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mercredi 19 mars 2025

Challenger de Varante Soudjian (2024) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Depuis qu'il s'est lancé dans la réalisation de longs-métrages après avoir mis en scène plusieurs courts et épisodes de séries télévisées, le franco-arménien Varante Soudjian à réalisé quatre films. Quatre comédies auxquelles le réalisateur a offert à chaque fois l'un des principaux rôles à l'humoriste et comédien français d'origine russe, Alban Ivanov. Des œuvres pas inintéressantes au vu du marasme qui touche le cinéma français dès lors que ses auteurs investissent les salles sur le ton de l'humour. Pas ou peu de comédies qui valent vraiment le détour et dont Varante Soudjian s'affranchit parfois des règlements. Avec Challenger, le voilà qui signe sans doute son meilleur film car quoi qu'en disent celles et ceux qui pensent que son dernier effort n'est qu'un ersatz raté de Rocky, le long-métrage vaut bien mieux que les quelques critiques négatives qu'il a dû subir ! La comparaison entre la dernière comédie du cinéaste hexagonal avec le premier volet de la franchise outre-atlantique réalisé en 1976 par John G. Avildsen avec Sylvester Stallone en vedette semble par contre inévitable. Mêmes origines modestes de part et d'autre des héros des deux œuvres. Même soif de réussite malgré une ''carrière'' dans la boxe qui n'est vraiment pas au beau fixe. Mais ce qui tend à réunir Challenger et Rocky dans un même élan est ce qui va suivre. Permettre d'un côté à un jeune boxeur français de s'élever au delà de son simple statut d'encaisseur quand de l'autre côté de l'Atlantique, le boxeur Apollo Creed (Carl Weather) offrira à un outsider (Sylvester Stallone dans le rôle de Rocky Balboa) la possibilité de se faire connaître. Tout diffère ensuite dans l'approche de l'un et de l'autre. Rocky demeurera dans les clous du drame social tandis que Challenger permettra à son auteur de creuser un peu plus loin dans le genre qui le fit connaître, la comédie ! C'est ainsi qu'Alban Ivanov apparaît dans le rôle de Luka Sanchez dont la principale ''qualité'' est de savoir encaisser les coups. Sa manageuse Stéphanie (Audrey Pirault) ne lui a jusqu'à maintenant permis de ne combattre que lors de matchs perdus d'avance. Mais lorsque l'opportunité d'affronter le très prometteur Freddy (Alexandre Antonio) lui est acquise, rien ne va se passer comme prévu. Alors qu'il s'apprête une fois encore à servir de punching-ball face à celui qui doit bientôt combattre le champion d'Europe de boxe Joshua Camara (Jonas Dinal), très énervé par les provocations incessantes de Freddy lors du combat qui l'oppose à Luka, ce dernier s'énerve et le met K.O d'un uppercut !


Ce boxeur que personne ne connaît encore devient la coqueluche du public dès lors que la vidéo du match est diffusée sur les réseaux. Tandis que l'avenir de Freddy semble compromis après qu'il ait été contrôlé positif aux stupéfiants, piégé par une station de télévision, Lukas se voit désormais contraint d'affronter Joshua Camara, qui en plus de trente combats n'en a jamais perdu aucun... Pour le personnage incarné par Alban Ivanov, il ne s'agira pas d'un combat pour le titre européen mais simplement de tenir trois round. Ce qui, déjà, semble être irréalisable face à un champion qui a toujours mis ses adversaires à terre bien avant la fin des combats. Dans le rôle de Stéphanie, Audrey Pirault trouve là un moyen de faire beaucoup d'argent pour elle et son poulain. Accepter le combat, profiter des sponsors et de la publicité et s'échapper avec Lukas avant le combat. Un concept de base sommaire auquel Varante Soudjian ajoute l'intéressant ''héritage'' personnel et affectif de l'outsider dont le père, lui aussi boxeur, dû abandonner un combat face à l'ancien champion Reda Roussel (Moussa Maaskri). Vivant reclus dans la nature, ce dernier va devenir le nouvel entraîneur de Lukas afin de le préparer au combat qui l'attend face au champion d'Europe. La rencontre entre les deux hommes semble tout d'abord évoquer celle de Jean-Claude Van Damme et Dennis Chan dans les rôles respectifs de Kurt Sloane et Xian Chow dans Kickboxer Mark DiSalle et David Worth mais ce que l'on s'attend être la version parodique de l'entraînement du jeune karatéka américain entraîné par le spécialiste du Muay-thaï restera lettre morte. Bien que Challenger soit une pure comédie sportive, le réalisateur franco-arménien diffuse avec un certain cynisme différents messages. Comme l'éventualité des combats truqués ou le jeu des influenceurs dont la sensibilité s'évalue au nombre de followers plus qu'au contact des vedettes (le mépris dont est victime Lukas invité en boite de nuit pour sa seule image est parfois franchement gênant). En ce sens, Challenger réussit le pari de mêler des éléments empruntés à la fameuse saga Rocky à un contexte social et culturel très contemporain. Et tout ça sur le ton de l'humour.Bref, Varante Soudjian signe là une comédie française très drôle, parfois touchante, autour du duo formé par Alban Ivanov et Audrey Pirault. Sans oublier l'excellent trio de bras cassés Freddy, Jacquet et surtout Moreno incarnés par Alexandre Antonio, Soso Maness et le toujours aussi inénarrable David Salles...

