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mardi 21 juillet 2026

D'après une histoire vraie de Roman Polanski (2017) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Je me souviens encore très bien des quelques remarques qui me furent faites au sujet de La vénus à la fourrure de Roman Polanski. L'on jugeait moins des indéniables qualités de la mise en scène que du très mauvais jeu supposé de sa principale interprète Emmanuelle Seigner. Jugement hâtif ? Sans aucun doute, mais de ma part, aussi, probablement, un manque cruel d'objectivité puisque j'aime beaucoup celle qui me fit notamment vibrer en 1992 lorsqu'elle interpréta le rôle de Mimi dans Lunes de fiel, toujours signé de son époux, le cinéaste franco-polonais Roman Polanski... Tout risque d'être déjà nettement plus complexe que jamais s'agissant de D'après une Histoire Vraie que le couple tourna ensemble quatre ans plus tard après La vénus à la fourrure. Adaptation sur grand écran du roman éponyme de Delphine de Vigan à côté duquel j'eus visiblement la chance de passer si l'on en croit celles et ceux qui le comparent à sa transposition au cinéma, c'est donc l’œil non averti, l'esprit vierge et détaché de toute comparaison que je me suis lancé dans cette drôle d'histoire tournant autour de deux personnages féminins. À commencer par Delphine qu'interprète Emmanuelle Seigner et dont le prénom fait directement référence à la romancière à l'origine de l'ouvrage sorti en 2015. Car le roman D'après une Histoire Vraie de Delphine de Vigan s'inspire en effet en partie de sa propre existence. Du succès rencontré par un livre très intime dans lequel elle évoquait sa mère. Une œuvre qui provoqua diverses réactions de la part du public et de la critique qui occasionnèrent chez elle un véritable blocage créatif. De cette expérience personnelle, Delphine de Vigan tira donc un roman dans lequel elle détourna quelque peu le sujet pour le transformer en un thriller psychologique intense qui malgré certains avis me semble être parfaitement retranscrit à l'écran. Face à Emmanuelle Seigner, Roman Polanski lui impose la présence de l'actrice Eva Green. Une interprète dont on pourrait plus ou moins juger sa carrière comme étant exemplaire puisqu'elle ne se cantonne pas au cinéma hexagonal mais s'est vue notamment offrir l'opportunité de jouer pour Michael Haneke, Bernardo Bertolucci, Ridley Scott, Tim Burton ou encore Gregg Araki. Dans D'après une Histoire Vraie, Eva Green incarne le personnage de L. Jeune femme énigmatique et fascinée par Delphine, celle-ci s'immisce rapidement dans l'existence de la romancière qui depuis le succès de son premier roman est devenue incapable d'écrire la moindre ligne...


Au départ, tout va bien. L tente d'aider Delphine à se relancer dans l'écriture, l'aide à faire le ménage dans sa vie sociale, répond aux mails qu'elle reçoit à sa place et vient même s'installer dans son appartement après qu'elle ait apprit que son propriétaire allait la jeter dehors... Pourtant, peu à peu, la jeune femme se montre un peu trop entreprenante, prenant ainsi des décisions à la place de Delphine et sans même lui en parler. L resserre ainsi son étau autour de la romancière jusqu'à la manipuler et usurper son identité... Roman Polanski renoue ici avec l'une des facettes les plus fascinantes de son cinéma. Et si D'après une Histoire Vraie n'entretient aucun lien narratif avec la trilogie des appartements constituée de Répulsion, de Rosemary's Baby et du Locataire, il est clair que d'un point de vue psychologique, le personnage de Delphine rejoint ceux de Carol Ledoux, de Rosemary Woodhouse et de Trelkovsky dont l'esprit va dériver au cœur d'un récit mêlant délire et réalité. La différence entre D'après une Histoire Vraie et la trilogie étant qu'ici, l'entourage proche de l'héroïne n'est pas directement lié aux événements mais n'est que la conséquence des rapports qu'elle entretient avec cette nouvelle venue objectivement envahissante qu'Eva Green interprète avec tant ''d'intensité'' que l'on voit arriver le personnage mille lieues à la ronde ! Là où Roman Polanski cultive le mystère quant à l'existence réelle ou non du personnage de L se situe dans le dispositif qu'il met en place en évitant systématiquement de mettre la jeune femme en présence d'autres personnage que celui de Delphine. Ici, L agit comme un véritable poison dans l'existence de la romancière. Au sens propre comme au figuré d'ailleurs. Roman Polanski fait monter la pression et ce qui dans un premier temps ressemblait davantage à un petit (télé)film sans prétentions artistiques particulières se transforme en une redoutable machinerie de sape psychologique ! Moins clairement établi dans ce qui peut relever des domaines du réel et du fantasme que par le passé, la situation de Delphine se rapproche donc de l'univers des trois volets de la trilogie des appartements. À tel point que l'on peut se demander dans quelles mesures le cinéaste franco-polonais n'aurait pas choisi ici de la conclure par un quatrième et tardif opus. Brillant !

 

mardi 12 mai 2020

Alien, la Résurrection de Jean-Pierre Jeunet (1997) - ★★★★★★☆☆☆☆



Alien, le Huitième Passager de Ridley Scott en 1979. Aliens de James Cameron en 1986. Alien 3 de David Fincher en 1992. Et puis... cinq ans plus tard, Alien, la Résurrection de Jean-Pierre Jeunet... Avant que la 20th Century Fox ait le malheur de proposer les crossover Aliens VS Predator et Aliens vs. Predator: Requiem respectivement réalisés par Paul W. S. Anderson et Greg et Colin Strause en 2004 et 2006 et que Ridley Scott ne reprenne le flambeau de la saga avec les préquelles Prometheus en 2012 et Alien : Covenant en 2017, c'est donc à un français que fut confié le tournage du quatrième opus. Une tâche complexe si l'on tient compte du fait que jusqu'à ce jour là, Ridley Scott, James Cameron et David Fincher avaient chacun à leur manière, proposé un segment qui différait presque totalement les uns des autres. Et pourtant, du second, on retrouvait l'univers extrêmement sombre du premier tout en le situant cette fois-ci non plus à bord d'un vaisseau mais sur la planète LV-426 colonisée depuis vingt années.

