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dimanche 6 septembre 2026

Les Diplômés du dernier rang de Christian Gion (1982) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Trois ans avant d'incarner le professeur de lettres Frédéric Game dans la comédie de Patrick Schulmann P.R.O.F.S, l'acteur, compositeur et interprète Patrick Bruel se plaçait de l'autre côté de la barrière en interprétant dans Les Diplômés du dernier rang de Christian Gion l'un des élèves d'une grande école privée de gestion dont les médiocres résultats n'eurent rien à envier à ceux obtenus par ceux du cours privé Louis XIV des Sous-doués réalisé cinq ans auparavant par Claude Zidi. L'intrigue ne situe pas ici son action dans une classe d'école courante mais dans un amphithéâtre sous lequel certains des élèves ont aménagé un salon qui leur permet de tricher aux examens et de passer du bon temps. Ne se concentrant pas uniquement sur leurs études mais aussi et surtout sur leurs nombreux loisirs qu'ils auto-alimentent au grand désarroi du directeur, Marcel (Michel Galabru) et de la psychologue de l'établissement, Dominique (Marie Laforêt), Philippe (Patrick Bruel), Michel (Patrice Minet), Robert (Philippe Manesse) et leurs camarades de classe n'en font qu'à leur tête. Bien qu'étant antérieur aux Sous-doués, cet ancêtre de l'une des plus populaires comédies françaises s'inscrivant dans le contexte de l'enseignement lui est éminemment inférieur. Car si Claude Zidi signa une œuvre qui elle-même ne peut être jugée autrement que comme une bouffonnerie certes parfois très amusante mis surtout devenue culte au fil des années, Les Diplômés du dernier rang n'en est qu'un pâle brouillon, où les gags s'enchaînent à un rythme soutenu tout en ne faisant mouche qu'en de très rares occasions ! La comédie de Christian Gion est donc plus proche d'une nanardise telle que Le bahut va craquer que Michel Nerval tourna en 1981 que du très appréciable P.R.O.F.S dans lequel Patrick Schulmann mettait les professeurs en avant ou du sympathique Diabolo menthe que réalisa Diane Kurys la décennie précédente, en 1977...


Dans la grande tradition des comédies franchouillardes mettant en scène leurs personnages dans des situations particulièrement ubuesques, Les Diplômés du dernier rang ne se départit d'une certaine absurdité, comme lorsque l'on découvre pour la première fois la pièce aménagée sous l'amphithéâtre et où les élèves bronzent, allongés sur des transats ou lorsque certains d'entre eux créent une société du nom de TALC (pour Tarte A La Crème) afin de s'adonner au même ''loisir'' que l'entarteur belge Noël Godin qui vient tout juste de nous quitter à l'âge de quatre-vingt ans... Les comédies de l'époque se passant très souvent le relais, Les Diplômés du dernier rang s'inscrit très exactement entre les comédies des Charlots qui très souvent et à une allure métronomique se jouaient de certaines institutions comme l'armée (ici représentée par Charles Gérard dans le rôle d'un colonel de l'Armée de Terre) et celle qui bien après celle-ci remettront en scène certaines figures du genre comme Michel Galabru qui en 1985 interprétera le rôle du commissaire de police Grasset ! Le réalisateur ET scénariste reprenant peu ou prou le même concept que Michel Lang à l'époque d'À nous les petites Anglaises en transportant les élèves de son école privée en Angleterre où ceux-ci vont devoir participer à un match de Rugby organisé par une équipe anglaise. Mise en scène et scénario étant relativement bordéliques, Les Diplômés du dernier rang ressemble davantage à une succession de sketches souvent mièvres qui permettent pourtant et étonnamment de découvrir au détour de quelques séquences des interprètes que l'on ne s'attendait certainement pas à voir dans ce genre de film. On pense bien évidemment en priorité à l'actrice britannique Catriona MacColl dans le rôle de Lucy, une anglaise qui accueille chez elle nos élèves, jusque dans son lit, et qui avant de se perdre dans cette navrante comédie fut tout de même l'héroïne principale de la Trilogie de la Mort de l'italien Lucio Fulci (Frayeurs, L'au-delà et La maison près du cimetière), trois œuvre extrêmement gores et morbides, ainsi que l'une des plus importantes protagonistes de l'angoissante série télévisée française de science-fiction, Noires sont les galaxies en 1981. Au final, Les Diplômés du dernier rang s'avère assez pathétique et l'on conseillera à celles et ceux qui ne connaissent toujours pas les quelques exemples comparatifs cités plus haut de se tourner d''abord vers ceux-ci plutôt que vers la comédie de Christian Gion...

 

samedi 4 juillet 2026

Cycle Bernard Menez - Le chêne d'Allouville de Serge Pénard (1981) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Au cœur de la bataille qui se joue entre le maire et les adjoints de la commune française d'Allouville, et son curé (autour duquel se sont ligués les villageois), un arbre. Le Chêne d'Allouville. Plus vieux représentant de son espèce, dont l'âge est estimé à 1300 ans, et qui risque de souffrir d'un projet d'élargissement. Une route doit en effet être construite, et passant justement tout prêt de cet ancêtre millénaire, le député Charles Crétois a prévu d'y faire passer ce projet qui divise élus et villageois. Crétois peut compter sur le maire du village auquel il a promit la légion d'honneur. Afin de sauver leur précieux bien, les habitants d'Allouville se réunissent autour du vieil arbre et barricadent le village. Bientôt une compagnie de CRS débarque afin de les en faire déloger...
Voici donc le récit de ce long-métrage réalisé par le cinéaste français Serge Pénard et dans lequel se retrouvent une nouvelle fois Bernard Menez et Henri Guybet qui tournèrent déjà ensemble en 1975 dans Pas de Problème de Georges Lautner et un an après Le Chêne d'Allouville dans Ça va faire mal ! de Jean-François Davy.
Le Chêne d'Allouville n'est pas que le cœur d'une intrigue écrite à quatre mains par Alphonse Boudard et Serge Pénard mais existe réellement. Situé au centre du village d'Allouville-Bellefosse, son âge est estimé entre 800 et 1200 ans. Classé monument historique en 1932, il a été en de multiples occasions le fruit de rénovations consécutives au dégradations perpétrées par le temps et le tourisme.