 

vendredi 22 novembre 2024

Loups-Garous de François Uzan (2024) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

''Hé, Jean ! T'en as pas marre de te perdre dans les couloirs du temps ?'' Après avoir traversé différentes époques à travers cinq longs-métrages, on peut comprendre que son dernier personnage ait perdu la boussole pour se retrouver atteint de la maladie d'Alzheimer ! Les visiteurs en 1993, Les couloirs du temps : les visiteurs en 1998, Les visiteurs en Amérique en 2001, Les visiteurs : la Révolution en 2016 et désormais, Loups-Garous... Cette fois-ci, c'est à un chemin inverse que l'acteur est convié. Passant du présent au passé pour se retrouver plongé en plein Moyen-âge. Mais pas pour y retrouver son fidèle compagnon et serviteur Jacquouille la Fripouille ou Frénégonde de Pouille qui lui fut offerte en épousailles. Et de toute façon, ça n'est pas ici pour le retrouver dans le rôle de Godefroy Amaury de Malefête, comte de Montmirail, d'Apremont et de Papincourt, mais dans celui de Gilbert, le patriarche d'une famille où sont réunis enfants et petits-enfants pour une partie de Loups-garous de Thiercelieux, un authentique jeu de société dans lequel deux équipes de joueurs incarnant des villageois ont pour mission de dénicher qui parmi eux sont des loups-garous avant de les occire. Son fils Jérôme (Franck Dubosc) propose donc à son père ainsi qu'à son épouse Marie (Suzanne Clément) et leurs trois enfants Clara, Théo et Louise (Lisa Do Couto Teixeira, Raphaël Romand et Alizee Caugnies) de participer au jeu sans qu'aucun d'entre eux ne fasse preuve du moindre engouement. Abandonnant tout espoir de les y faire participer, Jérôme range les différentes pièces du jeu mais lorsqu'il referme la boîte, un curieux événement contraint la petite famille à se réfugier dans la cave. Lorsqu'ils en ressortent quelques minutes plus tard, les voilà plongés en plein Moyen-Âge, au cœur même du jeu, soumis à devoir trouver les loups-garous en présence et qui attaquent les villageois de nuit s'ils veulent pouvoir retourner un jour chez eux... Bon, ben, on a quand même échappé au pire. Et le pire aurait été que l'humour échappe à tout contrôle des auteurs de Loups-Garous.


