Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

Labels


Affichage des articles dont le libellé est Miou-Miou. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Miou-Miou. Afficher tous les articles

mardi 13 mai 2025

Est-ce bien raisonnable de Georges Lautner (1981) -★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

On ne reviendra jamais assez sur la richesse des dialogues des œuvres écrites ou réalisées par le dialoguiste Michel Audiard. Un apport considérable dont certains cinéastes se sont empressés de copier le style sans pour autant jamais être parvenus à l'égaler. Si sa collaboration avec Jean-Marie Poiré peut sembler ici étonnante, il faut savoir que les deux hommes n'en furent pas à leur coup d'essai puisque ce dernier, bien avant d'écrire et de réaliser sa toute première comédie Les petits câlins en 1978 débuta dix ans en arrière en participant l'élaboration de scénarii et l'adaptation d'une bonne partie des films réalisés par Michel Audiard lui-même. Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages en 1968, Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais... elle cause! En 1978, Le cri du cormoran, le soir au-dessus des jonques en 1971 ou encore Comment réussir... quand on est con et pleurnichard ! Autant dire qu'on pouvait attendre beaucoup de la part du duo et notamment de celui qui plus tard sera l'auteur du Père Noël est une ordure en 1982, de Mes meilleurs copains en 1989 et quatre ans plus tard du premier des quatre volets de la franchise Les visiteurs. N'étant ni l'un ni l'autre chargé de la mise en scène de Est-ce bien raisonnable ?, la charge revient au cinéaste Georges Lautner qui avant de signer cette œuvre nettement plus anecdotique réalisa quelques classiques du cinéma français comme, Le septième juré en 1962, Les tontons flingueurs en 1963 ou encore Ne nous fâchons pas et La grande sauterelle tout deux signés en 1966. Alors, un tiercé gagnant, Est-ce bien raisonnable ? Et bien en fait, pas vraiment. On peut dire sans rougir que le niveau a malheureusement et drastiquement baissé depuis les débuts de leur collaboration. Et si ce n'était l'étonnante rencontre entre Gérard Lanvin qui allait connaître très bientôt une rapide ascension et Miou-Miou que Georges Lautner avait déjà engagé sur les plateaux de Quelques messieurs trop tranquilles, Pas de problème ! et On aura tout vu en 1973, 1975 et 1976 et à laquelle Bertrand Blier avait offert le rôle de Marie-Ange dans son film culte Les valseuses en 1974, Est-ce bien raisonnable ? n'aurait quasiment aucun intérêt.


La faute à un scénario relativement faiblard qui partait pourtant sur de bonnes bases. En effet, après s'être introduit dans le bureau d'un célèbre juge lors de son évasion d'un palais de justice, la présence en ces lieux de Gérard Louvier (Gérard Lanvin) cause un quiproquo lorsque Julie Boucher (Miou-Miou le confond avec le juge Simon. La jeune journaliste est montée à Paris afin de rencontrer ce dernier pour lui demander de l'aider dans son enquête s'agissant d'une sinistre affaire. Louvier profite de l'occasion pour monter à bord de la voiture de la jeune femme et ainsi échapper à la justice. Direction Nice où Julie retrouve son compagnon Daniel qu'incarne à l'écran Henri Guybet. Un homme quelque peu jaloux qui tend moins la main pour faire l’aumône que pour gifler la jeune femme qui s'énerve après l'avoir surpris au lit avec une autre... Viennent se greffer au récit, l'ancien amant éperdument amoureux, dépressif, interprété par Jean-Pierre Darroussin, Michel Galabru dans le rôle d'un huissier, Julien Guiomar dans celui de Raymon Volfoni, un complice de Louvier, mais également Renée Saint-Cyr dans le rôle d'une Veuve, actrice qui n'est autre que la mère de Georges Lautner ! Si les premières minutes sont plutôt plaisantes, au fil du récit cela se gâte. Le scénario tourne en boucle et surtout, la vervehabituelle de Michel Audiard est souvent absente.Mis en scène avec mollesse de la part du réalisateur, laquelle déteint sur une grande partie de l'interprétation, Est-ce bien raisonnable ? est non seulement une œuvre mineure dans la carrière de son auteur et de ses interprètes mais aussi dans la vaste étendue des comédies qui furent avant, pendant et après, réalisées sur notre territoire. Le pire, c'est que le film aurait pu se contenter de ne pas excéder les quatre-vingt ou quatre-vingt dix minutes mais il frôle presque les deux heures. De quoi, dans le meilleur des cas, s'ennuyer ferme et dans le pire, faire une sévère indigestion. Bref, pas de quoi sauter au plafond. Tout juste de quoi rattraper quelques heures de sommeil.

 

mardi 21 janvier 2025

Bertrand Blier (1939-2025)

 


 

Quand on aime l'américain David Lynch et le français Bertrand Blier et quand l'un meurt le 15 janvier 2024 et le second seulement six jours plus tard, on pourrait presque croire à une morbide machination visant à briser le moral d'un cinéphile ! Changeant rapidement de braquet après le pourtant très réussi Si j'étais un espion réalisé en 1967, le fils de l'un de nos plus illustres anciens interprètes du nom de Bernard Blier s'est fait le chantre hexagonal de la provocation. Scénariste chez les autres (Laisse aller... c'est une valse de Georges Lautner en 1971, Debout les crabes, la mer monte! de Jean-Jacques Grand-Jouan en 1983 ou encore Grosse fatigue de Michel Blanc en 1994), Bertrand Blier a toujours su se réserver la crème de ses écrits. Comme Les valseuses, adapté à l'écran deux ans après sa parution dans les librairies. Ou bien Beau-père en 1981 et Les côtelettes en 1997. Sans compter ceux qui n'eurent pas les honneurs d'une adaptation sur grand écran, comme Fragile des bronches, paru voilà deux ans. Si la carrière du réalisateur et ''fils de'' rencontra quelques malheureuses difficultés au cinéma (son dernier long-métrage Convoi exceptionnel datant de 2019 était objectivement très mauvais), Bertrand Blier aura asséné quelques uppercuts que le grand public à cependant l'habitude de réduire au seul Les Valseuses. Film pas tout à fait unique en son genre comme les prouveront certaines de ses œuvres à venir, ce fut surtout l'occasion de découvrir pour la première véritable fois un trio d'acteurs extraordinaires : Miou-Miou, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere. Un souffre d'air frais, libertaire, dans un contexte social moribond fait en outre de délation. Liberté sexuelle et petite délinquance copulèrent et donnèrent ainsi naissance à l'un des grand mythes du cinéma français. Homme de théâtre, d'écriture et donc de cinéma, Bertrand Blier n'a jamais cessé de vouloir bousculer les convenances. Envisageait-il d'ailleurs ainsi consciemment cet aspect de son travail ? Toujours est-il que les féministes ruèrent dans les brancards à la sortie du jouissif Calmos en 1976. Modèle de misogynie et d'anti-féminisme assumé par le réalisateur et par ses interprètes.