Après avoir passé cinquante-sept ans en état de biostase à bord de la navette de sauvetage du Nostromo, Ellen Ripley était à nouveau de l'aventure au milieu d'une bande de marines coloniaux plutôt primitifs et indisciplinés. La suite, on la connaît, l'héroïne des deux premiers opus parvenait une fois encore à échapper aux aliens en prenant la fuite à bord du vaisseau USS Sulaco en compagnie de la jeune Newt, de l'androïde Bishop et du seul soldat rescapé, le caporal Hicks. Mais alors qu'un Facehugger était parvenu à s'introduire dans le vaisseau, provoquant un incendie et l’éjection d'une capsule EEV, celle-ci vint s'écraser à la surface de Fiorina « Fury » 161, une planète-prison n'abritant que des condamnés de sexe masculin. Après le Nostromo, la planète LV-426, David Fincher jetait son héroïne au beau milieu de criminels particulièrement agressifs, et dans un contexte particulièrement étouffant... L'issue de ce troisième opus aurait pu ou dû signer la mort de la saga puisque Ripley y perdait la vie...

Mais c'était sans compter sur la 20th Century Fox qui fit appel au réalisateur et scénariste Josh Whedon pour imaginer le scénario d'un quatrième épisode qui au départ devait tourner autour du personnage de Newt rencontré dans le second opus Aliens avant que la société de production ne lui demande d'envisager une autre alternative : celle, non plus d'une histoire tournant autour d'un clone de la gamine mais plutôt de celui de Ripley, suicidée depuis Alien 3. Craignant que la saga vire à l'aigre et au ridicule, l'actrice Sigourney Weaver qui depuis 1979 avait jusque là toujours assuré le rôle d'Ellen Ripley, hésite. Puis accepte finalement après avoir attentivement lu le scénario de Josh Whedon. Concernant la mise en scène, la production pense tout d'abord au réalisateur britannique Danny Boyle qui auparavant avait déjà réalisé les œuvres cultes Petits Meurtres entre Amis en 1994 et Trainspotting deux ans plus tard. Mais devant l'abandon du cinéaste, la production fait ensuite appel au néo-zélandais Peter Jackson qui refuse de participer au projet. Proposé ensuite au réalisateur américain Bryan Singer, c'est finalement entre les mains du français Jean-Pierre Jeunet que tombe le script après qu'ait été évoqué Jan Kounen. Alors qu'il travaille déjà de son côté sur son futur long-métrage Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain (qui ne sortira en France qu'en avril 2001) et qu'il trouve hors de propos l'idée de réaliser un quatrième épisode de la saga Alien, Jean-Pierre Jeunet se laisse finalement tenter et accepte de prendre en main le nouvel opus, Alien, la Résurrection.

Après un premier film dont le budget tourna autour des onze millions de dollars, un second qui bénéficia d'un peu plus de dix-huit millions de ces mêmes dollars et un troisième qui fut carrément financé à hauteur de cinquante, pour ce quatrième opus, Jean-Pierre Jeunet bénéficie d'un budget à la hauteur de ses ambitions puisque la production le dote de soixante-quinze millions de dollars. Le projet de Alien, la Résurrection ne peut qu’intriguer les fans de la saga Alien, autant qu'il peut les inquiéter. Comment relancer une franchise qui voyait son héroïne mourir à la fin du troisième volet et que pouvait apporter de plus le style visuel très particulier de l'auteur des sublimes Delicatessen en 1991 et La Cité des Enfants Perdus en 1995 ? Bien que divers noms d'interprètes furent tout d'abord évoqués, au final, le casting autour de l'actrice principale Sigourney Weaver se constitua ainsi : Winona Ryder dans le rôle de Call, Ron Perlman dans celui de Johner, Michael Wincott dans la peau de Frank Elgyn, mais également Kim Flowers en Sabra Hillard, l'excellent Dan Hedaya dans le rôle du Général Martin Perez, ou encore Brad Dourif dans la peau du docteur Jonathan Gediman, ainsi que l'acteur français Dominique Pinon, fidèle interprète de Jean-Pierre Jeunet depuis les débuts cinématographique de ce dernier, dans le rôle de Vriess. Le réalisateur réussi à imposer sur le tournage deux ''techniciens'' ayant déjà fait montre de leur talent sur Delicatessen et La Cité des Enfants Perdus.

D'abord, le directeur de la photographie franco-iranien Darius Khondji dont l’extraordinaire travail accompli sur les deux premiers longs-métrages de Jean-Pierre Jeunet (tout deux réalisés en collaboration avec Marc Caro) se retrouve une fois de plus sur le plateau de Alien, la Résurrection. Visuellement, ce quatrième volet est impeccable même s'il s'éloigne parfois du style visuel propre à l’œuvre originale (mais qu'elle autre séquelle ne s'est-elle pas affranchie des codes visuels imposés par Ridley Scott et l'artiste suisse Hans Ruedi Giger?). Entre décors sombres et suintants et tableaux morbides de créatures hybrides enfermées dans un laboratoire de recherche, difficile de faire le.... difficile, justement. Beau à mourir, Alien, la Résurrection bénéficie en outre d'effets-spéciaux remarquables intégrés aux décors conçus par Nigel Phelps. Spécialiste français des effets spéciaux, Pitof y a notamment conçu les aliens du film. Entre images de synthèse et animatronique, ce quatrième épisode expose notamment une Reine xénomorphe gigantesque. Tout au plus les fans pourront faire la moue devant l'apparition d'un hybride, croisement d'une humaine et alien, fils de Ripley, et dont le funeste destin pourra déchirer le cœur des plus sensibles...

Deux siècles ont passé depuis la mort de Ripley et pourtant, rien ne semble avoir vraiment évolué autrement qu'en terme de recherches scientifiques. Quoique... en ce qui concerne le clonage, le film tente à prouver que ces dernières sont encore loin d'être abouties. Opposant des scientifiques et des pirates de l'espace les fournissant en matière première à des aliens toujours aussi belliqueux, tous pourront compter sur une Ripley aux performances physiques hors du commun. Le contexte a beau se situer en 2379, les vaisseaux donnent toujours le sentiments d'avoir été fabriqués avec des pièces de rechange et les personnages s'expriment dans un langage de charretier. Parfois vulgaire et gratuit (Ripley demandant notamment ''avec qui il faut que je baise si je veux partir d'ici' ?'), l'un des principaux défauts de Alien, la Résurrection est l'absence totale d’empathie pour les personnage généralisée par des comportements primaires et brutaux. Ripley n'est plus que la caricature d'elle-même, les pirates de l'air plus primitifs et arbitraires que ne l'étaient les soldats du second volet, quant aux scientifiques, leurs actes étant des plus monstrueux, il devient impossible pour le spectateur de prendre fait et cause pour les uns ou les autres, l'androïde Call étant encore la seule qui fasse preuve d'un semblant d'humanité.

