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mardi 13 mai 2025

Est-ce bien raisonnable de Georges Lautner (1981) -★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

On ne reviendra jamais assez sur la richesse des dialogues des œuvres écrites ou réalisées par le dialoguiste Michel Audiard. Un apport considérable dont certains cinéastes se sont empressés de copier le style sans pour autant jamais être parvenus à l'égaler. Si sa collaboration avec Jean-Marie Poiré peut sembler ici étonnante, il faut savoir que les deux hommes n'en furent pas à leur coup d'essai puisque ce dernier, bien avant d'écrire et de réaliser sa toute première comédie Les petits câlins en 1978 débuta dix ans en arrière en participant l'élaboration de scénarii et l'adaptation d'une bonne partie des films réalisés par Michel Audiard lui-même. Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages en 1968, Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais... elle cause! En 1978, Le cri du cormoran, le soir au-dessus des jonques en 1971 ou encore Comment réussir... quand on est con et pleurnichard ! Autant dire qu'on pouvait attendre beaucoup de la part du duo et notamment de celui qui plus tard sera l'auteur du Père Noël est une ordure en 1982, de Mes meilleurs copains en 1989 et quatre ans plus tard du premier des quatre volets de la franchise Les visiteurs. N'étant ni l'un ni l'autre chargé de la mise en scène de Est-ce bien raisonnable ?, la charge revient au cinéaste Georges Lautner qui avant de signer cette œuvre nettement plus anecdotique réalisa quelques classiques du cinéma français comme, Le septième juré en 1962, Les tontons flingueurs en 1963 ou encore Ne nous fâchons pas et La grande sauterelle tout deux signés en 1966. Alors, un tiercé gagnant, Est-ce bien raisonnable ? Et bien en fait, pas vraiment. On peut dire sans rougir que le niveau a malheureusement et drastiquement baissé depuis les débuts de leur collaboration. Et si ce n'était l'étonnante rencontre entre Gérard Lanvin qui allait connaître très bientôt une rapide ascension et Miou-Miou que Georges Lautner avait déjà engagé sur les plateaux de Quelques messieurs trop tranquilles, Pas de problème ! et On aura tout vu en 1973, 1975 et 1976 et à laquelle Bertrand Blier avait offert le rôle de Marie-Ange dans son film culte Les valseuses en 1974, Est-ce bien raisonnable ? n'aurait quasiment aucun intérêt.


La faute à un scénario relativement faiblard qui partait pourtant sur de bonnes bases. En effet, après s'être introduit dans le bureau d'un célèbre juge lors de son évasion d'un palais de justice, la présence en ces lieux de Gérard Louvier (Gérard Lanvin) cause un quiproquo lorsque Julie Boucher (Miou-Miou le confond avec le juge Simon. La jeune journaliste est montée à Paris afin de rencontrer ce dernier pour lui demander de l'aider dans son enquête s'agissant d'une sinistre affaire. Louvier profite de l'occasion pour monter à bord de la voiture de la jeune femme et ainsi échapper à la justice. Direction Nice où Julie retrouve son compagnon Daniel qu'incarne à l'écran Henri Guybet. Un homme quelque peu jaloux qui tend moins la main pour faire l’aumône que pour gifler la jeune femme qui s'énerve après l'avoir surpris au lit avec une autre... Viennent se greffer au récit, l'ancien amant éperdument amoureux, dépressif, interprété par Jean-Pierre Darroussin, Michel Galabru dans le rôle d'un huissier, Julien Guiomar dans celui de Raymon Volfoni, un complice de Louvier, mais également Renée Saint-Cyr dans le rôle d'une Veuve, actrice qui n'est autre que la mère de Georges Lautner ! Si les premières minutes sont plutôt plaisantes, au fil du récit cela se gâte. Le scénario tourne en boucle et surtout, la vervehabituelle de Michel Audiard est souvent absente.Mis en scène avec mollesse de la part du réalisateur, laquelle déteint sur une grande partie de l'interprétation, Est-ce bien raisonnable ? est non seulement une œuvre mineure dans la carrière de son auteur et de ses interprètes mais aussi dans la vaste étendue des comédies qui furent avant, pendant et après, réalisées sur notre territoire. Le pire, c'est que le film aurait pu se contenter de ne pas excéder les quatre-vingt ou quatre-vingt dix minutes mais il frôle presque les deux heures. De quoi, dans le meilleur des cas, s'ennuyer ferme et dans le pire, faire une sévère indigestion. Bref, pas de quoi sauter au plafond. Tout juste de quoi rattraper quelques heures de sommeil.

 

mercredi 28 août 2019

L'invité Surprise de Georges Lautner (1989)

Du jour au lendemain, le jeune guide touristique Martin Gaillard se retrouve sous le feu des projecteurs. Dans la presse, on ne parle plus que de lui. Mis en danger pour avoir été le témoin involontaire d'une affaire mêlant Police, État, Terrorisme et même Lutte antiraciste, il possède une photo sur laquelle est représenté un individu dont le véhicule a explosé devant un restaurant. Fils d'un employé de la Police Judiciaire et d'une mère ethnologue partie vivre auprès des esquimaux, Martin vit désormais avec son beau-père Charles Mazzena, lui-même ancien flic handicapé depuis qu'il a pris une balle lors d'une mission, et de son jeune demi-frère.

Les autorités s'intéressent de très près à Martin, et notamment le nouveau chef de l'Anti-gang, le commissaire Le Bourreux, dont le directeur n'est autre qu'un proche de Martin et de Charles. Après avoir été attaqué par deux hommes chargés de récupérer la photo compromettante, Martin fait appel à la journaliste Domenica afin de rendre publique les faits dont il a été le témoin...

