce thriller tendu, admirablement maîtrisé de bout en bout et que risquent très vite de nous jalouser l'Amérique, l'Asie ou les pays scandinaves. Il n'est d'ailleurs pas interdit d'imaginer que le concept soit emprunté dans les mois à venir par tel ou tel réalisateur étranger tant le long-métrage de Yann Gozlan s'avère parfaitement exemplaire. Porté par un Pierre Niney au sommet de son art, le film est d'une très grande puissance émotionnelle. La tension y est telle que l'on ne relâche son attention à aucun moment. Grâce aux talents conjugués de la mise en scène, de la sombre photographie de Philippe Cottereau, de l'interprétation bien entendu mais aussi de la partition musicale écrite à l'occasion par le compositeur Philippe Rombi, Boite noire offre un spectacle ininterrompu, sans temps morts, lors duquel le spectateur se pose les mêmes questions que le héros avant que ses pensées ne prennent une trajectoire différente. Car si Pierre Niney/Mathieu Vasseur est sûr de son fait même lorsqu'il vient de remettre en cause ses premières impressions, le spectateur, lui, fini par douter et se ranger au même avis que certains amis ou collaborateurs du héros. Parmi lesquels nous retrouvons notamment l'actrice Lou de Laâge dans le rôle de Noémie, l'épouse de Mathieu, Sébastien Pouderoux dans celui de Xavier Renaud ou encore Guillaume Marquet dans la peau d'Antoine Balsan...


S'inspirant d'un scénario écrit à huit mains entre le réalisateur lui-même ainsi que Jérémie Guez, Nicolas Bouvet et Simon Moutairou, Boite noire est implacable et joue sur un certain réalisme. Le film nous fait revivre les moments clés du crash sans pour autant exposer frontalement les horreurs d'un tel événements. À vrai dire, Yann Gozlan n'a nul besoin d'en rajouter dans les effets tant le récit est dénué de trous scénaristiques. Tout semble logique. Rien de vraiment incohérent ne figure dans la longue liste d'événements et de retournements de situations qui viennent étayer des hypothèses criantes de réalisme. Même lors des séquences durant lesquelles le héros est simplement assis devant son écran afin d'analyser les enregistrements, la tension est palpable. Toujours grâce aux talent conjugués de Pierre Niney et de la musique de Philippe Rombi. Rares sont les expériences qui demeurent dans la durée aussi immersives. Boite noire a beau durer plus de deux heures et être dénué de toute course-poursuite (en dehors d'une très courte séquences entre le véhicule de Mathieu et une moto dont le pilote et son passager semblent avoir de très mauvaises intentions), on ne s'ennuie pas un seul instant. Mais plus fort encore que l'intrigue, le film distille un climat de paranoïa et de complotisme aussi prégnant et moite qu'une mauvaise sueur. Actuellement en salle, inutile de préciser qu'il est urgent d'y aller découvrir le dernier long-métrage de Yann Gozlan...

 

vendredi 11 juin 2021

Tais-toi ! de Francis Veber (2002) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Alors qu'une exposition est consacrée au dialoguiste et scénariste Michel Audiard au musée du cinéma et de la photographie Jean Delannoy de Bueil dans l'Eure jusqu'à la fin octobre, il sera peut-être temps un jour de revenir sur la carrière de l'un de nos plus grands dialoguistes. Sur un ton sans doute moins argotique et familier que l'auteur des dialogues d'Un taxi pour Tobrouk de Denys de La Patellière, Les Tontons flingueurs de Georges Lautner ou de Mortelle Randonnée de Claude Miller, Francis Veber a su marquer de sa patte toute personnelle mais néanmoins identifiable chez d'autres (Le prénom d'Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte aurait tout aussi bien pu être né de la plume de l'auteur de la trilogie La chèvre/Les compères/Les Fugitifs), le cinéma comique français. Avec une intelligence dans les dialogues que ne partagent malheureusement que peu de réalisateurs ou scénaristes. Et pourtant, de La chèvre en passant par Le Dîner de cons et jusqu'à Tais-toi ! au moins, le principe fut toujours le même. L'opposition de deux personnages qui n'ont absolument rien en commun. Deux ans auparavant, Francis Veber avait déjà cerné tout le potentiel comique de Gérard Depardieu en lui offrant le rôle du chef du personnel Félix Santini dans Le placard aux côtés de Daniel Auteuil et de Thierry Lhermitte. En 2002, le réalisateur, scénariste et dialoguiste le réembauche pour la cinquième fois et contrairement à la trilogie qu'il partageait avec l'acteur Pierre Richard, Gérard Depardieu n'y incarne cette fois plus la force brute, le rôle de celle-ci étant désormais confié à Jean Reno...


