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lundi 1 septembre 2025

Le mélange des Genres de Michel Leclerc (2025) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Spécimen d'écologiste dégénérée, députée de l'Assemblée nationale, mariée à un homme déconstruit, Sandrine Rousseau s'est probablement sentie très fière et directement concernée par le personnage qu'incarne le sympathique Benjamin Lavernhe. Paul Lemaire, lui-même très satisfait de se positionner en tant qu'homme déconstruit sans pour autant attirer l'antipathie de celles et ceux qui considèrent le concept comme inconcevable, ridicule, offensant, débilitant... Pourquoi ? Parce que derrière ce personnage que l'on devine très impliqué au sujet de la cause féminine, le réalisateur Michel Leclerc et la scénariste Baya Kasmi n'oublient pas de dresser le portrait d'un individu qui peu à peu semble se dégrader aussi bien physiologiquement qu'intellectuellement. En outre, les deux auteurs qui déjà ont travaillé ensemble sur de nombreux projets s'amusent de ce personnage en le plaçant directement au cœur d'une fausse histoire d'agression et de harcèlement sexuels alors même qu'il représente le symbole ultime du mâle soumis à la dictature féministe ! Benjamin Lavernhe est actuellement l'un des acteurs français les plus intéressants à suivre sur un plan cinématographique. Depuis quelques années, le voici qui enchaîne les rôle sur grand écran, réservant ainsi d'excellentes surprises comme en 2024 lorsqu'il incarna le rôle de Thibault, célèbre chef-d'orchestre, dans le formidable En fanfare d'Emmanuel Courcol. Avant d'intégrer l'équipe de la future et nouvelle adaptation des Misérables de Victor Hugo réalisée par Fred Cavayé, Benjamin Lavernhe est donc ici confronté à une majorité d'interprètes féminines dont Léa Drucker qui interprète l'inspectrice de police Simone (épouse à l'écran de Vincent Elbaz qui incarne quant à lui le rôle de Jean-Jacques), Julia Piaton qui joue le rôle de la comédienne de théâtre Charlotte Landowski ou encore Judith Chemla, formidable interprète de Hélène dans le téléfilm 15 jours ailleurs de Didier Bivel aux côtés de Didier Bourdon et qui dans le cas présent incarne le principal membre d'un collectif féministe qu'intègre d'ailleurs Simone afin d'enquêter au sujet d'un lien supposé entre le groupe et la participation de certains membres à l'assassinat d'un homme violent dont l'épouse est pour l'instant seule à être accusée du meurtre !


Aussi sérieux que puisse être le sujet, aussi crispantes que puissent être certaines sous-intrigues qui pourraient passer pour du wokisme de la part des auteurs, Le mélange des genres est en réalité une excellente comédie, faussement démagogique et qui plus que de satisfaire les extrémistes constipés de la pompe aspirante et dégénératrice de la gauche bien pensante devrait surtout amuser ceux d'en face. Pour qui, le thème est ici à prendre au second, voire au troisième degré. Quand l'absurde pointe à l'horizon, on peut croire en la sincère intention des auteurs s'agissant de dédramatiser le sujet pour en faire moins l'objet de polémiques qu'une réelle envie de réunir les uns et les autres dans un même élan d'espoir où l'humour seul est capable d'unifier le peuple, quelles que soient ses idées, quelles que soient ses opinions. Arguons malgré tout que l'objectif aura du mal à être atteint du côté des ''gauchistes contrariés'' qui selon certains critères, semblent se refuser à prendre autrement qu'au premier degré tout ou partie des thèmes qui les préoccupe. Preuve que Le mélange des genres ne doit surtout pas être envisagé sous cet angle : le réalisateur offre à Benjamin Lavernhe le rôle d'un homme qui vire au surmenage, voire au burn-out, dans une posture un brin caricaturale. Autre preuve. L'accumulation de bévues causées par l'un des derniers membres du collectif féministe incarné par Melha Bedia, actrice que l'on a que trop peu l'occasion de présenter autrement que comme la sœur de Ramzy Bedia et dont la trogne ne prête jamais vraiment à autre chose qu'à sourire ! Il n'empêche que le film de Michel Leclerc s'intéresse également à des sujets qui eux ne prêtent absolument pas à sourire. Comme le traitement des victimes de viols qui parfois sont soumise à une autorité qui les considèrerait presque comme en partie responsables de l'agression... Bref, Le mélange des genres est une très bonne comédie qui malgré son sujet n'oublie pas l'un des éléments essentiels au genre : donner du plaisir au spectateur...