Concernant l’œuvre de Serge Pénard, il s'agit avant tout d'une petite comédie franchouillarde principalement interprétée par Bernard Menez qui endosse ici l'habit de curé du village. A ses côtés, Jean Lefebvre dans le rôle de son père, Albert Lecourt, Henri Guybet dans celui du frère, ainsi que Pierre Tornade dans le rôle du maire Henri Brainville et Philippe Nicaud dans celui de Charles Crétois, le député. Le Chêne d'Allouville, c'est le combat presque inégal entre les autorités et une poignées d'hommes et de femmes qui vivent par et pour leur terre. Serge Pénard développe l'idée de respect. Envers la nature, l'environnement, et tout ça à travers un village tout entier que le modernisme tente de défigurer. Il décrit avec légèreté et simplicité, des querelles de villages intestines. Bernard Menez , Jean Lefebvre et Henri Guybet campent des paysans forts sympathiques qui ont le naïf sentiment de pouvoir changer l'ordre des choses. D'une certaines manière, le cinéaste se moque ouvertement des autorités ici représentées par la Gendarmerie, la compagnie de CRS et le maire (voir la scène durant laquelle deux CRS urinent devant une grange). Pierre Tornade paraît interpréter le même éternel rôle auquel il nous a souvent habitués. Lui est adjoint le personnage de Roger Dubois, « nerveusement » interprété par l'excellent François Dyrek.

L'aventure, si elle n'est pas vraiment drôle, permet tout de même de passer un agréable moment. Bernard Menez y interprète l'un de ses meilleurs rôles (l'expression demeurant toute relative). Le Chêne d'Allouville mérite mieux que l'étiquette de nanar qu'on lui colle un peu trop facilement...

vendredi 11 juillet 2025

Y'a un os dans la moulinette de Raoul André (1974) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Avec un tel titre, il semblerait que nous soyons en terrain connu... Y'a un os dans la moulinette est donc comme son titre l'indique, une bonne vieille comédie franchouillarde que le monde entier doit très probablement nous envier. Au regard de la production hexagonale actuelle, le long-métrage de Raoul André n'est au final, pas l'anomalie qu'il semble être. Comme d'autres de nos concitoyens qui à l'époque produisirent d'authentiques ''chefs-d’œuvre du genre'' (Les Vacanciers de Michel Gérard demeurant sans doute comme l'un des emblèmes de la comédie franchouillarde), Raoul André fut l'exemple même du cinéaste totalement décomplexé qui avoua notamment son désintérêt pour la Nouvelle Vague ! Ah bon ! Tiens, comme cela est étonnant ! Et pour être tout à fait en accord avec ses dires et pour partager son opinion à ce sujet, mieux vaut mille heures passées devant les pires comédies Z des années soixante-dix qu'un seul quart-d'heure devant Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution de Jean-Luc Godard ! Absente de Y'a un os dans la moulinette, l'égérie de Raoul André Annie Cordy se fait rapidement oublier grâce à la présence de l'actrice Marion Game qui interprète ici le rôle de Flora, épouse du riche industriel Montescourt qui à la mort de sa première femme hérita d'une entreprise de construction d'engins agricoles. Parents d'une Isabelle (Kathy Fraisse) qui préfère poser pour un photographe de charme que d'user ses fonds de culottes sur les bancs d'école, la petite famille vit dans une luxueuse demeure où un certain Gaston (Darry Cowl) expérimente un nouveau prototype de moteur anti-pollution requis par Montescourt. Ce dernier est incarné par Paul Préboist et fait appel à ce qui lui semble être deux détectives privés depuis qu'il reçoit des lettres de menaces lui enjoignant de verser une rançon de cinq-cent mille dollars s'il ne veut pas que soit enlevé son bien le plus précieux. En fait, et comme cela est généralement le cas avec Raoul André, il s'agit d'un quiproquo puisque Émile et Bob qu'interprètent respectivement Michel Galabru et Daniel Prévost sont deux comédiens ratés à la recherche d'un cachet qui leur permettra de payer les factures ! Persuadés tous deux d'avoir été embauchés par Montescourt pour jouer dans un film, lorsqu'ils se rendent compte de leur erreur, il est déjà trop tard. Ils ont en effet dépensé la moitié des trente-mille francs que leur a donné leur nouvel employeur et sont désormais contraints de veiller sur la fille et l'épouse de Montescourt...


Bien que son casting et son statut de comédie franchouillarde puisse faire craindre le pire, Y'a un os dans la moulinette est une excellente porte d'entrée dans le genre. L'un de ses principaux atouts est de se réinventer sans cesse, entre un Darryl Cowl en polytechnicien qui comme à son habitude soliloque et est amoureux de la fille de Montescourts, une Marion Game charmante, souriante, accueillante et parfois tête en l'air (la séquence du supermarché), un Christian Marin en chauffeur au comportement énigmatique, une Anne Libert craquante et qui durant sa carrière tourna beaucoup aux côtés du réalisateur espagnol Jess Franco et œuvra notamment dans le film érotique avant d'incarner ici la secrétaire du châtelain, un Paul Préboist improbable en riche industriel menacé par des inconnus qui en veulent à sa fortune et bien évidemment, le duo Michel Galabru/Daniel Prévost au départ aussi paumé que Daniel Auteuil et Gérard Jugnot dans Pour cent briques t'as plus rien d’Édouard Molinaro. Évidemment, tout cela reste tout de même très léger en matière d'écriture. Y'a un os dans la moulinette n'est peut-être pas le genre de comédie qui permet de rire aux éclats chaque fois qu'un personnage ouvre la bouche mais au moins l'on n'a pas le temps de s'ennuyer. Raoul André semble d'ailleurs tellement s'amuser avec ses interprètes que le film tarde à se clore et part dans des dizaines de directions. Ce que l'on nomme aujourd'hui des ''Twists'' et qui ici prend la forme de révélations au sujet de l'identité du demandeur de rançon (une toute petite séquence lors de laquelle tous les personnages sont endormis à l'aide de fléchettes anesthésiantes prend des airs de Whodunit) ou celle de l'individu qui cherche à mettre la main sur la nouvelle invention de Gaston. Notons tout de même la présence d'Henri Guybet dans le rôle de Roscoff, un collaborateur de Montescourt mais aussi celle, très succincte, d'Ariane Carletti qui sous le pseudonyme d'Ariane André interprète le tout petit rôle d'une camarade de classe d'Isabelle. Deux choses à savoir à son sujet. Tout d'abord, l'actrice est la fille de Raoul André pour lequel elle accepte ici d'apparaître pour la seconde fois dans l'un des longs-métrages de son père un an après avoir joué dans La dernière bourrée à Paris. Et plus important, ceux qui dans les quatre-vingt suivirent les émissions Récré A2 et Club Dorothée la connaissent bien puisqu'il s'agissait de l'une des animatrices connue sous le nom d'Ariane...