Non, désormais, celui qui incarna le détective privé Campana, le journaliste Jean Lucas puis le braqueur de banques du même nom interprète ici, Quentin... de Montargis. Un gentil gars, léger d'esprit, très bavard, version pas très finaude du suicidaire François Pignon de L'emmerdeur d’Édouard Molinaro (film déjà écrit à l'époque par Francis Veber lui-même). Face à lui, il fallait bien un acteur de la trempe, du charisme et de la stature de Jean Reno pour faire oublier au public cette force brute qu'incarne en général Gérard Depardieu. Comparable lui aussi à l'un des personnages principaux incarnés en 1973 par Lino Ventura (le tueur à gages Ralf Milan, toujours dans L'emmerdeur), Jean Reno campe celui de Ruby, un criminel qui après avoir dérobé vingt millions d'euros lors d'un braquage se retrouve dans la même cellule que Quentin. Un sujet dont l'originalité semble très modeste puisque se revendiquant (in)volontairement du duo François Pignon/Jean Lucas des Fugitifs. Sauf que dans le cas présent, les deux hommes vont faire équipe sous la contrainte du second, très attaché à son nouvel ami Ruby. Loin d'être aussi remarquables que ceux du Dïner de cons réalisé quatre ans auparavant, les dialogues s'avèrent étonnamment faibles, le film ne reposant que sur quelques saillies ''verbiales'' et surtout, sur son sympathique duo.


Entre un Jean Reno froid et épris de vengeance envers celui qui a tué celle qu'il aime (l'excellent Jean-Pierre Malo dans le rôle de Vogel qui fut quinze ans auparavant l'ennemi public numéro un dans Le Solitaire de Jacques Deray face à Jean-Paul Belmondo) et un Gérard Depardieu irrésistible en Quentin collé aux basques de son criminel ''d'ami'' et affublé d'une improbable coiffure, Tais-toi ! n'est peut-être pas aussi fin que tout ce qu'à pu mettre en scène ou réaliser Francis Veber jusque là mais l'essentiel y est. À part quelques séquences secondaires parfaitement inutiles comme la rencontre des deux hommes avec la charmante Katia, l'actrice franco-chilienne Leonor Varela qui interprète en outre la bien aimée de Ruby qui se fait dessouder par Vogel au début du film, Tais-toi ! rempli parfaitement sa tâche de comédie parfois hilarante, agrémentée de quelques personnages secondaires plus ou moins amusants. Et parmi eux, André Dussolier en psychiatre, Richard Berry en commissaire Vernet, Vincent Moscato en homme de main de Vogel ou encore Ticky Holgado dans le rôle de Martineau, seul véritable ami de Quentin. En 2002, nous avions le choix entre Ah ! si j'étais riche de Michel Munz, Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre d'Alain Chabat, Le Boulet d'Alain Berbérian et Frédéric Forestier ou encore Ma femme s'appelle Maurice de Jean-Marie Poiré. On le voit, Tais-toi ! n'était certes cette année là sans doute pas la meilleure comédie française à sortir sur les écrans, mais pas la pire non plus...