À commencer par Jean-pierre Marielle et Jean Rochefort, bien entendu. Deux autres Grands Messieurs du cinéma français.Avec un Gérard Jugnot se fondant dans une peau en simili-collaborationnisme quand les femmes y décident de prendre les armes pour contre-attaquer. Mais qui donc à la place de Bertrand Blier aurait-il osé prendre soin de ses personnages en les abritant dans un vagin aux dimensions d'une grotte ? Bertrand Blier a ensuite déroulé toute une série de longs-métrages aussi indispensables que ces deux précédentes pépites. L'on songe bien entendu à Préparez vos mouchoirs dans lequel, cette fois-ci, Gérard Depardieu et Patrick Deweare rencontraient la délicieuse canadienne Carole Laure. Misogyne, Blier ? Rien n'est moins sûr. Surtout si l'on s'arrête un instant sur le regard qu'il posa sur ses héroïnes. De la frigide Marie des Valseuses à la triste incarnation de Carole Laure dans ce film sorti cette fois-ci en 1978. Sans oublier, plus tard, Isabelle Huppert/Viviane dans La femme de mon pote, Nathalie Baye qui interprèta un triple rôle dans Notre amour en 1984 ou plus loin encore lorsqu'en 1991 il offrait les deux principaux rôles à des femmes dans le sublime Merci la vie en les personnes de Charlotte Gainsbourg et... Anouk Grinberg qui à l'époque ne fut rien moins que sa compagne. Une partenaire dans la vie à laquelle il offrit encore juste après deux des principaux rôles dans Un, deux, trois soleil et Mon homme (qu'elle incarna aux côtés de Gérard Lanvin). Défiant le public en lui proposant une étonnante mise en abîme à la toute fin du siècle dernier avec Les acteurs, dans lequel une myriade d'interprètes se croisaient dans leur propre rôle. Depuis quelques temps, alors, les projets s'espacèrent. Avec plus ou moins de bonheur (Les côtelettes vaut davantage pour sa version théâtrale que son adaptation sur grand écran en 2003). Sept ans plus tard, plus cynique que jamais, il signa Le bruit des glaçons dans lequel Charles Faulque (Jean Dujardin) recevait la visite... de son cancer (Albert Dupontel).


Entre 2003 et 2010 sortait Combien tu m'aimes ?, sans doute le plus mal aimé de sa filmographie mais pourtant sans doute aussi, l'un de ses plus émouvants avec Trop belle pour toi en 1989 et dans lequel Bertrand Blier traitait avec une infinie subtilité la question de la beauté. En 1986 sortait Tenue de soirée, sans doute le film-somme d'une carrière passée et à l'époque, à venir. Tout Blier y est condensé dans une comédie noire d'une profondeur inouïe et dont l'écriture fut magistrale. Presque autant que celle de Buffet Froid qui reste sans doute le meilleur film du cinéaste français. Un immense chef-d’œuvre dont la chaleur est proportionnellement inverse à celle de ses plus beaux poèmes cinématographiques. Un film fait de béton, dans des grands ensembles et des lotissements qui enserrent leurs personnages. Un véritable monument, à l'écriture aussi incisive que puisse l'être l'interprétation générale et habité par son trio de tête, Gérard Depardieu, Bernard Blier et Jean Carmet. Chaque actrice et acteur y trouvant le terreau pour y donner le meilleur d'entre eux. C'est donc une nouvelle fois un génie du cinéma qui nous quitte en ce mois de janvier 2025. Un homme dont la reconnaissance aura dépassé les frontières de l'hexagone, jusqu'à inspirer en 2018 à John Turturro le long-métrage The Jesus Rolls, remake des Valseuses... Adieu Monsieur Blier. Je crois bien qu'en allant rejoindre votre père là-haut, vous pourrez désormais vous fendre ensemble la gueule en vous penchant sur ceux qui vous succéderont sur notre bonne vieille Terre...

 

vendredi 12 janvier 2024

Tendre Dracula (La grande trouille) de Pierre Grunstein (1974) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

C'est horrible à dire mais qu'est-ce que l'on aura surtout retenu de la florissante carrière de l'acteur français Bernard Menez ? Cette très fumante séquence du Chaud lapin de Pascal Thomas lors de laquelle il chia, sans le savoir, sur une pelle tenue par deux jeunes garnements près d'un buisson avant d'inspecter les lieux pour découvrir que le fruit de son labeur avait disparu. Sur un C.V, cela peut faire désordre lorsque l'on est un tant soit peu ambitieux mais peut vous ouvrir grandes les portes du temple du Nanar où a un peu trop systématiquement sa place Bernard Menez. Il est des œuvres telles que Tendre Dracula qui font travailler l'imaginaire bien avant qu'elles ne fussent offertes à la boulimie des cinéphages. Si les parodies sont une monnaie courante dans le septième art, il en est certaines qui forcément touchent plus précisément le public hexagonal. Et même si Plus moche que Frankenstein tu meurs d'Armando Crispino est bien originaire d'Italie, la seule présence du très populaire Aldo Maccione dans nos contrées poussa sans doute certains chauvins d'origine française à se l'approprier. Il demeure pourtant quelques exemples de parodies fantastiques bien de chez nous dont Les Charlots contre Dracula de Jean-Pierre Desagnat demeure encore aujourd'hui comme l'un des plus ''brillants'' exemples. Vampirisme encore à l'évocation de Dracula père et fils d'Edouard Molinaro qui deux ans après Tendre Dracula allait confronter l'immense Christopher Lee à Bernard Menez. Mais avant cela, c'est donc à un autre très grand interprète britannique que l'acteur français allait se frotter dans cette chose parfaitement incongrue signée de Pierre Grunstein dont le métier de réalisateur allait stopper à l'issue de ce seul long-métrage pour se consacrer à la production d'un certain nombre d'excellents films (L'aile ou la cuisse, La course à l'échalotte, Uranus ou encore le diptyque Jean de Florette et Manon des sources). Surtout connu pour sa carrière dans le cinéma d'épouvante, l'acteur Peter Cushing interpréta notamment à plusieurs reprises le personnages du professeur Abraham Van Helsing, célèbre chasseur de vampires souvent confronté à son ami, l'acteur Christopher Lee, lequel incarnait de son côté le fameux Dracula ! Tendre Dracula apparaît comme un caillou dans une chaussure dans une carrière souvent exemplaire car si même le film de Pierre Grunstein réunit quelques sympathiques interprètes hexagonaux à l'image de Miou-Miou ou de Julien Guiomar, il n'est pas honteux de reconnaître que de visionner le film jusqu'à son terme n'est pas vraiment une partie de plaisir.