 

mercredi 26 janvier 2022

Amis Publics de Pascal Bourdiaux (2015) - ★★★★★☆☆☆☆☆




Fut une époque où nous eûmes Louis de Funès, Bourvil, Fernandel et Pierre Richard même si ce dernier se fait plus rare qu'à une certaine époque bénie où la comédie française avait un sens. Aujourd'hui, nous avons Kev Adams. On ne citera pas Michael Youn qui à plutôt réussi à se refaire une santé dans des productions au ton qui en général diffèrent très nettement du monceau de conneries post-Morning Live dont il fut acteur et parfois-même, réalisateur. Concernant Kev Adams, son cas semble déjà nettement plus grave. Il n'y a guère que le public généraliste (et boutonneux) pour y trouver de quoi satisfaire son amour pour l'humour qui tâche à force de sonder dans les puits de l’indigence la plus navrante. Mais dès lors que du généraliste l'on passe au spécialiste, le son de cloche est, allez savoir pourquoi, différent ! Pour celles et ceux qui auraient la mémoire courte et qui par masochisme désireraient que l'on ravive de douloureux souvenirs, rappelons tout de même que le bonhomme a parcouru de long en large des purges telles que Les Nouvelles Aventures d'Aladin en 2015, Alad'2 de Lionel Steketee en 2018, All Inclusive de Fabien Onteniente l'année suivante et tout récemment Haters de Stéphane Marelli. Autant dire que si vous comptez libérer un peu de pression crânienne en vous délestant d'une certaine quantité de neurones (avec, sans doute pour conséquence, un arrêt de travail de plusieurs semaines pour cause de régression mentale), c'est ici que ça se passe. Mais avant de le brûler définitivement sur un bûcher ou de le découper en morceaux avant de disperser chaque pièce en différents endroits de notre planète, il doit bien y avoir un ou deux longs-métrages qui lui permettraient d'échapper à la potence.... non ? Fiston de Pascal Bourdiaux ? Ouais, ça se regarde avec un certain plaisir avant de devenir au bout de quelques mois comme le souvenir incertain d'un ''truc'' que l'on aurait été voir au cinéma sans pour autant en être totalement convaincu ! Et puis, bizarrement, loin de ses expressions hébétées, surgit de nulle part l'affiche et le synopsis de Amis publics d'Édouard Pluvieux... Quand on a un nom pareil, on n'imagine pas autre chose qu'un drame. Au pire une comédie dramatique, mais certainement pas une comédie tout court. Alors, Kev Adams aurait-il réussi, ne fusse que sur une très courte durée, à prendre la même voie que Michael Youn ? Cela avant qu'il ne se recroqueville à nouveau dans ce long dédale en forme de coquille d'escargot où n'est accordée la miséricorde qu'à ceux qui insufflent un peu d'intelligence dans le septième art ?



''- Mon frère va mourir d'un cancer''

''- Merde! C'est grave ?''



