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jeudi 6 août 2026

Le tableau volé de Pascal Bonitzer (2024) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Il y a chez Pascal Bonitzer, celles et ceux qui ont ou eurent chez lui leurs habitudes et celles et ceux qui parfois plongent dans son univers pour la toute première fois. Le tableau volé réunit ainsi des ''petits nouveaux'' (Alex Lutz, Léa Drucker, Nora Hamzawi, Louise Chevillotte, Matthieu Lucci ou le chanteur Alain Chamfort) à côté de Laurence Côte qui en 1996 tourna dans le premier long-métrage de Pascal Bonitzer Encore dans lequel son personnage croisa la route de celui incarné par Jackie Berroyer... Dans Le tableau volé, le réalisateur et scénariste réunit ses interprètes autour d'un tableau volé par les allemands en 1939 à son véritable propriétaire et retrouvé des décennies plus tard dans la petite maison en viager d'une femme en mauvaise santé (Sine, interprétée par Laurence Côte) et de son fils Martin, un petit ouvrier de nuit qui désire se séparer de la toile en question. L'avocate du jeune homme contacte alors le commissaire-priseur de la maison de vente Scottie's André afin de connaître la valeur réelle de cette peinture signée d'Egon Schiele. Persuadé qu'il s'agit d'un faux, André décide toute de même de se rendre sur place avec son ancienne femme et collège Bertina (Léa Drucker) afin d'observer le tableau. Contre toute attente, les deux experts se rendent rapidement compte qu'il s'agit bien d'une véritable peinture signée de l'artiste autrichien et André décide immédiatement de contacter les héritiers de Wahlberg qui fut le véritable propriétaire de la toile... Bien que Pascal Bonitzer se soit lui-même chargé de concevoir le scénario de son film, celui-ci s'inspire d'un fait authentique puisque si Les tournesols fanés d'Egon Schiele existe bien, il faut savoir qu'elle fut en outre dérobée En 1939 comme bon nombre d’œuvres jugées par le Régime Nazi comme faisant partie de l'art dit ''dégénéré''... Si le nom du propriétaire d'origine, un collectionneur juif du nom de Karl Grünwald, est ici remplacé tout comme les personnages incarnés par Alex Lutz, Nora Hamzawi, Louise Chevillotte ou Arcadi Radeff (le jeune ouvrier Martin Keller) sont ici largement romancés, c'est parce que comme l'explique Pascal Bonitzer, Le tableau volé n'est pas une reconstitution totalement fidèle mais une vision libre et personnelle d'un événement hors du commun que le cinéaste ne voulait surtout pas confondre dans sa globalité avec le fait-divers d'origine.


En outre, le réalisateur et scénariste français se penche sur la personnalité et les rapports houleux qu'entretient notamment le commissaire-priseur André que tout le monde ou presque dans son entourage déteste avec la jeune stagiaire Aurore (Louise Chevillotte) dont l'attitude semble être la manifestation d'un trouble dont Pascal Bonitzer se désintéresse assez vite des origines, laissant ainsi le spectateur se faire sa propre idée sur une personnalité ambiguë qui tente probablement de se forger une identité propre, de combler un manque affectif et de régler un sérieux manque de confiance en elle au sein d'autorités paternelles ou professionnelles auxquelles elle ment de façon éhontée ! D'autre part, le cinéaste se penche sur des individus de classe moyenne (Martin, sa mère et ses deux potes Paco (Matthieu Lucci) et Kamel (Iliès Kadri)) confrontés à un univers très éloigné du leur. Malgré la froideur des personnages incarnés par Alex Lutz et Louise Chevillotte, malgré la rigueur atone et détachée d'un métier qui demande une certaine rigueur professionnelle, Pascal Bonitzer s'emploie à humaniser des individus qui à travers le marché de l'art spéculent financièrement sur des valeurs marchandes qui dépassent de très loin tout ce que le commun des mortels peut concevoir. Et tandis qu'il s'était jusque là contenté de décrire des personnalités fort peu attachantes, l'émulsion entre les uns et les autres fonctionne finalement à plein régime, jusque dans ces portraits peu élogieux construits parfois autour de morales douteuses. Comme aurore, mettant un frein à sa galopante mythomanie ou Alex qui par l'entremise de son ancienne femme Bertina mettra un peu d'eau dans son vin... Extra.

