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mercredi 25 janvier 2023

Citoyen d'honneur de Mohamed Hamidi (2022) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Avec une régularité presque parfaite, le réalisateur franco-algérien Mohamed Hamidi revient cette année avec son nouveau long-métrage Citoyen d'honneur. Lui qui aime généralement confronter les cultures (La Vache), les milieux sociaux (Jusqu'ici tout va bien) ou bousculer certaines règles (composer une équipe de football féminine dans Une belle équipe) sur le ton de l'humour a cette fois-ci décidé de concentrer toutes ses ''obsessions'' en un seul film puisque Citoyen d'honneur met en scène l'acteur Kad Merad dans le rôle de l'écrivain Samir Amin de retour dans sa ville natale, Sidi Mimoun, après avoir reçu le prix Nobel de littérature. Vivant depuis trente ans à Paris, il est l'objet de nombreuses convoitises mais refuse presque systématiquement toute proposition d'interviews ou d'hommages. ''Presque toutes'' car l'une d'elles le séduit immédiatement, lui offrant l'occasion de partir pour l'Algérie, là où il vécut les vingt premières années de sa vie pour y être fait citoyen d'honneur... ''Du rire et de l'émotion''... Aïe ! Il y a de quoi se faire du mouron car si Kad Merad est un personnage sympathique et si dans le registre du rire, fut un temps, le bonhomme était plutôt drôle (surtout lors de son duo avec Olivier Baroux), dans celui de l'émotion, c'est déjà une autre paire de manches. Pas vraiment convaincant... ! Heureusement, c'est ici avec parcimonie que l'acteur exprime son ressenti. Plus fermé que réellement expressif, on le remerciera vivement de ne pas s'être singé comme il le fait généralement en cas de nécessité... Non, ici Kad Merad se montre humble. Sans doute son personnage le veut-il ainsi. Comme le désirent sans doute le réalisateur et son scénario...


Il n'est bien évidemment pas question ici de renier une quelconque appartenance à une terre d'accueil mais plutôt de rendre hommage au pays qui a vu naître le héros de l'histoire. Mais si sur le papier, réconcilier le prix Nobel de littérature avec ses racines est une vertu relativement remarquable, à l'écran, les prétentions semblent avoir été malheureusement revues à la baisse. En soit, Citoyen d'honneur n'est pas un mauvais film. Sans jamais hésiter entre humour et émotion puisque le premier s'offre une large place tandis que la seconde s'installe timidement au détour de quelques rares séquences, sa courte durée (1h36) empêche parfois Mohamed Hamidi d'aller au fond des choses. Certes, le réalisateur exploite la gentillesse de ses villageois, la corruption du pays, la menace islamique ou le retour au pays d'un émigré qui a réussi, mais parmi ces quelques thématiques, certaines manquent d'être approfondies. Aux côtés de Kad Merad, l'acteur franco-algérien Fatsah Bouyahmed minaude dans le rôle de l'employé de mairie Miloud face à cet illustre écrivain dont toute l'Algérie semble apparemment si fière. Le responsable de la culture Hamid Mezouar (Zinedine Soualem) pousse sa gueulante et disparaît quasiment de l'image, le maire (l'acteur Brahim Bihi) déroule le tapis rouge à Samir pour ensuite se dégonfler devant une partie de ses concitoyens, quant à Jamel Debbouze, il offre une visite bourrée d'anecdotes du cimetière de Sidi Mimoun. Restent Mehdi (Brahim Bouhlel), personnage attachant aux aspirations d'écrivain et surtout Selma (Oulaya Amamra), jeune rappeuse et militante contre le pouvoir en place. Tourné au Maroc et non pas en Algérie pour des questions de précautions, Citoyen d'honneur a beau faire une démonstration de certaines revendications, tout semble au final plutôt timide...

