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vendredi 22 novembre 2024

Loups-Garous de François Uzan (2024) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

''Hé, Jean ! T'en as pas marre de te perdre dans les couloirs du temps ?'' Après avoir traversé différentes époques à travers cinq longs-métrages, on peut comprendre que son dernier personnage ait perdu la boussole pour se retrouver atteint de la maladie d'Alzheimer ! Les visiteurs en 1993, Les couloirs du temps : les visiteurs en 1998, Les visiteurs en Amérique en 2001, Les visiteurs : la Révolution en 2016 et désormais, Loups-Garous... Cette fois-ci, c'est à un chemin inverse que l'acteur est convié. Passant du présent au passé pour se retrouver plongé en plein Moyen-âge. Mais pas pour y retrouver son fidèle compagnon et serviteur Jacquouille la Fripouille ou Frénégonde de Pouille qui lui fut offerte en épousailles. Et de toute façon, ça n'est pas ici pour le retrouver dans le rôle de Godefroy Amaury de Malefête, comte de Montmirail, d'Apremont et de Papincourt, mais dans celui de Gilbert, le patriarche d'une famille où sont réunis enfants et petits-enfants pour une partie de Loups-garous de Thiercelieux, un authentique jeu de société dans lequel deux équipes de joueurs incarnant des villageois ont pour mission de dénicher qui parmi eux sont des loups-garous avant de les occire. Son fils Jérôme (Franck Dubosc) propose donc à son père ainsi qu'à son épouse Marie (Suzanne Clément) et leurs trois enfants Clara, Théo et Louise (Lisa Do Couto Teixeira, Raphaël Romand et Alizee Caugnies) de participer au jeu sans qu'aucun d'entre eux ne fasse preuve du moindre engouement. Abandonnant tout espoir de les y faire participer, Jérôme range les différentes pièces du jeu mais lorsqu'il referme la boîte, un curieux événement contraint la petite famille à se réfugier dans la cave. Lorsqu'ils en ressortent quelques minutes plus tard, les voilà plongés en plein Moyen-Âge, au cœur même du jeu, soumis à devoir trouver les loups-garous en présence et qui attaquent les villageois de nuit s'ils veulent pouvoir retourner un jour chez eux... Bon, ben, on a quand même échappé au pire. Et le pire aurait été que l'humour échappe à tout contrôle des auteurs de Loups-Garous.


Le second long-métrage de François Uzan, écrit par les auteurs mêmes du jeu de société qui est à l'origine du projet, Hervé Marly et Philippe des Pallières, entre dans la catégorie des comédies familiales. Les parents n'auront donc aucun soucis à se faire lorsque leurs plus jeunes enfants exprimeront le désir de découvrir une œuvre dans laquelle évoluent des créatures atteinte de lycanthropie. Car ici, ça n'est pas tant l'horreur ou l'épouvante qui domine le sujet mais plutôt l'humour. Un voyage dans le temps joliment reconstitué d'ailleurs. Situant son action en France en l'année 1497 et donc à la toute fin du Moyen-Âge alors que le film a été tourné à Prague, Loups-Garous mixe Les visiteurs de Jean-Marie Poiré à Jumanji de Joe Johnson pour arriver à un résultat qui aurait pu s'avérer désespérant. Surtout qu'après le sympathique transfert du présent au passé, le film cesse subitement d'être attrayant et ce, durant une bonne demi-heure. De quoi en laisser certains sur le carreau, ne laissant ainsi plus que les spectateurs les plus vaillants devant l'écran. Force à ces derniers d'avoir persévéré puisque le scénario parvient à proposer quelques bonnes idées de répliques et de personnages secondaires qui vont lui permettre de maintenir le cap de cet humour tant recherché. C'est donc moins du côté de Dubosc, de Reno ou de Clément que celui-ci perce que de celui de Jonathan Lambert qui dans le rôle de l'ancêtre de la famille, Childéric, fait montre une fois encore d'un véritable talent pour la Comédie. Quant à lui, caché derrière son masque de bourreau, David Salles ne change absolument pas de registre, et c'est tant mieux ! Loups-Garous joue davantage avec les pouvoirs des protagonistes qu'avec le haut potentiel de contraste entre cette famille venue de notre présent et les habitants d'un village de la fin du quinzième siècle ! Concernant les décors, les costumes et les effets-spéciaux, les premiers et les seconds sont plutôt convaincants tandis que les derniers cachent mal leurs origines numériques. Quant à leur potentiel horrifique, s’agissant d'une comédie familiale à la portée de tous, rien à craindre pour nos jolies petites têtes blondes puisque le film ne fait absolument pas peur. Au final, Loups-Garous est une comédie mineure mais pas désastreuse et qui donc se laisse regarder sans déplaisir... À découvrir sur Netflix...