À trop vouloir donner dans la ''punchline'' ou dans la ''pose'', Alien, la Résurrection se soustrait au mode de fonctionnement des précédents épisodes qui, même en prenant des distances avec l'original, avaient cependant conservé une certaine part d'effroi. Ici, on suit les personnages sans jamais vraiment s'inquiéter de ce qui pourrait leur arriver. Tout juste la séquence située dans les cuisines inondées parviendra-t-elle à en émouvoir certains en maintenant un état de stress plutôt satisfaisant. Trop propre malgré la rouille, la bave, les tripes et le sang, ce ne sont pas non plus les grossièretés qui éviteront à Alien, la Résurrection de n'être autre chose qu'une grosse machine hollywoodienne bien huilée et suintant le pognon à chaque plan. Pourtant, indépendamment du fait qu'il s'agisse du quatrième volet d'une prestigieuse saga, pris à part, Alien, la Résurrection est un film de science-fiction plutôt convaincant. Mais encore faut-il être en mesure de l'appréhender sans avoir à l'esprit ceux qui l'on précédé...

jeudi 16 avril 2020

Humains de Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thévenin (2008) - ★★★★☆☆☆☆☆☆



L'erreur est humaine et Humains est une horreur. En se penchant de plus en plus vers un cinéma de genre qui n'avait pourtant pas l'air au départ de lui être destiné, le cinéma hexagonal a fini par faire quelques progrès. Pourtant, il aura fallut subir quelques expériences pas toujours très agréables pour parvenir à un niveau de qualité raisonnable. Humains de Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thévenin est typiquement le genre de long-métrage qui aurait dû supporter une attention au moins aussi importante que les protocoles médicaux avant d'être lancé sur le marché. Une projection-test d'envergure nationale qui aurait évité aux quelques dizaines des milliers de spectateurs qui ont fait le déplacement, de perdre l'équivalent d'une place de cinéma pour aller voir ce film censément horrifique mais plus concrètement (et malheureusement involontairement), humoristique. Si le ridicule ne tue pas, il peut en revanche tuer une carrière dans l’œuf ; C'est du moins ce qui semble avoir été le cas pour les deux réalisateurs qui depuis l'année de sortie de Humains, leur premier long-métrage en commun, n'ont rien tourné depuis. Heureusement pour lui, Jacques-Olivier Molon a pu compter sur ses talents de maquilleur en effets-spéciaux. Quant à Pierre-Olivier Thévenin, depuis 2009 et Humains, il semble être aux abonnés absents...

Drôle de film tout de même. Et pour commencer, drôle de casting. Les deux réalisateurs ont en effet réunis autour d'un même sujet, les acteurs Dominique Pinon, Philippe Nahon et Lorant Deutsch ainsi que les actrices Sara Forestier, Elise Otzenberger et Manon Tournier. Concernant Philippe Nahon, c'est presque logique, lui qui depuis le court-métrage Carne de Gaspar Noé collectionne films d'horreur et longs-métrages particulièrement violents (Seul contre Tous de Noé également, mais aussi et surtout Haute Tension d'Alexandre Aja, Calvaire de Fabrice Du Welz ou Lady Blood de Jean-Marc Vincent). Lorant Deutsch se fait quant à lui plutôt rare au cinéma. Ce qui n'est pas toujours une mauvaise chose, vu le niveau relativement médiocre d'une partie des longs-métrages auxquels il a participé (Le Coût de la vie de Philippe Le Guay, Ripoux 3 de Claude Zidi ou encore le nullissime L'Américain de Patrick Timsit). Et puis, il y a Dominique Pinon. L'excellent, Dominique Pinon... Acteur chez Daniel Vigne (Le Retour de Martin Guerre), Jean-Claude Missiaen (Tir Groupé), Caro et Jeunet (Delicatessen), Olivier Van Hoofstadt (le film belge culte Dikkenek), et Jeunet tout seul avec Alien, la Résurrection qui lui permit tout de même de côtoyer Sigourney Weaver, Winona Ryder, Brad Dourif et Ron Perlman.

Autant dire que pour ces trois là et les actrices qui les accompagnent, c'est avec le film de Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thévenin, la DE-GRIN-GO-LA-DE. Et comme dégringolade rime avec rigolade, parlons justement du sujet. Prenant des allures de sous-Indiana Jones se transformant au beau milieu de l'aventure en ersatz raté de Délivrance de John Boorman et de tout un tas de survivals forestiers, Humains cultive une narration et une interprétation à ce point si ridicules qu'il devient difficile pour le spectateur de réprimer des rires. Le comble pour un film censé donner des frissons. Mais comment croire au scénario de Frédérique Henri, Silvan Boris Schmid, et Dominique Néraud qui tente d'imposer la présence de Néandertaliens dans les Alpes ? Et surtout, comment croire qu'en abordant leur film sans une once de second degré, les deux réalisateurs obtiendront le résultat escompté ? Et pourtant, premier degré ici rime davantage avec absurdité. Surtout, Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thévenin prouvent qu'ils n'ont aucun sens de la mise en scène et semblent être demeurés totalement indifférents au piteux montage effectué par Manuel de Sousa (rien à avoir avec...) qui exécute un tour de passe-passe permettant finalement au film d'entrer dans le prestigieux cercle des nanars qu'il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie.