Également exploité en salle sous le titre La grande trouille, Tendre Dracula se permet quelques incartades dans des domaines parfois inattendus qui n'arrangent rien à l'affaire. Comme ces quelques passages qui transforment le film en comédie musicale. La même année, Miou-Miou venait de tourner Les valseuses de Bertrand Blier avec Gérard Depardieu et Patrick Dewaere et auprès desquels la jeune actrice se désapa très facilement. On ne s'étonnera donc pas de la voir ici exhiber sa très belle silhouette dénudée tout au long du long-métrage, suivie de très près par Nathalie Courval qui juste avant avait joué auprès de Claude Brasseur, Guy Marchand et Robert Castel dans Attention les yeux ! de Gérard Pirès et dans lequel elle interprétait la compagne d'un réalisateur contraint d'adapter La chartreuse de Parme en une version pornographique. Julien Guiomar se fait relativement discret (du moins lorsqu'il n'est pas à l'image) dans le rôle d'un producteur contraignant deux de ses employés ainsi que deux jeunes et jolies femmes à se rendre chez un acteur spécialisé dans le cinéma d'horreur afin de le convaincre de bien vouloir continuer sa carrière dans le genre qui le rendit célèbre malgré ses réticences. Écrit par Justin Lenoir et notamment produit par Claude Berri et Christian Fechner, Tendre Dracula est un grand fourre-tout souvent indigeste, entre comédie musicale, érotisme, gore, épouvante et comédie dont nous ne retiendrons qu'un ou deux plans vraiment superbes, un Bernard Menez hurlant de douleur lorsque l'actrice italienne Alida Valli lui grave à la jambe gauche et jusqu'au sang son prénom ou un Peter Cushing doublé en français par le génial Jean Rochefort. Comme dans tout bon ou mauvais film de vampire, nos quatre personnages sont accueillis au sein d'une bâtisse qui possède un certain charme (la salle de bain, les longs couloirs), lesquels vont subir toutes sortes de maltraitances dont certaines auront comme issue quelques plans gore plutôt sympathiques. Mais pas de quoi se pâmer d'admiration devant cette piètre comédie d'épouvante qui n'ameutera au fond que les plus curieux ou les fans absolus de films de vampires qui voudraient compléter leur collection...

 

mercredi 3 janvier 2024

La totale de Claude Zidi (1991) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

En 1994, le réalisateur James Cameron signait True Lies. Un film d'action mâtiné de comédie et d'espionnage dans lequel il offrit le rôle principal à l'acteur Arnold Schwarzenegger qu'il avait déjà dirigé dans Terminator en 1984 et dans sa suite sept ans plus tard. Et bien que le réalisateur et scénariste américain ait écrit lui-même le script de son long-métrage, l'idée originale, il la due au cinéaste français Claude Zidi. En effet, l'existence de True Lies aurait sans doute été remise en question si en 1991 n'était pas sorti sur les écrans de cinéma, La totale !. Une comédie d'espionnage cette fois-ci incarnée par Thierry Lhermitte, lequel était déjà apparu dans l'univers de Claude Zidi dans les deux premiers volets de la trilogie Les ripoux en 1984 et 1990 ainsi que dans Les rois du gag en 1985. Deux ans après Ripoux contre ripoux dans lequel l'acteur partageait la vedette aux côtés de Philippe Noiret, Grace de Capitani, Line Renaud, Michel Aumont, Jean Benguigui, Guy Marchand et Jean-Pierre Castaldi, Thierry Lhermitte endosse le costume de François Voisin que les membres de sa famille croient être un employé des télécoms. Le concept semble reposer sur un principe simple : Qu'au sein d'une même famille, tout le monde peut avoir ses petits secrets... Car comme le spectateur le découvrira tout d'abord dès les premières secondes, le héros de ce récit est en fait un espion qui sous couverture travaille pour Braquet (le chanteur, musicien, compositeur et acteur François Hadji-Lazaro disparu cette année), le chef des services secrets. Épaulé par son collègue Albert Grelleau, un inventeur de génie spécialisé dans les nouvelles technologies qu'incarne le fameux Eddy Mitchell, François cache à sa famille la véritable nature de sa fonction. Mais alors que son épouse Hélène (Miou-Miou) rêve d'une existence plus... '''mouvementée'', celui que tout le monde croit effectuer un métier monotone est actuellement chargé d'espionner le trafiquant d'armes Sarkis (l'acteur Jean Benguigui). Un métier à risque donc, auquel vont venir se greffer des événements dont François se serait bien passé. Non content de découvrir que son fils Julien (Sagamore Stévenin) vole de l'argent dans le manteau de son ami Albert, qu'il ne va plus à l'école depuis un mois et qu'il passe tout son temps dans un hangar à chanter du rap, François découvre en outre qu'Hélène, laquelle rêve d'aventure, entretient des rapports avec un certain Simon qui se prétend être un espion au service de la nation.


Incarné par l'humoriste et acteur Michel Boujenah, celui-ci se présente comme un homme à l'existence périlleuse alors même que le récit le décrira comme un individu mythomane jouant un rôle pour attirer des femmes de type ''bourgeoises et propres sur elles'' dans son lit. Comme souvent chez Claude Zidi depuis quelques années, La totale ! se joue des frontières strictes de la comédie pour s'employer à fréquenter des univers à priori incompatibles mais qui permettent d'intéresser le public à des courants qu'il n'aurait peut-être pas envisagé d'observer. Pourtant, tout aussi pris par l'idée d'inscrire son œuvre dans la comédie d'espionnage, Claude Zidi n'oublie pas que l'humour est la forme primaire de son art et nous propose donc une comédie aux dialogues souvent savoureux. Car face au sérieux de Thierry Lhermitte/François Voisin dont le personnage conserve toute la rigueur qu'exige son métier d'espion, le réalisateur gratifie par contre Eddy Mitchell de lignes de dialogue aux petits oignons. La relative rigueur qu'impliquent les différentes filatures est donc contrebalancée par ce personnage cynique qui à l'époque colle souvent à la peau de l'ancien membre du groupe de rock, Les chaussettes noires ! On pense bien sûr à Je vais craquer de François Leterrier dans lequel, en 1980, il interprétait son propre rôle, à Coup de torchon de Bertrand Tavernier l'année suivante où il jouait celui de Nono ou encore du satirique Promotion canapé de Didier Kaminka en 1990 et dans lequel il enfilait le costume d'un délégué de la CGT. Certains, et même beaucoup, préfèrent le remake de James Cameron et ils en ont bien le droit. Comme l'on peut tout à fait lui préférer cette version plus ''légère'' sans être taxé de chauvinisme. S'agissant d'ailleurs des origines réelles ayant inspiré le français ou l'américain, il faut savoir qu'à la base, le script de La totale ! et donc celui de True Lies ressemblerait étonnamment au scénario qu'aurait écrit et proposé en 1981 aux chaînes de télévisions françaises, le scénariste Lucien Lambert. Ce dernier engagera d'ailleurs un procès pour contrefaçon qu'il remportera en cours d'appel au début des années 2000...

