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lundi 6 avril 2020

Une Belle Equipe de Mohamed Hamidi (2020) - ★★★★★★★☆☆☆



Après les hommes et la natation synchronisée (Le Grand Bain de Gilles Lellouche), les handicapés et le basket (Chacun Pour Tous de Vianney Lebasque), les homosexuels et le water-polo (Les Crevettes Pailletées de Cédric Le Gallo et Maxime Govare), voici qu'est mise en lumière une discipline qui, il n'y a pas si longtemps, était ''réservée'' aux hommes : le football féminin. Ce sont donc cette fois-ci les femmes qui sont mises à l'honneur avec Une Belle Équipe de Mohamed Hamidi, dont le sympathique Jusqu'ici tout va bien était sortit sur les écrans français début 2019. Du football et des femmes ? Pourquoi pas ! C'est ce que l'on appelle la parité et il n'y a aucune raison pour qu'elles se contentent de laver le short et le maillot de leur conjoint. Par contre, il va bien falloir qu'un jour on cesse d'essorer le sujet jusqu'à ce qu'il n'en demeure plus une goutte ! Parce qu'à force de reprendre toujours le même thème en ne lui accordant qu'une légère variante (pour faire avaler la pilule à un public qui ne se rend apparemment pas encore compte qu'on le prend pour un idiot), le cinéma français va finir par tourner en rond et se mordre la queue. Rien ne nous dit d'ailleurs que l'on ne verra pas très bientôt sur grand écran une équipe de volley-ball exclusivement constituée d'hommes de petite taille, du tir à l'arc pour non voyants, ou un championnat d'haltérophilie réservé aux transgenres. Essayez donc ensuite d'aller défendre la comédie française face à ceux qui la dénigrent quant on ne nous propose plus dans les salles obscures, qu'une succession de ''Copier/coller'' du dernier grand succès comique de l'année (Le Grand Bain en 2018, soit dit en passant).

Faut-il pour autant rejeter en bloc le concept de Une Belle Équipe ? Pas forcément, non. Que l'on soit pour ou contre l’équité, macho ou pas, que l'on aime le foot ou qu'il nous sorte par les yeux, tout ce que l'on est en droit d'attendre du long-métrage de Mohamed Hamidi, c'est qu'il nous fasse rire, ou du moins, nous divertir sans que jamais, nous n'ayons le sentiment de n'être face qu'à un ersatz de l'excellent Le Grand Les Crevettes Pailletées. Peut-être même qu'il conviendra à ces ''nerveux'' qui s'excitent devant leur télé dès que l'on évoque la diffusion du moindre match de football féminin, de découvrir que même leurs épouses pourraient un jour cracher des ''enfoiré !'', ''enculé !'' ou tout autre gracieuseté à un arbitre refusant l'obtention d'un but au profit de leur équipe préférée. D'un point de vue de la mise en scène, le réalisateur se repose sur des acquis instaurés par ceux qui se sont engouffrés dans la brèche les premiers. C'est donc du classique que Mohamed Hamidi nous propose en mettant à l'honneur comme tant d'autres de nos jours, une petite ville du nord pourtant sortie de l'imaginaire des scénaristes Alain-Michel Blanc, Camille Fontaine et Mohamed Hamidi. En effet fictive, le tournage a quand même eu lieu dans une commune française des ''Hauts de France'', à Douai, où ont notamment vu le jour le réalisateur Christian de Challonge et l'humoriste Hugues Duquesne.

''Il faut choisir son camp...''