 

samedi 5 décembre 2020

Affaire de Famille de Claus Drexel (2007) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

L'affiche du long-métrage Affaire de Famille ressemblant en tout point à celles des comédies franchouillardes des années soixante-dix quatre-vingt, le film aurait pu être condamné à finir sa carrière au format DVD, vendu à deux euros dans les bacs des supermarchés. Pourtant, à l'image de la dite affiche, ce premier long-métrage réalisé par Claus Drexel en 2007 est une œuvre qui joue du début à la fin sur les apparences. Pour commencer, évoquons l'un des rares points noirs du film : on a effectivement souvent l'impression d'être devant un téléfilm de luxe plutôt que dans une œuvre vouée à être projetée sur grand écran. Ce qui s'avère en définitive peu contraignant puisque le concept et ses interprètes font que l'on oublie très rapidement la légèreté de la mise en scène pour ne plus se concentrer que sur le déroulement de l'intrigue. Affaire de Famille est une comédie noire qui lorgne du côté du thriller. Miou-Miou, André Dussolier et Hande Kodja en sont les membres tandis qu'Eric Caravaca incarne le rôle d'un inspecteur de police et Julien Courbey, celui d'un voyou...


Tout commence ''tranquillement'' avec l'incendie de la serre des Guignebont, se poursuit avec la découverte d'un sac rempli de billets de banque et se termine par un projet d'escapade vers le Brésil. André Dussolier est Jean Guignebont, supporter de football, ancien avant-centre du Grenoble Foot 38. Miou-Miou interprète son épouse Laure. Elle tient une boutique de bric à brac, adore les romans d'épouvante et le chocolat. Hande Kodja est Marine, la fille des Guignebont. Un brin rebelle et plus proche de sa mère que de son père. Eric Caravaca campe le rôle de l'inspecteur Vivant qui enquête sur l'incendie survenu chez les Guignebont tandis que Julien Courbey est une petite frappe au look de gangsta rap qui aimerait récupérer le fruit d'un butin sur lequel a mis la main le père de famille..


Une famille originale pour un scénario qui ne l'est pas moins. Construit en trois chapitres et un épilogue, Affaire de Famille use du principe des différents points de vue d'une même séquence. Le premier étant vu à travers les yeux de Miou-Miou, puis d'André Dussolier et enfin de ceux de Hande Kodja. Le principal intérêt du long-métrage de Claus Drexel se situe au niveau de la perpétuelle réinterprétation des événements puisque à chaque changement de chapitre une vision nouvelle apporte des réponses différentes, elles-mêmes contredites par le chapitre suivant. L'interprétation juste ne bouleverse cependant pas les habitudes du spectateur même si découvrir André Dussolier dans ce registre, une arme à la main, peut amuser. Miou-Miou est attendrissante et Julien Courbey savoureux dans le rôle de ce pseudo rappeur portant cheveu ras et collier ''bling bling'' autour du cou. Pour un premier long-métrage, Claus Drexel réalise une comédie qui en dépit d'un visuel ''inesthétique'' est vraiment sympathique, légère, sans prises de tête, astucieuse et jamais ennuyeuse. Une jolie petite découverte...

 