Le second long-métrage de François Uzan, écrit par les auteurs mêmes du jeu de société qui est à l'origine du projet, Hervé Marly et Philippe des Pallières, entre dans la catégorie des comédies familiales. Les parents n'auront donc aucun soucis à se faire lorsque leurs plus jeunes enfants exprimeront le désir de découvrir une œuvre dans laquelle évoluent des créatures atteinte de lycanthropie. Car ici, ça n'est pas tant l'horreur ou l'épouvante qui domine le sujet mais plutôt l'humour. Un voyage dans le temps joliment reconstitué d'ailleurs. Situant son action en France en l'année 1497 et donc à la toute fin du Moyen-Âge alors que le film a été tourné à Prague, Loups-Garous mixe Les visiteurs de Jean-Marie Poiré à Jumanji de Joe Johnson pour arriver à un résultat qui aurait pu s'avérer désespérant. Surtout qu'après le sympathique transfert du présent au passé, le film cesse subitement d'être attrayant et ce, durant une bonne demi-heure. De quoi en laisser certains sur le carreau, ne laissant ainsi plus que les spectateurs les plus vaillants devant l'écran. Force à ces derniers d'avoir persévéré puisque le scénario parvient à proposer quelques bonnes idées de répliques et de personnages secondaires qui vont lui permettre de maintenir le cap de cet humour tant recherché. C'est donc moins du côté de Dubosc, de Reno ou de Clément que celui-ci perce que de celui de Jonathan Lambert qui dans le rôle de l'ancêtre de la famille, Childéric, fait montre une fois encore d'un véritable talent pour la Comédie. Quant à lui, caché derrière son masque de bourreau, David Salles ne change absolument pas de registre, et c'est tant mieux ! Loups-Garous joue davantage avec les pouvoirs des protagonistes qu'avec le haut potentiel de contraste entre cette famille venue de notre présent et les habitants d'un village de la fin du quinzième siècle ! Concernant les décors, les costumes et les effets-spéciaux, les premiers et les seconds sont plutôt convaincants tandis que les derniers cachent mal leurs origines numériques. Quant à leur potentiel horrifique, s’agissant d'une comédie familiale à la portée de tous, rien à craindre pour nos jolies petites têtes blondes puisque le film ne fait absolument pas peur. Au final, Loups-Garous est une comédie mineure mais pas désastreuse et qui donc se laisse regarder sans déplaisir... À découvrir sur Netflix...

 

lundi 6 avril 2020

Une Belle Equipe de Mohamed Hamidi (2020) - ★★★★★★★☆☆☆



Après les hommes et la natation synchronisée (Le Grand Bain de Gilles Lellouche), les handicapés et le basket (Chacun Pour Tous de Vianney Lebasque), les homosexuels et le water-polo (Les Crevettes Pailletées de Cédric Le Gallo et Maxime Govare), voici qu'est mise en lumière une discipline qui, il n'y a pas si longtemps, était ''réservée'' aux hommes : le football féminin. Ce sont donc cette fois-ci les femmes qui sont mises à l'honneur avec Une Belle Équipe de Mohamed Hamidi, dont le sympathique Jusqu'ici tout va bien était sortit sur les écrans français début 2019. Du football et des femmes ? Pourquoi pas ! C'est ce que l'on appelle la parité et il n'y a aucune raison pour qu'elles se contentent de laver le short et le maillot de leur conjoint. Par contre, il va bien falloir qu'un jour on cesse d'essorer le sujet jusqu'à ce qu'il n'en demeure plus une goutte ! Parce qu'à force de reprendre toujours le même thème en ne lui accordant qu'une légère variante (pour faire avaler la pilule à un public qui ne se rend apparemment pas encore compte qu'on le prend pour un idiot), le cinéma français va finir par tourner en rond et se mordre la queue. Rien ne nous dit d'ailleurs que l'on ne verra pas très bientôt sur grand écran une équipe de volley-ball exclusivement constituée d'hommes de petite taille, du tir à l'arc pour non voyants, ou un championnat d'haltérophilie réservé aux transgenres. Essayez donc ensuite d'aller défendre la comédie française face à ceux qui la dénigrent quant on ne nous propose plus dans les salles obscures, qu'une succession de ''Copier/coller'' du dernier grand succès comique de l'année (Le Grand Bain en 2018, soit dit en passant).