 

lundi 15 novembre 2021

Flashback de Caroline Vigneaux (2021) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Chouette, Julie Ferrier dans un nouveau film... Ah non ! Erratum. Pas la Julie Ferrier de Ça se soigne ? de Laurent Chouchan, mais la Caroline Vigneaux de À fond de Nicolas Benamou. Une carrière sans doute moins importante jusqu'à aujourd'hui mais elle, au moins, a réalisé son premier film ! Flashback, disponible actuellement sur la plateforme Amazon Prime. Rien à voir avec la chanson du groupe Imagination sur laquelle beaucoup se déhanchèrent sans doute au début des années quatre-vingt ni aucun rapport avec l'excellent jeu vidéo réalisé par la société française Delphine Software en 1992 (que de souvenirs...). À vrai dire, le film de Caroline Vigneaux (qui s'offre une place de choix en incarnant ici l'héroïne d'aventures très mouvementées) est plus proche de certaines œuvres de science-fiction intéressées par le procédé encore inatteignable du voyage dans le temps. Faites votre choix dans la longue liste des prétendants mais en ce qui me concerne, c'est d'abord Les visiteurs de Jean-Marie Poiré qui m'est revenu en mémoire. Une bande-annonce qui semblait presque promettre de revivre ce même genre d'expérience que trente ans plus tôt. Une version féminine et engagée jetant son héroïne dans divers contextes historiques jugeant de l'évolution des mœurs en matières de droits pour les femmes. Féminine ou bien féministe cette œuvre, justement ? C'est bien la question qui nous taraude un temps devant cet objet filmique facilement identifiable mais que l'on considérera au départ comme l'un des innombrables sujets que la culture Woke aime à nous imposer en s'invitant chez nous sans y avoir été conviée. Pourtant, en s'avérant beaucoup moins subtile que le propos l'aurait exigé si le seul plaidoyer formé autour de la condition féminine avait été l'unique intérêt de Flashback, le long-métrage de Caroline Vigneaux perd de ''l'intérêt'' woke que certains pourraient lui porter pour se diriger vers une forme d'humour cher à Fabrice Eboué. De ceux qui ne se laissent pas marcher sur les pieds ni dicter leur conduite...


Et d'une manière générale, la chose passe parfois ''crème'' en ces temps de marasme qui ne font en réalité de mal qu'à celles et ceux qui le veulent bien. Ignorez tout de suite les commentaires qui comparent Flashback au film culte de Robert Zemeckis, Retour vers le futur. À tout point de vue, les deux films n'entretiennent de rapport que le thème du voyage dans le temps. Pour le reste, le second enterre six pieds sous terre le premier. Quant à savoir si Flashback vaut Les visiteurs, la réponse est là encore, négative. À moins que l'on compare l'infâme troisième opus de la trilogie de Jean-Marie Poiré au film de la réalisatrice. On y retrouve d'ailleurs l'actrice Sylvie Testud qui après avoir interprété le rôle de Charlotte Robespierre dans Les Visiteurs : La Révolution endosse aujourd'hui le costume de la femme de lettres, politique et de l'une de celles qui furent à l'origine du féminisme Olympe de Gouges. L'actrice n'est d'ailleurs pas la seule ''guest'' du long-métrage puisque s'y retrouvent également Suzanne Clément dans le rôle de George Sand, Emy LTR dans celui de Jeanne d'Arc, Lison Daniel dans la peau de Marie Curie ou Sophia Aram dans celle de Gisèle Alimi. Des figures du féminisme français qui n'empêchent heureusement pas la présence de l'homme à l'écran puisque viendront les rejoindre Gad Elmaleh dans le rôle de Maximilien de Robespierre, Lannick Gautry en Nicolas de Condorcet, Bruno Solo en Aristide Briand ou bien Florent Peyre dans celui de Napoléon Bonaparte.