dimanche 26 janvier 2020

Fourmi de Julien Rappeneau (2019) - ★★★★★★★☆☆☆



Fils du célèbre réalisateur français Jean-Paul Rappeneau (Les Mariés de l'an II avec Jean-Paul Belmondo en 1971, Cyrano de Bergerac avec Gérard Depardieu en 1990, Le Hussard sur le toit avec Juliette Binoche en 1995), le scénariste et réalisateur Julien Rappeneau revenait en 2019 avec son second long-métrage quatre ans après Rosalie Blum. En adaptant le roman graphique Dream Team du scénariste Mario Torrecillas et du dessinateur barcelonais Artur Laperla, Julien rappeneau réalise une œuvre touchante, mêlant à la fois une chronique familiale, la passion pour le football, la comédie et dépeint d'une certaine manière la vie d'un petite localité du nord de la France ''bousculée'' par un événement qui va lui permettre de se ''réveiller'' quelque peu. Dans une ville touchée par le chômage et dont une partie de la population s'enferme dans son unique bar pour y dépenser son salaire en alcool, le jeune Théo est l'espoir de son père Laurent, lui-même alcoolique, divorcé de Chloé (laquelle a refait sa vie) et qui le jour où il apprend que son fils a été recruté par un club de football décide de se reprendre en main. Abandonnant la boisson, décidé à prendre un appartement alors qu'il vivait jusque là chez sa grand-tante, reprenant contact avec l'assistante sociale Sarah, Laurent espère pouvoir emmener lui-même son fils jusqu'en Angleterre. Mais il y a un hic. Alors que son père est fier de Théo et qu'il partage sa joie avec ses copains du bistrot, la vérité, c'est que le jeune garçon a menti. Trop petit, il n'a pas été recruté pour jouer dans l’équipe de football d'Angleterre. Trop content de voir son père heureux, Théo s'enfonce pourtant dans le mensonge, aidé par son ami Max, Geek et agoraphobe...

On savait l'acteur belge François Damiens capable de jouer dans la comédie et dans le drame mais il tient en ce personnage de Laurent, sans doute son incarnation la plus subtile. Du moins, la plus touchante. En père alcoolique, entre le bar du village où il s'évertue à se détruire à grand renfort de pastis et les matchs de football où il se ridiculise en hurlant sur l'arbitre où sur les équipes adverses, humiliant ainsi involontairement son fils Théo, François Damiens a parfaitement su cerner son personnage. Autour de lui, un panel d'interprètes brillants. À commencer par le jeune Maleaume Paquin qui incarne Théo. Un an après avoir joué auprès de Daniel Auteuil dans Rémi sans Famille d'Antoine Blossier, Julien Rappeneau lui offre l'un des deux rôles principaux. Ce qui lui permettra de se frotter non seulement à François Damiens avec lequel son personnage entretient des relations fusionnelles particulièrement touchantes, mais lui donnera également l'occasion d'approcher André Dussolier qui incarne ici le personnage de Claude, son entraîneur, Ludivine Sagnier, qui interprète sa mère Chloé, ainsi que Laetitia Dosch, Sébastien Chassagne, l'épatante Cassiopée Mayance ou encore l'hilarant Pierre Gommé qui interprète l'irrésistible Max, l'ami agoraphobe enfermé en permanence dans sa chambre...

Fourmi est d'abord une comédie familiale plutôt convaincante. On s'amuse de voir le jeune Théo s'embourber dans son mensonge ou son père reprendre goût à la vie. Mais le film de Julien Rappeneau est sans doute beaucoup plus profond que la majorité des comédies que nous servent habituellement les auteurs français. Comédie, oui, mais aussi critique sociale d'une cité en proie au chômage et à l'alcool et où le football est un exutoire qui permet d'échapper à la réalité. C'est sans doute la raison pour laquelle le mensonge du jeune Théo va prendre une telle ampleur, touchant de près ou de loin tous les habitants du coin. François Damiens porte littéralement le film sur ses épaules, aidé en cela par des interprètes remarquables. Diverses générations d'acteurs merveilleusement dirigés par un Julien Rappeneau qui ''aime'' visiblement ses interprètes. On ne versera sans doute pas la moindre larme, l'humour revenant sans cesse nous rappeler que nous sommes d'abord devant une comédie, mais l'histoire de ce fils et de ce père demeure tout de même fort émouvante. Une jolie surprise...