 

jeudi 15 décembre 2022

Patrick Dewaere (Première partie)

 


 

Patrick Dewaere : 1947-1982

Les valseuses de Bertrand Blier (1974)

Né Patrick Bourdeaux, l'acteur français enchaîne les petits rôles à la télévision puis sur grand écran tout en faisant partie de la troupe du Café de la gare créée en outre par Romain Bouteuille, Coluche, Miou-Miou et Henry Guibet. Mais c'est en 1974 à travers le rôle de Pierrot dans le film culte de Bertrand Blier Les Valseuses qu'il devient célèbre auprès du grand public. Aux côtés de Gérard Depardieu qui lui-même y tient le rôle de Jean-Claude, Patrick Dewaere incarne un petit voyou de banlieue qui avec son camarade va faire les quatre-cent coups. Vols de voitures, kidnapping, abus sexuels, les deux hommes croisent la route de Marie-Ange, une shampouineuse incapable de ressentir le moindre plaisir lors de l'acte sexuel et qu'ils vont rencontrer au moment de rendre sa voiture au patron de la jeune femme après lui avoir ''empruntée'' ! Commence alors pour ces trois là une aventure rocambolesque qui les mènera jusque dans la campagne française. L'occasion de faire de nombreuses rencontres. Pierrot et Jean-Claude croiseront la route d'une jeune mère interprétée par Brigitte Fossey rejoignant son compagnon, soldat appelé, à bord d'un autorail, celle d'un médecin chirurgien incarné par Michel Peyrelon, un taulard fraîchement sorti de prison (Jacques Chailleux dans le rôle de Jacques Pirolle) ainsi que la mère de ce dernier, Jeanne (l'actrice Jeanne Moreau), qui après avoir fait l'amour avec les deux voyous se suicidera. L'occasion pour Bertrand Blier de virer à trois-cent soixante degrés après nous avoir gratifié d'une quantité phénoménale de situations plus provocantes les unes que les autres.
Car
Les valseuses est avant tout, un monument du cinéma français, instinctif, brutal et éminemment créatif dans son écriture. Des textes sortis tout droit de l'imaginaire de Bertrand Blier qui durant toute sa carrière n'aura eu de cesse que de provoquer des réactions parmi son public. Le film fera évidemment scandale auprès de la bourgeoisie tandis que la jeunesse post-soixante-huitarde y trouvera un véritable exutoire. Le réalisateur et scénariste y creuse un peu plus loin que les autres le fossé qui sépare les jeunes générations des plus anciennes lors de séquences particulièrement significatives. Jean-Claude évoque notamment cette certitude d'être bien en France lorsque le patron de Marie-Ange (qu'interprète Miou-Miou) se voit accordé l'aide de ses voisins de cité lors de l'affrontement avec les deux jeunes hommes. Ce qui distingue Jean-Claude de son comparse est son ascendant sur celui qui l'accompagne dans toutes ses conneries. Les valseuses est l'expression d'une époque sans doute révolue à jamais qui malgré quelques sinistres évocations (une France extrême droitisée, la marginalisation des deux héros, le suicide de Jeanne, le meurtre du gardien de prison) souffle un véritable vent d'air frais dans un contexte qui sur grand écran n'est aujourd'hui même plus envisageable. Bien qu'elle débuta sa carrière au cinéma, au théâtre et à la télévision au début des années soixante-dix, la toute jeune Isabelle Huppert est surtout connue pour être apparue ici sous les traits de l'adolescente Jacqueline, jeune vierge éprise d'émancipation qui quittera ses parents en compagnie de Jean-Claude, Pierrot et Marie-Ange. Plus culte que Les valseuses, tu meurs ! Des répliques cinglantes à foison rendant honneur aux admirables dialogues d'un certain Michel Audiard et surtout, un duo d'acteur masculin appelé à devenir aussi culte que le premier film qui les a réunis. Une œuvre accompagnée en outre par l'inoubliable partition du jazzman, pianiste et violoniste franco-italien Stéphane Grappelli...


Lily aime-moi de Maurice Dugowson (1975)

Un an après le film culte de Bertrand Blier, Patrick Dewaere accepte de participer à un projet cinématographique étrangement typique des années soixante-dix. Sans doute pas aussi barré que le Themroc de Claude Faraldo qu'il interpréta notamment aux côtés de ses anciens comparses du Café de la gare deux ans auparavant mais tout de même un Objet Filmique PRESQUE Non Identifié. Une comédie, pas vraiment drôle et ne suivant comme fil d’Ariane qu'un scénario qui semble avoir été victime du syndrome de la page blanche. Des dialogues jusqu'à l'interprétation en passant par la mise en scène, il semblerait que Maurice Dugowson (dont le fait d'arme le plus connu reste sans doute F... comme Fairbanks qu'il réalisa l'année suivante) ait laissé le hasard jouer sa carte maîtresse, d'où une forte impression d'improvisation. Une liberté de choix artistique qui de nos jours semblerait novatrice tout en procurant une certaine gène chez ceux que l'on a habitué à des œuvres ''pensées'' jusque dans les moindres recoins... Ils sont trois. À commencer par Rufus, auquel Maurice Dugowson offre un premier rôle mérité. Généralement cantonné à des personnages secondaires, l'acteur campe le personnage de Claude.
Un un individu passablement lunaire, ouvrier dans une usine, très ennuyeux, dépressif et que sa compagne Lily vient de quitter. C'est alors qu'il rencontre François, le journaliste auquel est confiée la mission d'interviewer Claude. Incarné par le peintre et sculpteur belge Jean-Michel Folon (qui sera en outre l'auteur de l'affiche du long-métrage), celui-ci, sous ses faux airs de Bernard Giraudeau à lunettes, va faire un petit bout de chemin avec lui, histoire de lui remonter le moral, de lui changer les idées. Lui, mais aussi Gaston, dit
Johnny Cask, boxeur professionnel aux nombreuses défaites et ouvrier lui aussi. Le joyeux luron de l'aventure dont la réplique préférée est : ''Vous êtes bien jolie mademoiselle''... Une phrase qu'il répète d'une invariable manière mais qui ne l'empêche pas de se prendre régulièrement des vents de la part de la gente féminine. On se souviendra à ce titre de la courte mais mémorable apparition de Miou-Miou dans un café, en pseudo-Marie-Ange (celle des Valseuses, vous l'aurez compris) émancipée depuis, et recadrant les hommes qui chercheraient à lui mettre le grappin dessus. Entre la banlieue parisienne et la campagne française, Lily aime-moi traîne ses trois héros à la recherche d'une solution pour Claude. Lui veut retrouver celle qu'il aime tandis que les deux autres font tout ce qu'ils peuvent pour le soutenir. Rufus en clown triste, Jean-Michel Félon en penseur contemplatif et au verbe modéré, Patrick Dewaere en amuseur de place publique. Un trio (d)étonnant pour une œuvre (faussement ?) maladroite mais humaniste. À leurs côtés, Miou-Miou, donc, mais également Zouzou dans le rôle de Lily, et beaucoup plus tard, Anne Jousset qui, trois ans avant de jouer aux côtés de Gérard Jugnot et Daniel Auteuil dans Les héros n'ont pas froid aux oreilles de Charles Némès incarne ici déjà une auto-stoppeuse...