Si Amis publics part d'un bon sentiment en évoquant la décision d'un groupe d'amis de faire prendre forme au rêve du frère de l'un d'entre eux dont les jours sont comptés (Ben, qu'interprète Paul Bartel, est en effet atteint d'un cancer), le message s'avère on ne peut plus douteux puisque derrière ce titre se cache cette formule qui sied aux criminels les plus dangereux en la détournant. On pense évidemment à ces ennemis publics qui font les choux gras des médias et qui dans le cas présent est légitimé à travers un braquage de banque. Si tant est que ce dernier soit à l'origine monté de toute pièce, on peut effectivement trouver l'idée quelque peu dérangeante. Encore que traitée sous le mode de l'humour, la chose s'avère déjà beaucoup moins choquante. D'autant plus que la tournure que prennent les événements tente surtout de mettre en avant l'amour et l'amitié d'un jeune adulte et de ses amis pour son jeune frère. Édouard Pluvieux joue sur la corde sensible en y parvenant étonnamment moins que d'autres sujets beaucoup moins graves. Sans être un odieux plaidoyer légitiment la violence, ce rêve absurde sera l'occasion de quelques séquences plutôt amusantes bien que le réalisateur et ses scénaristes John Eledjam, Grégory Boutboul et, oui, Kev Adams lui-même, peinent à rendre véritablement captivant ce faux braquage qui tourne à l'événement national. L'humoriste et acteur abandonne le costume du bouffon et arbore un visage nettement moins détestable que celui auquel il nous avait souvent habitué jusque là. Malheureusement pour Kev Adams, on retiendra d'abord l'interprétation de Paul Bartel et les singeries de leurs comparses. Ce qui pour sa situation ne résout au fond pas grand chose. C'est à se demander si Kev Adams ne serait pas maudit. Sans doute moins à l'aise au premier qu'au second plan, il n'a sans doute jamais été aussi bon que lorsqu'il ne tient pas la vedette (Sac de billes de Christian Duguay). À noter la présence à l'écran de l'acteur Vincent Elbaz...

lundi 28 septembre 2020

Andy de Julien Weill (2019) - ★★★★★★★☆☆☆

 



Un titre franchement anodin et un scénario qui fleure bon la comédie légère. Un réalisateur et scénariste (Julien Weill) qui à part autant de courts-métrages qu'une main compte de doigts n'a pas fait grand chose d'autre depuis ces vingt dernières années... Ça n'est pas que cette affaire débute mal mais pour commencer, on n'en attend cependant pas grand chose. Pourtant voilà, au générique de Andy apparaît le nom de Vincent Elbaz et là, c'est une autre histoire. Celui qui fit les joies des amateurs de comédies françaises en apparaissant notamment dans le second long-métrage de Cédric Klapisch Le Péril Jeune ou plus tard dans la saga La Vérité si je Mens de Thomas Gilou incarnait l'année dernière un personnage aux antipodes du séducteur prétentieux de l'excellent Je ne suis pas un Homme Facile d’Eleonor Pourriat. Dans Andy, écrit par le réalisateur ainsi que par Grégory Boutboul, Bernard Jeanjean et l'acteur lui-même, Vincent Elbaz incarne un personnage de looser, vivant sur le dos des autres. Un parasite en somme, qui après s'être fait larguer par sa dernière compagne se retrouve à la rue. 


Par chance, il trouve le moyen de s'installer dans un foyer grâce à la bienveillance de Reda (épatant Yannig Samot) bien qu'à son arrivée, l'accueil que lui réserve Margaux (excellente Alice Taglioni) soit un peu froid. Contraint de partager la même chambre que Philippe, un ours fort attachant malgré son apparence de brute, Thomas a le devoir de faire ses preuves en cherchant du travail s'il veut pouvoir rester dormir au foyer les prochaines semaines. Mais alors que de toute son existence il n'a travaillé que deux ans dans un Mac Do il y a de nombreuses années, qu'il a toujours eu l'habitude de mendier de l'argent auprès de ses parents (interprétés par Brigitte Roüan et Jacques Weber) et que jusqu'à maintenant, il n'a fait que s'incruster chez les autres, Thomas va devoir se prendre en main. Fainéant comme pas deux, il trouve l'emploi idéal : Escort Boy. Et c'est sous le pseudonyme d'Andy que Thomas se lance dans le métier. Mais les choses vont se révéler plus compliquées qu'elles n'en ont l'air. En effet, on ne s'improvise pas Escort Boy lorsque l'on est mal à l'aise en présence de vieilles rombières ivres de connaître une seconde jeunesse auprès d'un beau et jeune ''étalon''...