mardi 11 décembre 2018

Fréquence Meurtre d'Élisabeth Rappeneau (1988) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Vingt-trois ans après avoir été pourchassée par ses mauvais démons dans le traumatisant Répulsion de Roman Polanski, Catherine Deneuve incarne le personnage de Jeanne Quester, une psychiatre travaillant de jour et animatrice de l'émission radiophonique Nuit de Chine sur Skyrock (bravo pour la pub) traquée par un malade. Une femme forte ? Oui, enfin, si on veut. Car après des années d'expérience, Jeanne, qui accueille chaque soirs les appels téléphoniques d'hommes et de femmes intellectuellement en perdition reçoit celui d'un certain Paul qui peu à peu s'insinue dans l'existence de la psychiatre. Non seulement en tenant des propos qui semblent avoir un rapport avec le passé trouble de Jeanne, mais également en laissant des indices macabres chez elle ainsi que plusieurs cadavres. Plus la tension monte, et plus Jeanne éprouve des difficultés à assurer sa présence à la radio ainsi que sur le terrain. Aidée par son frère Frank qui la confie à la surveillance de l'inspecteur Simon Lieberman, la jeune femme explore toutes les hypothèses afin de découvrir celui ou celle qui la harcèle...

Premier long-métrage d’Élisabeth Rappeneau, sœur du réalisateur Jean-Paul Rappeneau, Fréquence Meurtre est le résultat d'un scénario que la réalisatrice a écrit en compagnie de Jacques Audiard d'après le roman de l'écrivain américain Stuart M. Kaminsky, When the Dark Man Calls sorti en 1983. Un premier essai dans le domaine du thriller assez pathétique dans son déroulement. Partant d'un postulat somme toute intéressant faisant évoluer son principal personnage dans le milieu de la radio, le long-métrage d’Élisabeth Rappeneau souffre de longueurs trop fréquentes et de trop rares séquences réellement prenantes pour que Fréquence Meurtre puisse être aussi digne qu'un Mort un Dimanche de Pluie réalisé par Joël Santoni sorti deux ans auparavant. Les deux films cultivent une même approche, mêlant thriller et épouvante. Mais alors que l’œuvre de Joël Santoni avait su digérer les deux genres pour n'en faire plus qu'un et livrer l'un des plus grands polars français des années quatre-vingt (et même de toutes les époques), Élisabeth Rappeneau manque le coche. Et ce ne sont certainement pas les quelques visuels chocs (les parents de Jeanne enfant découverts dans leur chambre, baignant dans leur propre sang) qui inverseront la donne.

Belle à mourir, Catherine Deneuve incarne une psychiatre dont l'un des principaux intérêts est de demeurer d'une fragilité peu commune avec les héroïnes américaines. A fleur de peau, capable de verser dans le registre de la peur viscérale, l'actrice est notamment accompagnée à l'écran par André Dussolier dans le rôle de Frank, Martin Lamotte dans celui de Simon Lieberman, ou encore le très regretté Étienne Chicot (disparu le 7 août dernier à Paris), lequel interprétait déjà le personnage de Christian dans Mort un Dimanche de Pluie. Si Fréquence Meurtre n'est pas totalement raté, il laisse une désagréable impression d'inachevé. Non pas dans sa conclusion, mais dans la caractérisation de ses personnages que le manque de profondeur suffisante laisse les spectateurs indifférents. Comme dans tout bon film du genre, on s'attend à ce que le coupable fasse partie de l'entourage. C'est donc avec une certaine indifférence que l'on accueillera la conclusion quelque peu grotesque (il faut entendre le harceleur s'exprimer avec la même voix que celle entendue à la radio) éclairant l'intrigue lors d'un climax final assez tristement tourné. Reste la beauté de la Star et un casting étonnant. Un premier long-métrage pas vraiment concluant...

