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jeudi 3 novembre 2022

Super Z de Julien de Volte et Arnaud Tabarly (2021)

 


 

Pendant de très longues années, on ne peut pas dire que le cinéma français ait systématiquement entretenu des atomes crochus avec le cinéma fantastique et d'épouvante. À titre d'exemple, le zombie fut traité avec tant de mépris, d'indifférence ou si peu de soucis qu'il n'aura longtemps été visible que dans quelques péloches devenues cultes par l'entremise des aficionados de bandes Z ou nanardesques. Jean Rollin délaissa un temps ses vampires pour des créatures décharnées peu convaincantes avec Les raisins de la mort en 1978 ou Le lac des morts vivants en 1981. il faudra attendre longtemps avant de voir émerger quelques films plutôt valables dans le genre mais il faudra finalement patienter jusqu'en 2022 pour que notre pays explore le genre et signe un authentique chef-d’œuvre du genre. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, c'est un réalisateur en partie spécialisé dans la comédie qui en fut l'auteur : Michel Hazanavicius. L'homme derrière La classe américaine, OSS 117 - Le Caire, nid d'espions ou bien The Artist... Avec Coupez !, le bonhomme a signé un excellent remake du film sud-coréen Ne coupez pas ! de Shin'ichirô Ueda. Pourtant antérieur, Super Z de Julien de Volte et Arnaud Tabarly joue plus ou moins dans la même catégorie puisque s'y mêlent horreur, fantastique et comédie. Aussi étonnant que cela puisse paraître et selon leur propre aveu, les influences des deux français ne s'inscrivent pas uniquement dans ces genres mais vont fouiller dans les univers parfois déjantés de l'italien Federico Fellini, de l'espagnol Pedro Almodovar et du franco-serbe Emir Kusturica. Ce qui, à priori, ne saute pas immédiatement aux yeux. Par contre, l'hommage au Zombie de George Romero paraît déjà plus évident ne serait-ce qu'à travers le teint des créatures. Les zombies de Super Z évoquant d'ailleurs lointainement le personnage de Bub que l'on pouvait remarquer en 1986 dans Le jour des morts-vivants...


Jouissant d'un budget relativement étriqué, Super Z n'en bénéficie pas moins d'une énergie salvatrice qui pourra cependant en décontenancer certains. Le ton volontairement burlesque, voire même cartoonesque demeure effectivement perturbant. D'autant qu'à aucun moment, ni les protagonistes, ni la réalisation ne prend le temps de souffler. Dès que notre petite famille de zombies s'est échappée d'un laboratoire où ses membres servaient de cobayes aux expériences d'un scientifique fou (comparable au Docteur Matthew Logan du Jour des morts-vivants), la chasse est déclarée. Tandis que nos cinq morts-vivants verdâtres se lancent à la poursuite de proies à dévorer lors de repas très saignants, un commando leur colle aux basques afin de le exterminer. De ce point de vue là, Julien de Volte et Arnaud Tabarly foirent un peu le coche puisqu'il réduisent cette poursuite menée entre autre par l'acteur Jo Prestia, à la partie congrue ! L'une des particularités de Super Z provient du fait qu'il ne ressemble à aucun autre film de zombies. Ici, les véritables vedettes, ce sont eux. D'ailleurs, les deux français offrent à leurs personnages la possibilité de s'exprimer dans un langage qui malheureusement demeurera inaudible. À bien tendre l'oreille, on saisit quelques bribes de phrases tandis que la majeure partie des dialogues semble avoir été enregistrée à l'envers. Ce qui rend alors compliqué la pleine compréhension de ce qui se déroule au sein même de cette famille de zombies !


En contrepartie, leurs interprètes font preuve d'une énergie qui épuisera même jusqu'aux spectateurs, peu habitués à voir des acteurs s'agiter de la sorte et avec autant de persévérance. De plus, Super Z bénéficie de la présence inattendue de Julien Courbey dans le rôle de Stéphana, la ''mère'' de cette famille de zombies à l'appétit vorace. Très attachée à ses différents membres, on ne sait tout d'abord pas trop où se situe ce personnage même si on l'envisage ensuite très rapidement comme un individu de sexe féminin dans un corps d'homme qui se rêve avec les atouts d'une femme. Et c'est sans doute parce que Julien Courbey interprète lui-même ce personnage que ses apparitions s'avèrent savoureuses. Avec ses perruques oranges ou blondes et son attitude survoltée, il n'est pas rare que l'on sourit devant ses nombreuses facéties. Généreux en séquences gore, le film fréquente également d'autres courants. La comédie, bien entendu, mais également le trash cher à un certain John Waters. Les deux gamines Marcelline (Audrey Giacomini) et Georgette (Florence Bebic-Veruni) se battant même avec le pénis de l'une des victimes de leurs parents, séquence qui rappelle quelque peu le ''match de rugby'' du film culte de Jim Muro, Street Trash. Super Z est le premier long-métrage de Julien de Volte et Arnaud Tabarly qui jusque là n'avaient collaboré que sur le court Les fines bouches en 2014. Inédit dans son approche, délirant mais aussi parfois soûlant (les dialogues incompréhensibles échangés entre les membres de la famille), Super Z porte très bien son titre. Un Z qui veut tout aussi bien se référer aux zombies de son contenu que du style propre au pires productions horrifiques. Notons que le film se rapproche également dangereusement de la frontière qui le sépare de la comédie franchouillarde des années soixante-dix/quatre-vingt avec son portrait du paysan. D'Augustine qu'interprète Marion Mezdorian et son accent à couper au couteau et aux dents pourries à Ludovic Schoendoerffer qui interprète son alcoolique et violent de père ! Maintenant, reste à chacun de se forger sa propre opinion sur ce véritable OVNI qui séduira les amateurs de soirées Canapés/Pizzas/Bières/Nanars et fera perdre la tête, décontenancera ou horripilera les autres. Notons qu'une suite est déjà prévue...