 

lundi 21 novembre 2022

La vache de Mohamed Hamidi (2016) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Alors qu'est sorti le 14 septembre dernier le tout nouveau long-métrage du réalisateur franco-algérien Mohamed Hamidi Citoyen d'honneur, retour sur son second film La vache dont il écrivit également le scénario en compagnie d'Alain-Michel Blanc et de Fatsah Bouyahmed. Ce dernier incarne le héros de ce road-movie hexagonal et campagnard qui n'entretient ni de près, ni de loin, aucune sorte de rapport avec La vache et le prisonnier de Henri Verneuil qui à l'époque, en 1959, fut incarné par l'acteur Fernandel. Il est pourtant ici question d'une traversée. Celle du territoire français, du sud vers le nord, de Marseille jusqu'à Paris où doit se dérouler le Salon de l'Agriculture. C'est donc à travers le pays, le notre, qu'un paysan du nom de Fatah Ballabes extrait de son petit village d'Algérie va faire moult rencontres. Des dizaines de français qui sur sa route vont l'accueillir à bras ouverts et lui faire découvrir un pays chaleureux... Qu'il fait bon vivre dans ce pays, la France. Une France, ici, presque utopique si l'on écarte la manifestation mettant en jeu l'avenir de nos paysans ainsi qu'un flic relativement déplaisant ou un beau-frère grincheux (Jamel Debbouze dans le rôle de Hassan). La vache situe le tout début de son action ''au pays''. Au bled, là où vit le héros, son épouse, leur deux filles et les habitants et amis du village. Tous acceptent de participer financièrement pour que Fatah puisse faire le voyage vers la France. Après, à lui de se débrouiller seul pour remonter à pieds jusqu'à la capitale. L'occasion de rencontrer notamment de sympathiques artistes de rue l'enivrant lors d'une fête de village, un comte sans le sou fort accueillant interprété par le toujours excellent Lambert Wilson, une reporter de télévision (l'actrice Julia Piaton) ou des manifestants s'apprêtant à mettre à sac la préfecture de leur région avec à la clé, l'arrestation plutôt arbitraire de Fatah !


Si sur le papier La vache est la promesse d'une aventure riche en événements et pourquoi pas, en enseignements, le travail d'écriture et de mise en scène de Mohamed Hamidi souffre d'une naïveté qui, à l'aune de l'interprétation de Fatsah Bouyahmed, rend les choses moins simples qu'elles n'y paraissent. Ou alors, c'est justement cette simplicité qui fait le principal défaut de ce long-métrage qui se veut profondément humaniste. Un sentiment que le réalisateur et ses interprètes parviennent tout de même à transmettre même si l'exécution est souvent des plus sommaire. La faute au temps, sans doute, alloué au récit, ne dépassant pas les quatre-vingt onze minutes alors qu'il aurait été nécessaire de procurer une durée supplémentaire à la plupart des situations rencontrées par le héros et sa vache Jacqueline. Au fil de l'aventure et de ses rencontres, Fatah se mue peu à peu en véritable phénomène de société que tout le monde s'arrache. Là encore, on a bien du mal à y croire. Les événements se précipitant à une telle allure que le spectateur n'a jamais vraiment le temps de s'acclimater à une situation que la suivante chasse déjà celle à laquelle le héros vient d'être confronté. Surtout, La vache est parfois d'une confondante naïveté. Le réalisateur et ses scénaristes idéalisent leur propos et ne mettent que trop rarement leur héros en danger. Du moins, de manière un peu trop niaise et passionnée. Au spectateur ensuite de ressentir ou non de l'empathie pour Fatsah Bouyahmed et son personnage. Ou pour celles et ceux qu'il va croiser et pour cette étonnante aventure entre Algérie, la société de transport Algerie Ferries, la campagne française et la capitale. Difficile de demeurer de marbre ou hostile face à ce Jacques Tati ou ce Darry Cowl maghrébin qui nous sort un temps soit peu de ces éternels conflits mis en images dans les médias ou à travers la fiction et qui opposent les diverses cultures et religions qui traversent notre pays. Un film gentil, tendre, mais un peu trop lisse, rêvant d'un hexagone en paix avec lui-même, bref, un long-métrage innocent... comme l'est sans conteste son héros...

 