Préhistoire, Moyen-âge, Révolution, jeunesse de l'héroïne, Charlie/Caroline Vigneaux traverse le temps et différentes époques avec un film qui ressemble davantage à une collection de sketchs qu'à un récit homogène. Le seul élément d'homogénéité, on le doit finalement qu'au seul sujet de la femme et de sa condition à travers l'évolution des mœurs. Si l'on s'amuse plutôt des différents voyages qu'elle entreprendra involontairement chaque fois qu'elle se cognera la tête (on a déjà trouvé mieux en terme de transition), surtout lorsqu'elle n'a pas encore pris conscience de ce qui lui arrive, forçant ainsi le contraste entre son comportement de femme contemporaine et celles et ceux auxquels elle sera confrontée, la mise en scène semble provenir d'une autre époque. Celle-ci, par contre, pas trop éloignée de la notre. Caroline Vigneaux en fait des tonnes à la manière d'un Christian Clavier que l'on pouvait adorer dans Les visiteurs mais qui depuis ne fait qu'interpréter toujours le même personnage. Espérons qu'à l'avenir il en soit autrement avec la ''jeune'' réalisatrice. Un premier essai plus ou moins convainquant, pas vraiment frais dans sa forme mais assez généreux en matière de situations. En tout cas, nettement plus satisfaisant qu'une Michèle Laroque dont les ambitions de réalisatrice n’atteignent jamais ses qualités d'humoriste...

 

jeudi 5 septembre 2019

Raoul taburin de Pierre Godeau (2019) - ★★★★☆☆☆☆☆☆



Raoul Taburin ou l'indicible ennui... Je n'ai peut-être pas la moralité assez légère pour me laisser bercer par la poésie de Sempé même si je préfère infiniment la bande-dessinée à son adaptation cinématographique mais merde, quoi. Je m'attendais à rêver comme à l'époque où Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro nous concoctaient d'admirables petits chefs-d’œuvre (en y repensant, ceux-ci n'étaient finalement pas si nombreux). Comment oublier en effet le délirant post-apocalyptique Delicatessen ? Et même sans Marc Caro qui allait se perdre bientôt tout seul avec un Dante 01 carrément raté, Jean-Pierre Jeunet continuerait à avancer dans le bon sens avec le mignon, coloré et poétique Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain, ratant parfois le coche (l'ennuyeux Un Long Dimanche de Fiançailles), tout en demeurant l'auteur de quelques soubresauts artistiques plus ou moins convaincants (Micmacs à Tire-Larigot)...

Trompeuse impression que donne l'aperçu de l'affiche de Raoul Taburin qui forcément évoque le cinéma hyper-inventif et coloré du duo cité ci-dessus. Trompeuse car en réalité, le film de Pierre Godeau (auteur de Juliette en 2013 et de Éperdument en 2016) pose un regard passéiste qui sied peut-être au deux premières adaptations de Sempé, que l'artiste lui-même dénigre curieusement (Le Petit Nicolas et Les Vacances du Petit Nicolas, tous deux sortis en salle respectivement en 2009 et 2014 et réalisés par le cinéaste Laurent Tirard), mais surtout pas à cette histoire tellement sucrée, plate et niaise sur grand écran qu'il faut avoir l'âme d'un tout petit enfant pour supporter le spectacle. Un spectacle qui d'ailleurs n'offre pas grand chose en terme d'intrigue car si sur papier, l'histoire de ce marchand et réparateur de bicyclette a des chances d'être attractive de part le talent de dessinateur de son auteur, sur grand écran, l'ampleur du vide scénaristique est vertigineuse.

Il faut alors se raccrocher aux quelques broutilles qu'il nous reste pour ne pas mettre rapidement un terme à ce calvaire qui se décompose en plusieurs actes dont le premier dure au delà de la demi-heure, jusqu'à ce qu'enfin le héros épouse la jolie Madeleine. On pense alors que le film va enfin pouvoir démarrer, nous offrir une histoire digne de ce nom. Pourtant, la principale préoccupation de Raoul Taburin demeurera la même jusqu'à la fin : à savoir le secret qui le lie au fait qu'il ne sache pas faire de vélo. Tu parles d'une intrigue ! Et comme l'on est bon joueur, plutôt patient et admirateur de l'acteur belge, c'est pour Benoît Poelvoorde que l'on reste encore devant l'écran même si la voix-off a tendance à se révéler trop tenace, trop présente. Ce sera par contre sans doute moins le cas pour Edward Baer qui, comme à son habitude fait du... Edward Baer et se révèle aux abonnés absents lorsque lui est demandé de mimer devant la caméra une émotion dont il est dépourvu. L'excellent Vincent Desagnat est dirigé comme un pantin indifférent au spectacle qui se déroule autour de lui mais heureusement, Suzanne Clément, son charme et ses robes estivales sont là pour nous retenir, allez, encore quelques minutes de plus. Suffisamment pour tenir jusqu'au générique de fin ? Pas sûr. Sorti sur les écrans il y a un peu plus de quatre mois, Raoul Taburin a déjà pris un très sérieux coup de vieux. Dommage pour Sempé, dommage pour Benoît Poelvoorde, et dommage pour le réalisateur...