 

samedi 5 décembre 2020

Affaire de Famille de Claus Drexel (2007) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

L'affiche du long-métrage Affaire de Famille ressemblant en tout point à celles des comédies franchouillardes des années soixante-dix quatre-vingt, le film aurait pu être condamné à finir sa carrière au format DVD, vendu à deux euros dans les bacs des supermarchés. Pourtant, à l'image de la dite affiche, ce premier long-métrage réalisé par Claus Drexel en 2007 est une œuvre qui joue du début à la fin sur les apparences. Pour commencer, évoquons l'un des rares points noirs du film : on a effectivement souvent l'impression d'être devant un téléfilm de luxe plutôt que dans une œuvre vouée à être projetée sur grand écran. Ce qui s'avère en définitive peu contraignant puisque le concept et ses interprètes font que l'on oublie très rapidement la légèreté de la mise en scène pour ne plus se concentrer que sur le déroulement de l'intrigue. Affaire de Famille est une comédie noire qui lorgne du côté du thriller. Miou-Miou, André Dussolier et Hande Kodja en sont les membres tandis qu'Eric Caravaca incarne le rôle d'un inspecteur de police et Julien Courbey, celui d'un voyou...


Tout commence ''tranquillement'' avec l'incendie de la serre des Guignebont, se poursuit avec la découverte d'un sac rempli de billets de banque et se termine par un projet d'escapade vers le Brésil. André Dussolier est Jean Guignebont, supporter de football, ancien avant-centre du Grenoble Foot 38. Miou-Miou interprète son épouse Laure. Elle tient une boutique de bric à brac, adore les romans d'épouvante et le chocolat. Hande Kodja est Marine, la fille des Guignebont. Un brin rebelle et plus proche de sa mère que de son père. Eric Caravaca campe le rôle de l'inspecteur Vivant qui enquête sur l'incendie survenu chez les Guignebont tandis que Julien Courbey est une petite frappe au look de gangsta rap qui aimerait récupérer le fruit d'un butin sur lequel a mis la main le père de famille..


Une famille originale pour un scénario qui ne l'est pas moins. Construit en trois chapitres et un épilogue, Affaire de Famille use du principe des différents points de vue d'une même séquence. Le premier étant vu à travers les yeux de Miou-Miou, puis d'André Dussolier et enfin de ceux de Hande Kodja. Le principal intérêt du long-métrage de Claus Drexel se situe au niveau de la perpétuelle réinterprétation des événements puisque à chaque changement de chapitre une vision nouvelle apporte des réponses différentes, elles-mêmes contredites par le chapitre suivant. L'interprétation juste ne bouleverse cependant pas les habitudes du spectateur même si découvrir André Dussolier dans ce registre, une arme à la main, peut amuser. Miou-Miou est attendrissante et Julien Courbey savoureux dans le rôle de ce pseudo rappeur portant cheveu ras et collier ''bling bling'' autour du cou. Pour un premier long-métrage, Claus Drexel réalise une comédie qui en dépit d'un visuel ''inesthétique'' est vraiment sympathique, légère, sans prises de tête, astucieuse et jamais ennuyeuse. Une jolie petite découverte...