 

mardi 4 juillet 2023

Juste Ciel ! de Laurent Tirard (2023) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Juste ciel... pourrions-nous nous écrier devant cette indigence dont le titre est d'autant plus proche du ressentiment qu'évoque son contenu qu'il étonne plus ou moins lorsque l'on remonte le fil de la filmographie de son auteur. Car Laurent Tirard, dont les trois derniers longs-métrages étaient franchement très encourageants au regard d'un cinéma humoristique français périclitant, n'a pas toujours été prompt à signer des comédies de qualité. Sans pour autant penser aux deux premières adaptations du Petit Nicolas de René Goscinny et Jean-Jacques Sempé, Laurent Tirard démontra qu'il était capable du pire en signant le piteux Astérix et Obélix : au service de Sa Majesté en 2012. Après Un homme à la hauteur en 2016, Le retour du héros en 2018 et Le discours en 2020, le réalisateur français nous revient avec une comédie franchouillarde que l'on croirait presque sorti de l'esprit démesurément désuet de Michèle Laroque. Alors que jusqu'à présent Laurent Tirard s'était entouré de Grégoire Vigneron à l'écriture des scénarii de ses précédents films (en dehors du Discours qui reposait à l'origine sur le roman éponyme de Fabrice Caro), il confie celui de Juste ciel ! à Cécile Larripa et Philippe Pinel. Une ''chance'' pour ces deux là qui ne réussissent malheureusement pas à la saisir. Avant cela, d'un côté comme de l'autre, ils ne travaillèrent que sur une poignée de courts-métrages. D'emblée, le nouveau long-métrage de Laurent Tirard ne fait absolument pas mystère de son accointance avec le pire de la comédie hexagonale et s'en va rejoindre non plus la pléthorique liste des purges qui sont produites et réalisées depuis des années sur le sol français mais bien ce que l'on avait coutume d'appeler des ''comédies franchouillardes'' dans le courant des années soixante-dix et quatre-vingt. Consciemment ou pas, Laurent Tirard s'en va rejoindre les Max Pécas, Michel Gérard et autre Philippe Clair du cinéma le plus populaire qui soit, signant une excroissance à ce cinéma que l'on pensait perdu et oublié à tout jamais. Un film quasiment cent pour cent féminin où la masculinité n'est représentée que par Jean-Michel Lahmi qui interprète le Père Abbé et François Morel qui lui, interprète monsieur Pierre. On pourrait aussi évoquer Henri Guybet qui à une certaine époque était l'un des parangons de la comédie franchouillarde de qualité (les second et troisième volets de la trilogie La septième compagnie) mais celui-ci ne fait qu'une courte apparition dans le rôle d'un pensionnaire d'Ehpad. Ce mouroir qui depuis la sinistre affaire Orpea semble vouloir se rappeler au bon souvenir des scénaristes qui depuis exploitent ces lieux de fin de vie où patientent jusqu'à la mort nos anciens (Maison de retraite de Thomas Gilou)...


Le troisième âge étant ''à la mode'', l'on remarquera tout de même qu'il est difficile d'envisager d'exploiter ses représentants ailleurs que dans des productions qui produisent autant de désagréments que cette inconfortable odeur de rance que dégagent les vielles armoires ! Juste ciel ! ne déroge malheureusement pas à cette règle et la présence au générique de Valérie Bonnetion, de Camille Chamoux, de Claire Nadeau (dont les scénaristes exploitent désormais sa capacité à faire silence ou exprimer sa pensée sous forme de borborygmes comme dans le cas de la franchise Les Tuche) ou de Guilaine Londez (l’irrésistible secrétaire de Richard Berry dans Une journée de merde de Miguel Courtois en 1999) dans le rôle de religieuses n'y changera rien et aura même tendance à appuyer là où ça fait mal. Ici, aucune profondeur. On est dans la comédie d'entrée de gamme que l'on trouvera sans doute bientôt à l'entrée des caisses de supermarchés au format DVD pour une poignée d'euros. Pour sauver l'Ehpad du petit village de campagne où Mère Véronique et ses nonnes sont installées, celles-ci décident de participer à une course de cyclisme lors de laquelle le vainqueur remportera la somme de trente-cinq mille euros et une visite à Rome. De quoi satisfaire le rêve de Mère Véronique dont l'objectif est d'y rencontrer le souverain pontife et d'empocher l'argent qui permettrait de rénover l'Ehpad. Malheureusement pour elle et les sœurs Augustine, Bernadette, Béatrice et la stagiaire Gwendoline, une vieille connaissance débarque et s'installe à l'abbaye (le long-métrage a été tourné à celle de Saint-Pierre de Baume-les-Messieurs) afin de participer elle aussi à la course. Rivale depuis des décennies de Mère Véronique, Mère Joséphine (l'actrice danoise Sidse Babett Knudsen) lui a toujours fait de l'ombre. Ce sera cette fois-ci l'occasion pour la première de prendre sa revanche sur la seconde ! À scénario basique, mise en scène basique. Ce qui ne l'est pas en revanche, c'est l'interprétation abusivement théâtrale des principales intéressées qui en font des tonnes. En France comme en Belgique, le film sort sur les écran le 15 février dernier alors qu'il ne méritait sans doute qu'un passage à la télévision. Juste ciel ! est pathétique. Et même si lors de quelques très courtes occasions le film pourra faire sourire, dans sa globalité, le long-métrage de Laurent Tirard indispose. Sa carence en matière de séquences réellement amusantes et son aspect hautement ringard font de son dernier film l'une des pires comédies de cette première moitié de l'année 2023. Difficile donc d'imaginer derrière Juste ciel ! l'auteur du Discours ou du Retour du Héros...