C'est donc dans la petite commune imaginaire de Clourrières que le réalisateur installe toute son équipe, et notamment un casting riche des présences de Kad Merad, Alban Ivanov (très à la mode actuellement), David Salles, André Wilms ou Guillaume Gouix. Côté femmes, Céline Sallette, Sabrina Ouazani, Laure Calamy ou encore Myra Tyliann, Manika Auxire et Marion Mezadorian viennent le compléter fort logiquement puisque toutes unies, elle feront partie de l'équipe de football féminin de Clourrières et porteront short, maillot et chaussures à crampons. Si le sujet n'est pas neuf, on se surprend tout de même à rire parfois. Et même assez souvent à vrai dire. Manika Auxire fait l'unanimité avec son franc parler, Laure Calamy est jubilatoire dans le rôle de l'épouse se rebellant, Sabrina Ouazani est touchante en reprise de justice et Céline Sallette est épatante en nouvelle directrice du club de foot. Du coté des hommes, Kad Merad fait le taf même s'il reste toujours aussi inexpressif, Alban Ivanov est drôle en Mimil pas très finaud. Quant à Guillaume Gouix, Frédéric Pellegeay et David Salles, ils campent (surtout pour les deux derniers), une belle brochette de connard machos. On a évidemment droit à tous les poncifs du genre. Entre les moqueries de la part de ces messieurs et leur incapacité à s'occuper des enfants lorsque leurs épouses sont à l’entraînement. Après, Une Belle Équipe fonctionne autour d'un scénario ultra-minimaliste et surtout, peu profond. Ce qui n'empêche pas la comédie de Mohamed Hamidi de respirer la bonne humeur. Impossible de s'ennuyer devant cette équipe de foot féminin plutôt réjouissante...

mardi 13 mars 2018

Saint Amour de Benoît Delépine et Gustave Kervern (2016) - ★★★★★★★☆☆☆



Saint Amour, c'est l'histoire de Jean, éleveur de bovins, qui une fois encore est monté à Paris pour le Salon de l'Agriculture afin d'y présenter sa plus belle bête, Nabuchodonosor, un taureau de plus de mille cinq cent kilos. C'est aussi celle de Bruno, son fils, qui en a décidément marre du métier d'agriculteur et qui espère bien se faire embaucher dans un Jardiland. Comme chaque année au Salon de l'Agriculture, son oncle et lui participent à leur propre Route des Vins en passant d'un stand de dégustation à l'autre en finissant toujours ivres. Bruno rêve de rencontrer celle qui partagera sa vie. Jean, lui, aimerait bien se rapprocher de son fils.

Depuis que sa femme est morte, il n'a plus que lui et pour rester au contact de Bruno, Jean décide de l'accompagner dans une Route des Vins grandeur nature. A bord d'un taxi conduit par le jeune Mike, père et fils vont apprendre à s'apprivoiser. Et ce, non seulement au contact l'un de l'autre, mais aussi grâce aux diverses rencontres qu'ils vont être amenés à faire durant leur périple de plusieurs jours...

Saint Amour est le septième long-métrage que le duo Benoît Delépine et Gustave Kervern, deux des auteurs et interprètes de l'émission trash diffusée sur Canal Plus, Groland (et ses dérivés), coréalisent. S'y croisent sur les routes de campagne, non seulement le couple formé par Gérard Depardieu et Benoît Poelvoorde qui signent ici une interprétation chargée d'émotion, d'amour et d'amitié, mais également Vincent Lacoste que l'on a pu notamment découvrir dans Lolo de Julie Delpy ou Camille Redouble de Noémie Lvovsky, Céline Sallette, Ana Girardot, Chiara Mastroianni, Andréa Férreol, Ovidie, ou encore l'écrivain Michel Houellebecq dans le rôle d'un propriétaire de chambre d'hôte tout à fait particulière.

Comme l'on pouvait s'y attendre, le film est décalé, acide, drôle, étonnant, parfois noir aussi tout en demeurant lumineux. Filmé caméra à l'épaule, l’œuvre de Benoît Delépine et Gustave Kervern peut tout à fait s'envisager comme un long-métrage indépendant, le genre de pellicule visible au festival de Sundance mais, ici, à la sauce française.

Le duo crée un décalage plutôt réaliste entre le monde rural et le monde urbain en assénant de véritable coups de poings qui s'en en avoir l'air et en disposant ça et là des répliques plutôt amusantes laissent en réalité un goût amer. A titre d'exemple, la scène de fête durant laquelle une future mariée n'ose pas avouer que son futur époux est agriculteur devant les visages jusque là amusés de Jean et Bruno finit de nous glacer les sangs lorsque le père et le fils réalisent le pourquoi de ce silence. Et des scènes comme celle-ci, Saint-Amour en regorge. Mai comme nos deux cinéastes sont également des êtres sensibles, ils composent équitablement chacune de leurs scènes avec l'humour noir qu'on leur connaît, mais aussi avec une certaine poésie que les deux immenses acteurs que sont Gérard Depardieu et Benoît Poelvoorde parviennent à rendre toujours crédible. Entre le père semblant idolâtrer son fils et ce dernier qui apparaît sans cesse au bord de la rupture, les deux acteurs font des miracles et parviennent à émouvoir même lorsque les situations paraissent improbables dans leur décalage.