F… comme Fairbanks de Maurice Dugowson (1976)

On continue sur la lancée avec ce qui s’avéra être la seconde collaboration entre le réalisateur Maurice Dugowson et Patrick Dewaere un an après Lily aime-moi. Cette fois-ci, l'acteur est véritablement l'élément central du récit et plutôt que d'accorder une place à ses anciens complices du café de la gare, le réalisateur embauche ceux d'une autre fameuse troupe, certainement plus populaire encore. Du moins une partie d'entre eux puisque de la troupe du Splendid, les connaisseurs remarqueront les présences à l'écran de Thierry Lhermitte (dans le rôle d'un chercheur d'emploi) et de Christian Clavier (dans celui d'un serveur de bar-restaurant)... Entre les deux longs-métrages de Maurice Dugowson, Patrick Dewaere n'a pas eu le temps de chômer. En deux années, il tourne avec Georges Lautner pour Pas de problème!, Michel Boisrond pour Catherine et Cie, Pierre Granier-Deferre pour Adieu Poulet, Claude Miller pour La meilleure façon de marcher et Marco Bellocchio pour La marche triomphale. Puis vient donc F… comme Fairbanks avec son personnage qui quatre ans avant celui du formidable Un mauvais fils de Claude Sautet retrouve lui-même son entourage après avoir fait un séjour en prison (celle de l'armée). Patrick Dewaere retrouve Miou-Miou pour la troisième fois, charmante, craquante (surtout lors de la promenade en barque sur un lac), en comédienne de théâtre. En ingénieur mutin an chômage, l'acteur tombe sous le charme de la prétendante au rôle d'Alice plus ou moins acoquinée avec un photographe et cabotine pour la séduire. On retrouve ce même type de personnage qu'il incarnait déjà l'année précédente dans Lily aime-moi.
La manière dont Maurice Dugowson aborde ici le sujet n'est d'ailleurs pas si éloignée de son précédent long-métrage même si cette fois-ci la maîtrise de son sujet semble indiscutable.
F… comme Fairbanks s'inscrit dans un contexte social compliqué pour André Fragman/Patrick Dewaere. Incapable de trouver un emploi dans sa branche malgré les hypothétiques promesses d'un Étienne Lambert/Michel Piccoli plutôt ambigu (lequel ne semble pas vraiment décidé à aider le jeune homme à se faire une place dans l'ingénierie) et pourtant ''diverti'' par sa passion naissante et partagée pour Marie (Miou-Miou), le grain de sable du chômage vient gripper l'existence du héros de manière quasi obsessionnelle. Employé d'une station-essence, ouvrier de chantier, bagagiste, André, désormais inscrit à l'ANPE est incapable de garder un emploi. Sa relation avec Marie s'en ressent très rapidement... Impeccable dans ce rôle, Patrick Dewaere montre déjà des prédispositions pour ce type de personnages habités par de sombres pensées. Face à lui, Miou-Miou est touchante. Le titre du film fait référence à l'acteur américain Douglas Fairbanks. Maurice Dugowson rend d'ailleurs un vibrant hommage au cinéma, surtout à celui en noir et blanc, du début du vingtième siècle. Avec ce père projectionniste (l'acteur et réalisateur américain John Berry). Capable d'être volubile tout en affichant une certaine noirceur liée à la condition du personnage qu'il interprète, Patrick Dewaere est absolument formidable. Le Franck Poupart du futur chef-d’œuvre d'Alain Corneau Série noire n'est donc pas très loin. Lumineux avant de sombrer dans la noirceur, F… comme Fairbanks est au regard de la filmographie de l'acteur parmi ses œuvres les moins connues. Un long-métrage beau, tragique et qui mérite amplement d'être redécouvert...

 

samedi 31 juillet 2021

Le dernier Mercenaire de David Charhon (2021) - ★☆☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Ben voilà, fallait s'y attendre. L'acteur belge Jean-Claude Van Damme dans un film réalisé par le français David Charhon, fallait s'attendre à ce que le résultat à l'écran ne soit pas à la hauteur. Encore heureux que Le dernier mercenaire ne soit pas sorti en salle. Mon dieu, quelle purge. Il faut vraiment que le réalisateur ait été aux abois pour se servir comme référence élogieuse, la réaction du public... américain !!! Comme source, hein, on a déjà trouvé plus fin... Parce qu'en réalité, le dernier étron réalisé par David Charhon est sans doute l'une des pires ''comédies'' de ces cent-vingt dernières années. Bref, l'une des pires depuis le tout début du cinématographe. Pire que Brillantissime de Michèle Laroque, et même, oui, oui, pire encore que Les Municipaux, trop c'est trop ! que les Chevaliers du Fiel ont osé commettre il y a trois ans en arrière. Le dernier mercenaire est encore plus mauvais que Cyprien et Les Naufragés, deux autres de ses piteuses réalisations. C'est dire si ce tâcheron de David Charhon a su repousser très loin les limites de l'indigence. Ceux qui abhorrent les plate-formes de streaming en général et Netflix en particulier vont pouvoir se réjouir et surtout se répandre. Ça n'est certes pas moi qui me fâcherait cette fois-ci avec ceux qui vomissent les comédies françaises en faisant des navets qui chaque année sortent sur grand écran, une généralité...