 

jeudi 30 juin 2022

Ils sont fous ces sorciers de Georges Lautner (1978) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Georges Lautner... ce grand, cet immense bonhomme qui se cacha derrière des œuvres aussi fondamentales pour le cinéma dramatique, policier ou comique français que Le septième juré en 1961, Les tontons flingueurs en 1963, Les seins de glace en 1974, Le professionnel en 1981 ou La maison assassinée semble avoir régulièrement cédé au chants des sirènes de la médiocrité. Lui avec lequel ont collaboré, Mireille Darc, Bernard Blier, Paul Meurisse, Lino Ventura, Francis Blanche, Michel Serrault, Louis de Funès, Alain Delon et Jean-Paul Belmondo s'est laissé aller à quelques légèreté en plus de quarante ans de carrière et autant de longs-métrages. Quelques défaillances techniques qu'on ne lui reprochera pas forcément et dont certaines, cependant, ont carrément flirté avec le nanar. Et parmi celles-ci, Ils sont fous ces sorciers dont le titre à lui seul reflète cette folle appréhension que l'on ressent devant une œuvre supposée dégager ce même parfum âcre qu'exhalent les pires comédies franchouillardes des années soixante-dix. Mais si, vous savez, celles qui commettaient toutes l'erreur d'inviter sur leurs plateaux de tournage les mêmes figures d'un cinéma irrémédiablement rance dont on ne peut encore aujourd'hui goûter la saveur si particulière qu'après quelques verres dans le nez : Alice Sapritch, Patrick Prejean, Sim, Paul Préboist, Henri Tisot, Luis Rego, Jacky Sardou et j'en oublie beaucoup volontairement... Encarté entre un Delon (Mort d'un pourri en 1977) et trois Belmondo (Flic ou Voyou en 1978, Le guignolo en 1980 et Le professionnel l'année suivante), Ils sont fous ces sorciers met en scène Jean Lefebvre, Henry Guybet, Renée Saint-Cyr, Daniel Ceccaldi, Catherine Lachens et l'inénarrable Julien Guiomar dans une comédie dont les dialogues sont aussi légers que la mise en scène et l'interprétation. Une comédie presque... fantastique puisque les deux héros de ce récit, Julien Picard et Henri Berger, se retrouvent à l'île Maurice. L'un pour le travail, l'autre pour son plaisir. Alors que les deux hommes se lient d'amitié et finissent ensemble un soir accoudés au zinc d'un bar en compagnie de Marie-Louise Précy-Lamont (Renée Saint-Cyr), une envie pressente d'uriner les pousse à s’exécuter au plus vite mais les deux hommes ne s'aperçoivent pas qu'ils sont en train de se soulager au pied d'un Totem ! Furieux, les dieux lancent alors sur Julien et Henri une malédiction qui les poursuivra jusqu'à leur retour dans la métropole...


Toute l'absurdité du propos délivre alors son message à base de phénomènes inexplicables. Julien ne renvoie plus aucun reflet dans les miroirs et un poil long et dru lui pousse sur tout le corps quand vient la nuit. Henri, lui, n'est pas mieux loti puisque au même moment, ce sont deux énormes crocs qui surgissent d'entre ses lèvres. Les deux hommes ont deux points en communs. Il n'apparaissent plus sur les photos et peuvent communiquer à distance par transmission de pensée. Ne manquerait plus au tableau qu'Aldo Maccione débarque au beau milieu du récit, histoire de boucler cette bouffonnerie sans queue ni tête. Sans réel scénario non plus puisque dès lors nous n'aurons plus droit qu'à une succession de phénomènes parmi lesquels, un Henry Guybet lévitant à l'horizontale et un Jean Lefebvre à la verticale. Accompagné de ses fameux éclats de rire, Henry Guybet parvient sans mal à communiquer sa joie de vivre. Heureusement car il n'y a là, pas matière à s'esclaffer autrement que par dépit. Albert Kantoff n'étant pas Michel Audiard, on se contente de dialogues superflus, revus à la baisse et indignes du cinéma de Georges Lautner. Ce qui sauve peut-être le film du naufrage tient moins de l'expression désabusée de Jean Lefebvre et les interminables séances de rires de Henry Guybet que les présences de Renée Saint-Cyr, Catherine Lachens (allez savoir pourquoi mais cette actrice m'a toujours foutu le trouillomètre à zéro) ainsi que celle de Julien Guilomar, cet immense et indispensable second rôle du cinéma français qui nous régala notamment dans les rôles de Jacques Tricatel dans L'aile ou la cuisse et Le commissaire Bloret dans Les ripoux, tout deux réalisés par Claude Zidi ou dans celui de Camille dans L'incorrigible de Philippe de Broca. Des rôles taillés à sa mesure. Dans Ils sont fous ces sorciers, aussi stupide que puisse apparaître la dernière partie, voir celui qui incarne le patron de Jean Lefebvre se plier en quatre pour son subalterne à tout de même quelque chose d'irrésistiblement savoureux. Pour le reste, on a vraiment l'impression que Georges Lautner a tout entreprit pour saborder le projet. Jusqu'à même faire appel au pourtant talentueux Philippe Sarde pour la musique, lequel signe une bande originale nanardesque...

 

vendredi 15 mars 2019

Quelques Messieurs trop Tranquilles de Georges Lautner (1972) - ★★★★★★☆☆☆☆



En 1972, Georges Lautner réalise Quelques Messieurs trop Tranquilles adapté du roman La nuit des grands chiens malades d'Alain Dreux-Gallou sorti pour la première fois chez Gallimard dans la collection « Série Noire ». Pour son vingtième longs-métrages, l'auteur du Monocle Noir et de ses suites se réserve un espace de détente et de liberté dans le village bien réel de Loubressac dans le département du Lot. C'est là-bas que vivent le patron d'une épicerie Julien Michalon, l'instituteur Peloux, Arsène Cahusac l'adjoint au maire ET fossoyeur au cimetière du village, l'agriculteur Adrien Perrolas et Paul Campana, le garagiste. Une bande de copains qui, il faut l'avouer, s'ennuient à mourir à Loubressac où il ne se passe pas grand chose. Mais comme un signe du destin, voilà que vient s'installer dans un champ de la commune, une bande de hippies à la tête de laquelle un américain prénommé Charles semble être le leader. Très vite découragés par Peloux et ses amis, les nouveaux venus déménagent et s'installent ensuite sur les terres d'une comtesse qui voit d'un mauvais œil leur arrivée. Du moins, jusqu'à ce qu'elle apprenne le retour prochain de Gérard Lorrain, un ancien détenu qui vient de passer cinq années derrière les barreaux et qui pourtant, malgré tout ce temps passé à l'ombre, à loué le château de la comtesse. Peu à peu, Julien, Adrien, Arsène et les autres s'attachent à cette communauté qui vit dans d'étranges constructions, contrairement à Lorrain qui dès son arrivée tente de se débarrasser des nouveaux venus installés sur « son » terrain...

Film en totale roue libre, Quelques Messieurs trop Tranquilles est une comédie surréaliste pour laquelle le cinéaste s'est totalement lâché. Le casting y est des plus hétéroclite : Au sommet, on retrouve la toujours fringante Renée Saint-Cyr, tandis qu'au village, Jean Lefebvre, Michel Galabru, Paul Préboist, Henri Guybet et Bruno Pradal se partagent la vedette. Débarquent alors une tribu de onze individus à la tête desquels on retrouve l'acteur américain Charles Southwood. Parmi ses ouailles se présente la toute jeune Miou-Miou dont la carrière n'a débuté que deux ans auparavant mais qui ne sera véritablement lancée qu'à partir de 1974 et son interprétation dans le mythique Les Valseuses de Bertrand Blier.