La ritournelle musicale qui accompagne le film tout entier est composée par Sébastien Tellier. Quatre millions d'euros, c'est tout ce qu'à coûté le film de Benoît Delépine et Gustave Kervern. Un petit budget pour un très grand film. Une œuvre que l'on ne se lassera sans doute jamais de voir et revoir...


mardi 30 mai 2017

Meurtrières de Patrick Grandperret (2006) - ★★★★★★★☆☆☆



Qui ont-elles tué ? Cette mère de famille qui a fait un long voyage jusqu'au Vietnam pour y adopter une petite fille ? Ce marchand de vêtements que sa femme a quitté après qu'il aie cédé à tous ses caprices ? Ce jeune cultivateur qui a repris la concession agricole de son père ? Ou est-ce le navigateur ? La propriétaire de l'hôtel ? Le fils de celle-ci, peut-être ? Malik, le compagnon de Lizzy ? Ou encore les deux forains... ? On sent bien qu'avec Lizzy et Nina, tout peut arriver. Reste plus qu'à espérer que dans ce monde de brutes, dans cet univers presque strictement masculin qu'elle vont côtoyer durant plus d'une heure trente. Leur victime ne fera pas partie des quelques rares innocents qu'elles rencontreront.
Lizzy et Nina sont en quelque sorte les versions modernes de Sophie et Jeanne, les deux héroïnes de La Cérémonie de Claude Chabrol. Ou le pendant féminin de Pierrot et Jean-Claude, les deux marginaux du cultissime Les Valseuses de Bertrand Blier. Meurtrières, un chef-d’œuvre ? Non, certainement pas. Mais un très bon film tout de même, porté par la mise en scène sobre du cinéaste français Patrick Grandperret et par la superbe interprétation de ses deux principales interprètes. D'un côté, la jeune belge Hande Kodja, à peine âgée de vingt-huit ans. De l'autre, l'actrice française Céline Sallette, trente-sept ans. Presque dix ans d'écart et des personnages au caractère bien différent. Toute en retenue, la première découvre les joies de la liberté. Le plaisir, mais aussi les contraintes. Si le désir de voler de ses propres ailes fait partie des préceptes de l'adolescence, Lizzy et Nina vont très vite se rendre compte que la marginalisation à un prix : sans le sou, et sans abri, les voilà livrée à un monde de requins qui n'en veut qu'à leurs fesses.

Meurtrières fait parfois preuve d'un nihilisme incroyable dans la description de ses personnages secondaires. Qu'il s'agisse des différentes couches sociales, ou de l'appétence sexuelles des hommes et des femmes rencontrées lors de ce triste road-movie, Lizzy et Nina vont croiser une galerie de portraits peu reluisants. De l’ambiguïté des relations entre la cliente du salon de massage et Nina, jusqu'au contact des deux jeunes femmes avec d'innombrables chauffeurs poids-lourds au comportement hautement caricatural, le film de Patrick Grandperret propose un dialogue social nivelant son propos vers le bas. Tout y est d'une « sombritude » désespérante. Dans ce magma épais duquel ne surnage que quelques rares notes d'espoir (le conducteur d'un camion acceptant de transporter les deux héroïnes sans contrepartie, redorant ainsi quelque peu le blason de sa profession), la porte de sortie ne peut mener Lizzy et Nina que vers cet acte furtivement évoqué au tout début du film.
Le meilleur exemple des pressions morales exercées sur les deux jeunes femmes par le monde qui les entoure demeure peut-être dans cet espace confiné représenté par l’hôpital psychiatrique où sont parqués de vrais fous comme on entend décrire ceux qui vivent en dehors de la « normalité ». Entre sourires et démence passagère. Une pièce de théâtre tragi-comique interprétée par de véritables malades mentaux pourtant bien moins dangereux que les prédateurs chassant sur les terre grises et bétonnées des grands ensembles immobiliers.
Les deux héroïnes de Meurtrières vivent en outre, une curieuse expérience que l'on pourrait presque assimiler à une boucle spatio-temporelle. Sans cesse ramenée sur les lieux où prolifèrent leurs mauvais démons, le cinéaste contraint d'une certaine manière ses actrices à commettre l'acte final irréparable. Une belle réussite. De belles et talentueuses actrices. Et des seconds rôles impeccables...