Et David Charhon d'en rajouter, de passer la pommade sur son immonde film en tentant de faire passer Le dernier mercenaire pour un blockbuster. En évoquant le fait qu'il ait été sélectionné au ''Comic con'' de Paris. Comme si cela pouvait faire de lui, une référence alors que le film est, je le répète, une véritable purge ! Pourtant, c'est avec l'espoir d'y retrouver un Jean-Claude Van Damme s'auto-pariodant volontiers que j'ai perdu deux heures de ma vie, à me demander ce que lui et les autres interprètes avaient pu consommer comme substance réprouvée par la loi pour en arriver à accepter de tourner pour un réalisateur qui n'a de connaissance pour le métier que le nom. David Charhon est le genre d'individu qui pousse un genre vers le bas et le fait décliner quand déjà sont rares ceux qui parviennent à relever le niveau. Dialogues de demeurés et mise en scène terriblement plate (pour un film qui se veut une comédie d'action), Le dernier mercenaire s'offre un casting intéressant mais qui malheureusement sent très vite le rance. Imaginez donc sur un même tournage la star belge, Miou-Miou, Patrick Timsit ou Valérie Kaprisky venus se corrompre aux côtés d'Eric Judor ou Alban Ivanov, eux-même suivis de près par une jeune garde pas franchement rigolote en les personnes de Samir Decazza, Assa Sylla (qui ne semble n'avoir aucun rapport avec l'humoriste Ahmed Sylla) ou Djimo, ce dernier étant un transfuge du Jamel Comedy Club...


Le dernier mercenaire est d'une lourdeur absolue, renvoyant les bouffonneries de Michael Youn et de son ancienne équipe de pitres de M6 sur les bancs d'école afin d'y prendre des leçons de singeries de la part de David Charhon et de ses interprètes. À moins d'être chargé en protoxyde d'azode durant toute la projection, c'est la gêne plutôt que les rires qui émerge de situations terriblement affligeantes puisque stériles en matière d'humour. À titre d'exemple, Patrick Sébastien (auquel je voue cependant une certaine admiration) et ses chansons pour bals musette, foires agricoles et fêtes de fin d'année trop arrosées s'en sortent nettement mieux que l'hallucinante (parce que pathétique) séquence lors de laquelle (faute de moyens, par envie d'économiser ou plus simplement par fainéantise) Alban Ivanov se trimballe une tronche en biais après que Jean-Claude Van Damme lui ait mis son poing dans la gueule. De quoi se rendre compte de l'immense vide que représente la scène et le film dans son ensemble. Une œuvre à laquelle, le réalisateur encore une fois tente honteusement de raccrocher quelques références cinématographiques des milliers de fois plus cohérentes et sympathiques. Que l'on soit fan de l'acteur belge ou des autres, rien n'y fait. À moins d'avoir mis des billes dans le projet afin d'en récolter des fruits, à moins d'être de la famille ou un proche du réalisateur, de l'un de ses techniciens ou de tel ou tel interprète, je ne vois pas comment on pourrait adouber cette chose infâme qui ne mériterait au pire, que le vide-ordure ou les chiottes et au mieux, une indifférence polie. Beurk !

samedi 5 décembre 2020

Affaire de Famille de Claus Drexel (2007) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

L'affiche du long-métrage Affaire de Famille ressemblant en tout point à celles des comédies franchouillardes des années soixante-dix quatre-vingt, le film aurait pu être condamné à finir sa carrière au format DVD, vendu à deux euros dans les bacs des supermarchés. Pourtant, à l'image de la dite affiche, ce premier long-métrage réalisé par Claus Drexel en 2007 est une œuvre qui joue du début à la fin sur les apparences. Pour commencer, évoquons l'un des rares points noirs du film : on a effectivement souvent l'impression d'être devant un téléfilm de luxe plutôt que dans une œuvre vouée à être projetée sur grand écran. Ce qui s'avère en définitive peu contraignant puisque le concept et ses interprètes font que l'on oublie très rapidement la légèreté de la mise en scène pour ne plus se concentrer que sur le déroulement de l'intrigue. Affaire de Famille est une comédie noire qui lorgne du côté du thriller. Miou-Miou, André Dussolier et Hande Kodja en sont les membres tandis qu'Eric Caravaca incarne le rôle d'un inspecteur de police et Julien Courbey, celui d'un voyou...


Tout commence ''tranquillement'' avec l'incendie de la serre des Guignebont, se poursuit avec la découverte d'un sac rempli de billets de banque et se termine par un projet d'escapade vers le Brésil. André Dussolier est Jean Guignebont, supporter de football, ancien avant-centre du Grenoble Foot 38. Miou-Miou interprète son épouse Laure. Elle tient une boutique de bric à brac, adore les romans d'épouvante et le chocolat. Hande Kodja est Marine, la fille des Guignebont. Un brin rebelle et plus proche de sa mère que de son père. Eric Caravaca campe le rôle de l'inspecteur Vivant qui enquête sur l'incendie survenu chez les Guignebont tandis que Julien Courbey est une petite frappe au look de gangsta rap qui aimerait récupérer le fruit d'un butin sur lequel a mis la main le père de famille..


Une famille originale pour un scénario qui ne l'est pas moins. Construit en trois chapitres et un épilogue, Affaire de Famille use du principe des différents points de vue d'une même séquence. Le premier étant vu à travers les yeux de Miou-Miou, puis d'André Dussolier et enfin de ceux de Hande Kodja. Le principal intérêt du long-métrage de Claus Drexel se situe au niveau de la perpétuelle réinterprétation des événements puisque à chaque changement de chapitre une vision nouvelle apporte des réponses différentes, elles-mêmes contredites par le chapitre suivant. L'interprétation juste ne bouleverse cependant pas les habitudes du spectateur même si découvrir André Dussolier dans ce registre, une arme à la main, peut amuser. Miou-Miou est attendrissante et Julien Courbey savoureux dans le rôle de ce pseudo rappeur portant cheveu ras et collier ''bling bling'' autour du cou. Pour un premier long-métrage, Claus Drexel réalise une comédie qui en dépit d'un visuel ''inesthétique'' est vraiment sympathique, légère, sans prises de tête, astucieuse et jamais ennuyeuse. Une jolie petite découverte...