Que dire si ce n'est que Quelques Messieurs trop Tranquilles est assez ahurissant. Le scénario y semble anarchique, brouillon, Georges Lautner ne semblant jamais véritablement tenir les rennes d'un récit casse-gueule qui tient pourtant on ne sait par quel miracle. Le film mélange pêle-mêle comédie et policier, on y trouve une vieille comtesse un brin acariâtre, un ancien taulard accompagné de ses sbires et de deux sauterelles à bord d'une Cadillac rose, un mort suspendu au beau milieu d'une falaise, un cadavre exhumé et éventré au cimetière, des hippies motorisés vivants dans de curieux igloos, un flic retors et envahissant, et même une intrigue tournant autour du château. André Pousse incarne Gérard Lorrain, cet ancien détenu plutôt antipathique. Quelques Messieurs trop Tranquilles est très certainement l'occasion pour Georges Lautner de faire la critique d'une société rurale pas encore tout à fait prête à accueillir chez elle des chevelus dont la « couleur » tranche radicalement avec celle de ses habitants. Le film a pas mal vieilli et l'on n'en conservera que quelques souvenirs, telle la poursuite entre les hommes de main de Lorrain et Campana le garagiste. Pour le reste, Quelques Messieurs trop Tranquilles est une petite comédie amusante et loufoque dont l'intérêt se sera émoussé avec le temps...

jeudi 4 octobre 2018

Je vais Mieux de Jean-Pierre Améris (2017) - ★★★★★★☆☆☆☆



Les dépressifs et les hypocondriaques, ça n'est pas nouveau au cinéma. Souvent traités sous le mode de la comédie, on a pu en découvrir certains cas dans Ça se Soigne ? de Laurent Chouchan en 2007, Une Petite Zone de Turbulences d'Alfred Lot deux ans plus tard, ou encore Supercondriaque de (et avec) Dany Boon en 2014. L'année dernière, c'était au tour du réalisateur Jean-Pierre Améris (Les Émotifs Anonymes) d'aborder le sujet avec Je Vais Mieux, l'histoire de Laurent, qui du jour au lendemain se retrouve avec un mal de dos tenace et très handicapant. Cet architecte d'une cinquantaine d'années incarné par l'acteur Eric Elmosnino (Gainsbourg (Vie Héroïque), Le Cœur des Hommes 3) a beau consulter un médecin généraliste, un kinésithérapeute, passer des radios et un scanner ou louer les services d'une magnétiseuse, rien n'y fait car dans le cas de Laurent, tout est dans la tête. Il faut dire que le quotidien de cet employé d'une maison d'architecte de prestige n'est pas des plus facile: son supérieur direct le harcèle sans cesse depuis des semaines, il risque le licenciement après avoir agressé ce dernier, et Élise (Judith El Zein que l'on a notamment pu voir dans Le Prénom) s'apprête à lui annoncer qu'elle désire divorcer. Heureusement Laurent peut compter sur le soutien de son ami dentiste Édouard (Ary Abittan, qui partageait déjà la vedette avec Eric Elmosnino dans Hôtel Normandy de Charles Nemes en 2013) et de sa compagne Sylvie (Valérie Decobert, Caméra Café). C'est pourtant sa rencontre avec Pauline (Alice Pol, Joséphine, Raid Dingue) et un projet de passerelle dans une petite ville de Seine Saint Denis qui vont donner un tournant significatif à l'existence de Laurent...

Petite comédie sympathique, Je Vais Mieux repose essentiellement sur le jeu désabusé d'Eric Elmosnino qui en fait des tonnes dans le registre de la comédie burlesque. Adapté du roman éponyme écrit en 2013 par le romancier français David Foenkinos (dont la ressemblance avec l'un des seconds rôles incarné par l'acteur d'origine russe Sacha Bourdo est troublante), le long-métrage de Jan-Pierre Améris est davantage une succession de sketchs qu'une œuvre au récit linéaire. Car en effet, en multipliant les séquences n'ayant que comme unique fil conducteur le personnage central, Je Vais Mieux peut se voir comme un film à sketch dont chaque segment est relié par cet unique personnage dont le mal de dos accapare toutes les pensées. Malgré un casting brillant (auquel il faudra ajouter les participations de Lise Lamérite et Henri Guybet dans le rôle des parents de Laurent), et la sympathie qui émane d'une grande partie des scènes, Je Vais Mieux souffre de n'avoir pas été traité plus en profondeur. L'idylle entre le héros et Pauline se révèle en effet assez plate, tout comme les rapports qu'il entretient avec Élise. La plupart des interprètes (et donc des personnages) sont délaissés au profit du personnage principal et l'on aurait sans doute aimé que plus de dimension soit apportée aux personnages incarnés par Ary Abittan ou Judith El Zein, et ce, même si Jean-Pierre Améris leur accorde tout de même quelques séquences. Pas toujours très drôle, le film traîne quelques scènes casse-gueules comme la pseudo-engueulade réconciliatrice entre Laurent et Élise, celle qui oppose Eric Elmosnino et Valérie Decobert alors en pleine séance d'adultère ou encore un final loin d'être aussi touchant qu'il aurait dû. Pourtant, Je Vais Mieux n'est pas un désastre. Loin de là. Il s'y dégage une bonne humeur. Celle pourtant très peu communicative de son héros et de ceux qui l'entourent. A noter la participation de François Berléand dans le rôle du patron de Laurent, auquel le cinéaste a accordé un rôle plutôt intéressant. Au final, le film de Jean-Pierre Améris se laisse voir sans déplaisir mais ne sera pas celui qui réconciliera définitivement le public français avec une Comédie se révélant moribonde depuis quelques années au cinéma...