vendredi 28 juillet 2017

Un Ticket pour l'Espace de Eric Lartigau (2006) - ★★★★★★★☆☆☆



Bien que Kaddour Merad et Olivier Baroux (duo plus communément appelé chez nous Kad et Olivier ou, Kad et O) aient décidé de se lancer dans une carrière commune dès mars 1992, ces deux comédiens humoristes et réalisateurs ne sont apparus ensemble au cinéma qu'à partir de 2003 avec l'adaptation de leur série consacrée à une enquête criminelle humoristique tentant de répondre à la question suivante : Mais qui a tué Pamela Rose ? Ils tourneront ensuite indépendamment l'un de l'autre quelques longs-métrages mais se retrouveront sur les tournages Rien que du Bonheur de Denis Parent ainsi que Iznogoud de Patrick Braoudé. Le cinéaste Eric Lartigau, celui-là même qui réalisa leur première véritable collaboration au cinéma avec Mais qui a tué Pamela Rose ? retrouve les deux complices pour Un Ticket pour l'Espace en 2006. Film tournant autour d'un sujet qui déjà, à l'époque, pose la question de l'intérêt du public pour l'aventure spatiale. En effet, ce dernier semblant se désintéresser peu à peu pour le sujet, les scénaristes Kad Merad, Olivier Baroux et Julien Rappeneau imaginent l'histoire un peu folle d'un concours organisé par le gouvernement afin de captiver la population. La marche à suivre est on ne peut plus simple. Il s'agit en effet de gratter un ticket (le fameux ticket pour l'espace du titre) et d'y découvrir trois fusées.

Deux gagnants sont invités à participer au grand voyage qui les transportera à bord d'une station orbitale européenne. Deux individus lambda. Ou presque puisque outre la présence de Stéphane Cardoux, père de famille un peu mythomane que l'épouse vient de quitter avec leur enfant, la fusée décollera avec à son bord un dangereux criminel ivre de vengeance. Bien entendu, le scénario ne se contente pas du voyage vers l'espace mais nous présente d'abord ses principaux interprètes. Du colonel Romain Beaulieu dont l'arrivée caricaturale sur la base rappelle sensiblement l'approche parodique de la précédente collaboration entre le duo d'humoristes et le cinéaste Eric Lartigau, jusqu'à Marina Foïs qui en invitée surprise se présente comme une jeune femme amoureuse un peu gauche. Avant le départ, fort logiquement, sont imposés de nombreux testes physiques et psychologiques. On retrouve là, déjà, l'humour si particulier de Kad et O et que chacun absorbera avec plus ou moins de facilité.

Entre le clan des 'pour' et des 'contre', le combat peut commencer. D'un côté, ceux qui adoubent les deux acteurs-humoristes et leur humour parfois totalement absurde. Ça ne vole pas toujours très haut, c'est parfois lourdingue (mais sans jamais être vulgaire), mais c'est aussi, il faut le savoir et l'accepter, leur marque de fabrique. Soit l'on aime, soit l'on déteste. La complicité des personnages de Mais qui a tué Pamela Rose ? est ici mise à rude épreuve puisque nos deux héros (toujours Kad et O) interprètes des rôles à l'opposé l'un de l'autre. D'un côté, un loser, de l'autre, un colonel à la carrière exemplaire. Un Ticket pour l'Espace accumule de nombreux gags, certes, pas toujours très fins, mais dans l'ensemble, le film d'Eric Lartigau demeure d'une très bonne facture dans le paysage humoristique français, au regard de la concurrence qui sortira elle-même quelques rejetons pas toujours convaincants (entre des Bronzés 3, Amis pour la Vie sortant beaucoup trop tard, et une Doublure qui ne retrouvera jamais la grâce et l'écriture du Dîner de Cons). Les 'anti' devraient donc relativiser un peu et prendre le film pour ce qu'il est : une vaste succession de gags sans réel scénario mais qui permet aux amateurs de comédies françaises de passer un très agréable moment de détente en compagnie d'un casting d'actrices et d'acteurs de diverses générations : on aura en effet le plaisir d'y croiser la route de Guillaume Canet, André Dussollier, Pierre-François Martin-Laval, ou encore Thierry Frémont. Une bonne surprise...