 

vendredi 4 septembre 2020

Belle-Fille de Méliane Marcaggi (2020) - ★★★★★★★☆☆☆



Je n'en attendais rien de vraiment précis. Peut-être un peu de nostalgie. Revoir Miou-Miou, l'actrice des Valseuses de Bertrand Blier en 1974, de Dites-Lui que je l'Aime de Claude Miller en 1977 ou de La Totale ! de Claude Zidi en 1991. Ou peut-être la curiosité de découvrir le dernier long-métrage mettant en scène Alexandra Lamy, qui depuis que je l'ai découverte sur grand écran ne m'a jamais déçue. Belle-Fille... derrière ce titre simple, cette affiche simple, cette accroche simple se cache-t-il encore une comédie comme le cinéma français en enfante chaque année ? Ou bien l'actrice, réalisatrice et scénariste française Méliane Marcaggi a-t-elle réussi là où malheureusement beaucoup échouent ? Belle-Fille passe par plusieurs étapes et le spectateur lui aussi. De cette histoire parfois totalement rocambolesque où se mêlent nuit de sexe, de drogue et d'alcool, cadavre au réveil, et jeu d'identité, Méliane Marcaggi semble vouloir tout d'abord maintenir un cap sans ombrage ni vent violent. Pour ne pas dire pépère, la première moitié de son premier long-métrage en tant que réalisatrice ne prend pas le moindre risque. À part sans doute ces minuscules éclairs à l'humeur joyeuse qui empêchent le spectateur de s'endormir. Pire, de fuir la salle devant une œuvre qui apparemment s'apprête à ne ressembler qu'à un long encéphalogramme plat parcouru par de trop rares sursauts de vie...

Mais là où justement l'on n'attend plus grand-chose de Belle-Fille, au moment même où la lassitude commence à se faire ressentir dans d'importantes proportions, le miracle a lieu. Il aura fallut pour cela que Méliane Marcaggi transporte l'équipe de tournage et les interprètes jusqu'en Haute-Corse, là où se situent Valle-di-Campoloro et Speluncatu qui servent tous deux de décor. La caricature y est facile mais point trop n'en faut. La réalisatrice fait dans la discrétion et rend hommage à leurs habitants. Surtout que le contexte du film ne prête pas spécialement à sourire. Imaginez : Andréa, une habitante des lieux vient de perdre l'un de ses deux fils, Florent. Mais alors que sa conquête d'un soir est interrogée par la police, Andréa vient au secours de la charmante Louise qu'elle prend pour sa belle-fille. Trompée par son époux et mère d'une jeune Manon, celle-ci est venue passer quelques jours en Corse pour y rencontrer par hasard Florent (Thomas Dutronc) avec lequel elle va partager une folle nuit qui va se terminer par la mort de cet amant de passage. Accueillie par Andréa et sur demande d'Anto, le frère du défunt qui veut préserver sa mère, Louise accepte de se faire passer pour celle qui est censée avoir vécu les cinq dernières années auprès de Florent. Une étrange et émouvante relation entre les deux femmes va alors éclore...

Oui, Belle-Fille est bien le miracle évoqué plus haut. Puisqu'après un long moment d'attente mêlé à une certaine impatience, le scénario écrit à six mains par Méliane Marcaggi, Christophe Duthuron et Clément Michel révèle toute sa richesse. À dire vrai, le film n'est pas la comédie que certains durent s'attendre à découvrir. Ou si peu, car elle se révèle en réalité, plutôt amère. Mais ce qui différencie Belle-Fille de tous ces drames qui recherchent chez le spectateur les effusions de larmes l'est ici de manière beaucoup plus tendre et raffiné. On aurait pu ne pas croire en cette histoire un peu folle entre une fille de l'hexagone accueillie chaleureusement par un ''vieille'' dame d'origine corse inconsolable. Et pourtant, en jouant avec les sentiments du spectateur, en se servant de lui comme d'un yoyo, jouant sur ses diverses affectivités, Méliane Marcagg l'emporte loin, très loin, beaucoup plus loin que le début du récit ne le laissait présager. La réalisatrice nous prend à la gorge avec une rigueur métronomique que seuls quelques éclats humoristiques judicieusement disséminés ça et là permettent de tempérer. Miou-Miou et Alexandra Lamy forment un couple attachant, bouleversant, accompagnées par un Jonathan Zaccaï émouvant, un Guillaume Bouchède vraiment épatant et qui, remercions-le, désamorce des séquences parmi les plus pesantes, ainsi que quelques seconds rôles irrésistibles. La Corse, même réduite à quelques images d’Épinal est merveilleusement belle. La mise en scène est subtile, et l'interprétation remarquable. Et bien qu'Alexandra Lamy s'avère toujours aussi talentueuse, c'est bien Miou-Miou la véritable vedette de ce Belle-Fille qu'il serait dommage de ne pas découvrir sur grand écran...

mercredi 30 octobre 2019

Tenue de Soirée de Bertrand Blier (1986) - ★★★★★★★★☆☆



Planté comme un furoncle au beau milieu du paysage français en cette année 1986, entre le Mocky de La Machine à Découdre, le Veber des Fugitifs (également interprété par Gérard Depardieu en compagnie de l'irrésistible Pierre Richard), le Jean-Marie Poiré de Twist Again à Moscou ou le Bernard Nauer de l'assez vulgaire (et beaucoup moins bon que la pièce de théâtre qui en est à l'origine) Nuit d'Ivresse, le dixième long-métrage du réalisateur, scénariste, écrivain et fils de l'immense Bernard Blier, Bertrand de son prénom, devait précéder une certaine rupture dans la continuité, sans doute entamée deux ans auparavant avec Notre Histoire. Dans une veine similaire aux quelques films cultes qui ont firent sa renommée (et que je ne ferai l'affront à personne de citer), Tenue de Soirée est l'un des longs-métrages les plus acerbes, frondeurs, libres et radicaux de leur auteur. Drôle, tendre, parfois très osé dans sa forme et dans le fond, il ne s'agit assurément pas du dernier grand film de Bertrand Blier, mais sans doute celui qui dans la course effrénée à laquelle le réalisateur semble vouloir se raccrocher, est de ceux qui demeurent indissociables de ses première et brillantes tentatives dans le domaine de la comédie.

Si évidemment les plus coutumiers du cinéaste reconnaîtront ici l'immense valeur de son écriture, Bertrand Blier a aussi une nouvelle fois su s'entourer des plus grands. Qu'ils agissent à l'écran en tant que principaux interprètes, ou qu'ils ne nous honorent de leur présence que pour un trop court instant (Jean-Pierre Marielle, Bruno Cremer, Mylène Demongeot ou bien Jean-François Stévenin), chaque apparition à l'écran est un moment de pure magie voluptueuse et incisive que l'on ne retrouve que très rarement chez d'autres cinéastes français. Du moins, rares sont ceux bénéficiant d'une écriture aussi mordante et maîtrisée.