lundi 10 septembre 2018

Les Vieux Fourneaux de Christophe Duthuron (2018) - ★★★★★★★★☆☆




Lorsque l'on entre dans une salle de cinéma, c'est dans la nature humaine de choisir un film en fonction du nom du réalisateur, des interprètes, ou bien même de l'histoire. Concernant Les Vieux Fourneaux (inspiré de la bande dessinée franco-belge du même nom de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet), il devient très vite évident que le choix du spectateur s'est tout d'abord porté sur le noms des acteurs. Et même si le récit tourne autour de trois vieux compagnons, le spectateur pourra élargir son champ d'intérêt non pas seulement autour de Pierre Richard, d'Eddy Mitchell ou de Roland Girault, mais également de Myriam Boyer et de Henri Guybet. L’œuvre de Christophe Duthuron, dont il s'agit ici de la première réalisation pour le grand écran, même s'il est avant tout centré sur ses trois principaux personnages, peut être vu comme un hommage à une partie de la vieille garde du cinéma français à une époque où le jeunisme est roi. Lequel sera ici uniquement incarné par l'actrice Alice Pol qui dans le cadre, se fond plutôt bien. Ici, il ne faudra chercher d'originalité que dans la réunion de trois acteurs qui n'avaient jamais joué ensemble. Car tout commence comme dans bon nombre de longs-métrages.
Un enterrement. Celui de Lucette, épouse d'Antoine. C'est l'occasion ou jamais pour Mimile et Pierrot de retrouver celui qu'il avaient perdu de vue depuis des années. L'occasion également de sortir Mimile de sa maison de retraite et d'écarter pour un moment le réactionnaire Pierrot de sa routine de délinquant à la petite semaine s'en prenant au système en bouchant notamment les serrures des institutions capitalistes !


Malgré l'âge de ses interprètes, Les Vieux Fourneaux est un souffle d'air relativement frais qui ne fait pas l'impasse sur une catégorie des spectateurs en ne visant que les plus jeunes d'entre eux. La preuve que même les anciens ont encore des choses à raconter même s'ils n'ont plus rien à prouver depuis longtemps. A commencer par Pierre Richard qui retrouve le personnage qu'il se façonna durant le courant des années soixante-dix. Celui du Distrait, de Je sais rien, Mais je dirai Tout... un doux rêveur. Un gaffeur. Mais réactionnaire avant tout, n'hésitant jamais à dire ce qu'il pense des institutions, surtout lorsqu'il s'agit des politiques, de l'Armée, ou de l’Église. Le cheveu fou, le regard myope, et cette éternelle capacité à s'agiter comme si les années n'avaient pas de prise sur lui, il mène la danse avec brio, nous replongeant très loin en arrière. Le Pierre Richard que l'on aime et qui s'était peut-être un peu effacé au bénéfice d'une interprétation non moins excellente (le superbe Un Profil pour Deux de Stéphane Robelin).

A ses côtés, Eddy Mitchell. Le chanteur. L'acteur, surtout. Qui oserait oublier le Nono de Coup de Torchon de Bertrand Tavernier, Albert Grelleau de La Totale de Claude Zidi, Gérard Tilier, de Le Bonheur est dans le Prè d’Étienne Chatiliez, ou encore (oserais-je), Frank du cultissime nanar Frankenstein 90 d'Alain Jessua ? Mais aussi, qui a vraiment envie de se rappeler du navrant L'Oncle Charles, signé lui aussi par Étienne Chatiliez ? Ici, il incarne le personnage de Mimile, un individu que l'on considérerait presque d'anecdotique en comparaison de ses deux compagnons, certains critiques ayant fait l'amalgame entre son interprétation forcément moins volubile que celle de Pierre Richard ou Roland Girault, et la mollesse de son personnage. Une évidence pourtant si l'on considère qu'Eddy Mitchell y incarne un personnage ayant moins bien vieilli que ses deux comparses.


 Et puis, en face de ces deux excellents interprètes, Roland Girault. Le Pierre de Trois Hommes et un Couffin de Coline Serreau, ou le personnage principal de La Vie dissolue de Gérard Floque de Georges Lautner pour ne citer que ces seuls exemples. Un acteur rare. N'apparaissant plus que très ponctuellement sur grand écran.

Les Vieux Fourneaux n'est pas qu'un prétexte pour réunir ces trois monolithes du septième art. C'est également l'occasion pour Christophe Duthuron de nous offrir une comédie émouvante, et surtout largement plus poétique que celles dont nous abreuve un cinéma français qui en la matière s’appauvrit dangereusement depuis quelques années malgré quelques coups d'éclats (Tout le Monde Debout de et avec Franck Dubosc, Le retour du Héros de Laurent Tirard tous deux sortis cette année). Le cinéaste possède cette capacité d'offrir aux spectateurs, autant d'occasions de rire que de verser des larmes. Et c'est là, alors, que le scénario entre en jeu. Car ce qui n'aurait pu être qu'un road movie pour club du troisième âge se transforme en un conte magnifiquement mis en images (quelques merveilleux effets visuels accompagnent le sujet), et surtout interprété par quelques seconds rôles au moins aussi importants que les trois cités plus haut. Henri Guybet, dans la peau de Garan-Servier, un drôle de personnage libidineux, sénile, mais ô combien attachant. Puis celle que l'on regrettera de n'avoir pas vu plus longtemps à l'écran : l'actrice Myriam Boyer, qui dans le rôle de Berthe, portera en partie sur ses épaules la douloureuse responsabilité d'une tragédie qui aura marqué tout un village avant d'émouvoir une salle de cinéma toute entière... Un petit bijou de tendresse où le rire et l'émotion se mêlent merveilleusement bien...



samedi 4 août 2018

La Moutarde me Monte au Nez de Claude Zidi (1974) - ★★★★★★★☆☆☆



La Moutarde me Monte au Nez de claude Zidi est la première des deux comédies qui réunirent le cinéaste ainsi que Pierre Richard et Jane Birkin sur grand écran en 1974, puis l'année suivante avec La Course à l'Échalote. Un diptyque culinaire ? Non, car contrairement aux titre de ces deux classiques de la comédie françaises tout d'abord incarnées par l'un des deux plus grands comiques de l'époque (l'autre demeurant Louis de Funès), le sujet de ce premier long-métrage dont certaines séquences furent tournées au collège Mignet ainsi qu'au lycée du Sacré Cœur à Aix-en-Provence tourne autour du professeur de mathématiques Pierre Dubois, fiancé à la prof de sport Danielle (l'actrice Danielle Minazzoli), lequel va se retrouver dans une histoire rocambolesque à laquelle participera également bien malgré elle l'actrice anglaise Jackie Logan. Connu pour ses capacités de correcteur, trois élèves vont faire à leur professeur de mathématiques une mauvaise plaisanterie en permutant trois dossiers de plus ou moins grande importance. Ce qui va entraîner Pierre Dubois et l'actrice Jackie Logan dans des mésaventures dont ils se seraient bien passés...