Nous ne nous y attendions certainement pas mais Andy est une excellente surprise. Pourtant, ça n'était pas gagné d'avance. Car avec un tel contexte, entre un individu incapable de faire grand chose de ses mains sans se sentir mal, parasite de la société, quasi SDF, installé dans un foyer style Sonacotra (en moins glauque tout de même), avare et pas très moral, Andy aurait pu verser dans un courant social très sombre. Mais c'était sans compter sur les qualités d'un scénario qui a la faculté de mélanger les genres avec un certain brio. Comédie pas vraiment dramatique, l’œuvre de Julien Weill distille surtout un vent de fraîcheur et communique un bonheur inattendu de la part de personnages plongés dans un marasme quotidien. Une histoire d'amour bancale entre Thomas le parasite et Margaux qui travaille au sein d'un foyer pour SDF. Des situations pittoresques, nombreuses, à l'image desquelles Vincent Elbaz incarne un Escort Boy gauche et ridicule invitant Margaux à participer à une magouille qui heureusement pour eux, n'aura pas de conséquences fâcheuses. Il faut dire que le scénario offre déjà à ces deux personnages éminemment touchants, un quotidien relativement chargé. Son père à LUI est alcoolique et sa mère atteinte de la maladie d'Alzheimer. Son ancien compagnon à ELLE, un individu particulièrement violent qui la battait lorsqu'ils étaient ensemble, la poursuit où qu'elle aille.


C'est souvent léger, parfois grave, mais en général tout à fait attachant. La relation entre les deux personnages est touchante et devient même carrément émouvante lors d'une rencontre nocturne entre ces deux êtres qui sortent de l'ordinaire. Julien Weill évite le larmoyant et malgré un contexte difficile, le réalisateur et scénariste nous propose une sympathique comédie interprétée par un panel d'excellents acteurs parmi lesquels on reconnaîtra notamment le savoureux Philippe Cura de la série Caméra Café dans le rôle de Philippe, le compagnon de chambre de Thomas ou Nicolas Wanczycki dans celui de Marc, l'ancien petit ami persécuteur de Margaux. Mais pour être tout à fait irréprochable, Andy aurait sans doute mérité d'approfondir le personnage interprété par l'excellent Vincent Elbaz. Car si la froideur de Margaux est justifiée par son ancienne relation avec un homme violent, réduire l'attitude de Thomas au simple fait qu'il exploite la gentillesse des autres par simple fainéantise est peut-être un peu trop réducteur. À part cela, Andy permet de passer un très agréable moment...


dimanche 3 mars 2019

En Liberté ! de Pierre Salvadori (2018) - (La note d'Anna et moi : ★★★★★★★★☆☆)



En Liberté ! de Pierre Salvadori est le genre de long-métrage qui prouve qu'il ne faut pas systématiquement se diriger vers les comédies les plus populaires pour être servi en matière d'humour. Pour toutes celles et ceux qui ne peuvent désormais plus se contenter des facéties de Dany Boon, de Kad Merad, et encore moins de celles des indigestes Jamel Debbouze et Kev Adams, en clair, pour tous ceux qui en ont marre de payer pour des singeries aussi vite vues que rapidement oubliées, le dernier-né de l'auteur des Apprentis, onzième long-métrage d'un cinéaste pas vraiment hyper-productif (une grosse dizaine de films en vingt-sept ans de carrière), prouve qu'en France, il y a encore de l'espoir. Si les noms d'Adèle Haenel ou de Damien Bonnard n'évoqueront pas immédiatement des références cinématographiques au plus grand nombre, ces deux acteurs prouvent cependant à eux seuls que la valeur d'un interprète ne se situe pas seulement (et pas exactement) au nombre de rôles qui lui ont été confiés. Si d'aventure il vous prend l'envie de découvrir En Liberté ! l'expérience demeurera inoubliable.