Faut-il pour autant rejeter en bloc le concept de Une Belle Équipe ? Pas forcément, non. Que l'on soit pour ou contre l’équité, macho ou pas, que l'on aime le foot ou qu'il nous sorte par les yeux, tout ce que l'on est en droit d'attendre du long-métrage de Mohamed Hamidi, c'est qu'il nous fasse rire, ou du moins, nous divertir sans que jamais, nous n'ayons le sentiment de n'être face qu'à un ersatz de l'excellent Le Grand Les Crevettes Pailletées. Peut-être même qu'il conviendra à ces ''nerveux'' qui s'excitent devant leur télé dès que l'on évoque la diffusion du moindre match de football féminin, de découvrir que même leurs épouses pourraient un jour cracher des ''enfoiré !'', ''enculé !'' ou tout autre gracieuseté à un arbitre refusant l'obtention d'un but au profit de leur équipe préférée. D'un point de vue de la mise en scène, le réalisateur se repose sur des acquis instaurés par ceux qui se sont engouffrés dans la brèche les premiers. C'est donc du classique que Mohamed Hamidi nous propose en mettant à l'honneur comme tant d'autres de nos jours, une petite ville du nord pourtant sortie de l'imaginaire des scénaristes Alain-Michel Blanc, Camille Fontaine et Mohamed Hamidi. En effet fictive, le tournage a quand même eu lieu dans une commune française des ''Hauts de France'', à Douai, où ont notamment vu le jour le réalisateur Christian de Challonge et l'humoriste Hugues Duquesne.

''Il faut choisir son camp...''

C'est donc dans la petite commune imaginaire de Clourrières que le réalisateur installe toute son équipe, et notamment un casting riche des présences de Kad Merad, Alban Ivanov (très à la mode actuellement), David Salles, André Wilms ou Guillaume Gouix. Côté femmes, Céline Sallette, Sabrina Ouazani, Laure Calamy ou encore Myra Tyliann, Manika Auxire et Marion Mezadorian viennent le compléter fort logiquement puisque toutes unies, elle feront partie de l'équipe de football féminin de Clourrières et porteront short, maillot et chaussures à crampons. Si le sujet n'est pas neuf, on se surprend tout de même à rire parfois. Et même assez souvent à vrai dire. Manika Auxire fait l'unanimité avec son franc parler, Laure Calamy est jubilatoire dans le rôle de l'épouse se rebellant, Sabrina Ouazani est touchante en reprise de justice et Céline Sallette est épatante en nouvelle directrice du club de foot. Du coté des hommes, Kad Merad fait le taf même s'il reste toujours aussi inexpressif, Alban Ivanov est drôle en Mimil pas très finaud. Quant à Guillaume Gouix, Frédéric Pellegeay et David Salles, ils campent (surtout pour les deux derniers), une belle brochette de connard machos. On a évidemment droit à tous les poncifs du genre. Entre les moqueries de la part de ces messieurs et leur incapacité à s'occuper des enfants lorsque leurs épouses sont à l’entraînement. Après, Une Belle Équipe fonctionne autour d'un scénario ultra-minimaliste et surtout, peu profond. Ce qui n'empêche pas la comédie de Mohamed Hamidi de respirer la bonne humeur. Impossible de s'ennuyer devant cette équipe de foot féminin plutôt réjouissante...

jeudi 10 octobre 2019

Venise n'est pas en Italie d'Ivan Calbérac (2019) - ★★★★★★★☆☆☆



Il est un fait dont j'ai grandement conscience : je ne suis pas très à l'aise avec la critique des comédies françaises. Et même si je sais par avance que cet article sera mineur, tant pis. Le long-métrage d'Ivan Calbérac méritait que je l'évoque...