Tiens, pour revenir sur le premier degré du film, et donc de ses auteurs, tellement pris par l'intrigue et sans doute convaincus de tenir là entre leurs mains, LA pépite qui sortira le genre du marasme dans lequel baigne encore sans doute un peu à l'époque notre pays, Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thévenin semblent n'avoir pas conscience de la stupidité de certaines lignes de dialogue. À moins que.... à moins que contrairement à ce que laisse supposer leur œuvre, les deux hommes ne soient lucides quant au fait de détenir l'arme absolue contre la sinistrose ? Maladroit mais touchant. Voilà comment le public se doit d'aborder Humains. Un film fait avec le cœur, mais sans le talent de vrais réalisateurs. On en viendrait presque à verser une larme pour des interprètes investis à cent pour cent dans leur rôle pour un résultat frôlant l'encéphalogramme plat. Soyons ''Humains'', et octroyons lui quatre étoiles. Juste parce que même involontairement, le film est très, très, très drôle...

mardi 26 novembre 2019

Frantic de Roman Polanski (1988) - ★★★★★★★★☆☆



Frantic (qui en anglais signifie frénétique), le douzième long-métrage de Roman Polanski, replonge les spectateurs au cœur d'un Paris anxiogène douze ans après l'effrayant Le Locataire dans lequel le réalisateur incarnait lui-même un petit immigré d'origine polonaise plongé dans les affres de la paranoïa. Cette fois-ci, c'est au tour d'un chirurgien originaire de San Francisco d'être confronté à un tout autre genre d'angoisse : installé depuis moins d'une heure avec son épouse Sondra dans la chambre d'un luxueux hôtel parisien, le docteur Richard Walker sort de la douche lorsqu'il constate que celle-ci a disparu. Parti à la recherche de sa femme dans un Paris nocturne et interlope, le chirurgien découvre très vite que Sondra n'a pas été enlevée par hasard. L'une des valises qu'ils ont récupérée à l'aéroport de Roissy ne leur appartient pas. Après s'être renseigné auprès de divers habitants du quartier, avoir signalé la disparition de Sondra au commissariat puis avoir demandé de l'aide à l'ambassade américaine, Paul réalise qu'il ne peut compter que sur lui seul. Arrive alors Michelle, la propriétaire de la valise. La seule qui semble pouvoir aider Paul dans ses recherches...

D'origine franco-polonaise, l'immigré Roman Polanski sait s'y prendre lorsqu'il s'agit d'inscrire certains personnages de ses films dans des contextes qui leurs sont totalement étrangers. Concernant Frantic, l'auteur de Rosemary's Baby, du Pianiste et du récent J'Accuse repoussait dans ses derniers retranchements ce même principe en plongeant l'acteur américain Harrison Ford dans un Paris particulièrement dérangeant. Sur un fond de racisme dont le héros fait les frais à travers le comportement arrogant et moqueur de certains personnages, Roman Polanski réalise un long-métrage au suspens haletant. Surtout dans sa première partie, jusqu'à ce que les tenants et les aboutissants de l'affaire soient mis à jour. La seconde partie, elle, se concentre surtout sur l'espoir du héros de retrouver son épouse, interprétée par l'actrice américaine Betty Buckley dont les plus âgés des spectateurs se souviennent sans doute de son interprétation de Sandra Sue Abbott Bradford dans la série culte Huit, ça Suffit qui fut diffusée pour la première fois en France à partir de février 1985. Ainsi que sur l'objet de son elèvement et de sa séquestration avec cette interrogation : est-elle toujours en vie ? Si la deuxième moitié de Frantic est très sensiblement moins attrayante que la première, il n'en demeure pas moins que l’œuvre de Roman Polanski est l'un des meilleurs thrillers produits en cette deuxième moitié des années 1980.

L'une des forces majeures de Frantic (outre d'avoir ignoré l'idée d'un doublage en français, ce qui renforce le dépaysement du héros) est pour le réalisateur qui adapte une nouvelle fois un scénario du fidèle Gérard Brach, d'avoir poussé à l'extrême la fragilité de son personnage. Tout d'abord désarçonné par la disparition incompréhensible de son épouse, puis dénué de tout moyen de pression. Paul Walker ne parle de surcroît pas du tout français (ou si peu). D'où la difficulté de mener son enquête dans les meilleures dispositions. De plus, et contrairement à ce qui est désormais la norme, Paul Walker n'est pas armé et n'a donc aucun moyen de se défendre. Roman Polanski pousse même la caricature en faisant de son héros un homme qui s’essouffle rapidement quand vient le moment de poursuivre à pied la seule capable de lui venir en aide. De l'union entre Roman Polanski et son actrice et épouse Emmanuelle Seigner naîtront deux enfants et plusieurs projets cinématographiques dont Frantic sera le premier. Après avoir débuté dans L'Année des Méduses de Christopher Frank en 1984 puis avoir poursuivi avec Détective de Jean-Luc Godard en 1985 et Cours Privé de Pierre Granier-Deferre en 1986, la jeune actrice incarne Michelle, rebelle et paumée, engagée dans une dangereuse affaire à laquelle seront mêlés le chirurgien et son épouse. Sexy en diable, la française n'est pas la seule interprète hexagonale à arpenter le long-métrage de son futur époux puisque l'on y découvre notamment Gérard Klein et Alain Doutey en réceptionnistes de l'hôtel où loge le couple d'américains et Dominique Pinon en SDF, témoin de l'enlèvement de Sondra Walker. Accompagné par le score du compositeur italien Ennio Morricone et financé à hauteur de vingt millions de dollars, Frantic est un thriller remarquablement bien mené...

dimanche 5 mai 2019

Mumu de Joël Séria (2010) - ★★★★★☆☆☆☆☆



On l'aurait presque oublié, mais le réalisateur français Joël Séria est toujours en activité. Il a beau avoir mis entre parenthèses sa carrière de cinéaste au cinéma pour se consacrer depuis le milieu des années quatre-vingt au petit écran avec, notamment, deux épisodes de la série Série Noire, quelques Nestor Burma, ainsi que plusieurs téléfilms, il est toujours bien vivant. Vingt trois ans après sa dernière incursion sur grand écran, le voilà qui réapparaissait avec Mumu en 2010, son dernier long-métrage cinéma à ce jour. Rarement aura-t-on vu cinéaste hexagonal produire consécutivement autant d’œuvres cultes. A l'image d'un Bertrand Blier mais dans un genre nettement plus champêtre, Joël séria fut effectivement le réalisateur des classiques Mais ne nous délivrez pas du mal (en 1973), Charlie et ses deux nénettes (en 1975), Les Galettes de Pont-Aven (en 1976), Marie-poupée (en 1977), Comme la lune (en 1977) ou encore Les Deux Crocodiles (en 1987).