dimanche 28 mai 2017

A Fond de Nicolas Benamou (2017) - ★★★★★★☆☆☆☆



José Garcia, André Dussolier, Jérome Commandeur, Vincent Desagnat et Florence Foresti... entre autres. Un casting excitant pour un récit dont le déroulement rappelle Babysitting et sa suite. Pas étonnant lorsque l'on sait que ces derniers ont tout deux été (co)réalisés par le même bonhomme. Un certain Nicolas Benamou. Enfin... quand je dis excitant, cela dépend pour qui. Entre la vieille garde assurée par l'excellent André Dussolier, une autre un peu plus récente avec José Garcia, et une nouvelle génération dont l'approche du métier d'acteur comique peut avoir de grave conséquences sur le moral des spectateurs nourris durant leur tendre enfance par les acteurs cultes que sont Louis de Funès et Pierre Richard (pour ne citer qu'eux), on aurait pu craindre le pire.
Et pourtant, A Fond se révèle malgré nos angoisses une sympathique petite comédie qui, si elle ne file pas à mille à l'heure, maintient la vitesse constante des cent-soixante kilomètres heures imposés par un régulateur de vitesse défectueux. Tom (José Garcia) et Julia (Caroline Vignaux) Cox sont les parents de Lison (Josephine Callies) et de Noé (Stylane Lecaille). Des gamins heureusement pas trop turbulents si l'on tient compte du fait que les heures qui vont venir vont se transformer en un véritable cauchemar. Après avoir acquis un véhicule couteux entièrement équipé d'un système électronique à la pointe du progrès, la famille Cox prend la route des vacances avec, à bord de leur nouvelle familiale, le père de Tom, Ben (André Dussolier) et une passagère clandestine, Melody Poupart (l'actrice et humoriste suisse qui interprétait déjà le rôle d'Estelle dans les deux Babysitting).

Mais comment donc le cinéaste Nicolas Benamou et les scénaristes Frédéric Jardin et Fabrice Roger-Lacan vont-ils donc pouvoir nous tenir en haleine durant presque une heure trente a-t-on le droit de se demander. En éprouvant une fois de plus la recette des Babysitting. L'une des caractéristiques du cinéma de Benamou, c'est l'urgence. Alors que les personnages filent à toute allure à bord d'un véhicule devenu presque incontrôlable, les gags s'enchaînent à une vitesse folle. La plupart demeurent évidemment d'une incohérence monstrueuse mais rien ne nous prépare à cette vague furieuse et à ce déchainement de situations plus cocasses les unes que les autres.
On ne s'ennuie pas un instant. Je me souviens encore avoir dit (et avoir entendu ma compagne confirmer mon analyse) que c'était « vraiment con ». et il est vrai que la plupart des situations sont d'une débilité sans nom. Et pourtant, c'est bien là ce que l'on cherche. Retrouver les mêmes sensation que dans babysitting. L'un des atouts du film demeure dans l'apparition des personnages campés par Jérôme Commandeur en irrésistible concessionnaire automobile, Vincent Desagnat en gendarme de la route ouvrant le passage à la voiture folle, Florence Foresti en Capitaine de la Gendarmerie, mais également Vladimir Houbart, acteur presque débutant (jusqu'à maintenant, il n'a joué que dans trois longs-métrages, Babysitting, A Fond et Gangsterdam) et surtout, cascadeur comme on le devine assez vite à travers les prouesses dont son personnage fait preuve. A bord d'un bolide de couleur jaune, il va tenter de rattraper la famille Cox qui par accident à fait volet en éclat une partie de sa belle « sportive ».

Benamou injecte quelques détails supplémentaires fort amusants, tels André Dussolier en gaffeur invétéré, Charlotte Gabris en adolescente naïve et pas très intelligente, ou encore le couple formé par Béatrice Costantini et Philippe Laudenbach dont l'épouse est victime d'effets secondaires consécutifs à des injections de botox. Tout ceci mêlé à l'intrigue principale font de A Fond, une comédie familiale relevée. Certainement pas d'une finesse remarquable, mais au fond, assez prenante...
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...