Car avec son dernier long-métrage, Pierre Salvadori a sans doute signé l'une des meilleures, comédies de l'année 2018. Et peut-être même l'une des rares a véritablement mériter qu'on lui accorde presque deux heures de notre temps. Dans un ordre d'idées bien différent mais pour bien comprendre la nécessité de voir En Liberté !, l’œuvre de Pierre Salvadori est au moins aussi importante que le Dikkenek du belge Olivier Van Hoofstadt le fut à l'époque de sa sortie.

Pas trash pour un sou, l'univers de En Liberté ! sème par contre de somptueux petits cailloux sur son chemin. Pierre Salvadori y mêle, pêle-mêle, conte, humour, poésie, drame, romance, policier, avec un sens aiguisé de l'écriture. L'ensemble paraît fragile et la structure narrative quelque peu embrumée, mais c'est à un festival particulièrement cocasse et burlesque auquel nous convie le français. Adèle Haenel, Pio Marmai, Audrey Tautou, Damien Bonnard (et accessoirement Vincent Elbaz) incarnent un quartet de personnages remarquablement attachants. Le film, lui, est drôle et se réinvente constamment.

L'idée même de la femme-flic voulant racheter la conduite impardonnable de son époux défunt (un ancien flic ripoux qui a fait enfermer un innocent en prison) est à elle seule, une raison suffisante pour que l'on se penche sur le film de Pierre Salvadori. Les bons mots fusent, intelligents, auréolés par quelques séquences visuellement poétiques, magiques, surréalistes (la scène du train-fantôme). Adèle Haenel est superbe dans le rôle d'Yvonne accompagnée par les excellents Pio Marami (Antoine) et Damien Bonnard (Louis). Inventif, En Liberté !
Le tournage a eu leu durant quatre mois de novembre 2016 au mois de février de l'année suivante. Les plus attentifs remarqueront diverses séquences tournées dans le Sud, à la Ciotat, mais aussi à Marseille, dans le quartier de l'Estaque. D'autres furent tournées quant à elles en Île-de-France, dans le premier arrondissement de Paris, puis à Argenteuil, à Pontoise et à Croissy-Sur-Seine. En Liberté ! est un indispensable pour toutes celles et ceux qui veulent rêver ou rire devant des situations souvent absurdes, s’émouvoir devant une écriture intelligente et partager un moment de drôlerie avec des personnages pittoresques et attachants...

samedi 24 novembre 2018

Le Jeu de Fred Cavayé (2018) - ★★★★★★☆☆☆☆



Après avoir vu l'admirable Perfetti Sconosciuti écrit et réalisé par le cinéaste italien Paolo Genovese, il paraissait logique de se pencher sur le remake français mis en scène par Fred Cavayé cette année. Un cinéaste qui depuis 2016 est passé du thriller à la comédie avec, tout d'abord, Radin !, puis en 2018, son tout dernier long-métrage, Le Jeu. Dont le scénario écrit par ses soins est donc inspiré de celui de Paolo Genovese, Filippo Bologna, Paolo Costella, Paola Mammini et Rolando Ravello. Bérénice Bejo, Stéphane de Groodt, Vincent Elbaz, Suzanne Clément, Roschdy Zem, Doria Tilier et Grégory Gadebois prennent le relais de l'impérial casting italien. Résultat, le film de Fred Cavayé est une grosse déception pour celui qui connaît déjà l’œuvre de Paolo Genovese. C'est sans finesse aucune que le cinéaste français choisit de dresser le portrait de sept amis qui lors d'un dîner acceptent de jouer à un jeu stupide : le téléphone portable de chaque convive est déposé au milieu de la table et chacun doit lire chaque sms, mail ou faire écouter chaque message vocal qu'il reçoit à ses amis. Si tout se passe d'abord sous les meilleurs augures, peu à peu la soirée va déraper.