lundi 6 avril 2020

Une Belle Equipe de Mohamed Hamidi (2020) - ★★★★★★★☆☆☆



Après les hommes et la natation synchronisée (Le Grand Bain de Gilles Lellouche), les handicapés et le basket (Chacun Pour Tous de Vianney Lebasque), les homosexuels et le water-polo (Les Crevettes Pailletées de Cédric Le Gallo et Maxime Govare), voici qu'est mise en lumière une discipline qui, il n'y a pas si longtemps, était ''réservée'' aux hommes : le football féminin. Ce sont donc cette fois-ci les femmes qui sont mises à l'honneur avec Une Belle Équipe de Mohamed Hamidi, dont le sympathique Jusqu'ici tout va bien était sortit sur les écrans français début 2019. Du football et des femmes ? Pourquoi pas ! C'est ce que l'on appelle la parité et il n'y a aucune raison pour qu'elles se contentent de laver le short et le maillot de leur conjoint. Par contre, il va bien falloir qu'un jour on cesse d'essorer le sujet jusqu'à ce qu'il n'en demeure plus une goutte ! Parce qu'à force de reprendre toujours le même thème en ne lui accordant qu'une légère variante (pour faire avaler la pilule à un public qui ne se rend apparemment pas encore compte qu'on le prend pour un idiot), le cinéma français va finir par tourner en rond et se mordre la queue. Rien ne nous dit d'ailleurs que l'on ne verra pas très bientôt sur grand écran une équipe de volley-ball exclusivement constituée d'hommes de petite taille, du tir à l'arc pour non voyants, ou un championnat d'haltérophilie réservé aux transgenres. Essayez donc ensuite d'aller défendre la comédie française face à ceux qui la dénigrent quant on ne nous propose plus dans les salles obscures, qu'une succession de ''Copier/coller'' du dernier grand succès comique de l'année (Le Grand Bain en 2018, soit dit en passant).

Faut-il pour autant rejeter en bloc le concept de Une Belle Équipe ? Pas forcément, non. Que l'on soit pour ou contre l’équité, macho ou pas, que l'on aime le foot ou qu'il nous sorte par les yeux, tout ce que l'on est en droit d'attendre du long-métrage de Mohamed Hamidi, c'est qu'il nous fasse rire, ou du moins, nous divertir sans que jamais, nous n'ayons le sentiment de n'être face qu'à un ersatz de l'excellent Le Grand Les Crevettes Pailletées. Peut-être même qu'il conviendra à ces ''nerveux'' qui s'excitent devant leur télé dès que l'on évoque la diffusion du moindre match de football féminin, de découvrir que même leurs épouses pourraient un jour cracher des ''enfoiré !'', ''enculé !'' ou tout autre gracieuseté à un arbitre refusant l'obtention d'un but au profit de leur équipe préférée. D'un point de vue de la mise en scène, le réalisateur se repose sur des acquis instaurés par ceux qui se sont engouffrés dans la brèche les premiers. C'est donc du classique que Mohamed Hamidi nous propose en mettant à l'honneur comme tant d'autres de nos jours, une petite ville du nord pourtant sortie de l'imaginaire des scénaristes Alain-Michel Blanc, Camille Fontaine et Mohamed Hamidi. En effet fictive, le tournage a quand même eu lieu dans une commune française des ''Hauts de France'', à Douai, où ont notamment vu le jour le réalisateur Christian de Challonge et l'humoriste Hugues Duquesne.

''Il faut choisir son camp...''

C'est donc dans la petite commune imaginaire de Clourrières que le réalisateur installe toute son équipe, et notamment un casting riche des présences de Kad Merad, Alban Ivanov (très à la mode actuellement), David Salles, André Wilms ou Guillaume Gouix. Côté femmes, Céline Sallette, Sabrina Ouazani, Laure Calamy ou encore Myra Tyliann, Manika Auxire et Marion Mezadorian viennent le compléter fort logiquement puisque toutes unies, elle feront partie de l'équipe de football féminin de Clourrières et porteront short, maillot et chaussures à crampons. Si le sujet n'est pas neuf, on se surprend tout de même à rire parfois. Et même assez souvent à vrai dire. Manika Auxire fait l'unanimité avec son franc parler, Laure Calamy est jubilatoire dans le rôle de l'épouse se rebellant, Sabrina Ouazani est touchante en reprise de justice et Céline Sallette est épatante en nouvelle directrice du club de foot. Du coté des hommes, Kad Merad fait le taf même s'il reste toujours aussi inexpressif, Alban Ivanov est drôle en Mimil pas très finaud. Quant à Guillaume Gouix, Frédéric Pellegeay et David Salles, ils campent (surtout pour les deux derniers), une belle brochette de connard machos. On a évidemment droit à tous les poncifs du genre. Entre les moqueries de la part de ces messieurs et leur incapacité à s'occuper des enfants lorsque leurs épouses sont à l’entraînement. Après, Une Belle Équipe fonctionne autour d'un scénario ultra-minimaliste et surtout, peu profond. Ce qui n'empêche pas la comédie de Mohamed Hamidi de respirer la bonne humeur. Impossible de s'ennuyer devant cette équipe de foot féminin plutôt réjouissante...

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