Je me souviens encore très bien des quelques remarques qui me furent
faites au sujet de La vénus à la fourrure
de Roman Polanski. L'on jugeait moins des indéniables qualités de
la mise en scène que du très mauvais jeu supposé de sa principale
interprète Emmanuelle Seigner. Jugement hâtif ? Sans aucun
doute, mais de ma part, aussi, probablement, un manque cruel
d'objectivité puisque j'aime beaucoup celle qui me fit notamment
vibrer en 1992 lorsqu'elle interpréta le rôle de Mimi dans Lunes
de fiel,
toujours signé de son époux, le cinéaste franco-polonais Roman
Polanski... Tout risque d'être déjà nettement plus complexe que
jamais s'agissant de D'après une Histoire Vraie
que le couple tourna ensemble quatre ans plus tard après La
vénus à la fourrure.
Adaptation sur grand écran du roman éponyme de Delphine de Vigan à
côté duquel j'eus visiblement la chance de passer si l'on en croit
celles et ceux qui le comparent à sa transposition au cinéma, c'est
donc l’œil non averti, l'esprit vierge et détaché de toute
comparaison que je me suis lancé dans cette drôle d'histoire
tournant autour de deux personnages féminins. À commencer par
Delphine qu'interprète Emmanuelle Seigner et dont le prénom fait
directement référence à la romancière à l'origine de l'ouvrage
sorti en 2015. Car le roman D'après
une Histoire Vraie
de Delphine de Vigan s'inspire en effet en partie de sa propre
existence. Du succès rencontré par un livre très intime dans
lequel elle évoquait sa mère. Une œuvre qui provoqua diverses
réactions de la part du public et de la critique qui occasionnèrent
chez elle un véritable blocage créatif. De cette expérience
personnelle, Delphine de Vigan tira donc un roman dans lequel elle
détourna quelque peu le sujet pour le transformer en un thriller
psychologique intense qui malgré certains avis me semble être
parfaitement retranscrit à l'écran. Face à Emmanuelle Seigner,
Roman Polanski lui impose la présence de l'actrice Eva
Green. Une interprète dont on pourrait plus ou moins juger sa
carrière comme étant exemplaire puisqu'elle ne se cantonne pas au
cinéma hexagonal mais s'est vue notamment offrir l'opportunité de
jouer pour Michael Haneke, Bernardo Bertolucci, Ridley Scott, Tim
Burton ou encore Gregg Araki. Dans D'après
une Histoire Vraie,
Eva Green incarne le personnage de L. Jeune femme énigmatique et
fascinée par Delphine, celle-ci s'immisce rapidement dans
l'existence de la romancière qui depuis le succès de son premier
roman est devenue incapable d'écrire la moindre ligne...
Au
départ, tout va bien. L tente d'aider Delphine à se relancer dans
l'écriture, l'aide à faire le ménage dans sa vie sociale, répond
aux mails qu'elle reçoit à sa place et vient même s'installer dans
son appartement après qu'elle ait apprit que son propriétaire
allait la jeter dehors... Pourtant, peu à peu, la jeune femme se
montre un peu trop entreprenante, prenant ainsi des décisions à la
place de Delphine et sans même lui en parler. L resserre ainsi son
étau autour de la romancière jusqu'à la manipuler et usurper son
identité... Roman Polanski renoue ici avec l'une des facettes les
plus fascinantes de son cinéma. Et si D'après
une Histoire Vraie
n'entretient aucun lien narratif avec la trilogie des appartements
constituée de Répulsion,
de Rosemary's Baby
et du Locataire,
il est clair que d'un point de vue psychologique, le personnage de
Delphine rejoint ceux de Carol Ledoux, de Rosemary Woodhouse et de
Trelkovsky dont l'esprit va dériver au cœur d'un récit mêlant
délire et réalité. La différence entre D'après
une Histoire Vraie
et la trilogie étant qu'ici, l'entourage proche de l'héroïne n'est
pas directement lié aux événements mais n'est que la conséquence
des rapports qu'elle entretient avec cette nouvelle venue
objectivement envahissante qu'Eva Green interprète avec tant
''d'intensité'' que l'on voit arriver le personnage mille lieues à
la ronde ! Là où Roman Polanski cultive le mystère quant à
l'existence réelle ou non du personnage de L se situe dans le
dispositif qu'il met en place en évitant systématiquement de mettre
la jeune femme en présence d'autres personnage que celui de
Delphine. Ici, L agit comme un véritable poison dans l'existence de
la romancière. Au sens propre comme au figuré d'ailleurs. Roman
Polanski fait monter la pression et ce qui dans un premier temps
ressemblait davantage à un petit (télé)film sans prétentions
artistiques particulières se transforme en une redoutable machinerie
de sape psychologique ! Moins clairement établi dans ce qui
peut relever des domaines du réel et du fantasme que par le passé,
la situation de Delphine se rapproche donc de l'univers des trois
volets de la trilogie des appartements. À tel point que l'on peut se
demander dans quelles mesures le cinéaste franco-polonais n'aurait
pas choisi ici de la conclure par un quatrième et tardif opus.
Brillant !
.png)
.png)
.png)