L'histoire étant identique à celle de Perfetti Sconosciuti, il est malheureusement possible que le jugement soit légèrement altéré. Dur de passer derrière un long-métrage italien qui a su allier humour et émotion alors que son adaptation française manque cruellement de l'un et de l'autre. En effet, alors que les bons mots fusent régulièrement au pays de la Dolce Vita et que l'émotion y est poignante, l’œuvre de Fred Cavayé demeure étonnamment stérile en la matière. J'avoue ne pas avoir ri une seule fois. Tout juste esquissé un timide sourire à une seule occasion. Voir coup sur coup un film et son remake revêt quelque chose d'handicapant. Le souvenir trop récent d'avoir vécu un vrai grand moment de cinéma contrecarré par la vision d'un remake bas de gamme, plutôt mal écrit malgré l'implication d'interprètes que l'on a connu plus amusants ailleurs.

Certaines des séquences les plus fortes de l’œuvre originales sont ici bâclées. Ou simplement ignorées. C'est malheureux à dire mais tout bon comédien qu'il soit, Stéphane de Groodt ne possède pas le charisme de Marco Giallini et les moments clés que vit son personnage et celle qui incarne son épouse à l'écran (Bérénice Bejo) sont désastreusement plates. Toute l'intime magie du duo incarné par Marco Giallini et Kasia Smutniak est désormais évacuée d'un simple revers de la main par un duo français qui manque cruellement de crédibilité. La faute à une écriture beaucoup moins « pensée » que celle du long-métrage de Paolo Genovese. Beaucoup moins fin, le trait y est largement plus grossier et le spectateur se retrouve devant une comédie française sans véritable saveur qui du point de vue de l'écriture, ne renoue jamais avec les pointures que sont par exemple Un Air de Famille, Cuisine et Dépendances, Le Dîner de Con ou Le Prénom. Fred Cavayé dénigre le rythme apaisé que son prédécesseur avait injecté à une œuvre pourtant parcourue de moments chocs et livre en pâture des interprètes jouant parfois sur le mode de l'hystérie. Non pas que Suzanne Clément soit mauvaise, bien au contraire, mais le personnage de Charlotte qu'elle incarne devient assez rapidement irritante. Au même titre que Vincent Elbaz, très moyen, et qui ne semble pas toujours concentré sur son jeu. S'en tire avec les honneurs le toujours impeccable Roschdy Zem même si là encore, Fred Cavayé manque le coche en ne lui offrant pas un rôle à la hauteur de celui que se vit offrir Valerio Mastandrea dans Perfetti Sconosciuti. Il y a donc deux manières d'aborder Le Jeu. Soit l'on ne connaît pas l’œuvre dont le film de Fred Cavayé s'inspire, et alors, si l'on n'est pas trop regardant sur l'écriture, le film passera pour une excellente comédie française bien qu'un très large cran en dessous des quelques exemples cités au dessus, soit l'on connaît l’œuvre de Paolo Genovese. Et alors, on devrait logiquement vivre une expérience assez désagréable. Comme de revoir le même film amputé de tout ce qui en faisait le sel... Une déception...