S'il y en a qui se demandent encore pourquoi le cinéma comique hexagonal va si mal depuis quelques temps, la réponse tient en une phrase : parce que le meilleur acteur français... est belge ! Voilà ! La leçon est terminée, rangez vos livres et vos cahiers ! Si le grand écran parvient à nous mettre parfois de la poudre au yeux qui dès la sortie de la salle s’évanouit dans les airs, c'est parce qu'en France, on n'a pas de pétrole, pas d'idées, et surtout pas d'acteurs à la hauteur d'un Louis de Funès ou d'un Pierre Richard. Bon, je concède que le second est toujours en vie mais désormais, il s'avère plus tendre que réellement drôle. On ne lui en voudra pas, lui qui a gavé en son temps les amateurs de comédies de tout un tas de longs-métrages devenus cultes et que je ne vous ferai pas l'affront d'évoquer ici puisque tout le monde les connaît. À la place de ces deux géants de l'humour, notre pays s'est doté de quelques descendants qui, s'ils sont attachants, ont pourtant bien du mal à convaincre. Du moins, de manière métronomique. On peut, au mieux, se pencher sur la vision toute personnelle d'un Quentin Dupieux ou au pire, se farcir l'humour bien tranquille de Dany Boon, Kad Merad et consorts. De ce tout dernier, on retiendra l'incapacité à émouvoir. L’œil torve, le visage aussi expressif que celui d'une limande se desséchant au soleil, Kad Merad a dépassé le cadre du spectacle bon enfant avec son comparse Olivier Baroux pour nous pondre des personnages sans âme d'où surnagent, Ô miracle, quelques rares pépites (L'Italien).

Benoît Poelvoorde, belge et meilleur acteur comique français, donc, c'est tout l'inverse. Qu'il fasse le pitre devant la caméra ou tente de nous émouvoir, cela fonctionne toujours. Dernier exemple en date, le tout nouveau long-métrage du réalisateur, scénariste et écrivain français Ivan Calbérac, Venise n'est pas en Italie. C'est à partir de son propre ouvrage éponyme que le cinéaste nous a concocté l'une des meilleures comédies de l'année qui comporte cependant pas mal de thèmes déjà vus mille fois. Ici, le véritable héros du film, ça n'est pas Benoît Poelvoorde (pourtant absolument divin), ni Valérie Bonneton (fidèle interprète de Dany Boon depuis pas mal d'années), ni encore l’irrésistible David Salles, mais bien le jeune Helie Thonnat qui à part ce long-métrage n'a participé au tournage que de deux téléfilms en 2017 (Je suis Coupable de Christophe Lamotte et La Soif de Vivre de Lorenzo Gabriele).

Plus qu'une bluette entre deux adolescents fréquentant le même établissement scolaire mais issus de milieux sociaux différents, Venise n'est pas en Italie délivre par l'entremise d'un père de famille pas comme les autres un message qui veut qu'une famille normale, ça n'existe pas. Et l’œuvre d'Ivan Calbérac de tenir en ces quelques mots. Un road-trip tour à tour amusant, tendre et divertissant dans lequel il est interdit de mâcher ses mots sous peine d'être condamné à se frictionner les cheveux à l'aide de lotions jusqu'à la fin de ses jours. Le réalisateur trouve le ton juste et même s'il lui faudra un bon quart-d'heure pour l'ajuster aux attentes d'un public sans doute trop pressé de rire aux éclats devant une comédie pure jus, jamais le film ne nous déçoit. Chacun y met du sien pour nous délivrer une comédie tendre pleine de fraîcheur aux répliques souvent savoureuses. Benoît Poelvoorde et Valérie Bonneton campent un couple de beaufs dans la forme, mais original dans le fond. Helie Thonnat (Émile) et Luna Lou (Pauline) forment un duo mignon comme tout mais pas si anodin que cela puisqu'ils incarnent cette envie d'échapper à leur destin. Le frère d’Émile est quant à lui interprété par l'épatant Eugène Marcuse et sa petite amie du moment, Pauline, par la charmante Luna Lou. Venise n'est pas en Italie est de surcroît l'occasion de faire un petit tour de côté de l'Italie et de la magnifique Venise en question. Le long-métrage d'Ivan Calbérac n'est certes pas la comédie française de l'année, mais on sort enfin de la projection avec une banane qui persiste au delà de quelques heures. Un bon signe...

mercredi 24 juillet 2019

Walter de Cyrille Droux et Claude Zidi Jr. (2019) - ★★★★☆☆☆☆☆☆



Après une poignée de courts-métrages et un certains nombre d'épisodes de séries télévisées, le cinéaste français originaire d'Amman en Jordanie Varante Soudjian passait aux choses ''sérieuses'' en cette année 2019 puisqu'il réalisait là, son premier long-métrage. Et à dire vrai, ce premier vrai film semble montrer les limites d'un cinéaste beaucoup plus à l'aise dans le court que dans le long. Walter met en scène le vigile d'un hypermarché de banlieue parisienne du même nom qui après son service, retourne chez lui retrouver son épouse Laurence (Judith El Zein dont on peut se demander ce qu'elle est venue faire dans cette galère). Mais alors que le silence règne désormais dans le grand magasin, une bande de braqueurs constituée de cinq individus parvient à pénétrer les lieux afin de percer l'un des murs de l'édifice mitoyen avec une bijouterie. Mais c'était sans compter sur l'arrivée inopinée d'un Walter qui par acquis de conscience, est revenu sur les lieux afin de s'assurer que tout va bien...