Après Jean Carmet, Jean-Pierre Marielle, Jeanne Goupil, Serge Sauvion, Bernard Fresson ou encore André Dussolier, c'est au tour de Sylvie Testud, Balthazar Dejean de la Bâtie, Jean-François Balmer, Bruno Lochet et Dominique Pinon de servir le scénario écrit des propres mains du cinéaste (une habitude chez Joël Séria). Retour en 1947 dans un petit village d'Anjou. Envoyé dans une école dont la classe est tenue d'une main de fer par l’acariâtre institutrice Melle Mulard, dite ''Mumu'', Roger, onze ans, est le souffre-douleur d'un père qui ne supporte plus son comportement. Après avoir été renvoyé pour la quatrième fois d'une école, le garçon échappe de justesse à la pension mais se retrouve dans la classe de la tyrannique institutrice. L'école compte d'autres membres, tel le curé et le pion ''Saucisse''. La rencontre entre Melle Mulard et Roger sera déterminante pour eux deux...

Avec Mumu, Joël Séria rompt le pacte qui liait chacun de ses précédents long-métrages de part leur statut d’œuvres cultes. En effet, on ne retrouve jamais la puissance évocatrice des films qu'il réalisa dans le courants des années soixante-dix et quatre-vingt. Le cinéaste nous replonge en un temps que beaucoup de cinéastes avant lui ont transformé avec brio (Les Choristes de Christophe Barratier ou Un Sac de Billes de Christian Duguay pour ne citer que ces deux seuls exemples) tandis que lui ne fait que survoler son sujet... Un Mumu plutôt neuneu, donc. Et davantage cul-cul que culte ! À dire vrai, rarissimes sont les occasions d'apprécier ce spectacle tout juste digne de passer sur une chaîne nationale que sur grand écran. C'est mou, jamais parcouru de séquences vraiment marquantes. Sylvie Testud a beau être une excellente actrice, caricaturer son personnage à outrance n'apporte rien. Le jeune Balthazar Dejean de la Bâtie est sans doute le seul sur qui compter afin que le bateau reste à flots. Jean-François Balmer non plus n'est pas mauvais. Tout comme Bruno Lochet en pion. Par contre, fidèle à l'image qu'il donnait par exemple en 1996 avec Les Deux papas et la Maman de Jean-Marc Longval, Antoine de Caunes est toujours aussi mauvais acteur. Heureusement qu'il ne fait que passer à l'image. On regrettera cependant la trop courte apparition de la charmante Helena Noguerra dans le rôle de la Mère de Perchard (l'un des camarades de Roger), dernier soubresaut d'un cinéaste qui malheureusement ne fait plus rêver, a perdu de sa force, et n'ose plus s'aventurer sur des terres autrement plus délicieuses. Dommage...

samedi 4 août 2018

La Cavale des Fous de Marco Pico (1993) - ★★★★★★★☆☆☆



Drôle de film que cette Cavale des Fous. Drôle de rencontre également. Entre le roi du burlesque français, Pierre Richard, l'un des plus grands acteurs et comédiens de notre pays en la personne de Michel Piccoli, et un Dominique Pinon habituellement fidèle au cinéma de Jean-Pierre Jeunet. Trois interprètes pour une sorte de road-movie déglingué. Une histoire pas vraiment belge, mais tordue, cynique, plaisante, et ne poussant jamais vraiment aux éclats de rires. Une blague sur fond de folie, d'adultère et de rédemption. Au volant de sa voiture, le psychiatre Bertrand Daumale (Pierre Richard) vient 'emprunter' le temps d'un week-end le professeur au Collège de France et spécialiste de Pascal, Henri Toussaint (Michel Piccoli), enfermé dans un institut psychiatrique depuis qu'il a tenté d'étrangler sa femme adultère voilà sept ans. S'invite à bord du véhicule, Angel (Dominique Pinon), un psychotique très attaché à Henri Toussaint. C'est donc en compagnie de ces derniers que Bertrand Daumale prend la route et espère emmener le professeur voir son épouse avant qu'elle ne meure afin qu'elle puisse lui pardonner le geste désespéré qui l'a envoyé en psychiatrie.

Mais le chemin pourtant très court qui doit emmener les trois hommes va être semé d'embûches. Car le personnage incarné par Dominique Pinon n'ayant jamais rien vu de son existence, sa curiosité va provoquer des déboires dont le psychiatre se serait bien passé. Au delà de la naïveté incarnée par le personnage instable interprété par l'atypique Pinon, La Cavale des Fous nous promène dans un univers où les fous semblent plus nombreux qu'il n'y paraît. C'est ainsi l'occasion de découvrir des personnages aussi étranges que Madame Marthe, la propriétaire d'un bar, dite la femme au pénis ! L’œuvre de Marco Piso est l'occasion de croiser la route discrète de Ronny Coutteure dans le rôle d'un routier, de Yolande Moreau en conductrice de car, de Jean-François Derec en pompiste, ou encore de Laurent Gamelon dans la peau de Fredo, le joueur de dés. Les plus attentifs dénicheront même peut-être l'acteur Kad Merad en policier figurant et apparaissant ici pour la toute première fois sur un écran de cinéma...

