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samedi 5 décembre 2020

Affaire de Famille de Claus Drexel (2007) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

L'affiche du long-métrage Affaire de Famille ressemblant en tout point à celles des comédies franchouillardes des années soixante-dix quatre-vingt, le film aurait pu être condamné à finir sa carrière au format DVD, vendu à deux euros dans les bacs des supermarchés. Pourtant, à l'image de la dite affiche, ce premier long-métrage réalisé par Claus Drexel en 2007 est une œuvre qui joue du début à la fin sur les apparences. Pour commencer, évoquons l'un des rares points noirs du film : on a effectivement souvent l'impression d'être devant un téléfilm de luxe plutôt que dans une œuvre vouée à être projetée sur grand écran. Ce qui s'avère en définitive peu contraignant puisque le concept et ses interprètes font que l'on oublie très rapidement la légèreté de la mise en scène pour ne plus se concentrer que sur le déroulement de l'intrigue. Affaire de Famille est une comédie noire qui lorgne du côté du thriller. Miou-Miou, André Dussolier et Hande Kodja en sont les membres tandis qu'Eric Caravaca incarne le rôle d'un inspecteur de police et Julien Courbey, celui d'un voyou...


Tout commence ''tranquillement'' avec l'incendie de la serre des Guignebont, se poursuit avec la découverte d'un sac rempli de billets de banque et se termine par un projet d'escapade vers le Brésil. André Dussolier est Jean Guignebont, supporter de football, ancien avant-centre du Grenoble Foot 38. Miou-Miou interprète son épouse Laure. Elle tient une boutique de bric à brac, adore les romans d'épouvante et le chocolat. Hande Kodja est Marine, la fille des Guignebont. Un brin rebelle et plus proche de sa mère que de son père. Eric Caravaca campe le rôle de l'inspecteur Vivant qui enquête sur l'incendie survenu chez les Guignebont tandis que Julien Courbey est une petite frappe au look de gangsta rap qui aimerait récupérer le fruit d'un butin sur lequel a mis la main le père de famille..


Une famille originale pour un scénario qui ne l'est pas moins. Construit en trois chapitres et un épilogue, Affaire de Famille use du principe des différents points de vue d'une même séquence. Le premier étant vu à travers les yeux de Miou-Miou, puis d'André Dussolier et enfin de ceux de Hande Kodja. Le principal intérêt du long-métrage de Claus Drexel se situe au niveau de la perpétuelle réinterprétation des événements puisque à chaque changement de chapitre une vision nouvelle apporte des réponses différentes, elles-mêmes contredites par le chapitre suivant. L'interprétation juste ne bouleverse cependant pas les habitudes du spectateur même si découvrir André Dussolier dans ce registre, une arme à la main, peut amuser. Miou-Miou est attendrissante et Julien Courbey savoureux dans le rôle de ce pseudo rappeur portant cheveu ras et collier ''bling bling'' autour du cou. Pour un premier long-métrage, Claus Drexel réalise une comédie qui en dépit d'un visuel ''inesthétique'' est vraiment sympathique, légère, sans prises de tête, astucieuse et jamais ennuyeuse. Une jolie petite découverte...

 

mardi 30 mai 2017

Meurtrières de Patrick Grandperret (2006) - ★★★★★★★☆☆☆



Qui ont-elles tué ? Cette mère de famille qui a fait un long voyage jusqu'au Vietnam pour y adopter une petite fille ? Ce marchand de vêtements que sa femme a quitté après qu'il aie cédé à tous ses caprices ? Ce jeune cultivateur qui a repris la concession agricole de son père ? Ou est-ce le navigateur ? La propriétaire de l'hôtel ? Le fils de celle-ci, peut-être ? Malik, le compagnon de Lizzy ? Ou encore les deux forains... ? On sent bien qu'avec Lizzy et Nina, tout peut arriver. Reste plus qu'à espérer que dans ce monde de brutes, dans cet univers presque strictement masculin qu'elle vont côtoyer durant plus d'une heure trente. Leur victime ne fera pas partie des quelques rares innocents qu'elles rencontreront.
Lizzy et Nina sont en quelque sorte les versions modernes de Sophie et Jeanne, les deux héroïnes de La Cérémonie de Claude Chabrol. Ou le pendant féminin de Pierrot et Jean-Claude, les deux marginaux du cultissime Les Valseuses de Bertrand Blier. Meurtrières, un chef-d’œuvre ? Non, certainement pas. Mais un très bon film tout de même, porté par la mise en scène sobre du cinéaste français Patrick Grandperret et par la superbe interprétation de ses deux principales interprètes. D'un côté, la jeune belge Hande Kodja, à peine âgée de vingt-huit ans. De l'autre, l'actrice française Céline Sallette, trente-sept ans. Presque dix ans d'écart et des personnages au caractère bien différent. Toute en retenue, la première découvre les joies de la liberté. Le plaisir, mais aussi les contraintes. Si le désir de voler de ses propres ailes fait partie des préceptes de l'adolescence, Lizzy et Nina vont très vite se rendre compte que la marginalisation à un prix : sans le sou, et sans abri, les voilà livrée à un monde de requins qui n'en veut qu'à leurs fesses.

Meurtrières fait parfois preuve d'un nihilisme incroyable dans la description de ses personnages secondaires. Qu'il s'agisse des différentes couches sociales, ou de l'appétence sexuelles des hommes et des femmes rencontrées lors de ce triste road-movie, Lizzy et Nina vont croiser une galerie de portraits peu reluisants. De l’ambiguïté des relations entre la cliente du salon de massage et Nina, jusqu'au contact des deux jeunes femmes avec d'innombrables chauffeurs poids-lourds au comportement hautement caricatural, le film de Patrick Grandperret propose un dialogue social nivelant son propos vers le bas. Tout y est d'une « sombritude » désespérante. Dans ce magma épais duquel ne surnage que quelques rares notes d'espoir (le conducteur d'un camion acceptant de transporter les deux héroïnes sans contrepartie, redorant ainsi quelque peu le blason de sa profession), la porte de sortie ne peut mener Lizzy et Nina que vers cet acte furtivement évoqué au tout début du film.
Le meilleur exemple des pressions morales exercées sur les deux jeunes femmes par le monde qui les entoure demeure peut-être dans cet espace confiné représenté par l’hôpital psychiatrique où sont parqués de vrais fous comme on entend décrire ceux qui vivent en dehors de la « normalité ». Entre sourires et démence passagère. Une pièce de théâtre tragi-comique interprétée par de véritables malades mentaux pourtant bien moins dangereux que les prédateurs chassant sur les terre grises et bétonnées des grands ensembles immobiliers.
Les deux héroïnes de Meurtrières vivent en outre, une curieuse expérience que l'on pourrait presque assimiler à une boucle spatio-temporelle. Sans cesse ramenée sur les lieux où prolifèrent leurs mauvais démons, le cinéaste contraint d'une certaine manière ses actrices à commettre l'acte final irréparable. Une belle réussite. De belles et talentueuses actrices. Et des seconds rôles impeccables...
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