Sur un scénario écrit en collaboration avec Michel Fabre, Claude Zidi propose une comédie légère qui tient surtout sur l'épatant duo constitué par les deux principaux interprètes après avoir tourné ses quatre premiers longs-métrages aux côtés des fameux Charlots. Le quartet abandonné, c'est coup sur coup deux longs-métrages qu'il signe en compagnie de Jane Birkin et Pierre Richard. La première a déjà prouvé sa valeur d'interprète depuis de nombreuses années puisqu'on a déjà notamment pu la découvrir dans le Blow-Up de Michelangelo Antonioni, dans La Piscine de Jacques Deray, et qu'elle irait bientôt se frotter à Jacques Ruffio (Sept Morts sur Ordonnance), John Guillermin (Mort sur le Nil) ou encore Patrice Leconte (Circulez y'a rien à Voir). Pour cette première incartade dans le cinéma de Claude Zidi, la chanteuse et actrice d'origine britannique incarne Jackie Logan, actrice elle-même, sur le tournage d'un western réalisé par Claudio, un irrésistible metteur en scène interprété par l'acteur et réalisateur italien Vittorio Caprioli. Pierre Richard est quant à lui ce petit professeur de mathématiques un brin maladroit, fiancé à la prof de sport donc, et fils du Docteur Hubert Durois, admirablement incarné par le drôlissime Claude Piéplu. Pierre est également l'ami de Patrick, lui, campé par Henri Guybet, un personnage lui-même neveu d'Albert Renaudin, le directeur d'un journal savoureusement interprété par le toujours excellent Julien Guiomar. Au détour d'une route, le spectateur aura en outre l'occasion de découvrir le comédien et humoriste Jean-Marie Proslier dans la peau d'un automobiliste homosexuel affublé d'une chevelure bleue !!!

Jane Birkin et Pierre Richard sont excellents et forment un duo relativement attachant. La bande-son du film est assurée par l'un des plus grands compositeurs de musiques de films de l'époque, le violoniste et chef-d'orchestre français d'origine roumaine, Vladimir Cosma. Produit par Christian Fechner qui n'est autre que le frère du Charlot Jean-Guy Fechner, on peut entendre Pierre Richard lui faire un clin d’œil lorsque son personnage demande à l'une de ses élèves portant le même nom de venir au tableau. Comme à son habitude, l'acteur français saute dans tous les sens avec un sens du burlesque qui n'appartient qu'à lui. Jane Birkin n'est pas en reste puisqu'on la voit mettre à mal une bonne quinzaine de cow-boys lors du tournage d'une scène d'action située dans un saloon. La Moutarde me Monte au Nez est le prétexte à un amoncellement de quiproquos, et plus étonnant, à une nouvelle relation entre Pierre et Jackie. Quarante-quatre ans après sa sortie, le film de Claude Zidi demeure toujours plaisant à redécouvrir. L'une des meilleures comédies sorties en cette année 1974...

mercredi 27 juin 2018

La Septième Compagnie au Clair de Lune de Robert Lamoureux (1977) - ★★★★★★★☆☆☆



Avec La Septième Compagnie au Clair de Lune, l'acteur-réalisateur Robert Lamoureux signait non seulement le troisième et dernier volet de la saga La Septième Compagnie, mais également son septième (!?!) et dernier long-métrage en tant que cinéaste. Désormais, la guerre semble belle et bien terminée pour Pithivier, Tassin et Chaudard. Dans une France occupée par l'envahisseur nazi, chacun a repris ses habitudes. Et notamment l'ancien 'sergent-chef' qui depuis sa démobilisation s'en est retourné auprès de son épouse et de leur quincaillerie. Laquelle, à ce propos, semble avoir été la victime d'un très important glissement de terrain entre les premier et derniers volets de la saga puisque jusqu'à présent, le magasin des Chaudard était situé à Vesoul tandis qu'il semble désormais à plus de trois-cent kilomètres au sud de la préfecture du département de la Haute-Saône. Cette petite erreur géographique n'ayant pas d'incidence particulière sur le déroulement du récit, poursuivons.
Nous sommes donc en 1942, et nous découvrons enfin l'épouse de Paul (anciennement Louis) Chaudard, prénommée Suzanne (anciennement Paulette). Pas très sérieux tout ça, mais continuons. Lorsque réapparaissent Pithivier et Tassin dans la vie de Chaudard, cela fait deux ans que les trois compagnons de guerre ne se sont pas vus. Et c'est exactement à cet instant précis de leurs retrouvailles que débarque dans la cave du couple de quincailliers, le commandant Gilles, l'un des chefs de fil de la résistance. Si Suzanne est au courant, son époux, lui, ignore tout des manigances de sa femme et de son beau-frère Gaston Gorgeton. Il faut dire que Paul ne bénéficie pas vraiment de la sympathie et de la confiance de ce dernier qui, aidé de sa sœur, préfère taire son appartenance à la résistance.
Pourtant, un soir, tout va changer pour nos trois valeureux retraités de l'armée française. Alors qu'ils sont partis chasser le lapin, des circonstances vont les mener sur la route de la résistance. Au point même d'être par erreur, reconnus comme les principaux membres du réseau de résistance 'Attila'...

« Lutter contre les forces judéo-maçonniques »

Avec ce troisième volet, Robert Lamoureux parvient à relancer l'intérêt d'un récit qui aurait autrement pu s’essouffler à force de redondance. C'est ainsi qu'il fait quasiment table rase sur le passé. D'ailleurs, du casting original, le cinéaste ne convoque désormais plus que le trio incarné par Pierre Mondy, Jean Lefebvre et Henri Guybet depuis le second épisode (Aldo Maccione ayant abandonné le rôle de Tassin à l'issue du premier volet). Pierre Tornade et les autres habitués ayant disparu, il fallait bien engager de nouvelles têtes. C'est ainsi que l'on retrouve parmi les interprètes, Patricia Karim dans le rôle de Suzanne, Gérard Jugnot dans celui de Gaston Gorgeton, mais également André Pousse dans le rôle du chef de la milice Lambert aux ordres duquel on retrouve Jean-François Derec dans la peau d'un milicien. A ce propos, il est bon à savoir que la gifle que reçoit ce dernier un peu après la neuvième minutes de la main même d'André Pousse n'était pas feinte. En effet, las de répéter la même scène, celui-ci frappa réellement un Jean-François Derec qui, preuve à l'appui, ne s'y attendait certainement pas.