La Cavale des Fous repose sur un étrange sentiment. Un état de mélancolie se dégage de ce récit. Entre le personnage interprété par Dominique Pinon auquel il reste encore tout à découvrir, celui de Michel Piccoli toujours obsédé par l'adultère dont il a été victime, ressassant sans cesse, et transposant même son mal-être sur les quelques 'spécimens' de la gente féminine croisés sur le chemin. Ou encore le psychiatre, lequel éprouve des difficultés à réprimer ses ardeurs ? Le voyage est intéressant. Nourri de situations rocambolesques, et surtout par l'excellente interprétation de ses trois principaux interprètes. Dominique Pinon n'a pas de grands efforts à produire puisque son physique à lui seul suffit à le rendre crédible. Moins distrait et maladroit qu'à son habitude, Pierre Richard est savoureux dans son incarnation du psychiatre perdant le contrôle de la situation. Quand à l'immense Michel Piccoli, la puissance de son jeu d'acteur s'exprime une fois de plus. Entre logorrhée verbale non dénuée de sens et crises d'hystérie à peine contrôlées, l'acteur est impeccable. La Cavale des Fous n'est pas qu'une simple comédie. En grattant en profondeur, on peut y dénicher une certaine gravité dans son propos. Le tragique le mêle au burlesque. Un mélange détonnant qui fait son œuvre sur la route qui mène le trio jusqu'au chevet de l'épouse adultère. La Cavale des Fous est donc une excellente surprise, qui sort des sentiers mille fois rebattus, et de plus interprétée par un trio généreux et talentueux. A voir...

mercredi 2 mai 2018

Micmacs à Tire-Larigot de Jean-Pierre Jeunet (2009) - ★★★★★★★☆☆☆



Jean-Pierre Jeunet sans Marc Caro, c'était sans doute la peur d'une approche esthétique du septième art perdue à jamais. Pourtant, le futur allait prouver qu'il n'en était rien et que le cinéaste français réussirait haut la main à voler de ses seules ailes tandis que son ancien compagnon de cinéma irait se perdre dans une pseudo science-fiction intellectuelle bien moins marquante qu'un Bunker Palace Hôtel signé Enki Bilal. Dévergondé le temps d'un long-métrage en outre-atlantique (le désastreux Alien, la Résurrection), Jean-Pierre Jeunet revenait parmi les siens et leur offrait en 2001 le magnifique Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, n'en déplaise aux contestataires. Celui-là même dont l'héroïne, avec le temps, finirait par agacer une partie du public, sans reconnaissance aucune pour un auteur et ses interprètes. Puis vint alors Un long Dimanche de Fiançailles, ce beau film tenant surtout davantage de l'œuvre d'art plastique que du réel film à l'impact émotionnel tant recherché par son auteur. Une triste période que cette années 2004... Puis il y a presque dix ans (que le temps, inexorablement, passe vite...), arrivait enfin sur nos écrans, ce Micmacs à Tire-Larigot dont il est désormais question ici. Avant-dernier long-métrage d'un esthète accompli, et surtout, retour d'un esthétisme cher à l'ancien duo que formaient les deux cinéastes avant leur séparation.
Vingt ans après qu'il soit descendu vers la capitale, Dany Boon est choisi opportunément ou pas par Jean-Pierre Jeunet pour incarner le personnage de Bazil, fils de démineur, envoyé en orphelinat après la mort de son père. Retrouvé trente ans plus tard allongé sur le sol du vidéoclub qu'il gère seul, le crâne troué d'une balle perdue, le voici désormais lancé dans une aventure dont seul Jean-Pierre Jeunet semble avoir le secret. Déjà l'on retrouve ces couleurs chaudes, surannées, vieillies par on ne sait quel procédé que l'on aimerait chimique plutôt que numérique. Delicatessen n'est déjà plus aussi loin que laissent le prétendre les dix-huit années qui séparent les deux films. Jean-Pierre Jeunet se fera d'ailleurs plus loin l'écho d'un hommage vibrant à ce chef-d’œuvre de l'anticipation et à celui avec lequel il l'écrivit et le réalisa. Une scène émouvante dont il faut obligatoirement conserver le secret, même presque dix ans plus tard, puisque certains ne l'ont encore probablement pas vu.

Bazil vit désormais du mime, qu'il exerce tout comme Dany Boon le pratiquait sur Paris. Remarqué par Placard, il est pris sous l'aile d'une bande de clochards vivant à l'intérieur d'une caverte secrètement située sous un immense amas de ferraille. Désormais considéré comme un membre de cette étrange 'famille', c'est lors d'une sortie à la recherche d'objets de récupération que Bazil tombe nez à nez avec l'entreprise qui a fabriqué la mine qui a tué son père et cette qui a forgé la balle qui l'a atteint deux mois auparavant. Il est donc désormais temps pour le jeune homme de faire payer les PDG de ces deux usines de la mort en les confrontant l'un à l'autre. Et pour cela, Bazil va se faire aider par ses nouveaux compagnons...

Il se dégage de Micmacs à Tire-Larigot, une véritable poésie, généralisée par des décors somptueux, des dialogues aux petits oignons, et des situations toutes plus rocambolesques et surréalistes les unes que les autres. La chef décoratrice Aline Bonetto qui avait débuté sa carrière en 1991 sur Delicatessen et l'avait notamment poursuivie sur les tournages de La Cité des enfants perdus, Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, ou encore Astérix aux Jeux olympiques de Frédéric Forestier et Thomas Langmann, crée des décors fourmillant de détails et dont la caverne représente sans aucun doute l'aboutissement d'un travail d'orfèvre impressionnant. La photo est quant à elle l'oeuvre du directeur de la photographie japonais Tetsuo Nagata. Les couleurs sont magnifiques, et la majorité des images baignées d'une teinte sépia sont renforcées par quelques notes de bleus ou de verts qui rehaussent l'ensemble et donnent au long-métrage, l'apparence de tableaux vivants dans lesquels s'intègrent parfaitement les personnages grâce aux costumes créés par Madeline Fontaine déjà à l'oeuvre sur deux longs-métrage de Jean-Pierre Jeunet. Quelques airs rappellent le Paris d'Amélie Poulain mais sont cette fois-ci l’œuvre du compositeur Raphaël Beau. Les dialogues sont quant à eux le résultat du travail accompli par Guillaume Laurant (autre fidèle allié du cinéaste).
Aux côtés de Dany Boon, on retrouve un grand nombre de vedettes du cinéma puisque'André Dussolier, Jean-Pierre Marielle, Nicolas Marié, Julie Ferrier, Yolande Moreau, Omar Sy et le toujours fidèle Dominique Pinon participent à l'aventure dans des rôles aussi importants que celui incarné par l'humoriste. Des personnages haut en couleur et portant des noms typiques du cinéma de Jean-Pierre Jeunet : La Môme Caoutchouc, Fracasse, Placard, Tambouille, Ange-Gardien, Calculette, ou encore Remington. On retiendra la prestation d'Omar Sy dans le rôle de Remington, passionné de bons mots et ne s'exprimant qu'à travers des expressions célèbres ou encore Julie Ferrier qui dans le rôle de la Môme Caoutchouc, passe son temps à se contorsionner et entrer dans des bouches d'aération ou dans des cartons à peine plus grands qu'elle. Micmacs à Tire-Larigot est une excellente surprise, pleine de trouvailles ingénieuses. La famille Tire-Larigot est attachante et chaque personnage a son importance. Même les méchants André Dussolier et Nicolas Marie sont captivants. Si le film ne propose pas un scénario d'une richesse exemplaire, il a le mérite de proposer une aventure familiale sympathique et fort agréable à l’œil. Une bonne surprise...