''Pauvre type, espèce de con, t'es vraiment rien qu'une merde...''
Monique (Miou-Miou) à Antoine (Michel Blanc)

... Bertrand Blier a l'art et la manière de faire entrer ses personnages en scène. Ici, une salle de bal où dansent quelques couples sur un air d'accordéon et en arrière-plan, un autre, isolé, et au bord de la rupture. Entre une Monique qui ne supporte plus ses conditions d'existence et Antoine, son homme, qui dans l'esprit, rêve sans doute encore pour longtemps de vivre d'amour et d'eau fraîche. Puis débarque Bob. Premier contact, une gifle. Celle que se prend Monique. Les choses sont d'ors et déjà mises en place. D'un côté l'amoureux transit, de l'autre, la brute épaisse, ancien taulard, cambrioleur à ses heures. Et puis Monique, la troisième roue. Celle que veut à tout prix conserver auprès de lui Antoine mais dont Bob aimerait bien se défaire...

Car au delà des rapports complexes qui vont être bientôt mis en place dans ce trio on ne peut plus discordant, Bertrand Blier réinvente les codes du romantisme à sa sauce pour un résultat inédit et haut en couleurs. Si de prime abord, les dialogues échouent entre les lèvres des interprètes comme un assemblage (sophistiqué) de termes propre aux charretiers, il n'en demeure pas moins qu'il se dégage de Tenue de Soirée, une très grande poésie. Des dialogues sur lesquels pose surtout son incroyable timbre, un Gérard Depardieu au sommet de son art. Ses deux complices et lui participent à un étrange numéro qui, même s'il a un peu de mal à être aussi rondement mené que LE chef-d’œuvre de Bertrand Blier, Buffet Froid, demeure une expérience de cinéma rare, portée par un jeu d'acteur sublime et des dialogues au diapason. Plus encore qu'une succession de scènes à la cohérence qui pour un néophyte pourrait paraître douteuse, le découpage et le scénario de Tenue de Soirée recèlent une richesse évocatrice incroyable. Car le réalisateur ne se contente pas d'une simple accumulation de séquences portées uniquement sur les bons mots de son propre cru. Non, Bertrand Blier ose avec intelligence aborder des sujets de fond tels que la prostitution, la solitude, le désespoir, mais aussi l'amour et l'amitié. Tout ceci, bien entendu, sous un angle qui n'appartient qu'à lui. Un grand ''Putain de film'' qui aura révélé au public, un Michel Blanc formidable et surtout très largement éloigné des rôles qu'il tenait jusqu'à maintenant...

vendredi 15 mars 2019

Quelques Messieurs trop Tranquilles de Georges Lautner (1972) - ★★★★★★☆☆☆☆



En 1972, Georges Lautner réalise Quelques Messieurs trop Tranquilles adapté du roman La nuit des grands chiens malades d'Alain Dreux-Gallou sorti pour la première fois chez Gallimard dans la collection « Série Noire ». Pour son vingtième longs-métrages, l'auteur du Monocle Noir et de ses suites se réserve un espace de détente et de liberté dans le village bien réel de Loubressac dans le département du Lot. C'est là-bas que vivent le patron d'une épicerie Julien Michalon, l'instituteur Peloux, Arsène Cahusac l'adjoint au maire ET fossoyeur au cimetière du village, l'agriculteur Adrien Perrolas et Paul Campana, le garagiste. Une bande de copains qui, il faut l'avouer, s'ennuient à mourir à Loubressac où il ne se passe pas grand chose. Mais comme un signe du destin, voilà que vient s'installer dans un champ de la commune, une bande de hippies à la tête de laquelle un américain prénommé Charles semble être le leader. Très vite découragés par Peloux et ses amis, les nouveaux venus déménagent et s'installent ensuite sur les terres d'une comtesse qui voit d'un mauvais œil leur arrivée. Du moins, jusqu'à ce qu'elle apprenne le retour prochain de Gérard Lorrain, un ancien détenu qui vient de passer cinq années derrière les barreaux et qui pourtant, malgré tout ce temps passé à l'ombre, à loué le château de la comtesse. Peu à peu, Julien, Adrien, Arsène et les autres s'attachent à cette communauté qui vit dans d'étranges constructions, contrairement à Lorrain qui dès son arrivée tente de se débarrasser des nouveaux venus installés sur « son » terrain...

Film en totale roue libre, Quelques Messieurs trop Tranquilles est une comédie surréaliste pour laquelle le cinéaste s'est totalement lâché. Le casting y est des plus hétéroclite : Au sommet, on retrouve la toujours fringante Renée Saint-Cyr, tandis qu'au village, Jean Lefebvre, Michel Galabru, Paul Préboist, Henri Guybet et Bruno Pradal se partagent la vedette. Débarquent alors une tribu de onze individus à la tête desquels on retrouve l'acteur américain Charles Southwood. Parmi ses ouailles se présente la toute jeune Miou-Miou dont la carrière n'a débuté que deux ans auparavant mais qui ne sera véritablement lancée qu'à partir de 1974 et son interprétation dans le mythique Les Valseuses de Bertrand Blier.

Que dire si ce n'est que Quelques Messieurs trop Tranquilles est assez ahurissant. Le scénario y semble anarchique, brouillon, Georges Lautner ne semblant jamais véritablement tenir les rennes d'un récit casse-gueule qui tient pourtant on ne sait par quel miracle. Le film mélange pêle-mêle comédie et policier, on y trouve une vieille comtesse un brin acariâtre, un ancien taulard accompagné de ses sbires et de deux sauterelles à bord d'une Cadillac rose, un mort suspendu au beau milieu d'une falaise, un cadavre exhumé et éventré au cimetière, des hippies motorisés vivants dans de curieux igloos, un flic retors et envahissant, et même une intrigue tournant autour du château. André Pousse incarne Gérard Lorrain, cet ancien détenu plutôt antipathique. Quelques Messieurs trop Tranquilles est très certainement l'occasion pour Georges Lautner de faire la critique d'une société rurale pas encore tout à fait prête à accueillir chez elle des chevelus dont la « couleur » tranche radicalement avec celle de ses habitants. Le film a pas mal vieilli et l'on n'en conservera que quelques souvenirs, telle la poursuite entre les hommes de main de Lorrain et Campana le garagiste. Pour le reste, Quelques Messieurs trop Tranquilles est une petite comédie amusante et loufoque dont l'intérêt se sera émoussé avec le temps...
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...