La Septième Compagnie au Clair de Lune, c'est l'occasion une fois encore de retrouver nos trois héros dans des situations toujours plus rocambolesques. Fini les uniformes d'officiers ou de soldats allemands. Il 'incarnent' ni plus ni moins que trois des têtes pensantes de la résistance locale. D'ailleurs, l'une des scènes demeurant sans doute parmi les plus irrésistiblement drôles se situe tout d'abord dans un café-restaurant dont le patron vante auprès de Suzanne et Georges, les 'exploits' de Chaudard et de ses deux amis. Une séquence précédent un plan durant lequel ces derniers sont étendus au sol, hagards, et en tout cas très éloignés de l'image élogieuse faite quelques secondes auparavant en leur faveur. Autre participation savoureuse : celle de Jean Carmet qui dans le rôle du passeur est tout bonnement irrésistible. Bien que demeurant de qualité quasiment égale aux deux volets précédents, La Septième Compagnie au Clair de Lune ne rencontrera malheureusement pas le même succès avec moitié moins de spectateurs dans les salles. Une chute de fréquence qui sans doute reflétait une certaine lassitude pour nos héros. Il était donc temps d'en finir même si très secrètement, l’éventualité d'un quatrième opus aurait sans doute réjouit les fans de la saga...

mardi 26 juin 2018

On a Retrouvé la Septième Compagnie de Robert Lamoureux (1975) - ★★★★★★★☆☆☆



Suite du Franchouillard Mais où est Passée la Septième Compagnie, On a Retrouvé la Septième Compagnie demeure dans le même esprit. Ce prolongement aux aventures des soldats Pithivier, Tassin et du sergent-chef Chaudard est antinomiquement parlant, léger, et lourd(ingue) à la fois. Pourtant, loin d'être aussi péjoratifs qu'ils paraissent être, ces termes n'en font cependant pas une œuvre aussi désespérément vide et assommante que beaucoup de longs-métrages humoristiques de leur époque faisant intervenir notre belle, grande, et valeureuse armée française (voir la série de nanars réalisés par Philippe Clair dans le courant des années soixante-dix). S'il y a pitrerie de la part des interprètes, elles demeurent toute de même assez éloignées des affligeantes répliques vues ça et là dans ces pseudo-comédies, tellement ringardes qu'elles finissent de nous donner le bourdon. Le scénariste, acteur et réalisateur Robert Lamoureux respectant suffisamment ses interprètes et le public, On a Retrouvé la Septième Compagnie se situe entre le pas tout à fait accablant, et le tout de même satisfaisant. Pas assez bien écrit pour pouvoir prétendre être un chef-d’œuvre, mais n'offrant pas des dialogues trop grotesques non plus, le second volet de la Septième Compagnie est devenu au fil du temps, comme l'est également son prédécesseur, une œuvre culte.
Le genre de comédie à réunir une famille toute entière devant son poste de télévision, un dimanche soir de forte canicule ou de froid de canard.


« Le fil vert sur le bouton vert, le fil rouge sur le bouton rouge... »


Désormais, absent de la séquelle, évoquant l'étroitesse du cachet proposé, et par conséquent, ne voulant pas barboter dans une eau en dessous des dix degré, l'acteur Aldo Maccione est remplacé par Henri Guybet. Fondateur du Café de la Gare aux côtés de Romain Bouteille, Coluche ou encore Miou-Miou et Patrick Dewaere, c'est donc lui qui reprend le rôle de Tassin aux côtés de Jean Lefebvre qui continue à endosser celui de Pithivier et Pierre Mondy qui incarne le sergent-chef Chaudard. Tout ce que l'on pourra reprocher à celle suite, c'est d'être arrivée juste après Mais où est Passée la Septième Compagnie. Rien d'inédit donc, mais au regard des péripéties que vont vivre nos trois valeureux militaires d'une aventure que le cinéaste aurait tout aussi bien pu intituler 'Héros malgré eux', ou encore 'Les pieds nickelés de l'évasion', nous demeurons dans la même veine. Des gaudrioles pas très fines mais offertes si généreusement par leurs interprètes que l'on passe un très agréable moment en leur compagnie. Peu avare en situations comiques, ces nouvelles aventures sont l'occasion pour nos deux soldats et leur 'chef' de se balader une fois de plus dans la France profonde. 
Outre l'armée allemande dont il parviendront à se libérer à plusieurs reprises après avoir été fait prisonniers, Chaudard et ses deux hommes vont croiser à nouveau la route de leur compagnie (la septième donc), et ainsi passer pour de véritables héros. Se retrouver dans cette eau qui poussa en partie Aldo Maccionne à refuser de reprendre le rôle de Tassin. Ou encore croiser la route de la gueularde et acariâtre Mère Crouzy (Jackie Sardou). Le spectateur lui, se souviendra longtemps de certains passages devenus cultes au fil des années : Comme Robert Lamoureux incarnant le Colonel Blanchet, chargé de faire sauter plusieurs ponts à l'aide d'explosifs, Chaudard, Tassin et Pithivier troquant leur uniforme de soldats et de sous-officier contre celui d'officiers, et plus plus tard de soldats allemands, l'évasion du château, ou encore l’inénarrable séquence durant laquelle les excellents Pierre Tornade dans le rôle du Capitaine Dumont et Jean Rougerie dans celui du général allemand partagent une partie d'échecs.


"Si j'connaissais l'con qu'a fait sauter l'pont !"


S'il en reste sans doute encore pour considérer que la disparition d'Aldo Maccione au générique ne permet pas à On a Retrouvé la Septième Compagnie de se hisser à la hauteur du premier volet, c'est mal évaluer la performance d'Heni Guybet qui dans l'humour n'a rien à envier à l'acteur italien. On pourra préferer le rire hautement communicatif de ce dernier, mais en terme d'interprétation, les deux se valent très largement. Une bonne partie du film a été tournée dans le Val-d'Oise, sur la rive droit de l'Oise à Jouy-le-Moutier, ainsi que près de Paris, à Cormeilles-en-Parisis, mais surtout au Château de Vigny, dans la commune éponyme, toujours dans le Val-d'Oise. Le casting et l'équipe technique se sont également déplacés en région Normandie. A Gasny plus précisément pour la scène de la rivière, ainsi qu'à Villars-Santenoge en Haute-Marne pour la scène finale située le long d'une voie de chemin de fer. Le plaisir de suivre les mésaventures du trio est un plaisir constant que l'on prend toujours autant de plaisir à revivre. Après un volet réalisé en 1974 et cette suite l'année suivante, Robert Lamoureux allait mettre un terme aux aventures de Tassin, Pithivier, Chaudard et de leur compagnie en 1977 avec : La Septième Compagnie au clair de lune...


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