jeudi 5 avril 2018

Comme un Poisson hors de l'Eau de Hervé Hadmar (1999) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Premier long-métrage abordé dans ce nouvel article, un thriller, une comédie, en tout les cas, un film curieusement barré dont il est difficile de dire si oui ou non, Hervé Hadmar a réussi le pari de mélanger les genres. Dur en effet de voir en cette histoire d'arnaque au 'poisson', autre chose qu'une énorme farce conduite principalement par un Tchéky Karyo cabotinant à l'excès aux côtés d'un Dominique Pinon dans la peau d'un chien fou, d'un Michel Muller utilisé comme pion comme le Pierre Richard du Grand Blond avec une Chaussure Noire, ou encore d'une Monica Bellucci en brune sensuelle, employée d’hôtel et membre d'une petite organisation criminelle dont le but principal est donc de dérober un poisson exotique extrêmement rare à un collectionneur afin de lui revendre aussitôt pour la somme d'un million de francs (nous sommes en 1999, et l'euro ne circulera en France que deux ans plus tard). A la vérité, Comme un Poisson hors de l'Eau a bien du mal à se hisser au niveau de ses objectifs. En effet, non seulement l'humour y est relativement poussif, inefficace, et ce, malgré les louables efforts d'un casting de qualité qui n'aura eu a se mettre sous la main, que les dialogues écrits à huit mains par Philippe Haim, Michel Muller, Christophe Bergeronneau et le réalisateur lui-même, mais le suspens qui était censé accompagner ce projet un peu fou tombe complétement à plat du fait de son manque de sérieux.

Pour ce qui s'avère être jusqu'à maintenant le premier et seul long-métrage cinéma de Hervé Hadmar (le cinéaste s'est en effet tourné depuis vers la télévision), Comme un Poisson hors de l'Eau, se révèle être une grosse déception. Surtout si l'on compare le résultat au potentiel de départ. Rendez vous compte par vous-même : Tchéky Karyo dans le rôle principal et l'immense réalisateur et scénariste français Georges Lautner (auteur entre autres films du Septième Juré, Les Tontons Flingueurs, La Valise, Le Professionnel ou encore La Maison Assassinée) en conseiller technique. Peut-être Hervé Hadmar aurait-il dû d'ailleurs confier la réalisation de son œuvre à ce cinéaste de légende qui réalisa et scénarisa de nombreux et très bons longs-métrages.

Comme un Poisson hors de l'Eau est surtout très bavard et si les rares gunfights au 'silencieux' rappellent qu'en leur temps, les Bernard Blier, les Lino Ventura, les Francis Blanche et les Jean Lefebvre étaient les maîtres du jeu, ils demeurent ici, assez tristes et peu innovants dans le contexte tout de même assez particulier choisi par le réalisateur. Michel Muller continue de camper son éternel personnage de français moyen amorphe (et un brin... glauque), Dominique Pinon aurait pu être intéressant dans la peau du surexcité Melvin. Quant à Monica Bellucci (qu'il serait réducteur de n'évoquer que pour sa superbe silhouette... mais tout de même!), on a l'impression qu'elle se fait chier. N'oublions tout de même pas la présence à l'écran de l'acteur turc Mehmet Ulusoy riant à s'en arracher les amygdales mais respirant l'air afin de desceller si ses interlocuteur sont des escrocs ou pas. N'oublions pas non plus Gérard Ismaël, qui dans la peau du garde du corps du truand et collectionneur de poissons arbore toujours son très charismatique regard. A noter quelques petites apparitions dont celle de Philippe Haim, cinéaste (on lui doit notamment le navrant Les Dalton), compositeur (L'Appât, Barracuda, etc...), et ici, co-auteur du scénario, ainsi que celles de José Garcia et d'André Pousse...

lundi 23 octobre 2017

Tir Groupé de Jean-Claude Missiaen (1982) - ★★★★★★★☆☆☆



Efficacité semble être le mot d'ordre du cinéaste français Jean-Claude Missiaen dont il s'agissait ici du premier long-métrage. Tourné en 1982, il ne ressemble pourtant pas vraiment au film d'un homme qui se dit passionné par les films d'action. Tir Groupé ne ressemble en rien à ces films centrant leur intrigue sur l'auto-défense. Si le héros campé par l'acteur Gérard Lanvin a bien pour objectif de tuer les trois hommes qui ont commis l'irréparable en tuant celle qu'il aimait, le film s'articule en fait autour de quatre éléments. L'enquête criminelle, le désir de vengeance d'Antoine Béranger, compagnon de la victime Carine Ferrand, les flash-back nous donnant la mesure de l'attachement qu'avaient l'un pour l'autre les deux personnages, ainsi que les méfaits perpétrés postérieurement par les trois voyous.
L'enquête criminelle tout d'abord : menée par l'inspecteur Alexandre Gagnon qu'interprète l'acteur Michel Constantin, un homme droit, un peu rude, mais intègre et déterminé. L'enquête est longue, parfois fastidieuse, mais l'inspecteur et les membres de sa section qui sont chargés de retrouver les trois individus qui se sont rendus responsables du meurtre de Carine font tout ce qu'ils peuvent pour mettre la main sur eux. En parallèle, Antoine lui aussi recherche les trois hommes. Mais pas seulement. Ce vendeur de fringues sur les marchés du périphérique se procure une arme et des munitions. Ses investigations le mènent plus rapidement que la police vers la solution. Il précède presque l'inspecteur et ses hommes.
Jean-Claude Missiaen s'attache à nourrir la psychologie de ses deux principaux interprètes à travers de très émouvants flash-back. Gérard Lanvin, bien sûr, mais également Véronique Jannot. Douce, belle, et sensuelle. La victime d'un crime ordinaire sordide. Tuée après avoir été agressée dans le train qui la ramenait chez ses parents. Première rencontre dans un marché où travaille Antoine en compagnie de son ami Félix Péjat (l'acteur Mario david). Puis plus tard, lorsque les amoureux se retrouvent pour la première fois chez Antoine. Enfin, lors d'un repas familial chez les parents de Carine, officialisant ainsi leur relation. Des scènes postérieures au meurtre qui donnent toute l'ampleur de ce gâchis.