Alors qu'il est connu pour avoir fait jouer parmi les acteurs français les plus populaires des années soixante-dix quatre-vingt (Jean-Paul Belmondo, Mireille Darc, Michel Constantin, ou encore Alain Delon pour ne citer qu'eux), le cinéaste Georges Lautner réalise en 1989 cet Invité Surprise principalement interprété par l'humoriste Eric Blanc. Ressemblant plus à un téléfilm qu'à une véritable œuvre de cinéma, il met donc en scène l'humoriste pour lequel ce sera la cinquième apparition sur les grands écrans. Privé de télévision à cause d'une imitation d'Henry Chapier qui lui aura valu un procès (!!!), Eric Blanc se tournera vers le théâtre, scène sur laquelle il semble être absent depuis de longues années.
A ses côtés, les acteurs Victor Lanoux, Michel Galabru, Jean Carmet (dans le rôle d'un Général de l'Armée de terre), Jacques François (dans celui du Directeur de la Police Judiciaire), Gérard Hernandez (en directeur de casino), ainsi que Renée Saint-Cyr en belle-mère et chirurgienne, et Florence Geanty en journaliste.

A côtés des Tontons Flingueurs et d'une grande majorité de ses œuvres, L'invité Surprise de Georges Lautner fait pâle figure. On regretterait presque le très sympathique casting, ici, disons-le, assez mal exploité. En réalité, le cinéaste, plus que de se contenter de faire de ce film une simple comédie, en profite pour dresser un portrait peu reluisant de la presse télévisée et écrite, de l’État, et même de ceux censés nous protéger. Le film permet aussi également à Eric Blanc de s'exprimer indirectement à travers cette histoire, au sujet des problèmes qu'il a rencontré deux ans plus tôt avec la justice et les médias. A voir, sans plus...

vendredi 15 mars 2019

Quelques Messieurs trop Tranquilles de Georges Lautner (1972) - ★★★★★★☆☆☆☆



En 1972, Georges Lautner réalise Quelques Messieurs trop Tranquilles adapté du roman La nuit des grands chiens malades d'Alain Dreux-Gallou sorti pour la première fois chez Gallimard dans la collection « Série Noire ». Pour son vingtième longs-métrages, l'auteur du Monocle Noir et de ses suites se réserve un espace de détente et de liberté dans le village bien réel de Loubressac dans le département du Lot. C'est là-bas que vivent le patron d'une épicerie Julien Michalon, l'instituteur Peloux, Arsène Cahusac l'adjoint au maire ET fossoyeur au cimetière du village, l'agriculteur Adrien Perrolas et Paul Campana, le garagiste. Une bande de copains qui, il faut l'avouer, s'ennuient à mourir à Loubressac où il ne se passe pas grand chose. Mais comme un signe du destin, voilà que vient s'installer dans un champ de la commune, une bande de hippies à la tête de laquelle un américain prénommé Charles semble être le leader. Très vite découragés par Peloux et ses amis, les nouveaux venus déménagent et s'installent ensuite sur les terres d'une comtesse qui voit d'un mauvais œil leur arrivée. Du moins, jusqu'à ce qu'elle apprenne le retour prochain de Gérard Lorrain, un ancien détenu qui vient de passer cinq années derrière les barreaux et qui pourtant, malgré tout ce temps passé à l'ombre, à loué le château de la comtesse. Peu à peu, Julien, Adrien, Arsène et les autres s'attachent à cette communauté qui vit dans d'étranges constructions, contrairement à Lorrain qui dès son arrivée tente de se débarrasser des nouveaux venus installés sur « son » terrain...

Film en totale roue libre, Quelques Messieurs trop Tranquilles est une comédie surréaliste pour laquelle le cinéaste s'est totalement lâché. Le casting y est des plus hétéroclite : Au sommet, on retrouve la toujours fringante Renée Saint-Cyr, tandis qu'au village, Jean Lefebvre, Michel Galabru, Paul Préboist, Henri Guybet et Bruno Pradal se partagent la vedette. Débarquent alors une tribu de onze individus à la tête desquels on retrouve l'acteur américain Charles Southwood. Parmi ses ouailles se présente la toute jeune Miou-Miou dont la carrière n'a débuté que deux ans auparavant mais qui ne sera véritablement lancée qu'à partir de 1974 et son interprétation dans le mythique Les Valseuses de Bertrand Blier.

Que dire si ce n'est que Quelques Messieurs trop Tranquilles est assez ahurissant. Le scénario y semble anarchique, brouillon, Georges Lautner ne semblant jamais véritablement tenir les rennes d'un récit casse-gueule qui tient pourtant on ne sait par quel miracle. Le film mélange pêle-mêle comédie et policier, on y trouve une vieille comtesse un brin acariâtre, un ancien taulard accompagné de ses sbires et de deux sauterelles à bord d'une Cadillac rose, un mort suspendu au beau milieu d'une falaise, un cadavre exhumé et éventré au cimetière, des hippies motorisés vivants dans de curieux igloos, un flic retors et envahissant, et même une intrigue tournant autour du château. André Pousse incarne Gérard Lorrain, cet ancien détenu plutôt antipathique. Quelques Messieurs trop Tranquilles est très certainement l'occasion pour Georges Lautner de faire la critique d'une société rurale pas encore tout à fait prête à accueillir chez elle des chevelus dont la « couleur » tranche radicalement avec celle de ses habitants. Le film a pas mal vieilli et l'on n'en conservera que quelques souvenirs, telle la poursuite entre les hommes de main de Lorrain et Campana le garagiste. Pour le reste, Quelques Messieurs trop Tranquilles est une petite comédie amusante et loufoque dont l'intérêt se sera émoussé avec le temps...
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