mercredi 6 avril 2016

La Chambre des Morts de Alfred Lot (2007)



Parce que l'entreprise en informatique qui les employait depuis des années a décidé de licencier Sylvain et Vigo, les deux hommes se vengent en taguant les locaux de la boite. Après avoir pris la fuite, ils renversent en chemin un homme qui meurt sur le coup. A ses côtés, une mallette renfermant deux millions en coupures de 500 euros. Si Sylvain est pour appeler la police, Vigo, lui, est contre. Il veut emporter l'argent et finit par convaincre son ami de l'aider à se débarrasser du corps en le jetant dans une rivière, persuadés que la victime ne pouvait être qu'un malfaiteur, la mallette bourrée d'argent le prouvant.
Le lendemain, une fillette est retrouvée sans vie dans un entrepôt situé juste en face du parking où l'homme a trouvé la mort. A peine âgée d'une dizaine d'années et aveugle, elle a été la victime d'un tueur qui l'avait au préalable enlevée avant de demander une rançon à ses parents, dont le père était justement celui que Sylvain et Vigo ont renversé.

Une équipe d'enquêteurs est chargée de mener des investigation afin de mettre la main sur le coupable de l'homicide concernant la fillette. Parmi eux, Stéphane Moreno, et surtout la toute jeune Lucie Hennebelle qui très vite suppose que le meurtre n'est sans doute pas exclusivement crapuleux, certains éléments de l'enquête venant étayer ses propos...

La Chambre des Morts est le premier long-métrage du cinéaste Alfred Lot qui signa deux ans plus tard en 2009, la comédie légère Une Petite Zone de Turbulence avec entre autre l'acteur Michel Blanc. Pour un coup d'essai, sa première œuvre est plutôt aboutie. Mêlant d'un côté l'enquête rondement menée par Moreno (Eric Caravaca) et Lucie (Mélanie Laurent), et de l'autre les mésaventures d'un duo d'ami dont la vie va être littéralement bouleversée par ce qui n'était encore qu'un tragique accident. La Chambre des Morts est directement inspiré du roman éponyme de Franck Thilliez. Plus qu'un simple film policier à tiroirs, l’œuvre s'inscrit dans des domaines aussi divers et compatibles que le thriller et l'horreur, un peu à la manière de ce qui demeure sans doute comme la plus belle réussite en matière de polar horrifique, Mort un Dimanche de Pluie de Joël Santoni et datant de 1986.

Trente ans après donc, Alfred Lot signe une œuvre remarquablement interprétée et mise en scène avec assez de sensibilité (le personnage de Lucie dont on saisit assez bien le caractère délicat de son existence), et d'inspiration (outre l'enquête et la tournure que prend la cavale des deux informaticiens au chômage, on a même quelque peu droit au portrait des deux jeunes amantes (excellentes Céline Sallette et Laurence Côte) responsable des deux enlèvements), pour que cela fonctionne à la perfection.

Tout comme dans le film de Joël Santoni, La Chambre des Morts évolue de manière inattendue et plonge ses personnages dans un climat horrifique d'une pesanteur rarement atteinte dans le cinéma français. Ne s'inscrivant pas directement, ou du moins, pas dès le début dans le genre, lorsque l’œuvre bascule dans l'horreur, l'effroi apparaît alors beaucoup concrète que dans une œuvre à l'origine de toute manière prévue pour cela. En l'espace d'un peu moins de deux heures, on assiste à l'affirmation d'un personnage (celui tenu par la sensible, généreuse et magnifique Mélanie Laurent), la détermination d'un second (Jonathan Zaccaï dans celui de Vigo), et à un basculement retranchant l'histoire aux confins d'un univers morbide qui rappellera parfois celui de la famille Tronçonneuse dans le classique de Tobe Hooper, Massacre à la Tronçonneuse, les squelettes humains étant ici remplacés par des cadavres d'animaux empaillés. Une excellente surprise...


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