Enfin, pour terminer, les trois voyous. De petites frappes qui possèdent tous la gueule de l'emploi. Dominique Pinon, dans le rôle du plus insignifiant des trois, Daniel Verlot. Puis vient ensuite Roland Blanche, dans celui de Michel Poubennec, le réel déclencheur, mais qui cependant n'est pas le chef de ce trio de ratés. De marginaux ne vivant que de vols et d'agressions. Prêts à couper le doigt d'un homme pour lui dérober son alliance. Le chef, lui, c'est Samson Balestra. Une vraie gueule de brute. Le plus dur des trois. Le moins agité. Du moins, en apparence puisqu'au final, c'est lui qui donnera le coup fatal à Carine. L'un des aspects les plus intéressants de Tir Groupé demeure dans la volonté d'Antoine de se faire justice lui-même, même s'il n'y parviendra finalement qu'en partie (les flics se chargeant de tuer deux des coupables). Le petit vendeur de jeans au bagou charmeur se transforme peu à peu en un individu obnubilé à l'idée de venger la mort de sa bien aimée. Sorties nocturne à la recherche des coupables. Entraînement au tir aux abords d'une décharge. Et jusqu'à l'acte libérateur mettant un point final à la traque.

Le titre du film évoque un style de tir cherchant à atteindre un même but. La fin, elle, donne un aperçu des conséquences pour celui qui décide de se faire lui-même justice. Pas vraiment ludique mais très intéressant à suivre, Tir Groupé réserve de bonnes surprises. Les premiers et seconds rôles sont impeccables. Jean-Roger Milo impressionne toujours autant avec cette incroyable gueule qui aurait pu le condamner à n'interpréter que des rôles de méchants. Gérard Lanvin explore différentes facettes de son talent. Entre émotion et rage au ventre. Le film de Jean-Claude Missiaen est sans conteste une belle réussite qui n'a pas trop vieilli malgré ses trente-cinq d'âge...

vendredi 29 septembre 2017

Vive la Crise ! de Jean-François Davy (2017) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



Vive la Crise ! Vive...ment la fin du film aurai-je envie de clamer. J'ai douté, redouté, puis au final, je fus dérouté. La crise, oui, mais de quelle crise s'agit-il ? Au vue de l’indigence que constitue le dernier long-métrage de Jean-François Davy, lequel me laissa de vagues mais très humides souvenirs dans les années quatre-vingt grâce notamment à son anthologique Exhibition 79, un documentaire érotique consacré à plusieurs actrices et acteurs pornographiques tels que la délicieuse Marilyn Jess (ma préférée à l'époque) ou le très célèbre Richard Lemieuvre, je parle ici de la comédie française. Celle que beaucoup conspuent un peu trop à mon goût parmi les jeunes générations sevrées aux blockbusters américains. Ici, rien à dire, ces derniers auraient raison de hurler leur dégoût d'un cinéma français pitoyable, je ne serais pas là pour les forcer à changer d'avis. Surtout pas après avoir assisté à ce Vive la Crise ! raté. Non, plutôt... gâché.
Voyez vous-même : Jean-Claude Dreyfus, Jean-Marie Bigard, Florence Thomassin,Dominique Pinon, Michel Aumont, Rufus, henry Guibet, pour ne citer que les plus connus. Un scénario original dont l'auteur est Jean-François Davy lui-même. Mais un résultat qui n'est pas à la hauteur de nos espérance. Le cinéaste se sabre lui-même et emporte avec lui, l'équipage tout entier. D'où l'intérêt parfois de rester dans l'ombre. Qui se souviendra du nom du décorateur, de la costumière, du maquilleur ou du monteur. Pas moi. Pas vous non plus, très certainement, et c'est tant mieux pour eux.

Imaginez : Marine le Pen qui a force de conviction a fini par se faire élire démissionne finalement de la présidence en 2025. En Mai pour être plus précis. L'inspiration, l'auteur de Ça va faire mal ! l'a sans doute trouvée lui-même, mais aussi, sans doute, dans l’article 1587 du Code civil, auquel les personnages de Vive la Crise ! se réfèrent. Le connaissez-vous ? Moi non plus. Du moins jusqu'à ce que je me renseigne. Et, tenez-vous bien, on tient là un article précieux auquel nous devrions nous-même nous référer. Datant du 16 mars 1804, l'article promulgue l'usage de goûter avant d'en faire l'achat, le vin, l'huile, et tout autre chose à l'égard desquels il est de bon sens de tester et d'agréer. Rien d'étonnant à ce que cet article du code civil ne soit pas placardé un peu partout en ville, imaginez-donc le désordre qui régnerait alors dans les magasins de grande distribution !

Pour en revenir au film de Jean-François Davy, disons qu'en (très) grande partie, le cinéaste ne parvient pas à exploiter le potentiel d'une telle idée. Les interprètes ont l'air absents. Parfois amorphes, en tout cas pas suffisamment impliqués. Quant à la vulgarité qui émaille inutilement certaines scènes (pour exemple la clocharde indiquant à son compagnon qu'elle « aime quand il lui lèche la chatte »!!!), elle n'apporte rien. D'excellentes idées, il y en a. mais toutes tombent à l'eau.
L'ennui s'installe au grès des pérégrinations de Jean-Claude Dreyfus (dans le rôle de l'agrégé de philosophie Montaigne ayant volontairement choisi de vivre dans la rue), de Jean-Marie Bigard (dans celui d’Étienne, cadre de l'entreprise Climatisation Nationale, l'équivalent de notre Météo Nationale actuelle), ou de Rufus et de Dominique Pinon, tout deux agents de la RATP. C'est chiant et surtout pas drôle. Pour une comédie, ça la fout mal...

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