 

mercredi 6 avril 2016

La Chambre des Morts de Alfred Lot (2007)



Parce que l'entreprise en informatique qui les employait depuis des années a décidé de licencier Sylvain et Vigo, les deux hommes se vengent en taguant les locaux de la boite. Après avoir pris la fuite, ils renversent en chemin un homme qui meurt sur le coup. A ses côtés, une mallette renfermant deux millions en coupures de 500 euros. Si Sylvain est pour appeler la police, Vigo, lui, est contre. Il veut emporter l'argent et finit par convaincre son ami de l'aider à se débarrasser du corps en le jetant dans une rivière, persuadés que la victime ne pouvait être qu'un malfaiteur, la mallette bourrée d'argent le prouvant.
Le lendemain, une fillette est retrouvée sans vie dans un entrepôt situé juste en face du parking où l'homme a trouvé la mort. A peine âgée d'une dizaine d'années et aveugle, elle a été la victime d'un tueur qui l'avait au préalable enlevée avant de demander une rançon à ses parents, dont le père était justement celui que Sylvain et Vigo ont renversé.

Une équipe d'enquêteurs est chargée de mener des investigation afin de mettre la main sur le coupable de l'homicide concernant la fillette. Parmi eux, Stéphane Moreno, et surtout la toute jeune Lucie Hennebelle qui très vite suppose que le meurtre n'est sans doute pas exclusivement crapuleux, certains éléments de l'enquête venant étayer ses propos...

La Chambre des Morts est le premier long-métrage du cinéaste Alfred Lot qui signa deux ans plus tard en 2009, la comédie légère Une Petite Zone de Turbulence avec entre autre l'acteur Michel Blanc. Pour un coup d'essai, sa première œuvre est plutôt aboutie. Mêlant d'un côté l'enquête rondement menée par Moreno (Eric Caravaca) et Lucie (Mélanie Laurent), et de l'autre les mésaventures d'un duo d'ami dont la vie va être littéralement bouleversée par ce qui n'était encore qu'un tragique accident. La Chambre des Morts est directement inspiré du roman éponyme de Franck Thilliez. Plus qu'un simple film policier à tiroirs, l’œuvre s'inscrit dans des domaines aussi divers et compatibles que le thriller et l'horreur, un peu à la manière de ce qui demeure sans doute comme la plus belle réussite en matière de polar horrifique, Mort un Dimanche de Pluie de Joël Santoni et datant de 1986.

Trente ans après donc, Alfred Lot signe une œuvre remarquablement interprétée et mise en scène avec assez de sensibilité (le personnage de Lucie dont on saisit assez bien le caractère délicat de son existence), et d'inspiration (outre l'enquête et la tournure que prend la cavale des deux informaticiens au chômage, on a même quelque peu droit au portrait des deux jeunes amantes (excellentes Céline Sallette et Laurence Côte) responsable des deux enlèvements), pour que cela fonctionne à la perfection.

Tout comme dans le film de Joël Santoni, La Chambre des Morts évolue de manière inattendue et plonge ses personnages dans un climat horrifique d'une pesanteur rarement atteinte dans le cinéma français. Ne s'inscrivant pas directement, ou du moins, pas dès le début dans le genre, lorsque l’œuvre bascule dans l'horreur, l'effroi apparaît alors beaucoup concrète que dans une œuvre à l'origine de toute manière prévue pour cela. En l'espace d'un peu moins de deux heures, on assiste à l'affirmation d'un personnage (celui tenu par la sensible, généreuse et magnifique Mélanie Laurent), la détermination d'un second (Jonathan Zaccaï dans celui de Vigo), et à un basculement retranchant l'histoire aux confins d'un univers morbide qui rappellera parfois celui de la famille Tronçonneuse dans le classique de Tobe Hooper, Massacre à la Tronçonneuse, les squelettes humains étant ici remplacés par des cadavres d'animaux empaillés. Une excellente surprise...


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