 

mercredi 22 août 2018

Séjour à Paris... (seconde partie) : Neuilly sa Mère, sa Mère ! de Gabriel Julien-Laferrière



Au lendemain d'une journée richement accomplie dans la capitale au bras d'Anna, c'est en sa compagnie et en celle de mes parents que je franchissais dès 17h45 les portes du Cinéma Etoile Cosmos de la charmante petite ville de Chelles en Seine et Marne, plus de trente ans après y avoir usé le même fauteuil durant sept jours consécutifs. Sept séances qui devinrent en 1985, une messe quotidienne où fut honorée par sa présence à l'affiche, le cultissime Retour des Morts-Vivants de Dan O'Bannon. Trente-trois ans plus tard, et Dan O'Bannon mort et enterré depuis presque dix ans, c'est la suite de Neuilly sa Mère !, sorti en 2009 qui nous fit pousser tous les quatre les portes de ce cinéma où adolescent, j'avais commencé à apprendre ce qu'était le septième art. De Neuilly sa Mère !, curieusement, je ne garde que quelques vagues souvenirs. Celui d'avoir passé un agréable moment en compagnie d'Anna, mais cette fois-ci, au MEGA CGR de Narbonne. De l'histoire et de ses interprètes, par contre, rien de bien clair ne fut retenu par ma mémoire, malheureusement défaillante. C'est donc presque vierge de toute référence que je pénétrais dans un lieu qui malgré les nombreuses années qui me séparaient de mon précédente, n'avait pas tant changé que ça.

Après une batterie de réclames et de bandes-annonces, cette salle dont le point commun qui la raccordait avec celle de la veille demeurait dans la rareté des spectateurs nous plongea dans l'obscurité. Et là encore, aucun souvenir ne ressurgit. Pas même grâce au récapitulatif du précédent volet aidant à remettre le récit dans son contexte. De toute manière, pour les personnages, le temps ayant passé aussi lentement que pour celui séparant les deux volets, voir Neuilly sa Mère ! avant ce deuxième volet sobrement intitulé Neuilly sa Mère, sa Mère ! ne se révélait finalement pas indispensable.
Le cinéaste ayant fort logiquement fait appel aux mêmes interprètes que dans le premier volet, nous retrouvons donc Samy Seghir, Jérémy Denisty, Joséphine Japy, mais aussi Valérie Lemercier, ou bien même l'excellent Denis Podalydès dans un rôle qui au final ne lui ira pas vraiment, cet acteur d’exception ayant sa place ailleurs et surtout pas dans cette comédie beaucoup trop classique pour mériter entrer au Panthéon de la comédie française. D'ailleurs, Neuilly sa Mère, sa Mère ! commence assez tragiquement. Le film de Gabriel Julien-Laferrière transpire d'abord le jeunisme jusque dans son générique. Résultat : de grosses gouttes de sueur froide perlèrent assez rapidement au sommet de mon crâne à la pensée que le film allait sans doute déplaire à mes géniteurs (les quelques rires qu'ils allaient exprimer plus loin finiraient cependant de me rassurer).

Le cinéaste choisit de plonger ses interprètes durant l'élection présidentielle de l'année 2017. Nous y retrouvons Sami, Stanislas, Djamila (désormais incarnée par l'actrice Sophia Aram), Brigitte, Marie, mais également le père Dinaro (interprété par le savoureux François-Xavier Demaison). Mais sans doute, celui qui tire le mieux son épingle du jeu, c'est le jeune Jéméry Denisty qui dans la peau de Charles s'offre une performance irrésistible. Désormais, les rôles sont inversés. Alors que dans le premier volet Sami quittait la cité Maurice-Ravel à Chalon-sur-Saône pour Neuilly-sur-Seine, c'est désormais au tour des de Chazelle de s'inviter dans l'appartement de Sami, dans la cité Picasso à Nanterre. Neuilly sa Mère, sa Mère ! repousse alors les limites de la caricature et de la gaudriole. Le père de famille incarné par Denis Podalydès, victime d'un scandale financier, va se retrouver à fumer la chicha et porter la djellaba en compagnie des jeunes du quartier où il vit désormais en compagnie des siens tandis que son fils Charles devra faire de drastiques concessions s'il veut un jour espérer grimper dans la voie hiérarchique politique. 
Alors que l'un chute, et que l'autre grimpe peu à peu au sommet, les scénaristes Djamel Bensalah et Marc de Chauveron imaginent tout à un tas de situations et de personnages, transformant le récit en un bordel qui heureusement saura peu à peu élaguer les branches inutiles. En effet, la présence de la pourtant excellente Valérie Lemercier est totalement anecdotique, et les scènes incarnées par Denis Podalydès peu amusantes. En réalité, seuls les personnages interprétés par Samy Seghir et Jérémy Denisty justifient l'existence du long-métrage de Gabriel Julien-Laferrière. Si le film est loin d'atteindre le niveau de certaines comédies sorties cette année (Le Retour du Héros, Tout le Monde Debout), il réserve cependant son lot de passages relativement drôles. On passe davantage de temps à sourire qu'à rire aux éclats mais Neuilly sa Mère, sa Mère ! reste sympathique à regarder. Une suite dont l'existence restera cependant à justifier. Le spectateur notera la présence de Josiane Balasko dans le rôle de Madame Bachelot, de Jacky Berroyer dans celui de Ricoeur, ou bien encore de Julien Courbey dans la peau du voisin musulman Jérôme...
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