Les amateurs noteront d'entrée de jeu la présence à l'écran du duo que formèrent déjà les.... ''acteurs'' Karim Jebli et Nordine Salhi dans le précédent Les Déguins de Cyrille Droux et Claude Zidi Jr. (oui oui, le fils du cinéaste Claude Zidi, auteur de L'Aile ou la Cuisse, des Sous-Doués ou encore des trois volets de la saga Les Ripoux) qui réapparaissent donc sur grand écran afin d'incarner deux des membres du gang de braqueurs dans cette comédie qui ne laissera malheureusement pas de souvenirs impérissables. À leurs côtés, l'acteur, musicien et metteur en scène burkinabé Issaka Sawadogo qui campe le rôle-titre du vigile Walter qui va devoir composer avec la présence entre les murs de l'hypermarché dont il a la responsabilité de veiller à la surveillance de jour, d'une bande de bras cassés. Autre interprète à avoir accepté de participer au tournage, l'acteur français David Salles que l'on a pu notamment voir dans Le Doudou de Philippe Mechelen et Julien Hervé l'année dernière ou des années en arrière dans Babysitting, de Philippe Lacheau, Denis, de Lionel Bailliu, ou encore Du goudron et des plumes, de Pascal Rabaté et qui dans le cas présent incarne le directeur de l'hypermarché. Enfin, et dans le rôle du chef de bande, c'est l'acteur et humoriste narbonnais Alban Ivanov qui porte les traits de Goran, la brute épaisse ayant ''organisé'' le braquage de la bijouterie.

Walter est un huis-clos comique qui tente assez vainement de mêler humour et tension dans une œuvre qui ne dépasse malheureusement pas le statut de spectacle pour adolescents décérébrés. Sur un scénario écrit à quatre mains par Thomas Pone et Varante Soudjian lui-même, ce long-métrage de quatre-vingt dix minutes peine à se montrer convaincant. Les situations sont poussives et le rythme est sans cesse brisé par des incartades humoristiques inefficientes. En effet, alors que le cinéaste tente d'éprouver l'humour de son duo de comiques formé par Karim Jebli et Nordine Salhi, le résultat est très souvent pathétique. Pas drôle, Walter manque en plus de cette énergie qui aurait pu relancer l'intérêt grâce à la présence d'un Issaka Sawadogo auquel le récit impose de demeurer léthargique durant une bonne heure. Une situation qui s'explique sans doute dans le passé du personnage, ancien guerrier africain en fuite réfugié depuis en France et compagnon d'une Judith El Zein sous-exploitée et absolument pas à sa place dans le rôle de Laurence. Walter prend les allures d'une séance de gags prompts à faire marrer les adeptes de Youtube mais certainement pas ceux qui se sont rendus dans les salles de cinéma à partir du 20 mars dernier. À moins d'être friand de ce genre d'humour des banlieues plutôt vulgaire et faisant l'impasse sur toute forme de finesse, Walterne se rattrape même pas lorsqu'il s'agit enfin pour son vigile de mettre les pieds dans le plat et de transformer l'équipée des cinq braqueurs en excursion nocturne cauchemardesques.Pour amateurs avertis...