samedi 24 novembre 2018

Le Jeu de Fred Cavayé (2018) - ★★★★★★☆☆☆☆



Après avoir vu l'admirable Perfetti Sconosciuti écrit et réalisé par le cinéaste italien Paolo Genovese, il paraissait logique de se pencher sur le remake français mis en scène par Fred Cavayé cette année. Un cinéaste qui depuis 2016 est passé du thriller à la comédie avec, tout d'abord, Radin !, puis en 2018, son tout dernier long-métrage, Le Jeu. Dont le scénario écrit par ses soins est donc inspiré de celui de Paolo Genovese, Filippo Bologna, Paolo Costella, Paola Mammini et Rolando Ravello. Bérénice Bejo, Stéphane de Groodt, Vincent Elbaz, Suzanne Clément, Roschdy Zem, Doria Tilier et Grégory Gadebois prennent le relais de l'impérial casting italien. Résultat, le film de Fred Cavayé est une grosse déception pour celui qui connaît déjà l’œuvre de Paolo Genovese. C'est sans finesse aucune que le cinéaste français choisit de dresser le portrait de sept amis qui lors d'un dîner acceptent de jouer à un jeu stupide : le téléphone portable de chaque convive est déposé au milieu de la table et chacun doit lire chaque sms, mail ou faire écouter chaque message vocal qu'il reçoit à ses amis. Si tout se passe d'abord sous les meilleurs augures, peu à peu la soirée va déraper.

L'histoire étant identique à celle de Perfetti Sconosciuti, il est malheureusement possible que le jugement soit légèrement altéré. Dur de passer derrière un long-métrage italien qui a su allier humour et émotion alors que son adaptation française manque cruellement de l'un et de l'autre. En effet, alors que les bons mots fusent régulièrement au pays de la Dolce Vita et que l'émotion y est poignante, l’œuvre de Fred Cavayé demeure étonnamment stérile en la matière. J'avoue ne pas avoir ri une seule fois. Tout juste esquissé un timide sourire à une seule occasion. Voir coup sur coup un film et son remake revêt quelque chose d'handicapant. Le souvenir trop récent d'avoir vécu un vrai grand moment de cinéma contrecarré par la vision d'un remake bas de gamme, plutôt mal écrit malgré l'implication d'interprètes que l'on a connu plus amusants ailleurs.

Certaines des séquences les plus fortes de l’œuvre originales sont ici bâclées. Ou simplement ignorées. C'est malheureux à dire mais tout bon comédien qu'il soit, Stéphane de Groodt ne possède pas le charisme de Marco Giallini et les moments clés que vit son personnage et celle qui incarne son épouse à l'écran (Bérénice Bejo) sont désastreusement plates. Toute l'intime magie du duo incarné par Marco Giallini et Kasia Smutniak est désormais évacuée d'un simple revers de la main par un duo français qui manque cruellement de crédibilité. La faute à une écriture beaucoup moins « pensée » que celle du long-métrage de Paolo Genovese. Beaucoup moins fin, le trait y est largement plus grossier et le spectateur se retrouve devant une comédie française sans véritable saveur qui du point de vue de l'écriture, ne renoue jamais avec les pointures que sont par exemple Un Air de Famille, Cuisine et Dépendances, Le Dîner de Con ou Le Prénom. Fred Cavayé dénigre le rythme apaisé que son prédécesseur avait injecté à une œuvre pourtant parcourue de moments chocs et livre en pâture des interprètes jouant parfois sur le mode de l'hystérie. Non pas que Suzanne Clément soit mauvaise, bien au contraire, mais le personnage de Charlotte qu'elle incarne devient assez rapidement irritante. Au même titre que Vincent Elbaz, très moyen, et qui ne semble pas toujours concentré sur son jeu. S'en tire avec les honneurs le toujours impeccable Roschdy Zem même si là encore, Fred Cavayé manque le coche en ne lui offrant pas un rôle à la hauteur de celui que se vit offrir Valerio Mastandrea dans Perfetti Sconosciuti. Il y a donc deux manières d'aborder Le Jeu. Soit l'on ne connaît pas l’œuvre dont le film de Fred Cavayé s'inspire, et alors, si l'on n'est pas trop regardant sur l'écriture, le film passera pour une excellente comédie française bien qu'un très large cran en dessous des quelques exemples cités au dessus, soit l'on connaît l’œuvre de Paolo Genovese. Et alors, on devrait logiquement vivre une expérience assez désagréable. Comme de revoir le même film amputé de tout ce qui en faisait le sel... Une déception...