lundi 21 mai 2018

Quasimodo d'El Paris de Patrick Timsit (1999) - 🙂🙂🙂🙂🙂😡😡😡😡😡



Quasimodo d'El Paris est l'adaptation libre, moderne, et humoristique du roman Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. Premier long-métrage de l'humoriste et acteur Patrick Timsit, le film bénéficie d'un casting intéressant, allant de Richard Berry, Mélanie Thierry (qui interprète ici son premier rôle au cinéma), Vincent Elbaz, en passant par Patrick Braoudé, François Levantal, Didier Flamand, et même jusqu'à l'improbable présence de Lolo Ferrari dans le rôle de la fée, actrice porno qui avant de mourir subitement à l'âge de trente-sept ans fut célèbre pour son physique hors norme (son tour de poitrine atteignait les 180 centimètres). L'objectif apparent de Patrick Timsit est d'offrir un spectacle divertissant. Et en la matière, le film réussi en partie le pari d'amuser les spectateurs. Mais plus profond qu'il n'y paraît, Quasimodo d'El Paris est l'occasion pour le cinéaste et acteur français d'égratigner certaines institutions. En première ligne, l'église. Incarnée ici par le démoniaque Serge Frollo dont le majeur est éternellement tendu vers le ciel, c'est l'acteur Richard Berry qui offre ses traits à ce personnage haut en couleur, pas très éloigné du père Ángel Beriartúa de El Día de la Bestia de Alex de la Iglesia. Toutes proportions gardées j'en conviens puisque j'en entends déjà certains hurler à la trahison.

Quasimodo, c'est Patrick Timsit lui-même. Sourd, bossu, et le visage défiguré par une énorme bosse au dessus de l’œil droit, ce jeune homme qui fête aujourd'hui ses vingt ans ne le sait pas, mais tout jeune, ses parents l'échangèrent contre la belle Esméralda en raison de son physique ingrat. Naïf et ne comprenant pas l'importance des actes qu'il perpétue sur la demande de son bienfaiteur Frollo, il aide ce dernier à débarrasser les rues d'El Paris de ses prostituées.
L'air de rien, sous des allures d'immonde nanar, Quasimodo d'El Paris annonce sa volonté de véhiculer quelques messages importants pour leur auteur. Immigration, peur de l'étranger et de la différence, Patrick Timsit n'y va parfois pas avec le dos de la cuillère. Il pousse ainsi la caricature si loin qu'à certains moments, l'humour se fait dérangeant. On pense notamment à la séquence durant laquelle Quasimodo s'offre une sortie hors de la cathédrale d'El Paris pour ses vingt ans. Une fois à l'extérieur, ce tout jeune adulte innocent est confronté à la bêtise humaine dans l'une de ses formes les plus répugnantes. La scène du pizzaïolo est d'ailleurs significative, voyant la foule invectiver ce pauvre Quasimodo dont il reste encore tout à apprendre.

Le film n'est pas toujours très réussi. Il connaît même parfois des ventres mous malgré l'énergie déployée par les interprètes parmi lesquels on a l'agréable surprise de retrouver l'excellent Dominique Pinon dans le rôle de l'immigré cubain. Contre l'église, Patrick Timsit y va parfois très fort, se permettant des commentaires que d'autres religions bien moins ouvertes à l'humour et à la caricature ne toléreraient certainement pas. Le film ne semble d'ailleurs pas avoir connu de soucis avec l'Eglise, ce qui tente à prouver son ouverture d'esprit. Un trait de caractère qui a malheureusement manqué à bon nombre de critiques et de spectateur à l'époque de sa sortie. Considéré comme un navet, ce que l'on peut, au fond, largement envisager, c'est finalement au regard de certains films plus récents naviguant sur les mêmes eaux (RRRrrrr!!! et consorts) que l'on pourra réévaluer les qualités de Quasimodo d'El Paris. Qui par contre, ne rêvons pas, ne passeras jamais du statut de nanar à celui de chef-d’œuvre de la comédie française, mais réchauffera sans aucun doute les soirées des amateurs de séries Z. De toute manière, au regard du troisième long-métrage que réalisera Patrick Timsit quatre ans plus tard en 2003 (l'abominable L'Américain), celui-ci peut être aujourd'hui considéré comme son meilleur, bien que certains lui préféreront sans doute son deuxième film, plus personnel, et intitulé Quelqu'un de Bien...
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