mercredi 17 juillet 2019

Guy d'Alex Lutz (2018) - ★★★★★★★★★☆




Comédien, acteur de cinéma et de télévision, scénariste ou encore doubleur, il ne manquait plus à Alex Lutz que d'endosser la casquette de réalisateur pour demeurer un artiste complet. C'était déjà chose faite en 2015 avec son premier long-métrage Le Talent de mes Amis en 2015 mais c'est l'année dernière qu'il venait confirmer tout le bien que l'on pouvait penser de lui avec Guy, un documenteur (ou faux documentaire) sur la vie d'un chanteur septuagénaire imaginaire sorti de l'esprit tricéphale d'Alex Lutz, Thibault Segouin et Anaïs Deban. L'histoire de Guy Jamet, chanteur de variété populaire qui connut un certain succès du début de sa carrière dans les années 60 jusqu'à la fin du siècle dernier et qui, aidé d'une double compilation regroupant ses plus grands succès, tente de revenir sur le devant de la scène. Suivi par la caméra de Gauthier, un jeune journaliste dont la mère était une grande fan de Guy Jamet, le chanteur nous fait vivre son quotidien, des loges jusqu'aux concerts et des restaurants où toute son équipe de techniciens et musiciens se retrouvent après chaque représentation jusque dans son intimité qu'il partage avec sa compagne Sophie Ravel (excellente Pascale Arbillot)...

Alex Lutz réalise avec Guy, l'un des meilleurs représentants de sa catégorie : le documenteur. Le principe est simple puisqu'il s'agit ici de plonger le spectateur dans un univers factice se rapprochant le plus possible du documentaire. L'acteur, scénariste et réalisateur y parvient aisément à l'aide d'importants moyens. Si le film se concentre sur le présent, le travail effectué sur les ''fausses'' archives crées à l'occasion est relativement bluffant. En effet, on retrouve Guy à différentes époques de sa vie et donc, à des âges plus ou moins avancés. À ce titre, on retiendra le travail remarquable effectué sur le visage d'Alex Lutz par les maquilleurs français Laeticia Quillery et Geoffroy Felley qui surpassent tout ce qui a pu être conçu sur grand écran depuis les origines du vieillissement au cinéma (Dick Smith aurait été fier du duo). Afin de crédibiliser et de pousser le réalisme du propos à son paroxysme, d'importants moyens ont été apportés afin de créer un univers cohérent qui s'étend bien au delà de la dizaine de chansons conçues à l'occasion par Vincent Blanchard et Romain Greffe et qui, dans la majeure partie des cas, n'ont pas à rougir face aux standards de la chanson française. Preuve qu'aucun compartiment n'a été laissé au hasard et qu'Alex Lutz a tenu à ce que chaque artisan de Guy puisse bénéficier des meilleures conditions de travail afin d'obtenir les meilleurs résultats.

À l'occasion de son second long-métrage, Alex Lutz fait appel à Pascal Le Gellec pour les décors, Amandine Gros pour les costumes ou encore Mathieu Le Bothlan pour la photographie. En résultent des séquences qui replongent les spectateurs dans des époques diverses, images à l'appui, en retrouvant l'esthétique précise des périodes qu'elles évoquent. Alex Lutz est bluffant. Non seulement il réalise l’œuvre parfaite, à tel point qu'on oublierait presque qu'il s'agit d'une fiction, mais de plus, il incarne à la perfection ce vieil homme, cet artiste sur le retour dont on partage l'incroyable aventure et son histoire personnelle. Drôle et parfois émouvant, Guy est une prise de risque permanente. La moindre fausse note et la crédibilité aurait pu voler en éclat. C'est d'ailleurs sans doute pour cette raison que l'acteur-réalisateur a fait le choix d'interpréter lui-même sur scène les chansons sans faire usage du play-back (un procédé qu'Alex Lutz aura pourtant le génie d'utiliser lors de certaines séquences de flash-back).

Guy est l'occasion de retrouver une brochette d'interprètes on ne peut plus hétéroclite : on retrouve en effet notamment à l'affiche l'actrice Nicole Calfan, la chanteuse Dani, les actrices Élodie Bouchez et Julie Arnold, l'humoriste et chroniqueuse Nicole Ferroni, et dans leur propre rôle, Michel Drucker et Julien Clerc. Les plus observateur noteront également la présence de David Salles dans la peau d'un clochard très convainquant. Guy est une excellente surprise. Nostalgique d'une époque révolue, le spectateur sent bien qu'Alex Lutz est attaché à son sujet et signe une œuvre parfaitement accomplie. À voir absolument...

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