mercredi 16 mars 2016

Mommy de Xavier Dolan (2014)



Parce qu'il a allumé un feu, causant de graves blessures sur l'un de ses camarades, sa mère à le devoir de venir récupérer son fils Steve. Un adolescent violent qui a parcouru écoles spécialisées et centre d'hébergements mais qui devant l’inefficacité des traitements et devant son comportement dangereux ne peut demeurer davantage en institution. Exubérante et quelque peu immature, sa mère Diane vient donc récupérer son fils et décide le garder auprès de lui.
En 2015, lors des élections, un nouveau gouvernement est élu au Canada, qui met très vite en place le projet de loi S-14 permettant aux parents d'enfants dotés de troubles comportementaux et ne pouvant subvenir seuls à leur éducation de les envoyer d'une simple signature dans un établissement spécialisé.

Pourtant, malgré le comportement parfois très inquiétant de Steve, Diane s'y refuse, mettant sa vie en danger. Impulsif et incapable de se maîtriser sans un traitement médical, le jeune garçon et sa mère vont pourtant faire la connaissance de Kyla, la voisine d'en face, mère d'une petite fille et épouse d'un ingénieur en informatique. Bègue, elle n'a jamais quitté le confort de leur demeure depuis qu'ils sont venus s'installer dans le quartier trois ans plus tôt. Institutrice, elle confie à ses nouveaux voisins qu'elle a pris une année sabbatique sans en préciser les raisons.

Diane a besoin de travailler pour les faire vivre elle et Steve. Un jour, alors qu'elle part postuler pour un emploi, elle demande à Kyla d'accepter durant son absence de donner quelques cours à Steve...

Mommy, cinquième film de Xavier Dolan, est si profond et si captivant, qu'écrire dessus sans déformer le propos et les intentions du cinéaste, ainsi que le ressenti du spectateur peut se révéler une tentative risquée. Comme précisé en préambule, l’œuvre se déroule dans un Canada imaginaire. Dans un format vidéo étriqué qui contrairement aux a priori, pourrait desservir le film durant quelques courtes minutes, Mommy est une œuvre qui dans l'apparente simplicité du jeu de ses interprètes et de la mise en scène de Xavier Dolan se révèle d'une ampleur incroyable.

Film qui se vit, se respire même au delà du cadre imposé par son réalisateur, Mommy ne se raconte pas vraiment. Il ne s'agit même pas d'un exutoire à notre propre existence et n'est par définition pas vraiment divertissant. Il demeure cependant la juste expression d'une angoisse actuelle qui touche sans doute beaucoup de familles mono-parentales.
Les personnages dégagent un amour immense les uns pour les autres. C'est un tourbillon de sentiments qui vous prennent aux tripes, à la gorge, et finissent de vous achever alors même que le générique de fin est encore loin. Ce qui partait pour être le film d'un duo (les extraordinaires Antoine-Olivier Pilon et Anne Dorval) va se muer peu à peu en un trio dont l'actrice Suzanne Clément n'est pas des plus futile. Tout comme pour ses compagnons d'aventure, le personnage qu'elle incarne a tout autant d'importance. Cela démontre la maîtrise du cinéaste concernant ses personnages. Au delà même de cette comédie qui se mue parfois en un drame des plus poignant, magnifiquement servi par la musique de Noia, Xavier Dolan ne se contente pas de personnages superficiels. En les enfermant, en les cerclant de ces larges bandes noires, il nous rapproche un peu plus d'eux. Le spectateur entre en contact direct avec l'intimité de ces trois individus pour lesquels l'on tombe inévitablement sous le charme.

Outre la musique écrite spécialement pour ce film, on peut entendre quelques classiques de la pop internationale en général et fort logiquement, la voix de Céline Dion, le film et les personnages étant d'origine canadienne. Des choix qui pourraient parfois paraître étonnants (le film date de 2014) mais qui permettent sans doute de respirer parfois un grand bol d'air car le film demeure parfois émotionnellement difficile à supporter. Mommy est sans doute l'un des plus grands films qu'ait généré la première moitié des années 2010, et un vrai coup de cœur ici. Attendez-vous à vous souvenir longtemps de Diane, Steve, et Kyla...


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